Les Comores: un Etat en construction

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296283459
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LES COMORES UN ET AT EN CONSTRUCTION

En couverture:

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de M.-C.

Bulteau

<9 L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-2198-9

Abdou DJABIR

Les Comores un Etat en construction

Editions L'Harmattan 5-7. rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Je dédie cet ouvrage à toute ma famille, ma mère, mon père, Issouf Ali... mon ami Bain-K. Richard ainsi que son épouse et leurs enfants, M. Jean Fasquel, mon professeur de littérature, dont le passage au Lycée Saïd Mohamed Cheikh a marqué plus d'une génération de Comoriens.

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PREFACE
Abdou Djabir, que j'ai bien connu lorsqu'il était élève au Lycée Said Mohamed Cheikh de Moroni, au début des années soixante-dix, a essayé de mettre au service de son pays nouvellement indépendant, en toute loyauté, la compétence acquise durant ses études supérieures en France. Comme beaucoup de jeunes intellectuels comoriens de sa génération, il a dû renoncer et partir, pour avoir simplement dit ce qui était insupportable dans son travail, et non pour militantisme d'opposition. Son témoignage vivant, nourri de faits concrets, n'a rien d'un discours convenu, ni d'un pamphlet: il dit avec simplicité l'amour de son pays et le désespoir que ce dernier ne réussisse pas à échapper au désordre le plus grand, au sous-développement le plus absolu. Il sait pertinemment que les ententes préférentielles entre grandes familles d'Anjouan et de Grande Comore ont fait de Mohéli, son île d'origine, «une île humiliée»; malgré cette réelle souffrance, malgré le précédent de Mayotte, il ne renonce pas au désir d'une Nation Comorienne unie, équilibrée et respectée. La question centrale, qui sourd de chacune de ses pages, est la suivante: les Comores peuvent -elles prendre un raccourci, dans l'histoire des mentalités, entre une organisation politique traditionnelle, fondée sur les ententes familiales, l'entité du village, et par ailleurs la constitution d'un Etat, fondé sur le sens de l'intérêt général et sur le droit ? Osons le dire: ta part faite de l'autoritarisme d'un vieillard et des dérives provoquées par l'entourage, Ahmed Abdallah, qui connaissait bien son peuple, avait-HIe choix sur les moyens de gouverner? L'analyse d'Abdou Djabir, loin de toute rhétorique, est une raison d'espérer: c'est bien d'intérêt général qu'il s'agit, lors5

qu'un fils du pays souligne avec tant de conviction l'importance des agriculteurs et des artisans dans le développement, alors que chaque individu, par devers soi, se rêverait ministre, à tout le moins bureaucrate, lorsqu'il montre combien le premier essor du développement économique est seul à pouvoir transformer en richesse collective l'envol de la d~mograplùe, tout en puisant en elle sa force, de manière dialectique. C'est bien aussi l'intérêt général qui fait que tout le monde ne puisse devenir boursier de l'enseignement supérieur, et qu'il soit nécessaire de tourner le dos à la facilité des sinécures d'Etat. L'ouvrage d' Abdou Djabir illustre ainsi que la somme d'individualités brillantes, et Dieu sait que les Comores n'en manquent pas, ne suffit pas à former l'organisation d'un Etat de droit efficace, car elle est impitoyablement transcendée par les phénomènes de représentation collective. Ce serait un triste destin de pouvoir tenir le langage le plus savant du monde sur les structures économiques, sociales et politiques, et de n'avoir aucune prise sur le quotidien de son peuple. Je souhaite de tout coeur qu' Abdou Djabir et ceux de sa génération réussissent ce difficile passage du discours à une bonne et véritable administration de leur propre devenir.

