LA RÉPUBLIQUE SAHRAOUIE

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La république arabe sahraouie démocratique (RASD) est l'État que les Sahraouis, en tant que peuple et nation, se sont choisis pour permettre à leurs aspirations légitimes à la liberté et à l'indépendance de s'exprimer et de s'épanouir. L'auteur se propose de faire un bilan, aussi critique que possible, au moment où la république sahraouie célèbre son 25ème anniversaire, après un quart de siècle de combat à armes inégales contre le nouveau colonisateur marocain, dans des conditions qui n'ont pas toujours été faciles.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296192744
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LA RÉPUBLIQUE

SAHRAOUIE

Du même auteur

Les Sahraouis

Éditions l'Harmattan, Paris, 1998

Mohamed-Fadel ould Ismaïl ould Es-Sweyih

LA RÉPUBLIQUE

SAHRAOUIE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0513-8

A Juta, ma femme, qui m'a été d'un réel soutien pour achever le présent travail...

A mes chers enfants, auxquels je souhaite du fond du cœur une vie digne dans leur pays, la République sahraouie, libre, démocratique et prospère.. .

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Présentation

Le présent ouvrage, très modeste, est la suite, en quelque sorte le complément d'un autre ouvrage, tout aussi modeste, écrit en 1998, à savoir« Les Sahraouis »1,qui a été, celui.ci, adressé essentiellementà l'opinion européenne - fumçaise en particuliei et destiné à donner des réponses plus ou moins complètes sur de nombreuses questions posées sur les Sahraouis et sur leur lutte de libération nationale.

-

L'intention, cette fois.ci, est de faire le bilan, aussi critique que possible, des vingt.cinq dernières années de la République sahraouie, au moment où celle.ci célèbre son 25ème anniversaire,après un quart de siècle de combat à armes inégales, dans des conditions qui n'ont pas toujours été faciles. Nous n'avons ni la prétention ni l'ambition de traiter ce sujet ex profèsso. Mais nous avons par contre la ferme conviction d'essayer d'être aussi objectif que peut l'être un Sahraoui, militant du Front POLISARIO, impliqué jusqu'au bout dans cette affaire et qui, de surcroît, occupe un poste de responsabilité au sein de la République Arabe Sahraouie Démocratique(RASD)3. Loin de nous cependant l'idée de présenter les choses en rose, car elles ne le sont pas toujours. Les critiques comme les appréciations que nous faisons visent un seul objectif; démontrer que la RASD existe avec ses acquis et ses difficultés, ses succès et ses déboires à l'instar de tout autre État du monde et qu'il est difficile désormais de l'ignorer, au moment où les spéculations au sujet du règlement du conflit SahralMarocvont bon train. Pour se faire, nous avons, dans une première partie, après un rappel succinct des données générales situant géographiquement le Sabra, indiqué brièvement les origines du peuple sahraoui, sa résistance et surtout le processus de décolonisation et son avortement par la volte.
Ismail Sayeh (nom de plume de Mohamed-Fadel Ismail ouId Es-Sweyih, alias Fadel Ismail), Les Sahraouis, éd. L'Harmattan, Paris, 1998. 2 L'autem était à cette époque Représentantdu Front POLISARIOen France. 3 L'autem est actuellement le Représentant pennanent de la RASD auprès de l'OUA. 1

