Les plantes à parfum et huiles essentielles à Grasse

De
Publié par

Publié le : mercredi 1 janvier 1997
Lecture(s) : 1 242
Tags :
EAN13 : 9782296345003
Nombre de pages : 432
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LES PLANTES À PARFUM ET HUILES ESSENTIELLES À GRASSE

@L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5643-X

Guy Gilly

LES PLANTES À PARFUM ET HUILES ESSENTIELLES À GRASSE

Botanique - Culture - Chimie - Production et marché

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Hannattan INC 55, rue Saint Jacques

Montréal(Qc) - Canada H2Y

it is long on history and short on science B. M. Lawrence

A V ANT-

PROPOS

La motivation de la présente publication est d'offrir, à tout un chacun, qu'il soit agriculteur, industriel, négociant, un tableau le plus complet possible des connaissances acquises et publiées concernant une production, peu comparable aux autres productions agricoles, mais qui a constitué dans le monde antique et constitue encore toujours quelque chose de particulier et de fascinant: c'est une réalité sociale et économique. Des odeurs! Elles sont partout, à tout moment. fi y a les odeurs désagréables et celles qui sont agréables; chaque individu se souvient de ses odeurs. TIn'est de bon parfum que celui qui se vend. La vanité, le lucre, le plaisir ont engrangé une somme de "savoir" et de "trucs", nous parlons aujourd'hui de sciences et techniques. L'histoire des parfums n'est faite que de moments et de lieux. Le lieu où est cueillie ou cultivée la plante; le moment de l'utilisation des techniques disponibles. D'un négoce aussi qui achète, stocke, transporte, vend. Mais surtout d'une société dont le travail, l'intelligence et la sensibilité, vont produire des "créations", hélas, éphémères. Depuis bientôt trois siècles nous possédons en Europe une tradition écrite et orale. Depuis une trentaine d'années d'autres pays réalisent des études scientifiques et des mises au point. Nous avions l'heur de travailler, à Antibes, près de ce centre agroindustriel de la parfumerie qu'est Grasse. Pourquoi ne pas recueillir traditions orales et écrites qui ont fait la célébrité mondiale de cette ville, à un moment critique où une conjoncture économique et sociale risque un "tant va la cruche à l'eau". Recueillir aussi le matériel végétal subissant une forte érosion génétique. Les ouvrages, traitant de l'ingénierie, de l'extraction, de la chimie, sont nombreux. Par contre il nous a paru que les connaissances de botanique, de physiologie de la plante, du milieu, de la culture, étaient rares, sommaires, ou dispersées dans une ancienne et vaste bibliographie. Ce travail n'a pu être réalisé que grâce aux travaux des chercheurs du Centre de recherche INRA à Antibes, de professeurs d'universités, 7

d'agriculteurs, d'ouvriers, d'ingénieurs, de négociants parfumeurs à Grasse; et si nous avons quelque peu lu et observé nous avons beaucoup écouté. Pour conserver et améliorer le marché des plantes à parfum, il est impératif de jouer la carte de la recherche. Car s'il est une spéculation restée en deçà des potentialités économiques, c'est bien celle des plantes à parfum et huiles essentielles inventoriées et à inventorier. Les biotechnologies vont elles changer les donnes? Peut - être! Mais les plantes à parfum se vendront et s'achèteront encore pendant longtemps. Enfin le parfum ne doit pas être regardé comme la seule finalité de ces plantes. On utilise les molécules élaborées par certaines d'entre elles pour la médecine humaine et vétérinaire, pour l'appétence et la conservation des aliments, pour les pesticides, insecticides, nématicides et herbicides.

SOMMAIRE I INTRODUCTION 10 Il 28

II GENERALITES III ETUDES MONOGRAPHIQUES Première partie: Les plantes à parfum de Grasse et d' "au-delà de la mer" le rosier le jasmin la tubéreuse l'oranger à fleur la violette la veNeine l'oeillet le mimosa - cassié la tagette le narcisse le géranium rosa le vétiver le patchouli la palma rosa, ginger rosa, lemon grass, citronnelles l'ambrette, l'ylang-ylang, l'osmonthe, le boronia le labdanum, le galbanum, le baume, l'encens, la myrrhe, le schinus, le nard Deuxième partie: Les plantes à parfum de Provence et du continent la lavande l'aspic le lavandin la menthe poivrée la sauge sclarée l'iris le cassis la mousse de chêne IV CONCLUSION Bibliographie Annexe: tableaux et graphiques Rchesmo~hillo~e-m~illo~e

31 49 65 73 87 97 107 119 127 135 143 153 161 169 177 207

245 263 271 287 309 319 329 341 347 348 353 372

9

INTRODUCTION

,

L'industrie de la chimie fine peut élaborer une molécule en tout lieu. Une plante n'élabore un produit que sur une aire géographique plus ou moins vaste, aux facteurs de climat et de sol plus ou moins favorables. Matériel vivant, la plante possède une plasticité et une variabilité dans sa descendance. Nous présenterons quelques connaissances acquises par bibliographie, par conversation, mais également par des expérimentations au champ et au laboratoire du Jardin d'Essais de Grasse. Pour cela il était utile, après un bref rappel historique, de situer la documentation exploitée, puis de préciser les notions de botanique, de chimiotaxonomie, d'écophysiologie. L'axe principal demeure l'exposé et la critique des pratiques culturales, sans négliger de présenter le produit récolté qui sera commercialisé. Le mode d'extraction sera sommairement traité car il relève d'un ingénierie qui n'est pas de notre compétence. La qualité du produit récolté, c'est la composition chimique de l'huile essentielle proposée sur le marché par l'agriculteur, c'est-à-dire élaborée par la plante. Nous n'aborderons pas la composition du produit offert par l'industriel sur le marché, c'est autre chose. Enfin on ne saurait négliger les informations disponibles pour un bon marketing: zones de production, quantités produites, offertes, prix. La division en deux parties correspond à une réalité agricole et économique. Economique, car l'ensemble des plantes étudiées balaie 80 à 90% de ce marché. Agricole, parce que la première partie correspond à des plantes dont la culture fut et est encore possible dans les conditions climatiques très particulières de la région de Grasse. Pourtant il eut été regrettable de ne pas aborder la culture des plantes importées, d'origine subtropicale et tropicale et qui constituent une part non négligeable des produits d'origine végétale dits "exotiques" . Tandis que dans la deuxième partie on traitera des plantes moins exigeantes sur le plan climatique. Ces plantes font l'objet de cultures à grande dimension en Provence, en Espagne, en Italie, en Grèce comme la lavande, le

lavandin,la sclarée,la menthepoivrée et la cueillettede la mousse de chêne et
du ciste. 10

GENERALITES

page

A - Le milieu à Grasse: climat, sol, végétation,phytotechniques. 16
B - Les produits biogénérés et technogénérés, les biotechnologies.
C - Les parfums d'origine végétale, chimie, extraction. D - Les plantes à parfum à Grasse, historique.

21 23 26 29

E - La production et le marché de la plante à parfum en France.

Il

GENERALITES

Retracer l'historique d'une plante, de son usage, c'est la situer dans son milieu géographique, son contexte technologique et humain. S'il est des végétaux dont l'histoire est très récente comme le lavandin en Provence, il en est d'autres dont l'histoire remonte à la plus haute antiquité comme la myrrhe et l'encens. Le parfum constituait alors un négoce très lucratif: il était très demandé pour des actes religieux, pour des fêtes civiles, pour la médecine aussi. Qui dit négoce, dit un certain secret. Aussi les documents sont relativement rares en comparaison d'autres productions agricoles. Les documents anciens sont des récits de voyage, des contes ou bien, les plus précis, des ouvrages de plantes médicinales. n n'est que de lire le remarquable ouvrage de Faure (1996) pour réaliser que parfums et aromates sont aussi vieux que les alcools, les bijoux et les annes. Textes égyptiens, hébreux, grecs, latin et arabes ont voulu transmettre le savoir cumulé. Citons Pline l'Ancien, Dioscoride. C'est ainsi qu'une récente publication d'un manuscrit du XVème siècle "Le livre des simples médecines" de Platearius, nous présente

ces plantes héritées des anciennes civilisations méditerranéennes avec un grand détail: de la partie de la plante utilisée, du momentde la récolte, de la préparation nécessaire pour en extraire les "vertus". Hélas la confusion
botanique est fréquente. Nous citerons souvent la revue "Parfums de France" éditée en bilingue, par les Etablissements Chiris à Grasse, de 1924 à 1938. Si la chimie des huiles essentielles a fait l'objet de remarquables ouvrages comme ceux de Gildemeister et Hoffman (1924), Guenther (1952), Fénaroli (1963), Naves (1974 ) Teissière (1991), la culture de ces plantes n'a pas fait l'objet d'aucun ouvrage particulier sauf celui d'Antonin Rolet (1933) et récemment celui de Munoz (1987). Pour ces plantes venues pour la plupart d'ailleurs, les publications traitant de la botanique, de la physiologie végétale sont souvent inexistantes.
.