Jean Fasquel

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AVANT-PROPOS

Au-delà de la simple description des événements survenus aux Comores, nous avons voulu analyser et stimuler la réflexion sur la construction de l'Etat dans les îles de la lune. Aussi les passages les plus engagés de cet ouvrage ne sont pas, loin de là, l'arrogance d'un intellectuel excentrique. Les constatations navrées que nous sommes amenés à faire ne sont pas destinées à instruire le procès des hommes qui ont apporté aux Comores et aux Comoriens, en bien ou en mal, ce qu'ils pouvaient apporter. L'histoire jugera leur apport avec plus de sérénité, parce qu'elle ne comptabilise pas les déceptions, les haines, les passions des uns et des autres. L'accent mis sur ces constatations permettra de faire comprendre à coup sûr l'obsession démocratique qui s'est emparée des Comoriens après la mort d'A. Abdallah et le départ des mercenaires de Bob Denard. Ces derniers, faut-il le rappeler, ont fait dans cet archipel la démonstration «réussie» d'une stratégie de domination. Je remercie infiniment toutes les personnes qui ont bien voulu m'apporter leur aide pour sortir cet ouvrage. Mes remerciements vont plus particulièrement à M. J. Sabatier, Directeur du Centre d'Information et d'Orientation à Mayotte, pour tout le soutien qu'il m'apporta au plan technique et logistique. Je remercie également Mme V. Caussat, conseillère en formation continue, M. J.F. Pollozec, M. et Mme Lorenzo et M. Madjid Mohamed, correspondant de l'Agence Reuter à Moroni.

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Population: 520 000 h. Superficie (km2) 2 171 (Ç)1990 PC Globe, Inc. Tempe, AZ, USA. Tous droits mondiaux, réservés.

INTRODUCTION Quatre îles au milieu de l'Océan... L'archipel des Comores...
L'archipel des Comores comprend quatre îles principales situées à l'entrée du canal de Mozambique entre les côtes de l'Afrique et celles de Madagascar. La Grande Comore, Anjouan et Mohéli (Mwali), forment la République Fédérale Islamique des Comores (R.F.I.C.). Depuis l'accession à l'indépendance unilatérale le 6juillet 1975, Mayotte (Maoré) est séparée de l'ensemble comorien et reste sous administration française. Des épreuves difficiles ont marqué la mémoire collective de tout un peuple de marins pêcheurs qui, pourtant sous les tempêtes de la décolonisation, n'a pas su éviter les récifs. Quinze années après l'indépendance, on découvre un pays très affaibli, qui cherche son équilibre et se heurte à des destins contraires: instabilité politique, assassinat des chefs d'Etat, situation économique désastreuse, dette extérieure lourde, effondrement du cours mondial des produits d'exportation, démographie galopante, pénurie des terres cultivables, éruptions volcaniques, cyclones et autres calamités naturelles qui laissent les populations désarmées. L'unité nationale tant de fois pronée et décrétée n'est pas encore une réalité effective; les disparités de développement, naturelles ou entretenues, entre les régions et les îles alimentent encore les velléités séparatistes de ceux qui pensent que chaque île pourrait mieux vivre sans les autres. Faut-il y voir une des conséquences de «l'effet Mayotte» ? Quels sont les atouts de l'archipel des Comores? Ce sont l'agriculture et la pêche qui ensemble font vivre les 2/3 de la population et participent pour 43 % à la formation du P. I. B. Exploitées rationnellement, elles pourraient mieux nourrir les 11

Comoriens et permettre à l'archipel de retrouver sa vocation maritime qu'elle a perdue le siècle dernier. Pour briser leur isolement à l'intérieur et à l'extérieur, les Comores améliorent leur capacité portuaire et aéroportuaire, leur réseau de télécommunications et se sont constituées un embryon de flotte marchande. Ces infrastructures sont encore très insuffisantes pour assurer, de façon régulière, les approvisionnements de l'archipel qui vit de son commerce extérieur; elles commencent cependant à donner un nouvel essor à cette nation de commerçants qui, durant tout le 18ème siècle, a tenu le haut du pavé dans les échanges commerciaux de la région. En dépit de nombreuses pesanteurs, l'activité commerciale prend de l'ampleur, conséquence du développement récent du secteur tertiaire qui a crû au taux de 4 % par an grâce à l'amélioration des moyens de transport, des communications et des services. Ce développement du commerce attend d'être renforcé par la création des petites industries locales de transformation au service de l'agriculture, de la pêche, du tourisme et de l'artisanat. Cela pourrait réduire l'extrême dépendance du pays à l'égard du commerce international et des importations qui découragent la production locale. Le tourisme est appelé à se développer et une infrastructure d'accueil s'est mise en place avec les chaînes de SOCOTEL et de COMOTEL. Les Comores disposent de partenaires sûrs et diversifiés qui participent à leur développement économique, social et culturel. Cependant, des épreuves difficiles à surmonter pèsent encore sur l'avenir des Comores, si on l'envisage avec réalisme et lucidité. L'économie est peu viable du fait de la pauvreté en ressources naturelles, et de l'étroitesse des marchés intérieurs divisés par la mer et les barrières administratives entre Mayotte et Moroni. L'Etat, principal employeur, ne crée pas des emplois; il paie des sinécures et accentue le déficit budgétaire. Une pléthore de personnel absorbe 91 % du budget' de fonctionnement. C'est la clientèle politique. Elle trouve dans les prébendes de l'Etat sa subsistance. Pourtant chaque année, deplus en plus de cadres formés dans les uni versités étrangères se présentent sur le marché du travail; ils constatent que les diplômes ne sont plus des passeports systématiques pour la fonction publique, que les entreprises sont au bord de la faillite et constituent une lourde charge pour l'Etat. 12