face du Maroc contre le référendum en 1974 et l'invasion consécutive du Sabra en 1975. Nous avons abordé ensuite la RASD, dans une deuxième partie, les circonstances qui ont prévalu au moment de sa naissance, la contribution (indirecte ou involontaire) de la puissance administrante - l'Espagne - à sa création, ses éléments constitutifs essentiels, et sa viabilité, fondée sur les richesses de son sous-sol et sur le combat de son peuple pour en imposer l'existence.
Les organes et les institutions de la République sahraouie ont fait l'objet d'un chapitre où il est question de la Constitution émanant du dernier congrès national du Front POLISARIO, de la répartition des pouvoirs et ses principaux agents, à l'exemple du Chef de l'État, du gouvernement, du Conseil national sahraoui (CNS) et de l'ALPS4. Nous avons traité assez sommairement le Front POLISARIO dans un chapitre à part, avant d'essayer de présenter une esquisse de ce qui est le régime politique au Sabra. Enfin, nous avons abordé avec prudence, dans la troisième et dernière partie, la solution du conflit, rappelant d'abord la ftagilité de la thèse marocaine des droits historiques, les parties intéressées et impliquées autres que la République sabraouie et le Royaume du Maroc, les différentes solutions possibles et les demisolutions invoquées ici et là, le processus de mise en œuvre du plan de paix de l'ONU et de l'OUA, avant de conclure sur l'irréversibilité de la RASD et l'inanité de toute solution qui ne la prend pas en compte.

La publication d'une chronologie générale, allant de Hannon le Carthaginois (au ye siècle avant Je) jusqu'au début de l'année en cours (2001), ainsi que celle de la Constitution adoptée par le dixième congrès national du Front POLISARIO (août 1999), et surtout celle, inédite, des Statuts du Front POLISARIO, devraient aider, nous l'espérons, le lecteur à se faire une idée plus ou moins complète de la RASD.
Mohamed-Fadel ould Ismail ould Es-Sweyih, Janvier 2001

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Armée de libémtion populaire sahraouie. 8

Note de l'auteur
Par souci de simplification et surtout de fidélité à la mémoire sahraouie, nous avons employé souvent l'appellation «Sahra », communémentutilisée à cejour par les Sahraouis, au lieu du « Sahara espagnol» ou du« Sahara occidental». De même, pour des raisons de commodité et de clarification, nous avons utilisé l'expression « congrès national» au lieu de congrès tout court pour distinguer ce dernier des autres congrès, locaux et régionaux. Nous avons traduit d'autre part des expressions arabes, concernant l'organisation politique par exemple, dans des termes et des expressions accessibles, pour éviter la confusion et pour rendre moins compliquée la compréhension de l'exposé. Dans le même ordre d'idées, pour la transcription des mots arabes, nous avons pris comme base la prononciation arabe, en respectant notamment la marque du pluriel dans cette langue.

Introduction

Le grand vent de la décolonisation en Aftique n'a pas soufflé sur tous les pays colonisés en même temps. Le Sabra (Sahara espagnol ou Sahara Occidental) demeure la dernière colonie dans le continent. Après avoir souffert durant près d'un siècle de la colonisation espagnole, il subit depuis 1975 le joug de l'occupation - non moins coloniale - du Maroc. Et, à défaut de se voir octroyer l'indépendance par l'Espagne comme d'autres métropoles (la France et la GrandeBretagne notamment) l'ont fait pour la plupart de leurs ex-colonies, les Sahraouis ont décidé de conquérir leur liberté usurpée par la lutte. Une longue et âpre lutte, violente et douloureuse, mais propre, moralementirréprochables. Fruit d'une résistance séculaire, dans la trajectoire de laquelle s'inscrit la lutte contemporainedu peuple sahraoui, la RASD est l'État que les Sahraouis, en tant que peuple et nation, se sont choisis pour permettre à leurs aspirations légitimes à la liberté et à l'indépendance de s'exprimer et de s'épanouir. La première République sahraouie est aujourd'hui un État qui fonctionne comme tout autre État dans le monde - toutes proportions gardées bien sûr - et ce malgré la guerre de libération et ses corollaires (exode, exil, division de la population, isolement des zones occupées, etc.). Dotée, comme nous allons le voir, des institutions nécessaires à l'existence de tout État, réunissant les éléments essentiels de la constitution de ce dernier, capable d'assurer sa propre défense, de décider elle-même en toute indépendance de ses orientations nationales, ayant les moyens et les possibilités de pouvoir se suffire à elle-même grâce aux richesses abondantes de son territoire, ouverte sur le monde et respectueuse des principes de justice, de démocratie, de dialogue et de coopération qui régissent les relations entre les membres de la société internationale, reconnue officiellement et/ou officieusement par la majorité des États et forces politiques dans le
S Dans leur lutte, les Sahraouis se sont abstenus de recourir à la piraterie ou au terrorisme.

