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L'invasion de la Méditerranée par les peuples de l'océan XIIIème siècle av J-C

De
271 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1992
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EAN13 : 9782296260917
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L'INVASION DE LA MEDITERRANÉE PAR LES PEUPLES DE L'OCÉAN

Du même auteur:
La Bretagne avant Nominoë. Imprimerie de la Manutention

- Mayenne

- 1989

Diffusion: Coop Breizh - 4 Straed Gourin - B.P. 1 - 29135 Spezed

L'INVASION DE LA MÉDITERRANÉE PAR LES PEUPLES DE L'OCÉAN XIIIe siècle avant Jésus-Christ
Une réécriture de l'histoire antique

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L' Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1234-3

« Quand le fait qu'on rencontre est en opposition avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie, lors même que celle-ci, soutenue par de grands noms, est généralement adoptée. »
Claude BERNARD

A Jean-Yves LE DRIAN Maire de Lorient et Ministre de la Mer, successeur moderne des Doges vénètes

Equipement

des marins et soldats des Peuples de lq Mer (Dessin de Jean-Pierre SALAUN)

(Médi11£t-Habou)

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Avant-propos

NECESSITÉ D'UNE RÉÉCRITURE DE L'HISTOIRE ANTIQUE
Vers la fin du xn~ siècle avant Jésus-Christ, le monde antique, riverain de la Méditerranée, subit un immense bouleversement. En quelques décennies, submergés par une formidable invasion venue des bords de l'Océan, s'écroulèrent les plus riches cités, les plus grands royaumes, les plus puissants empires. Toutes les anciennes civilisations du Sud de l'Europe et du Nord de l'Afrique disparurent intégralement sous les coups de marins intrépides. Seuls échappèrent à cette destruction les pays situés à bonne distance de la mer, notamment la Haute-Egypte et la Mésopotamie. Mais, tout le long des côtes de la Méditerranée, un nouveau pouvoir aux maIDsdes envahisseurs s'installa durablement. Un brutal hiatus s'ouvrit dans les civilisations, lequel dura environ un demi-millénaire. Cette période est appelée, selon les lieux, le Moyen-Age (grec) ou les âges obscurs (Dark-ages). On la trouve aussi bien en Hellade qu'en Anatolie, en Syrie, dans le delta égypti~n, et même, curieusement, en Nubie. Cette invasion des Peuples de l'Océart fut la plus importante et la plus rapide de toutes celles que le monde a connues. Par l'immensité de ses effectifs, par la soudaineté irrésistible de sa progression, par l'étendue et la durée de ses conséquences, elle dép3..-Cï;sa bien les invasions germaniaussi ques de la fin de l'Empire Romain que le déferlement des Arabes au vn:f siècle et l'avance des Turcs qui, les unes et les autres, ne progressèrent que beaucoup plus lentement et ne s'installèrent à demeure que sur des territoires beaucoup moins étendus. Comment se fait-il donc que cet événement extraordinaire soit pratiquement ignoré, non seulement du grand public, mais même des manuels d'histoire ancienne où il n'est le plus souvent qu'évoqué et étouffé au milieu de fastidieux développements sur la mythique guerre de Troie .etdes non moins légendaires personnages de la Bible? Il y a à cela deux raisons principales. D'abord, jusqu'au siècle dernier, les. sources historiques' disponibles étaient rares et peu fiables. Elles se limitaient à des textes poétiques, Il

littéraires, religieux ou généalogiques, rédigés à très basse époque, auxquels on accordait une ancienneté et une authenticité illusoires. Nous y reviendrons au fur et à mesure de l'exposé des faits. Depuis, grâce aux efforts des archéologues et des décrypteurs des écritures égyptiennes et cunéiformes, le champ des connaissances a été entièrement renouvelé. Les inscriptions sur pierre, sur argile, sur papyrus, ont apporté des récits

