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Le sang de l'obéissance

De
124 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 256
EAN13 : 9782296318359
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Collection "Encres Noires" Dirigée par Gérard da Silva
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Cheick Oumar Kanté, Après les nuits les années blanches. Gaston-Paul Effa, Quand le ciel se retire. Sydia Cissé, Le crépuscule des damnés. Edilo Makélé, Long sera le chemin du retour. Moudjib Djinadou, Mais que font donc les dieux de la neige? Boubacar Boris Diop, Les traces de la meute. Philippe Camara, Discopolis. Pabé Mongo, Nos ancêtres les baobabs. Vincent Ouattara, Aurore des accusés et des accusateurs. Abdourahmane Ndiaye, Terreur en Casamance. (Polars Noirs). Kama Kamanda, Lointaines sont les rives du destin. Ken Bugul, Cendres et braises. Jean-Jacques Nkollo, Le paysan de Tombouctou (Théâtre). El Ghassem OuId Ahmedou, Le dernier des nomades. Mamadou Seck, Survivre à Ndumbélaan. Georges Ngal, Une saison de symphonie. Pius Ngandu Nkashama, Le Doyen Marri. Moussa Ould Ebnou, Barzakh. Olympe Bhely-Quenum, Les appels du Vodou. El Hadj Kassé, Les mamelles de Thiendella. Dominique M'Fouilou, Le quidam. Nocky Djedanoun, Yana. Albert Thierry Nkili Abou, Carton rouge. Pius Ngandu Nkashama, Yakouta. Maria Nsue Angüe, Ekomo Alex I-Lemon, Kockidj, L'étrangefillette Essomba, Les lanceurs de foudre Thérèse Kuoh Moukoury, Rencontres essentielles. Mamadou Gayé, Lait caillé. Denis Oussou-Essui, Rendez-vous manqués. Auguy Makey, Sur les pas d'Emmanuel. Ruben Nwahba, L'Accouchement Charles Carrère, Mémoires d'un balayeur, suivi de contes et nouvelles.
(Ç)L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4199-8

Salim HATUBOU

L'E SM(Jj tJJtEL'O'HÉLSSM(CE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 7 5005 PARIS

Pour toute ma famille et ma rose brune d'El-Harrouch. Aux ennemis que ces pages vont me créer.

Je remercie MM Gresy-Aveline et Jacques Broda, l'un m'a appris les règles grammaticales à l'université et l'autre, la Iutte.

« J'ai eu mon premier mari à seize ou dix-sept ans. Je ne le connaissais pas, parce qu'il habitait à Madagascar. Un matin, mon père est venu me voir avec un homme et m'a dit: "H., serre la main de ton mari" Et nous nous sommes mariés.»
Témoignage d'une fille comorienne

«Tout commence par la femme, nous le savons depuis

longtemps.

»

Rachid MIMOUNI (L'Honneur de la tribu) «Je m'empresserai d'ajouter que l'Histoire ne nous enseigne pas des leçons, mais des images qu'il nous faut

réapprendre sans cesse et transmettre. »
Lewis NKOSI (Le sable des Blancs)

e te vis cette nuit-là, perdu dans la pénombre de ta mémoire. Je te tendis la main et te dis: «Viens me parler des tiens! Viens me dire ce que tu sais! Raconte-moi les paroles des innocents! » Tu étais accroupi dans l'exil qui déchirait ton cœur et tes entrailles. Jeune et beau. Tu tournas la tête comme si tu ne comprenais pas ma langue, mon langage. Mais tu savais très bien ce que je te demandais. Tu le savais. Aujourd'hui, les larmes aux yeux, tu viens vers moi. Tu pleures ton pays saigné et, comme l'aveugle que j'ai mille fois aperçu à la plage des ténèbres, tu tâtonnes et cherches le chemin de l'avenir. L'avenir des tiens. Mais pourquoi cette aphasie mon fils? Pourquoi le silence te condense-t-il le flanc à l'instar d'un étau? Tu regardes à droite et à gauche. Non, tu n'es pas suivi, mon fils. La peur est un venin, je le sais. Tu n'oses pas dire ce que ceux de ton âge voudraient rugir, mais qui, les lèvres appesanties, ne peuvent pas le faire. Ils sont - vous l'êtes tous d'ailleurs - opprimés par je ne sais quel pouvoir sibyllin. Tu te lèves. Tu me regardes. Tu es toujours jeune et beau. Tu me dis que tes mots sont blessés, ta parole, ankylosée, ton Verbe, agonisant. Alors tu cherches refuge dans la réticence. Ecoute-moi, mon fils: tes mots sont-ils réellement blessés? Tu préfères te taire, me dis-tu, alors pourquoi as-tu cherché à acquérir le savoir et à découvrir les secrets des livres? Hein? Pourquoi n'es-tu pas resté là-bas, au pays contusionné, pour guerroyer la terre sèche et conduire les bœufs décharnés à l'abreuvoir? L'amnésie, taciturne hirondelle, t'aurait-elle pris sur ses ailes pour un sanglant voyage? Dieu, que tu es triste! Seigneur, que tu es beau!

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Le sang ae {'obéissanc.e

Tu penses à la jeunesse comorienne et tu pleures. Laisse couler tes larmes! Un chemin vous est tracé, jeunes Comoriens, et vous le suivez. Innocemment. Vous l'empruntez, parce que d'autres l'ont pris. Mais ceux-là sont perdus. Vous avez clairement vu leur navire s'échouer sur les sables de la désolation. Mais vous fermez les yeux et vous forcez à croire qu'en ne suivant pas ce layon de la perdition, vous serez égarés. Incompréhensible, je l'avoue. Vous continuez à vous plier à des consignes et des chartes, qui n'ont d'ailleurs aucune raison d'être, que vos aînés ont minutieusement imposées. La couverture de plomb concasse les tiens. Soulève-la mon fils! Mon enfant, réfléchis. Médite. Laisse ton esprit voyager sur le dos de mes mots. Le temps, vêtu d'une longue robe de mousseline noire, passa et, calmement, s'abreuva de vos réelles traditions. Assieds-toi là, mon fils. Je vais te raconter l' histoire que personne n'a jamais voulu dire parce qu'elle triture la conscience des tiens. Laisse-moi passer ma main sur ton visage et ouvrir ainsi tes yeux. Qui suis-je, me demandes-tu. Je l'ignore, parce que, franchement, je ne me suis jamais posé cette question (sans doute faudra-t-il que j'y songe un jour! J. Depuis des siècles, j'assiste aux traditions de tes vaillants ancêtres. Mais voilà, aujourd' hui, je ne comprends plus rien parce qu'à chaque pas de la vie, les hommes distordent ce bel héritage. Et je pleure. Hier, j'ai interrogé les étoiles: je leur ai demandé de me montrer le chaînon qui manque ou celui qui est venu s'intercaler parmi les autres pour que la quintessence du patrimoine comorien se soit évaporée. Les astres ont réuni le conseil des Sages. Mais aucun n'a su me donner une réponse bien précise. Désespéré et désorienté, je pose la question au vent qui passe, à la mer qui gronde sa rage, au soleil qui se lève, à tout le peuple comorien. Oui, pourquoi avez-vous défiguré vos riches traditions? Arrête de gesticuler, mon fils, et ouvre ton cœur à mon histoire, celle qui commença le jour où la nouvelle amphigourique tomba... Mais, en y réfléchissant bien, le début ne se situe pas ici! Non... Ou bien que... Mais peu importe. Peu importe.

Alors...