Les chemins de mon judaïsme

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296273634
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LES CHEMINS DE MON JUDAÏSME

Armand LUNEL

LES CHEMINS

DE MON JUDAÏSME
et divers inédits

Textes présentés par Georges JESSULA

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

En couverture:

Portrait d'Armand

LUNEL par André MARCHAND.

@ L'HARMATTAN, 1993 ISBN: 2-7384-1678-0

AVANT-PROPOS

Georges

JESSULA

I. LE PARCOURS D'UNE VIE Il n'a pas laissé de testament, ni aucune manifestation de ses dernières volontés, et de son vivant, il n'était pas porté aux confidences sur les écrits qu'il mettait en chantier. A la mort d'Armand Lunel, quatre textes demeurés inédits avaient été partiellement dactylographiés par son épouse Suzanne, et revus par l'auteur; le dernier, qu'on peut dater de 1975, consacré à Mon ami Darius Milhaud, se prêtait mieux à une publication séparée (Edisud éd., juin 1992) en revanche, ceux qui sont recueillis et publiés aujourd'hui permettent, une fois rassemblés, de reconstituer à défaut de Mémoires en forme de construction achevée, du moins quelques pans de l'édifice. Les trois textes inédits que je propose aujourd'hui au lecteur ont été composés semble-Hl entre 1972 et 1976. La maladie (il devait mourir à Monaco le3 novembre 1977) interrompit toute activité littéraire, de sorte que, dans ce volume, deux textes inachevés précèdent une œuvre menée jusqu'à sa conclusion et revue par l'auteur dans sa version dactylographiée. Dans l'ignorance où nous nous trouvons j'ai adopté un ordre qui me paraissait favorable à une approche et à une compréhension de la pensée d'Armand Lunel. Ce seront: - Le Pèlerin du Comtat (inachevé). - La Khagne de Henri IV. Les Chemins de mon Judaïsme. Nos vies juives ne manquent jamais de rencontrer sur leur chemin l'Histoire, et bien souvent les événements qui se jettent à la traverse dont parle Bossuet, modifient nos conditions de

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vie et modifient le cours de nos pensées. Ce testament inachevé, ce credo, illustre de manière saisissante les contrastes des sentiments et de la méditation intellectuelle d'Armand Lunel, écartelé, a-t-il écrit, entre les doux souvenirs d'un Carpentras juvénile et paisible et la violence barbare déchaînée en 1940. Enfin, le souvenir de la préparation, à Henri IV, du concours d'admission à l'Ecole Normale Supérieure, et de l'enseignement du philosophe Alain, m'ont paru dignes de compléter ce volume. Ces quelques pages prendront place immédiatement après les souvenirs d'enfance. Pour désigner cette période de sa vie, Armand Lunel se plaisait à emprunter à Goethe, l'expression "Les années d'apprentissage". Armand Lunel, né à Aix en 1892, a toujours invoqué sa double appartenance aixoise et carpentrassienne. Contrairement à tant de jeunes provinciaux qui, achevant leurs études à Paris, découvrant l'infinie variété que la capitale peut offrir, en matière de recherches, en sujets d'inspiration, ou en stimulants intellectuels, oublient vite leurs origines, Armand Lunel à 17 ans invoquait une appartenance provençale dont il ne devait jamais se départir. Aix représentait pour lui la Capitale, la rigueur intellectuelle enseignée au Lycée Mignet, la ville des amitiés de jeunesse que la mort seule a pu dissiper, la découverte de la peinture de Cézanne, un inconnu à Aix vers 1910, et celle des paysages cézanniens. Pour reprendre une expression à la mode à cette époque, Aix était pour Armand Lunel le "domaine" intellectuel, mais Carpentras sera le "domaine" poétique. C'est de son grand père maternel, à Carpentras, qu'il recueillit les premiers témoignages de la vie de ses ancêtres, portant tous le nom de Lunel Cdu côté paternel et du côté maternel) et de l'itinéraire qui, de la ville de Lunel, les avait amenés dans le Comtat puis en Provence et à Aix. Judéo-comtadins, juifs du pape, ces désignations maintenant familières au grand public, n'étaient guère connues, il y a à peine vingt ans, en dehors d'un groupe très restreint formé des descendants de ce petit nombre de familles juives ayant vécu dans le Comtat Venaissin, et de quelques érudits. Les articles consacrés à tel point de détail s'étaient, il est vrai, succédé depuis un siècle, mais les ouvrages généraux sont restés très rares. J'aurai l'occasion de mentionner le pionnier, Ernest Sabatier (1877); une étude très complète sur la Communauté de Carpentras, par Isidore Loeb mérite une mention particulière, mais, uniquement publiée Cen 1886) par la Revue des 8