contemporainsdes événements,n'ayant aucun rapport avec les légendes
homériques ou hébraïques, que l'on aurait donc dû éliminer, au moins en tant que sources de I'histoire. Malheureusement, et c'est là la deuxième raison de la fausseté de l'histoire enseignée à nos enfants, personne n'a voulu prendre une aussi grave responsabilité. Du fait même de la stricte hiérarchie et du système d'avancement pratiqués dans les universités de tous les pays, aucun historien, aucun chercheur, aucun archéologue ne peut s'attaquer aux erreurs soigneusement entretenues par ses anciens maîtres. Un tel comportement iconoclaste serait tout simplement suicidaire et le téméraire verrait non seulement sa carrière brisée, mais ne pourrait même pas faire publier ses théories, les éditeurs ne tenant pas à se faire mettre à l'index, nous en savons quelque chose. De ce fait, l'invasion des Peuples de l'Océan, que l'on ne pouvait nier, a été minimisée et en quelque sorte récupérée pour être présentée comme de simples actes de piraterie sans importance effectués par les ancêtres des Grecs, Achéens ou autres. Nous montrerons que ceci est absurde et facilement réfutable et n' explique nullement la disparition brutale et concomitante des civilisations mycénienne, crétoise, hittite, syrienne, etc... Pour ce faire, il nous va falloir réécrire complètement l'Histoire Ancienne à partir de la mo.itiédu lIe millénaire, ce qui correspond à peu près à l'avènement du nouvel empire égyptien, après l'occupation hyksos. Cet exposé comportera cinq parties: tere partie: Conquête de la Méditerranée par les peuples de l'Océan 2e partie Les Pharaons meshouesh 3e partie: L'état philistin 4e partie Les Pélasges et autres océaniques en Egéïde et en Anatolie 5e partie La Méditerranée occidentale au temps des Tursânes ou Etrusques AVERTISSEMENT CONCERNANT LA CHRONOLOGIE

Afin de ne pas dérouter le lecteur, nous adopterons la chronologie officielle admise actuellement. Cependant, il est bon de préciser, dans un simple souci d'honnêteté, que celle-ci est très fragile et devra certainement un jour ou l'autre être rétablie sur des bases plus solides. Il faut d'abord 12

savoir que toute la chronologie antique est raccrochée aux dynasties égyptiennes. Ce rapprochement a pu se faire grâce à la grande diffusion dans le bassin méditerranéen de différents objets égyptiens et notamment de scarabées portant le nom de pharaons et se trouvant dans les couches archéologiques. A partir de là, on a daté divers types de poteries qui servent à leur tour de repères dans tout le Proche-Orient. Malheureusement, tout le système ne repose que sur la succession tout à fait hypothétique des pharaons et des dynasties égyptiennes qui ne nous est connue (et encore de seconde ou troisième main) que par les tardives "listes royales" du prêtre égyptien Manéthon (lue siècle avant notre ère), lesquelles ne sont pas datées. Nous ferons le point sur cette question en fin de volume, mais disons tout de suite qu'il est grand temps que soient utilisées, grâce au mobilier considérable qui nous est parvenu, les méthodes modernes de datation par les isotopes radioactifs, la thermoluminescence, la dendrochronologie, etc... On ne peut plus admettre que les universitaires continuent à traîner les pieds par crainte de révisions déchirantes! En attendant, nous donnons ci-après un tableau synoptique basé sur la synchronisation actuellement adn1ise entre les diverses parties du monde méditerranéen pour la longue période comprise entre la chute des Hyksos et l'arrivée des Peuples de la Mer. D'autres tableaux suivront au fur et à mesure des besoins.

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L'ORIENT AVANTL'ARRIVEEDES PEUPLES DE L'OCEAN
L'EGYPTE 1520 1512 Aménophis 1er (1532-1512) Shamdhi Adad III Thoutmosis 1er (1512-1498) Thoutmosis Il (1498-1490) Assur-Nireri I Burattarna Ammuna Isputalisa Idrimi ASSUR MITTANI HATTI Zidantal KARKEMISH Pelliya ALALA AMURRU UGARIT

1504
1496 1488 1480 1472 1464 1456 1448 1440

Hatchepsout (1489-1468)

Puzur-Assur Itl Parsatatar Enlil-nazir Huzziya I Sunassara

Thoutmosis III (1490-1436)

Nur-iIi Assur-Shuduri Assur-Rabi I Assur-nadin-Ahhé
Enlil-Nazir Il

Sa ustatar

Teelbinu
Alluwana Niqmepa

HantiliIl
I Zidanta " Huzziya Il Thudaliya I Artatama I u Shunarna Il Arnuwanda I Thuduliya Il Hanusili Il llimilimma

