Les routes de l'islam

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296345805
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LES ROUTES DE L'ISLAM
Anthropologie politique de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest en général et du pays hawsa en particulier du VI/Ie au x/xe siècle

Collection:

Études africaines

- Alfred BOSCH, Nelson Mandela

-

Le dernier titan.

- Ambroise KOM, Éducation et démocratie en Afrique illusions.

- Le temps des

- ATANGANA,

Éducation

scolaire au Cameroun.

- Claude RA YNAUD, Sociétés d'Afrique et Sida. - Thibaut MOURGUES, Les Ethiopiens. La Misère et la Gloire. - Fweley DIANGITUKW A, Qui gouverne le Zaïre? La république des copains. Essai.- Fabien EBOUSSI BOULAGA, La démocratie de transit au Cameroun - Jean-Pierre LACHAUD, Lesfemmes et le marché du travail urbain en Afrique subsaharienne. - Olivier MEUNIER, Dynamique de l'enseignemennt islamique au Niger.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5688-X

Olivier Meunier

LES ROUTES DE L'ISLAM
Anthropologie politique de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest en général et du pays hawsa en particulier du VI/Ie au X/Xe siècle

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Avertissements
Notes linguistiques
La transcription du hawsa que nous avons adoptée cOlTespond à celle en vigueur au Niger1 :

- le « e » n'est jamais

muet et se prononce « é ». - le « c » se prononce « tché ». - le «u » se prononce « ou ». - le « h » est toujours aspiré.

- la lettre « s » ne prend jamais la forme « z ».
- Le « wa» s'écrit «hawsa ». se prononce « oua»

; de même, « haoussa»

Lorsque les mots sont écrits en hawsa et en arabe, ils sont toujours soulignés; lorsque ces mots sont écrits en français ou francisés, ils ne sont pas soulignés: nous utilisons l'écriture des noms de lieux ou de personnes telle qu'elle est employée officiellement dans le pays concerné; ainsi, au Nigéria, «Maidougouri» s'écrira «Maiduguri », et au Niger, « Tessaoua » s'écrira « Tessaoua » (le français est la langue officielle). Les titres ou qualificatifs (exemple: imnm), les toponymes et les ethnonymes sont considérés comme neutres et invariables, sauf indications particulières. La traduction de phrases ou de périphrases, sans indication de référence, est la nôtre. Un index à la fm de l'ouvrage reprend les mots et les noms hawsa et arabes les plus employés: le sens de chacun d'entre eux est le plus souvent indiqué à chaque première référence paginale dans le texte.
1

D'après l'arrêté nOOl/MEN/SCNRE/MJSC/MESRlMJNF/MDRlMI

du 15 mars 1981.

7

Introduction

Groupes socio-linguistiques

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Carte n02 . Les Ëtats hawsa et les royaumes voisins vers
le Xlllème siècle

12

Routes commerciales ibadites constituées avant 1080 Route commerciale ibadite avant lŒO puis almoravide entre 1080 et 1150 Route commerciale utilisée par les lbadites de 1080 à 1190 Route commerciale contrôlée par les Ibadites de 1250 à 1430 Routes commerciales contrÔlées par les Masufa de 1250 à 1430 Routes commerciales ibadites utilisées entre 1450 et 1920 Nouvelle route commerciale remplaçant celle de Katsina à partir du XIXo siècl

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Carte n03 : Routes commerciales en Afrique de l'Ouest du .
Vlllème au XXème siècle

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Carte n04 . Les États hawsa et leurs voisins au XVlème siècle

14

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Carte n05 : Les États hawsa et leurs voisins au XVllème siècle

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Carte n06 : Les États hawsa et leurs voisins à la fin du XIXème siècle

16

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Carte n07 : Les grandes routes commerciales du Niger oriental

