//img.uscri.be/pth/41e550dff0c11099f9f101b140ba58a3c1efe761
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

LE NATIONALISME CORSE

De
268 pages
Attentats, assassinats, mafia. Le nationalisme corse fait régulièrement la une des journaux, mais sait-on toujours de quoi on parle ? La Corse laisse trop souvent perplexe, de nombreuses questions restant en suspens. Cette réflexion sur le nationalisme corse, de sa genèse au milieu des années quatre-vingt, est suivie d'un long entretien avec le leader autonomiste Edmond Simeoni qui nous fait part de son engagement, de ses luttes et de ses défaites.
Voir plus Voir moins

Emmanuel BERNABÉU-CASANOV A

LE NATIONALISME

CORSE

Genèse, succès et échec

Suivi d'un entretien avec le leader autonomiste Edmond Simeoni

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Di tuttu u me core, ringrazziu Màmma, Baoou, i me zii Ghjuvanna, MariaChjara è Yvcline, u me ziu Ghjuvan' Battistu, à me cucina Sandra, Noémie è Olivier pè l'aiutu ch'èddi màni datu. Ringrazziamenti sinceri è rispittbsi à u duttore Edmondu Simeoni pè à discursata piacévula è simpatica ch'eddù m'hà accurdatu. E po, grazzia à l'associu Scola Corsa è à tutti i me paisani di Furciolu pè ù so sustènu morali.

I

Index des abré,'iations
I

APC: ARC: CAR: CCN: CEDIC : CFR: CGNC: CSC: DIECO : FLNC : FPCL : FRANCIA :

FRC: GP: IFF: LLN: MCA: PAR: PCA: SETCO :
SOMIV AC :

STC: UNEC: UPC:

-t1ssociu di i Patrioti Corsi Action Régionaliste Corse puis, à partir de 1973, /1::ione per a RinascÎta Corsa Comité Antirépression C"unsulta di i (~umitati iVa:iunalisti Comité d'Etudes et de Défense des Intérêts Corses Association pour la Corse Française et Républicaine CUl1sulla di a Ghjuventù iVa:iunalisla Corsa CUl1sulta {ii i .C;;IudenlÎ orsi C Groupement de Défense des Intérêts de la Corse Fronte di fihera=ione Na=iunale di a Corsica Fronte Paisal1u Corsu di Libera=ione Front d'Action NouveHe Contre J'Indépendance et l'Autonomisme Front Régionaliste Corse puis, à partir de 1973, Partilu (Ji u f)opulu Corsu (PPC) Ghjusli=ia Paolilla J F'rancesi Fora Lutte de Lihération Nationale lvluvimentu Corsu per 1~1ulodelermil1a=iol1e Plan d'Action Régional J>artitu Corsu d~1==ione puis, à partir de 1927, ParlÏtu Corsu /1utononzistu Société pour l'Equipement Touristique de la Corse Société pour la Mise en Valeur Agricole de la Corse Sindicatu di i Travagliadori Corsi Union Nationale des Etudiants Corses Uniol1e di u Populu Corsu

- Introduction-

'/1ià! lulli ! Fratelli chi hè l'ora

[)'arllla schjojJjJiè di cigne carchera [.oo]
/1ià ! lulti ! FrateUi chi hè l'ora [)i stirj}à sta ra==amaladetta [.oo] L)unafu hè lu cornu Ùn ci hè JJiù riscaltu /1 populu [alfu IJisogna à nlarchjà Tutti sottu à lislèssa bandera [Jianca, orna ta di la testa .\1ora, /1ià Corsi chi turnala hè l'ora, l)i l'antica nostra libertà "1.

Ces paroles virulentes témoignent d'une époque. Lorsque cette chanson apparut en 1976 au répertoire du groupe Cailla u /)OjJulu C"orsu, qui participait activement au renouveau de la
1 "Alle:! Tous mes frères c'est l'heure / [J'armer les fusils et de ceindre les cartouchières f...} / /111e:; Tous mes frères c'est l'heure / D'extirper cette race ! maudite f...} / S01lne: le cor / Il n'y a plus de répit I Le peuple ulli / /)oit marcher / Tous sous le même drapeau I Blanc orné de la tête de Maure / /1//e: Corses, J'heure est venue / [Je notre antique liberté". - Paroles de l)on Petru de Mari."Sunate lu Cornu If._ Canta u Populu Corsu.- Libertà.- Bastelicaccia, 1976.Traduction Françoise Bcrnabêu / Jeanne Casanova.

