L'invasion israélienne du Liban

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296213173
Nombre de pages : 270
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L'INVASION ISRAÉLIENNE DU LIBAN (1982)

Collection < Comprendre

le Moyen-Orient J.

De la Méditerranée orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergence de prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique par l'importance extraordinaire de ce qu'elle a donné au monde. Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il paraît plus c compliqué ~ que jamais au point que beaucoup renoncent à y voir clair. Il est poW1antindispensable de chercher à comprendre ce "fui s'y passe car le destin de cette région nous concerne directement: outre les liens religieux, culturels et politiques que l'histoire a tissés entre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques, nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori, cette collection entend contribuer à rendre plus mtelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur Je jeu complexe des relations internationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent cette nécessaire ambition intellectuelle.
Jean-Paul CHAGNOLLAUD

Ghassan EL EZZI

L'INVASION ISRAÉLIENNE DU LIBAN (1982) Origines, finalités et effets pervers

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Parus dans la même collection
NAHA VAND! (Firouzeh), Aux sources de la Révolution iranienne,

étude socio-politique, 1988, 278 p. SEGUIN(Jacques), Le Liban-Sud, espace périphérique, espace convoité, 1989,212 p. ISHow (Habib), Le Koweit. Évolution politique économique et sociale, 1989, 208 p. BENSIMON (Doris), Les juifs de France et leurs relations avec Israël (1945-1980), 1989,288 p. PICAUDOU (Nadine), Le mouvement national palestinien. Genèse et structures, 1989, 272 p. CHAGNOLLAUD (Jean-Paul) et GRESH(Alain), L'Europe et le conflit israélo-palestinien. Débat à trois voix, 1989, 200 p. GRAZ (Liesl), Le golfe des turbulences, 1989, 256 p. NAAOUSH(Sabah), Dettes extérieures des pays arabes, 1989, 128 p. SHULMANN(Fernande), Les enfants du juif errant, 1990, 358 p. WEBER (Edgar), Imaginaire arabe et contes érotiques, 1990, 304 p. CHACjN()LLAUD (Jean-Paul)" Intifada" vers la guerre ou vers la guerre? 1990" 2S6 p.

@ L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384..0699-8

Préface

L'ouvrage que propose Ghassan El Ezzi est issu d'une thèse d'Ëtat soutenue en 1988 à l'Université de Rennes 1. Cette recherche fait honneur à son auteur et donne une illustration vivante de ce que peut être un travail scientifique de qualité sur un sujet dit d'actualité. Comment reconnaître cette qualité à une époque où les verdicts intellectuels tendent à être prononcés davantage par des intellectuels de médias que par les spécialistes d'un champ disciplinaire, dans une logique où il semble suffire qu'un présentateur de journal télévisé parle d'un livre avec émotion ou connivence pour lui donner une consécration? Trois critères me semblent pouvoir être mis en avant. Le premier renvoie à la dimension de l'enquête~ de l'investigation" On a souvent parlé, avec une ironie parfois justifiée, de la dimension «bénédictine» 1 du travail de thèse. Lo,rsque l'érudition devient une fin en soi cette suspicion ne peut que se justifier. Lorsqu'elle est la base d'une réflexion assise sur une connaissance des dossiers, de l'Histoire, des causalités, la quête d'une information exhaustive est un impératif de la recherche. Ghassan El Ezzi y sacrifie avec efficacité, convoquant les sources palestiniennes et israéliennes, se confrontant au kaléidoscope des points de vue libanais, conjuguant l'apport d'un dépouillement de la presse et d'un recours aux travaux les plus théoriques. Appliqué au monde social et aux réalités contemporaines, le travail scientifique peut aussi se mesurer à un

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critère de désenchantement. La formule de Max Weber a fait fortune, au risque de devenir une idée reçue, ellemême routinisée pour solliciter une autre catégorie wébérienne. Le cap mis sur le désenchantement devait au départ viser à disloquer les idées reçues, à dissiper la magie qui fait que nombre de faits de la vie sociale ne nous sont accessibles qu'à travers des représentations fausses mais séduisantes parce qu'elles savent emprunter le langage de nos affects, de nos intérêts, de nos idéologies. On peut craindre que l'ambition méthodologique qui sous-tendait ce regard n'ait été souvent révisée à la baisse, sous la forme, aussi nécessaire qu'insuffisante, de ce que la tradition intellectuelle française nomme l'« esprit critique»... et qui n'est trop souvent qu'une sagacité à sens unique, prompte à couper les ailes aux illusions et aux enchantements de «l'autre ». Le dossier du Proche-Orient est de ceux qui rendent visible les limites de cet esprit critique. Alors que le Liban tend à devenir un genre littéraire occupant les présentoirs des libraires, un mince cartable suffirait à accueillir les travaux rigoureux, tandis que s'empilent les exercices de lucidité à sens unique. Qui contestera que des recherches inspirées par la cause palestinienne contiennent des élémlfnts pertinents d'approche critique de la politique de l'Etat hébreu? Qui refusera de voir que jusque dans les dénonciations les plus vives, la mise en cause de la responsabilité palestinienne dans le déclenchement du drame libanais ne saurait être écartée au seul nom d'uri parti pris des accusateurs? Mais la vraie lucidité est avant tout celle qui fait porter le désenchantement sur les certitudes de celui qui écrit. M. El Ezzi a su accepter ce pari dérangeant, douloureux parfois, en refusant la facilité qui consiste pour un Libanais à repousser les responsabilités sur les seules puissances étrangères, en acceptant de peser la contribution des acteurs qui lui sont sans doute plus proches au naufrage du Liban. Une telle remise en cause du prêt à penser, qui écarte la trop facile posture du chercheur déguisé en entomologiste observant d'on ne sait quelle extériorité l'agitation de la fourmilière, pour mettre en 8

