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Le mouvement national algérien

350 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296206670
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Claude COLLOT et Jean-Robert HENRY

LE

MOUVEmENT NATIONAL
ALGERIEN
TEXTES 1912-1954
Préface de Ahmed Mahiou

Librairie

Editions L'Harmattan 18, rue des Quatre-Vents 75006 Paris

-

(si L 'Harmattan

(Paris) et Ojfice des Presses Universitaires
ISBN 2-H5H02-0M-7

(Alger)

PRÉFACE
par Ie doyen Ahmed MAHIOU, professeur à l'Université d'Alger Void un important recueil de textes, qui arrive à son heure et pourtant si tard. Pourquoi si tard? Parce que l'un des artisans de cette remarquable recension de textes ne pourra malheureusement pas lire ces lignes et parce que je n'aurais jamais pensé que cette préface deviendrait un éloge funèbre à la mémoire de Claude Collot. En effet, Claude Collot a été ravi à l'affection des siens et de ses amis, à l'estime de ses collègues et étudiants par une maladie brutale et cruelle, alors qu'il était dans sa tJériode de pleine activité et de plein engagement. Pour ceux d'entre nous qui l'ont connu et en sont devenus les amis, la surprise le dispute au chagrin, car nul n'aurait songé qu'un aussi funeste sort guettait un homme encore si jeune, si vif et si disponible pour la vie qui lui promettait beaucoup. C'est après avoir passé avec succès le concours d;agrégation d'histoire du droit qu'il fut affecté, au début de l'année 1966, à la Faculté de Droit et des Sciences économiques d'Alger, où il contribua fortement à faire évoluer le contenu et la méthode de l'enseignement historique relatif au droit et aux institutions. Il se préoccupa en effet, dès son arrivée, d' « algérianiser » la ma tière qu'il enseignait. Démarche difficile dans la mesure où il s'agissait de remettre en cause profondément le contenu des programmes hérités du système universitaire français, axé principalement sur le droit romain et le vieux droit français. Claude Collot tenta d'abord d' « africaniser» le droit romain. L'entreprise exigea des recherches importantes, pour un résultat qu'il jugea assez vain. Par la suite, soucieux d'un enseignement plus utile, il abandonna complètement la problématique des programmes français d'histoire du droit pour inscrire ses recherches dans une perspective d' histoire algérienne contemporaine. Partant du principe que la fonction de l'histoire des institutions était d'éclairer pour les étudiants les institutions actuelles du pays, il réduisit la matière à l' histoire de l'Algérie des deux derniers siècles, en portant particulièrement l'accent sur les cinquante dernières années. La tâche était énorme, car si l'on disposait bien des vieux trai5

tés de législation algérienne, il ne pouvait être question de les « décoloniser» sommairement pour le,ur donner une nouvelle jeunesse. Parce qu'ils s'inscrivaient dans une perspective coloniale, ces ouvrages omettaient des pans entiers de l' histoire du pays. Lacunes accrues pour le dernier demi-siècle par la relative décadence de l'École colonial~ de droit d'Alger. Claude Collot opta donc pour une conception large de t' histoire des institutions algériennes, très éloignée d'une vision étriquée de l' histoire du droit. Il aborda aussi bien l'organisation administrative et judiciaire que l'histoire économique et sociale de l'Algérie contemporaine, sous ses différents aspects (un cours de doctorat sur l'usure, un autre sur l'enseignement en Algérie, notamment, ne furent jamais publiés). Mais un de ses principaux domaines de recherche fut l' histoire du mouvement national en Algérie, pour laquelle, bien après son départ d'Algérie, il demeura un collaborateur précieux de la Faculté de droit et de la Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques. Ces différentes recherches exigeaient une méthode rigoureuse et un travail considérable de retour aux sources, c'est-à-dire d'abord de quête de ces sources. Cela le conduisit à explorer les ressources des principaux dépÔts d'archives en Algérie et en France, ainsi que des bibliothèques publiques et privées. Il mena aussi de nombreuses interviews, qui lui permirent de « sentir» .et restituer avec beaucoup de justesse une période qu'il n' avait pas connue personnellement. Une partie de ce travail fut formalisée dans un cours d' histoire des institution$ algériennes, resté à l' éta t polycopié, mais qui fut l'objet de trois éditions et demeure aujourd'hui un outil de référence irremplaçable. Par ailleurs, Claude Collot fit paraître entre 1968 et 1977, dans la Revue algérienne, une série d'importants articles (plus de 400 pages au total) sur le mouvement national. Le présent recueil de textes sur le mouvement national en Algérie est le résultat d'une collaboration de Claude Collot avec JeanRobert Henry, qui fut tout à la fois son assistant à la Faculté de droit d'Alger et un ami fidèle. L'idée était de rechercher les principaux textes - méconnus, car devenus introuvables - du mouve-, ment national et d'en constituer un ensemble significatif, qui faciliterait la mise en œuvre de la' méthode historique dans un de ses aspects les plus féconds, c'est-à-dire l'étude des textes. Jean-Robert Henry avait toutes les qualités requises pour mener à bien un tel travail avec Claude Collot et en achever la mise au point après le décès de ce dernier. Parallèlement à ses activités universitaires dans d'autres domaines, dont témoigne en particulier une riche thèse en droit international, il s'est en effet passionné durant son long séjour en Algérie pour la recherche de documents sur l' histoire maghrébine. La bibliothèque de la Faculté de droit d'Alger 6

lui doit le rassemblement de plusieurs milliers d' oijvrages rares en ce domaine, pour le plus grand profit de nos chercheurs. Au moment où l'Algé.rie se préoccupe tant de réexaminer son passé pour le récupérer, notamment ce passé colonial si proche qu'il est encore présent dans la mémoire vive de chacun, il est essentiel que les documents fondamentaux de cette période soient rassemblés dans un recueil aisé à consulter. Désormais, pour tau t chercheur qui veut fonder ses investigations relatives à l'histoire politique récente de l'Algérie, la tâche est facilitée. Ces écrits importants, émanant de partis, groupements, hommes politiques, devenus d'accès difficile, voire impossible, soit parce qu'ils étaient voués à la clandestinité, soit parce qu'ils obéissaient à une diffusion restreinte, vont maintenant se trouver à portée de la main. Il est donc juste de rendre hommage à la somme d'efforts et de patience engagée par Claude Collot et Jean-Robert Henry pour reconstituer fidèlement cet ensemble de textes. La reproduction intégrale de ceux-ci empêchera une utilisation tronquée, ou tendancieuse, ou toute autre manipulation encouragée par la polémique ou l' espri t partisan. Cela ne veu t pas dire, bien entendu, que tous les textes soient ici recensés ou que cette recension soit parfaite - et au demeurant les auteurs s'en expliquent en introduction. L'on sait que toute recension implique un choix, car à défaut d'être complète et définitive - il est impossible d'ailleurs de l'être -, la recension ne peut être que significative et n'a d'autre but que de servir de première base documentaire qui appelle examen, réflexion et complément. Dans ce travail, les auteurs ont volontairement limité leur intervention propre. Ils se sont efforcés, dans leur commentaire, de simplement situer les textes, en se gardant de guider abusivement le lecteur par des interprétations personnelles. Celles-ci n'apparaissent que dans les introductions générales du recueil et de chaque partie, et encore ne font-elles qu'évoquer des hypothèses quaI1t à la formation du discours nationaliste ou esquisser de nouveaux clivages historiques. Mais si ce recueil ne veut se substituer en aucune façon à une histoire du mouvement national, il est certain que le fait de rassembler et de situer à leur place les principaux textes du nationalisme algérien offre au lecteur des jalons, ou peut-être des clés, permettant de reconstituer certaines périodes ou de rendre compte de certaines évolutions. Au fur et à mesure de la lecture du recueil, une fresque se dessine, des intertextualités se dégagent et l'ensemble ainsi restitué contribue à éclairer de façon féconde une histoire qui reste à écrire. C' est là sans doute la conclusion la plus claire que l'on tire en refermant l'ouvrage. A vant d'achever ces lignes, il convient de signaler que la col7

lecte de tous ces textes a été facilitée par la compréhension rencontrée auprès de nombreuses institutions et de leurs responsables qui ont été sensibles au projet des auteurs. Qu'ils en soient remerciés, ainsi que l'Office des publications universitaires d'Alger et les Éditions L' Harmattan dont l' heureuse collaboration a permis la publication de ce recueil qui répond à l'attenie de beaucoup et rencontrera sûrement le meilleur accueil auprès de tous ceux pour lesquels le passé, le présent et le futur de l'Algérie demeurent un sujet d'intérêt ou de sympathie.

