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La France d'Outre-Mer

De
190 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 111
EAN13 : 9782296323773
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LA FRANCE D'OUTRE-MER
Critique d'une volonté française

Fabienne

Federini

LA FRANCE D'OUTRE-MER
Critique d'une volonté française

L'Harmattan Inc. L'Harmattan 55, rue Saint-Jacques 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9 75005 Paris - FRANCE

@ L'HARMATIAN, 1996 ISBN: 2-7384-4518-7

"Au lieu de 110USromettre si solennellenlent le bonheur, p que votre seul souci soit d'éliminer les obstacles qui s'opposent au libre déploiement de nos forces." Georg Forster, Des rapports que l'art de gouverner el1tretient avec le bonheur de l'humanité, 1793.

à Ines parents

PREFACE Voici une étude susceptible d'ouvrir, du moins je l'espère, une ère nouvelle dans la manière d'aborder l'histoire politique, sociale et culturelle des départements d'outre-mer et notamment de la Martinique. Il est vrai que de nombreux ouvrages ont été écrits sur la Martinique par des Français de renom, des ethnologues comme Michel Leiris, des poètes comme André Breton, des écrivains, des journalistes, mais très rarement on a tenté de décrypter le monologue de la métropole à l'égard de la Martinique. Peut-être parce qu'elle est insulaire, Fabienne Federini montre avec beaucoup de justesse toute l'ambiguïté du rapport entre la France, ancienne puissance colonisatrice, et les départements français de l'outre-mer. Cette ambiguïté du langage des nations colonisatrices n'est-elle pas identique à celle qui, dès l'origine, a caractérisé la rencontre des peuples européens et américains? Ambiguïté mais aussi utopie: celle de Christophe Colomb, qui parti à la découverte d'une voie occidentale vers les Indes n'avait en réalité qu'un seul objectif, celui de rechercher de l'or pour le compte des rois catholiques, quitte à éliminer tout ce qui pouvait faire obstacle à son dessein. Dès l'origine, l'incompréhension est totale. Les Espagnols se demandent si les Indiens ont une âme et les Indiens se demandent si les Espagnols sont des Dieux. C'est au nom de la christianisation que les civilisations amérindiennes rencontrées qui avaient atteint des degrés inimaginables dans le domaine de l'art et du savoir, ont été massacrées et détruites. Il faut peut-être aussi se demander pourquoi la sphère méso-américaine a été dénommée" Caraïbe", empruntant ainsi leur nom à une petite nation de la zone, les" Karibs", guerriers réputés féroces et anthropophages qui furent les seuls capables de soutenir une résistance totale contre la pénétration européenne jusqu'au milieu du XVIlème siècle, alors que les Aztèques et les Incas avaient été vaincus. Peut-être, afin d'éviter d'avoir à reconnaître une culture forte de ses valeurs, fallait-il la qualifier de "cannibale" pour mieux la diaboliser ? Il n'y a rien de bien nouveau dans le langage des gouvernements français actuels par rapport à celui des "conquistadores" espagnols. C'est le langage des anciennes puissances c(Jloniales qui ont toujours cherché à justifier par référence à leurs propres valeurs l'occupation de territoires situés en dehors 9