avant le XXème siècle
17

Dans cet ouvrage, nous allons montrer comment il y a eu production d'une culture islamique en pays hawsa, et plus précisément quels sont les différents courants religieux qui en sont les vecteurs, de quelles manières ils s'y sont diffusés puis implantés, et quelles conséquences politico-religieuses cela a entraîné au niveau du monde hawsa. Nous entendons par «monde hawsa» ou «pays hawsa» la région qui s'étend au Niger du Dallol Maouri au Damagaram et celle du Nigéria septentrional (Cf. infra, carte n°l). Si les Hawsa du Niger n'occupent que la partie Centre-Sud du pays, celle-ci est également la plus dense au niveau de la répartition de la population: l'ensemble hawsa constitue la majorité du peuplement au Niger (plus de la moitié). La langue hawsa fait partie des trois grandes langues véhiculaires de l' Mrique avec le swahili et le fulfulde ; elle est parlée par 35 millions de locuteurs, dont 22 millions comme langue maternelle (au Niger et au Nigéria principalement). Cette langue est donc parlée par des groupes d'origines diverses qui se sont installés en pays hawsa, comme par exemple les Peul. La religion musulmane est devenue également une caractéristique de ce groupe socio-linguistique durant le XXème siècle au Niger et au Nigéria; au Niger, elle constitue également le facteur d'unité entre les différents groupes ethna-linguistiques, dont les principaux sont les Hawsa, les Jarma-Songhai~ les Fulbe, les Kel Tamajaq et les Kanuri, ainsi que les minorités Tubu, Arabes et Gurmanche. L'Islam est présent au Sud du Sahara et plus exactement au Niger depuis le raid de 'Uqba ben Nâfi' dans le Kawar en 666, mais ce n'est que véritablement plus tard, «...après l'an 1000, que l'Islam pénétra en cette partie du continent, soit à partir du sultanat de Kanem, vers la fin du XIème siècle, soit, plus vraisemblablement, par les tribus touareg, islamisées elles-

mêmes vers le Xème siècle »2. L'islamisationdu pays hawsa s'est effectuée
par vagues successives, durant plus de dix siècles. Elle a donc eu le temps de s'enraciner dans les modes de vie des populations en s'accommodant des formes socio-culturelles et religieuses du pays. C'est ce syncrétisme qui est à la base de nouveaux styles de vie, de nouvelles solidarités sociales; la culture islamique est devenue un nouveau cadre de référence à partir duquel le monde hawsa s'est transformé peu à peu, après chaque mouvement réformiste. Au Niger, dans le pays hawsa, la ville de Maradi est avant tout le lieu d'émigration de la chefferie de Katsina lors du Jihad du Peul Usman Dan Fodio au début du XIXème siècle, Katsina étant l'un des Hawsa Bakwai1, c'est-à-dire l'un des sept États hawsa (Cf. infra, carte n02) qui ont été
2 CUOQ (1.M.), Les musulmans en Afrique, Paris, GP Maisonneuve et Larose, 1975, pp. 195-196.

18

islamisés par des Wangara ibadites (l'ibadisme est un courant du kharijisme) au moins dès le XIVème siècle, et qui deviendra au cours des siècles suivants un centre culturel, religieux et commercial qui va attirer et former de nombreux érudits en sciences religieuses. Ces Wangara sont des missionnaires et des commerçants qui fondent l'État du Guangara, au Sud de Katsina, au moins dès le XIIIème siècle. Ils proviennent du Mali et sont en relation avec les Berbères du réseau commercial ibadite qui relie l'empire du Mali aux cités méditerranéennes à partir de Zaghari (Cf., infra, carte n03). Ces Wangara sont à l'origine de la consti!Utionde la route commerciale qui relie Zaghari-Djenné-Sia-Kong-Bighu aux Etats hawsa. Celle-ci permet de contourner par le Sud-Est l'aire d'influence de Berbères malékites, les Masufa (qui provoquent la chute de l'empire du Mali en 1433) qui, eux, contrôlent la route commerciale
Sijilmassa

-

Zaghari

-

Tombouctou

-

Tadmekka

-

Takedda.

Les ibadites

contournent cette aire d'influence non seulement par le Sud-Est avec les Wangara, mais aussi par le Nord-Est avec les Berbères Hawwara, qui créent la piste Katsina-Agadès-In Azaoua-Djanet-Ghat-Ghadamès-Ouargla. TIsemble également que ces Berbères ibadites soient à l'origine même de la création de Daoura, le premier État hawsa, et celjl avant le XIème siècle. Ainsi, la création des Etats hawsa résulterait de la concurrence entre deux réseaux commerciaux transsahariens que nous pouvons identifier à travers leur adhésion religieuse à l'ibadisme ou au malékisme. Si le second est l'héritier du réseau almoravide qui s'est constitué au Xlème siècle (piste Sijilmassa-Audaghost-Ghana), le premier remonte au VllIème siècle: ce sont les Berbères hawwara, qui, avant 757, vont contrôler la première piste transsaharienne de la période musulmane à partir de leur imamat de Tripoli qui est ainsi relié au Kanem via Zâwila et le Kawar. Une deuxième route commerciale reliant à partir de 780 l'imamat ibadite (principal courant du kharijisme en Mrique de l'Ouest) de Tahert (776-9œ) au royaume de Gao via Ouargla et Tadmekka (créée avant 883), est mise en plaçe lorsque la première est fermée temporairement sur l'ordre des Tulûnides d'Egypte. Une troisième route est constituée vers 880 à partir de l'imamat sufrite (autre courant du kharijisme) de Sijilmassa et relie par Awdaghost le royaume de Ghana. Ainsi, du VllIème au XIème siècle, les ibadites sont à l'origine de l'islamisation de la plupart des royaumes de l' Mrique de l'Ouest et de l' Mrique Centrale. Si dès le XIème siècle, le réseau almoravide malékite entre en conCUlTenceavec les réseaux kharijites (ibadite et sufrite) et s'approprie une partie de ceux-ci, les subjectivités collectives qui s'organisent au niveau
.

