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L'ESPACE MARGUERITE

De
128 pages
(Récit)
L'espace Marguerite est un lieu affectif, une nébuleuse de sentiments, dont l'expansion, par la venue d'une fille, puis de deux, s'organise autour de la conjonction de figures filiales ou maternelles. Quatre femmes, donc, engendrent ce domaine qu'elles habitent, où se fabriquent leurs attaches, leurs attachements, que l'auteur s'efforce de reconstruire par un travail de mémoire. Cette fiction passe par des réminiscences, des rêveries, des associations libres et la lecture de vestiges familiaux.
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L'espace Marguerite
Empreintes d'enfance

\Ç)L'Harmattan,

1999

5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques, Canada H2Y 1K9 Montréal (Qc)

L'Harmattan, Italia s.r.1. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-8212-0

Andrée May

L'espace

Marguerite

Empreintes d'enfance

Récit

L'Harmattan

Pour Laurence et Corinne

Il ne faut pas s'exprimer comme on sent, mais comme on se souvient. Joubert, Carnets.

1. L'étoile penche

Sa carte d'électeur est arrivée avec la mienne au courrier de ce matin. Il faut que je prévienne la mairie. Il faut aussi que je téléphone à l'hôpital, je n'ai toujours pas reçu la facture modifiée. Quand la gravure de son nom sera réglée, je n'aurai plus rien à faire pour elle. J'ai choisi la formule la plus brève: «Marguerite Mayer, née Meunier, 1902-1993 I).L'épitaphe figurera sur la dalle, à même le granit. La stèle est pleine, le pourtour aussi. On repeindra par la même occasion toutes les inscriptions - c'est tout le temps à refaireet on consolidera l'étoile de David, qui penche. La note suivra, m'ont dit les pompes funèbres. Ma mère occupe la dernière place de la sépulture. J'ai craint un moment qu'elle ne puisse y être ensevelie. En Alsace, paraît-il, ou à Bordeaux, la congrégation aurait refusé l'inhumation. Cela s'est produit à Grenoble. Le Monde en avait parlé. Il y a même eu un procès. J'en ai fait part à mon cousin quand il m'a remis le titre de la concession, onze mois avant le décès. Il ignorait tout. Il écrit sur une machine à traitement de textes mais il ne lit pas les journaux. Il s'est exclamé: «Ta mère, c'était Ruth la Moabite! La goy fidèle! J'ai éclaté en sanglots sans avoir senti l'émotion venir. J'ai tout ravalé, nous étions dans un café et il y avait du monde. L'idée qu'elle soit séparée de mon père, ou plutôt de son mari, m'a tourmentée jusqu'à
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ce que je constate que rien ne se mettait en travers. Elle ne m'avait jamais signifié ce qu'elle voulait et je ne lui avais pas non plus demandé. Il allait de soi que j'avais compris. Elle me faisait totalement confiance. Aucun officiant d'aucune sorte n'était convoqué aux obsèques, aucune allocution n'a été prononcée, comme pour mon père. Seule, l'abondance des fleurs sur son cercueil la reliait à ses ancêtres paysans. Mon père, lui, n'apportait jamais de fleurs au cimetière, il déposait une petite pierre avant de s'éloigner. Je ne connais pas l'origine de cette tradition mais je l'ai toujours suivie, avec plaisir. L'ordonnateur m'a aidée à trouver un caillou, pensant sans doute que je mettais le comble à la confusion des genres. Plus tard, mon cousin m'a dit: «Alors, Montparnasse, c'est du pipeau!) Cette phrase m'est restée, en attente. En attente d'être écrite.

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