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LA GUADELOUPE ET SA DÉCOLONISATION OU UN DEMI-SIÈCLE D'ENFANTEMENT

De
272 pages
Les débats afférents aux départements français d'Amérique et du Pacifique prouvent que la problématique de la décolonisation est encore d'actualité. Les données de la décolonisation ne tarderont pas à s'adapter à la double exigence de l'autodétermination des peuples certes, mais aussi à la nécessité d'assurer le développement durable des collectivités concernées par la décolonisation. Toutes ces considérations confortent l'intérêt de cette étude englobant l'histoire de la Guadeloupe des dernières décennies du XXe siècle, complétant de surcroît celle des débuts de sa colonisation jusqu'aux années soixante suivant la loi de départementalisation.
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La Guadeloupe et sa décolonisation ou un demi-siècle d'enfantement

Du même auteur
Le Parti socialiste français face à la décolonisation, de Jules Guesde à François Mitterrand, Le cas de la Guadeloupe, L'Hannattan, 1985. La Guadeloupe, Histoire de la colonisation de l'île, 1492-1848, tome 1, L'Hannattan,1987.

La Guadeloupe, Les aspects de la colonisation 1848-1939, tome 2, L'Hannattan, 1987. La Guadeloupe, La nécessaire décolonisation, jours, tome 3, L'Hannattan,1987. 1939 à nos

Les voies de la souveraineté, Peuplement et institutions à la Guadeloupe, (Des origines à nos jours), Editions Caribéennes, 1988. La Révolution et l'esclavage à la Guadeloupe, 1789-1802, Messidor, Editions sociales, 1989.
Mémoires du présent, Témoignages sur une société créole de l'après-guerre à nos jours, Editions Jasor, Pointe-à-Pitre, 1991. Aliénation et sociétés post-esclavagistes aux Antilles. Le cas de la Guadeloupe, L'Hannattan, Paris, 1997. A propos du cent cinquantenaire de l'abolition de l'esclavage, Ibis Rouge, Editions Guadeloupe, Guyane, Martinique, 1998.

Henri BANGOU

La Guadeloupe et sa décolonisation ou un demi-siècle d'enfantement

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatian,2001 ISBN: 2-7475-0207-4

En guise d'avertissement
Il Y a trente-huit ans quand fut publié le premier tome de l'Histoire de la Guadeloupe, j'entendais éviter tout malentendu sur l'objectif poursuivi. Et pour cela, je disais que l'ouvrage en question n'était pas celui d'un historien - ma profession et mes fonctions ne me permettant pas de revendiquer ce titre - mais que j'avais entrepris cette étude pour répondre aux préoccupations du moment des Guadeloupéens sur leur avenir. L'appréciation que je porte sur mes travaux parus depuis lors n'a pas changé, d'autant que durant ces deux dernières décennies les études émanant d'auteurs enseignant cette discipline sont nombreuses, comblant largement le vide insupportable qui m'a\:,aitpoussé à une telle entreprise. Si, malgré ces avancées dans la connaissance de l'histoire de notre collectivité, je me penche à nouveau sur son passé, des années cinquante à nos jours, c'est que cette période correspond à la transformation de la vision radicalement différente qu'elle a d'elle-même. Elle a pris conscience de son identité de peuple et des attributs que lui confère ce titre.
C'est donc sur le chemin qu'elle emprunte pour assumer son destin, que j'entends porter quelque éclairage en évoquant les événements qui ont meublé et marqué cette tranche de vie.

Ce faisant, j'ai conscience, sinon de l'aider - ce qui pourrait paraître prétentieux - du moins d'accomplir un devoir de militant d'une cause commune, celle de la Guadeloupe.

Chapitre l La problématique statutaire

1. Mise en question de la départementalisation Reprenant le fil d'une quête historique commencée il y a une quarantaine d'années, j'en saisis la trame au point où je l'avais laissée, c'est-à-dire au dernier chapitre du tome 3 de mon Histoire de la Guadeloupe intitulée: La Guadeloupe - La nécessaire décolonisation.
Deux décennies nous séparent de ce moment-là.

A cela rien d'étonnant, puisque cette quête du passé proche et lointain se voulait comprendre et hâter si possible les destinées chaotiques de ce peuple si peu maître de lui-même depuis l'esclavage et l'exploitation coloniale jusqu'à sa plus récente citoyenneté au rabais. Certes çà et là, ici ou là, s'étaient fait entendre quelques réserves troublant à peine l'atmosphère euphorique qu'avait fait naître la loi de départementalisation de mars 1946. Mais ce ne fut qu'à la fin des années cinquante précédant de peu le retour du général de Gaulle à la tête de l'Etat français, que se concrétisèrent vraiment les mises en cause significatives