de ces deux réseaux (malékite etkharijite)

- et donc

au niveau des groupes qui

s'apparentent à ceux-ci - nous permet de mieux comprendre les différents conflits qui se sont produits dans les régions que traversent ces axes commerciaux. En effet, deux projets politiques et philosophiques se mettent en place demère la volonté de drainer l'or du Ghana et du Mali : chez les Berbères ibadites, il s'agit de constituer une société civile ayant l'Islam 19

comme cadre de référence, cette conception d'un Islam non-étatique étant adaptée au mode de fonctionnement socio-politique de la société clanique berbère et proche de l'Islam originel du temps dl] Prophète. ; chez les araboberbères malékites, c'est la mise en place d'Etats impérialistes visant à dominer militairement, politiquement, économiquement, culturellement, et donc religieusement, d'autres Etats, royaumes ou contrées afm d'étendre leur hégémonie et de constituer des empires où l'Islam est la marque de soumission des païens et leur insertion dans le monde « civilisé» : d'où la nécessité de contrôler le commerce de l'or et des esclaves, principale source de fmancement de leurs campagnes militaires, et d'en écarter les kharijites, leurs principaux concurrents. Depuis la fin du XVème siècle, le soufisme en général et la confrérie de la Qadiriyyah en particulier vont peu à peu se diffuser dans les États hawsa (Cf. infra, carte n04), notamment grâce à l'action d'Al-Maghili et ses disciples qui ont comme projet de détruire le réseau ibadite pour y substituer le leur. Ce n'est qu'au XIXème siècle que ce projet aboutit (quoique temporaire1]1ent,de 1800 aux années 1870) avec le Jihad d'Usman Dan Fodio dans les Etats hawsa (Cf. infra, carte 5) et la main mise politique

des Kunta dans le Hoggar.

,

Les dirigeants des Etats hawsa qui se trouvent spoliés de leurs royaumes (Cf. infra, carte n06) vont constituer dans le Katsina indépendant des cités guerrières telles que Maradi pour les Katsinaoua et Tibéri pour les Gobiraoua dès les années 1820, à partir desquelles ils yont stopper l'hégémonie du califat de Sokoto et tenter de reconquérir leurs Etats, aidés en cela par les alliés du réseau d'origine ibadite. A Maradi, c'est non seulement la Cour de Katsina avec notamment les Malamdi (marabouts de la Cour du roi) comme les Wangara, qui viennent s'installer, mais également tous ceux qui sont victimes du Jihad d'Usman Dan Fodio, qu'ils soient hawsa ou peul, et qui refusent l'Islam réformiste que veut imposer le cheikh, soit parce qu'ils sont animistes, soit parce qu'ils se considèrent déjà comme des musulmans. Mais Maradi est aussi un fief animiste qui s'est libéré sans l'aide des Katsinaoua du joug peul, il est également composé des populations des villages de la sous-région, elles-mêmes animistes: le sarkin-Katsina (roi de Katsina) doit composer avec ces animistes qui représentent la plus grande partie de ses troupes (infanterie) ; son pouvoir, garant des alliances contractées entre animistes. et Katsinaoua s'appuie à la fois sur des valeurs musulmanes et animistes. Les guelTes de reconquêtes - orchestrées par les souverains hawsa et leurs alliés (notamment les Berbères Kel Away) du
réseau commercial d'origine ibadite

- qui

succèdent au Jihad durant les trois

premiers quarts du XIXème siècle, vont pennettre de stopper l'expansion de l'empire théocratique de Sokoto dans le Katsina septentrional; néanmoins, ces campagnes militaires auront pour conséquence de déplacer la route commerciale qui passait par Katsina (100 km de Maradi) et Tessaoua (dépendance de Maradi) par celle qui relie Kano (plus au Sud et plus à l'Est) à

20

Zinder (Cf. infra, carte 7) : Maradi, en étant ainsi écartée de la route de l'or qui passait entre Katsina et Agadès, au niveau de la région de Tessaoua (sous domination maradienne), perd son rôle de protectrice du réseau d'origine ibadite, et ne participant plus à la constitution de cette subjectivité collective, décline rapidement (petits rois sans envergure) au point de retomber en partie sous l'influence de la théocratie de Sokoto et notamment des villes de Katsina et Kano.
.

