LOGEMENTS DE PASSAGE

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Il y a toute une gamme de " logements de passage ", où l'hébergé n'est pas chez lui, mais toujours chez un autre, que ce dernier soit un parent généreux ou contraint, un logeur, un gérant d'hôtel, une association, voire l'Etat directement. L'originalité de ce livre tient dans l'hypothèse que ce type de logement, qui existe de tout temps mais se recompose sans cesse, constitue une sorte d'envers du décor du logement ordinaire.
Publié le : jeudi 1 juin 2000
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EAN13 : 9782296413504
Nombre de pages : 300
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LOGEMENTS DE PASSAGE
Formes, normes, expériences

Collection Habitat et sociétés
Conseillers: dirigée par Nicole Haumont Philippe Boudon, Jean Cuisenier, Alain Marie, Henri Raymond

Les recherches sur l'habitat se sont multipliées dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, dans les sciences sociales et en architecture, comme dans les sciences pour l'ingénieur. Cet intérêt pour l'habitat est lié à l'augmentation des populations citadines, d'abord dans les pays industrialisés et aujourd'hui dans les pays en développement, à des changements dans la structure des familles, à la montée historique de la privatisation mais aussi aux politiques sociales de l'habitat et à l'évolution des techniques et des modalités de construction et de conception. On doit attendre de ces recherches qu'elles contribuent à l'élaboration de solutions techniques, sociales et culturelles plus adaptées à la demande des habitants. Une partie importante de travaux réalisés ou en cours cependant mal connue, peu diffusée ou dispersée. L'objectif de cette collection est l'édition de recherches sur l'habitat au sens large (logements, équipements, architecture, espaces publics appropriés) et la réédition de textes importants écrits dans les dernières années, en France et à l'étranger, afin de constituer une collection d'ouvrages de référence pour les étudiants, les chercheurs et les professionnels.

Dernières parutions

N. HAUMONT, L'urbain dans tous ses états, 1998. Y. FIJALKOW, La construction des ilots insalubres, 1998. N. HAUMONT, B. JALOWIECKI, M. MUNRO, V. SZIRMAI, Villes nouvelles et villes traditionnelles, une comparaison internationale, 1998.

2000 ISBN: 2-7384-9230-4

@ L'Harmattan,

Sous la direction de Claire LEVY -VROELANT

LOGEMENTS DE PASSAGE
Formes, normes, expériences

Préface d'Hervé VIEILLARD-BARON

Anne-Véronique BLIN, Catherine BONVALET, Catherine BOURGEOIS, Boubekar BOUTALEB, Xavier CAPODANO, Céline COULON, Alain FAURE, Yankel FIJALKOW, Yvan GASTAUT, Yves GRAFMEYER, Eva LELIEVRE, Anne-Marie GIFFO-LEV ASSEUR, Jean-François LAE, Françoise LESTAGE, Loïc ROUSSELOT, Claire LEVY-VROELANT, Vincent MILLIOT, Sian PAYCHA, Mahamet TIMERA

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Aux mères, aux sœurs, à Lili

Remerciements
Nous tenons à remercier les participants au séminaire du 6 novembre 1998 « habiter chez autrui», et tout particulièrement Olivier Schwartz, qui animait la discussion, pour la pertinence de ses remarques et de ses questions. Nos sincères remerciements vont aussi à toutes celles et à tous ceux qui nous ont encouragée et aidée à réaliser cet ouvrage.

Sommaire
Préface Hervé Vieiliard-Baron
Introduction Claire Lévy- Vroelant

7
Il

Première partie:

formes et mesures de l'hébergement

La mesure de l'hébergement Catherine Bonvalet, Eva Lelièvre L'hébergement comme aide aux proches et aux parents Yves Grqf'meyer Hospitalité et hébergement dans un réseau migratoire d'Afrique de l'Ouest M ahamet Timera

19

35

51

Parents, amis, « pays» et « room mate» : les pratiques d' hébergement des migrants mexicains en Californie dans les années 1990 Françoise Lestage 69

Deuxième partie:

différentes expériences de l'hébergement

La fonction de l'intimité dans l'hébergement Jean-François Laé

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siècle, ou les différentes façons de ne pas L'hébergement du migrant à Paris au 19ème être dans ses meubles
A lai n F au re . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

Vivre en hôtel meublé à Rouen: intégration ou relégation? Yankel Fijalkow Visites au bidonville: habitat des migrants primo-arrivants 1955-1975 Yvan Gastaut Vieillir en foyer: les immigrés algériens retraités dans les foyers de la Région Parisienne Boubekar Boutaleb

109

121

145

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Troisième partie: normes et politiques
L'accueil sous surveillance: le contrôle des lieux d' hébergement parisiens sous l'Ancien Régime
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0

t . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

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La mauvaise « salubrité» des garnis: mal chronique ou contemporain? Claire Lévy- Vroelant

193

De l'hôtel meublé à la résidence sociale: le cas de Montreuil en Seine Saint-Denis, Sian Paycha 221 L'évolution de l'hébergement institutionnel: l'exemple des Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale Céline Cou/on, Xavier Capodano 241 Démultiplication de l'hébergement institutionnel: une modification du statut de locataire? Anne-Marie Giffo-Levasseur, Anne-Véronique Blin, Loïc Rousselot 265 De l'hébergement au relogement: le rôle des associations dans l'accès au parc social Catherine Bourgeois 283

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Préface
Hervé VIEILLARD-BARON
Université de Paris VIII U.M.R. LOUEST, Centre de Recherche sur l'Habitat S'interrogeant sur lui-même, nostalgique de la terre de ses ancêtres et les yeux tournés vers le ciel, l'homme nomadise dans la ville. Prisonnier de l'urgence, balancé entre le provisoire et le définitif, s'accrochant à l'instable pour trouver la force de la permanence, il erre dans un lieu qui n'est plus à sa dimension. Le chemin est son territoire. Les mots qui disent son désir d'être aidé, son souci de rencontre et son besoin d'hébergement semblent prendre forme avant même que leur sens ne lui soit vraiment connu: «Où pourrai -je trouver un lieu pour me poser? » Parfois, l'angoisse du regard de l'autre nourrit son silence: « Me reconnaîtra-t-il? Pourra-til m'accepter tel que je suis? » L'homme en quête d'hébergement est peut-être une figure de nous-mêmes. Il vit entre chien et loup; il se promène dans cet intervalle où la ville et la population qui la compose se font suggestion avant d'être refondées dans leurs attentes et dans leurs choix. Il révèle en tout cas l'état de notre société et notre aptitude à l'hospitalité. Précisément, cet ouvrage dirigé par Claire Lévy-Vroelant témoigne d'une double refondation, celle des recherches concernant l'envers du logement ordinaire et celle des pratiques de solidarité. En s'appuyant sur une approche scientifique rigoureuse, en débusquant par exemple les niches statistiques qui masquent la réalité, il souligne avec éclat tout l'intérêt d'un travail collectif mené conjointement par des chercheurs de différentes disciplines: histoire, démographie, sociologie, géographie, anthropologie, ethnologie... De plus, ce recueil correspond à une demande sociale urgente dans la mesure où les situations d'hébergement connaissent depuis quelques années une augmentation particulièrement sensible dans les grandes agglomérations, et dans la mesure où elles sont interrogées d'une manière nouvelle. Tout en s'appuyant sur les travaux relatifs aux anciennes pratiques de cohabitation, les articles réunis ici apportent des éclairages croisés sur le logement « de passage», et sur les ménages qui ne peuvent prétendre à l'installation définitive par absence de moyens ou pour des motifs variés: chômage, séparation, problèmes de santé ou de dépendance liée à l'âge par exemple. Les situations marginales dans le rapport à l'habitat sont interrogées avec finesse et toujours avec un grand souci d'éthique. A travers celles-ci, on voit poindre la remise en cause, récurrente pour certains groupes minoritaires, du consensus qui s'est élaboré tout au long du vingtième siècle par un mouvement conjoint de normalisation et de sédentarisation. Derrière la demande exprimée d'accéder à un logement de passage, c'est souvent la revendication du droit à la différence qui est en question. Ce droit mérite sans cesse d'être réaffirmé dans une société dont les fonctions intégratrices sont fondées sur des 7