1432
1424 1416 1408 1400 1392 1394 1376 1368 1360 1352 1344 1336 1328 1320 1312 1304 1296 1288 1280 Horemheb (1334-1305) Tout-Anth-Amon, (1347 -1337) Ay (1337 -1334) Akhenato n (1365-1349) Amenophis III (1403-1365) Thoutmosis IV (1411-1403) Am'nophis Il (1436-1411)

Assur-nirari Il (1426-1420) Assur-bel-nisheshu (1419-1411) Assur-rem-nishesh (1411-1403)

Assur-nadin Ahhé V (1402-1393) Abdi-Ashirta Tudhaliya III Eriba-Adad 1er (1392-1366) I Armatana ARZAWA Tarhundaradu Sunassara Assur-Ouballit 1er (1366-1330) Artatama Il Maniwaza Enlil-Nirari (1329-1320) Arnuwanda Il (1332) Pigama Inaru Suppilulima I (1366_1332) KARKEMISH Shari-Kushuh (Pigassili) Uha-Ziti Aziru Niqmadu Il Ammistamru I

Tushratta

Arik-Den-1Ii (1319-1308)

Mursily Il (1331-1301 )

Sharurunuwa

Du-Teshub Duppi-Teshub Benteshina

Nigmepa

Ramsès 1er
(1305-1303) Séthi 1er (1303-1290) Adad-Nirari (1301-1275)

I
Shituara Wusashutta

Muwatalli (1301-1282)

Urhi-Teshub (1282-1275)

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LIEGYPTE

ASSUR

MITTANI

HATTI

KARKEMISH

ALALA

AMURRU

UGAR

IT

1272 1264
1256 1248 Ramsès Il (1290-1224)

Salmanazar I (1274-1245) Hattusili lit (1275-1250)
Ini- T eshub

Ammistamru 1\

1240
1232 1224 1216 1208 1200 Ménèptah (1224-1209) Assur-Nadin-Apli Assur-Nirari III (1203-1198) Tikoutti-Ninourta I (1244-1208)

Tudhaliya IV ( 1250-1220) Kupanta Inaru

Sausgamuwa

Ibiramu Arnywanda III Talmi-Teshub Niqmadu III Suppiluliuma Il (1210- ?) Ammurapi

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Préambule
Le monde antique avant l'arrivée des Peuples de l'Océan

Les sources
Ce préambule sera consacré à une rapide présentation des Etats et Cités bordant la Méditerranée au milieu du If millénaire avant notre ère. C'est pour cette période éloignée que les progrès de la science ont apporté le plus de changement dans nos connaissances. Jusqu'au X~ siècle, en effet, l'on ne disposait, pour reconstituer le passé, que de textes tardifs émanant d'auteurs grecs ou juifs. On donnait d'ailleurs à ces ouvrages ou fragments une antiquité qu'ils ne possédaient pas. La critique moderne a montré que les plus anciens d'entre eux ne remontent guère au-delà du VIesiècle avant I.-C. Les poèmes homériques, par exemple, n'ont vraiment apparu que sous Pisistrate, entre 546 et 527, et ont été par la suite entrecoupés d'interpolations variées très difficiles à distinguer de l'original, ce qui ne serait pas le cas si le dialecte initialement employé était plus archaïque que ces rajouts. Ne sont guère plus anciens, Hésiode et les poètes élégiaques. Quant aux tragiques, Eschyle, Sophocle et Euripide, ils sont du ve siècle, ainsi que le poète Pindare et les premiers historiens connus, Hérodote et Thucydide. Enfin, on a utilisé une pléiade de prosateurs désignés sous le nom de logographes, que l'on a pris pour des historiens, mais qui, en réalité, s'appliquaient à inventer une origine prestigieuse et très ancienne à leur ville natale, ou à la famille qui y dominait. Les plus connus sont Cadmos et Hécatée de Milet, Charon de Lampsaque, Phérécyde de Léros, Xanthos de Lydie et Hellanicos de Mitylène. C'est au moyen de ces éléments disparates et inadaptés, et aussi avec
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beaucoup d'imagination que l'on a construit de toutes pièces une histoire de la haute Antiquité entièrement artificielle et complètement fausse. L'apport de la Bible y était négligeable, car cette masse énorme de récits remontant en principe à la fondation du monde, présente l'étrange particularité de ne pouvoir être rattachée à l'histoire des peuples voisins, si ce n'est pour les périodes très récentes. Nous verrons que, par ailleurs, le peuple juif est pratiquement ignoré des Egyptiens, des Hittites ou des

Assyriensjusqu'au IXe siècle.