Etudesjuives, à combien de lecteurs est-elle accessible de nos jours? Ainsi il y a vingt ans, les lecteurs s'intéressaient-ils à bien d'autres sujets, et la longue histoire d'une communauté si réduite, à peine perceptible dans son petit territoire au sein de la France catholique, n'attirait guère l'attention des spécialistes de l'Histoire Juive et moins encore celle de leurs éditeurs. En 1975, Armand Lunel renouvelait donc toutes les publications sur ce sujet, ses successeurs ont, de nos jours, plus de succès. Au terme de longues recherches érudites, René Moulinas a consacré aux juifs du Pape deux ouvrages. Le premier (Belles lettres, éd. 1981, 584 p.) abonde en détails et en références bibliographiques, volontairement limités aux XVIIeet XVIIIe siècles. Puis dix ans se sont encore passés avant que ne paraisse sous le même titre, une synthèse accessible au grand public où René Moulinas a écrit l'histoire des Judéo-Comtadins depuis leur origine jusqu'à nos jours (Les juifs du Pape, Albin Michel éd., 1991). Le propos d'Armand Lunel, dont le centenaire fait l'objet en 1992 d'une Célébration Nationale, était légèrement différent; il s'acquittait d'un pieux devoir, et la rigueur historique à laquelle il s'est attaché ne faisait toutefois pas obstacle, lorsqu'il écrivait l'histoire de tous ses ancêtres, à l'émotion poétique, à une certaine malice aussi. Armand Lunel, que nous verrons occuper à Monaco le même appartement pendant plus d'un demi-siècle, s'imaginait en pensée, lui, le sédentaire, toujours en marche sur plus d'un chemin: chemin de la vie, chemin de la connaissance, retour en pèlerin vers les lieux enchantés de son enfance (Le Pèlerin du Comtat) et, sur la fin de sa vie, traçant sur une grande carte idéale, l'itinéraire de ses méditations intellectuelles et métaphysique (Les Chemins de mon judaïsme). Pour reprendre le propos de Pascal, on croit lire un livre historique, et on trouve un homme. Un rapide survol de cette longue histoire des Juifs du Midi de la France ne fera pas double emploi avec les publications très complètes que j'ai citées. Car il rappellera les faits les plus importants aux yeux d'Armand Lunel, auxquels la pensée du lecteur se référera souvent pour une juste intelligence des Chemins de mon judafsme. Une fois encore nous voici sur les chemins de l'Histoire, celle des Lunel, qui les ont menés du Languedoc en Provence, puis en terre du Pape, puis de nouveau en Provence, terroirs, reliefs, climats différents, comme le souligne Armand Lunel qui, à ce propos, ne cesse d'invoquer 9