de la départementalisation comme solution apportée à la problématique de la décolonisation de la Guadeloupe. Ce furent la transformation de la Fédération de la Guadeloupe du Parti communiste français en parti autonome, postulant une modification statutaire de l'archipel en mars 1958, et un colloque organisé à Pointe-à-Pitre en juillet de la même année par La Revue guadeloupéenne, dont le titre, assez équivoque il est vrai, était: "La Guadeloupe dans l'assimilation". S'agissant du pas décisif accompli par la Fédération locale du P.C.F, il avait été précédé deux années auparavant, en juillet 1956, d'une démarche de Rosan Girard auprès des dirigeants nationaux préconisant la révision du titre 8 de la Constitution et l'éventuelle nécessité d'un statut particulier pour les vieilles colonies, avec une législation hors parlement élaborée par l'assemblée locale. Pour ce qui est du colloque de La Revue guadeloupéenne, qui réunissait l'ensemble des classes professionnelles, religieuses et politiques, parmi lesquelles les représentants du Parti communiste guadeloupéen, seul résolument engagé dans la voie du changement de statut, ses conclusions étaient loin de préconiser une rupture avec la départementalisation tout en soulignant les imperfections de celle-ci. Même Paul Valentino, ancien député socialiste et maire de Pointe-à-Pitre, qui avait combattu le projet au Parlement, rappelait "qu'il avait alors défendu l'autonomie financière et l'application automatique de toute la législation sociale, étant entendu que, dans la mesure où des décrets et des arrêtés ministériels étaient prévus, ce serait le Conseil général qui aurait à élaborer les règlements". Aussi, ne doit-on pas s'étonner de la frilosité des conclusions générales du Comité directeur de la revue 8

déclarant, entre autre, que "de l'expression très diverse de ces études (les points de vue exposés au cours de ce colloque), il semble assez difficile de dégager l'identité des doléances et des aspirations", mais "le principe, soulignaient-elles, du respect des liens qui unissent depuis plus de trois siècles la Guadeloupe à la France, a été affirmé et proclamé". Comment conclure autrement au regard de cette déclaration catégorique de l'une des personnalités participant à ce colloque, maître Félix Rodes: "S'agissant, disait-il, de réforme de statut et de recherche d'une forme de gouvernement, la première idée qui peut venir à l'esprit est l'idée d'indépendance ou, pour employer un terme moins choquant (sic), l'idée d'autonomie pure et simple. Les peuples, en effet, sont fondés à vouloir se gouverner eux-mêmes et c'est là le plus sûr moyen qu'ils ont pour être certains d'avoir en main la gestion de leurs propres affaires... Une telle solution peut-elle être adoptée par le gouvernement de la République une et indivisible? Nous ne le pensons pas... ... Nous avons d'autre part, l'absolue certitude que personne en Guadeloupe n'est capable de nourrir en son for intérieur une telle pensée, car notre attachement à la France est une donnée enracinée dans le fond de nos cœurs et on ne le sait que trop: Français nous sommes, Français nous voulons mourir" . Le retour au pouvoir du général de Gaulle une année après, en 1959 va amplifier ce patriotisme cocardier, et Le Progrès social, hebdomadaire des frères Rodes, Félix et Henri, n'aura pas de mots assez durs pour flageller les quelque 1500 électrices et électeurs guadeloupéens qui avaient voté "non" au référendum consacrant la prise du pouvoir par de Gaulle.

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Ce journal les invitait ni plus ni moins à chercher asile à Moscou ou en Guinée où Sékou Touré venait de faire voter "non". Or, grâce à ces incohérences dont l'histoire a parfois le secret, c'est la venue du général de Gaulle à la tête des affaires de la France qui va précipiter le mouvement de décolonisation dans l'ancien empire colonial français, notamment en Afrique noire, et du même coup rendre plus lancinante l'aspiration à voir bouger les choses dans les possessions antillaises, guyanaise et réunionnaise. Sa philosophie en la matière pouvait se résumer dans les propos tenus un peu plus tard lors d'une conférence de presse rapportée dans le quotidien Le Monde du 5 septembre 1960 : "... je ne crois pas moins qu'il faut savoir, quand le moment est venu, reconnaître à tous le droit de disposer d'euxmêmes, leur faire en principe confiance et même attendre d'eux qu'ils apportent leur contribution au bien de l'humanité. C'est en cela, en somme, et ce n'est pas ailleurs qu'est sincèrement la politique de la France... ". L'Afrique décolonisée offrait désormais un champ à investir à des Antillais qui, du jour au lendemain, voyaient leur vocation forgée à l'Ecole nationale d'administration coloniale dont ils avaient brigué le prestige avant-guerre, se transformer en bouillons de culture pour une mission de décolonisateurs. Traditionnellement la plupart des prix spéciaux et des prix du Gouverneur de fin d'études secondaires préparaient l'entrée de cette prestigieuse école du quartier de l'Observatoire à Paris. C'était le cas de Guy French, Guy Tirolien, Gabriel Lisette, d'Albert Béville. Ces derniers en poste en Afrique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale se convertirent naturellement en artisans de la décolonisation. Alors que Gabriel Lisette militait 10