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monde, membre à part entière de l'OUA et membre fondateur de l'Union Afticaine appelée à prendre bientôt le relais de cette dernière, la RASD est une réalité tangible, nationale et intemationale. À son 25ème anniversaire, la République sahraouie existe. Irréversiblement. En vingt-cinq ans, elle a démontré - et démontre encore aujourd'hui - sa viabilité, d'autant plus affirmée et confirmée qu'elle s'est imposée par elle-même et dans des conditions très difficiles. C'est en effet «en se construisant dans la lutte qu'une nationprouve à elle-même et aux autres son droit à l'existence »6.Par conséquent, les chances de succès de toute solution du conflit opposant le peuple sahraoui au Maroc, qui ne prendrait pas en compte cette réalité sont très minimes, voire nulles.

6

Francis de Cbassey, Le peuple sahraoui et le concept de nation, Sahara Info, Paris, n. 43-44, mars-avrill980.

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Deux ne peuvent être oubliés, celui qui vous fait du bien et celui qui vous fait du mal. (Dicton sahraoui)

PREMIERE PARTIE DE LA GEOGRAPIDE ET DE L'HISTOIRE EN BREF

La propagande officielle véhiculée par le Maroc - gouvernement et médias confondus - évoque le Sabra comme étant un no man' s land et un désert Or le Sabra est un pays bien délimité géographiquementet bien défini socialement et politiquement. Outre ses limites naturelles, le Sahra possède des ftontières bien arrêtées, héritées de l'époque coloniale. Ses habitants, les Sahraouis, ont eu à défendre farouchement son indépendance et son intégrité territoriale. Son histoire est faite avant tout de résistance, dont nous nous limitons ici à évoquer les principaux repères, l'objet de notre propos étant essentiellementla République sahraouie.

CHAPITRE I

DONNEES GENERALES
Le Sabra, contrairement à ce que peut laisser entendre son nom, n'est pas un désert. fi fait bien partie du Grand Sahara, mais il est un pays de faune et de flore importantes, un pays où l'agriculture et l'élevage ont toujours été possible, permettant au peuple sahraoui une vie tout à fait normale.
Délimitation Limité au nord par le Maroc (500 km de :&ontière), au nord-est par l'Algérie (70 km de frontière), à l'est et au sud par la Mauritanie (1570 km de frontière) et à l'ouest par l'océan atlantique (1062 km de côtes), le territoire de la RASD s'étend sur une superficie de 266.000 km2 (à peu près la moitié de la France ou les 3/5 de l'Espagne). Provisoirement, Bir- Lehlou (en territoires libérés, sous contrôle sabraoui) est la capitale, en attendant la libération d'El Aaiun, capitale politique et administrative, actuellement sous occupation marocaine. Dakhla, Boujdour et Smara comptent aussi parmi les grandes villes du Sabra, à côté des cités moyennes telles que Tifariti (en territoires libérés), Aousserd (en territoires occupés), etc. Régions

La République sabraouie est composée de régions géographiquement et humainement vivantes: la Saguia el-Hamm (Rivière rouge) au nord porte le nom du fleuve qui parcourt de l'est à l'ouest, sur 500 km, la partie septentrionale du Sabra. Elle est riche en phosphates et contient fort probablement d'importantes réserves de pétrole et de gaz. Le Zemmour au centre-est, connu par ses importants points d'eau; et le