normes précises qui ne sont jamais très éloignées des fonctions répressives annoncées à l'époque moderne par l'édit du « Grand Renfermement » des pauvres et des mendiants édicté en 1656 par Louis XIV. Les gouvernements estiment sans doute que les individus ou les ménages qui vivent dans le temporaire peuvent, aujourd'hui encore, constituer un danger. Sans doute, ces derniers échappent-ils plus facilement que les autres à la vigilance policière ou au simple contrôle social. Mais ne sont-ils pas aussi une chance pour la société en lui renvoyant directement la mémoire d'une époque en partie révolue? Au regard de l'histoire, tout pouvoir institué manifeste la volonté de circonscrire les hébergés, comme il a le souci de faire rentrer dans la norme les marginaux, qu'ils soient désignés par le vocable de « sans domicile», de « sans papiers», ou tout simplement de «sans droit ». Le certificat d'hébergement, qu'on dénomme aujourd'hui « attestation d'accueil» (la nuance est d'importance, même si l'accueil se fait de plus en plus rare...) ne participe-t-il pas de cette régulation imposée d'en haut? Et la création de nouvelles structures dites « d'accueil» ou celles des Centres de placement immédiat pour les mineurs délinquants, comme celle des Centres éducatifs renforcés, semble également aller dans ce sens. L'interrogation sur le temps long montre que les trois volets intangibles de cette régulation sont, depuis un siècle au moins, le contrôle, l'assistance et la volonté normalisatrice. Pour qu'un individu existe, il doit avoir un statut et entrer dans un groupe déterminé. Pour peu qu'il reste encore à l'écart, le pouvoir n'hésitera pas à créer une nouvelle catégorie. Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit là d'un moyen de normalisation, et aujourd'hui, ceux qui souhaiteraient s'y soustraire se retrouveront au bout du compte classés dans une catégorie, celle des « exclus»... Autrement dit, les catégories et les structures de logement qui y sont associées plus ou moins directement sont révélatrices non seulement de l'état d'une société et de sa capacité de solidarité, mais aussi du rapport qu'elle entretient avec la norme.
A partir d'une approche à multiples facettes où les textes se font écho avec bonheur,

cet ouvrage a le grand mérite d'avoir su traiter du temps long et des types d'hébergement sans se perdre dans des détails inutiles. L'étude montre par exemple que le profil des hébergés se transforme constamment au fil du temps. Entre le vagabond d'autrefois et le sans domicile d'aujourd'hui, il existe toute une frange d'hébergés temporaires en marge du droit commun, ni propriétaires, ni locataires en titre, hébergés à titre payant ou à titre gratuit, hébergés en échange de menus services ou de travaux pénibles et souterrains. L'analyse souligne aussi que la thématique du logement de transit ne cesse de se renouveler. La mémoire des cités d'urgence d'après guerre qui devaient être remplacées très rapidement, et qui ont perduré parfois plus de vingt ans, ne s'est pas complètement éteinte. Le souvenir des cités de transit qui étaient souvent prévues pour cinq années, et que le ministère du logement a eu tant de mal à résorber, est encore très présent dans le discours de nombreux ménages issus de l'immigration.

Avec la transformation de la structure industrielle et la mise en œuvre de la flexibilité, la précarité de nombreuses familles s'est accentuée. Le chômage de longue durée, la prolifération des contrats à durée déterminée et des formes de
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travail intérimaire en sont des signes manifestes. Les conditions exigées pour entrer dans un logement stable, qu'il soit de statut privé ou public, sont inaccessibles à une part croissante de demandeurs. Les ménages hébergés, qui avaient l'espoir d'entrer dans le logement social dans les années 1960, ont perdu cette possibilité. Les filières d'accès se sont rigidifiées et la normalisation de I'habitat, renforcée après la Seconde Guerre mondiale, a conduit à un renchérissement général des loyers. La disparition progressive du logement social «de fait» enlève aux jeunes et aux ménages les plus mal rémunérés la possibilité qu'ils avaient précédemment de se loger pour un prix accessible. Force est bien de constater que le logement social public ne concerne à l'heure actuelle qu'une frange limitée des plus démunis. Les solutions de remplacement sont de plus en plus rares et la problématique globale de l'insertion trouve là ses limites majeures. En l'absence d'emploi, on a peu de chance d'obtenir un logement, et sans adresse fixe, on ne saurait guère trouver un travail. Plusieurs textes mettent en valeur deux phénomènes sociaux apparus récemment: le retard dans l'accès à l'autonomie pour les jeunes adultes, et le vieillissement des célibataires au sein de structures d' hébergement inadaptées puisqu'elles ont été conçues pour des jeunes actifs ou pour des migrants étrangers. En quelque sorte, plus la société est normée, plus elle apparaît exclusive. A force de vouloir tout réglementer sans se donner vraiment les moyens de ses ambitions, tout se passe comme si le système politique ajoutait de la discrimination aux ségrégations déjà existantes. Dans ces conditions, les parents ont bon dos. Pris entre la culpabilité et l'exigence de solidarité, ils sont sollicités aussi bien par les jeunes adultes - qui sont aussi leurs enfants et qui piétinent à la porte du monde du travail - que par les institutions publiques qui voient d'un œil favorable ce relais privé, comme si les carences de l'Etat pouvaient être assumées par la cellule familiale. Et quand la famille fait défaut, le monde associatif et le bénévolat sont mis à contribution comme recours ultime. Au bout du compte, croire qu'il est possible d'éviter le provisoire à la partie la plus marginale de la société en prenant constamment de nouvelles mesures de normalisation relève de la gageure. Au-delà même du social, les cadres imposés par l'urbanisme fonctionnel et les découpages technocratiques ne conviendront jamais à tout le monde. Et tout bien considéré, peut-être convient-il de s'en réjouir: n'est-ce pas à ce prix que se développe la création et que se maintiennent les libertés? Les logiques affinitaires qui semblent croître dans une ville qu'on qualifie parfois « d'émergente», et qui sont fondées sur l'entre soi, conduisent en fait à nier une partie essentielle de l'urbanité: celle qui est faite de spontanéité, d'imprévu et d'imprévisible. Heureusement, ces logiques n'ont pas totalement envahi les agglomérations françaises, même s'il y a péril en la demeure. Au nom de la ville « sécurisée», on voudrait aussi réglementer l'introduction d'autrui dans l'espace public. Dans la fabrication ségrégative de la ville, le voyageur de passage devient un intrus; il n'a plus réellement de place où se tenir. Ses déplacements sont décryptés par des caméras de vidéo surveillance fonctionnant en réseau. A la limite, le cheminement badaud non programmé n'est toléré que dans l'espace réduit de l'entre 9

soi. De la même façon, l'hébergement temporaire fait peur quand il n'est pas entouré d'un arsenal de garanties. Le principe de la mixité sociale dans les quartiers est constamment réaffirmé par les nouvelles lois. Il devrait être l'affaire de tous; c'est à ce prix que la ville peut se faire encore ouverte et accueillante à l'autre. Dans ce système paradoxal, qui voit les ancrages territoriaux s'affirmer et les mobilités électives se développer non seulement au détriment de pans entiers du territoire, mais au mépris des plus pauvres, sans doute conviendrait-il de réhabiliter une appartenance légère à la ville pour tous? Autant de questions stimulantes qui se posent à la lecture de cet ouvrage copieusement documenté et bien écrit. On ne peut que remercier chaleureusement Claire Lévy-Vroelant d'avoir réuni des chercheurs de grande qualité et d'horizons aussi différents pour aborder une question qui n'était, jusqu'à maintenant, que partiellement explorée. Il va de soi que les réponses à l'urgence qui s'imposent dans nos sociétés fragmentées et largement inégalitaires devraient s'appuyer sur les acquis des recherches présentées dans ce volume.

