La chanson réaliste

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296329737
Nombre de pages : 158
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LA CHANSON

RÉALISTE

For Anthony

@

L'Harmattan, 1996
2-7384-4831-3

ISBN:

René

BAUDELAIRE

LA CHANSON

RÉALISTE

For Anthony

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

SOMMAIRE

Préface.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .:.

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Origines Esthétique

de la chanson de la chanson

réaliste. réaliste.

. ... .. . .. . . .. .. . .. . .. . .. . . . . .. . .. ....... ................ ........

Il 15 31

La chanson

réaliste de 1920 à 1944. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Années 1920-1940 Années 1940-1944
Les grandes dames de la chanson réaliste. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nouvelles Marseille. Après interprètes. .. ... . .. . .. . ... .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . . . . ..

41 41
47
119 129 135 143
155

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la guerre.

A l'étranger.
Sources.

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7

Préface

Jean Cocteau a écrit dans « Portrai ts-souvenir » :
«

La chanson est un geme. Qu'on la chante ou 'Jl'on la récite,
elle reste une

elle ne relève ni du monologue ni du poème: chanson. »

La chanson est, en effet, un genre. Elle peut même avoir des genres divers et sera, selon son humeur, sentimentale, comique, réaliste. Il y eut, en littérature, les classiques, les romantiques et les réalistes, qui renouvelèrentpoésie, roman et théâtre. Le réalisme fut une réaction contre le lyrisme romantique. Il visait à la reproduction de la réalité quotidienne et banale. Il apparaît

dans les « Scènes de la vie de Bohême» de Murger,dans
les oeuvres des Goncourt et de leur disciple anglais George son roman « Esther Waters» , de Maupassant, de Zola. Zola fera évoluer le réalisme vers le naturalisme, dont les sujets seront empruntés non plus à la réalité banale, mais à la réalité la plus vulgaire, voire sordide. Puis, il y aura le populisme, représenté par Eugène Dabit, Léon Frapié, Francis Carco, qui est issu du naturalisme. Le réalisme, comme ses épigones le naturalisme et le populisme, eut ses conventions: un pessimisme systématique, un parti pris de noirceur, ne montrant évidemmentqu'une moitié de la vie, qui n'est pas constamment noire, heureusement, et pas toujours rose non plus, hélas! On Y trouvait aussi une poésie âpre, brutale parfois, née d'images et de mots, dont on ne peut nier la force expressive. Les années passent et, après la première guerre mondiale, dans le tourbillon brillant et bruyant,qu'on a appelé «Les Années Folles», Paris, alors capitale du monde, va voir fleurir, au music-hall et au

Moore,dans

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cabaret, un art nouveau : la chanson réaliste, qui apportera la célébrité à des artistes, Yvonne Georges, Damia, Fréhel, Marie Dubas, que l'on qualifiera de chanteuses réalistes.

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ORIGINES

DE LA CHANSON RÉALISTE

On peut voir les origines de la chanson réaliste dans les poèmes de Rutebeuf et de Villon, au Moyen-âge, et d'un Léon Deubel, plus près de nous, qui ont chanté leur malchance. Dans «Les Misérables», Fantine, la fillemère poitrinaire qui se prostitue pour élever son enfant, est un personnage de chanson réaliste. Dans les dram~s populaires de Xavier de Montépin: «La porteuse de pain », «Chanteuse de rues », «La mendiante de SaintSulpice », «La joueuse d'orgue », de Jules Mary: «Roger la Honte», «La pocharde», de Pierre Decourcelle : « Gigolette », «Les deux gosses» de Marot et A. Lévy : » La Goualeuse ». Ces pièces, au titre révélateur, ont fait le bonheur des théâtres forains et mouillé les yeux d'un public ému par les malheurs qui, dans les lieux sinistres, accablaient l'héroine innocente, les enfants orphelins et le brave homme persécuté. «Vive le mélodrame où Margot a pleuré! » a écrit Musset dans «Après une lecture ». Les auteurs de ces mélodrames connaissaient toutes les ficelles du métier, les règles à suivre pour ne pas décevoir les spectateurs, et les acteurs, de leur côté, savaient interpréter ces pièces dans le style qui convenait. Il est significatifque de grandes « réalistes» comme Damia, Germaine Lix, Marie Dubas, aient joué ces mélodrames et que Lys Gauty ait tourné « La Goualeuse ». Avant elles, Eugénie Buffet avait joué dans des films muets tirés de romans populaires. René Jeanne et Charles Ford nous le rappellent dans leur «Histoire du cinéma». Charles Burguet faisait succéder «La Mendiante de SaintSulpice » à « La baillonnée » et à « La joueuse d'orgue» avecEugénieBuffet, la populairechanteusedes cours. On trouve une ébauche de ce que sera la chanson réaliste dans de vieilles chansons comme « Les Prisons de Nantes» qui date du XVIosiècle, dans les chants de marins qu'interprétaient Jean Suscinio et ses matelots avec accompagnement d'accordéon, mais aussi Yvonne George, Kiki de Montparnasse, Susy Solidor ; dans les poèmes de Jean Richepin: «La chanson des Gueux», Damia a interprété « Les deux Ménétriers» et « La chanson de la Il