Sur les zones de production et des marchés, nous avons exploité les
documents douaniers, états dressés par les syndicats, bourses spécialisées. 12

Depuis une quarantaine d'années les travaux sur les parfums d'origine végétale font l'objet de publications dans des revues comme "Perfumer and Flavorist", "Biochemistry", " Journal of essential oils research ", "Parfums Cosmétics et Arômes". Le CAB (Commonwealth Agricultural Bureau) publie dans ses Horticultural abstracts deux rubriques "condiments and spices" et "essential oils". On dispose de communications dans des congrès comme: Congrès international des huiles essentielles et Journées internationales des huiles essentielles de Digne (04 - France). Enfin il est maintenant possible d'interroger les nombreuses banques de données. La botanique et la physiologie de la plante semblent avoir été très négligées. C'est très grave parce que le négociant risque de ne plus savoir ce qu'il achète dans le souci de s'assurer un réapprovisionnement régulier. Ce sont, pour la plupart, des plantes de jardin ou des plantes cultivées venues de loin, il y a longtemps. C'est pour cette raison que nous avons cru utile, outre de bien situer "systématiquement" l'espèce végétale sur laquelle le parfumeur travaille, de consigner en une fiche morpho-histologique une description et des dessins qui tentent d'éviter le confusum nomen et expliquent où et comment est élaboré le parfum dans la plante. De plus on ne peut entreprendre la culture d'une plante, en un lieu, sans comprendre son écophysiologie : là où elle pousse spontanément, là où elle est déjà cultivée. Les voies biochimiques ont été bien étudiées. On trouvera dans l'ouvrage de Tessière (1991) une importante documentation, la base des réactions étant toujours fondée soit sur l'hypothèse "isoprènique" soit l'hypothèse "acétique". Lorsque des travaux de sélection ont été réalisés, nous les signalons, mais sans accorder à cette "amélioration" plus qu'il n'est nécessaire pour une recherche utile. La biologie de la plante est un ensemble de connaissances indispensables pour réussir une culture, une production. On peut parler d'une mouvance des végétaux cultivés, ils viennent souvent d'ailleurs. Vais - je en réussir la culture le meilleur résultat dira le chef d'entreprise, et dans les deux cas - que dois je faire? « Quid faciat » disait Virgile au premier vers des « Géorgiques».

sur ma terre? dira le paysan. Où la culture de cette plante donnera - t - elle

A - Le milieu à Grasse: climat, sol, végétation, phytotechniques
Le climat et le sol sont deux des facteurs les plus difficiles à maîtriser pour l'agriculteur. Le climat. Le premier facteur de production végétale est celui de la longueur du jour. D'abord parce qu'il est déterminant dans la photothermopériode qui induit le plus souvent la mise à fleur. Ensuite parce que le rendement est dépendant du temps de la photosynthèse. La longueur du jour est une donnée astronomique qui ne fluctue pas, même en montagne (sauf quand il y a une ombre portée). On donne au tableau 1 Annexe les valeurs 13

pour quelques parallèles. La France se situe entre le 42 ème et le 56 ème Nord. Au Nord du 42ème les jours d'été sont plus longs, au Sud les jours d'hiver sont plus longs. Une définition climatique du lieu d'origine de la plante spontanée ou cultivée serait fort utile, en regard de celle du lieu où l'on désire entreprendre la culture de cette plante. La production des huiles essentielles se fait sous tous les climats. Puisque notre étude portera, plus particulièrement, sur les plantes cultivées à Grasse, c'est de climat méditerranéen dont il sera le plus question. Nous nous référons, pour sa définition: d'une part à la classification d'Emberger - Sauvage (1955) d'autre part à celle de Thornthwaite (1949), toutes deux à finalité biogéographie. Le climagramme d'Emberger - Sauvage (tab. 2 Annexe) positionne quelques stations françaises du rivage du golfe de Gênes. Avec le climagramme de Thomthwaite (tab. 3 Annexe) de Nice, on situe le moment, la durée, l'intensité de la sécheresse, de l'excès d'eau qui alimentera les rivières et les nappes phréatiques en montagne sèche. Parmi les nombreux modes de calcul de l'E. T. P. (évapotranspiration potentielle) la méthode de Thornthwaite, quoique ancienne, nous semble toujours valable; on peut aussi utiliser le mode de calcul de Turc (1972). Pour l'agriculteur il importe plus de connaître les valeurs les plus fréquentes... du temps qu'il a fait que celles du temps qu'il va faire. Lorsque la culture est irriguée, les besoins complémentaires en eau de la plante peuvent être déterminés expérimentalement (pour un lieu géographique, une phytotechnique, une variété donnée). En l'absence de résultats

expérimentaux on s'en tiendra à un ordre de grandeur de l' E. T. P.

;.

en

fonction du cycle de la plante. Mais la possession de ces valeurs, de dose et de fréquence d'arrosage, ne servirait de rien si on n'est pas: premièrement en possession des caractéristiques hydrodynamiques du sol de la parcelle à arroser; deuxièmement si on ne maîtrise pas et si on ne comptabilise pas la quantité d'eau qui entre dans le champ. Les notions de pluviométrie et de température ne sont pas suffisantes pour définir l' "ambiance" dans laquelle se développe la plante. Par exemple: la région grassoise est soumise à des variations nycthémérales et saisonnières de la tension de vapeur d'eau de l'air. Nous donnons au tab. 4 Annexe les valeurs trihoraires des moyennes mensuelles des tensions de vapeur d'eau à Nice et Montpellier (Gilly - 1971). En mars la différence entre ces deux stations est faible; dès le mois de mai, et jusqu'en septembre, il y a un décalage des polygones: en juillet on note à Montpellier une absence de variation de la tension, et comme il y a une forte amplitude thermique, la couche lamellaire d'air qui entoure la feuille devient très sèche entre 12h et 14h T. U. A Nice, au contraire au fur et à mesure que la température augmente, la tension de vapeur d'eau augmente, puis à 21h quand la température diminue, la tension diminue. 14

Le sol. La pédologie est, certes, une science récente. Autant que pour le climat, une définition du type de sol de la parcelle cultivée serait fort utile et éviterait bien des déboires (les plantes acidophiles strictes existent). Utiliser une variété d'une grande vigueur, adopter une densité de plantation élevée: il faut faire quelque chose de plus. Les analyses physico - chimiques (tab. 5 Annexe) d'un ou deux échantillons de terre ne sont pas tellement onéreuses, les résultats de quelques unes d'entre elle sont des valeurs immuables pour des dizaines d'années et si on fait le calcul de leur coût en pour cent du revenu brut des récoltes qu'a - généreusement - donné la parcelle! La phytosociologie. Nous pensons surtout à l'aide que peut apporter à l'agriculteur une carte de la végétation spontanée. Tout autant que les convergences de forme, en botanique il existe des convergences d'écophysiologie. Le matériel végétal. Lorsque l'agriculteur "hérite" du savoir accumulé dans sa région, pour une culture, les risques sont faibles. En amont, outre le savoir, il dispose de graines ou de boutures, en aval il dispose d'un marché. Mais quand il n'y a ni tradition du savoir, ni semences, ni marché! Une des difficultés majeures dans ce domaine de production est de se procurer le matériel végétal. Aussi, des informations concernant les porte graines, les plants - mère, le grossissement des bulbes, étaient nécessaires.
D'autant que les technologies de pointe (micro propagation, culture hors

- sol,

minimottes, etc...) peuvent faire basculer un coût de production en réduisant de moitié, du quart, le prix de la graine, de la bouture, du bulbe. Les pratiques culturales. La préparation du sol ne présente pas, a priori, de problèmes particuliers si ce n'est l'observation du profil cultural, l'analyse de la terre. Les façons aratoires, machines et moments d'intervention, seront adaptés au relief, et au climat (labour d'été en Provence). Une bonne préparation du sol, c'est aussi un bon désherbage, et des plantes qui envoient leurs racines en profondeur. Semis ou plantation seront mécanisés. L'importance de la densité est soulignée par les besoins en eau pour les cultures en sec... et la rentabilité. Pour les soins et entretiens, la rentabilité d'une culture de plantes à parfum ne s'évalue pas forcément par une mécanisation à outrance. Hélas on ne se préoccupe guère de concevoir et de construire des machines adaptées à ces productions de faible importance socio - économique. Sarclages et binages ne doivent pas porter préjudice à un certain enracinement superficiel. Dans notre région les plantes d'origine subtropicale doivent être protégées contre le froid par un buttage, ou bien pour. les bulbes et rhizomes on les arrache à l'automne et on en profite pour les nettoyer: c'est un surcroît de travail, mais une assurance contre les maladies bactériennes. Lorsque la plante est cultivée en sec, elle passe la période de sécheresse méditerranéenne en arrêt de végétation ou en vie ralentie. Malgré tout il faut faire quelques arrosages localisés à la plantation et pendant le premier et le second été pour favoriser l'enracinement en profondeur. 15

La détermination de quelques paramètres physiques permet de calculer une fois pour toutes la réserve en eau utile du sol. Quand la croissance optimale de la plante se place en jour long et chaud, il faut arroser. Lorsque la plante est en vie r~entie en hiver, une légère sécheresse à cette période n'est pas grave. Mais si, à la sortie de l'hiver, la réserve en eau utile du sol est vide, ou bien si, à l'automne, aux journées encore chaudes, une sécheresse survient, alors la photosynthèse est réduite: c'est un manque à gagner pour la plante... et pour l'agriculteur. Les techniques d'arrosage sont nombreuses, ce ne sont ni les plus sophistiquées ni les plus coûteuses qui sont les plus performantes: du pluvium au goutte à goutte en passant par le calant, la raie, le vaseau, la cuvette, l'aspersion. L'eau est souvent, en agriculture, une affaire collective; on peut la faire venir de loin ou la pomper sur place; une analyse pour en connaitre la teneur en Ca - Mg - Na est toujours utile. L'arrivée sur le marché des électrovannes programmées fonctionnant sur pile rend possible l'arrosage de champs éloignés du village, de la fenne, sans perte de temps et de fatigue de la visite, du" tour d'eau" . En possession d'une analyse de terre et connaissant les besoins de la culture en éléments fertilisants, la fertilisation est raisonnée en fonction des antécédents culturaux et du temps qu'il fait fréquemment sur le lieu de culture. Le plan de fertilisation indiqué est donné en unités fertilisantes c'est-à-dire en kilos!Ha de N - P205 - K20. Pour le désherbage chimique on procédera, en l'absence d'infonnations, par analogie de plante, pour utiliser les produits conseillés par ailleurs pour les plantes maraîchères. La protection phytosanitaire n'est pas seulement une question de coûts des produits commerciaux. fi faut savoir quand intervenir, quoi utiliser et comment. L'arsenal des produits disponibles est important mais ne dispense pas l'agriculteur de fournir une quantité et une qualité de son travail sur sa parcelle. La récolte manuelle: son coût en France, n'est pas toujours la contrainte économique vraie, avouée... La mécanisation sera recherchée: les mini - outils que l'on construit pour l'entretien des jardins peuvent être utilisés dans les petites exploitations. Le séchage, sans altération du rendement et de la qualité du parfum est un réel problème technique. La tendance actuelle, pour certaines espèces, est non plus de cueillir, sécher, distiller l'organe où s'est accumulée l'huile essentielle, mais de faucher et distiller l'ensemble de la plante: c'est la récolte et distillation en "vert". fi existe toujours pour l'agriculteur des fluctuations d'une année à l'autre. Aussi le rendement avancé est un rendement moyen de cinq récoltes consécutives, à la dimension agricole. En l'absence de valeurs obtenues par des champs de démonstration dans une commune précise, on citera les valeurs obtenues par des expérimentations randomisées ou les dires des producteurs. Le produit récolté. La plante est vendue en "herbe fraîche" ou en "herbe sèche" par le cueilleur ou l'agriculteur. 16

