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L' ENQUETE SOCIOLINGUISTIQUE

De
190 pages
L'Enquête sociolinguistique est le premier ouvrage réalisé par des spécialistes de terrain qui répondent aux questions que se posent tous les descripteurs de langues : quelle(s) langue(s) les gens parlent-ils ? Comment les parlent-ils ? Que pensent les locuteurs de leur propre façon de parler ?
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L'ENQUÊTE SOCIOLINGUISTIQUE

Collection Sociolinguistique dirigée par Henri Boyer
professeur à l'université Montpellier 3

La Collection Socioünguistique se veut un lieu exigeant d'expression et de confrontation des diverses recherches en sciences du langage ou dans les champs disciplinaires connexes qui, en France et ailleurs, contribuent à l'intelligence de l'exercice des langues en société: qu'elles traitent de la variation ou de la pluralité linguistiques et donc des mécanismes de valorisation et de stigmatisation des formes linguistiques et des idiomes en présence (dans les faits et dans les imaginaires collectifs), qu'elles analysent des interventions glottopolitiques ou ericore qu'elles interrogent la dimension sociopragmatique de l'activité de langage, orale ou scripturale, ordinaire,
médiatique ou même" littéraire"

.

Donc une collection largement ouverte à la diversité des terrains, des objets, des méthodologies. Et, bien entendu, des sensibilités.

Déjà parus
P. GARDY, L'écriture occitane contemporaine. Une quête des nwts. H. BOYER(dir.) , Plurilinguisme : «contact» ou «conflit» de langues? R. LAFONT,40 ans de sociolinguistique à la périphérie. GROUPESAINT-CLOUD, L'image candidate à l'élection présidentielles de 1995.

A paraître
C. MorsE, Minorité et identités: les Franco-ontariens au Canada. L. FERNANDEZ, L'Espagne à la Une du Monde (1969-1985). S. AMEDEGNATO, SRAMSKI,Parlez-vous "petit-nègre"? S. Enquête sur une représentation sociolinguistique. X. LAMUELA, Langues subordonnées et langues établies. Sociolinguistique et politiques linguistiques. M-C. ALÉN, Le iexte propagandiste occitan de la période révolutionnaire. Une approche sociopragmatique du corpus toulousain.

1999 ISBN: 2-7384-7668-6

@ L' Hannattan,

Sous la direction de Louis-Jean CAL VET et Pierre DUMONT

L'ENQUÊTE SOCIOLINGUISTIQUE

Ont collaboré

à cet ouvrage

J. M. BARBER/S, A. BOUKOUSS,

P. BRASSEUR, J. BRES,

C. DEPREZ, C. JUILLARD, B. MAURER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

AVANT -PROPOS

L'Enquête sociolinguistiqueest une productio11 du réseau de l'UREF, J'ociolinguistique et rfynamique des langues, créé en 1993. Les textes réunis dans ce volume sont prêts à être édités depuis plus de deux ans. Malheureusement, il se trouve que l'UREF, contrairement aux engagements pris vis-à-vis du comité scientifique du réseau Sociolinguistique et rfynamiquedes langues,n'a pas été en mesure de financer cet ouvrage. D'où le retard enregistré pour sa publication, retard aujourd'hui comblé par l'accueil des éditions de L'Harmattan. Le réseau Sociolinguistique rfynamiquedeslanguesa été créé pour et appuyer les recherches, conduites au Sud comme au Nord, dans les trois grandes directions suivantes: 1. Situations sociolinguistiques Approche descriptive et typologique. Instruments d'analyse de telles situations. Usage mésolectal et notion de langue courante: français populaire, vulgaire, quotidien, véhiculaire, vernaculaire, etc. 2. Actions sur les langues et sur les situations linguistiques Méthodologie de l'enseignement du fra11çais langue étrangère (FLE) et du français langue seconde (FLS): de la théorie à la pratique, propositions concrètes. Les langues nationales: leur rôle dans le développement. Analyse des politiques linguistiques et de leurs réalisations dans les domaines complémentaires de l'aménagement linguistique et de l'enseignement-apprentissage: instrumentalisation, codification, normativ1sation. Études portant sur l'émergence d'univers conceptuels multiples au sein de la langue française et sur l'analyse des processus de production de sens en français langue non maternelle: les modalités d'appropriation de cette langue par ses locuteurs, approche allant bien au-delà des simples préoccupatio11s lexicales qui ont déjà donné lieu à de nombreuses études et qui constituent l'objet d'autres réseaux de l'UREF avec lesquels Sociolinguistique et rfynamiquedeslanguestravaille en étroite collaboration. 3. Dynamique des langues et des situations