Glu» ; de Jehan Rictus: « Les soliloques du pauvre». « La Charlotte prie Notre-Dame» fut un des succès de

MarieDubas et dans les chansons dures de Bruant: « A
Saint-Lazare », « A Mazas », « A la Roquette », « Aux Bat'd'Af ». Dans les dix dernières années du XIXosiècle, les cabarets artistiques, les cafés-concerts chers à Maurice Donnay fleurissent à Paris, sur la Butte. Deux des plus connus sont La Boite à Fursy et le Chat Noir,fondé par Rodolphe Salis, Boulevard Rochechouart. Bruant prendra la suite de Salis et changera le nom du cabaret qui deviendra Le Mirliton. Le Cabaret des Assassins changera lui aussi de nom et s'appellera Le Lapin agile, dont les patrons successifs seront Bruant, Frédéric Gérard, dit Frédé, Paul Gérard, son fils, dit Paulo, marié à Yvonne Darle qui acceuille les clients. La fille de Frédé deviendra l'épouse de Pierre Mac Orlan. Paulo et Yvonne Darle maintiendront la tradition du lapin agile dont la réputation est d'être le temple de la bonne chanson, ancienne et nouvelle. Dans ces cafésconcerts de la fin du siècle dernier, on peut entendre Aristide Bruant (1851-1925), un ancien employé des chemins de fer, le créateur de la chanson populiste, ancêtre de la chanson réaliste. Léo Claretiel'a appelé « L' Homère du Faubourg». Il dit ses poèmes, ses monologues, les

chansons de son recueil « Dans la Rue», où il chante la
poésie du pavé avec ses vagabonds, ses prostituées, ses proscrits, et le monde des prisons. On entend aussi Emile

Goudeau (1849-1906)qui réciteses « Aeurs de Bitume»c'est encore la poésie de la rue- ; Jules Jouy (1855-1897) et ses chansons réalistes; Gaston Couté(1880-1911), qu'on trouve quelquefois ivre-mort sur un banc, auteur des « Chansons d'un gars qui a mal tourné ». Les « Réalistes» chanteront sa déchirante chanson « J'entends les violons, Marie »; le doux barde breton Théodore Botrel (1868-1925) dont certaines chansons « La grande câline », la mer qui attire les marins bretons et les garde pour toujours, et « Lilas blanc, idylle parisienne» , histoire d'une petite fille sentimentale qui meurt d'avoir été abandonnée par son amant, semblent écrites pour une Damia ou une Fréhel. Yvette Guilbert, Félicia Mallet, Emma Liébel, Eugénie Buffet sauront défendre ce répertoire populaire, réaliste avant la lettre. YvetteGuilbert, 12

«aux gants noirs» d'avant 1900parait aux Bouffes du Nord, aux Variétés, à L'Eden Concert, au Moulin Rouge, au Divan Japonais, au Concert Parisien, futur Concert Mayol, dont le directeur, Auguste Musleck, crée l'épithète
« diseuse fin de siècle »pour ses affiches, et à l'Eldorado.

Elle a dans son répertoire des chansons signées Bruant, Jules Jouy, Jean Lorrain: «La Soularde», «La Pierreuse», «Aeurs de berge». Elle est émouvante dans « Et ça c'est une chose qu'une femme n'oublie pas» et dans «La passion du doux Jésus », elle était très religieuse.Elle est beaucoup plus grande dans le répertoire

dramatique que dans des chabsons légères comme « Le fiacre », ou quelque peu grivoises comme «Partie
carrée », qu'elle dit cependant avec beaucoup d'esprit.Félicia Mallet est mentionnée par Gérard Bauer

dans sa critiquedu « Bel Indifférent» de Jean Cocteau, en
Mars 1940 :
« Nos pères ont découvert en leur temps Félicia Mallet qui chantait, parait-il, avec beaucoup d'émoi et qui sut donner au réalisme une étincelle de poésie.Nous avons recueilli Mlle Edith Piaf au

cabaret,commejadis Félicia Mallet. »

.

Emma Liebel chantait, entre autres, «Autour des usines» qui, par son titre même, est une vraie chanson réaliste. Elle chantait aussi ' 'Valencia» de José Padilla.