Le mode d'extraction est assez spécifique de l'espèce. Si la macération dans les corps gras, la distillation par entraînement par la vapeur d'eau7 peuvent être réalisées près du champ, l'extraction aux solvants volatils nécessite un investissement important et des ouvriers qualifiés. On oppose souvent la composition chimique d'une huile essentielle ou d'une concrète ( cf. p. 25) obtenues en laboratoire sur un nombre restreint de plantes ou partie de plante à celle d'un échantillon à la dimension agricole et industrielle: ce sont deux choses différentes. La première: il est opportun de connaître, de définir un génome puis de saisir le comportement de ce génome à des facteurs de climat et de sol bien précis. Pour ce faire un modèle suffit. Ce peut être un plant - clone, 10 à 20 plants issus d'un semis, un prélèvement au hasard pour les plantes de cueillette. Les outils analytiques sont suffisamment performants pour cela. Mais il importe de noter: le modèle est récolté comme au champ, puis échantillonné tout de suite par trempage dans un vase Deware contenant de l'azote liquide. Au sortir du Deware le végétal est broyé au Tunnix puis la poudre glacée, placée dans un flacon que l'on conserve au congélateur dans l'attente de l'extraction. La seconde: au même lieu que le modèle, toute la masse végétale récoltée d'un champ de démonstration, à la dimension agricole, sera distillée et l'analyse portera sur un échantillon de l'huile essentielle obtenue, offerte au négociant, à l'industriel. Pour la composition chimique, les caractéristiques physicochimiques, nous nous sommes efforcés de donner les valeurs de publications récentes. Si nous avons privilégié les chiffres publiés par Naves, quelque obsolètes qu'ils puissent paraître, c'est qu'ils constituent un thesaurus d'un accès facile. Bien que les extractions au benzène soient interdites depuis plus de 10ans; au laboratoire, il est agréable de pouvoir disposer de repères analytiques sur une extraction au benzène. Production et Marché. Si relatives, ponctuelles et fluctuantes que soient les données concernant la production, les marchés méritent une attention. Nous avons utilisé les documents douaniers, des U. S. A. de la C. E. E. , de la France (compte rendu de séance de l'ONIPPAM), bourse de Londres. Bibliographie. La bibliographie a été scindée en deux. En fin d'ouvrage nous indiquons les livres de base, d'intérêt général. Puis à chaque monographie nous indiquons quelques ouvrages, publications, commu nications, plus spécifiques de l'espèce ; ~ans prétendre à une liste exhaustive telle que celle que peut fournir l'interrogation d'une banque de données. Si vif que soit notre désir de présenter un savoir, nous ne pouvions détailler les infonnations, souvent capitales, se trouvant dans un livre, une publication, une communication.

17

B Les produits biogénérés et technogénérés, les biotechnologies Les parfums d'origine végétale peuvent être définis selon leur mode d'élaboration dans la plante mais aussi selon l'interventionde l'homme. J. N.
Jaubert (1988) distingue les produits biogénérés et les produits technogénérés. Les produits technogénérés sont des substances existantes dans la plante ou partie de la plante récoltée (qui n'est pas forcément odorante) verte ou séchée, subissant un certain nombre de techniques: chauffages et autres (arômes culinaires, condiments, épices, ) torréfaction ( café, thé noir, cacao), vieillissement en fût de chêne, etc.

-

Les produits biogénérés se divisent en : endobiogénérés et
exobiogénérés.

micro - organisme vivant agit sur une substance organique; c'est le cas des
boissons alcooliques, des fromages. Pour les arômes endobiogénérés on distingue deux cas : - l'arÔme diffuse dans l'air sans qu'il y ait intervention mécanique. C'est le cas de la rose, du jasmin; on hume les effluves, la tête un peu clinée sur la fleur. Cela correspond, nous le verrons, à un type d'organe d'élaboration, partant un type d'extraction du parfum: "l'enfleurage". La diffusion est un échange gazeux au niveau de la couche d'air lamellaire qui entoure le pétale, entre le pétale et l'atmosphère, tout autant que 02 - C02 - H20. Cet échange est fonction de la température, de la tension de vapeur d'eau de l'air, de la vitesse de renouvellement de cette couche d'air lamellaire. Les substances ou les précurseurs arrivent dans toutes les cellules épidenniques de la face ventrale du pétale et y subissent une action enzymatique. Alors les nouvelles molécules diffusent au travers de la membrane, avec ou sans cuticule ou bien sont absorbées par les cires ou bien atteignent la chambre sous - stomatique. La diffusion se fait d'une façon continue, de jour et/ou de nuit, avec des variations quantitatives et qualitatives, comme nous le verrons à propos de la rose et du jasmin. - l'arÔme diffuse après qu'il y ait rupture mécanique de la membrane d'une glande, d'une poche, d'un canal; "crush and sniff ! " disent les Anglais, rupture par intervention humaine ou naturellement. Exsudats aussi, naturels ou provoqués: pin, galbanum, ladanum, myrrhe, encens. On parle aussi d'expression à froid des "zestes" de Citrus. Quelquefois le parfum est le résultat de la transformation in situ, après récolte et séchage, de molécules en d'autres molécules tels l'iris, la mousse de chêne. Les matières premières issues du règne végétal sont utilisées plus ou moins rectifiées, déterpénées. Mais on peut aussi séparer par des opérations physiques ou chimiques un isolat de l'huile essentielle; cet isolat servira de précurseur pour une hémisynthèse. Par exemple: le (1) citronellal de la

On appelleun arômeexobiogénérése parfumqui se dégagelorsqu'un l

.

citronnelle de Java, le citral de Litsea cubeba, l'eugénol du girofle deviendrontl'iso - génol à odeur d'oeillet. Le parfum d'une plante peut être 18

"renforcé" en utilisant des molécules élaborées ailleurs, sur la même plante (cassis) ou sur une autre plante (fraisier - mûrier). TIy a aussi les produits de synthèse partielle ou totale: ils ne seront pas, étudiés dans ce livre. Enfin on ne saurait passer sous silence les importantes recherches faites et les résultats obtenus par les biotechnologies. Ce mot de biotechnologie recouvre deux domaines différents. Le premier est celui de l'outil et techniques de microbiologie qui interviennent aujourd'hui pour assurer une multiplication végétative de micro propagation, de culture in vitro d'un apex indemne de virus, d'un tissu, le doublement de chromosomes par traitement à la colchicine, "l'hybridation" par fusion de protoplasme, voire le transfert d'un gène. La maîtrise de ces techniques est acquise, des livres traitent de ce sujet et de quelques résultats obtenus dans le domaine des plantes à parfum. Le second domaine est celui qui a pris une importance économique certaine mais plus dans le domaine des arÔmes alimentaires (la white wave) que dans celui des parfums. De fait, dès que des cellules ne sont plus vivantes elles sont attaquées par des micro - organismes. C'est alors une chimie très subtile d'hydroxylation, d'oxydation, d'alcools ou de doubles liaisons; le professeur Crouzet (1989) ajoutera "autant de réactions qu'il est difficile voire impossible de réaliser par voie chimique" ; on parle alors d'arômes artificiels. Ce même auteur distingue les molécules obtenues par bioconversion de celles obtenues de synthèse de novo ou fennentation. Dans le premier cas on utilise des cellules microbiennes ou végétales (en culture de tissu) ou des enzymes libres ou immobilisés qui agissent sur un précurseur non actif. Par exemple Pseudomonas maltiphila sur l'alpha pinène accumule terpinolène, boméol, camphre ou bien Lasidoplodia transforme la bêta ionone en un ensemble de composés très appréciés pour l'aromatique du tabac. On retiendra aussi le cas très particulier cité par Naves et Platéarius au sujet du bois d'aloè ou bois d'aigle: les branches et les troncs de l'arbre Aquillaria agalocha tombent dans la rivière et y subissent l'attaque de diverses moisissures, avec une crue, les troncs sont transportés dans la plaine où parfumeurs et médecins les achètent fort cher. Dans le second cas, levures, champignons filamenteux, bactéries, en phase de croissance, fabriquent des parfums d'origine végétale. Les voies de biosynthèse sont identiques à celles des végétaux à chlorophylle, par exemple: nérol, géraniol, et citronnellol par Ceratocystis moniliformis. Mais la production est très dépendante de l'environnement, source de carbone et d'azote. La composition des huiles élaborées est moins complexe que celle des végétaux supérieurs d'où leur intérêt en tant qu'isolat végétal. L'ingénierie est elle - même complexe. Les végétaux inférieurs ne stockent pas in vivo les produits élaborés. Jusqu'à ce jour, les quelques résultats obtenus sont sans commune mesure (de coût de production, de richesse olfactive) avec la générosité de la machinerie des végétaux supérieurs chlorophylliens. 19