Michelet. S'y ajouteront, pour la vie quotidienne, pour l'histoire de la vie civile et de la vie religieuse, des témoignages recueillis en famille dans toute leur authenticité. De la Gaule Romaine aux Etats du Pape Les archives de l'état civil et les archives paroissiales de la Communauté Juive de Carpentras permettent de tracer avec certitude la généalogie d'Armand Lunel depuis le début du XVIIesiècle. Mais pour comprendre ce qui devait constituer l'œuvre de toute une vie, il faut remonter beaucoup plus haut, jusqu'au premier siècle avant l'ère chrétienne. Il n'y aura rien de paradoxal dans cet énorme retour en arrière si l'on veut bien admettre que la généalogie de ces familles Lunel de Carpentras et de Cavaillon peut être considérée comme un exemplaire de référence à ceux qu'on nomme communément "Les Juifs du Comtat". Et comme les "Juifs du Comtat" n'existent en tant que tels que depuis 1276, il nous faudra étendre nos recherches plus haut dans le temps pour retrouver les chemins qui, au XIWsiècle, ont mené quelques familles expulsées de toutes parts, vers une petite terre d'asile préservée dans le midi de la France. L'espace géographique parcouru par ces exilés a parfaitement été défini dans l'ouvrage qu'Armand Lunel, vers la fin de sa vie, a publié sur les Juifs du Languedoc, de la Provence, et des Etats français du Pape. Un peuple ne parcourt pas deux mille ans d'histoire sans essuyer quelques tempêtes, qui ne manquent jamais dans aucune chronique juive. L'histoire de ce quadrilatère irrégulier qui touche Lyon et Grenoble au Nord, suit la vallée du Rhône puis s'écarte à l'Est vers la vallée du Var jusqu'à la côte et recouvre à l'Ouest ce qu'il convient d'appeler le Languedoc jusqu'aux Pyrénées, peut se diviser en trois périodes dont la durée est très inégale. La première étape, la plus longue, s'étend sur treize siècles depuis le l''' siècle avant J.-c. jusqu'en 1204, date de la première Croisade, dite des Albigeois. La seconde période varie de cinquante à deux cents ans, selon les régions considérées. C'est celle des expulsions. La troisième période commence en 1276 lorsqu'un petit groupe de familles juives souscrit une convention avec l'Evêque de Carpentras qui leur accorde asile et protection. Le document est parvenu jusqu'à nous. Ce sera la période des 10

«judéo-Comtadins » qui s'est prolongée jusqu'à la disparition des Etats Pontificaux et à l'émancipation des juifs à la Révolution Française. On pourrait donc ftxer à 1791 la fm de cet épisode. On peut aussi considérer qu'il n'est pas terminé de nos jours, car ceux qui, profitant de l'émancipation décrétée par l'Assemblée Constituante établirent hors des anciens Etats Pontiftcaux, dans des régions plus prospères, ne cessèrent et ne cessent encore de se réclamer de leur appartenance à Avignon, Carpentras, l'Isle ou Cavaillon. Et pourtant ils pourraient également se référer à leurs lointaines origines provençales, languedociermes et dauphinoises. C'est ainsi que cette quête historique fera mieux comprendre pourquoi les noms de vieilles familles du Comtat Venaissin font référence à des villes et villages bien éloignés du Vaucluse, à l'exception de Bédarrides, Monteux, Bedoin. Si nous reportons sur une carte Carcassonne, Milhau, Lunel, Valabrègue, Mayrargue, Puget, Crémieux, il nous faudra bien reconstituer les chemins qui ont conduit toutes ces familles juives vers quelques petites villes du Vaucluse. Encore devrons-nous prendre des précautions, car les archives de notaires nous apprennent qu'une famille Bédarrides était originaire de Cavaillon, mais qu'une famille Cavaillon était originaire de Bédarrides. On a trouvé à argon une lampe comportant sur deux faces l'image de la ménorah, le chandelier à sept branches. Elle pourrait être datée de 30 avo J-c., selon Armand Lunel qui avait dû consulter son ami le grand archéologue Fernand Benoît. Les ouvrages actuels la rajeunissent de cent ans, de toutes manières cette lampe atteste de la présence des juifs en Provence au début de l'Empire Romain, très probablement avant même la destruction du Temple par Titus. Il y avait dans les grands ports, à Marseille, Arles, Narbonne, des communautés, et dans les campagnes, des juifs possédant des domaines agricoles où dit-on, ils plantèrent beaucoup de vignes, lointaines parentes du Girondas. Certains d'entre eux étaient citoyens romains. On a la trace, dans les siècles suivants, de nombreuses conversions de païens au judaïsme. Les vieux Dieux de l'Olympe n'étaient alors plus guère invoqués, ceux qui se détachaient du paganisme de l'Illiade cherchaient à l'Est d'autres croyances telles que le culte de Mytra, ou inclinaient vers le monothéisme ayant le choix entre diverses variantes chrétiennes et le judaïsme. Ils se ftrent donc chrétiens et ils se firent juifs. "Nos pères les Gaulois !" invoquent en chœur les juifs du Comtat, et les historiens leur donnent raison. 11