Rio de Oro au sud', aux côtes riches en poissons et au climat très équilibré. La côte sahraouie s'étend sur 1062kIn8. Climat Deux types : 1) Continental, semi-désertique, aride, caractérisé par de brusques oscillations de la température entre le jour et la nuit (de 0° à 65°). Précipitations irrégulières d'une moyenne de 30 mm. Ce climat est propre à la région de Zemmour en particulier. 2) Doux sur la côte et dans la partie occidentale de Saguia el-Hamra. Dans cette partie, la température (19° en moyenne) est plus stable. Pluviométriede 100mm en moyenne. Avec une température moyenne autour de 25°, le climat de la région septentrionale est atténué par l'altitude et le caractère accidenté de la topographie. C'est la région des grandes pluies.
Faune et flore

Le territoire sahraoui est riche en avifaune. La faune ailée a une densité de 700 oiseaux pour 20 Iœt. Il est à déplorerque plusieurs espèces soient aujourd'hui en voie de disparition sous l'effet conjugué de la sécheresse et de la guerre. Généralement diffuse, la végétation pousse particulièrement dans les régions humides. On compte plus de 200 espèces de plantes, dont notamment des orangers, des oliviers, des vignes et des légumes secs. Cultures Les rives de l'oued Saguia el-Hamra sont fertiles, ainsi que sa vallée, où l'on pratique différentes cultures, particulièrement les céréales. D'autres cultures sont aussi possibles sur les pentes du massif de

, Le nom de Rio de Oro est apparu pour la première fois sur la carte de Macia de
8 Viladestes en 1413. Pour plus de détails sur la géographie de la RASD, voir La Ripublique Arabe Sahraouie Dimocratique : Passi et Prisent, Ministère de l'information et de la culture de la RASD, 1985. 14

Zemmour. Au Rio de Oro, autour de Dakhla, on cultive les céréales et les légumes.

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FICHE D'IDENTITE
Nom: République arabe sahraouie démocratique. Prénom: Sabra.

Acronyme: RASD. Date de naissance: 27 février 1976. Lieu de naissance: Bir-Lehlou, territoires libérés du Sabra. Nationalité: Président: Sahraouie. Mohamed Abdelaziz Plutôt semi-présidentiel.

Système de gouvernement:

ProCession: Incarne les aspirations nationales du peuple sahraoui à la liberté et à l'indépendance. Langue parlée: Hassaniya. Langues de travail L'arabe et l'espagnol. Superficie: 266.000 km2 Population :Arabo-négro-berbère d'origine, dont le nombre n'est pas encore définitivement déterminé (probablement un quart de million). Capitale: El Aaiun (provisoirement Bir-Lehlou). Monnaie: La peseta sahraouie. Principales villes: Dakhla (ex-Villa Cisneros), Smara, Guelta Zemmour, Ausert, Tifariti, Argub, Laguera, Mahbes, Bir-Nzaran, J'deria, etc. Ressources: Phosphate, hydrocarbures, pêche, plusieurs minerais, etc. Autres éléments: État membre de l'OUA et membre fondateur de l'Union Africaine. 16

CHAPITREfi LES SAHRAOUIS ENTRE LA COLONISATION ET LA RESISTANCE

Les Sahraouis se caractérisent par leurs origines propres, leur organisation socio-politique spécifique, leur mode de vie nomade et leur résistance anti-coloniale.C'est ce que nous allons aborder dans ce chapitre, avant d'expliquer comment le processus de décolonisationau Sahra, mené par les Nations unies, a avorté. A. Les Sahraouis Durant la préhistoire, les habitants du Sahra auraient été, comme le reste des habitants des autres parties du Grand Sahara, des sédentaires - des Berbères et des Noirs - vivant:,pendant près de dix mille ans, non seulement de la pêche et de la chasse mais aussi et surtout de l'agriculture et de l'élevage, grâce à l'existence des eaux abondantes des mers intérieures et des grands fleuves et rivières qui coulaient dans le pays à cette époque. Le peuple sahraoui est un peuple amcain, d'origine négro-araboberbère. Les Sahraouis appartiennent en effet aux Arabes des tribus Hassan, &action des Beni Maquil (originaires de la péninsule arabique), qui sont arrivés au Sahra et dans les contrées limitrophes durant les XIIe et XIIIe siècles et qui se sont entremêlés aux populations berbères de Sanhadja qui vivaient déjà dans cette région depuis le vur siècle. Le brassage répété, étalé sur des siècles, entre les populations autochtones (Sanhadja) et les populations venues du Nord, ainsi qu'avec les populations négro-afticaines peuplant originellement la région, a donné naissance entre autres à une population maure, composée notamment des Mauritaniens et des Sahraouis.