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Avertissement

Les grandes divisions et subdivisions de ce travail ont été déterminées en commun par les deux auteurs. Chacun s'est ensuite attaché à mettre en forme une des deux grandes parties, Claude Collot se chargeant de la première. On pourra donc observer des différences de méthode quant à la présentation des textes entre l'une et l'autre parties. Notamment, les textes sont davantage regrouPés dans la seconde que dans la première. Lors de la mise au point définitive de cet ouvrage, j'ai cru devoir limiter mes interventions sur la première partie à quelques regroupements et à des additions de textes, en respectant au maximum les présentations rédigées par Claude Collot avant sa disparition. Je tiens à remercier les amis et coflègues qui nous ont guidés ou aidés quand nous étions en quête de tel ou tel texte rare,' R. Gallissot, S. Cbikb, ].-c. Vatin, M. Guenanècbe, ]. Déjeux... Cette reconnaissance va tout particulièrement à Abderrabim Taleb-Bendiab qui, à de nombreuses reprises, a mis à notre disposition son infatigable et généreux talent d'arcbiviste. ]. -R. H.

PRÉSENT

A TION

L' histoire du mouvement national en Algérie a elle-même une histoire. Après les grandes fresques historiques - souvent militantes - écrites lors de la décolonisa tion du Maghreb entre 1952 et 1962 (1), il a fallu attendre plusieurs années avant qu'un renouveau des études sur le nationalisme algérien se manifeste (2). Promettant de déboucher sur des réinterprétations globales et de nouvelles synthèses, ce renouveau prend actuellement la forme d'études détaillées qui visent à éclairer des phases ou aspects mal connus des mouvements nationalistes. Cependant, les textes fondamentaux élaborés par les diverses formations politiques algériennes restent le plus souvent inédits malgré les références dont ils sont l'objet dans œs études. C'est cette lacune que la présente publication se donne l'objectif de contribuer à combler (3). Elle voudrait fournir au lecteur un instrument de travail lui permettant d'accéder directement aux textes pour les analyser, les comparer ~t apprécier par contrecoup l'intérêt des synthèses existantes lorsqu'elles analysent le discours du mouvement national. Il est certain que la seule connaissance des textes donne elle aussi une image imparfaite de ce discours, d'autant que le volume de cet ouvrage impose une sélection, arbitraire par définition. Aussi a-t-on voulu limiter ces inconvénients en adoptant des règles explicites quant au choix des textes et quant à leur mode de présentation. En effet, la sélection des textes présuppose la mise en évidence de hiérarchies (ils' avère difficile d'en d~gager une seule) entre ces textes.
(1) Mentionnon;; ;;eulement le;; ouvrages de Andrl' Nouschi. Il,,lssli!lce dll Illitlo!ililisme L" Ii~((erlell 1191-1-195"-11. Pari;' Édition;; de Minuit. 1962. et de Roger Le Tourneau, Èl'Iillltloll pollt/qlle de l'A/rlqlle dll Nord mll.ïIIll/"/(i!le, Paris. A, Colin. 19(,2. qui ;;e ;;intent dans des engagement;; differents, L'ouvrage remarquablement lucide de Charles-Andre Julien. {"Aliiqlle dll Nord ell IIk/l'clie, Pari;;. Julliard. 19'52. a peu "ieilli puisque le besoin ;;'est tait sentir de le reediter en 1972 : mais. hien l'\'idemment. i I ne peu t rl'pondre :1 tou tes les questions sur Je nationalisme algérien, que l'on ;;e pose aujourd'hui (2) En Algl'rie. le debut en a ete marqUl' par la parution de hl thi'se de Mahfoud Kadda che, {Ii l,le pollliqlle Ii A ~((er de 1919 Ii 1939, Alger, S.N.ED.. 1970. (e)) Nous reprenom ici certains l'bnent;; d'un Recllcil de textes .l'iiI' les' mOIIl.t'mellts nil/lonlilistes "~((,,r/cIlS, assembIL- par nous et multigraphil' :1 la Facultl' de droit d' AI~er en 19701972. '

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Tout d'abord, nous avons respecté aussi systématiquement que possible une hiérarchie formelle: ont été reproduits, lorsquils ont pu être connus, tous les textes suivants : statuts des mouvements; chartes, manifestes, appels solennels; - résolutions des congrès ou assemblées générales. Les autres textes ont été choisis - suivant des critères forcément plus subjectifs - en fonction de leur importance historique ou doctrinale. Il s'agit surtout de programmes électoraux et de déclarations d'organismes dirigeants (présidents, secrétaires généraux, bureaux politiques, comités directeurs ou comités centraux). Par exception, on a reproduit des éditoriaux de journaux, comme le très

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célèbre « La France, c'est moi»

de Ferhat Abbas, souvent cité,

mais dans des versions tronquées, sinon truquées. La notion de « mouvement national}) a été comprise au sens large, de façon à rendre compte de toutes les expressions politiques auxquelles participaient de façon déterminante des Algériens musulmans. Par contre, les textes des partis européens d'Algérie et les documents officiels français n'ont jamais été reproduits dans ce recueil. Quoiqu'ils aient pu exercer une intluence souvent sensible sur le discours nationaliste, la dialectique coloniale aidant, nous les avons systématiquement écartés. Certains sont toutefois mentionnés dans les présentations chronologiques des groupes de textes retenus.

Le mode de présentation des textes ainsi sélectionnés obéit aux règles suivantes: D'une part, on s'est efforcé de donner le texte intégral de chaque document, à partir de la source la plus sûre (presse du mouvement considéré, tract original, brochure). A défaut, ont été utilisées des sources moins directes: archives de police, ouvrages et articles, en privilégiant ceux contemporains des événéments. D'autre part, pour ne pas imposer des a priori au lecteur en présentant les textes par mouvement, on a adopté une présentation chronologique générale. Celle-ci nous a paru donner plusieurs avantages d'objectivité : - Elle n'oblige pas à situer en marge les périodes durant lesquelles on a assisté au regroupement de mouvements politiques algériens. Ainsi en est-il pour les Congrès musulmans algériens (juin 1936-janvier 1939), le Manifeste et les A.M.L. (décembre 1942-mai 1945). le Front algérien (juin-décembre 1951). - Elle situe que et dans son éclairantes entre différentes, pour listes entre eux
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mieux chaque texte dans son contexte historiintertextualité. Cela rend pos,sible des comparaisons textes d'une même période, ou textes de périodes saisir aussi bien l'interaction des textes nationaque le développement progressif de telle ou telle

revendication, idée, projet à travers les « programm~s», « doctrines», «appels» d'une formation déterminée. Toutefois, une pure présentation chronologique serait d'une lecture aride et laisserai t croire à une linéarité dans la formation du discours nationalitaire, laquelle ne serait pas conforme à son processus réel. C' es t pourquoi nous avons modulé la présentation chronologique en regroupant les textes en fonction des lignes de rupture et des phases qui nous paraissent avoir marqué le développement du mouvement national. Le principal moment de rupture retenu est la Seconde Guerre mondiale, dont il est reconnu qu'elle a favorisé sous tous ses aspects la radicalisation du mouvement national et son enracinement dans les masses algériennes (4), D'où les deux grandes parties de cet ouvrage: - 1912-1939: la naissance du nationalisme algérien, - 1940-1954: le nationalisme bloqué. A l'intérieur de chacune des deux parties, les documents sont regroupés selon les phases - correspondant souvent à des thèmes d'action - de la lutte nationalitaire. Les ensembles homogènes de textes ainsi délimités sont précédés chacun d'une brève présentation qui vise à situer chaque document par rapport à son contexte historique et par rapport aux autres textes, y compris ceux qui n'ont pu Nre retenus ou publiés dans ce recueil.