Il

culture corse, elle connut rapidement le succès... Vingt années plus tard, de l'aveu même de Petru Guelfucci, un des chanteurs de cette époque, ces paroles vindicatives ne sont plus de mise. Pourtant, par bien des aspects, la situation, qui avait provoqué la flambée nationaliste, perdure. L'île reste, comme par le passé, en situation de dépendance économique vis-à-vis du continent. Les clans furent jadis dénoncés comme étant le principal frein au développement, parce qu'ils organisaient la vie politique et sociale de générations en générations par le biais du système clientélairc. Ils sont aujourd'hui encore démocratiquement à "la barre de J'île de Corse" malgré la tempête nationaliste... Ce n'est donc pas parce que les revendications nationalistes furent couronnées de succès que cette chanson est aujourd'hui écartée des répertoires, mais hien parce qu'une fois les "fusils arnlé.\''', ils se sont retournés contre ceux qu'ils étaient sensés émanciper. Voiture piégée, assassinats, attentats, incendies criminels... La Corse s'affiche régulièrement à la une des journaux. Certains prétendent que l'île, si proche de l'Italie est gangrenée par la mafia. D'autres préfèrent se hercer d'illusions en affirmant que "/'Etat de If J)l'oit règne en Corse2. Pourtant, les insulaires ne se résignent pas. Des initiatives sont prises afin que l'opinion française en général et les Corses en particulier arrêtent de vivre sur "ulle représentation de /a Corse qui Il'est pas la Corse 1'3. Dans cette optique, une profonde réflexion sur le passé, le présent et l'avenir de l'île est entamée. Modestement, nous participons à cet effort, en éclairant une mouvance politique aujourd'hui assornhrie par la confusion. En effet, l'éclatement actuel du mouvement nationaliste en une myriade de partis et de groupuscules, armés et rivaux, rend la situation inintelligible. L'objectif de cet ouvrage est de se replonger dans le passé, afin de démêler cet écheveau.
2 "Je ne laisserai pas affirmer abusivement que l't'tat de droit n'existe pas en Corse et surtout que le gouvernement et les autorités locales qui le représente s'accommodent d'lIlle =one de lloll-droit". Jacques Toubon à Dastîa le 9 février 1996.- Le Monde.- Il fcvrier 1996.- p. 7. 3 DERNI\RI)INI Ghjuvan-~Francescu.- "Parler, Chanter, Fêter la Corse".Paris, 26 et 27 janvier 1996.

12

Au préalahle~ il convient d'expliquer la démarche et de lever certaines amhiguïtés, qui pourraient nuire à l'analyse d'un sujet aussi passionnel. Tout d'ahord se pose à nous le prohlème de J'impartialité: nous considérerons qu'il existe un peuple corse, qui partage une langue, une culture et un territoire. Or affirmer ceci, c'est déià prendre position. Si nous ne condamneront pas à priori l'idée de nationalisme corse, au titre d'une soi-disant évidence historique ou économique, nous garderons en revanche toujours un oeil critique vis-à-vis des différentes expressions de la revendication corse. Cette première précision est lourde de conséquences d'un point de vue méthodologique. La politisation exces~ive du sujet nous ohlige à analyser toutes les parutions avec heaucoup de circonspection, qu'elles émanent de l'une ou l'autre extrême de l'axe gauche-droite, ou de l'opposition nationalisteslégalistes. Il est à noter que ces deux antinomies ne se superposent pas dans la vie politique corse. Il y a des nationalistes de toutes idéologies, et tous les partis ahritent des dissensions profondes sur la question corse~ que ce soit dans l'île ou sur le continent. La lecture des événements à travers ce filtre nous incitera donc à considérer de nomhreux documents avec circonspection. Cet afflux volontaire de données primaires s'inscrit dans une logique plus glohale : multiplier les analyses de toutes tendances, celles de l'instant et celles d'aujourd'hui. En vertu de quoi~ il ne faut pas s'étonner de la diversité des sources citées et notamment de l'utilisation de références discographiques. La langue corse étant pour des raisons historiques plus souvent parlée qu'écrite, le chant engagé s'est imposé comme un vecteur important des revendications politiques, qu'il convient de prendre en considération pour mettre en perspective une époque. Considérant avec Ernest Gellner que tIlenationalisme est essentiellement un principe qui exige que l'unité politique et l'unité nationale se recouvrent"4, nous nous proposons d'ohserver la maturation du nationalisme corse. En effct, lorsqu'cn 1959 s'organisa en Corse le "Mouvement du 29 novemhre" afin de protester
4 GEI.LNER Fmest.- Nations et Nationa/isme.- Paris: Payot, 1989.- p. 1.

13

contre la fermeture de l'unique voie ferrée de l'île, on était loin du principe volontariste d0finit par Ernest GeUner. Pourtant cc premier mouvement contestataire dcpuis l'après-guerre marqua le déhut de la phase régionaliste, qui allait aboutir aux revendications autonomistes puis nationalistes. Ainsi en 1984, les dilemmes autonomisme ou indépcndantisme, lutte politique ou lutte armée se posèrent avec une acuité nouvelle par le fait des déceptions engendrées par la mise en pratique du Statut particulier de la Corse. On ohserva alors un nationalisme corse radical: certains allant jusqu'à affirmer leur solidarité à l'égard des causes basques
et irlandaises5
.