Cela jette une suspicion générale sur la valeur de l'Ecriture Sainte que l'on a crû longtemps rédigée quelque 1500 ans avant notre ère par Moïse sous la dictée de Jéhovah. En réalité, on sait maintenant que le Pentateuque a été écrit par au moins trois rédacteurs différents et ceci à très basse époque, au plus tôt au temps de la captivité de Babylone, soit au 6ème siècle. Par ailleurs, les différents auteurs se contredisent mutuellement dans la présentation des faits, des lieux, des dates et des personnages, ceci malgré le soin qu'à pris un rédacteur final de fondre en un seul document les récits des trois principaux auteurs que l'on appelle le Yahviste, L'Elohiste et le Généalogiste (ou le Chroniqueur). Les autres Livres de la Bible sont de rédaction encore plus récente et ne sauraient non plus être considérés comme des textes de grande valeur historique en ce qui concerne les temps anciens. En définitive, l'Ecriture, à laquelle on a donné beaucoup trop d'importance ainsi qu'au peuple juif, n'est qu'un agglomérat de pièces disparates, parfois très pittoresques, voire même poétiques, mais le plus souvent consacrées à des énumérations fastidieuses de rites primitifs ou au récit complaisant d'actions de guerre d'une rare sauvagerie. Elle ne nous apporte rien quant à la connaissance des autres peuples de l'Antiquité durant le I~ millénaire avant notre ère. Nous allons voir maintenant pays par pays, d'abord ce que l'on croyait savoir avant le x~ siècle, et ensuite ce que l'on connaît maintenant de certain grâce aux étonnants progrès de la science. Nous commencerons par l'Egypte, en raison bien sûr de son rôle de référence pour la datation de l'ensemble du Proche-Orient, mais aussi du fait de l'abondance particulière des nouvelles sources.

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CHAPITRE PREMIER

L'EGYPTE

Pour se faire une idée de l'Egypte ancienne, nos ancêtres ne possédaient guère que la Bible, Hérodote, les listes royales de Manéthon et quelques citations de logographes dans Strabon ou autres compilateurs. Le rapprochement de ces textes est pratiquement impossible: la Bible, malgré ses nombreux chapitres consacrés à Joseph, au séjour des Hébreux en Egypte, puis à leur départ de ce pays sous Moïse, ne fournit pas la moindre indication utilisable pour situer ces événements dans le temps. Pas une fois n'est indiqué le nom de l'un des pharaons ayant régné pendant cette période. La Bible paraît d'ailleurs prendre ce titre royal pour un nom propre. On n'a jamais retrouvé trace dans toute l'histoire égyptienne d'un Premier ministre pouvant correspondre à Joseph. On s'est d'ailleurs fait une idée très exagérée de la durée du séjour des Hébreux en Egypte ainsi que de celle de la période des "Juges" qui s'étend entre l'arrivée dans la Terre Promise et l'avènement de Saul. Les dates des règnes des rois suivants, David et Salomon, fixées avec beaucoup d'assurance et de précision au xe siècle ne reposent que sur des calculs utilisant les durées fantaisistes des règnes de leurs successeurs, sur lesquelles les divers rédacteurs de la Bible ne sont pas d'accord. De toutes façons, les règnes prétendument somptueux et puissants de David et surtout de Salomon sont passés totalement inaperçus de leurs voisins les plus proches et paraissent donc relever plus de la légende que de I'histoire. Quant à Hérodote, qui parle très longuement de l'Egypte dans son Livre II (Euterpe), il n'en donne qu'une histoire des plus résumée et parfaitement anachronique: après avoir déclaré que les 330 premiers rois d'Egypte n'avaient rien fait d'intéressant, il cite les dix suivants comme s'étant succédés de père en fils dans cet ordre: Moeris (Pépi 1er, vers 2200), Sésostris (vers 1900) - Phéros (inconnu) - Protée (inconnu, contemporain de la Guerre de Troie) - Rhampsinite (Ramsès III, vers 1190) - Khéops, Khephren et Mykérinos (vers 2600) - Asychis (inconnu) - Anysis (inconnu, chassé par l'Ethiopien Shabaka en 715). 19