aux côtés de Houphouët Boigny, Sékou Touré, Diori Hamani au sein du Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A) avant de devenir un ambassadeur permanent des divers gouvernements gaullistesl, Albert Béville allait connaître un destin tragique en trouvant la mort dans le crash du Bœing qui, en 1962, s'écrasait sur les contreforts des montagnes de Caféière en Guadeloupe. Il avait un an auparavant, les 21 et 22 avril, créé aux côtés de Camille Sylvestre, ancien secrétaire du Parti communiste martiniquais, du Guyanais Justin Catayée, député de la Guyane, de l'écrivain martiniquais, Edouard Glissant, le "Front antilIoguyanais pour l'autonomie", mouvement immédiatement dissous par le gouvernement d'alors sous l'impulsion de Jacques Foccart. Celui-ci qui était Secrétaire général de l'Elysée pour les affaires africaines et malgaches, était aussi attentif à tout ce qui se passait aux Antilles et en Guyane, notamment à la Guadeloupe dont il était originaire et où son père avait été conseiller général et maire de Gourbeyre dans la mouvance du socialisme légitimiste du début du XXe siècle. "Les Antillais-Guyanais, considérant que les peuples antillais et guyanais ont un droit inaliénable à gérer leurs propres affaires et que les conditions objectives sont aujourd'hui réunies pour qu'ils imposent leur libération, estiment qu'à l'étape actuelle, seule l'autonomie peut permettre de résoudre les problèmes des Antilles et de la Guyane et se déclarent décidés à lutter pour l'obtenir; exigent donc l'autonomie immédiate avec ses deux organes fondamentaux: pour chacun de leur pays une assemblée législative et un exécutif responsable devant elle...". Telle était la conclusion du colloque au terme duquel avait été créé ce «Front».

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Il fut candidat avec le soutien de l'U.N.R à la députation dans la deuxième
de

circonscription de la Guadeloupe en mars 1967 et aux élections cantonales 1976 de Sainte-Rose, sans succès.

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Cette résolution finale reprenait en gros celle à laquelle avait abouti un autre colloque organisé à Basse-Terre le 10 avril 1961. Cette fois-là, on pourrait s'en étonner, organisé par Le Progrès social, et auquel participèrent: * le Parti socialiste guyanais représenté par Justin Catayée, * l'Union du peuple guyanais représenté par le Dr Henri Henriot et Me Hugues Sider, * le Parti communiste martiniquais avec Camille Sylvestre et Georges Gratiant, * le Parti socialiste unifié martiniquais représenté par Roland Suvelor, * le Parti communiste guadeloupéen représenté par Rosan Girard et Serge Pierre-Justin, * l'Union des femmes guadeloupéennes représentée par Paule Borifax et Gerty Archimède, * le Parti progressiste avec Marcel Esdras et Guy Toly, * la Revue guadeloupéenne représentée par Maître Lative et Gaston Bourgeois, * Le Progrès social représenté par Henri Rodes et Rémy Bébel. * L'Union départementale des syndicats CGT, avec Nicolas Ludger et Bernard Alexis. * A titre individuel: Edmond Jean-Baptiste\ Félix Cherdieu. Une telle prise de position intervenant trois ans après le Colloque de La Revue guadeloupéenne tranchait avec les conclusions de celui-ci et rejoignait l'orientation de trois parlementaires: celle déjà citée de Rosan Girard, celle d'Aimé Césaire qui en juin 1960 lors de la discussion de la loiprogramme à l'Assemblée nationale, déclarait que "le régime des DOM était un mélange informe qui n'avait pas de nom dans aucune langue" et qui invitait le gouvernement à rechercher sans préjugés, avec les collectivités locales toutes intéressées,
I Edmond Jean-Baptiste, actuel député de Mayotte.

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"une formule nouvelle qui concilie leur attachement à la France et leur besoin légitime d'autonomie"'. Dès 1959, Justin Catayée quant à lui avait inséré dans la loi-programme un amendement "tendant à accorder à la Guyane un statut spécial unique pour l'ensemble de son territoire, en application des articles 72 et 73 de la Constitution. Ce statut définira une collectivité territoriale nouvelle répondant aux nécessités de développement économique guyanais." Lui aussi, hélas, se trouvera au nombre des cent soixanteseize victimes du crash du Bœing 707 sur le Morne Dos-d'âne à Deshaies le matin du 22 juin 1962. Avec Albert Béville et Justin Catayée disparaissait aussi Roger Tropos, président de l'Association des étudiants martiniquais. Cette présence aux côtés de Béville et de Catayée n'avait rien d'étonnant, car le monde estudiantin avait beaucoup mûri depuis 1946. En effet, la vingtaine d'étudiants embarquant sur l'Oregon fin 1943 pour rejoindre au Maroc le même nombre environ de leurs homologues martiniquais déjà transférés à Casablanca et Rabat pour entamer des études universitaires, représentait deux années de lauréats du brevet de capacité coloniale (baccalauréat d'alors). Dès 1946 les choses avaient changé. D'abord quant au nombre de bacheliers formés chaque année par les lycées, auxquels s'ajoutaient les brevetés supérieurs admis désormais à s'inscrire dans les facultés et universités. Parmi ces derniers contingents devait se trouver François Radacal, futur président de l'Association des Etudiants Guadeloupéens, ardent militant de la décolonisation, qui trouva la mort lui aussi dans un

I Karukera, organe du Mouvement progressiste saint-cIaudien, n° 6, Octobre, 1960.

