MARIE-GALANTE EN GUADELOUPE SA VIE CRÉOLE SON GUIDE HISTORIQUE

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Ce livre présente un large aperçu de la vie créole à Marie-Galante vers 1950. La présentation, au fil de la vie d'une famille, donne l'occasion de relater bien des détails de la vie créole qui trouveraient difficilement leur place dans un exposé par thèmes. Le récit des promenades dans l'île invite à présenter les événements historiques du passé. La présence de 450 mots créoles aident à s'imprégner de l'ambiance.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296203372
Nombre de pages : 360
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MARIE-GALANTE
EN GUADELOUPE

SA VIE CRÉOLE ET SON GUIDE HISTORIQUE

DU MÊME AUTEUR

Proverbes créoles en Guadeloupe par Zagaya - Editions Castilla, Madrid (épuisé) 200 pages 1965. - Les Moulins de Marie-Galante - Extrait de la revue de la Société d'Histoire de la Guadeloupe 28 pages 1967 - Les communes et les bourgs de Marie-Galante - Extrait de la revue de la Société d'Histoire de la Guadeloupe. 22 pages 1976. - Arawaks et Caraïbes à Marie-Galante - Extrait du bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe. 49 pages 1976. - Archélogogie Caraïbes et chroniqueurs - Extrait du Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe (épuisé). - Archéologie Antillaise - Au titre du Parc Naturel de la Guadeloupe. 120 pages 1987. - Dictionnaire du Créole de Marie-Galante - Editions Helmut Buske Verlag Hambourg. 231 pages 1995. Université de Bamberg. - Anne-Marie Javouhey, présentée en cinq tableaux - Imprimerie Saint-Paul-Bois-le- Duc 63 pages 1992. - Conamama, camp de la mort en Guyane en 1798 pour les prêtres et les religieux. Editions l'Harmattan - Prix hors concours du livre RFO 1996.239 pages 1995.

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Maurice BARBOTIN

MARIE-GALANTE
EN GUADELOUPE ,

SA VIE CREOLE
ET SON

GUIDE HISTORIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Q L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0611-8

AVANT-PROPOS
Ce récit veut garder le souvenir de la vie créole telle qu'elle était à Marie-Galante, une île de la Guadeloupe, vers 1950. Nous aurions pu le rédiger sous forme d'un manuel d'ethnologie avec des chapitres par thèmes. Pour que le récit soit plus agréable à lire et mieux imprégné par la mentalité des gens, nous avons préféré le classer autour de la vie d'une famille. Les épisodes ne sont pas inventés. L'auteur a été le témoin de presque tous les faits et les coutumes qu'il rapporte; Il a soigneusement contrôlé ce que d'autres lui ont été raconté. Le texte est enrichi d'environ 450 expressions et mots créoles; ils contribuent à rendre l'ambiance créole et les créolisants seront contents de retrouver la finesse de leur sens grâce à leur emploi dans leur contexte de vie. Seuls, les noms de personnes que les circonstances n'invitent pas a mettre en valeur ont été changés. La plupart des noms sont ceux des gens que nous avons fréquentés avec plaisir, des gens estimés de tous, il est bon d'en garder le souvenir. Et puis, ceux qui liront ces lignes auront plaisir à visiter Marie-Galante, c'est pourquoi nous avons mentionné les principaux épisodes de son histoire. Nous joignons une carte permettant de situer les lieux où ces événements se sont déroulés, et ainsi de mieux les comprendre. Certains seront peut -être étonnés de ne pas voir la marque du pluriel à certains mots créoles. On n'en met pas dans cette langue, car, quand on lit, on prononce toutes les lettres: par exemple si on écrivait Balaous, il faudrait prononcer Balaousse. EN se prononce comme in ou un du français. La maquette de la couverture et les dessins sont de Jean le Bot, nous lui adressons nos remerciements ainsi qu'à Jules et Martha Bonnin, à José et Myrtha Tancons, à Joseph et Vénus Lyncée, à Madame Charlotte Comano et à bien des gens de Marie-Galante qui furent des informateurs avertis.