cause son propre sens commun donne au passage matière à réfléchir sur l'utilité du travail de recherche. A quoi sert-il de consacrer des années de jeunesse à des travaux doctoraux dont l'enjeu pratique paraît aléa-

toire, trop souvent promis à la seule « critique rongeuse
des souris» dont parlait Marx? Et si la réponse tenait dans ce gain de lucidité? A côté de l'apport en quelque sorte officiel et juridique que constitue un diplôme, si le vrai gain, non quantifiable, de l'exercice nommé thèse était d'apporter à celui qui en prend le risque un regard plus froid, plus clinique, détaché des manichéismes, sur les réalités qui sont les siennes? Si un tel résllltat était atteint, si le travail de recherche apportait plus souvent ce regard distancié qui n'est en rien celui de l'indifférence alors la contribution de l'Université aux échanges Nord-Sud en sortirait créditée d'un solde positif Car à côté du progrès des connaissances, quel résultat que de contribuer à former des intellectuels autonomes, mieux armés pour prendre à bras le corps les défis du Sud, mais aussi pour utiliser leur lucidité dans le long combat contre les aveuglements de ceux du Nord. Un dernier critère d'appréciation, qui sera lui aussi porté au crédit de l'auteur, réside dans le choix d'une méthode. Loin d'être livrée aux intuitions vagues de l'essayisme ou au positivisme plat d'un constat d'huissier dressé sur les ruines de Beyrouth, l'approche de M. El Ezzi s'essaye à faire travailler des concepts. « Effets pervers », « Effets émergents », « Logiques de situation », même le non spécialiste aura reconnu ici les concepts précisés par R. Boudon et chers à l'école de l'individualisme méthodologique. Curieusement l'ouvrage de M. El Ezzi est l'un des très rares à les mettre en œuvre dans le domaine des relations entre États où ils semblent pourtant plus appropriés qu'en des sujets où leur emploi se banalise. Car postuler des comportements rationnels, calculateurs, inspirés à des acteurs divers par des critères d'évaluation comparables à défaut d'être identiques, rien de cela ne heurte la logique des relations internationales, alors que semblables présupposés font violence à la sociologie, réduisant 9

trop facilement les acteurs sociaux à l'homo économicus des robinsonnades de l'économie politique (2). A l'évidence, cette importation de concepts de sociologie vers le domaine des relations internationales n'est ni stérile ni illicite. Elle permet de souligner la rationalité nécessairement limitée des participants dans l'arène internationale. Elle aide à comprendre comment une série de « coups» attentivement calculée peut engendrer le dérapage mal prévisible de l'effet pervers, l'irruption dans le jeu d'acteurs imprévus, imprévisibles parfois. Les pages consacrées aux effets des massacres de Sabra et Chatila, aux phases d'intervention d'acteurs extérieurs à la région sont à cet égard éclairantes. Dans les trois cents pages proposées ici, qui condensent un travail plus monumental, l'auteur nous guide dans la complexité du Proche-Orient. L'tettevisite ne se cantonne pas à un exercice rituel de déploration sur le caractère inextricable des contradictions de «L'Orient compliqué ». Elle nous aide à penser la complexité, et peut-être à entrevoir les conditions sociales et géopolitiques qui rendent possible la tragédie, et par là son caractère durable et ses Jlypothèses d'évolution. Elle ne sacrifie à aucune orthodoxie, à aucun discours d'acteur. Elle suggère la fécondité d'approches encore peu acclimatées dans le domaine d'étude des relations internationales. Le bilan est stimulant et fort honorable. Puisse-t-il trouver sous cette forme claire et dense le large public qu'il mérite, montre que la prise en compte du complexe n'est pas condamnée à ['ésotérisme. Y gagneront la cause de la recherche, et - je le crois - celle d'un Proche-Orient plus proche de la Paix parce que moins prisonnier de ses mythologies et de celles dont se charge notre regard. Erik NEVEU professeur de science politique doyen de la faculté de droit de l'Université Rennes 1

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NOTES
(1) Voir le célèbre exemple de ce spécialiste dans l'étude du casque dans la Grèce homérique que met en scène A. Peyreffite dans Le Mal français. (2) Voir à ce propos la critique développée par P. Bourdieu, dans Le Sens pratique en particulier.