C

-Les parfums d'origine végétale, chimie, extraction

Ce sont des composés chimiques volatils, qui diffusent, sont sécrétés à la température ordinaire, hors de la plante ou bien sont stockés dans la plante. Pour chaque espèce il n'y a pas un composé élaboré mais un cocktail de 100 150 molécules différentes. Ce sont des produits du métabolisme secondaire (Harborne 1987). TIexiste des lieux privilégiés d'élaboration, d'accumulation de ces molécules. On parle de cellules épidermiques des pétales des Oléaceae et des Rosaceae,. des glandes épidermiques des Labiaceae, des poches sécrétrices des Rutaceae, des canaux sécréteurs des Ombellifereae. TIpeut y avoir plusieurs lieux d'élaboration dans la plante: les Citrus; une évolution dans le temps, chez le fenouil. Si ces composés sont tous volatils, ils n'ont pas les mêmes propriétés physico - chimiques; toute extraction est un fractionnement. Lorsque la molécule excite le nerf olfactif, ce n'est pas seulement une question de concentration mais aussi d'architecture de la molécule, cis - trans, lévogyre, dextrogyre. TIy a aussi des synergies: une molécule en l'absence d'une autre molécule, bien souvent à l'état de trace, peut prendre des valeurs olfactives toutes différentes. Outre l'odorat, d'autres sens peuvent être sollicités comme le toucher (sensation de frmcheur du (1)menthol). D'autres molécules agissent comme photosensibilisant de la lumière solaire sur la peau; d'autres ont des propriétés psychédélisantes ; d'autres agissent pour conserver, protéger la nourriture, la viande de la putréfaction comme c'est le cas du boucanage par la 4 épice et autres aromates de la Jamaïque, riches en eugénol. Action bien évidemment sur la santé de l'homme et des animaux, et au stade recherche, sur les nématodes, maladies et ravageurs des cultures. Pour un jeune étudiant chimiste il lui faut distinguer les carbures aliphatiques à chaîne ouverte des carbures aromatiques à chaîne fermée. La différence est d'importance quant à la stabilité et la réactivité de la molécule. On ne doit pas être surpris de rencontrer des molécules aromatiques dans les parfums, les laques, les peintures et les fibres synthétiques. D'ailleurs pour qu'une molécule "tienne" à 1000 lors de l'entraînement à la vapeur d'eau, à l'extraction au benzène, à l'hexane, pour qu'elle tienne sur la peau, sur le mouchoir et s'évapore lentement... il.faut vraiment qu'elle soit stable! Mais il est un mot qui revient toujours sur les lèvres du parfumeur c'est celui de "terpènes". J. L. Guignard (1974) écrira "la diversité remarquable des variétés de terpènes et des substances qui leur sont apparentées, rencontrées chez les végétaux". Tous les terpènes sont des dérivés de l'isoprène.

20

CH2 I I
2HC

=

C

- - C = CH2

L'isopenténylpyrophosphate, synthétisé au niveau du réticulum endoplasmique, est isomérisé en pyrophosphate de diméthylallyle et se condense en n molécules de I. T. P. monoterpènes sesquiterpènes diterpènes triterpènes tétrate nes 2X5 = CIO 3XS = CIS 4X5 = C20 6X5 = C30 8X5 = C40

Dans chacun de ces groupes on rencontre des molécules à chaîne ouverte ou à chaîne fermée, mono - bi - tri - cyclique avec pour chacune d'elles des formes carbure et surtout des dérivés oxygénés avec leur stéréochimie. Les produits volatils que l'on extrait par entraînement à la vapeur sont à 98% des monoterpènes et quelques sesquiterpènes. Les terpènes peuvent constituer une gêne: on parle d'huile essentielle déterpénée. En réalité les molécules odorantes sont entraînées avec, dissoutes dans, des lipides, des acides gras, des cires; l'industriel va reprendre huile et concrète pour éliminer les substances non odorantes non indispensables, pour valoriser le parfum. Si on suit le cheminement historique, les premiers chimistes remarquèrent l'analogie existant entre, d'une part, les constituants terpéniques et l'essence de térébenthine et d'autre part entre les constituants sesquiterpèniques et l'essence de baume de garjum. Ces premiers chimistes, panni lesquels il faut citer le nom de O. Wallach, disposèrent très tôt, pour le produit extrait, des données physico - chimiques telles que: densité - indice de réfraction - pouvoir rotatoire - indice d'acidité - indice d'ester. Puis ce furent les déterminations par les méthodes chimiques et physiques de séparation de la chimie organique. Ce n'est que vers 1960 que l'on peut disposer de l'arsenal de la chromatographie en phase gazeuse et de l'identification des composés soit directement en GC/MS soit indirecte par infrarouge. Si dans la plante on rencontre des terpénoïdes libres, insolubles, odorants, qui s'accumulent dans des glandes et tissus spécialisés; il en est d'autres, dits par Teissière (1991) "associés" le plus souvent à des glucosides. Ce sont des formes inodores, solubles, distribués dans tous les tissus de la plante. Mais le problème économique de base demeure toujours celui de l'extraction. L'extraction à la vapeur d'eau (des huiles essentielles) constitue une ingénierie qui ne sera pas abordée ici, à chaque monographie. Nous résumons 21

selon Naves (1973), Meyer Warnod (1984), Vigne (1988), dont nous présentons le tab!. 6 Annexe. TIy a l'hydrodistillation : directe, la matière végétale est traversée par le bas par un courant de vapeur d'eau. En hydrodistillation indirecte, la matière végétale baigne dans l'eau d'ébullition (distillation dite à feu nu). Dans les deux cas la vapeur chargée de l'huile essentielle est entraînée vers le haut. Dans l'hydrodiffusion, la matière végétale est traversée par la vapeur de haut en bas et tombe sur un condensateur. On peut faire aussi une distillation accélérée. L'extraction aux solvants volatils (résinoïde et concrète) ; pour le parfum naturel dira Naves! Ce sont: le benzène, l'hexane, mais aussi l'alcool, l'acétone. Si le produit est un végétal see : lichen, gomme, résine on obtient à froid ou à chaud un résinoïde. Si le végétal est frais, on a une concrète. La matière végétale remplissant une cuve est recouverte par le solvant organique. La température, la durée d'extraction, le recyclage sont propres au savoir-faire du parfumeur. On obtient une concrète plus ou moins solide et colorée. Cette concrète est transformée en absolue par épuisement à l'alcool à la température de 30° / 40°, agitation puis réfrigération à-50 / - 10°. La concrète peut aussi être soumise à une distillation à la vapeur d'eau. Une huile essentielle ou une absolue sont souvent reprises par l'industriel pour éliminer certains constituants ou pour renforcer le pourcentage d'un ou plusieurs composés: c'est la distillation fractionnée sur colonne ou vacuum distillation. Ou bien on réalise une distillation moléculaire. Pour l'huile essentielle il y a un entraînement physique par la vapeur d'eau puis séparation par condensation sous l'action du froid; on recueille dans un essencier ou vase florentin. Artozoul (1987) notera "l'huile essentielle ne constitue que le cœur du parfum, d'ailleurs en partie altéré par la vapeur d'eau de la distillation. Certains des composants de l'huile, solubles dans l'eau, sont perdus partiellement, les composants les plus lourds du parfum qui ne distillent pas, le sont totalement. De surcroît, il ne reste pas trace des molécules aromatiques les plus légères". Avec les solvants organiques on utilise d'abord un solvant apolaire comme l'hexane, l'éther de pétrole. Puis un solvant polaire: alcool, éther, acétone. Le premier solvant récupère tous les composés odorants, ceux de tête, de corps, de queue mais il dissout d'autres composés non odorants comme les acides gras, cires qui font "évoluer" la concrète lorsqu'elle est stockée trop longtemps. Pour un kilo de concrète il faut distiller de 1500 / 1700 litres de solvant. La concrète n'est directement utilisable qu'en savonnerie. L'extraction aux solvants se fait à 66° pour l'hexane et 78° pour l'alcool. Sous pression réduite, vers la fin de l'évaporation de l'hexane, les composés de tête, si précieux, sont entraînés et perdus. Les cuves construites pour une extraction à l'hexane ne peuvent pas être utilisées pour un autre solvant volatil. 22

Car il existe d'autres solvants volatils comme le butane; les solvants liquéfiés, les G. L. P. , les solvants chlorés et chlorofluorés, les foranes, les dérivés oxygénés: N2 et C02. Un procédé physique de traitement par les ultrasons est à l'étude (pacé - 1988). Tous ces procédés, sauf le C02 supercritique, sont encore au stade expérimental. Bien entendu on pratique toujours peu ou prou les anciennes méthodes d'extraction comme: l'expression à froid pour le fruit des Citrus, les solvants fixes à froid, à chaud, comme les graisses et les huiles, l'enfleurage. Faure (1996) relate que, à Rome, la parfumerie a à sa disposition 5 huiles végétales : de l'olive, de la noix de Ben, du palmier doum, d'oeillette, d'amande.

