LA CHASSE A LA BAGNOLE

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L'automobile dénature la ville. Elle l'asphyxie. Elle pollue. Elle est dangereuse pour les piétons et les cyclistes… En un mot, en ville, l'automobiliste est la source de tous les maux. Pourtant on peut se demander si la politique de la " chasse à la bagnole " en milieu urbain, qui va en s'amplifiant depuis vingt ans, ne cache pas en réalité beaucoup de démagogie et d'hypocrisie chez les politiques et d'utopie et d'angélisme chez les écologistes.
Publié le : samedi 1 avril 2000
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EAN13 : 9782296408470
Nombre de pages : 96
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lA CHASSE À lA BAGNOLE
Réflexions sur le rejet de l'automobile en milieu urbain

DU MEME AUTEUR:

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RHONE INFERNAL (Roman), 1956. Epuisé.

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CODES VAGNON (Préparation aux permiS bateau), Editions du plaisancier, 1963-2000.

TON RHONE EST UN MIRAGE (Roman), Editions du plaisancier, 1993. Prix des Ecrivains lyonnais, 1993.

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GUIDE DU RHONE DE LYON A LA MER, Editions du plaisancier, 1999.

CELUI QUI FAISAIT NAVIGUER Editions du plaisancier, 2000.

LES AUTRES,

Henri VAGNON

lA CHASSE

À lA BAGNOLE

Réflexions sur le rejet de l'automobile en milieu urbain

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L' Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8955-9

1. UN VIEIL AUTOMOBILISTE
Tout a commencé au moment de l'élaboration du Plan de Déplacements urbains de l'Agglomération lyonnaise. Cette élaboration s'était traduite par des expositions publiques, des réunions, des sondages et pas mal d'articles dans la presse. On sait que la philosophie du plan des déplacements urbains (P.D.V.) que la loi sur l'air a imposé à toutes les agglomérations de plus de 100.000 habitants est de réduire la place de l'automobile dans la cité au profit des transports en commun et du vélo. Je réside précisément dans l'agglomération lyonnaise, la deuxième de France avec un million trois cent mille habitants, qui rencontre, au point de vue de la circulation, les mêmes problèmes que toutes les grandes villes de notre pays. J'ai donc été tout naturellement amené à m'intéresser à ce P.D.V.. Je suis un vieil automobiliste - mon permis de conduire date de 1949, ma première voiture de 1955. Pendant quatre décennies, j'ai parcouru 20.000 à 30.000 kilomètres par an (ce qui n'a vraiment rien d'extraordinaire), moins maintenant depuis que je suis un retraité. Ce million de kilomètres avalés, s'il m'a apporté l'expérience de la conduite, n'a altéré en rien le bon sens et la modération dont j'ai toujours voulu faire preuve et que l'âge n'a fait que renforcer. La voiture m'a toujours été indispensable, elle l'est demeurée mais je l'ai toujours utilisée à bon escient, sans en devenir esclave. C'est dire dans quelles dispositions j'ai abordé le problème. Or, qu'ai-je remarqué à l'occasion du débat sur la place publique de ce fameux plan de déplacements urbains? Selon les médias - mais on ne connaît ces informations-là que par leur intermédiaire - il se dégageait un consensus extraordinaire (opinion publique, édiles, spécialistes de ceci et de

cela, tous d'accord !) sur une constatation évidente: la voiture particulière est la source de tous les maux. Elle dénature la ville. Elle l'asphyxie. Elle pollue et sent mauvais. Elle empêche les piétons de circuler (sur les trottoirs, par exemple). Elle est dangereuse pour les vélos. Elle provoque des accidents. Elle tue. Elle fait du bruit. Elle use les nerfs des automobilistes eux-mêmes et des autres citadins. Elle transforme en gens hargneux, dès qu'ils sont au volant, des gens d'ordinaire très calmes. Elle occupe indûment et abusivement le domaine public. Etc, etc. Avec, comme conclusion irréfutable: il faut en réduire l'utilisation dans les villes au profit des transports en commun, des vélos, de la marche à pied et la supprimer complètement dans le centre des villes. Très bien. Je n'ai pas lu, je n'ai pas entendu une seule opinion contraire. Cet unanimisme était quand même troublant. Il y avait bien quelque part un vendeur de gazole pollueur, un automobiliste sans-gêne, un énervé du volant, que sais-je, qui auraient pu, eux aussi, prendre la plume ou postillonner dans le micro pour dire leur désaccord? Ils ne se sont pas fait connaître, sans doute touchés par la grâce. Plus sérieusement, les gens dont l'activité entraîne l'utilisation permanente de la voiture, les professions de santé, les artisans, les professions libérales, avaient certainement un avis autorisé à donner? Ils se sont peut-être exprimés dans leurs revues professionnelles mais leur opinion n'est pas parvenue au citoyen-lambda dont l'information se limite à la lecture de son quotidien toutpublic ou à l'écoute de Patrick Poivre d'Arvor. 6