Le plus petit dénominateur commun à tous les mouvements que nous étudierons, fut la croyance en une spécificité corse, non prise en compte par J'Etat français. Des caractéristiques culturelles ct linguistiques déterminant J'existence du peuple corse, même si nul ne s'accordait sur la définition pratique de cette entité. Affirmer l'existence d'un peuple distinct de J'ensemble français n'était pas chose neutre. C'était au minimum revendiquer le droit de toute minorité, droit depuis lors reconnu par la signature, le 10 novcmhre 1994, de la Convention-cadre pour la protection des I1zinorité.\'lalionales au sein du Conseil de l'Europe. Pour les plus / extrémistes c'était le premicr pas vers la constitution d'une nation indépendante en vertu du droit des peuples à disposer d'euxmêmes. C'était aussi et surtout se placer à contre-courant de l'histoire de l'Etat français qui, s'étant constitué par absorption progressivc de tcrritoircs voisins, imposa le centralisme. On trouve trace de celui-ci dès l'ordonnance dc Villers-Cotterêts en 1539, qui imposa le français dans les actes officiels et juridiques. Mais, ce fut avant tout au cours de la Révolution française que cette politiquc cristallisa les débats, puisque Girondins et Montagné.lrds
5 En pre111ierepage de la revue indépendantiste U Rihombu, on pouvait notaln111entlire dans le nU111éro de novembre 1983 : t'Le MCA acclamé à 45 f)III>/illail congrès dll Silln Feill". Par ailleurs, en août-septembre de cette même annec, le journal se félicitait dc la participation aux "Ghjurnate ln terna=illnale di (:orli" dc délégations vcnant d'lrlandc, d'Euskadi, de Catalogne, de NouvelleCalédonic, du Kurdistan...

14

s'opposèrent sur l'inféodation de la région au pouvoir d~ Paris. Cette confrontation fixa l'Etat-nation contemporain. La défaite des partisans d'une décentralisation renforça les Montagnards, convaincus de la n~cessité d'accentuer les mesures contre les cultures et les langues locales, à l'image du député du Marais Barère de Vieuzac 4ui, rallié à la cause jacohine, déclara: "re législa leur fJarle
ulle langue que celV.: qui

d () ive nI v.: e CLi1er el 0 b é il' n'e nI e n den I J )(L\'. f... J

l.e fédéralL"'llle el la superslilion jJarlent bas})J'eloll l'énligralion et la haine de la RéjJuhlique jJarlell1 allel11and la conlrerév()lulion jJarle italien, et le janalisI11e parle ha~\;que. C'assons ces inslruI11enfs de donllllage el d'erreur "0 .
,. ,.

Une tclle politique devait s'appliquer en Corse avec d'autant plus de vigueur, qu'elle n'était entrée dans le giron français qu'en 1769. En hattant les armées du général Pasquale Paoli, chef d'un éphémère royaume de Corse indépendant, la France entamait sa tumultueuse relation avec l'île, soixante ans seulement avant le déhut de la conquête de l'Algérie. Dans le cadre de rapports aussi contlictuels entre l'Etat et ses régions, il convient d'étudier les revendications corses dans une optique large: toute volonté d'affirmer sa différence étant vécue depuis Paris comme une poussée nationaliste, une force centrifuge, nuisihle à J'unité de l'Etat et du peuple français. Les mesures prises par les socialistes en faveur de la décentralisation, dont le Statut particulier de la Corse en 1<)82 fut le symhole, auraient pu faire croire que l'on était sorti de cette logique centralisatrice. Mais, les déhats suscités par la loi du 13 Mai 1<)91,portant sur le statut de la nouvelle Collectivité territoriale de Corse, démentirent cet assouplissement. Li notion de 'J}eujJlecorse, cO/lljJOSanle peu}Jle (lu français à qui /lIa RéjJuhlique française garantit les droits à la
/I

6 Intervention de Barère de Vieuzac devant le COl11itéde Salut Public le 8 pluviose An II (27 janvier 17<)4).

15

préservation et sociaux Constitution Bela Farago

culturelle et à la défense de ses intérêts économiques spécifiques ", fut déclarée non conforme à la par Ic Conseil constitutionnel. Suite à cette décision, considéra que:

"!.a France -fi{lèle en cela à ses traditions et de façon parfaitement justifiée du point de vue de son histoirereste vi~oureusement attachée au principe de l'unité de son peuple. Pourtant, certaines populations vivant sur son territoire peuvent être considérées comme pourvues des "attributs" qui ailleurs suffisent pour définir des minorités. f...} I:~n Corse, Oil retrouve une population regroupée sur un territoire propre, ayant une langue, une histoire et des traditions spécifiques, ce qui suffit en Europe centrale pour caractériser une minorité nationale''7 .