Les listes de Manéthon, sans les progrès modernes, n'étaient guère utilisables non plus. Ce ne sont que des énumérations sans indication de durée, ni de rang, des monarques cités, coupées de périodes intermédiaires confuses entre l'Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire, division créée par les Modernes. On y voit une dynastie (la VIle) qui, avec 70 rois, dure 70 jours! Pour la deuxième période intermédiaire, on hésite à lui donner seize ou deux siècles, et presque tout est à l'avenant. Heureusement, l'on dispose de nos jours de sources très riches que nous allons maintenant utiliser pour décrire l'Egypte au cours des derniers siècles précédant l'arrivée des Peuples de l'Océan. Au début du XVIesiècle, les dominateurs Hyksos ayant été chassés, commencent les temps les plus glorieux de la monarchie égyptienne; c'est le Nouvel Empire qui va durer quatre siècles sous les XVllf, x~ et xxe dynasties. Cette période nous est désormais bien connue, grâce à de très nombreuses inscriptions gravées dans la pierre des temples égyptiens et notamment à Karnak et à Deir el Bahari. Ces textes ont été regroupés dans les Records de Breasted, ouvrage de base extrêmement précieux. On dispose aussi d'un ensemble remarquable de papyrus rédigés par de hauts fonctionnaires des pharaons, les plus importants étant: le Papyrus Ipuwer de Leyde, le Papyrus de l'Ermitage à Léningrad, le Papyrus Sallier, le Papyrus Harris, le Poème de Pentaur et le Papyrus Anastasi. Enfin, la troisième matière utilisée pour l'écriture, l'argile, nous a fourni une moisson considérable de tablettes qui, plus que les autres documents rédigés et "mis en scène" après coup, permettent de saisir à l'instant même la correspondance diplomatique entre les pharaons et les autres monarques, protégés ou indépendants. Les plus connues sont celles des archives d'Akhnaton à Tell el Amarna, mais on en a trouvé bien d'autres et pas seulement en Egypte : à Boghaz-keui chez les Hittites, à Ras Shamra (Ougarit) et à Nahr el Kelb (près d~ Beyrouth). Cela a permis de reconstruire avec précision I'histoire de ces pays juste avant l'arrivée des Peuples de l'Océan. La meilleure synthèse actuelle pour cette période se trouve dans la Cambridge Ancient History constamment mise à jour. TI n'existe rien de semblable en France. Avant d'aller plus loin, il nous faut prévenir le lecteur que dans l'Antiquité, aussi loin que l'on remonte, on ne connaît pas une seule, mais deux Egyptes constituant deux pays totalement distincts, qui ne sont que très épisodiquement réunis sous le même sceptre! Celle qui nous intéresse est la Basse-Egypte des riverains de la Méditerranée, établis sur les riches terres du Delta et débordant largement à l'Ouest vers la Libye, à l'Est vers la Syrie et au Sud, notamment dans l'oasis du Fayoum. La Haute-Egypte est cel1e des misérables fellahs qui végètent sur l'étroite bande du Haut Nil. Elle s'étend plus ou moins loin vers le Sud. selon le bon plaisir des turbulentes tribus nubiennes. A l'époque qui nous intéresse, les pharaons Hyksos qui dominaient la 20

Basse Egypteont été chassésvers 1580par les Thébainsqui vont occuper
le Nord jusqu'à l'arrivée des Peuples de l'Océan. La xvnr dynastie est à l'apogée de sa puissance. Les grands monarques, Thoutmosis fr, la reine Hatchepsout, Thoutmosis III, Aménophis II, tout en réalisant de magnifiques oeuvres d'art à l'intérieur, subjuguent les peuples voisins qui cessent de menacer les frontières et deviennent des vassaux soumis. Au sud, les Nubiens ayant été mis à la raison, Hatchepsout peut monter la grandiose expédition au pays de Pount (les Somalis) qui fut dirigée par son Premier ministre Senmout, le Léonard de Vinci de l'époque, le constructeur de Deir el Bahari. Au nord-est, le Retenou (la Palestine) - le Zahi (le Liban) - les ports syriens (Ouartet, Arvad, Simyra) et le Naharina sont occupés, ce qui obligea les Mittaniens et les Hittites à rechercher l'alliance de l'Egypte et permit à celle-ci de développer son commerce avec tous les riverains de la Méditerranée et particulièrement avec Alasia (Chypre) et la Crète. C'est à cette époque que l'Egypte montra aussi au monde sa supériorité dans le domaine de l'esprit et de la religion en créant la première religion monothéiste de l'histoire, sous Amenophis III, et Amenophis IV (Akhnaton) . Si cette étonnante réforme fut sans lendemain, la graine était semée et devait r~usser beaucoup plus tard en divers points du monde. La 19 e dynastie poursuivit l'oeuvre de la ISe: Sethi 1er maintint en respect les Hittites, en battant les Amorrites et les Araméens et construisit les plus magnifiques monuments de l'Egypte à Karnak et à Abydos. Son successeur Ramsès II, après une bataille des plus indécises contre les Hittites, signa avec ceux-ci un traité (1264), justifié par la menace que faisait peser sur les deux puissances l'ascension des Assyriens sous leur roi
Salmanasar 1er.