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ANNA
Il fait beau, Anna est joyeuse. A quelques dizaines de mètres derrière la case, elle récolte du karapat, du ricin. Les larges feuilles étoilées de cet arbuste sont encourageantes, les hampes de graines sont plus rébarbatives, leur couleur rougebrune et violacée attire, mais la cosse de chaque graine est hérissée de piquants. Non, elles ont seulement l'apparence de la méchanceté, elles ne font pas mal: Anna le sait bien, elle peut cueillir vite et sans crainte. Elle récolte les grappes sèches, les met dans son panier rond. Le ciel est bleu, avec quelques flocons de nuages blancs; la vie est belle, Anna chantonne, elle est heureuse. C'est vrai, son ventre est lourd à porter; elle accepte cet inconvénient avec joie, elle est toute à son bonheur car elle doit bientôt accoucher: dans quelques jours elle sera mère, pour la première fois. Sa grossesse s'est passée sans difficultés; pas de doute, son enfant sera très beau. Un garçon? une fille? elle préfèrerait un garçon, mais peu importe. De retour à' la maison, pour finir de faire sécher sa récolte, elle l'étale sur de vieilles tôles ondulées aplaties à coup de maillet. A la nuit tombante elle remet le tout dans le panier, bien des cosses ont éclaté, les graines vernissées en sont sorties, elles luisent sous les derniers rayons du soleil. Anna rentre s'asseoir pour se reposer un peu. Sa maison est bien modeste. C'est une pauvre case de trois mètres sur six, séparée en deux pièces égales: la chambre et la salle. Le charpentier a monté, a assemblé, les traverses et poteaux en bois poyé ; les premiers Français arrivés ici l'on appelé ainsi parce que la feuille de cet arbre rappelle celle du poirier d'Europe. Les poteaux à peu près droits, sont à peine équarris car on ne trouve guère de bois de charpente à MarieGalante, et sur les Bas, moins qu'ailleurs. Les espaces entre les poteaux sont fermés par des golet, un treillis de bwa chandèl ; les tiges de la grosseur du doigt sont très solides. Comme le charpentier est un peu maçon, il a fait un mortier d'argile et de 9

chaux et mis en place du torchis à l'intérieur de la case, ainsi les occupants sont à l'abri du vent. Il a même blanchi l'extérieur. Le sol est en terre battue. La salle a deux portes avec chacune deux battants étroits. Au pignon s'ouvre une petite fenêtre, simple ouverture, fermée par un volet. Un citadin trouverait le mobilier bien modeste: une petite table au milieu de la salle; contre la cloison est serré un kouchton, on dit aussi un sofa, : une personne assez petite peut y dormir. Une table est blottie dans un coin; deux chaises complètent l'ameublement. Pour égayer la pièce, des photos de paysages et de belles femmes, plus ou moins dévêtues sont collées sur les murs. Ils les ont découpées dans des revues ou des calendriers publicitaires. Au milieu de la cloison préside un chromo de Saint-Michel. Il terrasse le dragon avec sa lance: il est bon de s'assurer sa protection.

la case

en gaulettes 10

Dans la chambre il y a une petite fenêtre comme celle de la salle, et une porte. Le lit à deux places occupe presque toute la pièce. Du linge est entassé sur une ficelle tendue en travers. Le toit est en paille de zèb kouto, dite aussi razwa a diab. Cette herbe s'appelle rasoir du diable parce que le bord de sa feuille est très coupant. Malgré tout, à Vieux-Fort, on l'utilise volontiers parce qu'elle a plus d'un mètre de long et, séchée, sa paille dure plusieurs années. Elle pousse en bordure de la rivière Vieux-Fort, il y en a aussi dans la zone noyée de Folle-Anse. Ailleurs les toits de chaume sont en paille de canne à sucre. Les tôles ondulées coûtent trop cher, ils n'ont pas pu se payer ce luxe. Derrière, à quelques mètres, une construction sommaire abrite la cuisine. Un artisan y a fait un potagé, un bloc de maçonnerie d'un mètre de haut sur lequel sont fixés deux petits foyers à charbon de bois, les poten. L'oncle Pierre qui a beaucoup voyagé dit qu'en Bourgogne on emploie les mêmes termes pour désigner l'aménagement de la cuisine. Cette case n'est pas un palais, mais, comme tout le monde, Anna et son mari s'en contentent, d'ailleurs, sous ce bon climat, on vit dehors toute la journée. Pour la nuit le lit est bon, à l'abri de la pluie, c'est l'essentiel. Un peu plus tard, Alo, son mari, rentre du travail, elle lui pose son repas sur la table de la salle. Dans son assiette, au sommet de la montagne de riz elle a mis un morceau de poisson pêché le matin. Une giclée d'huile parfume le tout. Un beau piment rouge, luisant, assure l'assaisonnement. "La matron pense que je vais accoucher dans deux ou trois jours, dit-elle, ne va pas trop loin en mer, j'aimerais que tu sois là ce jour-là. Elle me dit que le bébé est gros, la sortie sera un peu plus difficile". "Mais oui", répond Alo, "j'irai seulement lever les nasses, elles ne sont pas loin". Fatigués, ils se couchent tôt et s'endorment.