Les Sahraouis étaient essentiellement des éleveurs, des chasseurs, des agriculteurs, des artisans, des commerçants, des marabouts et surtout des guerriers. Mais ils étaient avant tout des nomades. Ils vivaient sous la tente et se déplaçaient à dos de chameau. Véritable richesse au vu des services rendus, celui-ci, introduit au premier siècle de l'ère chrétienne, était un moyen de subsistance et une arme de combat. Sans lui, la civilisation nomade n'aurait peut-être pas été possible. Il a été remplacé plus tard par la Land Rover.

Les Sahraouis se composaient d'un ensemble de tribus et de confédérations de tribus qui se partageaient traditionnellement le territoire du Sahra9. Leur organisation socio-politique s'articulait autour de la djemaa, assemblée qui, composée de notables, généralement âgés, choisis selon des critères tels que la sagesse, le savoir et le courage, gère et règle les affaires de la communauté au niveau de la tribu. L'institution nationale, Ait-ArbiinIO,assemblée supratribale, ayant tous les pouvoirs - exécutif: législatif et judiciaire - est constituéedès que les circonstances l'exigent, soit pour régler un différend entre deux ou plusieurs tribus, soit pour organiser la défense du pays contre une agression étrangère ou encore pour veiller à la distribution équitable des terres cultivables en période de pluiell. Généralement, la tribu descend d'un même ancêtre plus ou moins lointain, plus ou moins légendaire. Leur vie est simple. Les difficultés inhérentes au mode de vie nomade sont rendues supportables par les valeurs de sobriété, de solidarité,
9 Pour s'informer saharianos, 10
11

sur les tribus sahraouies,

lire : Julio Caro Baroja, Estudios 1955.

Instituto de estudios africanos, Madrid,

Le conseil des « quarante ».
Cette population, « organisée en fractions et tribus gouvernées chacune par leur assemblée, (la djem.oa) se passait fort bien de pouvoir central (.. .). Les fractions,

définies par un groupe de familles

se déplaçant ensemble, en nombre limité par la

capacité des ptiJurages et des puits, avaient chacune un chet Les chefs de fraction formaient l'assemblée de la tribu qui désignait elle-mPme un chet Toutefois ce n'était pas ce dernier, mais l'assemblée de la tribu, qui exerçait le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire. » (R. Rézette, Le Sahara Occidental et les frontières marocaines, Nouvelles éditions latines, Paris, 1975). 18

d'entraide et d'hospitalité qui caractérisentla société bédouine, et par la capacité d'adaptation, physique et morale, à l'environnement hostile du désert. Les Sabraouis ont domestiqué ce dernier au fil des siècles, au point qu'il est devenu un véritable allié dans les moments difficiles. Le thé, le lait de chamelle, la bouillie à base d'orge, le pain.
la viande y compris la. viande séchée ou tichtar aliments de base de leur subsistance.

-

- constituent

les

L'hospitalité du nomade est telle qu'il est «capable, comme il est, d'égorger son dernier mouton ou son dernier chameau pour honoreI' l'hôte de passage et soutenil' ainsi... une l'éputation plus pl'écieuse que la fortune, car poUl' lui, la notoriété vaut mieux que la richesse. ». Très attachés à leur liberté, les Sahraouis « ont néanmoins su concilier un individualisme fOl'cené avec un sens de la solidarité du groupe et de la responsabilité collective que nos sociétés modernes ont tant de mal à retl'ouver. »12