*

*

La lecture de ce recueil appelle certaines remarques, autres que de présentation formelle, quant à l'intérêt des textes publiés. Tout d'abord, il convient de considérer, malgré la disparité des mouvements nationalistes, les textes qu'ils ont engendrés comme un ensemble homogène. En effet, les revendications nationalitaires se font jour à une phase déterminée du développement de la contradiction coloniale en Algérie (5). Et elles émanent de mouvements dont le point commun es t de s'être constitués tous en l'espace de quel-

('I) D'autres dil'ages dans le mOlll'ement nat'ionaI sont frequemment retenus: [':119, date de rl,formes musulmanes" importantes, qui ont fal'l)ris0 le dl'wloppement de hl rel'endica lion \logalistl', " ou 19251927, ,'poque de l'Organisation des principales fo)'mations politiques alge'riennes, Toutefois, 19,10 nous a paru coïncider alTC un changement qualitatif plus fonda, mental du mOUl'eml'nt natiorutl, ('i) La rel'endication natiorudiste ne peut être confondue aW'c kS,lutfl'S tormes dl' luttl' qu'a connues le m'JI,dl' rural algl'rien au XIX sii,dl', En ruirutlH ks camp'I~Ol'S L't les ,Struc tures traditionnelles. la coJ."Iisation a talorise une l'mi~ration l'crs les ,'ill'S, et dOIK un déplacement de la contradiction culoniale vers le milieu L;rbain. dans lequel l'st ne le mouve' ment national sous sa turme moderne,

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ques années, bien qu'ils soient l'expression d'aspirations, de forces sociales, de conditions historiques différentes. Simultanéité de l'émergence des revendications nationalistes par conséquent, mais aussi solidarité entre elles. En effet, les textes qui composent l'ensemble se répondent fréquemment les uns aux autres, soit dans le temps, soit de façon synchronique. Parfois, ce n'es t que dialogue de sourds - comme les appels à l'union du Parti communiste algérien et du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques après la Seconde Guerre mondiale -, mais il n'en demeure pas moins que les m~mes thèmes apparaissent sensiblement aux mêmes époques dans les revendications à la fois concurrentes et complémentaires des divers mouvements algériens. Les oppositions entre les mouvements sur les stratégies d'action anticoloniale, les façons différentes de privilégier question nationale et question sociale ne nuisent pas finalement à la parenté fondamentale des textes nationalistes. Cela est à coup sûr dû - facteur fondamental d' homogénéité - au fait que le discours national répond par essence au discours colonial. Dans le système colonial, toute idéologie nationalitaire est en effet réponse à une idéologie coloniale, constatation-contestation de cette' idéologie. En Algérie, cette réponse est d'autant plus complexe qu'elle fait écho à un discours colonial dédoublé. . Mi-colonie de peuplement, mi-colonie d'exploitation, l'Algérie est l'enjeu d'un certain antagonisme d'intérNs pour les classes, en Algérie et en France, qui tirent profit de la colonisation, et par suite le prétexte d'un conflit idéologique secondaire entre colonat local et métropole. Conflit-prétexte, car en réalité le discours colonial local reste toujours dépendant de celui de la métropole. Cependant, le discours nationalitaire est victime des ambiguïtés de ce conflit apparent, dans la mesure où il est parfois amené à combattre l'un avec les poncifs de l'autre. Face au discours du colonat, le discours national se pose souvent par inversion. Au pseudo-nationalisme des colons, répond une assertion d'identité contraire. A l'Éternel Latin, mythe d'origine du
peuple neuf» colonial, on opposera l'Éternel Jugurtha. En de rares occasions toutefois, des emprunts partiels auront lieu à la mythologie des Européens d'Algérie. Ainsi le célèbre
«

thème de la « nation en formation»

développé par le Parti commu-

niste algérien à partir de 1939 n'est pas sans évoquer la vision d'une Algérie « melting-pot» chère à de nombreux littérateurs algériens, de Bertrand à Audisio et Camus. De façon générale cependant, le discours du colonat joue le rôle d'un repoussoir incitant . le mouvement national à faire appel à la métropole.
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C'est surtout ,le discours colonial métropolitain qui a marqué profondément les textes du nationalisme algérien. Sous-produit de l'idéologie libérale de la Ille République, la doctrine coloniale de l'assimilation a pendant une longue période pris le discours nationalitaire au piège de sa fausse logique. La dénonciation de la discrimination coloniale locale se faisait au nom de la revendication de droits égaux et d'une assimilation

promise ~r

«

la France de 1789»,

mais toujours remise à plus

tard. Report inévitable, car la discrimination était la condition de la survie du système colonial algérien. L'idéologie assimilationniste a même d'une certaine façon produit des mouvements politiques comme le courant « Élus »-U.P.A.U.D.M.A., dont on n'a pas connu l'équivalent dans les autres pays arabes. Le « retard» relatif du mouvement national algérien, relevé par plusieurs auteurs (6), est aussi celui de son discours pris partiellement au piège du « miroir aux alouettes» de l'assimilation. Une autre raison de l'influence déterminante de l'idéologie coloniale métropolitaine sur le discours national algérien tient à ce que l'allocutaire principal de celui-ci a longtemps été la ~tropole. Le mouvement national ne s'est presque jamais adressé aux Européens d'Algérie, à l'exception du P.CA. dont il est inutile de rappeler la composition « mixte». Et le peuple algérien n'est devenu un « allocutaire» privilégié de son mouvement national qu'après l'échec cuisant de la politique des délégations envoyées à Paris. Dans plusieurs mouvements nationalistes, on parlait au nom du peuple algérien, mais on ne lui parlait guère. Les titres de certains grands textes sont à cet égard significatifs: « Charte revendicative du peuple algérien musulman}), « Manifeste du peuple algérien». Il faudra attendre l'appel du 1er novembre 1954 « au peuple algérien» pour que celui-ci devienne l'allocutaire-acteur unique du mouvement national. Auparavant, le' discours nationalitaire s'adaptait à son interlocu-. teur privilégié, la métropole, vis-à-vis de laquelle on utilisait le langage qu'elle était supposée comprendre, c'est-à-dire aussi celui qu'elle autorisait. Autrement di t - et cela semble vrai au moins, jusqu'en 1940

pour tous les mouvements, sauf le P.P.A. - c'est durant longtemps l'idéologie coloniale métropolitaine qui impose les thèmes principaux et le vocabulaire de la revendication nationale. Les autres emprunts extérieurs du discours nationalitaire paraissent finalement. moins déterminants. Notons seulement ici l'apport marxiste. Celui-ci, normal dans les textes du P.CA., est plus ambigu dans ceux du P.P.A.-M.T.L.D., malgré les origines internationalistes de ce
(h) Notamment Charles-Andre Julien. i\1<1\in1l' RodillS\m. Renc' Gallissot,

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mouvement. Notamment le modèle léniniste sur lequel sont élaborées les structures de ce parti (centralisme démocratique) n'a pas grande signification sur le fonctionnement réel du parti. On pourrait faire la m~me remarque à propos des mouvements modérés. Les statuts de l'Union démocratique du Manifeste algérien, qui l'apparenteraient à un parti français de type mdical socialiste, n'emp~chent pas une permanence et un certain autoritarisme des dirigeants. M~me les structures de l'Association des Oulémas, apparemment très libérales, ne favorisent pas le renouvellement de son Conseil d'administration. L'impact de l'emprunt marxiste, dans les partis autres que le P.C.A., est encore plus faible en ce qui concerne les revendications. On peut par exemple noter que si l'analyse marxiste est volontiers utilisée - y compris par les libéraux - pour dénoncer le régime colonial, elle est mise entre parenthèses ou franchement déviée lorsqu'il s'agi t d'analyser la société colonisée, de préciser les bases sociales des mouvements nationalistes ou de construire le projet d'un État et d'une société algérienne indépendants.