Mais au IV"siècle, la religion catholique devient religion officielle de l'Empire, les Evêques s'émeuvent des progrès du prosélytisme juif, les conversions se raréfient. Durant près de neuf siècles, les communautés juives disséminées sur le pourtour méditerranéen purent vivre en paix avec évidemment, de temps à autre, des situations désagréables. Les guerres, les invasions, les épidémies, avaient réduit la population de tout le monde occidental, les communautés juives les plus importantes devaient compter quatre ou cinq cents individus. Lorsque la conquête arabe eut recouvert toute la rive Sud de la Méditerranée, les Juifs, par leur connaissance de l'arabe, par leurs liaisons avec leurs correligionnaires, jouèrent en Occident un rôle capital, à la fois dans les échanges de marchandises et dans les échanges d'idées. Ils rendaient accessible à l'Occident l'apport intellectuel arabe qui lui-même véhiculait le legs de l'Antiquité grecque. Rabbins et savants rassemblés en nombre dans les villes de Narbonne, Lunel, et proches de l'Université de Montpellier, s'adonnaient à l'étude des textes sacrés, élaboraient des théories mystiques (on dit que la Cabbale est née à cette époque dans ces écoles), mettaient au point un hébreu dit rabbinique mêlé de termes chaldéens, grecs et provençaux, ce qui dans les synagogues inaugura les célèbres pyioutim (alternance d'un vers hébreu et d'un vers provençal), et aussi étudiaient la philosophie d'Aristote, les mathématiques et enfin la médecine, puisqu'une plaque de l'ancien hôpital de Montpellier rappelle le souvenir de deux Tibbon originaires de Lunel, le père et le fùs, professeurs de médecine en 1099. C'était, dit Armand Lunel, le siècle d'or 0100-1200 environ) des Juifs du Midi. Ces savantes écoles juives se prolongèrent dans le Midi un siècle encore, citons Todros d'Arles (337), Moïse de Narbonne (344) et enfin "Léon le Juif'. Les doctrines religieuses paraissaient parfois hardies à l'orthodoxie rabbinique qui n'avait pas admis les théories de Maiomonide. Cette divergence par rapport à l'orthodoxie était également visible chez les chrétiens parmi lesquels se développait le Catharisme, il est probable qu'une certaine facilité des échanges et de la circulation des personnes et des idées, en particulier pour les Juifs méditerranéens, ait favorisé cette diversité des doctrines et ce ferment intellectuel. C'est précisément un changement politique dans le monde arabe qui, entravant la circulation vers l'Orient et les Lieux Saints, et l'importation des épices, fut à l'origine des Croisades. De nos jours, on parle souvent de la Belle Epoque» et pourtant nous savons que dans les premières années du XX"

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siècle, la vie n'était pas belle pour tout le monde. Depuis l'Empire Romain, les Juifs avaient subi bien des tracasseries et des attaques mais dans le Midi de la France, c'est bien au XIIe siècle qu'ils furent le plus mêlés à la vie locale: commerçants, artisans, banquiers et pour beaucoup d'entre eux, agents des impôts, ce qui évidemment n'était pas populaire. Il convient de signaler aussi que, contrairement aux affirmations des Légats de l'Inquisition, il n'y eut jamais de rapprochement entre les Cathares et les Juifs, aucune sympathie particulière ne les unissait, mais les uns et les autres, à compter de 1204, ont préféré subir le martyre sur les bûchers plutôt que de renoncer à leur foi. Le temps des tribulations était venu. Nos Juifs du Midi avaient eu près d'un siècle de sursis, l'antisémitisme violent, tous les historiens sont d'accord, remonte à la Première Croisade. On partait délivrer le tombeau du Christ, il fallait d'abord tuer les descendants de ceux qu'on tenait pour responsables de son procès. Les communautés du Nord de la France et de l'Europe subirent d'affreux massacres (1096). Cent ans après, la Papauté ne s'intéresse plus guère aux Lieux Saints. Elle veut abattre l'hérésie en Occident. Le Pape encourage une grande expédition féodale (la dernière du genre) des Seigneurs du Nord vers ce Midi français où Cathares et Juifs seront pourchassés et convertis de force. Pour faciliter cette action, le Concile de Latran impose aux Juifs le port de la « rouelle» en 1215, et Grégoire IX crée en 1233 l'Inquisition. Les Rois de France deviennent hostiles aux Juifs, par scrupule religieux, lorsque Saint-Louis fait brûler les Talmud en 1260, ou par cupidité sous Philippe-le-Bel. Les Rois avaient repris à leur compte le mouvement de Croisade contre les Albigeois, la dernière expédition d'envergure date de 1243. La royauté atteint son but lorsque, en 1271, le Comté de Toulouse fut réuni au domaine royal. Désormais, les agrandissements du domaine royal vont réduire la surface et le nombre des pays où les Juifs pouvaient espérer vivre en paix. De nos jours, entre 1930 et 1945, en une période beaucoup plus courte mais beaucoup plus meurtrière, certains d'entre nous ont été confrontés à une situation analogue à celle de ces familles juives du Moyen Age qui, chaque fois, dans un intervalle plus long, d'une génération à peu près, voyaient un pays se fermer et devaient tout quitter, partir. Mais où aller? Une sèche énumération sera suffisamment éloquente. 13