Aujourd'hui encore, dans les camps des réfugiés du désert de la hamada algérienne (région de Tindout), grâce à leurs qualités bédouines, les Sahraouis ont pu et su développer, en vingt-cinq ans d'existence, dans ce milieu des plus hostiles (pays impossible), des aptitudes, des connaissancespropres à leur survie là où, avant eux, des gens sont morts sous le coup de la soif et de l'épuisement. L'homme est bien l' « enfant de ses habitudes et non de sa nature ou de son tempérament », avait dit Ibn Khaldoun, au XIVC siècle, dans sa
célèbre Muqaddimal3. Durant la dernière moitié du xxe siècle, une véritable mutation s'est opérée au Sabra et ailleurs dans toutes les anciennes sociétés nomades. La vie bédouine a accusé un net recul et a fait place progressivement à la vie sédentaire, sous l'effet conjugué des guelTeS et de la sécheresse. « Les dirigeants, qu'ils soient mauritaniens, sahl'aouis ou marocains, ont tous, sous des formes différentes, entrepris de fixeI' les nomades de
12 François &slay, La mer ou le désert... rien d'autre, Autrement, n. 5, novembre 1983, p. 48. 13 Ibn Khaldoun, Muqaddima ou DiscoW's sur l'histoire universelle, traduction de Vincent Monteil, éd Sindbad, Paris, 1978. 19

façon à mieux les structurer, les contrôler, les scolariser et les
secourir au besoin. »14TIest fort probable en effet que cette mutation soit iITéversible, comme l'avait prédit Ibn Khaldoun : «La rude vie du désert a précédé la molle vie sédentaire. Aussi l'urbanisation est-elle l 'objectif vers lequel tend le Bédouin. Tous ses efforts tendent vers ce but. Dès qu'il possède assez pour se préparer au superflu, il mène une vie agréable et se soumet au joug de la cité. C'est le cas de toutes les tribus bédouines. »15

B. Résistance anti-coloniale Avant de tomber sous le joug de la colonisation espagnole, officiellementen 1884, le Sahra a résisté à de nombreuses tentatives, européennes essentiellement, visant sa domination, menées par des pays tels que le Portugal, la Hollande, le Royaume du Maroc, la France et l'Angleterre notamment. L'objectifpremier de ces tentatives est de faire librement le commerce de l'or et des esclaves, mais le but final est de s'approprier le Sahra. Dans ce contexte, de nombreuses expéditionsont été repoussées dès le XV" siècle par les Sahraouis. Ces derniers ont détruit plusieurs établissements construits sur la côte sahraouie, à Santa Cruz de Mar Pequefta,au cap Juby (Tarfaya) ou au
Rio de Oro16.

Mais c'est surtout durant le XXC siècle, au lendemain de la
colonisation espagnole du pays, que la résistance sahraouie allait se développer, de manière de plus en plus organisée, de plus en plus élaborée. La défense du territoire est devenue l'affaire de toutes les tribus peuplant le Sabra. Le sentiment tribalistecommençait à céder la place au sentiment d'appartenance à une même communauté, à un même peuple. C'est ainsi que souvent des accro:hages et, parfois, des opérations de grande envergure ont opposé les Sahraouis - toutes tribus confondues - aux forces espagnoles, ftançaises ou marocaines. Au cours des opérations de pacification de 1933-34 les Sahraouis ont
. . 14 F rançots Beslay, op. Clt 15 Ibn Khaldoun, op. cit 16 Voir à ce sujet la chronologie des principaux repères, à la fm de ce texte.
20