La pagaie du pêcheur et la houe du paysan n'attirent pas les

jeunes vers un secteur sous pression démographique, avec des
problèmes de terre non résolus, Il faudra beaucoup de temps pour valoriser les professions du secteur primaire. Seule l' administration reste le modèle de formation professionnelle réussie. La position sociale du fonctionnaire et de son standing ne sont nullement comparables à celle du paysan et du pêcheur qui traînent chaque jour les haillons vers les lieux de travail. L'enseignement général ne devrait pas détourner les Comoriens de la vocation agricole et maritime de leur pays. Jusqu'ici, les vents du Koussi, ont soufflé sur le monde et propagé la cause comorienne. Cette cause a été largement entendue; les aides extérieures sont venues massivement soulager d'une part les 18000 rapatriés de Majunga et les sinistrés du cyclone Elina, puis d'autre part, soutenir une économie moribonde pour éviter qu'elle s'écroule sous le poids de la crise qui la frappe de plein fouet. L'absence d'un système cohérent et d'une dynamique propre de développement ont constitué un obstacle de taille à l'utilisation à bon escient des ressources de l'aide extérieure, gaspillées en pure perte. Il y a cependant un début de changement avec la construction d'infrastructures de transports et des communications, d'équipements sanitaires et scolaires. Néanmoins, le paysage économique et social des Comores reste encore très sous-développé et. les Comoriens dans leur majorité sont en situation de survie. Les aides extérieures toutes aussi nécessaires que perverses ont accru la dépendance alimentaire, puis enrichi une élite bureaucratique et commerçante qui a acquis de fortes habitudes dépensières. Les mesures d'austérité prises sous la houlette du F. M. I. tentent de réduire le train de vie de l'Etat qui est bien au-dessus de ses moyens. Les Comores ont quinze années d'indépendance. D'autres pays africains en ont 25 ou 30, Comme un peu partout en Afrique, les performances économiques sont médiocres en dépit des moyens importants mis en oeuvre. Les fruits du manguier n'ont pas tenu la promesse des fleurs dont les pétales ont animé les espoirs du 13 mai 1978. Pouvait-il en être autrement après des années de tâtonnements au cours desquelles le pays n'a pas su se préserver de l'emballement des investissements tous azimuts et du gaspillage des ressources? L'économie insulaire de subsistance est de plus en plus vul13

nérable aux pressions de la dette et aux effets du système mondial instable. Elle navigue au jour le jour dans les actions diffuses, dans l'incohérence des décisions et l'absence de vision de développement à long terme. Il a fallu quelques investissements coûteux et mal négociés, combinés à des habitudes très dépensières,. pour que le pays soit précipité dans la crise. Celle-ci paraît d'autant plus insoluble que les prix des produits se sont effondrés et ne promettent pas un rétablissement possible du moins à court terme: L'Etat en cessation de paiements fait face au remboursement d'une dette extérieure de près de 70 milliards de francs CF A contractée pour des projets improductifs et non rentables. Sur le plan politique, les Comores ont connu «l'héroïsme» d'Ali Soilibi avec son régime de terreur; elles ont connu aussi la «sagesse» d'Ahmed Abdallah, avec le règne du «despotisme obscur» et la dictature des mercenaires. La violence inouïe des commandos Moissi s'est enfouie partiellement dans les tiroirs de la mémoire collective, faisant place à celle plus redoutable des mercenaires de Bob Denard, investis de tous les pouvoirs et placés au-dessus des lois. Les deux chefs d'Etat comoriens ont péri de la même façon tragique, sous les balles des mêmes mercenaires qu'ils ont fait venir de l'extérieur pour se combattre comme au temps des sultans batailleurs. L'histoire ne se répète pas, dit-on, mais elle révèle de temps à autre de curieuses constantes. Et comme pour banaliser leur disparition et faire injure aux traditions comoriennes les plus sacrées, un traitement indécent a été réservé aux dépouilles mortelles. Quelles sont les chances de cet archipel historiquement et géographiquement conditionné, aux prises avec des problèmes régionaux mal résolus depuis 30 ans ? Quel est l'avenir de cette jeune république qui pendant très longtemps a reposé sur les épaules d'un seul homme aujourd'hui disparu? Le président Abdallah n'a pas jugé nécessaire de garder un successeur désigné; il a préféré résoudre la question lui même le moment venu mais la question a été résolue sans lui et contre lui. Du vivant du «Père de la Nation», la centralisation excessive, l'exercice intensif et personnel du pouvoir posaient déjà, non sans inquiétudes, le problème de la relève: quel héritage pour le dauphin après la succession? C'est une des questions les plus ardues et dont la réponse appelle aujourd'hui des solutions de 14