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Attitudes, sentiments et représentations des locuteurs du français: analyse des comportements. Contacts de langues: information, documentation (recueil de données), problèmes spécifiques tels que l'altema11ce codique, l'interférence, le calque, etc. Propositions pour une gestion renouvelée des situations plurilingues dans lesquelles le français est impliqué (bilinguisme, diglossie, etc.). La convergence nécessaire des recherches menées dans les trois grandes directions qui viennent d'être dégagées devrait conduire à une nouvelle conception de l'ensemble frat1COphone, beaucoup plus dynamique que celle qui domine actuellement et, par-delà cette conception, à définir une autre sociolinguistique (épistémologie de la discipline).

Pierre Dumont Coordonnateur
S ociolinguiJtique

et dynamique

des langues

INTRODUCTION

L'objet d'étude de la sociolinguistique n'est pas donné au chercheur, mais construit par lui et cette construction est le premier pas de toute enquête. Nous avons en effet au départ une série de questions: - Qu'est-ce que les gens parlent? - Comment les gens parlent-ils? Quelles sont les différences (géographiques, sociales, etc. ?) entre leurs façons de parler? - Que pensent les locuteurs de leur façon de parler? De celle des autres? Etc. Questions légitimes que se pose le de scripteur. Et, pour obtenir des réponses, il va bien lui falloir se donner des techniques. On pourrait penser que la simple observation suffit mais, outre que celle-ci serait souvent bien longue, il n'est pas certain qu'elle fournirait toutes les réponses attendues: un locuteur qui, pourrait-on dire, s'observe sans cesse, n'est sans doute pas capable de répondre à ces questions pour sa propre pratique et nous verrons que la simple présence d'un observateur modifie ces comportements. Il faut donc extraire ces réponses, les révéler (au sens où le révélateur photographique fait lentement apparaître une image) et pour cela se donner à la fois des modes d'élaboration du corpus (ou de constitution des données), c'est-à-dire des techniques d'enquête, et des principes d'analyse de ces données. Les contributions recueillies dans ce livre portent sur ces différents problèmes. Comment recueillir tout d'abord les données? Ahmed Boukous présente les différentes questions que posent l'élaboration, la passation et la validation d'un questionnaire, tandis que Jacques Bres présente les techniques d'entretien et Bruno Maurer les jeux de rôles. Le questionnaire est également au centre de l'enquête

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dialectologique abordée par Patrice Brasseur. Mais tCt, les problèmes sont plus nombreux et plus vastes: choix des points d'enquête, des informateurs, des enquêteurs et enfin transcription. Ce passage des données orales, généralement enregistrées sur magnétophone, à une présentation écrite, est déjà en soi un début d'analyse. Il serait en effet naïf de croire en l'existence d'une seule transcription possible, univoque et légitime, d'un corpus. La transcription a toujours une finalité qui détermine ses principes (transcrire pour une analyse interactionniste ou variationniste, accent mis sur l'étude des représentations, du rapport entre verbal et non verbal, sur les variables phonétiques ou syntaxiques, etc.) et ce rapport entre le pourquoi et le comment du passage à l'écrit donne à Bruno Maurer l'axe de son intervention: "Dis-moi pourquoi tu transcris, je te dirai comment le faire". Bien sûr, toutes les techniques de recueil de données ne sont pas ici représentées. On pourrait par exemple songer à la prise de vue, mais elle pose les mêmes types de questions, du choix des informateurs à la tratlscription (même si celle-ci est plus complexe: comment transcrire un geste, une mimique ?). Mais le pro blème est ensuite de traiter les données ainsi recueillies. L'entretien par exemple nous fournit de la matière brute, de la parole ou du discours oral, que l'on peut analyser de différentes façons: Jeanne-Marie Barbéris illustre dans sa contribution une démarche privilégiant la notion d'interaction verbale, traitée en tentant de relier le niveau des implications sociales et celui de l'inscriptio11 de ces conflits dans l'échange verbal. Un autre point de vue, abordé par Bruno Maurer, est celui des types d'enquêtes généralement pratiquées. Cette approche typologique met en relief la diversité des approches (macro ou micro), des terrains, mais nous montre en même temps qu'il existe quelques grandes tendances: insistance mise sur l'oral, importance croissante de l'analyse des représentations, etc. J'écrivais en tête de ce texte que l'objet d'étude de la sociolinguistique n'est pas donné au chercheur mais construit par lui, et le mode de saisie des données a également des retombées sur leur traitement. Entre les enquêtes "macro", comme celles évoquées par Bruno Maurer à propos de l'Afrique, et les enquêtes "micro", comme celles COtlCernant la communication familiale qu'évoque Christine Deprez, il y a bien sûr de grandes différences