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LA NAISSANCE

DE MALIA

Le soleil ne parait pas encore mais il s'annonce, le ciel est bien moins sombre à l'est, dans quelques minutes il fera un grand jour. Alo se lève, comme chaque matin il boit un demiverre de café noir, Anna vient de le préparer. A ce moment, bien des hommes prennent aussi un petit dékolaj, une rasade de rhum, il décrasse la gorge et met en forme pensent-ils. Lui n'en prend pas, il tient à sa santé. Comme les autres hommes de la campagne, il commence sa journée par s'occuper des animaux. Jeunes mariés, ils ne sont pas riches, malgré tout, à force d'économiser, ils ont pu acheter deux mannam bèf, et une petite génisse. Ces trois bêtes sont attachées au piket a bèf, l'endroit, près de la maison, où l'on attache les animaux, pour la nuit; chaque bête a son piquet, cette coutume est propre à Marie-Galante. Quiconque passe près d'une case voit l'importance du cheptel de cet habitant. Alo détache Trompette, la Rousse et Maline, elles vont à la mare, leur longue chaîne traîne à terre, elles ne s'en soucient pas. Elles entrent dans l'eau jusqu'à mi-jambe. Elle boivent sans se presser, satisfaites elles reviennent à terre. Quand elles ont pris leur ration d'eau pour la journée, Alo les conduit dans une savane; il attache chacune à un petit piquet: la longueur de la chaîne leur donne une bonne surface à brouter: la ration pour la journée. De retour à la maison, il finit de préparer une nasse. Avant de partir en mer, il mange un peu. Son compère, Zalou arrive, ils s'en vont. Anna commence par aller chercher de l'eau à la mare. Comme toutes les femmes elle met une torch sur la tête, ce torchon torsadé, disposé en couronne, pour amortir la dureté de la charge assure la stabilité du seau qu'elle va porter. Inutile de le tenir à la main même les petites filles ont l'habitude. En trois voyages elle rapporte toute l'eau dont elle a besoin pour la journée. 12

Après avoir mangé une bouchée, elle sépare les graines de karapat, de ricin, de leurs cosses. Elle les grille dans une chodyé, une cocotte. Quand elles sont bien sèches, elle les met dans son mortier, avec son pilon sur un rythme joyeux elle les écrase. Ensuite elle met cette pâte granuleuse dans une marmite, elle maintient l'eau bouillante; peu à peu l'huile monte à la surface. Elle la récolte avec un soin religieux, elle remplit presque deux bouteilles. C'est bien, car la matrone en veut un demi litre ou même davantage pour que l'enfant glisse bien. Et puis I'huile de ricin sur la peau du bébé est réputée très bénéfique. Il lui en restera pour se passer sur les jambes, les rendre brillantes quand elle sortira. Ces jours là elle en mettra aussi un peu sur ses cheveux pour qu'ils soient beaux et souples. Comme prévu, trois jours plus tard, Anna ressent de vives douleurs, les contractions commencent. Anxieux, sans le laisser voir, Alo part chercher Man Jann, Madame Jeanne, la matrone, elle n'habite pas loin, à trois kilomètres; elle est certainement chez elle car elle sait l'accouchement imminent. Dans une heure, elle sera là. Bien sûr, ces déplacements se font à pied; sur les Bas de Saint-Louis, il n'y a ni route, ni voiture. En chemin Alo prévient Man DaI, Madame DaI, sa belle-mère et les voisines; quelques instants après la case d'Anna est pleine de femmes. Les papotages commencent, animés, joyeux. Vingt minutes plus tard les femmes recueillent les eaux et les jettent dans les razié, les broussailles, il ne faudrait pas que quelqu'un en prenne pour faire des pyay, des sortilèges. Madame Jeanne arrive, elle palpe le ventre d'Anna, elle le caresse. Elle est satisfaite, tout est normal. "Patience ma fille, dit-elle, tu seras bientôt délivrée. C'est un gros bébé, ce sera un peu plus difficile, ne t'inquiète pas, tout se passera bien. Force doucement, sans violence". Elle prend de l'huile de karapat et graisse abondamment le conduit, c'est nécessaire pour que l'enflant glisse bien. Tout le monde attend; les commentaires et les langues vont bon train. Alo est nerveux, il va il vient, s'assied près de sa femme, il repart, s'occupe à des petits riens, malgré tout il maîtrise son 13