D - Les plantes à parfum à Grasse, historique On ne saurait présenter un livre des plantes à parfum sans écrire quelqueslignes sur l'histoiredes plantes cultivéesà Grasse, importéespour les industries grassoises : "à condition, commerécrira Vindry (1980), de ne pas
tenir compte des mythes pieusement baptisés traditionstt. Sans vocation agricole ni métallurgique ni commerciale, Grasse voit passer beaucoup de "gens" qui se rendent, à Paris, Venise, Naples, Gène, Florence, Byzance, Jérusalem. Au Moyen Age les peaux ont une grande importance: on les utilisent pour les harnais, les selles, les sacs, pour les vêtements aussi; Grasse se spécialise et acquiert là une certaine richesse. Avec Toulon, Marseille et Aix les Grassois fréquentent la foire de Beaucaire, rencontrant Catalans et Florentins, Parisiens et gens de Montpellier. Depuis 1481 la Provence est sous l'autorité de Paris, car l'impulsion commerciale, la demande de parfum vient, déjà, de Paris et des Flandres espagnoles. fi est probable que dès cette date, rosier, jasmin, oranger, oeillet sont en place dans les jardins. Pour des raisons climatiques ils ne peuvent être que là, à Grasse; pas plus loin ni à l'ouest ni au nord. fi y a une relation entre fabrication et vente de gants et les parfums. Les procédés de tannage ne sont pas ceux d'aujourd'hui, les peaux gardent comme une odeur! il suffit de changer de gants pour changer de parfum. D'autre part il n'est pas étonnant que le "savoir" du parfum ait été, avant Grasse, possédé par les apothicaires montpelliérains : de nombreuses matières végétales médicales achetées peuvent aussi être utilisées comme parfum. Si en Italie il existe quelques champs d'iris, la matière première transite par Constantinople, Venise, Florence et de là monte en Hollande et redescend sur Paris et Lyon. En réalité ce n'est pas seulement la matière première qui circule mais les idées, le savoir, les outils disponibles; les premiers parfums furent des "eaux" avant d'être des "huiles". Pendant tout les XVII et XVIIIème siècles les Grassois, toujours en relation avec Montpellier et Paris, investissent de plus en plus dans la parfumerie et la savonnerie, et deviennent des gantiers parfumeurs. Quelques Montpelliérains viennent s'installer à Grasse. Dans des documents d'archives 23

on relève à la fin du XVIème siècle, à Biot, "la soudaine plantation de milliers d'orangers". Jean Gallimard, posant pour un peintre, désigne sur sa table de travail un vase contenant quatre des fleurs les plus importantes de la parfumerie: l'oeillet, la tubéreuse, la rose, le jasmin. Quant à l'oranger, à Cologne, dès 1732, les Farina pour leur Eau Admirable, en font une grande consommation. Les travaux de Chaptal sur la vinification se répercutent sur la parfumerie: ce sera la parfumerie alcoolique. On fabrique surtout, à coût raisonnable, un alcool azéotropique neutre et sans odeur: ce seront les extractions à l'alcool et les absolues. Au début du XIXème siècle le commerce des essences végétales sur la CÔte d'Azur prospère. Nice participe à l'expansion: la maison Ravel en 1850 fabrique des pommades et des extraits de fleur à chaud. En 1856 à Grasse, 45 à 50 usines traitent 2. 000 tonnes de fleurs d'oranger, 500 tonnes de rose, 80 tonnes de jasmin, 40 tonnes de cassié, 80 tonnes de fleurs de violette de Parme et 20 tonnes de tubéreuse. Vers 1870 Ravel fabrique les premiers extraits alcooliques dans les bains-marie ordinaires puis à vapeur. La batteuse, le glaçage des essences sont inventés. En 1890 on extrait au solvant volatil et on pratique l'enfleurage du jasmin et de la tubéreuse; encore fallait - il que les usines puissent être approvisionnées d'une façon certaine en fleurs et feuilles fraîches; aussi les champs sont proches de l'usine. Certes, à Grasse, le climat est favorable à la culture de ces plantes qui n'entrent pas en concurrence avec d'autres productions agricoles (tab. 8 Annexe). Mais il a fallu tâtonner pour diminuer les risques de gelée, de chaleur, des maladies; pour produire de 2 à 5 tonnes de fleurs fraîches à l'hectare. Grasse réalise très tôt que la technique que les Bulgares utilisent pour leur rose "damascena" va, enfin permettre de traiter des tonnes de fleurs d'oranger. Mais on n'introduira pas la rose "damascena". Car grâce aux solvants volatils la "centifolia" se vend très bien. Investisseurs et maftres des cultures à Grasse les parfumeurs ont programmé une production pour que les installations coûteuses travaillent en continu du 1er janvier au 31 décembre: dès que la récolte des violettes est terminée on nettoie et commence l'extraction de la fleur d'oranger pour terminer avec la tagette, la deuxième coupe de verveine et la menthe française (tableau 7 Annexe). Point n'est besoin de sillonner les cours princières d'Europe pour proposer les parfums, elles sont là, à deux pas, depuis que Nice est française en 1860 et que bientôt le chemin de fer va véhiculer les personnes et les marchandises depuis et vers Grasse. La fin du XIX ème siècle voit l'essor de la science, de la chimie en particulier. Les chimistes de Paris, de Londres, de Berlin descendent à Grasse. Les travaux de laboratoire sont nombreux. La maison Schimmel analyse tout ce qui "circule" en matière de parfums et Gildmeister et Hoffman en publient les résultats. La maison Roure et Bertrand publie en trois langues les travaux de Charabot et la revue de A. Chiris "Parfums de France" sera bilingue. On pense évidemment aux synthèses chimiques qui abaisseraient considé24

rablement le coût de la matière première sans passer sous les fourches caudines des agriculteurs et des négociants. Le raffinement de la haute société européenne fait la demande mais aussi. les masses laborieuses qui se parfument à la lavande puis au lavandin ; plantes qui peuvent être cueillies et récoltées sur des centaines d'hectares, ailleurs que sur les terrasses étroites de Grasse, en Provence toute proche. On découvre aussi, grâce aux solvants volatils le "Chypre" et la "Fougère" de la mousse de chêne. Durant l'entre deux-guerres, les parfumeurs de Grasse, toujours demandeurs d'essences végétales, investissent et plantent "over sea" pas toujours avec bonheur. Toumaire, à Grasse améliore ingénierie de l'extraction. Après la Deuxième Guerre Grasse continue, maintient. Agriculteurs, chimistes, industriels, négociants, forts d'une connaissance, disposant d'hommes qualifiés et d'outils performants, font que Grasse est toujours leader, présent partout sur les marchés des produits d'origine végétale. Mais les géants allemands, anglais, hollandais, américains et japonais grignotent peu à peu le marché du cosmétique, détergent, et arÔme alimentaire. Les agriculteurs, un peu perdus dans le 7% de la matière végétale de la Provence et de la CÔte d'Azur qu'utilisent les parfumeurs, regardent vers le tourisme et l'immobilier. La capacité d'auto - investissement se perd et bon nombre de parfumeurs grassois se réfugient dans le giron de multinationales.

E - La production et le marché de la plante à parfum en France
Les documents sur ce sujet sont rares jusqu'au début du XXème siècle. Rolet donne quelques indications puis ce sera la Monographie Agricole de 1929 (tab. 9 Annexe). A l'occasion d'une crise grave en 1975 l'inspecteur général Uhlen rédige une "Situation actuelle, perspective à moyen terme". En 1987 Vigne présente au congrès de Digne "La France et ses productions aromatiques végétales actuelles" (tab. 10 Annexe). Peyron (1989) au même congrès retracera "Un siècle de production de plantes à parfum dans le Sud Est de la France 1889-1989". Depuis 1982 L'Office National Interprofessionnel des Plantes à Parfum, Aromatiques, et Médicinales (ONIPP AM) publie, chaque année, dans un compte rendu de séance, les importations et exportations françaises Nous avons déjà cité quelques chiffres ( tab. 9 - 10 - Il Annexe) que nous reprendrons plus en détail pour chaque espèce végétale étudiée. Actuellement, selon Vigne (1987), les parfums, tous confondus, d'origine végétale représentent un C. A. de 4 milliards de francs pour un tonnage de 42. 500 tonnes dont 20. 000 au départ de Grasse (tab. Il Annexe). Sur une soixantaine d'usines la moitié d'entre elles sont dans le Sud - Est de la France; 50% sont des entreprises familiales; 38% des groupes étrangers; 12% des groupes français. 25

Selon le S. E. S. S. I. on notera en millions de Francs, Evolution du chiffre d'affaires de l'industrie française. ONIPPAM 1994 Année Produits aromatiques Naturels 1986 1990 1993 1417 1678 1679 De synthèse 752 769 668 Composition huile essentielle Boisson Autre usage alimentaire 879 1171 1619 1279 1354 1786

Et Vigne poursuit "si on additionne toutes les productions végétales de France, y compris le lavandin, on arrive péniblement à 133.00 KF, comparé à la valeur de nos achats de matières premières de 2.000.000 KF soit 7% environ. Si certaines entreprises réalisent 50% de leur C. A. en parfumerie de luxe, selon Uhlen, pour l'ensemble des entreprises ce volet ne constitue que 8% du C. A. Si on considère les plantes à parfum, aromatiques et médicinales, toutes confondues, on en fait presque de partout en France (25.000 ha) avec des départements dont le C. A. est de 40 à 100 millions de Francs. Mais pour ce qui est des plantes à huile essentielle, c'est le privilège du Sud - Est de la France. Lavandins, Lavandes, Sauge, Cassis sont des espèces dont le C. A. est supérieur à 10 MF ; on retrouve: Menthe, rose, mousse d'arbre, jasmin, ciste, velVeine, violette avec un C. A. compris entre 1 et 10 MF. Tant en France que dans l'union européenne la culture de ces plantes entre dans la dénomination de culture "industrielle", c'est-à-dire sans aucune protection douanière, tout au plus un relevé des entrées et sorties par les Services des douanes. Alors on parle de «jachères industrielles» ; sur les 71000 ha de demandes, 5000 sont du ressort de l'ONIPPAM, lequel en retiendra 700 ha en 1993. Sur le plan international: il est des espèces dont la valeur estimée de la production est supérieure à 20 millions de $, les deux Citrus, les trois menthes... et la rose. Lavandin, jasmin, vétiver se situent entre 10 et 20 millions de $. La France se situe au deuxième rang mondial des importateurs d'huiles essentielles en tonnage et valeur, peu après les U. S. A. une large part de ces huiles est réexporté dans les produits finis : le chiffre d'affaires de la parfumerie et des cosmétiques dépasse 40 milliards de francs, ce qui correspond à près de 40% de l'offre mondiale de ce secteur. fi existe un désengagement des industriels français non seulement vis-à vis des productions végétales de France mais aussi des productions qui étaient achetées dans les pays du tiers - monde. En 1993 nous imponons, d'huiles essentielles, pour 350 millions de francs de Suisse, pour 300 MF d'Allemagne, 26

pour 150 MF des Etats - Unis, et des Pays - Bas, du Royaume - Uni, et pour 120 MF d'Irlande. Bien sûr nous sommes excédentaires par nos exportations, mais les marges plus étroites fragilisent nos industriels. Désengagement de l'investissement agricole, de la recherche botanique et agronomique: il est des études qui auraient pu être faites, des études qui ne sont pas faites. Pourtant quelle magnifique plate-fonne biologique pour tout le monde végétal méditerranéen, dont Grasse se fit l'héritière. Certes Grasse "manufacture" toujours, mais en bout de chaîne et son approvisionnement est très dépendant de la conjoncture économique et financière internationale. n n'en demeure pas moins que dans le commerce de luxe français les parfums participent pour 57% du chiffre d'affaires.