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mais, dans tous les cas, c'est le regard du chercheur qw sélectionne un point de vue sur la communication sociale. "L'entretien n'est pas la voie royale d'accès à la parole des locuteurs mais un moyen commode de provoquer sa production - et donc sa récolte - dans un cadre particulier: l'interaction de l'interview" . Cette phrase extraite de la conclusion de Jacques Bres pourrait s'appliquer à toutes les facettes de l'enquête sociolinguistique. L'entretien, l'enquête par questionnaire, l'observation, etc., sont autant de moyens pour cerner une pratique sociale et linguistique qu'il convient ensuite, nous l'avons vu, d'analyser. Soyons clairs: la linguistique n'a pas, en la matière, inventé grand chose (sauf peutêtre la technique du locuteur masqué), elle a le plus souvent adapté des techniques déjà utilisées ailleurs, chez les sociologues, les psychologues, voire les journalistes. Qu'il s'agisse de l'observation (directe, indirecte, participante) ou de l'enquête (par entretien ou par questionnaire, sur un échantillonnage aléatoire ou par quotas), les grandes techniques de constitution du corpus, de la matière première soumise ensuite à analyse, nous viennent d'ailleurs et ont simplement été adaptées à l'objet d'étude que constitue la parole. Mais ce qui est épistémologiquement important est la réflexion sur les données que ces techniques nous permettent de recueillir. Il demeure que la sociolinguistique, science en voie de constitution et appelée à englober la linguistique, ne pourra pas faire l'économie d'un modèle de la communication sociale. La communication ne peut pas se résumer à un code, comme l'a cru la variante fonctionnelle de la linguistique structurale, ou à un modèle de production de phrases, comme l'a cru sa variante générativiste. Les codes, qui lui sont nécessaires mais non pas suffisants, sont les produits sans cesse en évolution d'un besoin de communication, d'une recherche de communication, et c'est là que notre science pêche par faiblesse théorique. On connaît les travaux de Werner Heisenberg qui ont débouché sur ses « relations d'incertitude» : critiquant les notions de position, de vitesse et de trajectoire il posait que la localisation temporelle et spatiale d'un système atomique ne peut être effectuée en même temps que la détermination de son état de mouvement qu'au prix de certaines limitations. En d'autres termes, une expérience dont le but est de mesurer avec exactitude la