Royaume de France: expulsion en 1306 annulée en 1314, expulsion en 1322, rappel en 1359, expulsion définitive de tout le Royaume en 1394 jusqu'à 1791. Nos Carcassonne, nos Lunel, nos Milhau, nos Lattes, nos Beaucaire, purent encore traverser le Rhône et trouver asile en Provence et dans le Dauphiné. Mais la France s'agrandit, Lyon en 1420, d'où l'on chasse les Juifs, de même qu'en Dauphiné en 1456 et enfin, la réunion de la Provence au Royaume en 1487 déclenche inexorablement l'expulsion des Juifs. Où aller? L'Espagne et le Roussillon s'étaient fermés; certains provençaux partirent de Marseille en même temps que leurs correligionnaires espagnols, vers l'Empire Ottoman. Avant de nous occuper exclusivement de ceux qui réussirent à s'établir dans les Etats du Pape, portons un court instant notre regard audelà des Alpes. Le grand écrivain Primo Levi a raconté, dans un recueil de nouvelles récemment traduit en français, "Le système périodique", l'histoire de ces provençaux du Piémont dont il descendait, et le grand historien Momigliano qui vient de mourir avait lui aussi conservé le plus vif souvenir de leurs rites religieux et de leurs noms. Je ne sais si les Foa sont originaires de Foix, mais aucune erreur n'est possible pour Migliau, Lattès, Bédarrida, Valabrègua, Provenzali ; Astruc est devenu Astrologo et Lunel a repris le nom hébreux de la Lune: Jerach ; Momigliano venait de Montmélian. On disait que tous ces provençaux avaient introduit l'élevage des vers à soie au Piémont. Nous voici au seuil de la troisième étape. Nous allons franchir la frontière des Etats Pontificaux du Vaucluse, signalée à l'époque par de grandes croix dorées. Lorsque Armand Lunel consacrait cinquante années de son existence à faire connaître par le théâtre, par ses romans et par ses publications historiques quel fut le sort de ses ancêtres du Comtat Venaissin, il agissait, on l'a vu, en pionnier et l'Histoire, notre histoire contemporaine, accompagnait la vie et l'œuvre de l'écrivain. Ce qui n'était qu'une joyeuse expression poétique en 1925, le Carnaval d'Esther mis en musique par Darius Milhaud, devenait au cours des années une référence scientifique, géographique, historique et linguistique, et prenait sa forme définitive après les tragiques années d'épreuve durant l'Occupation, forme plus mûre et beaucoup plus mélancolique; ce sera le testament intellectuel d'Armand Lunel. L'ouvrage a pour titre Juifs du Languedoc de la Provence et des Etats français du Pape!. 14