Il

A vaut-propos

On ne peut que se féliciter de la publication de la belle étude de M. Ghassan El Ezzi sur l'invasion du Liban par les forces israéliennes en 1982. D'abord parce que cette guerre ravageuse pour le Ijban n'a pas jusqu'ici fait l'objet d'une recherche en profondeur. Ensuite parce que l'auteur y fait preuve de qualités remarquables de clarté et de sobriété dans l'exposé des événements, des contextes, des comportements des acteurs principaux de ces longs mois où le Liban est soumis à une vaine et douloureuse chirurgie. Dans ce travail, le balisage scrupuleux qu'opère M. El Ezzi de toutes les données de l'opération «Paix en Galilée», de son déroulement et de ses conséquences, nous fait apparaître cette guerre, avec le recul des années, d'autant plus dérisoire qu'elle aura causé tant de souffrances inutiles. En effet, le principal objectif israélien de la guerre n'a pas été atteint. Bien au contraire, huit années après l'éradication de l'OLP de sa place forte libanaise, l'État d'Israël se retrouve face à un double défi: - La révolte des pierres en Cisjordanie et Gaza qui conteste avec tant de courage et de sacrifices la légitimité de l'occupation de ces territoires palestiniens envahis à l'occasion de la guerre israélo-arabe de juin 1967. - L'OLP qui a désormais une diplomatie internationale libérée des contraintes de l'implantation libanaise sur le mode révolutionnaire et radical, et avec qui les États-Unis ont ouvert le dialogue, cassant ainsi un des tabous majeurs de la politique américaine au Proche-Orient. Sur le plan proprement libanais, les résultats de l'opération «Paix en Galilée» montrent aujourd'hui dans la lumière la plus crue les ravages de l'invasion. On peut être stupéfait rétrospectivement des illusions qui avaient pu être entretenues 13

à Washington, Tel-Aviv ou Paris quant à la possibilité de faire entrer le Liban dans la logique çles accords de Camp David entre l'Égypte et l'État d'Israël. Etat à la sociologie complexe et fragile, déjà malmenée depuis la fin des années 1960 par l'intensification du conflit israélo-arabe, glacis géographique de la sécurité syrienne et donc de la présence soviétique au Moyen-Orient, comment l'Occident et certains pays arabes ont-ils cru possible une telle manœuvre politique qui ne s'appuierait que sur la présence armée israélienne au Liban et la milice communautaire phalangiste, ainsi que sur les malheureux et symboliques contingents de la Force multinationale. On connait les résultats tragiques de ces manœuvres pour le Liban d'abord, mais aussi pour les États-Unis et la France qui auront payé en vies humaines un lourd tribut en victimes mIlitaires et en otages civils. C'est que l'opération «Paix en Galilée» aura permis, dans la confusion créée, à l'Iran de la révolution islamique de s'infiltrer à haute dose sur le territoire libanais avec la bénédiction de l'État syrien et des réactions américaines et israéliennes plus que molles. Un nouveau facteur de fragmentation aura été ainsi ajouté à tous ceux qui depuis le début des années 1~70 s'étaient fixés sur le territoIre libanais pour désagréger l'Etat, créer les terribles ghettos communautaires, faire du Liban une terre de violence perpétuelle. Ainsi, le monde de la mémoire courte où nous vivons peut d'autant mieux oublier le grand modèle de convivialité communautaire qu'a été le Liban à travers sa longue histoire. Un modèle qui aurait pu être aussi celui d'une Palestine où musulmans, juifs et chrétiens auraient vécu en société ouverte et en symbiose de civilisation, loin des racismes violents et monstrueux qui ont déchiré l'Europe à travers la montée de l'hydre nazi. Mais les jeux de la géo politique sont des jeux cruels où la vie humaine a peu de poids, où les valeurs de la morale et de l'éthique sont inexistantes. Tout dans l'opération «Paix en Galilée» illustre cette proposition, à commencer par son nom. Vingt mille morts, des destructions, des massacres, des déplacements forcés de populations, des humiliations inoubliables qu'il faut bien mettre en regard des résultats catastrophiques auxquels elle aura mené. Un petit pays, le Liban, encore une fois brisé, plus que jamais centre d'un poker sanglant où derrière le voile impudique de prétendue défense d'intérêts religieux et communautaires, les «cow-boys» du Moyen-Orient jouent à se faire la guerre sans trop de risques et à affirmer leur présence et leurs impératifs de sécurité. Le mérite de l'analyse froide et méthodique de M. El Ezzi 14

est bien de mettre en relief jusqu'où peut aller la folie des hommes lorsqu'aucune morale, aucune éthique et aucun système de droit ne règle leurs relations.
Georges CORM