rechange, pour réussir une transition paisible et fiable: redresser l'économie et les finances qui se portent très mal, réformer les structures économiques et les moeurs politiques très archaïques, desserrer l'étau du monopole dans le commerce, et enfin réduire la polarisation des fortunes, les inégalités criantes et la corruption ambiante qui sont à l'origine des oppositions radicales au pouvoir. C'est facile à dire, c'est difficile à faire quand la société se fige dans ses structures traditionnelles et dans ses habitudes, quand les intérêts immédiats des familles et des clans priment sur ceux de l'Etat. Le caractère archaïque de la société comorienne et l'affairisme des dirigeants exposent le pays à des changements violents en dépit de la réputation de sagesse reconnue à la notabilité comorienne. Le hiatus entre la révolution du président Ali Soilihi et la contre-révolution du président Ahmed Abdallah reste très frappant dans les rapports entre d'une part les jeunes numériquement plus nombreux, et d'autre part, les aînés devenus les gardiens d'un ordre social menacé. Les Comores sauront-elles réaliser la croisée des chemins, entre «la république des imberbes» et la «république des sultans» pour retrouver leur équilibre, et renforcer leur unité? Une mauvaise gestion peut se réparer, tandis qu'il est difficile de réparer un mauvais changement. Après avoir admiré le modèle centralisé de la France, les chefs historiques, puis les idéologies de libération depuis Marx, Lénine, Mao Tsé Toung et l'ayatollah Khomeini, le moment est peut être venu pour l'élite de redevenir elle-même face aux Comores dans toute leur complexité. C'est cela la véritable liberté, celle de concevoir par soi-même.

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Chapitre I LES DIFFICULTESDU DEMARRAGE
A. DANS LA DOUCEUR DE L'ISOLEMENT

La tentation est forte de présenter les Comores singulièrement comme un archipel aux parfums, des nes de la lune aux couchers de soleil rutilants. Mais cette caricature exotique n'est même pas d'un attrait touristique sérieux, tant il est vrai qu'elle déforme l'image réelle du pays. Il est vrai aussi que le touriste y découvre des merveilles: une terre tropicale où la nature est encore étonnamment belle et sauvage, mais pas toujours vierge, des hommes accueillants et pacifiques qui exhibent un peu trop leurs traditions dans la tranquillité, au rythme du bruissement des vagues blanches que déverse l'océan limpide. Mais il y a aussi cette autre réalité: celle du sousdéveloppement que les technocrates ont traduit en termes de P. 1. B., d'espérance de vie et d'activités industrielles, celle d'une société engagée dans la modernisation, et qui se heurte au blocage de ses structures physiques, mentales et hiérarchiques féodales. Et enfin les Comores sont cette terre difficilement accessible, enclavée comme on dit, en dépit de sa situation géographique qui lui confère une réelle importance stratégique, dépassant ses maigres ressources. Ce n'est pas là le seul paradoxe mais c'est un immense obstacle au développement.