La communauté

desjudéo-Comtadins

Les origines géographiques de bien des noms de familles juives du Comtat ont déjà été mentionnées. Il y avait aussi des noms bibliques, interprétés parfois en provençal: Massé, Abram, Caen de l'Isle, Levi-Provençal, avec, disait Armand Lunel, deux exceptions: Astruc dont les Italiens ont fait Astrologo, et Naquet, le valet du jeu de cartes disait l'écrivain, plus spécifiquement le servant d'une pièce d'artillerie au XV" siècle (ce qui peut expliquer la brillante carrière militaire de certains Naquet). Il y avait aussi pour tous ces individus qui portaient parfois le même nom, des sobriquets malicieux: David le pichot (était très gros), le gros Mossé (était maigre) et Carcassonne le voleur... Leur destin avait donc rassemblé tous ces méridionaux dans un petit territoire dont la géographie physique est très distincte de celle de la Provence. Armand Lunel était très sensible à ce contraste: Bien que la véritable limite géographique entre la Provence et le Comtat fût marquée un peu plus haut par les larges sablons de la Durance, c'est à partir de l'Isle seulement que j'ai eu la franche impression d'avoir enfin passé une frontière et laissé derrière moi une autre partie. Là-bas, consumés par la lumière et la sécheresse, des arbres presque sans couleur, mais d'un dessin précis, l'olivier géométrique, le maigre amandier et la pulpe secrète, concentrée de leurs fruits minuscules ; un terroir sobre et qui rend peu; un paysage avare qui se garde entre ses lignes pures dont j'ai deviné tard la douceur. Ici, partout, les signes d'une molle richesse: des ombrages confus et paresseux, de longues charrettes gémissant sous une charge splendide de légumes, et l'odeur ivre, folle, des prairies mouillées. On met le pied sur une terre généreuse et prodigue, un beau, riche et vaste jardin qui saura satisfaire tous les sens, et plus encore, l'odorat et le goût que les autres. Le pape Clément VI disait, il y a déjà six siècles, en parlant du Comtat, avec toute la grasse componction de son latin ecclésiastique: nostrae recreationis pomoertum, l'enclos de nos délices» 2. L'exercice du pouvoir pontifical était subrogé à un Légat fixé à Avignon, assisté d'un Vice Légat siégeant à Carpentras. Les

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1. Albin Michel éd., 1975. 2. Armand Lunel, Carpentras 1931, n° 36.

ou l'âge d'or. Revue Hebdomadaire,

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archives, bien conservées, ont permis aux historiens de retrouver une multitude de règlements de tous ordres, applicables aux Juifs. Cette minutie, égalant presque celle qui régit tous les actes de la vie religieuse des Juifs pratiquants, avait pour but de contenir dans des limites très étroites tous les aspects quotidiens de l'activité des communautés, auquel s'ajoutait bien évidemment un but fiscal. Les Juifs acquittaient au moins deux fois plus d'impôt que leurs homologues chrétiens, et par prudence, ils omettaient rarement de prévoir dans leur testament un legs symbolique de cinq sols à la Chambre Apostolique de N.S.P. le Pape. D'autre part, la Communauté, divisée en trois "mains" selon la fortune, s'administrait elle-même. Les obligations et interdictions de toutes sortes ont été rappelées et répétées sans cesse aux XVII" t XVIII"iècles, ce qui conduit les hise s toriens à supposer que ces règlements n'étaient pas tous appliqués, et que la pratique, grâce à quelques compensatins financières, était plus souple que la théorie. Si l'obligation du port du chapeau jaune pour les hommes et de la cocarde ou petassoun pour les femmes était de rigueur, l'interdiction de passer même une nuit en dehors des frontières devait être souvent tournée. Les Juifs étendaient leurs affaires assez loin, profitant des franchises des foires, à Lyon, Beaucaire en particulier. Dans la France rurale de cette époque on voyageait très peu au point que dans les foires, Carpentrassien était synonyme de Juif. Par contre la résidence dans les quatre communautés était strictement règlementée. Le ghetto, la Carrière disait-on, n'existe pratiquement plus, mais le cimetière de Carpentras, aussi émouvant que ceux de Venise et de Gibraltar, existe toujours, près de l'Acqueduc. La vie, rythmée par les fêtes et les offices religieux, se concentrait autour de l'. Escolo ., la Synagogue. On connaît le coût de ces constructions. Il témoigne de la richesse de certains donateurs, alors que l'ensemble des fidèles était d'une condition assez misérable, la Synagogue qu'on peut voir de nos jours à Avignon a pris la place d'un vieil édifice incendié il y a cent quarante ans. Celle de l'Isle a disparu mais il nous reste deux joyaux à Cavaillon et à Carpentras. Celle-ci a conservé le bain rituel, la Cabussadou, pour les femmes. Toutes deux ont encore leur four utilisé une semaine par an pour Pessah. Les azymes qu'on appelait. coudolles. étaient très différents de ceux que nous connaissons, si nous en croyons Armand Lunel: Alors que les azymes alsaciens sont pareils à l'indigeste feuille de carton, nos coudolles se présentaient (j'emploie hélas l'imparfait puisque le four s'est