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PREMIÈRE

PARTIE

LA NAISSANCE DU NATIONALISME ALGÉRIEN (1912-1939)

1912 : en contrepartie de leur acceptation de la « conscription des indigènes », les porte-parole du mouvement « jeune algérien»
viennent présenter au président du Conseil un manifeste exposant leurs revendications. 1939 : trois semaines après la déclaration de guerre à l'Allemagne hitlérienne, le gouvernement français interdit le Parti communiste d'Algérie et le Parti du peuple algérien; la mobilisation générale a mis en sommeil l'activité des autres organisations politiques musulmanes. 1912-1939, telles sont les limites que l'on peut assigner à la première période du nationalisme algérien, celle de sa naissance, en quatre phases distinctes. 1re phase (1912-1924). L'apparition des dêux premiers courants politiques algériens est liée étroitement fi. la Première Guerre mondiale de 1914-1918. En effet, l'établissement de la conscription des indigènes algériens par un décret de février 1912 suscite un premier conflit dans l'opinion musulmane: face aux notables qui veulent le statu quo,

les partisans de l'assimilation groupés dans ce qu'on a appelé « le
mouvement jeune-algérien» viennent à Paris en juin 1912 présenter au gouvernement français un manifeste dans lequel, en contrepartie de leur acceptation de la conscription, ils revendiquent « une amélioration de leur sort». Au lendemain de la guerre, ce courant asssimilationniste se développe sous l'égîde de Khaled - avant que
ce dernier ne soit exilé en France en 1924 - pour exiger l'application des réformes accordées par la métropole en février 1919 et revendiquer une représentation parlementaire des indigènes. Toutefois la grande guerre provoque aussi la naissance d'un courant séparatiste: la déclaration du président Wilson en faveur du « droit des peuples» de janvier 1917 incite un « Comité algérotunisien» à envoyer en janvier 1919 au Congrès de Versailles un mémoire dans lequel « le peuple algéro-tunisien» revendique son indépendance complète». Toutefois l'appel pour la libération de l'Algérie et de la Tunisie, lancé en mai 1922 par l'Internationale communiste n'est' pas accepté par les sections algériennes du Parti communiste français.
'

2" phase (1925-1935). La longue guerre colo~iale du Rif menée par l'Espagne puis par la France contre Abd el-Krim de septembre 1924 à mai 1926, puis l~ triomphale célébration du centenaire de la
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«

présence française» en Algérie en 1930 suscitent le redorce-

ment des deux courants déjà existants et la naissance de mouvements nouveaux. Menant une très active propagande contre la guerre du Rif, le Parti communiste français crée au début de 1925 une Fédération algérienne cependant qu'en FraI}ce même l' « Internationale communiste» et « l'Union intercoloniale» suscitent la constitution, parmi les travailleurs nord-africains émigrés, de l'É toile nord-africaine en

1926. Le Congrès tenu à Bruxelles par la
sion coloniale» en février 1927, permet

«

Ligue contre l'oppresnord-africaine

à l'Etoile

d'exposer « les revendications algériennes» au premier rang desquelles elle place « l'indépendance de l'Algérie» et « le retrait des
troupes françaises d'occupation». Sévèrement pourchassée par les autorités métropolitaines, dissoute en 1929, l'Étoile nord-africaine ne reprend son activité en France même, qu'à compter de 1933 et de façon plus autonome à l'égard du Parti communiste. Quelque peu désemparé après l'exil de l'émir Khaled, le courant assimilationniste se structure avec la constitution. en 1927 de la « Fédération des élus des musulmans d'Algérie». Rapidement brisée par des rivalités personnelles, elle fait place, pendant l'été 1930, à des Fédérations départementales, dont la plus active sera celle de Constantine à compter de sa prise en main par le docteur Bendjelloul en décembre 1934. Ces Fédérations d'élus exprimeront avec une persévérante continuité, lors des élections municipales, cantonales, de délégués financiers comme lors des visites des ministres français les revendications à ,l'égalité entre indigènes et européens. Enfin c'est en 1924, qu'après quelques années d'enseignement à Constantine le cheikh Ben Badis songe à créer une « fraternité intellectuelle» rassemblant les lettres arabisants et lance le mensuel El Mountagid (Le censeur), interdit par les autorités françaises en octobre 1925. Sans se décourager et pour réaliser plus facilement le rapprochement entre lettrés musulmans algériens de tendance réformiste, le cheikh Ben Badis crée aussitôt une deuxième revue Ech Chibab. Toutefois c'est la triomphale célébration du centenaire de la prise d'Alger en mai-juin 1930 qui, ravivant le sentiment nationaliste, conduit le mouvement réformiste à constituer en mai 1931 l'Association des oulémas d'Algérie. Sous la direction du cheikh Ben Badis, elle se donne pour bu t l'éducation morale et religieuse des Algériens mais très vite elle se heurte, dès 1933, aux obstacles que dressent contre elle les autorités coloniales (restrictiàI1 du droit de prêche dans les mosquées au personnel officiel, fermeture d' écoles coraniques, interdiction de journaux). La visite du ministre français de l'Intérieur, Régnier, en mars 1935, inaugure une politique de fermeté pour porter remède au
«

malaise algérien». y pbase (1936-1937). Le Congrès musulman algérien. La politique de fermeté provoque un processus de rapproche19

ment entre les mouvements nationaux algériens. En janvier 1936, le cheikh Ben Badis lance l'idée d'un Congrès qui rassemblait « hommes politiques, oulémas, élus, magistrats, professeurs» pour élaborer un « statut politique du musulman algérien». Le succès électoral du Front. populaire, parce qu'il fait naître l'espoir d'un profond changement de la politique française en Algérie, conduit la « Société des oulémas, les Fédérations d'élus, la Fédération algérienne du Parti communiste français» à tenir à Alger le 7 juin 1936 le premier « Congrès musulman algérien» et à y décider la rédaction d'une « charte revendicative du peuple musulman algérien». C'est dans ce nouveau contexte politique que la Fédération algérienne du Parti communiste français se constitue, en octobre 1936, en « Parti communiste d'Algérie». Toutefois les délégations envoyées à Paris n'obtiennent que des réformes minimes avant qu'en décembre 1936, le gouvernement ne dépose le projet « BlumViollette» qui prévoit de « conférer des droits politiques, avec maintien du statut personnel, à certaines catégories d'indigènes algériens». Le combat, mené pour le vote de ce projet au parlement français, sera perdu définitivement au printemps 1938. Toutefois l'Étoile nord-africaine non seulement ne participe pas au premier « Congrès musulman» mais encore entreprend en Algérie même de combattre les deux points essentiels de la « charte revendicative», à savoir le rattachement pur et simple à la France et une représentation parlementaire. L'É toile nord-africaine demande la « création d'un parlement algérien, élu au suffrage universel». Peu après la dissolution de l'Étoile nord-africaine, Messali constitue en mars 1937 le « Parti du peuple algérien» et développe son implantation en Algérie même. 4ephase (1938-1939). Les divisions du nationalisme algérien sont nombreuses et profondes à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le refus définitif' du projet Viollette en mars 1938, sous la pression de la minorité européenne, puis la politique de répression de la part des autorités françaises entraîne la disparition du « Congrès musulman algérien», des divisioJ1S, profondes du courant assimilationniste et le renforcement du courant séparatiste qui refuse la « naturalisation» et « l'assimilation ». En effet, à compter de janvier 1938 l'Association des oulémas d'Algérie prend une attitude extrêmement réservée à l'égard d'une politique assimilationniste et se rapproche discrètement du « Parti du peuple algérien». Celui-ci, auréolé par les emprisonnements qui frappent ses dirigeants, accroît le nombre de ses adhérents à travers l'Algérie, popularise son idée force d'une « parlement algérien» et propose un « Front musulman algérien» qui, à l'exemple du « Front populaire» puisse faire aboutir un certain nombre de revendications immédiates.

20

Profondément déçu par le rejet du projet V iolle tte, le courant assimilationniste éclate en de nombreuses tendances. Pour obtenir « un régime d'égalité» entre européens et indigènes, Abbas entend créer un parti politique « l'Union populaire algérienne pour la conquête des droits de l'homme et du citoyen », qui encadrera « l'action de la masse », alors le docteur Bendjelloul, président de la Fédération des élus de Constantine propose en juillet-août 1938 de constituer un «Rassemblement franc(}-musulman algérien », que soutient le jeune « Parti communiste d'Algérie» au début de l'année 1939. En prononçant le 26 septembre 1939 l'interdiction du Parti communiste d'Algérie et du Parti du peuple algérien, et un peu plus tard l'assignation à résidence du cheikh Ben Badis, le gouvernement français entend mettre en sommeil l'activité des mouvements nationalistes algériens pendant la durée de la guerre. Effectivement, ils ne reprendront d'activité publique qu'après le débarquement des troupes « alliées» en Afrique du Nord le 8 novembre 1942.