dû faire face aux troupes françaises et espagnoles, et au cours des opérations Écouvillon ou Teide (selon que l'on est du côté ftançais ou du côté espagnol) en 1957-58, l'année marocaine s'est jointe à ces dernières pour décourager la résistance sahraouie. Mais il faut attendre 1968 pour voir les Sahraouis développer une résistance moderne, couronnée par la naissance, fin 1969, du Mouvement de libération du Sabra (MLS), à l'initiative de plusieurs nationalistes sahraouis, dirigés par un étudiant, Mohamed ouid ElHadj Brahim ouid Lebssir, connu sous le nom de Bassiri, qui voulait fonner un parti conduisant pacifiquement le pays, par étapes, à l'indépendance. Mais l'évolution sociale et économique et l'adoption des résolutions onusiennes sur le Sabra a précipité les événements.Le MLS, qui visait à parvenir à la signature d'un traité avec l'Espagne, reconnaissant l'État sahraoui indépendant et assurant la défense de celui-ci pendant 10 ou 15 ans17,a remis en juin 1970 une lettre au Gouverneur général du Sabra. Dans la même période, le MLS a adressé une lettre au gouvernement algérien l'informant de la naissance du mouvement et demandant son appui à l'ONU. La décision du gouvernorat général du Sabra de convoquer le 17juin 1970 une réunion générale à El Aaiun pour proclamer l'intégration du Sabra à l'Espagne a été utilisée par le MLS pour sortir de la clandestinité et surtout pour contrer cette tentative. Le mouvement organisa une gigantesque manifestation pacifique, à laquelle ont participé des Sahraouis, hommes et femmes, venus de toutes les villes du pays, à la surprise totale des autorités espagnoles. Celles-ci ont répondu par le feu et ont réprimé la manifestation dans le sang. Des morts et des blessés ont été enregistrés. Bassiri a été arrêté. Il est, depuis, porté disparu. Ainsi se tennine une phase de la résistance du peuple sahraoui et s'annonce une autre, dans laquelle les Sahraouis sont convaincus que le langage des armes est malheureusementle seul langage susceptible de faire entendre raison à la puissance coloniale. Immédiatement, le
17 José Ramon Diego Aguirre, Sahara Espalfol, lA verdad de una traicion, éd. Kaydeda, Madrid, 1988,p. S16.

21

Mouvement embryonnaire de libération du Sabra prit la relève du MLS. Créé essentiellement par des étudiants sahraouis, il prépara, pendant deux ans, le terrain à la naissance du Front POLISARIO et au déclenchementde la guerre de libération nationale en mai 1973. De mai 1973 à la fin de 1975, la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance s'est traduite par une activité militaire et politique soutenue contre les autorités et les forces espagnoles. Madrid, sous pression étrangère (Maroc, France, États-Unis) et désirant avant tout préserver ses intérêts économiques au Sabra, opta pour la conspiration contre le peuple sahraoui et livra celui-ci ainsi que son territoire au Maroc et la Mauritanie. Les trois pays s'allièrent dans une véritable opération de brigandage international et signèrent à Madrid, le 14 novembre 1975, des accords de partage du Sabra entre Rabat et Nouakchott. Ainsi, le Sabra fut envahi et occupé dès le 31 octobre 1975 par le Maroc et la Mauritanie avec la complicité de la puissance administrante, l'Espagne, générant ainsi un long conflit qui perdure encore à ce jour. Ironie du sort, deux ex-colonies afiicaines se transforment en colonisateurs et se partagent leur colonie. L'attitude marocaine est motivée économiquement par le désir du Maroc de contrôler le marché mondial du phosphate et de renforcer sa situation économique nationale par l'exploitation des richesses minérales et énergétiques du Sabra. Politiquement, le roi Hassan II, victime de plusieurs tentatives de coup d'État et de révolte populaire, trouvait dans la question du Sabra le prétexte inespéré, l'occasion rêvée de dévier l'attention de l'armée et du peuple marocains vers l'extérieur. La Mauritanie, quant à elle, cherchait à mettre une zone tampon entre elle et le Maroc pour prévenir les visées expansionnistes de celui-ci d'une part, et, d'autre part, elle craignait la naissance d'un État sahraoui «révolutionnaire », qui serait l'allié de l'opposition progressistemauritanienne,adversaire du régime d'Ould Daddah. En 1979,réalisant que selon la logique des revendicationsmarocaines, ce serait à son tour d'être annexée après le Sabra, la Mauritanie s'est retirée du conflit à la faveur de la signature d'un accord de paix avec 22

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