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Introduction

Claire LEVY -VROELANT Université de Paris X-Nanterre U.M.R. LOUEST, Centre de Recherche sur l'Habitat
1. Le thème de cet ouvrage collectifl s'inscrit avant tout dans le champ de I'histoire et de la sociologie du logement et plus particulièrement des modes d'habiter. Chacun, à sa manière, avec les outils et les questionnements propres à sa discipline, s'est emparé du phénomène de I 'hébergement, de ses formes, des normes qui le gouvernent, des expériences individuelles et collectives qu'il suscite. Le lecteur s'apercevra rapidement que le migrant est un protagoniste très présent. Mais au delà même de la question du logement du nouveau venu, se pose celle du logement de tout un chacun, en particulier s'il est jeune et en « début de carrière» : autant dire celle de l'accès à l'autonomie résidentielle. Il s'agit là d'une de ces questions récurrentes qui ne peuvent se laisser enfermer dans une échelle temporelle trop réduite. Mieux, ce sont certains aspects du jeu de la structure et de la
conjoncture qui nous permettent

à toutes les époques, se prêtant d'ailleurs à des transformations multiples tant dans ses formes que dans son peuplement. Dans le même temps, les conjonctures qui se suivent et ne se ressemblent pas pensé comme tel

- existe

d'avancer

que le logement provisoire

-ou du moins

-

réintroduisent, si l'on peut dire, des préoccupations, politiques cette fois, dont le dénominateur commun pourrait être formulé ainsi: comment surveiller ceux qui, particulièrement volatiles, sont susceptibles de passer à travers tous les contrôles et tous les recensements? Comment loger ces personnes, ces familles, qui n'ont pas trouvé place dans le logement ordinaire, ou dans un statut résidentiel acceptable aux yeux du plus grand nombre? Voilà pourquoi cet ouvrage s'inscrit aussi fatalement dans la présente conjoncture, et souhaite faire écho aux préoccupations actuelles des pouvoirs publics qui invitent, par exemple, à explorer« les nouveaux modes d'accès et d'occupation du logement2 » tandis que la loi contre l'exclusion fait du « droit au logement» une priorité et une responsabilité publiques. L'émergence de thèses « solidaristes » s'accompagne de tentatives de culpabilisation de l' « opinion», via le devoir moral des familles, nécessairement réactivé lorsque la précarisation avance. Mais voilà aussi pourquoi on y trouvera des analyses sur les conditions de logement des « primo-arrivants », algériens en particulier, dont certains, par la force d'une Histoire qui les a pris au piège, se retrouvent, vieillissants, dans des foyers conçus pour les jeunes travailleurs ou dans les hôtels meublés de la banlieue populaire
1

Un des points forts de son élaboration
de I 'hébergement 1998. dans les villes

a été la tenue d'un séminaire:
du 18ème au 20ème siècle»

«Habiter

chez autrui:

fonctions et
le

usages

au Centre

de Recherche

sur I'Habitat,

2

6 novembre

C'est le titre de la consultation internationale de recherche lancée par le P.U.C.A du ministère de l'équipement en juin 1996. Une autre consultation, sur les sans domicile fixe cette fois, a suivi. Il

parisienne. La perspective comparative, esquissée dans le présent ouvrage avec les migrants mexicains en Californie et les Soninké en France, doit être considérée comme une piste féconde. Car les façons de faire de l'arrivant se conjuguent avec les façons de recevoir de la «société d'accueil», selon des formes qui nous semblent particulièrement révélatrices des processus sociétaux. Incontestablement, le logement constitue un élément du « dispositif d'accueil », dont on reconstitue certains aspects de la mise en place lors de l'urbanisation qui accompagna l'industrialisation, et même antérieurement. Enfin parce que les pratiques d'hébergement, formelles ou informelles, gratuites ou payantes, supposent l'existence d'un système d'échanges entre les parties, échanges dans lesquelles sont mis à l'épreuve divers types de solidarités et d'engagements. A ce titre, les formes que revêtent les pratiques d' hébergement sont un élément sociétal significatif: pour peu que l'on parvienne à identifier quand, pour qui, selon quelles règles résultant d'un arbitrage privé il s'exerce, on aura du même coup saisi certaines articulations du lien social. Et à tout prendre, n'est-ce pas, toutes proportions gardées, un peu la même question qui se pose à un niveau infra-sociétal, celui de la cellule familiale et de la parenté? Certes, le logement est une affaire de famille3, et nous entendons cette proposition non seulement comme destinée à souligner l'importance des dynamiques intergénérationnelles, mais encore comme une invite à envisager que la question du logement, de l'autonomie résidentielle de ses membres, la concerne au premier chef. Dans le même temps, cette question est beaucoup moins « privée» qu'elle pourrait le sembler à première vue ~ la situation perçue comme « normale », c'est que la parenté donne le gîte à un membrequi en a besoin - que ce soit l'enfant qui s'attarde au foyer parental ou y fait un retour après des tentatives d'indépendance qui ont tourné court - ou encore le« grand célibataire» qui fait avec une sœur, ou une mère, un curieux ménage. Dans la pratique, certaines analyses le démontrent ici jusqu'au point de rupture - la rue, la mort - , on voit que pour « habiter chez autrui», il faut d'abord savoir s'habiter soi-même. Comment faire avec ceux qui ne sont pas, ou plus, en mesure de la faire? Comment guider leur« insertion» et même, convient-il de la faire sans d'infinies précautions? On perçoit aussi que la famille « française» n'est pas nécessairement en mesure de remplir le devoir d'hospitalité, totalement incontournable pour d'autres. En bref, la question de l'hébergement par la famille met en jeu des dynamiques qui nous renseignent, hier et aujourd'hui, sur la famille elle-même, ou mieux, sur les cultures familiales. De la même manière, si l'on peut dire, l'adoption d'une perspective historique s'impose. De quoi sont faites nos villes, nos quartiers? D'individus, de couples, de familles, souvent «nouveaux venus», et qui trouvèrent, dans les garnis en particulier, le «logement» où poser les valises, à défaut d'une hospitalité plus familiale. Précisément, pourquoi, à Paris en particulier, constate-t -on cette défense farouche de l'intimité domestique, qui n'acceptait pas si facilement le « pays» ni le parent? « L 'homme le plus pauvre préfère vivre seul, afin de vivre chez lui» affirme Jacques Bertillon dans son introduction au recensement de 1891. « On y voit que le
3 pour reprendre le titre d'un ouvrage collectif édité par Catherine Bonvalet et Anne Gotman, l'Hannattan, 1993. 12