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accident d'avion sur l'aire d'atterrissage d'un des aérodromes de Moscou. Par ailleurs ce changement, paradoxalement, se manifestait surtout dans le potentiel de réflexions critiques que le contexte français et mondial assurait à ces jeunes étudiants. Leurs aînés, dont moi-même, avaient fait revivre l'A.G.E.G, que quatre années d'occupation et de guerre avaient réduite à une feuille d'écolier où étaient inscrits une vingtaine de noms. Très vite et grâce au foyer des étudiants d'Outre-mer situé au premier étage de la salle des Sociétés savantes du boulevard Saint-Germain où un goûter rassemblait les après-midi la plupart d'entre eux venus des différentes colonies et anciennes colonies, cette association allait s'affirmer sur le plan syndical comme sur le plan de l'action politique au sein d'un comité de liaison anticolonialiste. C'est ainsi que des centaines de jeunes faussement acculturés1 à une vision du monde et d'eux-mêmes qui ne s'accordait pas à la réalité, étaient durant ces années cinquante dans une ambiance à la fois inattendue et formatrice. L'Indochine avait été mise à feu et à sang, mais le peuple . vietnamien luttant pour sa liberté à force d'héroïsme imposait le départ de l'armée colonialiste à laquelle il fit subir le désastre de Diên Biên Phû. Madagascar, rebelle à la poursuite de la colonisation, avait été saignée cruellement - 70 000 morts provoquant la colère des Français eux-mêmes, et l'un d'eux, ancien administrateur de la grande île, de Lorme, renvoya sa croix d'officier de la Légion d'honneur. En 1953, le sultan du Maroc appréhendé comme un malfaiteur par des policiers qui lui laissèrent à peine le temps de se vêtir, fut déporté à
"Nos ancêtres les Gaulois" : cette affirmation avait été longtemps reprise dans les manuels scolaires et le sentiment que les "vieilles colonies" étaient civilisées contrairement aux plus récentes colonies d'Afrique persistait encore dans les esprits. 14 I

Madagascar. En Algérie, après les événements de Sétif qui firent des dizaines de milliers de morts tombés sous les balles de la police répressive et des bombes et obus largués par la marine sur les villages, le F.L.N (Front de Libération Nationale) donnait le signal de la lutte armée. En Afrique noire, la répression battait son plein, à Dimbroko, à Pallaka, à BouakéSinfra, et notre compatriote Gerty Archimède répondait présente pour défendre les accusés de la R.D.A au procès de Grand-Bassam. Rien d'étonnant donc que cette jeunesse estudiantine se soit investie dans un combat qu'elle considérait comme le sien aussi, et qu'elle ait voulu apporter sa contribution à l'émergence d'une volonté de lutte au sein de son peuple pour la décolonisation. Les 10,11,12 et 13 août 1960, se tint à Pointe-à-Pitre le "Congrès de la jeunesse guadeloupéenne" dont la résolution finale réclamait "l'application en Guadeloupe d'un statut laissant aux Guadeloupéens la gestion de leurs affaires", et jugeait que "l'autonomie interne était le statut qui répondait à cette volonté" . 1960, c'est-à-dire quelques mois à peine après que se fut imposé à Cuba le gouvernement des guérilleros conduits par Fidel Castro! Celui-ci chassait de la grande île de la Caraibe les stipendiés de l'impérialisme étasunien qui avait profité de la guerre victorieuse des patriotes cubains contre l'Espagne à la fin du XIXe siècle pour s'installer à sa place. 1 Comment définir le paysage de la représentation politique dans l'archipel guadeloupéen durant ces années soixante? La création d'un mouvement communiste en 1944, au lendemain de l'occupation vichyssoise et de son régime
I En effet, l'amendement Platt en 1901 mettait le parlement cubain en demeure d'accepter le principe de l'ntervention directe des Etats-Unis dans les affaires cubaines chaque fois que ces derniers le jugeraient opportun. 15