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Au cours de la longue période de paix qui s'ensuivit, Ramsès TIcontinua à l'intérieur l'oeuvre de son père, construisant notamment le temple d'Amon dans les falaises d'Abou Simbel en Nubie, continuant Karnak et créant Louksor et le Ramesséum à Thèbes. Quand il mourut (en 1224) après un règne de soixante-sept ans, l'Egypte thébaine était au faîte de sa prospérité et de sa puissance, respectée à la fois des Hittites, des Assyriens et des Nubiens. Nul ne se doutait qu'approchait par l'Ouest, du côté de la Libye, la plus formidable des menaces qui allait, en quelques années, balayer le Delta et s'emparer non seulement des possessions égyptiennes de l'Est et du Nord-est mais aussi de la BasseEgypte, puis de la Haute. A peine arrivé au pouvoir, le vieux successeur de Ramsès II, le Pharaon Mineptah apprit que se concentrait à sa frontière occidentale l'armée d'une puissante coalition fort différente des bandes libyennes qui lançaient périodiquement jusque là des raids de pillage facilement repoussés.

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CHAPITRE 2

LA SYRIE

Comme le faisaient les Anciens, nous comprenons sous cette appellation l'ensemble des pays compris entre l'Anatolie, la Mésopotamie, l'Arabie et l'Egypte. Cette zone de passage a toujours été très morcelée ethniquement et politiquement. On y trouve de nos jours la Syrie proprement dite, le Liban, la Palestine et la Jordanie. A l'époque qui nous intéresse, elle est encore plus fractionnée. Plus que de royaumes importants, elle se compose de grosses cités plus ou moins autonomes, mais toujours obligées pour survivre d'accepter l'hégémonie de l'un ou de l'autre de ses puissants voisins. Les sources de leur histoire sont de plus en plus nombreuses à mesure que progressent les découvertes archéologiques. Outre les documents égyptiens déjà cités, .on possède désormais un nombre considérable d~inscriptions ou de tablettes sur argile trouvées à Ougarit, (Ras Shamra), Byblos (Djebail), Beth Shan, etc... sans compter bien sûr les sources hittites et mésopotamiennes. Les cités les plus importantes par leur civilisation et leur commerce sont Alalakh (Tell Atchana) - Karkemish, Alep, Ougarit, Arvad, Byblos, Beryte (Beyrouth), Sidon, Tyr, Kadesh, Meggido, Jérusalem (où les Israélites ne sont pas encore arrivés), Ashdod, Ashkelon, Gaza (qui ne sont pas encore philistines), Tounip, Adad, Irgeta. La Phénicie n'existait pas. Ce terme sous lequel on regroupera les villes maritimes de la Côte n'apparaitra qu'avec les Peuples de l'Océan et sera utilisé abusivement de façon rétroactive. En dehors de ces cités existaient, principalement à l'intérieur, un certain nombre de peuples plus ou moins nomades. Tout à la frontière de l'Egypte, les Shasou, sortes de Bédouins menaçant constamment de leurs .rezzous les vingt-trois forteresses jalonnant la route stratégique de Peluze à Gaza. Derrière eux, les Amorrites, entre Damas et Gubla, et les Araméens toujours prêts à se révolter contre l'Egypte, si les Hittites leur fournissaient des armes. et de l'argent. Enfin, plus au Nord 22