Dans ce livre, nous nous limiterons à montrer comment le monde hawsa, dans sa construction sodo-historique, a développé une subjectivité avec la culture islamique du XIème au XIXème siècle. Mais pour comprendre comment cette identité collective s'est mise en place au niveau du pays hawsa, nous devons remonter le cours de l'histoire, de Maradi à Katsina, de Katsina à Yandoto et à Daoura, de Yandoto au Mali, de Daoura au Kanem-Bomou, du Mali et du Kanem-Bomou à Sijilmassa, Ouargla, Tlemcen, Tahert, Tripoli, et de ces dernières villes aux différents courants religieux qui ont permis l'islamisation du Maghreb puis de l' Mrique noire. Le kharijisme, depuis le VIDème siècle jusqu'au XIème siècle, est le seul courant religieux à s'être diffusé en Mrique de l'Ouest et en Afrique Centrale: il est donc le ,Premier à islamiser l'empire de Ghana, le KanemBomou, le Mali et les Etats hawsa. Les malékites, avec dans un premier temps les Almoravides, dès le XIème siècle, puis les Tlèmcéniens (frères Maqqari) et les Masufa, vont, dans le cadre d'une concurrence avec le ré~eau commercial mis en place par les kharijites, islamiser à leur tour ces Etats africains. Du XVème au XIXème siècle, alors qu'une partie des malékites
adoptent le soufisme comme trait religieux distinctif de l'ibadisme

-

et

notamment la confrérie Qadiriyyah qui condamne ouvertement le kharijisme dans ses préceptes -, les alliés des ibadites du Mzab deviennent pour la plupart malékites - sous sa forme rationaliste et donc anti-obscurantiste. De ce fait, le soufisme va peu à peu s'implanter dans ces États et royaumes au Sud du Sahara dans le cadre de la lutte contre le réseau commercial d'origine kharijite et de ses alliés malékites de tendance rationaliste, avec l'action d'Al-Maghili et de ses disciples qUiadoptent la confrérie Qadiriyyah, tels que les Kunta dans le Hoggar et les ~eul de Sokoto. . Les Etats hawsa, lieu de jonction du réseau kharijite (en amont la piste qui relie les mines d'or du pays Akan (Djenné - Sia - Kong - Bighu) à Katsina, et en aval celle qui remonte vers le Mzab et Tripoli, passant par Tessaoua, Agadès, Ghat, Ghadamès), vont devenir le terrain d'affrontements entre les groupes de tendances religieuses différentes (soufisme (Qadiriyyah notamment) et malékisme de type «rationaliste» héritier de l'ibadisme) pendant près de cinq siècles. purant cette même période (XVème au XIXème siècle), Katsina demeure l'Etat hawsa le plus important (contrôlé par les Wangara alliés aux ibadites du Mzab), que ce soit au niveau politique, économique ou religieux. 21

L'ibadisme jusqu'au XVème siècle, puis le malékisme rationaliste jusqu'à la fin du XVIDème siècle, vont peu à peu céder la place au soufisme, notamment celui qui est véhiculé par la Qadiriyyah, le Jihad d'Usman dan Fodio au XIXème sièclereprése}1tant la victoire de celui-ci contre le malékisme de type rationaliste dans les Etats hawsa. Maradi, située dans le Katsina septentrional, devenant durant le XIXème siècle la cité à partir de laquelle les souverains hawsa .et leurs alliés du réseau d'origine ibadite (Berbères Kel Away) vont aITêterl'expansion de l'empire de Sokoto et reprendre une partie de leurs territoires, va jusqu'aux années 1870, servir de poste avancé pour lancer des campagnes militaires d'envergure, contre les Peul et leurs alliés (soutis). La piste commerciale passant par Tessaoua (une dépendance de Maradi) et Katsina, va se déplacer plus à l'Est, par Zinder et Kano, laissant Katsina et Maradi péricliter après la reprise en main du Hoggar - par lequel passe la route commercial du réseau ibadite - (dont les groupes berbères étaient politiquement sous influence Kunta (et donc du réseau qadirite) de 1800 à 1875) par les ibadites à partir des années 1870. Cette mise à l'écart de Maradi des routes commerciales et donc du réseau ibadite va amener cette cité à renouer progressivement des liens politiques, économiques et religieux avec Katsina dès la fill du XIXème siècle.

3

Néanmoins,l'islamisationde Maradi durantla fm du XIXèmeet le XXème siècle est dans

un premier temps effectuée par des groupes musulmans issus du Katsina tels que les Wang~ actuellement, chefs religieux de la ville; voir ce sujet: MEUNIER (O.), Les
voies de l'Islam au Niger (pays hawsa) : production historique d'une culture religieuse dans le Katsina indépendant (Maradi) du XIXème au XXème siècle, (à paraître).

22

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