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INTRODUCTION

GÉNÉRALE

La guerre appartient au domaine de l'existence sociale, elle est un conflit de grands intérêts réglé par le sang. Clausewitz la comparait plutôt «au commerce, qui est aussi un conflit d'intérêts et d'activités humaines; elle ressemble encore plus à la politique, qui peut être considérée à son tour, du moins en partie, comme une sorte de commerce sur une grande échelle. De plus, la politique est la matière dans laquelle la guerre se développe, ses linéaments déjà formés rudlmentairement s'y cachent comme les propriétés de créatures vivantes dans leurs embryons» 1. La guerre peut être envisagée aux points de vue historique, politique, économique, militaire, sociologique, métaphysique, ethnique... Suivant le point de vue adopté, on verra. dans la guerre un phénomène de pathologie sociale, un facteur de transformation politique, l'expression la plus haute de la volol}té de puissance, un attribut même de la souveraineté de l'Etat2. Le sujet de cet ouvrage est une guerre, la cinquième du Proche-Orient (et si l'on veut, la première ouvertement israélo-palestinienne). Il s'agit de l'opération «Paix en Galilée» déclenchée par Israël le 4 juin 1982. Cette étude se veut scientifique, sereine et objective. Aussi deux catégories de difficultés se dressent-elles sur le chemin du chercheur: l'une est propre au champ des investigations, à savoir la région du Proche (ou Moyen)-Orient, et l'autre de nature épistémologique. Berceau des trois grandes religions monothéistes, cette région est riche en histoire, en pétrole, en mythes, en régimes politiques hétéroclites et en minorités ethniques et religieuses. Sa valeur stratégique réside aussi dans sa position géographique constituant un point vital qui rattache trois continents. Tant d'éléments qui font de cette région une poudrière, un «lieu géométrique» où se croisent conflictuellement les stra17

tégies internationales et «un excellent exemple des limites des théories explicatives dans le domaine des relations internationales »3. Le choix d'une méthodologie explicative est d'autant plus difficile que, comme le dit Kissinger (Les années orageuses, p. 246): «Apparences et réalité coïncident rarement au Moyen-Orient », la chronique événementielle est fastidieuse, répétitive et lassante, «l"analyse à base idéologique est mensongère, ou du moins déformante et appauvrissante. Le portrait des hommes qui ont fait ces événements est aussi de peu d'intérêt car il s"agit de personnages rusés mais intellectuellement falots et dont l'horizon politique ne dépasse pas un égocentrisme immobile fondé sur des intérêts sectaires ou matériels étroits, déguisés sous une grossière mythologie moderne »~. Quant aux écueils épistémologiques, la «science» des relations internationales est à la fois très ancienne (Thucydide) 5 et très nouvelle: c'est une «science en voie de développement»6 se situant sur le carrefour de l'histoire, la théorie et la sociologie. Concernant l'objet et la méthode des relations internationales, les divergences demeurent entre essayistes et épistémologues supporters du présupposé de Hobbes sur l'état de nature des sociétés, ceux qui minimisent le facteur politico-étatique en faveur de l'économie ou de la technologie, ceux qui parlent d'un «continuum transnational », ceux « chronologistes » qui privlléglent les événements « situés, datés et uniques», ceux «conceptualistes», «empiricodescriptifs»,... et on en passe7. Ces divergences pourraient s'explites de son champ d'étude de façon définitive et absolue et que chacune se pose continûment la question de son propre objet »8. S'il est vrai «qu'aucune discipline scientifique ne comporte de frontières nettement tracées» 9, ceci est d'autant réalités les plus universelles, les plus diverses et les plus nombreuses du champ de l'action sociale, dans la mesure où elles s'intéressent aux situations qui mettent en relation l'ensemble des acteurs de la vie des sociétés» 10. Les difficultés sus-citées ne seront pas insurmontables, du moins espérons-le. Pour tenter de les confronter, il faudra emprunter des théories «partielles» classiques pour interpréter les faits évoqués et l'histoire relatée. La sociologie des «effets pervers» de Raymond Boudon, bien qu'elle ne fasse guère allusion aux relations internationales, pourrait servir d'outil d'analyse pour cet ouvrage pour plusieurs raisons: 18

quer par le fait « qu'aucune science sociale n'a défini les limi-

plus vrai pour « les relations internationales qui englobent les

«La sociologie est un intermédiaire indispensable entre la théorie et l'événement» Il ; celle des «effets pervers» ne se cantonne pas dans l'abstraction et le «conceptualisme », elle pratique un va-et-vient constant entre analyse théorique et analyse empirique, elle a une valeur opératoire certaine permettant de faire l'économie de la thèse du complot. «L'analyse sociale a tendance à expliquer l'apparition d'états de choses socialement indésirables par la conspiration de groupes sociaux cyniques et tout-puissants, le sociologue découvre souvent le résultat non intentionnel d'actions intentionnelles. Cette idée élémentaire et fondamentale a bien entendu été exprimée par la plupart des sociologues. Par Marx, par exem-

ple

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Les hommes font l'histoire mais ils ne savent pas qu'ils