de la sphère européenne. Les "bornes du langage" demeurent, avec sans doute quelques nuances, même si, constitutionnellement, il n'y a plus aucune différence depuis la loi de départementalisation de 1946 entre les départements des Antilles et la métropole. Il convient d'ajouter qu'en ce qui concerne les Antilles, il existe une incapacité presque congénitale de l'Etat à concevoir le concept de l'insularité. L'exemple de la Corse en est une preuve éclatante. Bien que département depuis 1794, cette île n'est pas assimilée et constitue toujours un problème à ce jour. Cette incapacité traduit peut-être une mentalité française plus continentale que maritime. Elle révèle peut-être aussi le refus de la France de se pencher sur son histoire maritime américaine, ô combien passionnante, mais qui a pris fin brutalement avec la défaite des troupes napoléoniennes face à Toussaint-Louverture et l'indépendance d'Haïti en 1804. Il est dommage que l'histoire des peuples d'Amérique soit si peu et si mal connue des Français; une histoire pourtant complexe car héritée du syncrétisme de multiples cultures. Une telle lacune se révèle être un lourd handicap lorsque les Français doivent aborder et apprivoiser les spécificités de l'outre-mer. Peut-être serait-il souhaitable qu'une réappropriation et un approfondissement de I'histoire antillaise et américaine s'opèrent à partir des nouvelles manières de penser telle par une "critique du lan.gage" selon l'expression de Fabienne Federini. Ceci permettrait aux chercheurs français de mieux faire prendre en compte par l'opinion publique et plus précisément par le corps politique, l'expérience des Antilles et des Dom. : une expérience susceptible d'enrichir non seulement notre perception de l'Amérique, terre de rencontre entre les peuples européens, amérindiens, africains et asiatiques, mais aussi notre perception du monde moderne. Pour reprendre le concept développé par Tzvetan Todorov, cela contribuera sans aucun doute à saisir la dimension de "l'altérité" sans laquelle l'appréhension du monde est impossible. Souvenons-nous que Moctezuma fut vaincu par Cortès, militairement bien plus faible, parce qu'il ne connaissait pas l'Autre. Rodolphe Désiré Fort-de-France, le 1er février 1996. 10

REMERCIEMENTS

L'exercice des remerciements est sans doute le plus délicat qui existe. Il introduit l'ouvrage par l'hommage rendu par l'auteur à toutes celles et à tous ceux qui ont bien voul u 1ui apporter par leur lecture toujours fructueuse une aide fort précieuse. Cet exercice peut paraître convenu à celles et ceux qui le lisent. Il est en fait essentiel. Il témoigne d'une dette dont il est souvent difficile de s'acquitter aussi complètement et aussi intelligemment qu'on le devrait. J'adresse ainsi mes remerciements les plus vifs à Daniel Blérald, Hector Elisabeth et Roland Suvélor pour la disponibilité et l'intérêt qu'ils ont manifestés pour ce travail à un moment où je ne connaissais pas encore exactement l'orientation, ni l'ampleur, de la tâche que je m'assignais. De même, Jean-Yves Potel a pris sur son temps pour me conseiller et m'a ainsi pennis de rendre ce manuscrit plus "lisible". J'aimerais saluer la gentillesse avec laquelle Nanette Kaufmann et Véronique David ont accepté de relire ce manuscrit afin d'en expurger les nombreuses imperfections. Pour le temps qu'elles y ont consacré, pour l'extrême attention qu'elles y ont portée, qu'elles en soient ici chaleureusement remerciées. Je tiens à exprimer toute ma gratitude et toute ma reconnaissance à Rodolphe Désiré sans qui, à plus d'un titre, ce livre n'existerait pas. Il m'a témoigné d'une grande confiance en m 'inci tant à écrire alors même que l'idée d'un tel projet ne m'effleurait pas. Pour avoir été mes premiers lecteurs, Laurent Clavier et Cécile Lacorre doivent être aussi grandement remerciés. Les observations judicieuses du premier ont contribué à enrichir et à améliorer ce qui n'était alors qu'une première ébauche. La lecture attentive et rigoureuse de la seconde a permis de pointer les insuffisances de certains passages et les ambiguïtés de certains autres. Je voudrais remercier Benoit Falaize du soutien quotidien qu'il m'a apporté durant plus de deux ans. L'enthousiasme qu'il n'a cessé de porter à ce travail m'a donné confiance quant à l'intérêt qu'il pouvait revêtir. Lecteur de toutes les versions de ce texte, il a su témoigner d'une infinie patience et d'une remarquable compréhension. Clément enfin, qui m'a insufflé le courage nécessaire pour remanier une dernière fois ce manuscrit.
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INTRODUCTION