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éteint et que la tradition s'est perdue) sous la forme d'une grande feuille de laurier percée d'ouvertures régulières leur donnant l'apparence d'un treillage, d'où leur légèreté si savoureuse que c'était gourmandise de faire Pâque chez nous... Si les Juifs ne pouvaient guère sortir du Comtat, leurs coreligionnaires ne pouvaient pas plus s'y établir. Il y eut à plusieurs reprises des épisodes douloureux au cours desquels les Juifs comtadins s'opposèrent violemment à de petits groupes de Juifs de l'Est en quête d'un asile. Mais comme d'autre part les Comtadins n'étaient guère adonnés à la théologie, il fallait bien recruter un rabbin au dehors, le contrat prévoyait alors que si le rabbin venait à mourir, sa famille devait quitter la ville dans le mois qui suivait. Chaque soir les portes de la Carrière se fermaient, les gardes (payés par les Juifs comme en Italie) veillaient à ne laisser sortir ou entrer personne. A l'intérieur, une certaine sécurité régnait si l'on considère que le dernier progrom remontait à 1479. Une des plus pénibles obligations imposée aux Juifs était celle d'assister le dimanche à un sermon, où un fougueux prédicateur entreprenait de les convertir. La chaire du moine avait été payée par les Juifs et, en 1791, le prêche fut aboli et les Juifs demandèrent la restitution de la chaire. La synagogue n'étant pas située à l'intérieur de la Carrière, l'accès n'y était donc pas toujours libre. En particulier lorsque la Pâque Juive coïncidait avec les Pâques chrétiennes, il était interdit aux Juifs de venir célébrer la sortie d'Egypte dans leur maison de prières. Ils qualifiaient cette coïncidence chronologique: » Le jour de la Récluston et y avaient consacré une prière particulière transcrite par Armand Lunel et mise en musique par Darius Milhaud, plus d'un siècle après qu'elle fut devenue inutile. La population juive du Comtat était inférieure à deux mille âmes, inégalement réparties, Avignon n'en comptant que quatre cents par rapport à vingt-quatre mille. Par contre à Carpentras, mille Juifs vivaient auprès de dix mille chrétiens. La population de Carpentras était hostile aux Juifs, les petits enfants se moquaient de celui qui passait dans la rue revêtu du

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chapeau jaune, ils l'obligeaient à sa grande horreur à » faire kavos ., se prosterner devant une procession ou le Saint
Sacrement. Les Juifs de Carpentras, conscients de l'hostilité populaire, conservèrent leur chapeau jaune à la Révolution, il fallut un décret leur en interdisant le port et les obligeant à porter le chapeau noir. Les fêtes étaient célébrées en famille ou dans 1'''Escolo'', à l'exception de celle de Purim. En écho à la coutume italienne,