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position d'un électron ne permet pas de mesurer en même temps sa quantité de mouvement et réciproquement, pour la "simple" raison que le système observé est perturbé par les appareils d'observation. On trouvait ainsi dans la mécanique quantique, bien avant la fOflTIulation du "paradoxe de l'observateur" par William Labov, cette idée que l'observation modifie la chose observée. Le choix d'une technique de constitution d'un corpus, d'une technique de recueil de données, tnodifie donc l'objet étudié et influe sur les résultats de son analyse. C'est pourquoi la réflexion méthodologique sur le mode de constitution des données est un passage indispensable dans l'approche sociolinguistique. Comment observer, recueillir des données sans tTIodifier le comportement des locuteurs? De l'enregistrement à la transcription, du questionnaire à l'entretien, la constitutiol1 du corpus est ainsi le premier problème méthodologique auquel est confronté l'enquêteur. Comment ensuite utiliser les données ainsi recueillies, pratiquer des tris (à plat, croisés) dans les réponses aux questionnaires, analyser les entretiens? C'est à ces différentes questions que cet ouvrage apporte des répol1ses plurielles et convergentes. Nous avons tenu à le rel1dre vivant, par des exemples concrets, à en faire une sorte de mode d'emploi de l'enquête. Mais il aurait été malhonnête, dans cette introduction, de ne pas évoquer les défis théoriques auxquels nous sommes encore confrontés. Quelques mots pour finir sur le plan de ce livre. Nous avons réparti les différentes contributions sous trois titres: 1. La saisie des données (Ahmed Boukous, Patrice Brasseur, Jacques Bres, Christine Deprez, Ca.roline Juillard, Bruno Maurer) 2 .Le traitement des dotlnées Oeantle-Marie Barberis, Bruno Maurer) 3. Typologie des enquêtes (Bnlno Maurer) Mais il va de soi de ce classement est bien souvent arbitraire. I~ texte de P. Brasseur par exemple relève aussi bien de la première que de la troisième partie, celui de J. M. Barberis aurait pu apparaître dans la troisième partie, ceux de C. Deprez et de C. Juillard relèvent des trois. Tel quel, cependant, ce plan a surtout pour fonction de mettre un peu d'ordre dans ces différents regards et d'en faciliter la lecture. Louis-Jean Calvet .Université René Descartes, Paris V

LE QUESTIONNAIRE par Ahmed Boukous Université de Rabat

La sociolinguistique a pour objet de décrire et d'expliquer les rapports existant entre, d'une part, la société et, d'autre part, la structure, la fonction et l'évolution de la langue. Le sociolinguiste étudie ces rapports dans la vie sociale en collectant les données à analyser in t'Îvo,c'est-à-dire auprès d'un échantillon représentatif de la communauté linguistique, par le moyen d'instruments qui assurent aux résultats de la recherche objectivité et fiabilité. Le questionnaire occupe une position de choix parmi les instruments de recherche mis à contribution par le sociolinguiste car il permet d'obtenir des données recueillies de façon systématique et se prêtant à une analyse quantitative. 1. Objectifs du questionnaire Le sociolinguiste élabore le questionnaire dans le but de confronter avec les données empiriques la pertinence des questions qu'il se propose d'élucider et de confirmer la validité des hypothèses postulées dans la phase préliminaire de sa recherche. Pour garantir l'objectivité de la recherche, il est nécessaire d'administrer à l'échantillon construit un questionnaire standard, c'est-à-dire, idéalement, un questionnaire comprenant les

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mêmes questions pour tous les groupes et sous-groupes, administré dans les mêmes conditions, sans adaptation ni explication. L'échantillon comprend un nombre de sujets l1écessaire et suffisant aux besoins de la recherche, sa taille est fonction du nombre de questions de recherche, des variables à examiner, du volume de la population ciblée, du caractère macroscopique ou microscopique de l'approche adoptée, etc. Par exemple, une recherche qui porte sur la compétition entre l'anglais et le français à l'échelle européenne nécessite un échantillon plus étoffé que celle qui étudie le même objet au sein de la communauté scientifique d'un pays déterminé.

2. Types de questions Les questions formulées dans un questionnaire sont généralement de deux types, celles qui se rapportent au contenu et celles qui ont trait à la forme. 2.1. Contenu des questions On distingue dans les questions relatives au contenu les questions de fait et les questions d'opinion. (i) IJes questions de fait sont relatives aux phénomènes observables, aux faits vérifiables sur le plan empirique; la validité de ces questions p.eut être éprouvée par le recoupement des informations ou par l'observation directe, ce sont par exemple les questions ayant trait au sexe et à l'âge du sujet, ou encore des questions comme: Quelles langues écrillez-vous? Quels sont lesjournaux
que vous liJeZ ?