répressif, avait provoqué un éveil et une mobilisation des classes exploitées paysanne et ouvrière. Le charisme de dirigeants intellectuels tels Rosan Girard, Hégésippe Ibéné, Paul Lacavé, Gerty Archimède, et des syndicalistes comme Amédée Fengarol, Sabin Ducadosse, Herman Songeons ou Nicolas Ludger, avait permis à ce mouvement de conquérir des municipalités importantes, notamment celle du Moule et celle de Capesterre Guadeloupe, voire même d'occuper pendant un certain temps les deux sièges de députés à l'Assemblée nationale. Mais, contrairement à ce qui s'était produit au début du siècle avec l'apparition du mouvement socialiste de Légitimus, il n'y eut pas de grand bouleversement électoral, ni au niveau des mairies, ni à celui des représentations cantonales; même les sièges de députés ne tardèrent pas à échapper au P.C.G. En Grande-Terre, seule la municipalité de Port-Louis accusait une stabilité à toute épreuve, de même que celle de Capesterre en Basse-Terre, et celle de Bouillante appelée, elle aussi, à changer, sinon de maire, mais d'obédience politique en 1961. De sorte que la Fédération socialiste et le Mouvement schœlchériste de Satineau 1 dominaient largement ce paysage auquel s'incorpora avec force, dès l'avènement gaulliste, le parti du général de Gaulle, l'U.N.R (Union pour la Nouvelle République).
1 Dans la préface de l'ouvrage d'Eliane Sempaire Etienne publié aux Editions Jasor, septembre 1999, on peut lire: ilL/auteur nous raconte ici le troublant Maurice Satineau, fraudeur patenté devant l'éternel, qui. à contre-courant des conduites identitaires admises de la culture politique majoritaire sut conjuguer la qualité de «nègre» et celle de «réactionnaire» lui qui de notoriété publique. négociait ses électeurs avec l'usine. savait aussi danser les danses nègres des veillées mortuaires. Il jùt au regard de l'histoire politique de la Guadeloupe, le prototype d'une «droite» guadeloupéenne, anticommuniste, populiste... et cependant incontestablement populaire".

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Bien sûr, la pérennité d'une personnalité politique au ministère de l'Intérieur, comme Raymond Marcellin, et la bienveillance avec laquelle étaient traités les auteurs de la fraude locale, y étaient pour quelque chosel, Mais, même après que l'action conjointe du Parti communiste guadeloupéen et de la section locale du parti de François Mitterrand, l'UDSR, eut fait reculer cette fraude, le gain du Parti communiste se limita à la mairie de Pointe-à-Pitre, et plus tard à celles de Deshaies, Petit-Canal et Basse-Terre. Dans ces trois communes, la personnalité de la tête de liste avait contribué très largement à de tels résultats. Il faut dire que, déjà, les transformations apportées par l'application, même partielle, de la loi de départementalisation et les flux monétaires qu'elle avait engendrés, avaient modifié les structures de l'économie s'orientant de plus en plus vers la tertiairisation. Ces transformations, ajoutées à des recrutements massifs dans la fonction publique, modifiaient profondément le comportement du corps électoral de plus en plus porté vers le conservatisme et le populisme.

2. Réaction du pouvoir gaulliste De son côté, le gouvernement gaulliste était loin d'être indifférent aux résultats vrais ou faux des consultations électorales. Jacques Foccart avait vite créé une section locale de l'U.N.R animée par un jeune et bouillant fils de chef d'entreprise blanc créole. En outre, il conforta localement son réseau grâce à une société d'import-export, la SAFIEX qui augmentait
I Aux élections cantonales du 4 juin 1961 au Lamentin, le candidat socialiste obtient la presque totalité des votes. Aux législatives du 18 novembre 1962, le député D.N.R sortant obtient 4 499 voix pour 4781 inscrits. Au Gosier, 2 927 voix sur 3941 ; à Petit-Canal, 2820 pour 2666 inscrits. DESCAMPS (Henri) "La politique aux Antilles françaises de 1946 à nos jours", Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, Paris, 1981 17

considérablement le pouvoir de la bourgeoisie blanche créole déjà maîtresse incontestée des chambres consulaires. Tout en aidant les courants conservateurs à s'étendre, le pouvoir gaulliste se préoccupait d'affaiblir l'influence des partisans d'un changement. C'est ainsi qu'à leur grande stupéfaction, les Guadeloupéens, quinze années après qu'on fut

débarrassé des oukases de l'amiral Robert et de Sorinl, prirent
connaissance dans le Journal officiel du 17 octobre 1960, de l'ordonnance du 15 du même mois stipulant que les préfets des départements des Antilles et de la Guyane pouvaient suspendre et expédier en France tout fonctionnaire d'Etat ou des établissements publics de l'Etat dont ils ont jugé le comportement de nature à porter atteinte à la sécurité et à l'ordre public. Si une telle mesure correspondait parfaitement à une volonté de contenir les aspirations au changement, elle ne manquait pas malgré tout d'étonner par son caractère arbitraire et trop évidemmen~ scandaleux. De sorte qu'on spécula sur l'origine et le vrai mobile de cette ordonnance. Elle intervenait en effet au lendemain d'un affrontement, au Conseil général, du Parti communiste guadeloupéen et de la Fédération locale du Parti socialiste. Malgré la traditionnelle hostilité de ces deux organisations politiques, un rapprochement s'était opéré à l'occasion de l'élection du maire de Saint-François comme sénateur, rapprochement qui paraissait justifié aux yeux d'une majorité au sein de la direction du P.C.G pour deux raisons: l'une qui concernait la fraude électorale à la disparition de laquelle œuvrait un parti inféodé jusque-là aux différents gouvernements, la Fédération socialiste; l'autre qui consistait à
I Représentants à la Martinique et à la Guadeloupe du gouvernement de Vichy présidé par Pétain. 18