1. Un pays enclavé dans J'océan
Perdues dans l'immensité du globe, les Comores ont émergé dans l'océan Indien comme pour surveiller, par l'entrée du canal de Mozambique, le trafic incessant des géants pétroliers. De ce fait, il paraît absurde a priori de parler de pays enclavé pour caractériser cet archipel situé dans l'une des plus grandes voies 17

maritimes du monde. Et pourtant pendant très longtemps, les îles Comores sont restées isolées, ignorées du reste du monde. Il a fallu des situations exceptionnelles (déclaration unilatérale de l'indépendance, problème de Mayotte, révolution d'Ali Soilihi) pour que les îles de la lune deviennent aussitôt un sujet de débats passionnés et fassent l'objet de prises de positions tranchées à l' O. N. D, à 1'0. D. A, et à la Conférence des Pays Non Alignés. De temps à autre, les radios et la presse internationales, se sont saisies de nouvelles sensationnelles pour faire leurs supputations : épidémie de choléra, éruption volcanique, cyclone, massacres des Comoriens à Zanzibar et à Majunga, coup d'Etat des mercenaires de Bob Denard venus installer un nouvel homme fort, etc.. Ces réactions ont fait des Comores un objet de curiosité à la fois triste et méprisé; elles plaisent aux uns, déplaisent aux autres mais ne laissent personne indifférent. La presse internationale,par ses révélations sensationnelles, donna à la R. F. I. C. une curieuse réputation de combines et de barbouzes. Cette image peu élégante mais pas toujours fausse du pays est en quelque sorte le corollaire dé son isolement. L'archipel est à 10.000 km de l'Asie, 16.000 km de l'Amérique, et 9.000 km de l'Europe d'où proviennent les aides, les touristes, et vers lesquelles sont acheminés les produits d'exportation, dont les Comores tirent l'essentiel de leurs ressources. Alors que l'économie dépend largement du commerce extérieur et mise sur le développement du tourisme, elle fait face à d'importants problèmes d'approvisionnement, de pénuries, et de coûts élevés des transports. Depuis 1978, le coût des importations continue d'augmenter en moyenne de 10 à 15 % par an, quand les produits d'exportation ont perdu en moyenne 60 % de leur valeur. En 1977, le gouvernement comorien avait ajourné ses importations de riz, non pas parce qu'elles coûtent cher, mais parce qu'il attendait 2140 tonnes (don du F. E. D. ) expédiés à bord du Despina. Les Comoriens ont dû se priver de leur principale denrée pendant plusieurs mois car le Despina pris sous les tempêtes, avait coulé avec sa marchandise avant d'atteindre le port de Moroni. Ces événements tragiques ne se reproduisent pas toujours comme une fatalité. Mais il faut compter chaque année avec les 18

cyclones qui déferlent sur l'océan et qui rendent la région difficilement accessible. Les Comoriens vivent très mal cette situation d'isolement parce qu'elle est contraire à la vocation internationale del'archipeI dont la viabilité économique est fort compromise. Aussi après l'indépendance, la première. réaction a été de renouer avec les anciennes traditions d'ouverture. Ces traditions ont été très développées au dix-huitième siècle lorsque Mutsamudu prit la tête du commerce dans la région de l'océan Indien et lorsque la princesse Wabedja à la Grande Comore encouragea les échanges avec la côte orientale de l'Afrique et de l'Arabie où les premiers lettrés comoriens ont été formés aux études de théologie, de droit, et de littérature.

2. L'ouverture à J'extérieur
En 1975, les Comores ont accédé à l'indépendance. Elles tentèrent aussitôt de s'ouvrir au monde extérieur et de renouer avec les traditions anciennes, telle une rivière qui retrouve son lit initial après les inondations qui l'ont déviée de son cours normal. Le premier pas fut franchi par le gouvernement d'Ali Soilihi qui a obtenu la reconnaissance internationale du nouvel Etat et une aide substantielle après le retrait de celle de la France. Le jeune Etat s'est vu apporter aussi un soutien en politique extérieure, notamment pour assurer sa représentation diplomatique dans les organisations internationales et les pays amis. Ce soutien fut légalisé le 10 juillet 1976 par la signature à Moroni d'un accord de coopération en matière de représentation diplomatique entre les Comores et le Sénégal. Par cet accord, la république du Sénégal assure, à la demande de l'Etat comorien, sa représentation diplomatique auprès d'autres Etats ainsi que dans les organisations internationales et régionales où les Comores n'ont pas de représentation propre. Une petite fenêtre s'ouvrit alors vers des horizons jusquelà inconnus. Le comité des Sept de 1'0. U. A. sur la question de Mayotte a tenu à deux reprises ses assises à Moroni. Il a tout au moins permis à l'Afrique des Etats de connaître un peu plus «les îles aux sultans batailleurs» que le continent noir a peuplées en premier, selon la chronique de Said Bacari. Les Comoriens, de leur côté, ont découvert, non sans stupéfaction d'ailleurs, cet autre monde auquel ils appartiennent par la proximité géographi19

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