dans la boucle de l'Euphrate, le Naharina ou Mittani - capitale WashouganI. Les Egyptiens appelaient Retenou ce que nous désignons aujourd'hui par Syrie et Galilée. Aux temps que nous considérons, du xve au xnF siècle, ces pays font les frais des luttes d'influence entre leurs voisins, ce qui n'empêche pas les ports de prospérer. Ils servent d'ailleurs de bases de départ aux armées des pharaons, notamment ûuartet, Arvad et Simyra. Thoutmosis 1eret Thoutmosis III assureront leur protectorat sur ces régions en menant des expéditions jusqu'au Naharina et en remportant les victoires de Kadesh, Meggido et Karkemish. La correspondance d'Akhnaton trouvée à Tell Amarna nous fait connaître le nom de plusieurs souverains syriens dont certains portent le titre de Khazani (délégué du Pharaon) : Aziru, roi des Amoréens, Ribaldi, roi de Byblos, Abdikhida, gouverneur de Jérusalem. Sethi 1er,père de Ramsès II, viendra mettre de l'ordre parmi ces peuples turbulents et infligera une lourde défaite à Kadesh (difficile à placer, car beaucoup de lieux portent ce nom qui veut dire ville sainte) à Mouwattali, roi des Hittites, mais nous savons que son fils, pourtant plus glorieux, Ramsès II, fut battu au même endroit et dut partager la Syrie avec les. Hittites. La frontière est désormais sur l'Oronte. Nous ne savons dans quel lot tombe Alashiya, la future Chypre dont les principales villes sont Enkomi et Kition, qui ont un actif commerce avec Ougarit, dont nous connaissons un prince: Amishtarnru. Nous savons seulement que vers 1230 le roi hittite Thudaliya IV, fit un raid sans lendemain sur Alashiya. La Syrie et Chypre ne seront pas averties de l'arrivée soudaine des Peuples de l'Océan. C'est la raison pour laquelle on a trouvé, lors des fouilles sur ces sites, trace de villes en pleine activité, au point que les tablettes écrites le jour même de l'attaque étaient restées intactes dans les fours où elles venaient d'être cuites!

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CHAPITRE III

LE ROYAUME HITTITE ET L'ANATOLIE

L'Anatolie, comme la Syrie, était divisée en une multitude de cantons dont nous donnons une carte aussi détaillée que possible. La plupart des noms qui y figurent aux XVe, IVeet xITf siècles vont disparaître purement X et simplement, y compris le puissant empire hittite qui paraissait indestructible. On sait que ce pays était complètement inconnu de nos savants jusqu'au xrxe siècle et a été entièrement révélé par les fouilles archéologiques et le déchiffrement des écritures anciennes. Ni les Grecs, ni les Hébreux, n'en ont parlé. On trouve incidemment dans la Bible des allusions à des personnages hétéens, ou même à des tribus de même nom, mais elles ne semblent concerner que de petits peuples palestiniens. Il s'agit sans doute de néo-hittites, n'ayant que peu de rappon avec les habitants du grand royaume disparu. Ce sont peut-être les restes d'une diaspora. Le fait que le puissant empire hittite, qui domina pendant de longs siècles une grande partie du Proche Orient, soit complètement ignoré des Grecs et des rédacteurs de la Bible, montre bien le peu de valeur de I'histoire ancienne reconstituée d'après leurs témoignages en ce qui concerne les temps antérieurs aux vJCou vue siècles avant Jésus-Christ. L'Iliade, censée raconter l'affrontement des Etats achéens contre les Etats anatoliens au XIIIe siècle, passe totalement sous silence dans la liste des alliés de Troie, aussi bien l'empereur des Hittites et ses vassaux des Kizzuwadna, Masa, Wilusa, etc... que le roi de l'autre grande puissance anatolienne l' Arzawa et ses satellites Seha, Mira et Hapalla. En cherchant bien, on trouve quelques mercenaires hétéens aux ordres d'Euripylos, roi de Mysie. Et encore, ces auxiliaires qui font penser aux tardifs néo-hittites de David, ne sont cités que dans le catalogue troyen que l'on estime, comme son homologue achéen, n'être qu'une interpolation tardive. Nous connaissons maintenant l'histoire détaillée de ce pays que l'on appelle aujourd'hui la Turquie d'Asie, dont le peuple principal, les Hattis ou Hittites, possédait une civi1isation et une organisation politique aussi évoluées que celles de ses pujssants voisins d'Egypte et de Mésopotamie,
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avec lesquels il traitait d'égal à égal, soit pour leur disputer l'hégémonie