27

ETUDES

MONOGRAPHIQUES

Chapitre I

G ENE R A LIT E S

Historique Mise au point bibliographique Botanique: Systématique, Organes d'élaboration de l'huile essentielle, Sélection. Ecophysiologie

Chapitre n

P RAT I QUE S

CUL T U R ALE S

Mode de multiplication Préparation du sol Semis - Plantation Soins et entretiens Protection phytosanitaire Récolte Rendement Chapitre ill LEP ROD UI T R ECO LTE

Extraction Composition chimique Chapitre IV PRO DUC T ION ET MAR CH E

Production et marché Bibliographie spécifique

Première partie

LES

PLANTES ET «D A U
f

CULTIVEES

A GRASSE

DEL A D E LA MER«

LE

ROSIER

DE

MAI

R 0 sac

e n tif 0 I i a

L.

Chapitre I

GENERALITES

Historique La rose fut une plante tardivement utilisée pour le parfum, commercialement parlant, en regard de l'importance économique et sociologique de la myrrhe, de l'encens, du nard; ces plantes sont faciles à récolter, à stocker, à transporter, à falsifier aussi. Les négociants en parfum font le rapprochement entre la note "rosée" de certains parfums venant des Indes, appelés en sanscrit "rohisha" "rus" avec le parfum d'une fleur que l'on rencontre dans le Caucase, et dans les jardins d'Isfahan : les Romains appelleront cette fleur "rosa" et tous les enfants de l'Occident déclineront... rosa, rosae, rosam. D'ailleurs en indien "rasa" n'indique pas un objet mais un état psychique, un peu comme en français: qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Les parfums indiens, arrivant toujours à Constantinople, s'appelleront: rose d'Orient. Plus tard, avec la découverte des Indes Orientales, les négociants, retrouvant la phonétique première, parleront de palma rosa, géranium rosa. L'antériorité de la rose de mai est attestée par son appellation même de Linné de centifolia. Non pas qu'elle ait cent feuilles mais parce qu'avant Linné les botanistes, dans leur langage, ne font pas de distinguo entre feuille et pétale. En grec la rose se dit "triantaphyllo". La duplicature de la fleur est un phénomène rare dans les espèces spontanées, c'est un fait de sélection; les Anglais diront "the true scent of the cabbage rose". Sur le plan historique il y aura trois cheminements de l'usage, donc de la culture des roses, quatre si on ajoute la voie ornementale. Le premier cheminement est celui des "vertus" médicinales de la rose, le deuxième celui du parfum de la rose fraîche, le troisième celui du parfum extrait. Sans aborder les "vertus" médicinales, qui ne sont pas notre propos, il est intéressant de s'attarder un moment sur les techniques de conservation, d'extraction citées par Platéarius dans son manuscrit du XVème siècle. Cet auteur ne distingue que la rose blanche et la rose rouge, toutes deux dupliquées, et précise: "on peut utiliser les roses fraîches mais on utilisera les 33

roses séchées (plein soleil) car elles se réduisent facilement en poudre; des roses fraîches on fait le miel rosat, le sucre rosat, l'eau de rose, l'huile rosat, et le sirop rosat", et d'en donner les recettes. Ecrire "géranium rosat", avec un "t" est un héritage du Moyen Age. Le parfum de la rose fraîche est utilisé en "jonchées fleuries". Les civilisations de l'Antiquité méditerranéenne en feront de grandes consom mations: Egyptiens, Phéniciens, Grecs, Romainso n y faut de grandes quantités de roses fraîchement cueillies; une culture dans un champ proche du lieu de l'utilisation est nécessaire. Cet inconvénient n'existe plus lorsque le parfum est transféré sur un support stockable, transportable. fi y eut probablement une macération dans les corps gras, mais avec les premiers alambics, l'eau de rose fait son apparition. De l'eau de rose à l'huile essentielle de rose, le pas fut vite franchi. On dit qu'une princesse iranienne (ou indienne) observa la mousse qui surnageait dans un bassin d'eau de rose, le terme arabe de a'thar donnera "éther, ester" ; on parle d'une date d'apparition de 1612 en Perse et 1570 en Europe. Après la chute de Constantinople en 1453 les marchands turcs font franchir l'Hellespont au rosier et installent des cultures en Bulgarie. Cette région de l'Europe de l'Est gardera jusqu'à nos jours le monopole de la production d'une rose à parfum: la damascena. Mais l'Europe francique avait pris pied à Saint Jean d'Acre et dès la première croisade c'est un va- et-vient continu de religieux, de militaires, de négociants, de curieux; ça vous brinquebale les semences et la symbolique de la rose. Que la rose soit venue à Grasse par le chemin de Damas, ou, bien avant, par les Phéniciens ou les Aragonais on ne sait: c'est l'époque où les Portugais ont court circuité le négoce arabe des parfums et épices des Indes en contournant le cap de Bonne Espérance, les îles Bourbon et Seychelles, les Maldives. Nous l'avons dit, dès le XVI ème siècle à Grasse on cultive la rose pour le parfum. De quelle rose s'agit - il ? La rose de provin, un hybride, la damascena de Turquie? (qui ne fut ou ne put être introduite à Grasse) ou bien, selon Garnero, notre rose de mai ou centifolia proviendrait du Caucase. On dit qu'en 1895 l'horticulteur Nabonnaud introduit une nouvelle rose. fi est possible que cette rose "moussue" comme on en rencontre aux Seychelles (d'où nous viendra Rosa indica major) et au Tonkin, ait seule été présente, dès le début, à Grasse. Avant la découverte des solvants volatils, on faisait des extractions aux solvants fixes, à la graisse de porc: pommades et neutralines, graisses minérales, voire une distillation uniquement pour obtenir de l'eau de rose. Avec l'arrivée des solvants volatils cette rose, peu oléifère, donne une absolue qui séduit les acheteurs et les créateurs et constitue un marché parallèle à celui de l'huile essentielle de damascena de Bulgarie. Lawrence (1991) écrira ironiquement "it is long on history and short on science".
.

34

Mise au point bibliographique Les documents et les travaux publiés sont nombreux. On se réfère toujours aux 3 ouvrages de base: Gildemeister, Guenther, Naves et pour la partie agricole à Rolet. Des articles consacrés à la rose ont été rédigés par d'éminents connaisseurs dans la revue "Parfums de France". En 1929 sera établie par le ministère de l'Agriculture une " Monographie agricole des Alpes maritimes" par Casimir Jean. La Chambre d'agriculture du Var fera établir en 1956 un document sur la culture de la rose. Garnero (1982) fait le point dans la revue "Parfums, Cosmétiques, Arômes". Lawrence (1991) présente les données botaniques et la composition chimique des extraits des roses parfumées ayant fait l'objet de récents travaux. De nombreuses communications seront présentées dans les divers congrès nationaux et internationaux des huiles essentielles.

Botanique
Avant Linné, marchands, voyageurs, Croisés, ont introduit à Grasse bien des roses parfumées. On serait en présence de 2 espèces de Rosa gallica L. ou Rosa austriaca Crantz ou rosier de provine - l'espèce Rosa damascena Miller ou rose de Damas, de Puteaux, des 4 saisons. Tucker et Maciarello (1988) donnent 3 cultivars de R. damascena trigintipetala, Professeur Emile Perot, Gloire de Guilan. Ces même auteurs donnent quelques hybrides de Provenc~ : Celsiana, Marie Louise, Mme Hardy, Blanchefleur, Duc de Guise, Charles de Mills. -l'espèce Rosa centifolia ou rose de Mai. Nous avons lu qu'au XYlème siècle les rosiéristes hollandais réalisèrent de nombreux hybrides de centifolia. On citera: en Bulgarie Rosa alba, en Egypte Rosa stamboul et Balady, en Tunisie rosier de l'Ariana et N'elsri, dans l'Atlas marocain le rosier de Dadès. Selon Gamero il n'y a que deux roses cultivées pour la parfumerie: - la Rosa damascena, rose oléifère, à fleur dupliquée, - la rose de mai de Grasse centifolia, moins oIéifère ; avec deux variantes: la simple et la double qui à volume égal (c'est important pour la charge des alambics) pèse deux fois plus que la simple, mais qui est moins appréciée par les parfumeurs. Nous verrons qu'il est très facile, de distinguer une simple d'une double tant l'écophysiologie est différente. Ces deux roses de mai se démarquent de damascena sur le plan du rendement et de la composition de l'huile essentielle; pour obtenir 1 Kg d'huile il suffit de 3 / 4 tonnes de fleurs de damascena alors qu'il en faudrait 12 tonnes pour la rose de mai. 35