la font») 12.Par ailleurs, l'homo sociologicus de R. Boudon se rapproche beaucoup de l'acteur politique moderne qui n'est ni l' homo œconomicus hyperrationnel de la théorie économique, ni l'homme agi et manipulé de certaines tendances sociologiques. L'acteur politique (étatique ou non) agit intentionnellement - ses actes sont orientés vers la recherche d'une fin -, selon les moyens dont il dispose, pour satisfaire ses intérêts comme il les conçoit lui-même. Il ne peut, bien entendu, ne pas tenir compte du système d'interaction dans lequel il est engagé avec d'autres acteurs (dans des rapports qui peuvent être amicaux ou conflictuels) et par conséquent des contraintes de la situation - cadre de l'action - qui fixent les règles du jeu, les risques, les coûts et les bénéfices de l'action. Mais en tout cas, l'acteur demeure autonome (plutôt que libre). Toutefois, hâtons-nous de le dire, la «sociologie de Boudon» est loin d'être incontestée et incontestable 13, et épistémologiquement et méthodologiquement. Il serait donc nécessaire d'éviter le piège de «l'amnésie de la genèse », terme cher à Bourdieu, de tenir compte de la genèse des situations, de l' habitus, de l'histoire antérieure des acteurs, de leurs conceptions, idéologies, des limites de leur rationalité, des éléments «déterministes» des systèmes dans lesquels ils sont engagés. On peut remarquer d'ailleurs que . l'acteur politique (dont la décision entraîne des millions d'âmes) est censé être plus «rationnel» que l'agent social, surtout quand il s'agit d'une décision guerrière. On ne déclenche pas une guerre de grande envergure sans planification et préparation bien réfléchies. «La guerre des hommes est devenue, comme pour le travail et l'échange, un énorme système et le fruit d'une masse extraordinaire de calculs» 14. Mais qu'est-ce qu'un «effet pervers» ? Pour résumer cette notion d'un mot, on peut dire qu'il y a effet pervers lorsque 19

deux individus (ou plus) en recherchant un objectif donné engendrent un état de choses non recherché et qui peut être indésirable du point de vue de chacun des deux, soit de l'un des deux 15.Donc, les effets pervers sont des effets - individuels ou collectifs - résultant de la juxtaposition de comportements individuels, sans être inclus dans les objectifs recherchés par les acteurs; bref des effets non intentionnels 16. Les concepts qui en découlent sont multiples 17ainsi que les situations mixtes ou intermédiaires. Mais toute distinction reste rudimentaire car il convient d'introduire dans l'analyse des phénomènes de rétroaction, de distinguer entre les effets pervers ceux qui sont préjudiciables à tous ou à certains et d'étudier les « thérapeutiques» possibles pour éliminer ou neutraliser les effets émergents, bien que les politiques d'élimination de ces effets soient inégalement praticables selon les situations et comportent le risque de créer d'autres effets émergents. De même, le terme même de «rationalité» souffre d'ambiguïté d'autant plus que les «logiques de situation» et les «perceptions des acteurs» sont différemment vues selon observés et observateurs. Bien sûr, il Ya des situations où les acteurs sont voués à la coopération ou au compromis, mais il y a des situations d'interaction dont la structure est telle qu'il est difficile à l'acteur de déterminer la « solution rationnelle» conduisant au résultat de son point de vue le plus favorable 18. Parfois, un choix «rationnel» de la part de chacun des acteurs conduit, dans une situation d'interaction, à un résultat «irrationnel». La course aux armements illustre une situation de ce type. Il vaut mieux, pour chacun des antagonistes, s'armer que ne pas s'armer tant qu'aucun des deux n'a pas la possibilité de s'assurer que l'autre a l'intention ferme de désarmer. Mais il en résulte des coûts exhorbitants qui seraient évités par le désarmement réciproque. Dans un cas comme celui-là, la notion de rationalité est mal définie: en se comportant de manière «rationnelle», les antagonistes contribuent l'un et l'autre à engendrer un résultat moins favorable que celui qu'ils pourraient obtenir s'ils se comportaient de manière «irrationnelle» 19.En sociologie, généralement «une action est dite rationnelle lorsqu'elle est objectivement bien adaptée au but poursuivi par le sujet. Rationalité signifie dans ce cas: adaptation des moyens aux fins »20. Mais même dans cette acception praxéologique la plus simple, de nombreux problèmes persistent car ce qui est rationnel à court terme ne l'est pas forcément à long terme, encore que cela dépende des circonstances, des ressources du parieur, sa conscience en l'exis20

tence de tel ou tel moyen, ses variables psychologiques, sa personnalité, ses attitudes à l'égard du risque, ses ambitions, son information sur les données de la situation et d'autres variables qui dépendent du milieu social et de l'histoire de l'acteur. Aussi faut-il ajouter que la notion est différemment considérée du point de vue de l'observateur et de celui de l'observé. Ceci nous conduit à aborder, quoique succinctement, les perceptions et les personnalités des artisans de l'offensive de 1982. En effet, plusieurs essayistes ont montré l'importance du facteur individuel dans l'élaboration de certaines politiques extérieures agressives. Pour ne donner qu'un exemple,