DE L'HISTORICITE DE LA CATEGORIE "OUTRE-MER"l Depuis 1946, les quatre vieilles colonies que furent la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion sont devenues des départements, communément appelés départements d'outre-mer. A la lecture des différents discours concernant les Dom prononcés depuis cette date charnière par les ministres, les membres de la haute administration et de tous les relais institutionnels ayant une légitimité politique ou technique reconnue pour parler de ces dépar~ements, on est frappé par la récurrence de l'objectif visé par l'Etat: faire des Dom des départements comme les autres2. De Marius Moutet en 1946 à Jean-Jacques de Peretti en 1995, c'est en effet une même volonté qui s'affirme: développer ces départements de telle sorte que leurs indices économiques et sociaux rejoignent la moyenne nationale. Si, socialement, les décalages s'estompent entre la métropole et les Dom, on assiste à une dégradation de leur position économique et ce, malgré une augmentation conséquente des transferts publics. En effet, leurs indices économiques, même s'ils progressent depuis 1946, restent néanmoins largement inférieurs à la moyenne national&. Le fait qu'année après année, la politique française outre-mer ne produise pas localement tous les effets escomptés révèle que la métropole se trouve confrontée à des obstacles aux1 Michèle Riot-Sarcey, "De l'historicité du genre citoyen", sous la direction de Hans Ulrich Jost, Monique Pavillon, François Valloton, La politique des droits. Citoyenneté et COllstruetion des gellres aux X/Xè,ne et XXè,ne siècle, Kimé, 1994, pp. 43/52. 2 Pour plus de clarté et loin de tout anthropomorphisme, quand il sera question de "la France" ou de "la métropole" dans ce texte, il faudra comprendre toutes ces institutions à la fois. 3 En 1989, le produit intérieur brut/habitant de la Martinique (SO.818F) équivalait en francs constants à celui de la métropole en 1964 (51.693F). Cf. Etude réalisée par le cabinet didacticiel et nlodélisation économique à la demande de la Chambre de COlllnlerce et d'Industrie de la Martinique, "Les effets des transferts publics sur les grands équilibres éconon1iques de la Martinique", septembre 1994. 13

quels elle ne sait pas ou ne peut pas échapper. Certains considèrent que cet échec de l'ambition française à l'égard des Dom tient à l'essence des choses, c'est-à-dire à leur nature même. La France qui ferait déjà beaucoup ne pourrait faire ni plus ni mieux. Ces départements seraient ainsi condamnés à n'être rien d'autre que des territoires assistés. Leur situation est perçue comme "ulle for11l£de caricature, ou peut-être seulement d'anticipation, de ce qui peut advenir à la société métropolitaine (u.) le miroir déformant d'un risque du destin national"4. D'autres, tels que les hérauts du mouvement de la créolité, comme Raphaël Confiant ou Patrick Chamoiseau qui représentent la nouvelle génération d'écrivains antillais, estiment que la cause de cet écart est due à la départementalisation. Ils considèrent en effet que le statut départemental, loin d'avoir résolu les difficultés de ces territoires, les a plutôt aggravées. Ils y voient même la source principale de la dépendance économique des Dom, transformant notamment les habitants nés après la seconde guerre mondiale"en consommateurs assistés et dépendants des subsides de l'Etat. Ils pensent aussi que cette loi est un acte de sujétion politique des Dom à l'égard de l'ancienne métropole coloniale que fut la France. Tout en s'opposant, ces explications ne sont pas satisfaisantes, car elles font la part trop belle l'une à un prétendu fatalisme issu d'un ordre (naturel) des choses, et l'autre à une dénonciation (trop simple) de la départementalisation. Ce décalage (qui n'est pas propre aux Dom) entre ce qui est .voulu par la France et ce qui existe localement, entre la généralité du discours et des principes et leur inscription dans les faits, confirme la nécessité de ne pas s'en tenir à ce qu'exprime la métropole mais de chercher, par delà les mots employés, la signification exacte de ce qui est dit et de le mettre en perspective historique. Ceci ne veut pas dire que les mots sont dépourvus de sens. Par exemple, et sans nier l'intérêt de telle ou telle étude, il semble que l'impasse est souvçnt faite sur ce que signifie l'emploi du terme de "DomTom". Le problème particulier que pose cette locution générique est celui de son existence même: qu'y-a-t-il de commun entre la Polynésie française et la Guadeloupe, la Nouvelle-Calédonie et la Guyane, MaYl)tteet la Martinique, Saint-Pierre-et-Miquelon et la Réunion? Cette locution désigne en effet plusieurs réalités que tout distingue, que ce soit leur situation géographique, leur peu4 in Gérard Bélorgey, Geneviève collection repères. 1994, p. Ill. Bertrand, Les Dotn-Toln, La Découverte,