?1

I. LES PREMIÈRES EXPRESSIONS DU NA TIONALISME MODERNE À L'ÉPOQUE DE LA GRANDE GUERRE (1912-1924)
1. Le « Manifeste Jeune Algérien»
tunisien (1 texte).
3.

(1 texte).

2. Mémoire adressé au Congrès de la paix par le Comité algéro'

L'action politique France (3 textes).

de l'émir

Khaled

avant et après son exil en

1 LE « MANIFESTE JEUNE ALGÉRIEN» (JUIN 1912)
A la veille de la Première Guerre mondiale, un décret du 3 février 1912 établit la (( conscriPtion des indigènes algériens Il. Cette mesure provoque des réactions opposées dans l'oPinion musulmane. La section arabe des délégations financières vote à l'unanimité, le 8 juin 1912, une motion aux termes de laquelle:
Une certaine presse indigène s'est emparée de la question de la conscription militaire des indigènes comme d'un tremplin pour réclamer la qualité de citoyen français pour tous les indigènes musulmans algériens... Un peut groupe de protestataires se prépare à aller en France pour demander que la qualité de citoyen français soit accordée à nos coreligionnaires... Les membres de ce soi-disant Comité de défense des intérêts musulmans ne sont pas les véritables représentants de la population musulmane de l'Algérie et ne traduisent pas les sentiments de nos coreligionnaires dont nous sommes les seuls représentants autorisés... L'heure n'est pas venue où nos coreligionnaires demanderont à être citoyens français...

A l'opposé,

le « Comité

de défense des intérêts

musulmans

ii

envoie à Paris une délégation composée de MM. le docteur Bentami, conseiller municipal d'Alger, Moktar Hajd Said, avocat à Constantine, Boucherit Alloua, conseiller municipal de Constantine, le docteur Moussa, conseiller municipal de Constantine, Hadjammari conseiller municipal de Djidjelli, Djoudi, conseiller municipal de Biskra, Ben Okmane, conseiller municipal de Bugeaud, Bendeddouche, conseiller municipal de Tlemcen, Kara Ali, notable de Bône. Cette délégation remet à M. Poincaré, président du Conseil, le 26 juin 1912, une note dans laquelle ils exposent les réformes qu'ils attendent en contrepartie de la conscriPtion des « indigènes
algériens Il. C'est le contenu de Il Manifeste jeune Algérien ' cette
Il.

note

qu'on

a nommé

par

la suite

En réalité, la note - dont la version reproduite doute pas intégrale, même si elle donne l'essentiel du sieurs pétitions précédentes de « jeunes algériens» sur politique. Une analyse de ces pétitions a été présentée putés le 2-7-1912, par le député Messimy, au nom pétitions (JO.R.F., Chambre des députés, Documents . pp. 1470-1475).

ci-dessous n'est sans texte - synthétise plula question militaire et à la Chambre des déde la Commission des parlementaires, 1912,

Les indigènes de l'Algérie sont prêts à remplir vis-à-vis de ;;,. .:~re patrie tOus leurs devoirs de patriotes, mais ils estiment que cette nouvelle 23

charge (la conscription) devrait avoir pour contrepartie une amélioration de leur sort... D'une part, ils considèrent comme nécessaires: a) la réduction du service militaire à deux années au même titre que les Fr~ais ; b) l'appel à vingt et un ans au lieu de dix-huit ans parce qu'à cet âge, les appelés ne sont pas suffisamment formés au point de vue physique; c) la suppression de la prime, parce que les familles seraient fières de voir leurs enfants servir dans les rangs de l'armée française sans compensation pécuniaire. Et, d'autre part, ils demandent que leur soient accordées les compensations effectives suivantes: 1) la réforme du régime répressif; 2) une représentation sérieuse et suffisante dans les assemblées de l'Algérie et de la métropole; 3) la juste répartition des impôts; 4) l'affectation équitable des ressources budgétaires entre les divers éléments de la population algérienne. Vœux des notables sur la question de la représentation indigène

1) Que le collège électoral soit élargi pour assurer l'efficacité et la sincérité du vote; 2) que le nombre des représentants indigènes soit porté dans les assemblées algériennes aux deux cinquièmes de leur effectif; 3) que le collège électoral soit composé de la même façon pour les élections à toutes les assemblées algériennes; 4) que les conseillers municipaux indigènes aient le droit de prendre part à l'élection des maires et des adjoints; 5) que les mandats publics soient déclarés incompatibles avec les fonctions de caïd et d'adjoint indigène; 6) que les indigènes soient représentés au parlement français ou qu'il soit créé à Paris un conseil où les musulmans d'Algérie seraient représentés par des mandataires élus par eux; 7) que ceux qui auront satisfait à l'obligation du service militaire par voie d'appel ou d'engagement volontaire aient le droit d'opter pour la qualité de citoyen français sans être soumis aux formalités actuelles et sur une simple déclaration. (Source: Bulletin dl! Comité de l'Afrique française, année 1912, pp. 276 et 409.)

* * *

24

2 MÉMOIRE ADRESSÉ AU CONGRÈS DE LA PAIX PAR LE COMITÉ ALGÉRO-TUNISIEN EN JANVIER 1919

Dès avant la Première Guerre mondiale, le Tunisien Ali BachHamba avait tenté d'organiser un Congrès des musulmans de la Régence (Tunisie) et de la Colonie (Algérie). Quelques jours avant l'ouverture, le 18 janvier 1919, du Congrès de la paix à Versailles, un Il Comité algéro-tunisien il, animé par le frère d'Ali Bach-Hamba, Mohammed Bach-Hamba, adresse au Congrès de la paix et au président des Etats-Unis un long mémoire, au terme duquel il réclame l'indépendance.
L'Algérie et la Tunisie, depuis la conquête musulmane, ont toujours formé un seul et même pays ayant pour capitale Tunis. Elles sont peuplées de sept millions d'indigènes de même race, de même langue et de même religion. De tout temps, ce peuple a joui de son indépendance et a su administrer son pays de façon à garantir à tous la justice, la liberté et la sécurité. La société tunisienne était solidement constituée. L'organisation politique, administrative et militaire était complète. L'instruction était très répandue dans le pays: enseignements secondaire et supérieur étaient absolument gratuits et étaient ainsi à la portée des classes pauvres du peuple. La science du droit, la littérature, la philosophie étaient t1orissantes. Dans le domaine économique, l'agriculture était prospère. Les terres étaient réparties entre les populations d'une manière équitable. Les ouvriers dans tous les métiers, étaient protégés par les lois et gagnaient largement leur vie. Nos commerçants étaient connus dans la plupart des centres méditerranéens. La fortune publique était divisée. entre les différentes classes de la société, ce qui ne permettait pas la domination d'une classe sur une autre, il n'y avait pas de servage! Le peuple était maître de ses destinées. En effet, quoique ayant toujours été rattaché à l'èmpire musulman (khalifat) le pays s'administrait luimême :il avait un gouvernement national. Seul le chef d'État était désigné au début par le khalifat (chef d'État de l'Empire musulman). Depuis 151 de l'hégit:e (773 après ].-c.), c'est le peuple qui désignait le citoyen qui lui convenait et le khalif le confirmait purement et simplement. C'est ainsi que se sont constitués les gouvernements nationaux tunisiens des Mehlabiines, des Aghlabites, des Oubéidiines, des Sanhadjiines, au temps du khalifat des Abbassides. Vers 603 de l'hégire (1225 après J.-c.), le gouvernement national des Hafsides rallia le Maroc, l'Egypte, les Lieux Saints grâce à son administration basée sur la justice, la liberté et le bien de la nation. . Plus tard, lorsque le khalifat passa à l'empire ottoman, les sultans confirmaient par firman les beys ou deys choisis par le peuple. Ce dernier s'administrait toujours lui-même. Il appelait au pouvoir les compétences et 25