On a beaucoup épilogué sur une rose à parfum cultivée par les Romains: la rose bifère ou rose de Paesti. Le poète André Chénier, dans ses "Bucoliques" au poème Néere traduit le vers de Virgile, Ornaret canerem, biferique rosaria Paesti en Soit qu'aux bords de Paestum, sous ta soigneuse main Les roses deux/ois l'an couronnent ton jardin. Plus prosaïquement nous dirons que la rose de Paestum était remontante, comme l'est aujourd'hui la rose "Tango" ou Safrano" cultivée, sur la Côte d'Azur, en plein air, pour obtenir une t'fleur coupée't pour le vase, à la Noè1. Donc la rose bifère n'était ni la rose de Mai ni celle de Damas: aucune de ces deux roses n'est remontante. Ce n'est pas que d'autres roses ne soient pas parfumées: Princesse de Monaco, Jacqueline Nebout, Joséphine Droin, Charlotte Rampling, Rendez vous, Tino Rossi, Jardin de Bagatelle... mais économiquement aucune d'elles n'a supplanté la rose de mai. Lawrence (1991) cite R.. rugosa, ou Hamanasu rose oil, R.. banksia (Qi Li Xiang), l'hybride R.. setata x rugosa (Ku Shin rose), R. chinensis (Shi Mei) et d'autres roses comme Shailer' Provence, Ispahan, Fantin Latour et les hybrides Ramanas. Wang et al. (1988) disent de la rose chinoise: "le feuillage est caduc ou semi-persistant, tige épineuse, feuille alterne, floraison d'avril à décembre, fleur à huile essentielle, parfum capiteux". Nous parlerons au chapitre III des études faites sur des roses, variétés "fleur coupée" très cultivées sur la Côte d'Azur, sous serre. Organes d'élaboration de l'huile essentielle. La localisation de l'huile essentielle dans le rosier à parfum a fait l'objet de peu de travaux. On sait que ce parfum se trouve dans la fleur mais aussi dans les appendices et glandes sur la tige, les stipules de feuilles et sur les sépales. Nous avons dit qu'en médecine on utilisait le pétale séché au soleil et réduit en poudre. Pour la parfumerie il est impératif de n'utiliser que des pétales frais, d'où la nécessité d'avoir le champ proche de l'usine. Nous donnons sur la fiche morpho histologie la coupe transversale d'un pétale de rose, telle qu'elle fut présentée par Charabot en 1908. On réalise tout de suite l'importance de la surface évaporante développée par ce que nous appelons des cellules épidermiques en "téton" sur la face ventrale et en "pavé" sur la face dorsale du pétale. n n'y a pas de différenciation de la cellule; la construction des molécules parfumantes est un phénomène continu; le matériau élaboré est tout aussitôt évacué par diffusion au travers de la cuticule (pratiquement absente sur la face ventrale) et les chambres sous - stomatiques ; tant que le pétale est vivant, séparé ou non de la plante. Selon Ponkovetskii (1982) la teneur en amidon dans les feuilles et pétales, qui est supérieure à 30%, diminue quand, dans les pétales, la teneur en sucre augmente. Pour Pogorel'kaja (1981) le maximum d'huile se situe à l'anthésis de la fleur. Decheva (1978) note que dans les feuilles, sucre et 36

amidon augmentent pendant 20 I 30 jours puis diminuent pour être de nouveau élevés en fin de saison. Buggara (1979) examine les différents composants de l'huile dans l'épiderme inférieur et supérieur et dans le mésophyle d'un pétale. Pogorelskaja (1981) relève que la perte en huile par évaporation est faible et est surtout le fait de la sénescence de la fleur. Bugorkii (1980) établit que l'activité de l'enzyme glucosidase est plus grande dans la membrane de la cellule que dans le liquide homogénéisé. On sait que de nombreux arômes, dans la plante, ne sentent pas: ce sont les aglycones liées à des oses ou hétérosides. En un lieu, il y a hydrolyse enzymatique et l'aglycone est libérée. Ambib et Féron (1988) affirment que dans 80% des cas les aglycones sont liées au glucose sous la fonne B Dglucopyranosie. Chez certains végétaux, d'autres glucides notamment le rhamnose, l'arabinose ou le galactose E inteIViennent associés au glucose. La sélection. Seuls Bulgares et Russes se sont livrés à une sélection rigoureuse. Les clones bulgares de Kazanlik sont: Suezhen 168 ; Suezhen 86 de production moyenne; Suezhen 85 faible. fi existe un clone stérile Turya 95 A Simféropol, Raev obtient des forma plutôt que des clones. Ecophysiologie Là aussi nous possédons très peu de données. fi faut faire des comparaisons de climat et de sol où le rosier est cultivé et prospère: à Grasse et Kazanlik, en Turquie, au Maroc. Curieusement Grasse et Kazanlik sont sur le même parallèle 43° Nord, c'est-à-dire avec une photopériode de ISH. 30 au solstice de juin. Grasse est en climat méditerranéen de transition, sub humide, à hiver frais. Gamero rapporte qu'à Kazanlik les facteurs météorologiques amènent dans la vallée une fréquente humidité de nuit avec formation de rosée propice à la sécrétion de l'huile pour la rose. A Grasse Gilly (1973) a montré que sur les rivages du golfe de Gênes, la couche d'air géographique était, en été, humide dans la journée et assez sèche la nuit. Les valeurs des températures en hiver sur certains lieux de production de la rose en Turquie sont très basses, jusqu'à - - 30°, ce que ne pourrait pas supporter la centifolia. La rose de mai craint les gelées tardives au printemps, qui font chuter les boutons floraux; elle craint aussi les sols asphyxiants ou rendus asphyxiants par le colmatage des fissures par les limons des sols battants. fi est un point de phénologie qui permet de distinguer ex abrupto chez centifolia la simple de la double. Alors que la simple, bien qu'en vie ralentie, reste en sève pendant tout l'hiver, garde une partie de ses feuilles (on peut observer certaines années une floraison en février) cette garde de sève est encore plus marquée quand la rose est greffée sur un rosier bourbon Rosa indica major. La double, elle, perd toutes ses feuilles en hiver, l'arrêt de sève est total et la plante ne débourre pas avant le 1er Avril; la double est toujours plantée franc de pied. 37

Les besoins en éléments minéraux ont été appréciés par Koseva (1978), pour la damascena de Kazanlik. 2.9 N / 0.34 P / 0.70 K grammes pour 100Kg de fleurs. Selon Korshuwo (1984) à Simféropol en tenant le sol à 85% de sa capacité de rétention en eau, durant toute la période végétative on obtient 53Qx / Ha de fleurs et 45Qx avec une irrigation de printemps contre 37Qx au témoin sans arroser. Arroser en juillet - août à Grasse pour que la photosynthèse soit active n'est pas forcément la meilleure solution: l'aoûtement peut se faire mal et les charpentières n'être pas renouvelées. Rosier de mai simple et double ne donnent jamais de deuxième floraison; d'ailleurs qu'en feraient les parfumeurs si, à ce moment les appareils d'extraction ne sont pas libres? Constatons que centifolia ne "sortit" jamais de la région grassoise, à l'Est jusqu'à Saint-Paul et La-Colle-sur-Loup, à l'Ouest pas plus loin que Montauroux et Bagnols- en -Forêt. fi est probable que la double tout comme la damascena puisse monter dans les vallées et sur les plateaux de l'arrièrepays voire les Alpes de Haute -Provence.

Chapitre II

PRATIQUES

CULTURALES

Mode de multiplication Le matériel végétal choisi, il faut le multiplier à la dimension du champ. A Grasse, ce sont de petites parcelles de 200 à 5.000 m2 ; en Bulgarie, en Turquie les surfaces sont plus importantes. Centifolia simple et double, la multiplication se fait toujours par voie végétative; d'où l'intérêt de disposer de plants - mère bien clonés. Pour centifolia simple et double la multiplication traditionnelle se faisait par les drageons qu'émet, parfois en abondance, le rosier planté franc de pied. On récolte les drageons après les premières gelées d'automne en les détachant le 38

plus bas possible. En Bulgarie, avec le damascena, ce sont des fragments de tige de 10 50 m que l'on couche directement dans le fond d'un sillon. Selon Rolet si on utilise des boutures de fragments de tige de centifolia la floribondité est moindre. La centifolia de Grasse est - elle "abâtardie1t ? On ne sait! La culture de méristème n'a pas été tentée. Le drageon est soit mis en place directement au champ, soit placé en pépinière pendant 1 an. Depuis une cinquantaine d'année, à Grasse, on assure la multiplication de centijolia simple par greffage sur un rosier d'origine tropicale, subspontané sur la Cote d'Azur: Rosa indica rnajor, porte - greffe
utilisé aussi pour les rosiers "fleur

- coupée"

sous serre. Le coût de production

est de ce fait plus élevé qu'en franc de pied mais, dans la zone de l'oranger, l'indica tient ses promesses: les rendements sont plus réguliers, il maintient le centifolia en sève en hiver, il résiste à la sécheresse de l'été, il résiste à l'excès de calcaire dans le sol. L'avantage de ce greffage a été mis en évidence par Arinstein (1981) et Demidov (1983) à Simféropol. Des gourmands d'indica, bien aoûtés, ni trop vigoureux ni trop faible de 40cm de long sont prélevés de novembre à février, soit en rejets sur une plantation de rosiers greffés, soit sur des touffes d'indica subspontanées qu'on rencontre sur le bord des routes et des champs. On éborgne les yeux de la bouture sauf les 2 yeux supérieurs. Puis on laisse en jauge pendant un mois pour obtenir un cal racinaire. La bouture ainsi "gommée" peut être mise en place directementau champ ou bien en pépinièreou bien en plant - tube sous abri antigelo Les greffons sont prélevés en juin sur quelques pieds où on a oublié de récolter la fleur; on n'utilise que les 2 à 3 yeux sous l'inflorescence. La greffe à l'écusson se fait sur les indica au champ ou en pépinière. La centifolia double est, encore aujourdhui, plantée franc de pied. Préparation du sol Le rosier, comme toute plante buissonnante, développe un système racinaire traçant. En pays méditerranéen le sol s'échauffe, s'assèche vite en surface. Aussi le rosiériste oblige la plante à installer ses racines en profondeur. Pour ce faire il défonce, amende, travaille le sol le plus profondément possible. Sur de petites surfaces le coût du fumier et des engrais est de faible importance économique et les doses apportées compenseront le mélange d'un sous-sol pauvre à la couche de terre arable; l'important est de mélanger intimement engrais minéraux et fumier à la terre sur toute l'épaisseur de la couche travaillée. Avec un labour profond on évitera la formation d'un sol creux, d'une semelle de labour qui ferait obstacle à la pénétration des eaux de pluie, des jeunes racines. La fumure de fond (selon l'analyse de terre) est enfouie avec ce labour profond d'été, c'est-à-dire aux dernières pluies du printemps. Les grosses mottes passeront l'été exposées au soleil et les premières pluies de l'automne les éclateront en petits grumeaux. 39

Un second labour puis des façons superficielles tiendront le sol propre d'herbes jusqu'à la plantation.