Le prohlèrne corse ainsi replacé dans un cadre plus vaste, celui des liens entre la France et ses minorités, nous allons pouvoir ahorder les questions qui nous importent: la genèse, les succès et les processus qui conduisirent le nationalisme corse à J'échec, échec dont nous constaterons dès 19R4 les signes évidents. Les travaux de Miroslav Hroch se prêtent particulièrement hien à cette volonté. En effet, dans Social !)reconditiol1s of National Revi~'al in Europe, il a défini une division de l'histoire des mouvements nationalistes dans l'Europe du XIXème siècle, qui servira de structure à notre réflexion. Selon lui, la "phase A"8 se caractérisa par la naissance d'un intérêt pour la culture et le folklore de la minorité "opprimée" ; ces travaux n'ayant pas de conséquence politique. En revanche, la "phase B"9 sc distingua
7 FARAGO Rela.- nI,a démocratie et le prohlème des minorités".- fe Débat.Septembre 1993, n. 76.- p. 14. 8 Annexe ne 1. 9 Annexe ne 2.

16

par l'apparition

d'une minorité

agissante,

un groupe de militants,

qui tentèrent d'éveiller la conscience nationale et de la porter sur le champ politique. Enfin, au cours de la "phase Cff10 Je discours nationaliste fut relayé par un nombre croissant de sympathisants: le nationalisme connut alors une diffusion de masse au sein de la sociétéll. Cette d~marche séquentielle suppose des ruptures manifestes. Dans la perspective d'une analyse de la situation présentc, nous focaliserons notre attention sur le passage de la "phase B" à la "phase Cil. Dès lors, on considérera que les "événements d'Aléria", le 21 août 1975, constituèrent le tournant principal du nationalisme corse contemporain. En effet, l'occupation de la cave d'un viticulteur pied-noir, compromis dans une affaire de surchaptalisation, par un groupe armé emmené par Edmond Simconi, le leader de l. ~t:=ioneper a Rinascita Corsa 12, fut une étape majeure du combat des nationalistes insulaires. Le refus des pouvoirs publics de négocier, puis l'intervention armée, qui coûta la vie à deux gendarmes, déclenchèrent dans l'île un vaste mouvement populaire. Au lendemain de cette opposition violente, on prit conscience que rien ne serai plus jamais comme avant. Aussi, notre propos sera d'étudier tout d'ahord la naissance et la montée en puissance de la conscience nationale corse jusqu'en 1975. Afin de mettre en évidence les facteurs qui participèrent à j'émergence du nationalisme corse, nous montrerons les échecs et les apports des expériences antérieures à l'époque contemporaine. Puis, nous analyserons les ressorts du succès de ce nationalisme sous ses différents aspects dans les années soixante, mais égaIement ses limites déjÜperceptibles.
lU Annexe n. 3. Il "For greater clarity ~'e sha// designate the three above-mentioned fundemcntalphases of the nationalmovementas Phase A (the period of scholarly interest). j)hase lJ (the period of patriotic agitation) and the j)hase C (the rise of a mas.')' natiuflal mo\'cment) ".- I IROCI I Miroslav.- Social Preconditions of National Re\'Ï\'al ill I:'urope.- Cmnbridge, 1985.- p. 23. 12 Traduction: Action pour la Renaissance Corse.

17

Ainsi pourrons-nous tenter de comprendre pourquoi le nationalisme corse, qui profita d'un véritablc engouement consécutivement au drame d'Aléria, échoua. Il s'agira tout d'abord de montrer que, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, le refus d'apporter une solution politique au problème corse plongea J'île dans la tourmcntc. Nous évoquerons ensuite l'espoir que fit naître en Corse la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1tJH Enfin, nous analyserons les faihlesses et les 1. erreurs des autonomistes, ainsi que les errements des indépendantistes qui mirent en échec le nationalisme corsc, lui hypothé4uant, d0s 1()H4,tout avenir.

18

Prenlière Partie

Gelzèse et maturation du nationalisme corse

"[,'orti Sere/llU si un it i sltnu "1

1 'Traduction:

"Nous

serons

forts si nous SOIl1ffies unis".

-Chapitre

1-

"La Corse, souvent conquise, jamais soumise?"