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plement, leur histoire, leur formation sociale; tout sauf leur statut d'anciennes colonies et leur éloignement de la France, ces "poussières d'Elnpire" comme les désignait Charles de Gaulle. Et c'est précisément ici que se situe un des points de départ de cette analyse. Bien que critiquable parce qu'imprécise, cette notion de "Dom-Tom" n'est pas fausse pour autant. Elle exprime en fait un point de vue, celui de la métropole. Elle seule est en effet en mesure de parler des "Dom-Tom", c'est-à-dire de ce qui relève de sa compétence territoriale et justifie pour partie l'existence du ministère des Départements et des Territoires d'outre-mer, survivance du passé colonial français, héritier du ministère de la Marine et des Colonies. Ainsi, chacun des ministres qui se sont succédés à la tête de ce département ministériel parle des "Dom-Tom" comme s'il détenait sur eux la vérité sans qu'il s'interroge plus avant sur la légitimité de son point de vue, tant cette légitimité lui apparaît "évidente", "naturelle" parce qu'elle est historiquement constituée. Le fait qu'aujourd'hui encore la métropole ait tendance à ignorer l'ancienne réalité coloniale est la conséquence de cette légitimité. A ce titre, on peut être frappé par le fait que l'abolition de l'esclavage ne figure pas au calendrier de nos dates nationales, comme si cela ne regardait pas la métropole et ne l'avait jamais regardée. C'est donc à la condition de déconstruire les catégories telles que les "Dom-Tom" ou "l'outre-mer" que l'on pourra percevoir en quoi ces catégories, fondamentalement métropolitaines (traduction du lien de dépendance effectif), traduisent une volonté d'entériner, de consacrer un donné a-historique, intangible et univoque là où il s'agit pourtant d'une construction historique. Se référer, comme le fait la métropole, à des abstractions telles que l'égalité, la citoyenneté ou les "Dom-Tom" pour évoquer l'histoire française, y compris son passé colonial, ne permet pas de rendre compte de l'écart entre le discours politique et la pratique sociale, entre les principes généraux énoncés et la réalité. Pour établir ce rapport dialectique entre la parole et les faits, on a choisi de réduire l'objet de cette étude aux seuls Dom (la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion) lorsque sera analysé le discours que la métropole tient sur eux en tant qu'expression d'un regard historique. On s'intéressera principalement à la situation exemplaire des Antilles, notamment à celle de la Martinique, dès que l'on devra confronter ces paroles
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énoncées par la métropole à la réalité locale. Pour ce faire, un retour sur notre passé national est nécessaire. Il prend la forme de la recherche systématique dans les archives parlementaires de 1875 à nos jours de toutes occurrences concernant les Dom. On pourrait bien sûr analyser ce décalage comme un signe de la duplicité de la métropole et de l'intérêt qu'elle aurait à l'entretenir. Elle affirmerait ainsi sa volonté de faire des Dom des départements comme les autres sans y croire vraiment. On fait ici une autre hypothèse. On ne doute pas de la sincérité de son discours mais on l'interroge afin de saisir la manière dont elle perçoit ses possessions d'outre-mer. En effet, la désignation des Antilles, de la Guyane et de la Réunion comme "Dom" renseigne moins sur la réalité de ces départements que sur la perception que la métropole a de leur réalité. Tout se passe comme si elle avait cru en 1946 qu'en nommant ces anciennes colonies "départements d'outre-mer", cela suffirait à changer la réalité de ces territoires. Or, la loi de départementalisation de 1946 n'a pas interrompu la mise en dépendance des Dom. La relation entre eux et la métropole n'est pas passée de la domination à l'égalité. Le statut départemental n'a absolument pas modifié les fondements de l'économie coloniale, même s'il lui a permis de s'adapter au nouveau contexte économique. En accompagnant cette histoire des rapports entre la France et ses Dom, le discours de la métropole masque ainsi la permanence des relations de dépendance et des inerties pour la plupart issues de sa politique coloniale, autant qu'il en est le témoin. Cette relation particulière telle qu'elle s'établit sur le long terme et qui ne se réduit pas à un simple rapport de domination, ne peut en effet se comprendre qu'en prenant en compte ses origines mêmes. On remarquera d'ailleurs combien ce rapport est caractérisé par des permanences structurelles, même si la métropole aime à y distinguer trois étapes, trois ruptures considérées par elle comme fondamentales: 1635 (la conquête des Antilles), 1848 (l'abolition de l'esclavage) et 1946 (la départementalisation). Cette amnésie de la genèse contribue à nourrir une vision posi ti ':~ste de l'histoire où chacun de ces points de fracture est pensé comme une étape vers un avenir meilleur pour les Antilles. 1635, la conquête française les fait sortir des limbes de l'histoire. L'abolition de l'esclavage en 1848 les purifie de la servitude. Enfin, en 1946, elles abandonnent leur statut de colonies et accèdent à celui bienheureux de départements. A chacune de ces rup16