Plantation
La mise en place directe du drageon, ou de l'indica non raciné, se fait de novembre à février. A la cheville, ou entre les deux branches d'une petite fourche, sur la ligne bien ameublie, on enfonce la bouture d'au moins 30 cm. Ou bien au béchard on réalise une petite tranchée de 30 cm de profondeur, on dépose le drageon ou la bouture, on couvre de terre, fine et on tasse légèrementj les drageons sont rabattus à 2 yeux au - dessus du sol. La densité de plantation est de 1.5 à 1.8 plants / m2 soit 3 plants au mètre linéaire avec un interligne de 1.2/1.3 m pour le centifolia greffé, pour le franc de pied on plante au carré à 0.8 m. Le plant greffé raciné en pépinière ou plant tube se met en place dès le collage de la greffe début juillet Soins et entretiens Lorsque le greffon a 20 cm de long, il est tuteuré. Les binages et sarclages se font à 3 fins : maîtriser les mauvaises herbes, économiser l'eau du sol, faciliter l'aération du sol. Maîtriser les mauvaises herbes ne veut pas dire leur élimination systématique; si le sol se ressui mal à la sortie de l'hiver on ne supprime les mauvaises herbes que fin Avril, d'autant qu'il est désagréable pour les cueilleuses d'avancer, tous les matins, dans l'herbe mouillée par la rosée. En sol battant on a tout intérêt à favoriser une structure stable en surface pour que les pluies violentes nVentraînent pas les éléments fins dispersés dans les fentes d'un sol craquelé par la sécheresse de l'été. Comme les tiges sont entortillées on peut passer entre les raies pour pratiquer un labour pour enfouir le fumier et/ou une fumure azotée et butter légèrement les pieds à l'automne. fi faudra débuter à la sortie de l'hiver par un léger labour et apport de la fumure d'entretien et décavilloner les pieds si on veut faire une raie d'arrosage. La taille. La taille peut se faire assez tard, mais avant fin janvier, les bois sont sortis du champ et brûlés. Sur le plant on élimine les vieilles tiges, qui ont fleuri, en ne conservant que 3 / 4 rameaux vigoureux de l'année. Ces rameaux et jeunes tiges de 2 plants voisins sont arqués et entortillés l'un dans l'autre: c'est la pratique de l'arcure ou couchage ou entortillage. En effet, au printemps, la sève abonde à l'extrémité des rameaux, l'arcure répartit cette force sur toute la tige d'où plus de fleurs. L'air et la lumière pénètrent dans tout le feuillage. A la cueillette la cueilleuse n'a pas besoin de tenir la tige pour casser la fleur, elle cueille des 2 mains. Aujourd'hui, à Grasse, cette pratique est abandonnée comme jugée trop coûteuse et non nécessaire pour obtenir un bon rendement quand l'eau n'est pas chère. Seule la double, franc de pied, continue à être entortillée. 40

L'arrosage. Rolet et les premiers auteurs sont d'accord pour dire qu'il existe une race épineuse que l'on cultive en see et une race peu épineuse qui se cultive en arrosée. Si le rosier est installé sur un sol profond, frais en été, il n'est pas nécessaire d'arroser. Si on arrose, la plante augmente sa croissance, demande plus d'azote minéral partant plus de phosphore. Le repos de végétation en été est - il souhaitable? Un arrêt de sève en été par un excès de sécheresse donne un bois mal aoûté qui résistera peu à une première et forte gelée. Bien entendu on arrose les premiers et seconds étés pour guider les racines en profondeur. Nous avons relaté les résultats obtenus par Korhwo (1984). La dose d'eau est donnée par le calcul de l'B. T. P. en écrêtant légèrement les valeurs des mois d'été; la fréquence est de 1 à 2 arrosages par mois. La fertilisation. On pose qu'une fumure de fond, calculée au vue d'une analyse de la terre, a été enfouie avant plantation. Si cela n'était, à la fumure d'entretien on ajouterait une fumure de redressement. Les éléments N / P / K exportés par une récolte de fleurs et bois de taille ont été calculés à Grasse par Muller (1971) et en Bulgarie par Koseva (1984) soit: 2.9 N 0.34 P 1.07 K en Kg pour 100 Kg de fleurs fraîches récoltées Orlova (1984) pour la composition de la feuille médiane, stade bouton gonflé, donne: 3.80% N 0.9% P 1.6% K On conseille, à l'hectare et par an, à moduler suivant l'analyse de terre:

au labour d'hiver: en mars
après la récolte

8 tonnesde fumier 150 / 80 / 100 45 / 20 I 20

N/P/K N/P/K

Le désherbage chimique. On utilise les produits homologués en cultures florales: simazine, chlortiamide, ou dichobénil. Chavshev (1980) en Bulgarie indique que le Rondup est phytotoxique et le Kerb non satisfaisant; le Dalapon peut être utilisé contre les espèces pérennes. Protection phytosanitaire Avec tant de ravageurs et de maladies! La rose est une reine bien fragile. Les pucerons Macrosiphum rosae ; le traitement au pyramicarbe est satisfaisant. Les buprestes Coraebus rubi et Agribus viridis, ces deux coléoptères de 12/15 mm de longueur se rencontrent sur les feuilles de fin Mai au mois d' Août; leurs larves creuses des galeries en spirale sous l'écorce de la tige principale, surtout du porte - greffe; en culture franc de pied il importe de ne choisir pour la multiplication que des drageons indemnes de larves. Le 41

traitement consiste en une application de lindane à raison de 25 Kg I Ha, 4 traitements à 15 jours d'intervalle, pendant la sortie des adultes, de la fin floraison à fin juillet. Le Platyptilia rhododactyla (syn. Lep. prerophoridae) : les larves rongent les pousses et les boutons floraux; on traite avec deltaméthrine, carboni! ou acephate. Les nématodes. Meloïdogyne hapla, ce nématode se manifeste par des galles en chapelet sur les racines du porte - greffe indica. Pour Pratylenchus vulnus, on note une nécrose puis une disparition des radicelles. Pour lutter contre une pression trop importante de ces nématodes on ne met en place que des plants sains. La contamination est le fait d'une pépinière, d'un terreau que l'on n'aurait pas désinfecté à la vapeur ou avec des fumigènes (sauf à pratiquer une culture-hors sol sur sable pur). Les maladies. La rouille Phragmidium mucronatum fait souvent des attaques graves avec défoliation précoce après la récolte des fleurs (ce qui réduit d'autant la surface foliaire pour la photosynthèse en jour long). Le traitement, peu coûteux, utilise une bouillie bordelaise à 2% avant et après la récolte ou le mancozèbe ou mieux de l'oxycarboxine tout de suite après la récolte. Le pourridié des racines, à Armillaria mellia ou à. Rosellinea necatrix est moins fréquent chez le rosier que chez le jasmin. Comme la désinfection du sol avant plantation est coûteuse et aléatoire on applique les précautions culturales d'usage.

Pour la maladie des taches noires: Marsonia rosae, un traitement au
mancozèbe peut être efficace. Le Coniothyriumfuckelii ne se rencontre que sur rosier greffé, souvent à la suite d'un gel, à l'affranchissement de l'indica après greffage. C'est le genre de maladie qu'il est stupide de laisser s'installer; ce champignon est capable de détruire une roseraie à 80%. Le traitement est simple et efficace: sulfate de cuivre après l'affranchissement du porte - greffe et les tailles. Le Sphaerotheca pannosa, oïdium ou blanc du rosier est traité par le soufre. Le Gloeosporium rosae ou anthracnose attaque les boutons si la floraison a lieu en période pluvieuse: on traite au bénomyl en pulvérisation. La chute physiologique des boutons floraux peut résulter d'une carence en Azote, Phosphore ou Magnésium ou bien être provoquée par des brouillards matinaux ou bien une mauvaise aération du sol en terre battante. Koseva (1976) rapporte que ce phénomène est préoccupant pour les producteurs bulgares: les auxines sont sans action. La lutte contre les gelées se fait par émission de nuages artificiels: ammoniaque plus anhydride sulfureux.

42

Récolte
La récolte de la fleur peut se faire dès la deuxième année ; elle est groupée sur une vingtaine de jours, de mi - Mai à mi - Juin à Grasse: il n'y a pas de seconde récolte. La fleur est cueillie demi - épanouie, tôt le matin et tard le soir. La cueilleuse casse la fleur sous le calice et la dépose dans un sac attaché à la ceinture. La cueilleuse peut ainsi cueillir de 10 à 20 Kg de fleurs par jour. Les fleurs cueillies, souvent couvertes de rosée, sont étalées en mince couche à l'ombre et doivent être acheminées dans les 12 heures vers l'usine. Rendement Le rendement est fonction du lieu géographique, du sol, de la configuration et de l'exposition de la parcelle. Le matériel végétal, la technique pratiquée à Grasse et sa région assurent des rendements qui varient de 20 à 25 Qx /Ha de fleurs fraîches pour la centifolia en franc de pied, entortillé, sans arrosage; de 30 à 40 Qx en greffé sur indica, entortillé et sans arrosage; et 50 à 70 Qx greffé, sans entortillage, avec arrosage. On peut tenter d'abaisser les coûts de production en mettant en place des plants de 1 an greffés racinés en plant - tube et en utilisant le nouveau porte - greffe INRA le "Frédica". La préparation du sol peut être mécanisée mais la plantation se fera à la main. Dès la plantation on installe un film plastique noir et une installation mobile d'arrosage pour les arrosages de 1ère année et "en cas". L'entortillage continuera à être pratiqué car la floraison ne se fait ainsi que sur des tiges de l'année: la sève n'est pas freinée par des bois de 1, 2, 3 ans.

Chapitre III

LE PRODUIT RECOL TE

43

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.