L'étude du nationalisme corse contemporain ne saurait nous faire ouhlier qu'il ne s'agit en réalité que de l'épisode le plus récent d'une histoire déj~lmu1tiséculairc : celle de la résistance des Corses aux occupations successives. Riches de ce passé, les nationalistes cherchèrent, dans les luttes du peuple corse, des mythes fondateurs justifiant leur comhat. Aussi, il nous semble utile de retracer les grandes lignes de l'histoire de l'île. Nous verrons tout d'ahord comment, située au carrefour des voies maritimes, la Corse fut l'enjeu de multiples rivalités. Les colonisateurs successifs ne pacifièrent jamais l'île et durent subir d'incessantes réhellions. La mémoire collective garde de cette époque lointaine les images d'hommes providentiels, tel Sampieru Corsu ou Pasquale Paoli, qui prirent la tête du peuple corse pour lui faire retrouver sa liherté. Qui furent ces personnages, qui devinrent des ohjets de représentation politique? Nous mettrons ensuite en évidence ce qu'Eric Hobsbawm appelle le "protonationalisme populaire", c'est-à-dire: "certaines variantes du sentinlent d'ajJpartenance collective qui existaient déjà /...J et que le~\'/1l0UVe/1lentsnationaux sont arrivés à

mobiliser "1. Qucls furent ces liens protonationaux qui unissaient les Corses, alors même qu'ils ne manifestaient aucune revendication nationale? Enfin, nous discernerons selon le modèle de Miroslav Hroch, la "phase Ali du mouvement national corse: la période où la culture corse est devenue un centre d'intérêt pour les intellectuels insulaires.

Section 1 : Un petit peuple frondeur, rarement maître de son destin

L'histoire de la Corse est ccIJe d'une petite He montagneuse de 8.680 km2, située au coeur de la Méditerranéc. Escale idéale pour les peuples marins et commerçants, elle devint un véritahle enjeu géopolitique, ce qui lui valut de connaître des vagues successives d'invasions. En 564 avant notre ère, les Grecs de Phocée fondèrent la cité portuaire d'Aléria, sur la côte orientale. Puis les Etrusques, les Siciliens, Ics Carthaginois vinrent occuper l'île, avant de céder ]a place aux Romains. Ces derniers mirent plus d'un siècle à vaincre les autochtones, par la suitc ils les dominèrent jusqu'en 455 après J.-C. A la chute de l'Empire romain, et pendant six siècles, la Corse fut victime des invasions sarrasines et barbaresques, sans qu'aucune puissance européenne ne réussisse à y reprendre pied. En 1055, Pépin le Bref la céda au Saint-Siège. Le pape décida, dès 1077, de la confier à l'autorité de Pise. La rivalité entre Pisans et Génois engendra une nouvelle occupation. Ces derniers s'emparèrent de l'île et la conservèrent durant cinq siècles. Gênes,
1 HOHSHA WM Fric.- Nations et nationalisme depuis 1780.- Paris: Gallimard (Bibliothèque des Ilistoircs), 1992.- p. 63.

ÎÎ ~~

en dépit des citadelles, des routes et des ponts qu'elle y fit construire, resta une puissance lointaine et contestée. Au cours des siècles, la Corse se souleva à maintes reprises contre la colonisation génoise. Ces mouvements populaires furent dirigés par des hommes passés à la légende, tel Sambucuccio d'Alando, qui prit la tête de la grande révolte de 135H. Cependant, de cette époque agitée, la mémoire populaire corse garde avant tout une image, un symhole : Sampieru Corsu.

I. Sanlpieru Corsu : patriote ou 3\'enturier ?

Né en 1497 à Bastelica d'une famille modeste, il se fit mercenaire, comme nomhre de jeunes Corses à l'époque. Au service des Médicis, du pape Clément VII puis de François 1er, il s'illustra par ses faits d'armes, qui lui valurent de devenir colonel d'infanterie. De retour dans l'île, il épousa la fille unique du seigneur François d'Ornano. Les Génois inquiets de sa présence, décidèrent de l'enfermer. Sorti de prison sur intervention du roi de France Henri II, il se mit au service de celui-ci, qui projetait alors de ravir l'île à Gênes. En 1556, le roi mit ses plans à exécution et Sampieru Corsu participa aux opérations militaires sous la bannière française. Provisoirement, il dut se résoudre à admettre le traité de paix du Cateau-Camhrésis en 155<,), ar lequel la France p rcnonçait à toute conquête aux dépens de Gênes. Il ne désarma pas pour autant et mit sur pied un projct ambitieux. Le premicr acte consistait de vaincre les Génois, avec deux à trois cents mercenaires, qui auraient su soulever la population. Ensuite, il commanderait aux destinées d'une Corse érigée en nation indépendante, dont il scrait le chef. Ce grand projet, échafaudé depuis Marseillc, incita les Génois à se prémunir contre cet aventurier. Pour ce faire, ils réussirent à convaincre son épouse, Vanina, de le délaisscr. Celle-ci accepta d'aller vivre à Gênes, mais rattrapée par son mari, elle connut de ses mains la punition