impatience, ne dit-on pas "trop pwésé pa ka lé jou rouvé", être trop pressé ne fait pas lever le jour. L'ambiance est à la bonne humeur et à la confiance: cette matrone a une grande expérience. De temps à autres, une douleur, plus vive provoque une plainte. Madame Jeanne encourage: "pran ké, a nou fité", prends courage, on lutte. Oui, Anna est courageuse, elle doit souffrir, c'est inévitable, elle le sait; elle ne crie pas. Quand elle souffre davantage elle serre plus fort la main de sa mère. De temps en temps, d'une main experte, la matrone passe un peu d'huile. Enfin, la naissance a lieu. C'est une belle petite fille, elle est byen sorti, c'est-à-dire: elle est très claire de peau. C'est normal, sa mère n'est pas très noire, et son père encore moins. Plus l'enfant est clair, mieux il est sorti, plus il est beau. "Comment l'appellerez-vous? Elle est née le 6 octobre, selon la coutume on devrait l'appeler Bruno, car c'est le nom marqué sur le calendrier ce jour-là, mais "c'est le mois du rosaire dit la maman et j'aime beaucoup la Vierge, elle portera le nom de Marie. Toutefois, comme un prénom féminin, pour être beau, doit se terminer par un A, ce sera (Maria) Malia". Le papa est là, un peu marginalisé par le caquetage des femmes, il est tout heureux. Il aurait préféré un garçon, qu'importe, sa petite fille est si belle! Une voisine au caractère acide n'est pas de cet avis, elle fait la réflexion à une amie: makak toujou ka touvé pitit a i bel. Le singe trouve toujours beau son petit. Sans trop le montrer il l'aime à plein cœur, oui, il est heureux. Il avait acheté une bouteille d'anisette Marie Brizard pour la circonstance, tout le monde trinque, les rires fusent, chacun fait son commentaire. Tous se taisent quand Man DaI, solennelle, prend la parole, elle prophétise: "cette fille sera on mal madam, une mâle femme, forte comme un homme, d'une autorité indiscutable. Mon idée me le dit, je ne me suis jamais trompée" . Après avoir baigné l'enfant pour la débarrasser de l'huile, Man Jann dépose délicatement Malia sur sa kaban, sa cabane: un sac de jute recouvert d'un linge blanc bien propre. Autrefois on appelait ainsi le couchage des matelots à bord des 14

grands voiliers de commerce. Alo va enterrer le placenta un peu plus loin dans un endroit isolé. Là encore il ne faudrait pas que quelqu'un en prenne un morceau pour faire des piayes. Man Jann fait remarquer: Malia aura un joli petit lonbrik, un beau petit nombril, bien rond. Il ne sera pas comme celui de Julien: le sien est aussi gros que son poing. Une telle hemie ombilicale n'est pas rare. D'après le médecin, une opération peut refaire un nombril normal. Tout le monde rit. C'est la conclusion et les voisines rentrent chez elles en papotant. A ce moment, selon la coutume, Man Jann fait un souhait: tout vi a ou kenbé rèd, pa moU, toute ta vie tiens bon, ne faiblis jamais. Avant de partir, Man DaI lave les verres, remet de l'ordre dans la maison et va chercher de l'eau à la mare. Les jours suivants elle reviendra aider sa fille. Neuf jours plus tard Man Jann vient percer les oreilles de l'enfant. Ne dit-on pas "il vaut mieux faire cette opération dans le lait de sa mère", pendant que le bébé tête. Anna ne manque pas de lait, chaque fois que l'enfant réclame elle lui donne le sein. Malia est bien vaillante et très éveillée. Man Jann frictionne le lobe de l'oreille pour l'insensibiliser un peu, elle met dessous un bouchon de liège, et d'un geste vif, avec la grosse aiguille d'une broche en or, elle fait le trou. Malia crie un instant et se calme; l'opération a été si rapide. Le bébé pleure encore un peu quand on met un morceau de tige de kapilè, du capillaire noir, dans le trou pour empêcher la cicatrisation de le refermer. Ensuite même opération à l'autre oreille. Que veux-tu, ma fille il faut parfois souffrir pour être belle. L'intervention terminée, Anna offre on sané, une santé, du vermouth, à Man Jann et aux amies, car des voisines sont venues. Il y a si peu de distractions dans cette campagne et, sans le remarquer, les familles vivent une bonne solidarité. La conversation va bon train: Noël approche, les pwa di bwa, les pois d'Angole, ne sont pas en retard. Comme chaque année en octobre, il y a eu deux ou trois gros orages. L'un d'eux a été particulièrement fort. Il y a un pluviomètre au presbytère, le Père dit avoir mesuré le 3 octobre, 154 millimètres d'eau 15