le grand juriste Myres Dougal opine que « l'acteur premier en

droit international est le dirigeant politique national» 21. L'analyse de la personnalité des responsables politiques a fait l'objet d'une littérature abondante. Le nazisme est incompréhensible sans référence à la personnalité de Hitler, l'étude du stalinisme implique aussi l'analyse de la personnalité de Staline. Aussi la perception peut-elle jouer un rôle significatif dans les comportements conflictuels au plan international. La perception qu'a le dirigeant politique de son environnement est déterminée par des facteurs à la fois cognitifs, psychologiques et culturels. L'intérêt de se pencher sur la perception est d'identifier la représentation que se fait le décideur de l'environnement national, régional, ou global. Cette représentation illustre le passé, le présent et le futur (les utopies). Elle comprend l'axiome (l'a priori) qui lui est intemporel. Elle englobe ainsi ce qu'on pourrait intituler «conception du monde », «vision du monde» ou «code opérationnel »22. En 1982, à l'heure du déclenchement de l'opération «Paix en Galilée », le gouvernement israélien, sous la direction de Menahem Begin, regroupait les tendances les plus «faucons », des personnages dont la biographie fourmille de «victoires» militaires comme celle de Deir Yassine 23.Le mouvement sioniste révisionniste, duquel devait sortir plus tard ledit gouvernement, donnait à la guerre une place importante et créait une mystique de l'héroï~me ; durant les années 30 et 40, il mit l'accent sur les chants martiaux, les uniformes, les parades et les formations militaires non officielles. Les petits groupes révisionnistes n'étaient pas pointilleux sur leurs méthodes de combat. Ils ne reculaient pas devant l'assassinat ni les attaques contre les civils innocents parmi la population arabe autochtone24. Après la création d'Israël, le parti de M. Begin approuva toutes les guerres que les différents gouvernements crurent devoir faire et celles qu'ils refusèrent de faire25. Il 21

déclara, à maintes reprises, comme il l'avait fait devant la Knesset, le 12 octobre 1955: «Je suis absolument partisan d'une guerre contre les États arabes et cela sans la moindre hésitation. Ainsi nous atteindrons nos deux buts: annihiler la force des Arabes et agrandir notre territoire». plus extrémiste dans les affaires étrangères et la sécurité, ainsi que l'intolérance la plus extrême dans les affaires intérieu.res »26. De même, le ministre Y. Neeman, chef de «Tehiya» (extrêrne-droite) qui s'est opposé violemment aux accords de Camp David et le ministre des Relations extérieures Shamir

Le ministre de la Défense Sharon « représente l'attitude la

(qui sera Premier ministre plus tard) qui « a été arrêté par les

Anglais en juin 1941 et jugé tant pour son appartenance à un groupe terroriste que pour sa collaboration avec l'ennemi [allemand] »27. Le chef d'état-major R. Eytan est un des «poulains» de Sharon et un «pur et dur» de la droite nationaliste. En bref, cette équipe représente ceux, en Israël, qui n'ont jamais abandonné le rêve d'un Grand Israël, biblico-historique. Avec l'avènement de cette équipe à la tête de l'État, la sécurité d'Israël, Sharon l'a annoncé urbi et orbi, serait désor-

mais « liée à trois problèmes que l'on pourrait représenter par

des cercles concentriques - premier cercle: le terrorisme palestinien; deuxième cercle: la confrontation avec les pays arabes; troisième cercle: l'expansion soviétique dans notre région et en Afrique »28. Sharon repousse d'ailleurs« l'espace vital» d'Israël jusqu'au Pakistan à l'Est, Zaïre et Tchad à l'Ouest et même plus loin: la Turquie au Nord et l'Afriquedu-Sud au Sud» 29.L'opération «Paix pour la Galilée» reflète, on le verra, la conviction du gouvernement israélien que la guerre peut transformer une réalité politique en une contre-

réalité radicalement différente. « Avec le Likoud, il n'est plus
question de maintenir le statu-quo, il faut agir pour le transformer, il n'est plus question d'une guerre défensive ou de prévention, mais d'une initiative offensive »30. Le nouveau concept prend la guerre pour une «décision délibérée», «en vertu d'un choix», concept qui rompt alors avec ce que les travaillistes appellent «la guerre imposée» ou «guerre sans alternative» 31.

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NOTES
(1) Carl Von Clausewitz, De la guerre, éd. Minuit, Paris, 1955, p. 45. (2) Charles Rousseau, Le droit des conflits armés, éd. Pedone, Paris, 1983, p. 3. (3) Philip Habib in Politique Internationale, n° 28, été 1985, p. 8. (4) Georges Corm, Géopolitique du conflit libanais, éd. La Découverte, Paris, 1988, p. 17. (5) Thucydide est le premier historien à avoir élaboré une réflexion sur les relations internationales; ceci à travers le conflit qu'il a vécu entre Sparte et Athènes (Péloponnèse, 431-404 A.J.). Il est considéré comme le pionnier de la science historique (l'école classique réaliste) et le fondateur de la théorie de l'état de nature de la société internationale. Selon lui, la guerre résulte de l'excès de puissance. Plus une cité est puissante, plus elle aurad~ambition et d'appétit de conquête. La puissance d'Athènes la rend de plus en plus avide d'étendre son empire sur tout son environnement, ce qui effraie les autres cités qui s'apprêtent désormais à se défendre. Le cycle conflictuel est alors amorcé par cette dialectique de l'ambition dévorante de l'un et de la peur accrue de l'autre. Thucydide ébauche ainsi l'analyse des rapports entre les puissances et disserte sur le fondement des conflits armés, la nature des rapports entre cités indépendantes, la domination et les rapports impériaux, le caractère nécessairement conflictuel des acteurs impériaux.. . (6) Jacques Hutzinger, Introduction aux relations internationales, éd. Seuil, Paris, 1987, p. 10. (7) Cf. M. Merle, Sociologie des relations internationales, éd. Dalloz, Paris, 1982; Ph. Moreau Defarges, Les relations internationales dans le monde d'aujourd'hui, éd. S.T.H., Paris, 1984; J.B. Duroselle, Tout empire périra, Pub!. de la Sorbonne, Paris, 1982; Charles Zorgbibe, Les relations internationales, éd. P.U.F., Paris, 1983; C.A. Colliard, Institutions des relations internationales, éd. Dalloz, Paris, 1982. (8) J. Hutzinger, op. cit., p. 13. (9) P. Aron, Paix et guerre entre les nations, éd. CalmannLévy, Paris, 1984, p. 17. (10) J. Hutzinger, op. cit., p. 13. (11) R. Aron, Paix et guerre entre les nations, op. cit., p. 26. (12) R. Boudon, La logique du social, éd. Hachette, Paris, 1979, (réédité en 1983), p. 10. 23