tures, rien de ce qui avait existé avant 1635, avant 1848 et avant 1946 ne perdurait localement sous quelque forme que ce soit. Les Dom renaissent ainsi à chaque fois sans passé, sans histoire, un avenir radieux devant eux. Cette volonté française de voir dans ces territoires des départements comme les autres dépasse largement la question des Dom. En tant que prise de position à l'égard du monde, cette volonté met en jeu la représentation que la France a d'elle-même. Que la réalité locale des Dom ne corresponde pas au langage tenu ne constitue pas un problème puisque cette récurrence entretient l'image que la France se fait d'elle-même; les Dom étant une preuve de l'excellence de son héritage spirituel et de son génie de civilisation. Pour que la France puisse se représenter autrement ces départements, il faudrait qu'elle commence par s'émanciper de sa propre histoire. Or, tout porte à croire qu'elle n'a pas la capacité de rompre avec un tel déterminisme historique parce que ce serait renier ce qu'elle est, ce que son passé lui renvoie comme image, celle d'un pays élu5, modèle de générosité et d'humanisme, à vocation universaliste. Ce n'est pas un hasard si cette vision idyllique était celle véhiculée par les manuels scolaires6 du temps de l'empire colonial français. D'ailleurs aujourd'hui encore, la métropole considère qu'elle conduit dans les Dom une politique généreuse, c'est-à-dire coûteuse, inspirée de ses principes et de ses valeurs humanistes. Cet ouvrage ne veut donc pas être la énième dénonciation de la France coloniale. En effet, il ne s'agit pas de substituer une vérité à une autre. Sa finalité est de dévoiler, par delà le langage utilisé, les figures et la logique de la rhétorique française et, ce faisant, d'essayer de poser les jalons d'une autre représentation des Dom. Une meilleure connaissance de l'histoire coloniale ainsi que sa mise en perspective avec l'histoire nationale, dont
5 Expression que Bernard Guyon attribue à Charles Péguy in "Actualité de Charles Péguy" in Les Cahiers de l'Herne n032, l'Herne, 1977, p. 23. 6 Les manuels scolaires sont en effet des indicateurs précieux de la manière dont les auteurs, les directeurs de collection et les éditeurs rendent compte des programmes officiels. Ils ne reflètent aucunement ce qui est dit en classe ~mais exprime plutôt une doxa sur les événements historiques inscrits aux programmes officiels. Cf. Manuela Semidei, "De l'Empire à la décolonisation" in Revue Française de Science Politique, volume XVI n° 1, février 1966. 17

elle constitue un prisme, doivent conduire la France à s'intelToger sur sa mémoire nationale. A cette condition seulement, un autre regard et une autre politique à l'égard des Dom deviennent possibles.

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PREMIERE PARTIE UN AVENIR POLITIQUE RADIEUX