éliminer du Sénat, et par conséquent à réduire à néant son influence au niveau national, Maurice Satineau, adversaire acharné du Parti communiste, dont les partisans se maintenaient à la tête de nombreuses municipalités grâce à la fraude. Cette orientation de la politique du P.C.G avait eu pour effet non seulement l'élection de Me Bernier et de René Toribio comme sénateurs, mais de permettre l'année suivante de contenir la fraude à Pointe-à-Pitre, au grand désespoir du souspréfet. De sorte qu'un communiste, Hector Dessout, à la tête d'une liste de vaste rassemblement démocratique pour la Rénovation de la ville de Pointe-à-Pitre fut élu. Cette alliance de circonstance comportait un deuxième volet: c'était, en contrepartie de l'élection de Lucien Bernier, celle d'un communiste, Paul Lacavé, comme président du Conseil général en remplacement du socialiste Me Rinaldo. Tout cela se passait dans un climat conflictuel entre le directeur du journal Match, Camille Jabbour, et le représentant du gouvernement accusé de soutenir la fraude, le préfet Abeille qui fut sommé par son ministre de tutelle, Jacques Soustelle, de porter plainte. Or, au grand étonnement de l'opinion, le jour de l'audience, le Préfet fit savoir au tribunal qu'il enlevait cette plainte en diffamation. Comment ne pas chercher la cause d'un tel revirement, quitte à spéculer pour ce faire. Et c'est ainsi qu'on rapprocha cet épisode judiciaire de la rencontre de Lucien Bernier et d'Henri Rinaldo avec Soustelle, à la demande faite par celui-ci, à son ministère à Paris. Hypothèse qui se confirma, car peu après, au moment du renouvellement du bureau du Conseil général, Maître Rinaldo soutenu par ses collègues socialistes, renouvela sa candidature à la présidence et fut reconduit par la majorité habituelle: socialistes, U.N.R, U.D.S.R. Indépendamment donc des conclusions que comportait l'analyse de la situation objective de ce nouveau département, le quotidien politique vécu à la Guadeloupe sécrétait matière à provoquer colère et réprobation. 19

La multiplicité des mouvements nationalistes ou pas qui étaient alors créés illustrait bien ce climat de frustration: Conseil National et Populaire de la Jeunesse Guadeloupéenne (le C.N.P.J.G), Mouvement Démocratique Antillais (le M.D.A), Parti Progressiste Guadeloupéen (le P.P.G), le Cercle Marxiste Amédée Fengarol (le C.M.A.F), etc. Cette floraison d'initiatives, le plus souvent éphémères, ne pouvait pas ne pas être considérée comme, sinon une mise en question du seul parti organisé représentatif qui avait initié la lutte pour un changement de statut, du moins comme une distanciation activiste qui, objectivement, affaiblissait la principale force anticolonialiste du peuple guadeloupéen.

3. Changement de statut dont de Gaulle ne se désintéressait pas, mais à sa manière L'émissaire qu'il avait envoyé dans les trois départements à l'occasion du référendum de 1958, André Malraux, avait laissé entendre à la Martinique et en Guyane que si le "oui" l'emportait, le général de Gaulle au pouvoir tiendrait compte de cette volonté de reconsidérer le statut départemental. On prétendit même que Aimé Césaire, partisan du "non", modifia son mot d'ordre en tenant compte de cette assurance. S'agissant de Justin Catayée, voici en quels termes le livre de Paulin Bruné ,,1 "Mon Dieu, que vous êtes Français... relate les conclusions de cette rencontre exposées dans un document du P.S.G.2. "Le vendredi 18 septembre, alors que le camarade Catayée tenait une information à la permanence, 34 rue Voltaire, le ministre Malraux, délégué à la présidence du Conseil, l'invita à se rendre immédiatement à la préfecture où il le retenait
I Editions France-Empire, Paris, 1996. 2 Parti Socialiste Guyanais 20