sur les petites cités d~Arménie et de Syrie, soit pour passer des traités ou conclure des mariages entre maisons régnantes. Loin de vivre repliés sur eux-mêmes, le principal souci des Hittites était d'assurer la libre circulation des marchandises et des matières premières, notamment des métaux comme le cuivre et l'étain; ils veillaient donc à empêcher toute mainmise d'une puissance étrangère sur les passages routiers à travers l'Anatolie et sur les ports actifs de la côte syrienne et d'Alasia. On divise en deux périodes l'histoire du pays hittite: d'abord l'Ancien Royaume, du milieu du xvne siècle à fin du xve, époque où sera créée la capitale Hattusas (aujourd'hui Boghaz-Koi) et où s'écroulera devant lui la prestigieu~e dynastie d'Hammourabi. Deux cents ans plus tard, l'Ancien Royaume devient le Nouvel Empire avec Suppiluliuma 1er et ses successeurs Mursili II et Muwatalli. Ce dernier est assez puissant pour battre, comme nous l'avons vu, Ramsès II à Qadesh. A la suite de cette victoire, son deuxième successeur, Hattusili, oblige Ramsès II à signer un traité dirigé contre l'Assyrie. Mais pas plus que l'Egyptien, l'empereur hittite n'a vu de quel côté allait venir le véritable danger. Le dernier titulaire du trône: Suppiluliuma ll, qui portait le même nom que le fondateur de l'Empire, fut un brillant chef militaire, puisqu'il reprit la Syrie aux Assyriens et précipita la chute de leur roi Tukulti-Ninurta. Mais l'ennemi venait de la mer. Une bataille navale eut lieu près de Chypre. Elle aurait été victorieuse. Ce ne fut sans doute qu'une escarmouche d'avant garde. Que se passera-t-il ensuite ?Nul ne le sait, mais comme les autres riverains de la Méditerranée, l'empire hittite disparut du jour au lendemain sans laisser de traces. Ce n'est que tout à fait fortuitement que ses archives ont réapparu au cours du siècle dernier. Le grand rival des Hittites, l'Arzawa, qui tenait la partie Ouest de l'Anatolie, avait subi le même sort très peu de temps auparavant~

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CHAPITRE

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LES EGEENS

Continuant de tourner autour de la Méditerranée dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, nous arrivons sur les bords de ce qui s'appellera la mer Egée, remplie d'îles et bordée à l'Ouest par ce qui s'appellera la Grèce. Contrairement aux pays que nous venons de traverser, nous ne savons pas comment s'appelaient, au IF millénaire avant J.C., les peuples résidant dans les Cyclades, le Péloponnèse ou la Crête. La plupart des archives qu'ils nous ont laissées ne sont pas encore déchiffrées et celles que l'on a pu traduire ne fournissent que de sèches énumérations de s~ocksdans des magasins. C'est donc tout à fait abusivement que nous parlerons de Mycènes, d'Argos, de Minoéen, d'Helladique, etc... Que l'on sache bien qu'il ne s'agit que de toponymes modernes appliqués à des faits et des choses n'ayant absolument rien à voir avec Ménélas et Agamemnon ou avec Ariane et le Minotaure. En effet, faute d'annales datables, on a adopté un principe de datation calqué sur les trois empires égyptiens et, selon les endroits, on a donné aux périodes ainsi découpées les noms de Minoéen (pour la Crête) - Helladique (pour la Grèce) - Cycladique (pour les lies), subdivisées en Ancien, Moyen et Récent. Nous ne nous occuperons que du Récent qui correspond aux quelques siècles précédant immédiatement l'arrivée des Peuples de l'Océan. Faute de textes, c'est là que s'appliqueront avec le moins de disceme-. ment les datations "à l'égyptienne". L'ancienneté des couches de terrain découvertes par les fouilleurs est fixée d'après les objets ou fragments d'origine égyptienne s'y trouvant, ou, en leur absence, d'après les tessons de poterie comparés eux-n1êmes à d'autres tessons trouvés ailleurs en compagnie de scarabées ou autres produits égyptiens. On a construit ainsi un système extrêmement rigide et systématique basé sur la croyance en une évolution régulière et générale des techniques des potiers~ Tout ceci est bien artificiel et peu fiable. Outre que l'on ne sait jamais si les vases trouvés ne venaient pas d'ailleurs comme emballage 27