tombés en quatre heures de temps, soit presque mille litres d'eau sur six mètres carrés. C'était le jour de la Sainte-Thérèse. Comme d'habitude les gens étaient venus nombreux, le matin à neuf heures, pour le pèlerinage au fond des Bas, là où le Père Belloc, avec les gens de la section, a construit une petite chapelle de quelques mètres carrés; elle est dédiée à la protectrice du quartier. La messe et la procession s'étaient bien passées malgré le ciel de plus en plus noir. Sitôt les cérémonies terminées, la pluie s'est mise à tomber, très fort. Toutes les ravines furent inondées, plusieurs bœufs ont été noyés. Trois heures plus tard, lors de l'accalmie, les deux pères, le curé de Grand-Bourg et celui de Saint-Louis sont partis. Pour passer à Saint -Germain les chevaux qui les portaient avaient de l'eau jusqu'au poitrail. Au cours des semaines suivantes, il ya eu de la pluie de temps en temps, la terre est bien mouillée, les jardins sont beaux, la fin de l'année s'annonce prometteuse. La récolte sera bonne, nous pourrons vendre beaucoup de pois de bois. "Nous arrivons au temps de l'Avent, dit Anna, nous allons commencer à chanter Noël. Si vous voulez bien, la première réunion sera chez moi". Tous sont d'accord.

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AVANT-NOËL
Le Dimanche suivant, à la tombée de la nuit, les voisins et les voisines arrivent. Il y a quelques hommes car ce n'est pas seulement une affaire de femmes. Les enfants sont là : pour eux c'est une fête, il n'y a dans la campagne que l'animation de la vie journalière. La maison est trop petite mais on se serre, on s'installe à deux sur la même chaise, les enfants sont assis par terre, la place est insuffisante, tant pis, on se serre un peu plus; on est bien ensemble. Tata qui a une bonne voix, tient à la main le livret des chants traditionnels; elle s'éclaire avec une lampe à chis, un lumignon à pétrole, elle imite la lampe pigeon, elle a été fabriquée sur place avec une boîte de lait condensé Nestlé ; les soudures sont faites à l'étain, sans tarder Tata entonne. Chacun chante ce qu'il sait, beaucoup connaissent les couplets par cœur et tous, avec ardeur, reprennent les refrains. Parfois une voix n'est pas bien à l'unisson, des jeunes ont tendance à brailler, mais qu'importe, chacun participe de tout son cœur. On prend d'abord les airs les plus classiques: MICHAUD Michau veillait la nuit dans sa chaumière Près du hameau En gardant son troupeau Le ciel brillait D'une vive lumière JI se mit à chanter Refrain:
Je vois, je vois, je vois, je vois, Je vois, je vois, je vois l'étoile du berger

bis

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Au bruit qu'il fit, Les pasteurs de Judée Tout en sursaut Vinrent retrouver Michaud Auxquels il dit : La vierge est accouchée Sur l 'heure de minuit.

Refrain:

Voila, voila, voila, voila, voila, voila, voila, voila voila ce que l'ange a prédit bis

Sitôt Michau tenniné, elle prend un autre chant: OH LA BONNE NOUVELLE
Oh la bonne nouvelle, qu'on vient nous annoncer Une mère est vierge Un sauveur nous est né.

Refrain:

Et bon bon bon accourons y vite Et bon bon accourons y donc
Tous les bergers enfête

bis

Ont quitté leurs troupeaux Chantantdeschansonneffes Dessus leurs chalumeaux

Refrain:

Et bon bon bon...

Pour Joseph qui admire Ce prodige nouveau Il ne peut que nous dire Voyez comme il est beau 18

Refrain:

Et bon bon bon...