longuement; il lui a donné l'assurance que le gouvernement mettrait à exécution pour donner satisfaction aux principales revendications du P.S.G. ... C'est pourquoi pendant dix jours tous les moyens ont été mis à la disposition du camarade Catayée pour qu'il fasse la campagne en faveur du «oui»". ... C'est la raison pour laquelle la Guyane vota massivement «oui» au référendum du 28 septembre 1958". Quelques mois après ce vote massif pour le "oui" dans les trois départements, le général de Gaulle déclarait le 30 avril 1960 à Cayenne: "Je vous annonce d'ailleurs que des décrets très importants viennent d'être promulgués en vertu desquels les responsabilités, les attributions des Préfets, des Conseils généraux des départements d'Outre-mer sont considérablement étendues, car il est conforme à la nature des choses qu'un pays, qui a son caractère aussi particulier que le vôtre et qui est en somme éloigné ait une sorte d'autonomie proportionnée aux conditions dans lesquelles il doit vivre".1 Cette allusion à l'autonomie était d'autant plus étonnante qu'à la Guadeloupe le général de Gaulle allait s'offusquer quatre ans après devant les pancartes brandies par les militants du P.C.G et de l'Union des Femmes réclamant un tel statut, en s'écriant: "Ce n'est pas ce petit groupe ridicule qui ternira l'éclat de cette manifestation".

1

Paulin

Bruné

- ibidem
21

4. La départementalisation adaptée
En réalité l'annonce faite à Cayenne concernait le projet de ce qui fut appelé "la départementalisation adaptée" contenu dans les décrets d'avril 1960 dont les deux dispositions essentielles étaient relatives à l'avis requis des conseillers généraux "sur tous les projets de loi et décrets tendant à adapter la législation et l'organisation des D.O.M à leur situation particulière" . "De même, prévoyaient-elles, les élus départementaux peuvent saisir le gouvernement par l'intermédiaire du ministre chargé des D.Q.M de toutes propositions spéciales motivées par la situation particulière de leur département" . Si l'on rapproche le contenu de ces décrets d'avril 1960 de l'initiative qui sera prise quarante ans plus tard par un gouvernement de gauche plurielle dirigé par un socialiste, on serait tenté de conclure que l'initiative du général de Gaulle correspondait bien à sa volonté de décolonisation appliquée aux D.Q.M comme aux autres territoires de l'ancien empire colonial, et adaptée aux circonstances particulières de ces pays autant qu'aux intérêts d'une France aspirant à tenir son rang de puissance mondiale. Mais cette initiative intervenait dans un mauvais contexte local et national, et sans doute à un mauvais moment. C'était celui en effet où se radicalisaient comme on vient de le voir les mouvements appelant à combattre la départementalisation et à la remplacer par l'autonomie, voire l'indépendance, dans un climat de surenchère qui ne facilitait pas une analyse réaliste de la portée de ces nouveaux textes législatifs. Le seul parti organisé et sérieux de cette mouvance capable de le faire, le P.C.G, n'y pensa même pas, rejetant sans nuance ce qui pouvait paraître comme une mystification. Cela, d'autant que la majorité socialo-U.N.R du Conseil général applaudissait à tout rompre une telle mesure, ce qui lui donnait 22

une connotation conservatrice renforcée, contraire sans doute à la pensée gaulliennel. La suite d'ailleurs devait donner raison aux partisans du refus, car cette majorité ne prit aucune initiative sérieuse, ni pour exiger que les conseils généraux soient consultés en amont de la législation, ni pour faire des propositions d'adaptation. Par ailleurs, s'il y avait la pensée gaullienne, il y avait aussi l'entourage du général de Gaulle. C'est-à-dire Jacques Foccart, donc le patronat métropolitain et blanc créole, l'église aussi qui à l'époque ne se gênait pas pour combattre l'athéisme à travers ses prises de position politiques contre les partis communistes; enfin, Michel Debré qui, battu aux élections législatives en France, se fera élire dans les conditions que l'on devine à la Réunion. Cet entourage n'était pas, non plus, étranger à l'interprétation restrictive donnée par le Conseil d'Etat à ces décrets, stipulant que "le Conseil général ne devait être consulté que lorsque le texte en question était en vigueur sur le territoire métropolitain et d'autre part que le gouvernement n'est pas tenu de soumettre au Conseil général les décrets appliquant dans les D.O.M les mêmes règles que dans les départements de la métropole" . En fait, par la suite, les rares interventions des conseils généraux ne furent jamais prises en considération.

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Au cours de la deuxièmequinzaine du mois de mars le Conseil général fut

convoqué à l'effet de proposer au gouvernement un statut qui fixerait les rapports de son pays avec la métropole. Bien que le gouvernement ait précisé que les discussions relatives au statut pouvaient se faire librement, le conseiller de Saint-François exigea que ce fût dans le cadre de l'article 58. Par ailleurs, alors que le président de l'Assemblée départementale de la Martinique avait invité son homologue de la Guadeloupe pour un examen commun avec leur homologue de la Guyane également invité, Me Bernier obtint que le Président Rinaldo refusât cette invitation. 23

Chapitre II
Décolonisation de la Région caraïbe et Front antillo-guyanais pour l'autonomie