23

de sa trahison: il l'étrangla. Après cet épisode, il tenta de mener à bien son projet et déharqua en Corse avec ses hommes en 1564. Son espoir fut vitc déçu, car malgré ses comhats héroïques contre les armées génoises, hien peu de villages acceptèrent de le suivre. Le 17 janvier 1567, il tomba dans une embuscade que lui avaient tendue des memhres de la famille de son épouse, qui menaient à hien la vendetta. A l'annonce de sa mort, les soulèvements cessèren t. Au XVlllème siècle, la Corse, qui vivait de nouveau au rythme de la révolution contre les occupants Génois, se cherchait des précurseurs: Sampieru Corsu devint un héros, l'archétype du patriote corse. Pourtant, on est en droit de se demander si cet intrépide ne souhaitait pas d'ahord le pouvoir, avant la liherté de son peuple. Il est aujourd'hui établi qu'il sollicita la protection des Ottomans, s'étant semhle-t-il résolu à offrir au Sultan la suzeraineté sur la Corse. Ainsi pouvait-il espérer sc mettre à l'ahri des prétentions des grandes puissances européennes. L'exemplarité de ses sentiments patriotiques est donc discutahle. Pour les esprits de notre sièclc, plus encore que Sampicru Corsu, Pas"luale Paoli symholisera le patriotisme corse. Héros de l'indépendance, la figure du "J)ère de la J)alrie"2 sera pour les nationalistes la référence indiscutahle. Aussi, nous faut-il retracer le parcours de celui "lui érigea pour un court laps de temps la Corse en un semblant d'Etat-nation démocratique.

II. Pasquale Paoli, héros de l'indépendance

Une fois éteinte la révoltc de Sampieru Corsu, l'île resta inféodée à la République de Gênes, sans manifester de véritable résistance. A partir de 1729, une révolution secoua le pays pendant quarante ans. Elle commença dans quelques J}ieves
,}

Annexe n. 4.

24

(cantons) par une hanale révolte paysanne contre l'impÔt. Outre, les problèmes fiscaux, les Corses s'insurgèrent contre la politique foncière de Gênes qui tentait d'établir, dans les plaines du hord de mer, des grands domaines qui privaient les communautés pastorales de leurs pâturages hivernaux. Après un an de lutte, les notables ruraux décidèrent de prendre part au mouvement et l'organisèrent. Jusque-là, le sentiment national n'0tait pas vraiment apparu, si ce n'est au travers du souvenir idéalisé de Sampieru Corsu. Les notables réveillèrent le patriotisme en offrant une base idéologique à la révolte. Pour ce faire, ils convoquèrent un congrès de théologiens 4ui la justifia. De 1729 à 1755, Gênes fut incapable de venir à hout des insurgés, malgré le recours aux troupes étrangères, allemandes puis françaises. La République s'endetta et dut finalement se résoudre à quitter sa petite colonie. Pendant cette période de trouhles, la Corse révoltée se cherchait un chef susceptible d'unifier les différents clans: un court instant, elle le trouva à travers l'énigmatique baron Théodore von Neuhof. Cet aventurier d'origine prussienne, débarqua en Corse le 12 Mars 1736, convaincu de faire bonne fortune dans la confusion amhiante. Le 14 avril 1736, un mois après son arrivée, il sc fit couronner roi en prêtant serment sur la constitution écrite que les Corses avaient alors adoptée. Très vite, cet étrange personnage usa de toutes ses prérogatives. Il désigna un gouvernement, fit frapper monnaie, vendit des titres de nohlesse... Toutefois son aventure ne dura que sept mois. Le 14 novemhre 1736, il 4uitta la Corse sur une galère. Malgré deux tentatives de déharquement en 173H et 1743, il ne revit plus jamais son royaume. Il mourut ÜLondres en 1756. Cet épisode extraordinaire illustre la difficulté que les chefs corses rencontrèrent pour désigner leur leader, situation qui perdura jusqu'en 1755, année de l'avènement de Pasquale Paoli.

25

Il. J Un homme providentiel

Le 14 Juil1et 1755, Pasquale Paoli, un Corse devenu officier de l'armée napolitaine qui s'était illustré dans la lutte contre les Génois, fut élu "Général de la nation", chef unique des insurgés, à la Consulte de Saint Antoine de Casahianca. Cette élection constitua un tournant de l'histoire insulaire, car Paoli s'employa à construire un Etat-nation aux structures démocratiques. La Constitution alors élahorée par les Corses commençait par ses mots:
"La Diète générale du peuple de Corse, légitimement maître de lui-même f...} ayant reconquis sa liberté, voulant donner à son gouvernement une forme durable et permanente en le transformant en une constitution propre à assurer la félicité de la Nation, à décrété et " " d ecrete [ ... } ".