(13) Cf. l'article de Pierre Favre, «Nécessaire mais insuffisante, la sociologie des effets pervers de R. Boudon », Revue française de science politique, 1980/B. (14) J.B. Duroselle, op. cit., p. 31. (15) R. Boudon, Effets pervers et ordre social, éd. P.U.F., Paris, 1979, p. 20. (16) «Entretien avec R. Boudon », Le Monde, 27 septembre 1981. (17) Malgré les nuances qui existent, Boudon utilise dans le même sens les termes: effet pervers, effet émergent, effet de composition, d'agrégation, contre-finalité... Il distingue, selon le résultat de l'action, les effets de réaction, de renforcement, d'innovation, de renversement,... (cf. La logique du social, op. cit., p. 108). (18) Voir R. Boudon, F. Bourricaud, Dictionnaire critique de la sociologie, éd. P.U.F., Paris, 1988, pp. 481 et s. (19) A. Boudon, La place du désordre, éd. P. U .F., Paris, 1984, p. 57. (20) R. Boudon, F. Bourricaud, op. cit., p. 483. (21) Cité par Charles Zorgbibe, op. cit., p. 80. (22) Cf. Michael Hearn, «La perception », Revue Française de Science Politique, juin 1988. (23) M. Begin fut, à partir de 1943, le chef de l'Irgoun Zvai Leumi, organisation terroriste fondée en 1931 et qui croyait à la force militaire comme seule solution des litiges politiques. Pour lui, le massacre de Deir Yassine (1948) était «une victoire sans laquelle il n'y aurait pas eu d'État d'Israël'». Ben Gourion comparait Begin à Hitler et le général Weizmann dresse dans son livre La bataille de la Paix un portrait de Begin dont la route «est semée de cadavres politiques ». (24) Il est vain de rappeler que les Palestiniens, victimes du sionisme, ne partagent aucunement la responsabilité des persécutions anti-juives. Ils n'en sont ni les auteurs, ni les instigateurs, ni les exécuteurs, ni les complices; ils sont aussi sémitiques que les juifs. (25) Cf. Aba Ebban, «Introduction at the Beirut massacre. The complete Kahan Commission Report », Princeton, NewYork, Kosz-Cohl, 1983. (26) Shimon Pérès dans une interview accordée à Davar, 18 avril 1984. Pour l'histoire et le passé de Sharon, cf. Francis Cornu: «Sharon, un baroudeur trop ambitieux », Le Monde, 12 février 1983. (27) Jacques Benaudis: Tsahal, les légions d'Israël, des milices paysannes à la puissance nucléaire, éd. Ramsay, Paris, 1984, p. 87. Signalons d'autre part que «les diplomates suédois à Jérusa24

lem ont déclaré qu'ils ne communiqueront pas avec M. Shamir, Premier ministre Len 1988], puisqu'il est toujours inculpé de l'assassinat du Comte Bernadotte, intermédiaire suédois en 1948 », in Davar, 19 octobre 1988. (28) Dans un entretien publié par Politique Internationale, n° 21, automne 1983, p. 42. (29) Extraits du discours de Sharon devant le Centre d'études stratégiques de Tel-Aviv, en décembre 1981, cités par Yoram Percy: «De la cohabitation à la domination», Davar, 1er octobre 1982. (30) Yoram Percy, ibid. (31) Fameuse doctrine de l'ein brera, autrement dit, la guerre quand on le doit et non quand on le peut. Cette approche avait pour corollaire un autre principe, celui de la guerre limitée, des «guerres préventives» et des opérations-éclair de commandos. Mais ein brera signifie aussi qu'il faut, coûte que coûte, empêcher la création d'un Etat palestinIen. Aussi faut-il rappeler que toutes les grandes guerres israélo-arabes furent menées par des travaillistes qui ont - avec bien entendu l'approbation de la droite envahi le Sinaï en 1958, occupé des territoires arabes en 1967, annexé Jérusalem et ont ouvert le processus de judaisation des territoires occupés, processus qui sera accéléré par le Likoud.