(ii) les questions d'opinion, dites aussi parfois questions psychologiques, portent sur les opinions, les attitudes, les motivations, les représentations des sujets, etc. Par exemple: La languefrançaise est-ellela langue du prestige social en Afrique de l'ouest? ou encore Estimez-vous qu'enseignerune langue vernaculaireest utile? Dans certains cas, il paraît difficile de distinguer questions de fait et questions d'opinion; par exemple, la question Etes-vous d'accord pour direque l'anglais es/une langue universelle?peut être interprétée comme une question de fait découlant de l'observation d'un constat ou bien comme une question d'opinion relative à la représentation que le sujet a du statut de l'anglais.

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2.2. Forme des questions et des réponses Le questionnaire peut se présenter sous deux formes, une forme structurée ou une forme non structurée; le questionnaire structuré est composé de questions fennées ou semi-fermées tandis que le questionnaire non structuré comprend exclusivement des questions ouvertes. (i) Les questions fermées suscitent de la part du sujet une réponse positive ou une réponse négative, mutuellement exclusives; les réponses à ces questions sont fixées à l'avance. Par exemple, à la question Parlez-vous une langue étrangère? les réponses proposées sont oui et 110n.,a réponse du sujet ne peut donc être que oui ou l non; de même à la question On dit souvent que parler une langue soutenue est bien vu. Etes-vous d'accordou non? A cette question la réponse alternative est d'accord/ pas d'accord. Dans un questionnaire structuré, les questions peuvent être semifermées, elles prennent alors la forme de questions à choix multiples où un ensemble de réponses préétablies est suggéré au sujet qui choisit panni les réponses alternatives celle qui lui paraît la plus conforme à son point de vue. Les réponses données à chaque question doivent couvrir le champ des réponses possibles, il est préférable de proposer aussi une réponse Autre (à spécifier) pour donner encore plus de latitude au sujet. Par exemple, on peut poser la question: Pourquoi avez-vous décidéd'opprendre langlais ? et proposer les réponses suivantes: a. pour avoir un saloire important,
b- pour être cultivé, c.pour être moderne, d. autre (à spécifier).

(ii) Les questions ouvertes sont posées sans suggestion de réponses. Par exemple aux questions: Que pensez-vous dl la situation de fespagnol dans le monde? Que pensez-vous de la promotion des langues vernaculairesen Afrique? Le sujet est invité à répondre librement, à livrer ses commentaires, à donner des détails, à nuancer sa pensée, à formuler des jugements à sa guise; l'enquêteur note fidèlement les réponses du sujet pour en traiter le contenu par la suite. Le questionnaire structuré et le questionnaire non structuré présentent des avantages et des inconvénients. L'avantage des questions fermées est qu'elles permettent une formulation, un codage et un traitement simples, en outre les résultats se prêtent à une analyse immédiate; elles ont cependant l'inconvénient d'imposer au sujet de faire utl choix parmi des réponses alternatives proposées alors qu'il se peut que son opinion soit plus nuancée que oui/ non, tlaccord/ as d'accord,avorable/ non favorable, etc.; p f