montrait ainsi qu'il savait diriger ses affaires. Les étrangers pouvaient vivre et prospérer en toute sécurité chez nous: to~s les habitants, sans distinction de race, de religion ou de nationalité, étaient égaux devant la loi. En 1830, la France entreprit la conquête de l'Algérie. Le peuple algérien prit les armes pour défendre sa liberté. Après 40 ans de lutte et de sacrifice, il succomba sous le nombre. Il dut subir toutes les lois de la force. Des atteintes graves et répétées ont été portées aux personnes, aux biens, au culte et à la langue du vaincu (l). Le vainqueur lui imposa un régime spécial d'injustice, de violence, d'humiliation et de terreur perpétuelle. Après près d'un siècle, l'Algérien musulman est encore de nos jours traité en vaincu; il ne jouit d'aucune garantie légale, d'aucun droit, d'aucune liberté; par contre, il est soumis à toutes sortes d'obligations, y compris l'impôt du sang. En Algérie, le musulman, auquel on a imposé le service militaire, ne jouit pas des droits civils et politiques. Seuls les Français, les juifs et les étrangers naturalisés exercent ces droits. Grâce aux garanties légales et aux libertés dont ils jouissent et dont sont privés les Algériens musulmans, grâce aux assemblées qui décident de la politique du pays et du budget et dans lesquelles leurs représentants sont 4 ou 5 fois plus nombreux que ceux des Algériens musulmans, les 500000 Français ci'Algérie réussissent à condamner les cinq millions d'Algériens musulmans à un servage perpétuel. Ainsi, de par les lois existantes, cette infime minorité gouverne seule le pays à son seul profit. Elle se constitue des privilèges énormes et scandaleux et ne tient aucun compte des droits et des intérêts du peuple algérien qui est ainsi taillable et corvéable à merci. Après la conquête de l'Algérie, la France jeta son dévolu sur la Tunisie. En 1881, prétextant des incurSions de Tunisiens sur le territoire algérien, les armées de la République envahirent la Tunisie et usèrent de violence contre un petit peuple qui ne demandait qu'à vivre en liberté. Le général Bréart parvint avec ses troupes devant la résidence du bey de Tunis. Il se rendit auprès de ce souverain le 12 mai 1881, lui donna lecture d'un traité préparé par le gouvernement français et lui accorda un délai de 2 heures pour le signer. Sous la menace, le bey signa! Le Conseil des notables protesta à l'unanimité contre cet acte et déclara que le traité était nul et non avenu parce qu'il n'y avait pas eu libre consentement! Le peuple prit les armes pour se défendre. Il succomba et dut payer les contributions de guerre que le gouvernement français s'autorisait à lever par l'article 8 du traité! La Turquie protesta aussi contre cette atteinte à sa souveraineté et à l'intégrité de l'Empire ottoman garantie par le traité de Berlin, Par le traité du 12 mai 1881, dit du Bardo, et la convention intervenue dans la suite à la date du 8 juin 1883, la France imposait son « protectorat» à la Tunisie. En réalité, elle s'annexait ce pays et en faisait une colonie, Ce deux traités sont légalement inexistants parce que l'élément essen(1) Et cela en violation de la convention passée lors de la capitulation d'Alger entre le dey Hussein et le général de Bourmont, commandant des armées françaises. Cette convention pone: « L'exercice de la religion mahométane restera libre. Ltz liberte des IJabitants de tOlites Jes classes, leur religion, lellrs proprietes, Jellr commerce et lellrs indllstries ne receuronl af/cune atteinte» (note des auteurs du message). 26

.

tiel, le consentement du peuple, fait défaut. En outre, ils sont nuls parce que la signature du bey a été arrachée par la menace et la violence. Notre peuple, qui jouissait de son indépendance la plus complète, a été privé de ses droits et de ses libertés. Comme les Algériens, les Tunisiens

ont été frappés de capitis diminutio. Comme en Algérie, on a institué en
Tunisie un régime d'iniquité et de terreur qui prive le peuple de garanties légales; . Des atteintes graves ont été également portées aux personnes et aux biens. Le gouvernement est entre les mains de quelques fonctionnaires français qui exercent un pouvoir absolu et sans aucun contrôle. Le peuple, qui est soumis il toutes sortes d'obligations et qui verse son sang, ne jouit d'aucun droit: il ne peut faire entendre sa voix pour défendre ses intérêts qu'on sacrifie il la civilisation. Seuls les Français jouissent de droits et de privilèges exorbitants qui leur permettent de ne tenir aucun compte des intérêts du peuple tunisien. Alors que des chartes solennelles, octroyées au peuple tunisien (le paCte fondamental de 1857 et la charte publique de 1861) garantissent le respect de la personne et des biens, proclament l'égalité de tOus devant la loi et spécifient que les crimes, délits et contraventions ne peuvent être jugés que par des tribunaux constitués, on constate aujourd'hui que les Tunisiens sont privés de leurs libertés individuelles et que les fonctionnaires administratifs délivrent des lettres de cachet. On constate aussi que la spoliation sévit Sl,lr une large échelle, que le peuple est laissé dans l'ignorance et la misère et que les impôts qu'ils payent servent il entretenir et il enrichir les colons. L'égalité décrétée par les lois est rompue en faveur des Français, dont on a réussi il faire une classe privilégiée opprimant le peuple tunisien. De plus, depuis près de vingt ans, le sang tunisien coule sur les champs de bataille, contribuant il assurer les conquêtes (2) de la France ou la défense de son territoire! Seule la force brutale impose ce régime de fer il un petit peuple! Car, il aucun moment, le peuple algéro-tunisien n'a accepté la domination française. Il n'a rien de commun avec les Français, il a sa civilisation propre. Il a lutté pour son indépendance dans les deux provinces. Les habitants de la province de Tunis ont aidé les Algériens dans la défense de leur territoire. Après la conquête, nombreux sont les Algériens qui ont émigré en Tunisie. En 1881, ils ont pris les armes avec leurs frères tUnisiens pour combattre les Français. Le peuple algéro-tunisien a succombé les armes il la main, il a été réduit par la force, mais il n'a pas abdiqué. Il n'a pas renoncé il son indépendance parce qu'il n'a jamais cessé de protester effectivement contre le joug étranger par des soulèvements et des révoltes. La politique de la force et de la violence est-elle juste? nature il faire régner la tranquillité et la paix? Est-elle de

(2) Après l'Algérie et la Tunisie. vient le tour du Maroc. On connaît les incidents qui se produisirent au sujet de ce pays. Une convention internationale. l'acte d'Algésiras de 1906. a finalement garanti l'indépendance et l'intégrité du Maroc. Mais le gouvernement français passe outre. 11abuse de la force brutale pour disposer de populations contre leur gré. 11 se sert illégalement des contingents tunisiens. Aujourd'hui, il qualifie d'" opérations de police» les actions militaires entreprises au Maroc et qui ne SOnt que des péripéties d'une véritable guerre de conquête menée contre un peuple décidé à garder son indépendance (note des auteurs du message). 27

Les esprits se préoccupent de plus en plus des conditions d'une paix durable et capable d'empêcher le retour d'une guerre pareille à celle qui a ravagé et bouleversé toute l'humanité. On parle de la liberté des peuples. On proclame qu'un peuple qui a sa langue, ses traditions, son histoire « est une personne morale, non une marchandise qui appartient à qui est assez fort pour la prendre». Une vérité, qui était considérée hier comme une utopie, devient aujourd'hui une réalité: c'est le droit des peuples à disposer de leur sort. « L'univers ne peut vivre en paix que si sa vie repose sur la stabilité, et il n'y a rien de stable là où n'existe pas de tranquillité pour l'esprit, là où ne règne pas une atmosphère de justice, de liberté et de droit !l, dit M. Wilson dans son mémorable manifeste de janvier 1917, véritable Déclaration des droits des peuples, et il réclame pour toutes les nations de l'univers, sans distinction de race ou de religion, le droit de disposer de leurs destinées. Il proclame que le peuple américain est' « solidaire de tous dans
les revendications du droit». La seule paix que le président Wilson veut est « celle qui fera du droit la loi du monde». II poursuit la création d'une . « organisation permanente de la justice internationale, la Ligue des nations. Aucuo peuple ne devra plus imposer sa volonté à un autre. Tout règle-