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par toute la population. On y représentait des pièces de théâtre en provençal. Armand Lunel, adolescent, avait reçu des mains de son grand père une réédition (1877) d'une tragédie bouffe, œuvre du XVIIIe siècle, qui situait à Carpentras une intrigue calquée sur l'histoire biblique d'Esther. Cette réédition est précédée d'une savante préface d'Ernest Sabatier qu'on peut considérer comme le premier historien des judéo-comtadins, connaissant l'hébreu, le provençal classique (celui de Carpentras est qualifié de patois D, Sabatier signalait que la Reine Esther, tragédie provençale écrite par Mardochée Astruc et Jacob de Lunel, avait été précédée d'autres pièces de circonstances hébraïco-provençales. Dans le «patois» local, les Juifs avaient introduit des mots dérivés de l'hébreu, et dans les foires certaines expressions incompréhensibles des non initiés permettaient de consulter un compère. Les maquignons qui n'étaient pas tous Juifs avaient conservé entre eux de telles expressions qu'ils employaient encore en 1920, témoigne Armand Lunel. Cette Esther de Catpentras telle que l'interpréta et la réécrivit Armand Lunel, mise en musique ensuite par son ami Darius Milhaud, se situe à la source de l'inspiration littéraire d'Armand Lunel dans sa référence à la vie de ses ancêtres comtadins. Il est bon d'évoquer ici le souvenir de H. Chobeau, archiviste à Carpentras puis à Avignon qui, inlassablement, aida Armand Lunel à constituer sur son sujet une documentation très rigoureuse. Dans l'exemplaire d'un de ces textes auxquels j'ai fait allusion, j'ai retrouvé deux lettres de Chobeau datées de 1932. Elles précisent des points d'histoire et formulent une courtoise réserve sur le ton optimiste d'Armand Lunel qui lui répondit qu'après tout les tracasseries n'avaient pas empêché ses ancêtres de vivre et qu'au XVIe siècle il « valait mieux être Juif de Carpentras que Protestant de Mérindol ". J'ai retrouvé d'autres lettres de Hyacinthe Chobeau datées de 1940/1941, alors que, ainsi que son collègue Caillet de Carpentras, il était accablé de travail pour les recherches sollicitées par les Juifs français victimes du régime de Vichy. « Quelle tristesse" écrit Chobeau... Un tableau généalogique de la famille Lunel est assez complexe car le père et la mère de l'écrivain, Auguste et Myriam

célébrée à Rome même, le Carnaval Juif de Purim 3 était suivi

3. Evocation de l'épisode d'Esther, occasion de réjouissances, véritable carnaval juif. 18

Lunel, étaient nés Lunel l'un et l'autre mais n'étaient probablement pas parents. Leurs lointains ancêtres venus de Lunel se retrouvent dans le Comtat, avec peut-être du côté maternel, un séjour à Aix du temps du Roi René. La branche paternelle devait habiter Cavaillon mais comme au Xix<' iècle elle s'est s établie dans les Bouches-du-Rhône, à Alleins où se trouve encore la maison familiale, nous parlerons des Lunel d'Alleins pour les distinguer de la famille maternelle exclusivement de Carpentras. De part et d'autre, les alliances concernent des familles provenant de Cavaillon, Carpentras, Nîmes, mais jamais d'Avignon, à l'exception peut-être des Naquet. Lorsqu'il fut destitué en 1940, Armand Lunel avait tenté

d'invoquer les dispositions du « Statut des Juifs « qui admettait

des exceptions pour les familles qui apportaient la preuve de leur très ancien établissement en France. La requête fut évidemment rejetée, mais le dossier très complet nous est parvenu. Du côté paternel, le 21 février 1755, Joseph Haïm, fils de feu David de Lunel, épouse en deuxième noce à Cavaillon Gentile Cohen de Cavaillon. On peut ainsi, du côté paternel, remonter au tout début du XVIII"iècle. Les alliances contracs tées se réfèrent à des familles de Cavaillon, Cohen, Crémieux, Carcassonne (seul lien possible avec la famille maternelle par les Carcassonne), et surtout avec la famille Astruc. Depuis que Salomon Astruc en 1768 a épousé Bengude Lunel, cinq unions ont été contractées entre Astruc et Lunel, la dernière en date en 1953 lorsque Jacqueline Lunel, fille de l'écrivain, épouse Claude Astruc et vient habiter Aix en Provence. Si du côté maternel, l'ascendance des Lunel de Carpentras est plus ancienne, elle est aussi plus difficile à suivre, les généalogistes connaissent bien le problème, car elle comprend deux rabbins portant également le nom de Jacob de Lunel. Heureusement, Armand Lunel nous a transmis dans ses archives deux reconnaissances de dettes envers le Rabbin Jacob de Lunel, datées de 1631 et 1657, et le testament du RabbinJacob de Lunel fils de feu Elie, daté de 1657. L'arbre généalogique basé sur les pièces d'Etat Civil et sur l'exploitation de ces autres archives peut ainsi remonter jusqu'aux deux rabbins homonymes, le plus ancien serait né vers 1600, le plus jeune, l'auteur du drame de la Reine Esther, vers 1672.

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