Je me suis donc interrogé sur ce consensus trop beau pour être vrai. Presque tous les reproches faits à l'automobile et que j'ai cités quelques lignes plus haut sont fondés. Mais la méthode employée me chiffonne. L'outil ne vaut que par celui qui l'utilise. Ce n'est pas l'automobile qu'il faut mettre en accusation mais l'automobiliste. Depuis plus de quarante ans, je vis avec une voiture (en la changeant de temps en temps!) et je ne me retrouve pas (ou presque pas) comme responsable des nuisances énumérées. Pour que le lecteur qui va parcourir les chapitres suivants ne croie pas que leur auteur soit un fondu de la bagnole, je précise (sa modestie va en souffrir, tant pis!) qu'il est septuagénaire, quatre fois grand-père, pas responsable d'un seul accident en quarante ans de conduite, au «bonus» maximum et qu'il ne manque aucun point à son permis (à l'heure où j'écris ces lignes !). Bien sûr, il n'est pas irréprochable, comme tout le monde, mais il s'efforce d'être un conducteur-citoyen responsable conscient de ses devoirs, non asservi à son véhicule. (C'est ainsi que pour aller dans le centre de Lyon, j'utilise le métro la plupart du temps - nous avons à Lyon quatre lignes d'un métro moderne, propre et confortable. C'est ainsi que ... Mais n'anticipons pas. Le civisme des automobilistes, il en sera question plus loin). Il n'en reste pas moins que dans cette enquête sur le P.D.V. de Lyon, l'unanimité constatée pour condamner la voiture particulière était étrange autant qu'était surprenante l'absence d'opinion contraire. Aucun avocat n'avait donc pu plaider la cause de cette malheureuse bagnole honnie de tous, y compris ceux qui s'en servent quotidiennement et à qui elle est indispensable? Aucun n'avait donc pu mettre en avance cette évidence: si on peut se passer de la voiture dans de nombreuses occasions, elle reste irremplaçàble dans d'autres? Alors, pour me défouler, j'ai écrit au courrier des lecteurs du grand quotidien de la région, le « Progrès de Lyon ». Ma lettre 7

commençait ainsi: «Je voudrais apporter une note discordante au concert d'approbations tous azimuts que l'on a entendu au sujet du Plan de déplacements urbains... » Et j'embrayais: «La voiture individuelle est irremplaçable dans des tas de circonstances que les meilleures lignes de bus ne pourront jamais parvenir à satisfaire aussi bien... » Ça soulageait d'écrire ces lignes. Mais je savais que la lettre ne resterait pas sans réactions.

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2. MARCEL, YVONNE ET LES AUTRES
J'avais envoyé la lettre le Il février 1997. Le 18 mars suivant, le quotidien en fit état. Mais en très bon professionnel qu'il était, le journaliste chargé de la rubrique ne publia pas la lettre « in extenso ». Il en fit un résumé disons « orienté », passant sous silence, par exemple, ma recommandation d'utiliser le métro que je prenais assez souvent. C'était très habile pour lancer la polémique et donner ainsi de l'intérêt au courrier des lecteurs. Aux yeux de ces derniers, j'apparaissais comme un nostalgique et un maniaque de la bagnole. La volée de bois vert ne se fit pas attendre. De nombreuses réactions arrivèrent au journal. Geneviève se demandait comment on peut « aimer» la voiture alors qu' elIe envahit et dénature notre environnement. Je n'avais jamais dit que j'aimais la voiture. Je disais simplement qu'elle « était irremplaçable dans des TAS DE CIRCONSTANCES» (pas dans toutes. Mais le journal n'avait pas cité la portion de phrase essentielle: « Dans des tas de circonstances», ce qui dénaturait complètement mon argumentation) . Hervé exprimait sa véritable « haine» en particulier des diesels. Mais il faut préciser qu'il était asthmatique et sujet à des malaises dus à la pollution. (Eprouvait-il la même haine pour les usines qui crachent une pollution aussi nocive ?). Yvonne, elle, a été aussi expéditive. Comme le quotidien avait spécifié que j'étais spécialiste en matière de navigation, elle me suggérait tout simplement de continuer à naviguer et de ne pas me mêler de problèmes auxquels manifestement je ne comprenais rien!

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