ment doit avoir pour base {( la libre acceptationde ce règlement par le peuple intéressé ». Plusieurs manifestations eurent lieu en France en faveur du droit des peuples. Le Congrès de la Ligue des droits de l' homme,. de novembre 1916 (auquel ont participé des savants distingués, des personnalités politiques éminentes, des hommes appartenant à tous les milieux et à tous les partis) a proclamé à l'unanimité Il le droit des nations, petites et grandes, à l'indépendance ii et a demandé que le futur traité de paix « consacre le droit des peuples à disposer d'eux'mêmes et relève toutes les nations ~primées, assurant à chacune d'elles un régime conforme à ses vœux manifestes ». Le Conseil national du Parti socialiste français proclame (réponse au questionnaire hollando-scandinave d'août 1917): « Il n' y a pas de nation hors la volonté des éléments qui en font partie: nulle communauté humaine ne peut subir un statut auquel elle répugne; elle doit pouvoir rester indépendante ou s'agréger aux collectivités de son choix. JI n Ji a pas de droit supérieur à celui de la libre option. » La Chambre des députés, « expression directe de la souveraineté du peuple français», a voté, le 5 juin 1917, un ordre du jour dans lequel elle se déclare « éloignée de toute pensée de conquête et d'asservissement de populations étrangères ». Elle compte que les efforts des armées de la République permettront d'obtenir des garanties durables d'indéPendance pour les peuples petits et grands, dans l'organisation dès maintenant préparée de la Société des nations. Quelques jours après ce vote de la Chambre, le gouvernement français, dans sa réponse à la Russie sur les buts de guerre, affirme à son tour que la France « n'est entrée en guerre que pour défendre sa liberté et son patrimoine national et pour assurer désormais dans le monde le respect de l'indéPendance des peuples ». Récemment encore le gouvernement de la République française, par l'organe de M. Clemenceau, président du Conseil, a proclamê d'une

manière solennelle que Il 10 France a inscrit dans ses revendications la libération des nations opprimées ii et qu'elle compte œgler le sort de ces
28

nations
mêmes)J.

«

selon les règles supérieures de l'humanité et de 10justice ». Et il
peuples:
((

a promis à plusieurs

Polonais Lettons, Esthoniens, qui ont fourni un régiment

Géorgiens,

ete.,

l'assistance de la France qui

vise à leur donner 10 libre disposition d'euxde volontaires
((

Aux Tchécoslovaques

pour combattre sur le front français, M. Pichon a déclaré:

Fidèle au

principe du respect des nationalités et de 10 libération des peuples opprimés, le gouvernement de la République considère comme justes et fondées les revendications de la nation tchécoslovaque et il s'appliquera de toute sa sollicitude, le moment venu, à faire prévaloir vos aspirations à l'indépendance. » Ajoutons enfin que le gouvernement français, comme les gouvernements de tous les pays en guerre, a déclaré solennellement être prêt à conclure la. paix sur la base des principes de droit et de justice du président Wilson. D'après ces diverses déclarations émanant de l'élite pensante, des représentants du peuple, des hommes d'État et du gouvernement français, on serait portés à croire que le principe du « droit des peuples à disposer de leur sort» est admis sans aucune exception et que la France est prête à l'appliquer aux peuples conquis par elle. Malheureusement, il n'en est pas ainsi! Non seulement le gouvernement français ne reconnaît pas au peuple algéro-tUnisien le droit de disposer librement de son sort futur, mais encore il maintient entièrement le régime d'arbitraire, de violence et de spoliation qu'il lui a imposé depuis la conquête. En somme, le gouvernement français entend continuer à nous priver de nos droits les plus légitimes en vertu du seul droit de conquête et de la force brutale! Cette situation doit prendre fin. Les populations de l'Afrique du Nord doivent être libérées de la domination que seule la force brutale a établie et maintient. Le peuple algéro-tunisien a versé abondamment son sang dans cette guerre. Il a contribué à délivrer les pays envahis de la France et de la Belgique et à libérer des peuples opprimés. N'est-il pas juste de le relever de l'oppression et de le délivrer de la domination de la force? Il a participé dès le premier jour à la guerre mondiale. Il a le droit de participer à la paix. Est-il juste de l'empêcher d'envoyer des mandataires au Congrès de la paix pour réclamer sa libération, alors que ceux qu'il a aidés à recouvrer leur indépendance, Serbes, Polonais, Tchécoslovaques, Yougoslaves, ete., sont représentés à ce Congrès? Le peuple algéro-tunisien revendique son indépendance complète. Il en appelle à la conscience universelle pour lui reconnaître son droit à disposer librement de son sort et saisit de ses revendications légitimes le Congrès de 10 paix qui se réunira dans quelques jours pour remanier la carte du monde . et formuler des principes nouveaux pour la garantie des droits de l'honneur et des peuples. Signé: Cheikh Salah Cherif Ettounsi, professeur à l'Université Zitouna de Tunis; Cheikh Mohammed Elkhedir Ben el Houssine, professeur à l'Université Zitouna, de Tunis; Cheikh Mohammed Meziane Ettelimcani, professeur à Tlemcen; Mohammed Ech-Chibi Ettounsi ; Mohammed Biraz Eldjazairi ; Himdane Ben Ali Eldjazairi ;

29

Mohammed

Bac~Hamba,

ancien magistrat à Tunis.

(Source: CharlesCollomb,

Vérités nord-africaines, Alger, 1933, pp. nNn.)

* *

3
L'ACTION POLITIQUE DE L'ÉMIR KHALED AVANT ET APRÈS SON EXIL EN FANCE

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, à laquelle 17 500 Algériens ont particiPé dans les rangs de l'armée française, les autorités métropolitaines octroient en février 1919 (loi du 4 février et décret du 6 février 1919) quelques ré/ormes. Ces réformes sont mal appliquées et divisent le « Comité de défense des intérêts musulmans JI, c'est-à-dire le mouvement « Jeune Algérien )) constitué avant la guerre. Une fraction préconise la naturalisation des Algériens musulmans. Une autre fraction, grouPée derrière l'émir Khaled, ancien caPitaine de l'armée française, refuse la naturalisation et lutte pour d'importantes réformes. Dans ce but, l'émir Khaled crée en janvier 1922 la « Fraternité algérienne (texte a). Après le voyage en Algérie du président de la RéPublique A. Millerand, en mai 1922, l'éditorial de L'Ikdam du 4 août 1922, dont l'émir Khaled est le directeur politique depuis septembre 1921, rappelle les « desiderata les plus immédiats)) des musulmans algériens (texte b). L'émir Khaled, exilé en France en juin 1923, ne cesse pas son action. Après la victoire électorale du cartel des gauches, il adresse, en juillet 1924, au nouveau président du Conseil, E. Herriot, une lettre dans laquelle il lui expose « le programme des revendications primordiales des musulmans algériens I) (texte c).

.

))

a) La « Fraternité algérienne»
La Fraternité algérienne a
dre et d'améliorer la situation

(janvier 1922)
but de rechercher les moyens de défenmorale, intellectuelle, économique

pour

matérielle,

30

.

et politique des populations musulmanes d'Algérie; elle a été fondée à Alger et ses statuts ont été déposés le 23 janvier 1922 (1). La Fraternité algérienne a pour ~remière tâche de montrer quelle a été la participation des indigènes musulmans à la Grande Guerre qui finit glorieusement pour notre patrie adoptive... La Fraternité algérienne sera amenée à demander que toutés les mesures d'exception auxquelles sont eneqre soumis les indigènes musulmans d'Algérie disparaissent à bref délai avec le retour au droit commun. Le but de notre association est précisément d'obtenir: 1) l'application intégrale de la loi du 4 février 1919 ; 2) la représentation parlementaire des indigènes musulmans algériens et que l'égalité inscrite dans ladite loi devienne effective. Nous demandons une politique d'association qui est celle de la France et à participer à la direction des affaires publiques, à la gestion de nos propres intérêts inséparables de ceux de la France. Nous demandons à tous les Algériens, sans distinction de race ni de religion, de nous aider à remplir cette mission qui est aussi la plus nécessaire et la plus urgente de celles qu'ils doivent accomplir dans le pays. Musulmans, soucieux de notre boriheur et de notre dignité, nous avons

le devoir de réagir et de nous défendre. La France généreuse que nous
aimons verra une fois de plus en nous des enfants dignes d'elle. Le président: Emir Khaled. Le secrétaire général: Hamida. Les demandes d'adhésions et les cotisations doivent être adressées à M. Le Président de la Fraternité algérienne, 11, rue Porte-Neuve, Alger. (Source: l'Ikdam, 11 août 1922.)

b) Editorial de L'Ikdam : « Les plus. immédiats de nos desiderata» (4 août 1922)
1) Représentation au parlement métropolitain des indigènes algériens non citoyens français; 2) proportions musulmanes de 2/5 dans les assemblées algériennes; 3) suppression intégrale et définitive de ces iniques lois d'exception, de l'indigénat, de la mise en surveillance et des tribunaux spéciaux; 4) diffusion de l'instruction; 5) élaboration du budget dE: la tribu par le djemaâ, sans contrainte étrangère; 6) juste et effective participation indigène aux terres de colonisation; 7) ouverture de routes et de voies ferrées. dans les régions totalemeni oubliées; 8) choix des caïds par voie d'élection ou de concours;

(1) Cf. Recueil des aCtes administratifs de la prdectUre d'Alger. 1921, p. 2R, n. 2R. 31

9) respect par toutes les administrations 4 février 1919. (Source: L 'Ikdam, 4 août 1922, éditorial.)

de l'art.