1. Décolonisation de la région caraïbe Pendant ce temps la décolonisation, même formelle dans la plupart des cas, allait bon train dans la région caraïbe. Le 3 janvier 1958, la Fédération des Antilles britanniques voyait le jour dans le prolongement de la conférence de Montego Bay à la Jamaïque qui en avait posé le principe approuvé par la reine d'Angleterre en 1956. Après cinq années expérimentales, chacun des pays composant cette Fédération pouvait accéder à l'indépendance en dehors ou au sein du Commonwealth. Anticipant sur cette décision, dès 1961, la Jamaïque proclama la sienne. L'année suivante fut le tour de Trinidad et Tobago; la Barbade devait suivre quatre ans plus tard. Mais comme nous l'avons déjà signalé, l'événement le plus important se situant dans le cadre de la décolonisation dans la région fut le succès de la révolution castriste et l'entrée triomphale en 1959 à La Havane de l'armée des rebelles cubains partis de la Sierra Mrestra et conduits par Fidel Castro.

Au premier congrès du Parti communiste cubain, dirigé par BIas Roca, qui se tint à la Havane en janvier 1960 avant sa fusion avec le mouvement des guérilleros, le Parti communiste guadeloupéen fut invité et me désigna pour le représenter. Ce fut une expérience impressionnante que celle de côtoyer les prestigieux combattants de l'intérieur comme de la guérilla: les commandants Chomon, alors ambassadeur de l'île en U.R.S.S, Iglésias, dont le comportement héroïque avait été tel que son tout jeune âge, à peine 20 ans, n'avait pas empêché qu'il fût fait commandant, Almeida le "commandante" nègre originaire de la province d'Oriente et un des premiers compagnons de Fidel Castro, ce dernier lui-même, revêtu de son treillis de combat, évoquant la mémoire du syndicaliste Jésus Menendez assassiné le 24 janvier 1948 et que Nicolas Guillen appelait depuis "le général de la canne à sucre". 1 Je retournai souvent à Cuba, invité par son gouvernement ou par ses organismes culturels à l'occasion du colloque sur la négritude à Santa Clara, comme membre du jury de "La Casa de las Americas", ou à l'occasion de l'anniversaire de l'assaut de la caserne Moncada, et en bien d'autres circonstances. Cette relation ininterrompue n'a pas toujours coïncidé avec celle longtemps refroidie entre les deux Partis communistes cubain et guadeloupéen. La conférence de la Tricontinentale où nous fûmes représentés par Guy Daninthe entraîna ce malentendu provoqué par sa fermeté à défendre notre mot d'ordre d'autonomie et à repousser celui d'indépendance prôné par une bonne douzaine d'organisations guadeloupéennes groupusculaires qui se voulaient représentatives.

1 Fils d'un vétéran de la guerre d'Indépendance, dirigeant à 18 ans sa centrale syndicale, celle des travailleurs des plantations de canne à sucre, puis dans l'interrécolte dirigeant des "Tabaqueros", deux fois emprisonné, il avait acquis un prestige exceptionnel. 26

En référence au mouvement mondial de libération des peuples colonisés, l'exemple de Cuba apparaissait comme la preuve qu'un pays et un peuple, si petits soient-ils, pouvaient forger leur destin, et, vingt-neuf ans en amont de la chute du mur de Berlin et du démantèlement de l'U.R.S.S., prétendre que la véritable indépendance s'identifiait au socialisme tel qu'il avait triomphé dans l'ancien empire tsariste. C'était l'époque aussi où un brillant psychiatre martiniquais qui s'était investi dans la lutte de libération de l'Algérie aux côtés du F.L.N, élaborait une théorie de la lutte révolutionnaire dans des ouvragesl devenus depuis célèbres dans le monde entier et la bible d'une jeunesse mettant en cause légitimement une société dominée par le pouvoir oppressif de l'argent et par les mercenaires des impérialismes. Les années soixante vont donc être marquées par l'émergence de nationalismes guadeloupéens et antillais qui, paradoxalement, s'alimentant aux sources de la Révolution culturelle de Mao, seront plus soucieux de jeter le discrédit sur le P.C.G dans l'opinion que d'affronter concrètement les forces conservatrices autrement que par la phraséologie. Une plaquette éditée par l'A.G.E.G2 à l'occasion de son 8ème Congrès est édifiante en ce domaine. Evoquant la position de cette association vis-à-vis du P.C.G, elle rappelait que c'était un "parti opportuniste", que son mot d'ordre d'autonomie était de "nature opportuniste et colonialiste", que sa politique "était antinationale et antipeuple", que le Parti était un "parti dégénéré", etc. De sorte que le gaullisme et sa composante coloniale et conservatrice pouvaient jouer sur plusieurs tableaux: contrer
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FANON (Frantz). "Peau noire, Masques blancs" , Editions du Seuil, Paris, 1952 - "Les damnés de la terre", Collection Les Cahiers libres, n° 27-28,

François Maspero, Paris, 1961. 2 Association Générale des Etudiants Guadeloupéens.

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