nombre de logements composés d'une seule pièce est incomparablement plus grand à Paris que dans les autres grandes capitales. Cela tient surtout à ce que le parisien, même très pauvre et isolé, ne se soumet pas à la promiscuité fâcheuse des Schlafleute4,. ceux-ci n'existent pas à Paris ». Et le même raisonnement s'applique à l'hébergement chez des parents ou des proches: pour ne pas gêner, ni être gêné, on préfère habiter seul. La question est posée, et ne pourra trouver réponse que par l'approfondissement, là encore, de l'approche comparative, en particulier avec ces régions de l'Allemagne, du nord de la France peut-être où le système du pensionnaire était, semble-t-il, fort courant. 2. Nous avons organisé les contributions en trois parties: les formes et les mesures du phénomène, d'abord, les expériences qui en sont faites par les hébergés, ensuite, les normes et les politiques, dans leurs constantes et leurs variantes, enfin. Quelques mots d'explication s'imposent. Si une des hypothèses consiste à avancer qu'en temps de crise de l'offre, des pratiques alternatives telles que l'hébergement peuvent se multiplier, il convient d'abord d'explorer une notion complexe, qui renvoie, on l'a dit, et on le vérifiera dans les différentes contributions proposées, à plusieurs champs du social (la famille, avant tout, mais aussi le travail) et peut contribuer à mettre en lumière des espaces de négociation inédits, entre privé et public. L'hébergement, chez un parent ou un « pays », chez un employeur ou un hôtelier, peut se décliner sur tous les tons entre spéculation et entraide, entre solidarité et exploitation; comme tel, il constitue bien à la fois une catégorie de l'urbain, de l'hospitalité et du rapport entre des individus, voire des groupes sociaux qu'on ne peut réduire aux bailleurs d'une part, aux logés d'autre part. Enfin, ces pratiques ont une histoire, et diffèrent selon les contextes: leur développement ou leur défaut renvoie à la fois aux dispositifs culturels (prédominance, par exemple, de tel ou tel système familial) et à la conjoncture (intensification des flux migratoires, guerre, crise économique...) ou encore à l'appartenance de classe. Du point de vue de la mesure, on démontre ici que le phénomène n'est ni marginal, ni socialement aléatoire. Il était souhaitable que la description des outils d'analyse prenne une place importante. Quant à elle, la statistique nationale n'a jamais véritablement constitué en objet la pratique de l'hébergement. Comment l'aurait-elle fait? Le sens même du mot a changé au cours du temps. Par contre, d'autres administrations peuvent ou ont pu s'y intéresser par le passé: les caisses prestataires d'allocations aux familles, les services de police, entre autres. Plusieurs méthodologies, plusieurs disciplines, doivent contribuer à la connaissance du sujet. Si l'approche longitudinale - voire
biographique et, dans un cas étudié, autobiographique

- semble

la plus adaptée,

on

doit pouvoir aussi utiliser les grandes enquêtes nationales, recensement y compris, ou encore des enquêtes ad hoc, comme celles qui sont mentionnées, ou utilisées, ou projetées dans les contributions de la première partie. A défaut ou en complément, la presse n'est pas à négliger dans l'analyse de la perception par l' «opinion» et des enjeux politiques.
4 Littéralement: « locataire de lit » . 13

La crise du logement -pénurie ou inadaptation de l'offre -laisse aujourd'hui nombre d'individus et de familles en marge du logement ordinaire, tandis que les taux de vacance augmentent encore dans la capitale. Si l'on entend par «logement ordinaire» le fait d'une part de résider dans le cadre du droit commun, soit en tant que propriétaire, soit en tant que locataire, et d'autre part d'y être « chez soi», la situation d'hébergement, pour un individu ou un ménage, si elle est un peu durable, peut se définir comme une alternative au logement ordinaire. L'hébergé habite chez quelqu'un d'autre: il en résulte que « le droit au maintien dans les lieux », ou le statut d'occupation au sens effectif - et non juridique - du terme, est strictement fonction du rapport, de nature privée, que l'on entretient avec l'hébergeant. On distingue donc plusieurs types d'hébergement: l'hébergement chez des parents ou des proches ~chez un employeur ~par un hôtelier (y compris à présent dans des établissements de tourisme bas de gamme) ou un logeur, voire par un propriétaire foncier. Dans le premier cas, c'est la manifestation, à titre onéreux ou gratuit, d'un lien de type familial ou amical ~ dans le second, l' hébergé est aussi employé, et toutes les formes d'arrangements sont possibles dans ce type de rapport peu réglementé ~ dans les deux derniers cas, le logement a un coût plus précis, et l'hébergé s'apparente plutôt à un client, qu'il loge dans une baraque ou dans une chambre d'hôtel ou de pension. Reste à signaler que, à l'échelle de la vie d'un individu, il est probable que différents types d'hébergement se trouvent conjugués selon une logique de cumul qui a été bien étudiée pour différents comportements de la sphère des « sociabilités », mais beaucoup moins à propos du rapport résidentiel. Mais on sait que l'hébergement répond aussi ponctuellement à des besoins spécifiques, lorsque l'individu se trouve en période de transition ou de rupture, pour des raisons qui peuvent être assez variées: dans ce cas, l' hébergement s'analyse comme une réponse strictement conjoncturelle, et se pose la question de l'existence

Donc, du point de vue de l'expériencede l'hébergement- l'hébergement, ou le
défaut de «chez soi» il s'agit de décrire et de comprendre les rapports qui s'instaurent entre l' hébergeant et l' hébergé dans les différents cas de figure possibles. L'approche monographique a été ici le plus souvent choisie, portant soit sur un territoire, soit sur une forme particulière d'hébergement. Les expériences hébergement en situation de migration et leurs transformations au cours du processus migratoires ont particulièrement retenu l'attention. Tant sur le plan des pratiques que sur celui des politiques, le logement est objet de normes: nous entendons par là non seulement les dispositifs législatifs et réglementaires qui s'y appliquent, mais tout ce qui ressort des« disciplines à domicile» 5, de ce qui est licite, convenu, tolérable, ou au contraire réprouvé, sanctionné. A ce propos, il importe de rappeler que l'hébergement, avec sa dimension « hors statut », non seulement contribue à éclairer l'univers du logement ordinaire, celui des locataires et des propriétaires, comme d'ailleurs celui des « ménages ordinaires », mais encore évolue de manière corrélée avec ce dernier. En
5 Nous empruntons cette expression au titre du na 28 de la revue Recherches, 1978

- ou

de l'absence

-, d'une offre de logement adaptée au cas précis.

-

14

effet, l'hypothèse d'un « sous-marché », toujours rogné mais toujours renaissant, et jouant un rôle dans l'ensemble du parc, nous semble tout aussi réelle que celle de la « disparition progressive du parc dénormé par l'éradication de l'habitat insalubre ». La recherche active de solutions de rechange par les pouvoirs publics témoigne au moins du fait que la marche vers la modernisation et la normalisation généralisées n'est ni linéaire, ni même inéluctable. Paradoxalement d'ailleurs, et la troisième partie de cet ouvrage le démontre, le secteur est à la fois « hors norme », et objet d'une surveillance rigoureuse - qui se réalise ou non dans la pratique, la plupart des contributions ont à cœur de faire le point sur ce sujet -. On n'a pas oublié le puissant mouvement de réprobation qu'avait soulevé la tentative d'un récent ministre de l'intérieur de généraliser les « certificats d'hébergement» pour certains étrangers, opposition affirmée au nom des libertés individuelles. Mais d'une manière générale, le droit d'hébergement appartient au locataire comme au propriétaire, du moins tant que l'occupation des lieux se fait «en bon père de famille» ; ce qui ne fut pas toujours le cas: les dispositions prises par les promoteurs des logements pour les ouvriers, ou, plus généralement, les « locataires principaux» et les concierges, agents des propriétaires honnis par les occupants, qui veillaient au grain - c'est à dire tentaient de surveiller le « surpeuplement» sans d'ailleurs en avoir les moyens - le démontrent. Tout autre est la situation dans les meublés et les foyers, et dans les différents « héritiers» des asiles et des dépôts de mendicité que sont, d'une certaine manière, les Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale. Les hôtels meublés, d'abord. Nouveau paradoxe: on entérine, mieux, on célèbre une mort annoncée, la victoire sur les taudis alors que, rappelons-le, à Paris tout du moins, ce secteur était à la pointe pour ce qui est des normes sanitaires - tandis que l'on déplore la disparition du « logement social de fait» dont l'utilité pour remiser les pauvres ne fait aucun doute. Aussi, s'appuyant sur des dispositifs de décentralisation, certaines collectivités locales ont entrepris de « transformer le produit», en le rénovant et en le « moralisant ». Les conséquences en sont analysées ici, et rejoignent pour partie certaines considérations sur l'organisation par l'Etat de filières nouvelles - ou plutôt renouvelées visant à loger et à réinsérer, mieux, à réinsérer par le logement, avec dispositifs d'assistance à la clé. L'Etat se fait hébergeant: ce n'est pas le fait qui est nouveau, ce sont les formes, et la marche rapide vers la création d'un secteur de logements provisoires, comparable, dans le domaine du logement, au secteur d'emplois à durée déterminée. Les auteurs ont ici souligné les aspects à la fois contraignants et contradictoires de la condition résidentielle des occupants. On pourrait certes tenter une description de tous les aspects de l'hébergement qui n'ont pas été abordés dans cet ouvrage. Mais est-ce bien utile? On le pressent, cet ouvrage est en quelque sorte exploratoire: on n'a pas fini de faire le tour de ces pratiques, de cette curieuse marchandise, dont une part est tout à fait privée, une part est de statut commercial et une part est « nationalisée». Au delà des transformations dont elle a été, est actuellement, et continuera à être l'objet, gageons, que les nécessités auxquelles elle répond ne sont pas près d'être taries.