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de plus, le questionnaire qui a une structure rigide peut être ennuyeux pour le sujet et fastidieux pour l'analyste. L'avantage des questions ouvertes est qu'elles donnent l'entière liberté au sujet d'exprimer son point de vue, elles sont notamment appropriées aux questionnaires portant sur l'opinion, l'attitude et la représentation. Elles présentent en revanche l'inconvénie11t de fournir des réponses difficiles à coder et à traiter; en outre, en répondant aux questions ouvertes, le sujet peut fournir des réponses ne présentant pas de réel intérêt pour le sujet enquêté ou des réponses sans pertinence par rapport à l'objet soumis à l'étudtt, le sujet peut aussi omettre dans ses répo11ses des aspects importants de la recherche. C'est pourquoi la plupart des chercheurs préfèrent élaborer un questionnaire structuré comprenant à la fois des questions fermées et des questions semifermées, plutôt qu'un questionnaire composé uniquement de questions ouvertes. Dans certains cas, le chercheur est conduit à construire un questionnaire qui englobe des questions fermées, des questions semi-fermées et des questions ou,rertes. Il semble que les questionnaires se rapportant aux faits sont assez facilement présentés sous forme de questions fermées alors que les questionnaires relatifs aux opinions sont moins structurés, les questions posées peuvent être semi-fermées ou ouvertes, ces dernières étant cependant moins nombreuses que les premières. 3. Construction du questionnaire Le but du questionnaire étant de permettre d'obtenir des informations auprès d'une population déterminée, il convient de poser des questions appropriées, c'est-à-dire des questions dont les réponses fournissent des informations pertinentes par rapport au sujet de la recherche. C'est pourquoi une attention particulière doit être prêtée à la formulation des questions. La construction du questionnaire est une tâche délicate qui nécessite une bonne préparation, du temps et des moyens. Elle représente une étape décisive dans le déroulement d'une etlquête, ainsi toute erreur, omission ou ambiguïté dans les questions a nécessairement une incidence sur les résultats de la recherche. Un questionnaire fait à la hâte se révèle rapidement inadéquat, c'est ce explique que bien des révisions du questionnaire sont souvent nécessaires avant l'établissement de la version définitive.

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Tout en sachant que la construction du questionnaire est une affaire d'expérience et de savoir-faire et que son apprentissage ne peut se réduire à des recettes infaillibles et généralisables à l'infini, on peut à titre d'indications faire quelques recommandations sur les propriétés du bon questionnaire. 3.1. Systématicité du questionnaire Le même questionnaire doit être administré à tous les groupes et sous-groupes de l'échantillon, c'est la condition même de la mesurabilité de l'objet de recherche. En tous cas, il faut éviter d'administrer aux sujets des versions différentes du questionnaire, les questions doivent être comprises de la même manière par tous les sujets. Si après l'administration du questionnaire à un nombre important de sujets, le chercheur se rend compte qu'il y a eu erreur ou omission, il y a lieu de refaire une autre version du questionnaire et de l'administrer à un sous-groupe en prenant le soin de distinguer dans l'analyse les deux catégories de sujets.

3.2. Durée du questionnaire Élaborer un questionnaire aussi bref que possible permet d'économiser la durée de la passation et celle du traitement; un nombre important de questions implique généralement un nombre proportionnel de questions de recherche, d'hypothèses et de variables, ce qui contribue évidemment à alourdir la recherche. Les sujets sont plus enclins à répondre quand le questionnaire est court et précis, il est donc préférable d'éviter de bourrer le questionnaire en éliminant les questions dont les réponses se trouvent dans d'autres sources et celles qui font double emploi. La durée raisonnable d'une passation à domicile, dans une salle de classe ou dans tout lieu tranquille peut atteindre une heure, en revanche utle passation effectuée dans des conditions moins favorables, par exemple dans la rue ou dans un lieu de travail, ne devrait pas excéder un quart d'heure. S'il y a nécessité d'un questionnaire lourd, le segmenter en deux ou plusieurs questionnaires soumis à des échantillons comparables et indépendants permet parfois de résoudre le problème de la durée de la passation. On peut aussi soumettre des parties différentes du questionnaire aux mêmes sujets à des moments différents, il faut être conscient alors qu'entre-temps les sujets ont pu réfléchir aux questions, révisé leur attitude, etc.

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3.3. Maîtrise de la langue du questionnaire Une recommandation évidente mais utile: le questionnaire doit être rédigé dans une langue parfaitement maîtrisée par les sujets. C'est ainsi qu'en raison d'une maîtrise approximative de la langue française, des sujets ont dû fournir des réponses inattendues à l'instruction suivante: Citer le nom de trois savants français. Réponse: Cadum, Lux, Palmolive. 3.4. Exhaustivité des réponses suggérées Lorsque le questionnaire est structuré, il convient de faire en sorte que les réponses suggérées aux questions semi-fermées soient exhaustives, c'est-à-dire qu'elles couvrent le champ des réponses pertinentes possibles. Par exemple: Que pensez-vous de !arabe classique ? A cette question, il est nécessaire de suggérer à la fois les réponses favorables à rarabe classique et celles qui lui sont défavorables, de façon à ce que les sujets puissent choisir librement entre les différentes positions, par exemple: a. c'est une
beUelangue; b. c'est une langue difficile; c. c'est une langue morte; d c'est une langue moderne; e. c'est une langue sacrée;! c'est une langue archaïque; g. autre