Paoli s'imposa assez vite comme un moderniste, empreint de la philosophie des Lumières. Un manifeste du Conseil suprême de 1762 déclarait :
"l,e peuple n'ignore pas le système et la Constitution de notre gouvernement. ..<)ans lui, aucune résolution ne se prend. C'est lui, utilisant ce droit qui appartient à toute nation libre qui a décidé de donner à notre général le titre de Chef'.

Sa volonté de faire de la Corse un Etat reconnu intemationalement, l'incita à la doter de tous les attrihuts des grandes nations. Il fonda sa capitale à Corti, et dota cette petite ville de montagne d'une Université. Selon l'historien Michel Bartoli : "Elle rendit de grands services aux Corses. f...} res leçons des professeurs étaient faites

26

en la lIgue la line, el les e.xallzens, qui éla ient Jréquenls, ava ient lieu en JJfésence des autorilés du gouvernelllent, afin que l'al110Uf du savoi,. Jut en/lohli parl'allzour de la [)alrie'(j . Paoli fit fLlppèf monnaie, et adopta le drapeau hlanc à tête de Maufè, dont il fit rèlèvl'f le bandeau, qui jusqu'alors couvrait les yeux en ~igne d'è~clavage. Il mit en place un plan de relance de l'économie agraire. Il ~()uhaita également renforcer son pouvoir. Il organisa unc arméc, fit construire une flotte et un port: L'Isula Rossa. Sur le plan intérieuf, il chercha à réduire toutes les divisions et ~l mieux s'affirmer comme l'unique chef corse. Il décida donc d'entrer en guerre contre le système clanique et le népotisme. Il interdit la vendetta, qui décimait le pays et bafouait son autorité: quiconque y recourait était exécuté. L'oeuvre et la personnalité de Pasquale Paoli surprirent l'Europe. Deux témoignages nous rappellent l'intérêt que suscita à son époque le chef de l'éphémère Etat Corse indépendant. Ainsi, Jean-Jacques Rousseau entretenait une correspondance avec Paoli, qui lui avait demandé d'écrire la Constitution de son Etat. Le philosophe entreprit ce travail, qui n'ahoutit jamais, mais dont il reste une trace, sous la forme du I)rojel de C'OI1.\'lillllÙJI1 /)()ur la ('orse. L'intérêt que Jean-Jacques Rousseau portait ~l l'av~nir de l'île sc trouve confirmé dans son oeuv re majeure, l)u contra I socia I. IJ écrivit en effet au dixième chapitre: "JI e.')'tencore en r;uro/Je un IJay.",'caJ}ahle de légi.\;laljol/ ; c'est l'île de ('ofse. ra valeur et la cUl/s/al/ce avec laquelle ce brave peu})le a su recouvrer et défendre sa liherté I1zériterait bien que que/que hOll1/lle sage lui aJ)J},.il à la

3 Bl\RT()I.I Michel.- })as(juale Paoli, })ère de la Patrie corse. - Paris: Albatros, 1<J7..t- p. 70. (edition originale de 18(6).

27

conserver. J'ai que/que jJreSSenlÙnènl qu'un jour celle pelile île élonnera 1'F;urope"4.

Le second témoignage, sur la fascination qu'a pu exercer Pasquale Paoli sur les esprits de son siècle, est l'ouvrage d'un jeune aristocrate écossais, James Boswell. Celui-ci avait décidé de parcourir l'Europe en dehors des sentiers battus. Accrédité d'une lettre de Jean-Jacques Rousseau, il déharqua en Corse le 12 octohre 1765. Durant toute son épopée il tint un journal de voyage, puhlié en 176~ en Angleterre. Il connut assez rapidement un vif succès auprès d'un puhlic anglo-saxon fasciné par ce petit peuple qui défiait les grandes puissances européennes. Dans la première partie de "L'île de ('orse. Journal d'un voyage", James Boswell décrivit la Corse avec émerveillement et évoqua l'histoire du pays qu'il découvrait. Pris pour un ambassadeur du Roi d'Angleterre venu négocier la protection de l'île, Boswell fut partout acclamé. "I..Ql1lhasciadoreinglese" fut traité avec tous les ' honneurs, et il lui fut possihle de rencontrer le "Général de la nation". Il relata ensuite ses entretiens avec Pasquale Paoli. Sur un ton enthousiaste, il décrivit un homme "réellenlent grand et digne de la véritahle nohlesse des allciens te/11jJs"5.Il fit également l'éloge de son instruction et de sa clairvoyance:
"1~~n/JarlaI11 la guerre de ('orse : Vous verde re:.) nle dil-il) que si l'événe/1lent nous est favora hIe) 011ne 111anquera pas de IlOU..\' hO/1orer ell I~'ur()l)e du nonl de généreu.x défenseurs de la l.iherlé ; /nais que, s'il nous e..\'!contraire, IlOLLS .,'erOIl."jJlus regardés que CO/1l1lle Ile une trou/Je de rebelles"6

4 ROUSSFAU Jcan-Jacqucs.- 1)" contrat socia/.- Paris: Ilachctte (pluricl), 1988.- p. 237. 5 BOSWEl.I. Jalncs.-I. 'ile de Corse.- Paris: ] Icnnann, 1991.- p.176. & Ihid.- p. 152.