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PREMIERE PARTIE

FORMES ET MESURES DE L'HEBERGEMENT

La mesure de l'hébergement

Catherine BONV ALET Eva LELIEVRE
Institut National des Etudes Démographiques

L'hébergement constitue un des ajustements possibles entre l'offre et la demande de logement des ménages. En période de pénurie de logements et de crise économique, les jeunes reculent le départ de chez leurs parents, d'autres y reviennent pour des raisons liées à l'emploi ou aux séparations conjugales. L'allongement des études, l'augmentation du chômage et des divorces conduisent également un certain nombre d'individus à habiter chez d'autres personnes que leurs parents. L'enquête logement de 1996 dénombre 150 000 personnes adultes âgées de 18 à 40 ans qui, sans être enfant du ménage ou ami(e) d'un enfant du ménage ne disposent pas de logement autonome1. Par ailleurs, 2,7 millions d'enfants non étudiants de plus de 18 ans et moins de 40 ans cohabitent avec leurs parents. Si l'on tient compte des étudiants, l'hébergement représenterait donc actuellement un mode d'accès et d'occupation du logement non négligeable. Si ces chiffres ont le mérite de donner une idée de l'importance du phénomène, ils ne doivent pas pour autant cacher la difficulté de sa mesure. En effet, l'hébergement est une notion complexe qui renvoie à des pratiques et des normes résidentielles variables selon les époques et les contextes. Dans son acception courante (définition du Larousse), une personne hébergée est quelqu'un qui loge chez autrui. Son rapport au logement ne lui confère aucun statut puisqu'elle cohabite avec d'autres personnes qui vont déterminer le statut d'occupation du logement. De plus, la situation d' hébergé n'est pas une réalité factuelle simple, car elle relève de la perception que les acteurs impliqués en ont. Après avoir examiné les problèmes de définitions, nous essayerons de voir si une mesure de ce phénomène est possible à partir des données de deux enquêtes de l'I.N.E.D. qui ont, dans leur collecte, porté une attention particulière aux situations de corésidence: l'enquête «Peuplement et dépeuplement de Paris» et l'enquête « Biographies et entourage».

1

A. Laferrere « Mode d'hébergement
avec l'Euro, Crédit Foncier,

et demande de logements»
Paris, 1999.

, Colloque

Le logement

demain:

après

la crise,

19

LES PROBLEMES DE DEFINITION
Les critères retenus pour définir l'hébergement Depuis la Seconde Guerre mondiale, les modes d'habiter ont connu de profonds changements qui ont accompagné les transformations de la famille. L'autonomie résidentielle entre les générations est devenue la norme, même s'il subsiste des traces du passé dans la cohabitation du monde rural. La notion d'hébergement découle directement des règles implicites qui régissent nos pratiques de logement. Dans un article récent, Yves Grafmeyer2, exploitant les entretiens qualitatifs de l'enquête «Proches et Parents» de l'I.N.E.D., retient six conditions pour qu'une étape résidentielle soit identifiée comme «hébergement par les parents ou les proches» : L'enquêté ne doit pas être l'occupant en titre principal du logement L'enquêté est une personne adulte La période retenue comme critère est d'une durée minimale de trois mois consécutifs Le logement chez l'employeur ou en institution n'est pas pris en compte La cohabitation avec l'occupant en titre doit être effective La résidence principale de I'hébergé est celle du logement de la personne qui l'accueille. L'examen détaillé des entretiens et des questionnaires montre bien le problème des cas ambigus, car nombreuses sont les situations transitoires ou les périodes floues. A cela s'ajoutent les différences de perception des enquêtés eux-mêmes. En fait, chaque critère retenu pose un certain nombre de questions plus larges sur le logement, le couple, le passage à l'âge adulte...

. . . . . .

1) l'enquêté ne doit pas être l'occupant en titre Dans le cas d'un couple, le problème consiste parfois à déterminer qui est l'occupant en titre, l'enquêté ou son conjoint. Prenons l'exemple d'une femme logée par son employeur: doit-on considérer son mari comme étant hébergé ou codétenteur du statut d'occupation? En effet, si intervient une rupture d'union, le conjoint n'a aucun droit sur le logement commun, son statut résidentiel dépend uniquement de la stabilité conjugale. Ceci conduit à une autre question, celle du rapport au logement des deux membres d'un couple, en particulier au début de l'union. En effet, très souvent, au début de la relation, l'un des conjoints est hébergé par l'autre. A partir de quand son statut change-t-il ? 2) l'enquêté doit être adulte On exclut ainsi les enfants qui, de toute façon, ne peuvent légalement détenir un statut d'occupation en leur nom propre et sont de fait en situation d'hébergement.
2

Y. Grafmeyer: «L'hébergement par les parents et les proches}) , in Proches et parents: l'aménagement des territoires, Travaux et Documents, Cahier n0143, Paris, I.N.E.D., 1999. Voir aussi l'article de l'auteur dans le présent ouvrage.

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L'hébergé est donc un adulte qui pourrait vivre dans un logement autonome, mais qui pour des raisons économiques, professionnelles, affectives, habite chez autrui3. Cependant la définition d'une personne adulte est aussi variable que les critères servant à définir « l'indépendance» des individus, tels que l'autonomie financière, l'autonomie résidentielle, la mise en couple, etc. Ce passage au statut d'adulte est donc difficile à cerner de façon univoque et tend à varier selon le contexte socioculturel, selon les auteurs et les objectifs de la recherche qu'ils mènent. 3) la durée de l'hébergement Dans les entretiens de l'enquête « Proches et Parents», nous avions en effet retenu trois mois ~néanmoins lorsqu'il s'agit de collecter des informations rétrospectives, la qualité du recueil des séjours de courte durée est médiocre, d'autant plus si ces périodes correspondent à des moments difficiles (migration, rupture, chômage...) que l'enquêté n'a pas toujours envie d'évoquer. 4) l'hébergement doit être assuré par un membre de la famille ou un ami A ce titre, les situations d'hébergement par l'employeur ne sont pas prises en compte. Ce principe se trouve relativisé dans le cas où l'employeur est un membre de la famille. Le terme d'ami doit aussi être entendu au sens le plus large: en effet dans le cas de migrants internationaux, la personne qui les accueille à l'arrivée, de leur village ou de leur lignée, peut leur être parfaitement inconnue. 5) la cohabitation effective Yves Grafmeyer relève tout un ensemble de cas limites, selon les configurations des logements. Y a-t-il corésidence dans le cas de la mise à disposition d'une chambre indépendante dans le logement, ou d'une chambre «de bonne»? Comment considérer les situations de cohabitation partielle ou alternée? 6) la résidence principale de l'hébergé est celle de l'hébergeant Le flou de la notion de résidence principale rend difficile l'application de ce critère en particulier chez les jeunes (service militaire, vie en pension, etc.). L'application de ces critères dans les enquêtes

A partir des enquêtes nationales de l'LN. S.E.E. et des recensements, les situations d 'hébergement restent difficiles à saisir réellement en raison de la complexité du phénomène. Le statut d'occupation retenu par définition est celui de la personne de

3

L'estimation de ces personnes hébergées est utile lorsque l'on veut évaluer la demande potentielle de logement, mais cette dernière dépend également des critères du moment. Rappelons que dans son article intitulé « Structures de la population et besoins en logement» paru dans Population en 1949, Louis Henry avait écarté les célibataires dans ses calculs sur les besoins en logement.