14 de la loi du

.
c) Lettre de l'émir Khaled au président Herriot (3 juillet 1924)
Monsieur le Président, Les musulmans algériens voient en votre avènement au pouvoir un heureux présage, une ère nouvelle pour leur entrée dans la voie de l'émancipation. En ma qualité d'un des plus simples défenseurs de la cause des indigènes de l'Algérie, exilé pour avoir pris ouvertement la défense de leurs intérêts vitaux, j'ai l'honneur de" soumettre au nouveau çhef du gouvernement français le programme de nos revendications primordiales: 1) représentation au parlement, à proportion égale avec les Européens algériens; 2) suppression pleine et entière des lois et mesures d'exception, des tribunaux répressifs, des cours criminelles, de la surveillance administrative, avec retour pur et simple au droit commun; 3) mêmes charges et mêmes droitS que les Français en ce qui concerne le service militaire; 4) accession pour les indigènes algériens à tous les grades civils et militaires, sans autre distinction que le mérite et les capacités personnels; 5) application intégrale aux indigènes de la loi sur l'instruction obligatoire, avec liberté de renseignement ; 6) liberté de presse et d'association; 7) application au culte musulman de la loi de la séparation des cultes et de l'Etat; 8) amnistie générale; 9) application aux indigènes des lois sociales et ouvrières; 10) liberté absolue pour les ouvriers indigènes de toutes catégories de se rendre en France. Ne se trouvant pas en contradiction avec le programme libéral de votre ministère et de votre parti, nous avons le ferme espoir que nos légitimes desiderata, ci-dessus énoncés, seront pris en haute considération. Veuillez agréer... E. Khaled, en exil (Sources: L 'Humanité, du 3 juillet 1924, reproduit par le Bulletin du Comité de l'Afrique française, 1924, p. 530; Le Paria, n° 27, juillet 1924.)

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II. LA GUERRE DU RIF ET LE DÉVELOPPEMENT DES MOUVEMENTS NATIONALISTES (1925-1935)
4. Le Congrès des ouvriers nord-africains de la région panslenne en décembre 1924 (1 texte). 5. La constitution de la région algérienne du Parti communiste français (1 texte). 6. La création et le programme de l'Étoile nord-africaine (19261927) (1 texte). 7. Les fédérations des élus des musulmans d'Algérie (3 textes). 8. La fondation de l'Association des oulémas d'Algérie (2 textes). 9. Statuts et programme de l'Étoile nord-africaine votés par l'assemblée générale du 28 mai 1933 (2 textes). 10. Le problème de « l'arabisation»
Algérie (2 textes). Il. Les revendications des fédérations de 1935 (1 texte). des élus musulmans au début du mouvement communiste en

4 MOTIONS DU CONGRÈS DES OUVRIERS NORD-AFRICAINS DE LA RÉGION PARISIENNE, TENU LE 7 DÉCEMBRE 1924 « L'Union
1'« Internationale

intercoloniale », fondée en 1922 sur l'instigation de
communiste
JJ

parmi les travailleurs

coloniaux

émi-

grés en France, et la Confédération générale du travail unitaire s'efforcent d'organiser l'émigration algérienne et nord-africaine. Un premier Congrès des ouvriers nord-africains de la région parisienne rassemble, le 7 décembre 1924, 150 délégués.. il désigne un bureau maghrébin de 15 délégués et vote un programme de revendications qui, sur le plan politique, reprend les revendications de l'émir Khaled en y ajoutant un point nouveau: « suffrage universel pour tous les indigènes au même degré que pour les citoyens français », et qui contient un cahier de revendications économiques et sociales fort détaillé (1). Le Congrès se clôt par le vote de deux motions de solidarité adressées, la première au peuple marocain et à Abd el-Krim », la seconde ((aux peuples égyptien et tunisien JJ.
(

Au peuple marocain et à Abd el-Krim Les délégués des ouvriers nord-africains des usines de la région parisienne, réunis en leur premier Congrès en cette date historique du 7 décembre 1924, félicitent leurs frères marocains et leur vaillant chef Abd el-Krim pour leur succès sur l'impérialisme espagnol et se déclarent solidaires de toute leur action pour la libération de leur sol et crient avec eux: « Vive l'indépendance des IX'uples colonisés! A bas l'impérialisme

mondial! A bas l'impérÜJ/ismerançais! » f
Aux peuples égyptien et tunisien

« Les délégués des ouvriers nord-africains des usines de la région parisienne sont de cœur avec leurs frères musulmans de l'Egypte, violentés et menacés de famine par le colonialisme barbare du gouvernement britannique. Ils se solidarisent avec eux dans leur lutte pour l'indépendance totale et l'Egypte. Ils adressent également au IX'uple tunisien toute leur sympathie pour son attitude courageuse en face du gouvernement du Bloc des gauches et flétrissent le crime perpétré par la clique colonialiste contre les ouvriers de Bizerte en lutte pour l'amélioration de leurs conditions de vie. Ils saluent
(1) La liste de ces revendications économiques est reproduite dans l'ouvrage de j. Jurquet. La révolution nationale a~r.:èrienneet le Parti communiste français. tome 2. Paris. Éditions du Centenaire. 1974. pp. 245-246. 34

la création de la C.G.T. tunisienne comme une arme dirigée contre le capitalisme français. A bas l'impérialisme du bloc des gauches! »

(Sources: Le Paria, novembre-décembre 1924; O. Depont, Les Berbères en France, Paris, éd. du Bulletin du Comité de l'Afrique française, 1925, p. 28.)
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LA CONSTITUTION DE LA RÉGION ALGÉRIENNE DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

En adhérant dans leur grande majorité à l'Internationale communiste, au Congrès de Tours (décembre 1920), les trois fédérations algériennes du Parti socialiste semblaient accepter la huitième des 20 conditions d'adhésion: « Tout parti appartenant à la Troisième

Internationale a pour devoir.., de soutenir en fait tout mouvement d'émancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole,.. ii Toutefois, elles ne tardèrent pas à adopter le nreme point de vue que celui de la section de BelAbbès; celle-ci, s'appuyant sur la 16e condition d'adhésion, vote le 22 avril 1921 une motion aux termes de laquelle: «.., la libération du prolétariat indigène de l'Afrique du Nord ne sera le fruit que de la révolution métropolitaine.., Le meilleur moyen d'aider tout mouvement libérateur dans notre colonie n'est pas d'abandonner cette colonie, comme il est dit dans la huitième condition d'adhésion à la Troisième Internationale, mais au contraire d Ji rester, à charge pour le Parti communiste", d Ji multiplier la propagande d'adhésion au syndicalisme, au communisme et au cooPérativismeii (1). Or, en dépit de « l'appel pour la libération de l'Algérie et de la Tunisie ii lancé par l'exécutif de l'Internationale communiste le 20 mai 1922, le Congrès inteifédéral tenu à Alger le 24 septembre 1922 reprend les positions de la section de Bel-Abbès, de même que

le « programme d'Alger

i)

voté par le Congrèsfédéral de l'Algérois

(1) De larges extraits tie la lettre tie la section de BeI-Ablx,s sont reproJuits dans l'ouvrage de H. Carrl're d'Encausse et Stuart Schram. Le mili:riJme el l'Asie. 1R53-196.'L Paris. A. Colin, 1965. pp. 261'-nI. 35