EugénieBuffet fut célèbre par son interprétationde « La
sérénade du Pavé». Ces artistes ont été immortalisées par les portraits et les affiches de Toulouse-Lautrec, Lucien M.. .itivet, Jules Chéret, Steinlen, Ferdinand Bac. On les évoquera, des années après, dans plusieurs spectacles: en 1934, Henri Varna donne à l'Alcazar de Paris « Viens, Poupoule, le café-concert 1900 ».En Novembre 1941,l'Etoile présente la revue «Paris 1900 ou au temps

des fiacres », où Georgius personnifie Bruant, Marthe
Daumont les réalistes, Nine Pinson et Angèle Noreau. On yévoque aussi « Le Pendu» de Mac-Nab qui date du Chat Noir, et« La Sérénade du pavé ». En Avril 1942 le music-

hall des optimistesdonne la revue « Paris fredonne», qui
ressuscite à nouveau le caf'conc' 1900. Marthe Ferrare évoque la chanteuse réaliste Emma uébel, dont le disque 13

nous a conservé l'interprétation de« Autour des usines»,

et Jean Magnère le chanteur populaire Bérard dans « Le
moulin maudit ». En Septembre 1942, Laure Diana donne son tour de chant 1900. Elle y interprète, en chanteuse de rues, avec accompagnement d'accordéon, «La Sérénade du Pavé ». En 1955, AristideBruant est évoqué dans « A Montmartre le soir », comédie musicale de Nicolas Bataille. En 1955, Edith Piaf personnifie Eugénie Buffet et Patachou Yvette Guilbert dans le film de Jean Renoir:
« French Cancan».

Puis il y eut Polaire et Berthe Sylva qui chanta avec sincérité les drames de la pauvreté, de la maladie et de l'hopital, de l'alcoolisme, des enfants orphelins,et annonça les futures «réalistes» des années vingt et trente, les Yvonne George, Fréhel, Damia, Marie Dubas pour n'en

citer que quelques unes. On les appellera « Tragédiennes
de la chanson» et, quelquefois ironiquement, «Chanteuses à cafard». II faudra à ces artistes des chansons dures, âpres, qualifiées chansons fortes en termes de métier, et chansons dramatiques, chansons vécues, dictions dramatiques, dictions réalistes, dans les catalogues des éditions musicales. Le succès de ces oeuvres dépendra de trois person nes, toutes professionnelles: un parolier qui en écrit le texte - on prend quelquefois un poème préexistant, de Richepin par exemple,- un compositeur qui met les paroles en musique et une interprète qui, avec sa voix, aura à défendre ces chansons sur les scènes de musichall et de cabaret. Une question se pose: pourquoi parle-ton toujours de chanteuses réalistes et jamais de chanteurs réalistes, bien que des chanteurs à voix et artistes de caf'conc' comme Bérard et Georgel aient interprété des oeuvres qui étaient dans l'esprit de la chanson réaliste? David Bret nous donne la réponse -sa réponse- à cette question dans son livre: «Marlène, my friend» :
«

You keep talking about all these French entertainers, why are

all of them women? I happen to think that the female voice is more suited to realist songs» .

Il est curieux de remarquer que plusieurs « réalistes,

Eugénie Buffet, Polaire, Fréhel, Yvonne George, Kiki de Montparnasse, ont fini leurs jours dans la misère, une fin confonne, hélas! à leur sombre répertoire. 14

ESTHÉTIQUE DE LA CHANSON

RÉALISTE

Comment réussit-on une chanson réaliste qui est, comme toute chanson, le fruit du labeur conjugué d'un parolier et d'un compositeur ?II n'y a pas de recette infaillible, à l'instar de l'art culinaire. Non, certes. Mais comme dans toute création artistique, les créateurs, quelque soit leur talent respectif, qualité indispensable, auront à obéir à certaines règles, inhérentes à tout mode d'expression choisi. Le parolier doit, en quelques vers-couplets et refrains créer le décor, camper un personnage ou deux, conter une histoire, car le texte d'une chanson réaliste est obligatoirement narratif. Le décor est primordial, car le lieu évoqué va générer l'atmosphère, élément essentiel d'une chanson réaliste. Ce sera souvent un port, endroit pittoresque célébré par Baudelaire, avec ses ruelles, ses bistrots où chante un accordéon, voire ses bouges, ses matelots, ses filles, endroit magique aussi qui représente l'évasion, l'invitation au voyage. Maintes chansons réalistes se situent dans un port: « Escal e » (<< l'ai rencontré vers le Nordlun soir Je d'escale sur un port »); « l'Etranger» (<< Mais on dit que près du portion a repêché le corps d'un gars de marine») ; « Milord» (<< suis une fille du port ») ; Je «On danse sur le port»; «Dans un port» . Cette atmosphère nostalgique, un peu mystérieuse des ports, créait le climat propice au déroulement de la sombre histoire -véritable chanson réaliste- contée dans les deux films: « Quai des Brumes» et« Dédée d'Anvers ». Il y a dans ces chansons de ports, de marins et de mers comme un reflet lointain des romans de Loti. Sur les quais du port il Y aura un accordéon, dont la sentimentalité langoureuse, un peu canaille, meuble le décor: «Quand Jean-PieITede la joie a
...il prendson aœonléon,QuandJean-PieITeade la peine...l'accordéon

se lamente» (<< Dans un port» interprète et parolière Susy Solidor) ; « Avec l'accordéon» (interprète Susy Solidor).
«Le port est endormÎ...seul dans une maison pleure un accordéon» (<<C'est dans un petit caboulot» interprète Damia) ; « Une femme, un accordéon, un 17

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