21

référence4. Seule, la composition des ménages permet de recenser, selon les critères d'âge et d'activité professionnelle, les personnes de référence et les personnes hébergées. Lorsque l'on dénombre 2,7 millions de jeunes non étudiants de 18 à 40 ans qui vivent chez leurs parents, on sous-entend que ces personnes peuvent être en situation d'hébergés. Il s'agit en fait de personnes susceptibles de l'être par pure convention. Par ailleurs, la réalité peut s'écarter de la statistique et on n'est pas sûr de bien distinguer l'hébergeant et l'hébergé. Citons à titre d'exemple le cas d'une grand-mère retraitée habitant avec sa petite-fille active: laquelle des deux est l'hébergée lorsque le bail est au nom de la grand-mère et que la petite fille paye le loyer? Enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris» Dans l'enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris» de l'I.N.E.D., qui retrace l'histoire résidentielle des personnes nées entre 1926 et 1935 et habitant la région parisienne en 1986, le problème était de bien cerner le premier logement dans la vie adulte, que ce dernier soit indépendant ou non. Pour définir la date d'occupation de ce logement initial, trois dates étaient collectées: la date de décohabitation la date de mariage la date d'anniversaire des 25 ans, si aucun des événements ci-dessus n'était intervenu

. . .

Le début de la trajectoire résidentielle était alors fixé par convention à la première de ces trois échéances. Au regard des critères nécessaires pour définir une situation d'hébergement, cela revenait à considérer trois manières de devenir adulte: l'indépendance résidentielle, le mariage ou par défaut l'âge de 25 ans. Ce dernier avait été choisi à l'époque, par souci d'homogénéité avec les données du recensement de 1982 où l'I.N.S.E.E. avait comptabilisé les individus de moins de 25 ans comme enfants de la famille. Les jeunes de plus de 25 ans étaient considérés comme isolés familiaux, le ménage dans lequel ils se trouvaient passant de la
catégorie couple avec enfants à celle de ménage complexes. En fait, cette limite de 25 ans repose sur une norme implicite selon laquelle les jeunes qui dépassent cet âge doivent être autonomes faute de quoi ils sont considérés

comme des hébergés. Si la cohabitation entre générations constituait un mode 6 d' habiter « idéal» , comme elle l'est ailleurs ou a pu l'être auparavant, la question de l'hébergement ne se poserait pas.
4 Toutefois, lorsque la personne est logée gratuitement par la famille, on connaît depuis 1992 le lien de parenté de la personne qui met le logement à disposition. Ceci pennet d'étudier une autre sorte d 'hébergement au sens large. S Le choix d'un seuil pose des problèmes particuliers, car la séquence «hébergement» ne se traduit pas par un déménagement. Dans ce cas les conditions de logement de l'enquêté n'ont pas changé, mais son statut, d'un point de vue statistique, s'est modifié. 6 Comme elle l'était pour Frédéric Le Play. Dans la famille souche, un seul fils restait avec sa femme et ses propres enfants auprès des parents et cohabitait avec eux.

22

On pourrait ainsi être amené à considérer d'autres seuils et retenir par exemple l'âge de 30 ans en raison du recul de l'âge à la décohabitation. D'autre part, bien que le recueil de l' histoire résidentielle repose sur la collecte des logements occupés plus d'un an, l'enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris» a recensé explicitement les périodes dites transitoires (moins d'un an) avec un certain nombre d'éléments les concernant. Le même principe a été retenu dans l'enquête «Biographies et entourage». Ces étapes sont en effet très importantes pour comprendre les inflexions de la trajectoire résidentielle des individus. On peut donc tenter une mesure de l'hébergement au cours de la trajectoire résidentielle à partir de cette enquête en restant très proche de la finesse de la définition en six critères proposée ci-dessus.

Enquête« Biographies et entourage»
Cette enquête, dont la collecte est prévue en 2000, a pour objectif de retracer l'histoire familiale, résidentielle et professionnelle des différents membres d'un groupe, l'entourage d'après un recueil effectué auprès d'individus âgés de 50 à 70 ans. Une telle collecte permet d'abord de réinsérer l'individu dans le groupe familial afin de comprendre son rôle dans les stratégies sociales et résidentielles; de plus, l'information étant collectée sur l'ensemble de la trajectoire des individus, l'aspect dynamique de ce réseau est restitué. Concrètement, l'entourage des individus est appréhendé à partir de l'ensemble des personnes composant les ménages successifs auxquels l'individu a appartenu et également d'individus clés, apparentés ou non, qu'ils soient corésidents ou pas. L'hébergement, la mise à disposition d'un logement ou la proximité géographique entre plusieurs ménages apparentés, constituent de bons analyseurs des liens familiaux. Et l'enquête recueille à cet effet les éléments factuels permettant de mettre en évidence de telles situations, habituellement occultées dans d'autres
collectes quantitatives.

Le questionnaire de l'enquête « Biographies et entourage» a, en effet, été conçu de façon à collecter précisément, sur l'ensemble de la trajectoire résidentielle, les étapes de la cohabitation ainsi que le statut d'occupation de l'enquêté ou celui de la personne qui l' héberge. Pour cela trois questions sont nécessaires: -une question qui détermine la personne occupant en titre le logement - une question relative au statut d'occupation de cette personne

-et enfin la composition du ménage vivant avec l'enquêté dans le même
logement.

Pour chacun des logements occupés par l'enquêté, les données nous procurent 23

(figure 1) la composition du ménage, le lien de l'enquêté avec la personne du ménage qui détient le statut d'occupation de ce logement, puis les précisions sur ce statut. Il s'agit de déterminer celui des membres du ménage (des habitants du logement) qui est la personne de référence du point de vue de l'occupation du logement. De plus, détenir le statut, selon les instructions, n'implique pas que la personne citée ait un contrat formel. Cela nous permet ainsi de distinguer panni les personnes logées par des tiers celles qui corésident avec le bailleur de celles auxquelles on prête un logement. Figure 1 Les questions de l'enquête« Biographies et entourage» permettant de cerner la situation résidentielle de l'enquêté tout au long de son existence L6 : Quelles sont les personnes qui habitaient dans ce logement? L7 : Parmi les personnes avec lesquelles vous viviez, qui était l'occupant en titre à l'entrée dans ce logement? L7bis: (dans le cas où L7 = employeur, ami, ego et d'autres colocataires, autres cas) Disposiez-vous de l'ensemble du logement ou seulement d'une partie? L8 : Cette personne (citée en L7) est-elle propriétaire (détails), locataire (détails), autre (détails) ? Consigne: En L7 On décrit le lien entre ego et la personne qui, parmi les occupants du logement, détient le statut (formel ou informel) : si ego est l'occupant en titre alors L7=1, sinon on décrit le lien qui existe entre ego et l'occupant en titre: s'il s'agit du logement de fonction du conjoint (noter 2), ego loge chez ses parents et avec eux (noter 2P), si ego est accueilli chez un frère (noter F).