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PREMIÈRE «PAIX

PARTIE

OPÉRATION POUR LA GALILÉE»

« Les guerres ne sont que des manifestations de la politi9.ue

elle-même. C'est la politIque qui entraîne la guerre; la polItique est la faculté intellectuelle, la guerre n'est que l'instrument» 1. Par conséquent, la guerre porte nécessairement la marque de la politiC{ue; «elle doit tout mesurer à l'aune de la politIque. La conduIte de la guerre est donc, dans ses grandes lignes, la politique elle-même, qui saisit l'épée au lieu de la plume, sans cesser pour cela de penser d'après ses propres lois »2. C'est la politique qui détermine l'intensité de la guerre, gui en crée le motif, qui en dessine les grandes lignes, qui en fIxe les fins et, du même coup, les objectifs militaires»3. Étudier l'opération « Paix en Galilée» impose, alors, d'étudier, a priori, la politique (intérieure et étrangère) de ses artisans, c'est -à-dire, selon T. B. Millar, sonder -leur pensée, détecter leur image du monde et de leur propre système politique, discerner les faits qui ont constitué pour eux des facteurs et comprendre la façon dont ils en ont tenu compte.

Mais « la politique étrangère est le produit des forces environnantes - historiques, politiques, économiques, sociales »4 qui ne peut exister qu'en fonction de l'analyse de la situation internationale. L'examen de l'environnement international, et certes régional, sera indispensable à la compréhension des objectifs de la politique étrangère israélienne, notamment vis-à-vis de la question palestinienne et du conflit avec les voisins arabes.
«

L'étude des buts que fixent les leaders est une des condi-

tions sine qua non d'accès à la théorie des relations internationales. Ce n'est pas - et de loin - toute la théorie [... J. La connaissance des buts réels est l'une des tâches les plus difficiles de l'historien))5 et du politiste. Mais, «Clausewitz, Marx, Lénine et Mao s'accordent à nous enseigner que les guerres 27

ne prennent leur sens qu'à la lumière de la politique, aux deux sens du mot: la conjoncture d'où sort la guerre, l'intention des combats »6. Il faudra, tout d'abord, saisir les buts, ou plus largement les enjeux de l'opération «Paix en Galilée », à la lumière de la conjoncture d'où sort çette guerre: la conjoncture inhérente à la vie politique de l'Etat acteur (Israël), celle concernant le théâtre des hostilités (le Liban) et le contexte régiono-international. Les contextes étant favorables, il faudra alors expliciter le déroulement de la guerre tout en observant la portée des réactions des acteurs internationaux concernés sur l'étendue des hostilités et l'éventail des objectifs poursuivis par le protagoniste israélien. Aussi conviendra-t-il de déceler les retombées de cette guerre sur les acteurs directement impliqués: Israël, le Liban et les Palestiniens. Toutefois, il peut paraître prématuré d'étudier les résultats définitifs de ladite guerre, puisqu'ils ne sont pas encore achevés. D'ailleurs, au cours de l'histoire de l'humanité, les conséquences des événements majeurs ne s'arrêtent point dans un espace et un temps précisément déterminés. On vit toujours, de quelque façon que ce soit, les répercussions de la guerre mondiale, pourtant terminée depuis plusieurs décennies. L'opération «Paix en Galilée », elle aussi, a déclenché une cascade d'événements dont la scène internationale vit toujours - et vivra - les répercussions.

NOTES
(1) (2) (3) Paris, (4) p. 56. (5) (6) Paris, C.V. Clausewitz, De la guerre, op. cit., p. 706. Ibid, p. 710._ R. Aron, Penser la guerre, Clausewitz I, éd. Gallimard, 1976, p. 175. Charles Zorgbibe, Les relations internationales, op. cit., J .B. Duroselle, Tout empire périra, op. cit., p. 93. R. Aron, Penser la guerre, Clausewitz II, éd. Gallimard, 1976, p. 190.

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CHAPITRE

I

LA PRÉPARATION CONTEXTES

DE LA GUERRE: ET ENJEUX

I. -

CONTEXTES ET ENJEUX DE POLmQUE INTÉRIEURE DE L'ACTEUR ISRAÉLIEN

La majorité des essayistes insistent sur le déterminisme des facteurs endogènes dans l'étude de la politique extérieure d'un État. «La politique étrangère est souvent, pour le meilleur et le pire résultante du jeu des forces internes» 7. Et s'il existe de nombreux actes de politique intérieure pure sans aucun aspect étranger, «il n'existe aucun acte de politique étrangère qui n'ait un aspect de politique interne. Ceci est évident pour les actes majeurs comme pour les actes bénins. Tout acte qui vise l'étranger a un aspect intérieur» 8. L'opération « Paix en Galilée» est un acte guerrier majeur qui vise à résoudre, manu militari, des questions ayant de fortes répercussions sur l'échiquier inter-israélien, d'ordre politique, économique, idéologique et socio-électoral. Ces problèmes n'ont pas surgi ex-nihilo; ils émanent de la nature même de l'État hébreu nouvellement créé et dont l'existence est toujours sujette à des contestations diverses. Israël est perçu, non seulement par ses adversaires et victimes, mais aussi par de nombreux analystes lucides, comme une entreprise tentaculaire qui n'a de cesse d'engendrer, dans son environnement, déstabilisation et conflits.

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