(d préciser).Un autre cas assez fréquent est celui où beaucoup de sujets omettent les langues vernaculaires lorsqu'on leur pose la question Quelles langues parlez-vous? c'est pourquoi on doit explicitement énoncer toutes les langues en usage dans la communauté, ainsi pour le Niger par exemple les réponses proposées seraient: hawsa, songhay, peul, tamasheq, tubu, français, autre: (à spécifier). 3.5. Une idée par question Pour éviter d'obtenir des réponses ambiguës, il convient d'exprimer une idée et une seule par question. Par exemple: la question Il est regrettable les langues maternellesne soient pas enseignées. que Qu'en pensez-vous? comprend en fait deux propositions: (i) les langues maternellesne sontpas enseignées et (ii) c'est regrettable. e sujet peut être L d'accord que les langues maternelles ne sont pas enseignées sans trouver la chose regrettable.De plus, cette question n'est pas objective, elle reflète un présupposé du chercheur. 3.6. Des questions qui font sens La formulation des questions ne doit pas dérouter le sujet, le cadre de référence des questions doit être clair et cohérent pour tous les sujets. Par exemple, la question L'enseignement des scienceset destechniques en langue russe vous satisfait-il? n'a de sens que pour les sujets qui ont suivi cet enseignement, notamment ceux de l'ex-

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U.R.S.S.; cette question n'a aucune pertinence pour des sujets qui n'ont pas connu cet enseignement. 3.7. Simplicité et clarté de l'énoncé des questions La simplicité et la clarté dans la formulation des questions est une condition pour que tous les sujets soient en mesure de les comprendre. Aussi le lexique employé doit-il éviter le jargon en étant à la portée des sujets. Par exemple, éviter des questions comme: Votre motivation pour! apprentissagedes longues étrangèresest-elk intégra/ive ou instrumentale? Pratiquez-vous le bilinguisme avec ou sans diglossie? Vow arrive-t-il de pratiquer le code-switching? Dans queUes situations pratiquez-vous le code-mixing? Ces questions ne sont comprises que par les sujets qui maîtrisent le jargon sociolinguistique, il est naturel que les autres sujets n'y répondent pas ou d"onnent des réponses au hasard, sans en comprendre le sens, ce qui contribue à biaiser les résultats de l'analyse. Plutôt que d'employer des notions qui ne sont comprises. que des spécialistes, il est recommandé d'en donner la définition métalinguistique, par exemple la question sur le code-mixing peut être ainsi reformulée: Dans quellessituations mélangez-vousIts langues? La clarté des questions exige aussi une syntaxe simple dans leur formulation, la. double négation est particulièrement peu recommandée. Par exemple, la question suivante est à peine compréhensible: Ne pensez-vouspas qu'au Maghreb l'usage du franfais dans l'administration publique ne porte pas atteinte à ! arabe en tant que langue officielle? On lui préférera une formulation plus simple et plus neutre comme Pensez-vous que l'usage du frallfais dans
l'administration publique porte atteinte il !arabe en tant que langue officielle ?

Le libellé des questions ne doit pas conduire les sujets à produire des réponses identiques pour des raisons distinctes. Par exemple, la question Souhaitez-vous !introduction de fanglais dans tenseignement ? peut recevoir une réponse négative à la fois des sujets qui excluent que l'anglais puisse être langue d'enseignement et par ceux qui excluent absolument l'enseignement de l'anglais, y compris en tant que matière. 3.8. Neutralité des questions Les questions formulées doivent éviter de charrier les préjugés de l'analyste sinon cela pourrait provoquer un préjudice déterminant la réponse du sujet; aussi les termes et les expressions chargés de subjectivité feront-ils place à une langue neutre. Par exemple, la question L'enseignement des langues nationales a échoué en Afrique.