Contrairement à ce qui se passait dans l'enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris» où le début de la trajectoire résidentielle avait été formalisé a priori, nous ne sommes pas confrontés à ce problème avec les données de «Biographies et entourage» dans la mesure où nous disposons de l'ensemble de la trajectoire des individus. Le processus d'autonomie progressive peut être appréhendé sans référence à un début de la trajectoire autonome fixé a priori comme dans l'enquête précédemment citée. On est donc ici en mesure de faire varier le moment d'entrée dans la vie adulte (deuxième critère), et de fixer le moment à partir duquel on peut parler de situation d' hébergement, soit en élaborant à partir des éléments de la trajectoire individuelle un indicateur de ce passage, soit en se calant sur des âges jugés pertinents pour étudier l'hébergement: 16, 18, 25 ans... Dans la pratique, le repérage du membre du ménage qui détient le statut d'occupation du logement soulève des problèmes, surtout dans les situations 24

informelles parmi lesquelles on trouve beaucoup de situations d'hébergement. Prenons des exemples successifs, tirés de notre échantillon pilote, pour illustrer ces difficultés. André passe un an « chez sa sœur» déclarée occupante en titre du logement alors qu'elle n'est pas notée comme corésidente et en marge André précise: « elle m'avait passé son studio quand elle est partie à Nice». La déclaration est ainsi faite que si l'on ne disposait pas d'une part de la composition du ménage et d'autre part des annotations en marge, on conclurait à une situation où André est hébergé par sa sœur alors que selon les six critères retenus, il ne l'est pas, puisqu'il habite dans un logement que lui prête sa sœur alors qu'elle a une autre résidence principale. Ceci nous amène à réfléchir sur la pertinence du sixième critère énoncé: la résidence principale de l'hébergé est celle de l'hébergeant: André s'est en effet déclaré hébergé alors qu'on lui prête un logement. Un autre exemple illustre la situation inverse: Anna, comme jeune fille au pair, disposait d'une chambre dans l'appartement de ses employeurs (qu'eux-mêmes louent). Elle est logée par l'employeur et n'est donc pas en situation d'hébergement. Devenue une amie de la famille, elle continue d'y habiter en ayant perdu son statut juridique d'occupation, car de logée par l'employeur elle devient hébergée par ses amis. Ce qui est intéressant dans ce cas, c'est qu'Anna vit cette situation comme une amélioration de ses conditions de logement et ne se perçoit pas comme hébergée alors que son statut résidentiel dépend uniquement de sa relation amicale. Dans le cas des chambres de bonne situées dans les étages supérieurs des immeubles, la perception de l'hébergement est également enjeu dans la déclaration des membres du ménage. Ainsi, Louise, veuve, dispose d'un appartement de cinq pièces et d'une chambre de bonne dans laquelle elle loge depuis 20 ans Rosine, son employée de maison, qu'elle déclare corésidente. Dans le cas de Juliette, qui dispose avec son mari d'un appartement de quatre pièces et d'une chambre de bonne où leur fils s'est installé depuis son adolescence, celui -ci se déclare « logé dans un studio prêté par la famille» alors que Juliette, qui assume les charges locatives, déclarerait son fils plutôt hébergé, du fait de la proximité des deux logements. Cela illustre les cas limites décelés auparavant par Yves Grafmeyer (cinquième critère). Si l'enquêté se «trompe» souvent par rapport aux faits que le chercheur désire recueillir, c'est que la perception que chacun a de la situation est variable. De plus, celle-ci n'est pas systématiquement biaisée dans le sens d'une sous-estimation de l'hébergement (ainsi que le montrent les exemples ci-dessus). L'hébergement n'implique pas forcément une situation de cohabitation pour les individus (André se sent hébergé par sa sœur et de la même façon Juliette estime qu'elle héberge son fils), ils qualifient plutôt la situation par l'appréciation de l'aide reçue ou donnée qu'elle révèle. L'hébergement peut également être perçu comme une amélioration (par exemple dans le cas d'Anna).

25

DES ESSAIS DE MESURE DE L'HEBERGEMENT
Enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris» L'enquête « Peuplement et dépeuplement de Paris» permet de mesurer les périodes d'hébergement de deux manières. La première consiste à analyser dans le détail l'évolution du groupe domestique au cours du temps, afin de repérer les séquences où l'individu vit dans un ménage complexe. La seconde se fonde sur l'examen précis des statuts d'occupation7 de tous les logements habités par l'enquêté. Graphique 1
Les trajectoires 1èreétape 2ème étape
19 % Cou 30 % ersonnes seules 1°il cou les avec enfant(s) les sans enfant

domestiques 3èmeétape 4ème étape

nt(s)

1 %
100 % chez les

ersonnes

seules 1 % couples avec enfant(s)

1% ménaaes complexes

parents
(1987 enquêtés)

1 % ménages 9% ersonnes seules

complexes enfant 2 ail cou es avec enfant(s)

3 % cou es sans

35 % ména es com lexes

13

%

cou

les

sans

enfant

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enfant

lecture: tous

30%

des

enquêtes sont

sont donnés

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par rapport

seuls, aux

19 % ont vécu 100 % de départ

en couple soit 1987

sans

enfant,

puis

15 % en couple

avec

enfant(s)

les pourcentages

enquêtés.

7

C.

B onvaI

et, Famille-logement:
1998.

identité statistique ou enjeu politique, Paris, I.N.E.D., Dossier

Recherche

n072, novembre

26

L'évolution du groupe domestique Grâce au recueil de l'ensemble des personnes avec qui l'enquêté a cohabité plus d'un an, on a pu reconstituer le parcours domestique des individus jusqu'à l'âge de 50 ans8. Ce cheminement, que l'on retrace en répertoriant les différents types de groupes domestiques dans lesquels ont vécu les individus, est plus complexe que la simple histoire familiale (graphique 1). En effet, à l'époque des premiers travaux sur le cycle de vie9, la trajectoire familiale était présentée de la manière suivante: les individus quittaient leurs parents pour se marier et donc pour commencer leur parcours domestique par une vie en couple sans enfant, suivie d'une période de vie en couple avec enfants. Une nouvelle étape sans enfant advenait lorsque ces derniers quittaient le domicile parental; d'où l'idée de cycle. Or, la trajectoire domestique est affectée par les événements concernant non seulement l'enquêté, mais également toutes les personnes avec qui il a cohabité ou cohabite au moment de l'enquête. Le graphique 1 rend compte de cette complexité: quatre étapes et cinq types de ménages ont été retenus (les ménages d'une seule personne, les couples sans enfant, les couples avec enfant(s), les ménages monoparentaux et les ménages complexes définis par la présence d'ascendants ou de collatéraux). La lecture de ce graphique montre bien comme il est difficile de dégager un parcours-type. En ce qui concerne la première étape, on constate que 30 % des enquêtés ont commencé leur parcours domestique en habitant seul, 33 % en couple et 35 % dans un ménage complexe, c'est-à-dire hébergés par (ou hébergeant) des proches. Avec l'âge, les ruptures d'unions qui viennent fortement perturber le schéma classique du cycle de vie familial, les retours chez les parents, ainsi que l'accueil d'un parent, d'un frère ou d'une sœur qui donne lieu à la formation de ménages complexes, sont beaucoup plus fréquents qu'on ne pouvait le supposer. Certes, la grande majorité des individus (huit sur dix) ont vécu à un moment donné dans une famille nucléaire, mais les chemins pour y arriver diffèrent (ménages complexes, vie solitaire...), de même que les manières de sortir de l'étape « vie de couple avec enfant(s) ». On a pu observer, par exemple, qu'un certain nombre d'individus ont « sauté» les deux premières étapes du schéma classique: ils sont passés directement de chez leurs parents à une famille nucléaire, soit parce que la naissance de l'enfant est intervenue lorsque le couple était encore hébergé dans l'une des deux familles d'origine, soit parce que l'arrivée de l'enfant s'est produite la même année que le mariage. Plus de la moitié des hommes ont vécu un moment seuls avant 50 ans, contre 38 % des femmes seulelnent. La vie dans un ménage complexe, où l'individu est hébergé
8

C. Bonvalet, E. Lelièvre.- « Du concept de ménage à celui d'entourage: une redéfinition de l'espace
matrimonial encore peu

familial ».- Sociologie et sociétés, vol XXVII, n02, autonme 1995, pp. 177-190. 9 Notons que ces travaux portent précisément sur ces générations au parcours perturbé.