2R

L'épopée de la Corse indépendante ne dura que quatorze années. En 176R par le traité de Versailles, Gênes, qui n'avait plus d'espoir dc récupérer sa colonie, céda à Louis XV "ses droits" sur la Corse. En réalité, elle lui confia la gestion de ceIJe-ci en guise de gage pour des emprunts qu'eIJe n'arrivait plus à rembourser. Le roi de France était bien décidé à conquérir cette île au coeur de la Méditerranéc. Mais, Paoli refusa de voir son petit pays de 140.000 âmes, soumis à un grand Etat. Il ne céda pas aux pressions de Choiseul, l'envoyé du roi dans l'île. Une guerre entre la France et la Corse s'engagea. Malgré une défense héroïque, les armées corses ne purent résister à la puissance de leurs assaillants. l~ 8 mai 1769, dans les eaux du Golo, à Ponte Novu les armées dc Paoli capitulèrent. Celui-ci s'exila en Angleterre, l'ennemi héréditaire de la France. Son rêve d'indépendance fut éphémère, la Corse était une nouvelle fois conquise.

Jl. 2 '~e "Général de la nation" entre mythe et réalité

Paoli et son oeuvre firent l'objet de bien des représentations. Des statues lui furent érigées, le 8 mai reste céléhré par les nationalistes comme un jour de deuil... Bien évidemment, un tel mythe enjolive la réalité. Aussi allons-nous dresser un portrait plus critique. Pasquale Paoli n'avait pas une conception moderne de la démocratic. Ainsi, Ics Consultes élues devaient être inféodécs à sa personne, dans le but de construire un pouvoir fort. Certes, il manifcsta plus d'intérêt que lcs dirigeants de son époque à la démocratie, mais il fut élu à vie "Général dc la nation". Il s'opposa d'ailleurs au projet de Constitution que Rousseau rédigea à sa dcmandc. Le philosophe y prônait une organisation communautaire et égalitaire, le maintien d'une vie rustique, c'est-à-dire un Etat minimal, sans monnaie, ni armée, ni commerce a'vec l'cxtérieur ; autrement dit une Corse en dehors des affaires

29

européennes. Cependant, ce projet ne convint pas à Paoli qui avait d'autres amhitions. Tout comme sa conception de la démocratie, son patriotisme peut être sujet à critiques. En effet, Pasquale Paoli, la figure emhlématique du patriote corse, conscient que la taille de son pays ne saurait résister aux appétits des grandes puissances, tenta de contracter des alliances. Il se dirigea naturellement vers les Anglais, eJlnemis héréditaires du roi de France. Ainsi, en 1769, il trouva asile à Londres. Après la Révolution française, Paoli de retour d'exil devint député de la Corse à l'Assemhlée nationale, où il fut accueilli en héros. Le 30 novembre 1789, il se proclama en faveur du rattachement de la Corse à la France née de la Révolution. Le 1<Javril 17<J3,l écrivit au député Andrei: i
"/1 il1ljJorte que nOllS soyons de coeur attaché à la I;rance car elle nOllS offrira toujours plus d'avantages que toute autre nation. Quelle que soi/la situation que le sorlnous réserve, diles à ceux qui Ille connaissent bien que je ne serai janlais indifférenl à la liherté de la France. Si ce jJeu/Jle retol1zhe dans la servitu(/e, a(/ieu les e~ïJérunces de lu liberté, ~\ïJéciale/llent jJour les /Jetils l:'tats. l'elle sera toujours /lIa façon de /Jenser résolu de dellleurer dans celle ligne (le conduite, Oil /lIe verra sans cesse occuJJé du soin d'assurer à /lla /Jatrie une liberté
,.

cO/1zhinée

avec

celle

des [:rança

is

If.

Opposé à la Terreur, Pasquale Paoli fut exclu de la Convention le 17 Juillet 17<J3.Déçu par les révolutionnaires, il accepta en 1794 de fomenter un coup d'état avec l'appui de la flotte anglaise. Accueilli par une foule en liesse, il reprit le pouvoir. Les Britanniques menaient à hien leur politique d'affaiblissement de la France, afin de se prémunir contre toute contagion révolutionnaire. En juin 1794, tous les liens avec la France furent rompus. Un royaume anglo-corse fut créé, sa Constitution plaçait l'île sous la protection de George III qui en

30