27

ou hébergeant - ce qu'à ce stade les données ne permettent pas de distinguer - a concerné près de la moitié des enquêtés. Ces résultats montrent bien l'importance de ce mode de cohabitation, qui n'apparaît pourtant que marginalement dans les structures des ménages au recensement. Mais il est visible que cette étape, située dans la grande majorité des cas au début du cycle de vie familial, est liée au contexte des années cinquante et soixante, marquée par la pénurie de logements. Toutefois, si dans cette analyse, le repérage des étapes « ménages complexes» est relativement aisé, il est difficile de cerner le statut résidentiel de chaque personne à l'intérieur du ménage, en particulier de distinguer l' hébergé de l' hébergeant. Un jeune homme de 26 ans peut vivre chez son oncle suite au décès de ses parents, s'émanciper, puis quelques années plus tard accueillir chez lui cet oncle malade. Dans les deux étapes caractérisées par un hébergement, le ménage complexe est identique, mais les rôles d'hébergé et d'hébergeant se sont intervertis. Le tableau suivant indique, à chaque âge (25, 35, 45 et 55 ans) la composition des ménages dans lesquels vivent les personnes nées entre 1926 et 1935 et qui habitent la région parisienne en 1986. Tableau 1 Composition des ménages au cours de la vie
Type de ménage - Personne seule - Famille nucléaire Couple sans enfant Couple avec enfants dont - un enfant - deux enfants - trois enfants et plus - Famille monoparentale - Famille complexe dont Couple sans enfant + ascendants ou collatéraux Couple avec enfants + ascendants ou collatéraux - Célibataire avec ascendants - Autres familles complexes 1.5 Total Effectifs 25 ans 18.7 16.8 29.8 (17.2) (9.2) (3.4) 2.5 32.5 35 ans 10.1 9.4 65.3 ( 19.7) (23.2) (32.4) 4.5 10.9 45 ans 10.0 11.6 65.5 (20.9) (22.5) (22.1 ) 5.9 7.0 55 ans 16.1 34.2 38.4 : (20.6) (11.2) (6.6) 5.4 5.8 : 2.9 5.9 21.9 0.7 5.0 4.4 0.8 3.3 2.4 1.4 2.0 1.7

0.8 100 1987

0.5 100 1987

0.7 100 1987

100 1108

Source: personnes nées entre 1926 et 1935 habitant la RP en 1986 (enquête PDP) L'analyse détaillée de la structure des ménages permet de distinguer dans certains cas les situations d'hébergé et d'hébergeant (tableau 1). Au début du parcours résidentiel, il s'agit en effet, dans la grande majorité des cas, de jeunes célibataires 28

qui n'ont pas encore décohabité (22%) ou de jeunes couples à la recherche d'un logement autonome (9%). Ils sont alors clairement hébergés par leur famille. Dix ans plus tard, la situation a changé: les célibataires qui vivent chez leurs parents ne représentent plus que 4,4 % dans la structure des ménages, les couples avec ou sans enfant vivant dans un ménage complexe 5%. Mais dans ce dernier cas, il est impossible de distinguer le cas où l'enquêté est en situation d'hébergement chez ses parents ou chez un de ses frères ou sœurs et celui où l'enquêté accueille un membre de la famille1o. On notera également, avec le vieillissement des parents, le léger accroissement des familles complexes comprenant un couple sans enfant avec des ascendants ou des collatéraux (0,8 % à 45 ans, 1,4% à 55 ans et 2,7 % à 60 ans). Les trajectoires résidentielles Le bilan résidentiel des générations nées entre 1926 et 1935 que nous avions dressé dans un article précédent offrait une vision simple et linéaire11 : les ménages ont eu en moyenne 3 logements à 50 ans, et à cet âge-là, près de la moitié des enquêtés sont propriétaires. L'analyse fine des trajectoires révèle une réalité plus complexe. Le schéma ci-dessous, qui retrace l'ensemble des parcours résidentiels effectués par les enquêtés jusqu'à l'âge de 50 ans, montre bien la diversité des itinéraires suivis. Pour l'établir, nous avons retenu 6 statuts d'occupation à l'entrée dans le logement: 1. propriétaire: accédant ou non 2. locataire (y compris les sous-locations) 3. hébergé chez un membre de la famille 4. logé gratuitement par la famille dans un logement indépendant 5. logé gratuitement par l'employeur 6. autres statuts (hôtel meublé, foyer...) On peut remarquer que, contrairement à l'analyse des parcours domestiques, celle des trajectoires permet d'identifier les séquences d'hébergement des enquêtés. En revanche, il n'est pas possible de repérer les périodes durant lesquelles ceux -ci ont accueilli un proche parent ou ami. Dans les graphiques 2 et 3, les quatre premières étapes ont été étudiées comme précédemment. Il faut souligner qu'il s'agit de changements de statut d'occupation et non pas de changements de logement. Si un individu a déménagé 3 fois dans le parc H.L.M., une seule étape résidentielle sera comptée, à savoir dans ce cas précis celle qui correspond au statut de locataire. Les premiers travaux sur les trajectoires, tirés souvent d'analyses transversales,
IOCette situation peut résulter non seulement de l'accueil des parents âgés ou d'un frère ou une sœur, mais également de I'hébergement des enfants adultes qui restent chez les parents en raison du chômage ou d'une séparation. 11 C. Bonvalet et E. Lelièvre, «Mobilité en France et à Paris depuis 1945: bilan résidentiel d'une
génération », Population, 3, 1989.

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faisaient apparaître un parcours dominant, constitué d'une étape initiale dans le secteur locatif suivie d'une accession à la propriété. L'analyse longitudinale détaillée montre qu'il existe une grande diversité des histoires résidentielles. Cette multiplicité résulte en partie des conditions particulières de logement qui prévalaient à l'époque d' après-guerre12.

Graphique 2
Les trajectoires 1ère étape
Propriétaire 38 30 5 ~ILocataire locataire 382 14 Locataire Locataire Locataire 4 Gratuit em 112 66 Locataire Propriétaire Gratuit emploveur 5 Locœa/re hébergé famille Grau~famlle Locataire
gatuit emclDleur

résidentielles

des enquêtés

dont la première étape est propriétaire.
2ème étape 3ème étape Dl'opriétaire

locataire ou logée gratuitement
4ème étape

10

locataire

Locataire Gratuit employeur Propriétaire

11 Pro

étalre

-----ftt
5

7 2 2

1 Héberaé famille
1 Héberaé famille

hébergé Autre

famille

I ~

locataire hébergé famille

Gratuit ramUe

Les pourœrtages sort donnés en millièmes.L.scture 38%des individus rt débuté Jeur : o parccxrslogemert en élart locataires.29% sort devenus ensute propriftaires 3 % sat redevenusIa:ataires et

12

C. Bonvalet: « Accession à la propriété et trajectoires individuelles », dans Trajectoires familiales et
de vie en milieu urbain, Y. Grafmeyer, F. Dansereau (éd.), Lyon, P.U.L., octobre 1998, pp. .235.

espace 262.

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