Aussitôt après ils commencent JOSEPH MON CHER FIDÈLE Joseph mon cher fidèle Cherchons un logement le temps presse et m'appelle à mon accouchement Je sens le fruit de vie ce cher enfant des Cieux Qui d'une sainte vie Vaparaître à nos yeux. Dans ce triste équipage Marie allons chercher Par tout le voisinage Un endroit pour loger Ouvrez voisin la porte Ayez compassion D'une vierge qui porte Votre Rédemption Les voisins de Bethléem Dans toute la bourgade On craint trop les dangers Pour donner la passade à des gens étrangers au logis de la lune vous n'avez qu'a loger Le chef de la commune pourrait bien se venger. L'entrain à prendre et reprendre les refrains a parfois l'allure d'un galop, cela met de l'ambiance, tous, contents, participent à plein cœur. Bon bon bon... voila voila voila voila... Sitôt un chant terminé, celle qui a le livret en commence un 19

autre, l'assemblée manifeste une ardeur nouvelle à chaque reprise, tous aiment bien "chanter Noël" ; cette coutume fait partie de la vie marie-galantaise. Voilà plus d'une heure que tous chantent, souvent à tue-tête, les voix faiblissent un peu, le répertoire préféré s'épuise, on arrête. Pendant un petit moment on discute et on blague. "Demain" dit Zélia, "ce sera chez moi" ; tous approuvent et ainsi la coutume ira de maison en maison, jusqu'à Noël. Il n'y a pas de lune, la nuit est très noire, ceux qui vont plus loin allument leur chaltourné, une sorte de flambeau: c'est un tube en cuivre, long d'une coudée, plus gros qu'un manche à balai, récupéré à l'usine ou dans une distillerie. Un bout a été aplati, écrasé à coups de marteau et replié sur luimême pour assurer l'étanchéité d'où le nom de chaltourné ou chaldéviré, selon les lieux, en Guadeloupe. Ainsi, on peut y mettre du gaz, du pétrole. On opercule le haut avec un bouchon en morceaux de sac de jute. Pour l'allumer on penche, les fibres s'imprègnent de pétrole et on approche une allumette. Quand la flamme diminue, on incline de nouveau pour remouiller le bouchon. Éclairée par cette torche, chaque famille, le cœur content, rentre à la maison.

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LÉ ZAVAN
Deux jours plus tard Ala voulait aller lever ses nasses avec compère Zalou mais le temps est très mauvais, les anciens disent: c'est lé zavan, le mauvais temps de l'Avent. Le vent souffle coléreux, en rafales, les vagues se bousculent dans tous les sens, incohérentes, elles se dressent agressives, voudraientelles accrocher les nuages car ils courent bas et s'effilochent peu au-dessus de la mer. Il pleut sans arrêt; tan la pli movè ki movè. En créole la répétition marque le superlatif. Vraiment pour du mauvais temps, c'est du mauvais temps. On ne peut rien faire. Pas moyen de sortir en canot, avec ce temps bouché, on ne retrouverait pas les bouées de nasses. On ne peut aller travailler dehors, on y attraperait la crève. Quoi faire? Ces jours-là, tout le monde reste à la maison, portes et volets fermés à cause de la pluie qui fouette. Les fenêtres n'ont pas de vitres, il fait noir à l'intérieur, on ne peut rien faire: on se couche et on dort. On ne fait pas de cuisine, c'est tout juste si dans la journée on se lève pendant un petit moment pour manger un reste de la veille ou grignoter un peu de pain ou un morceau de kasav, de galette de manioc. On se recouche en espérant meilleur temps le lendemain et on se rendort. Ces intempéries des zavan ne reviennent pas souvent, environ tous les sept à dix ans, d'habitude en décembre; elles se produisent très rarement en janvier, on dit alors Lé zapwé, les après, elles peuvent durer plus d'une semaine. Malgré tout il y a des moments de répit. Justement, le lendemain la mer est encore mauvaise, le vent rageur, mais il ne pleut plus. Ala et son compère prennent leur petit canot, le "Malia", et vont voir si leurs nasses sont toujours là. Ils ont des craintes, souvent la tempête en emporte. Zalou à six nasses douze mailles, en bambou, Ala en a huit. Elles sont mouillées en kanpagn, c'est-à-dire à peu près en ligne, à une centaine de mètres les unes des autres, sur le socle de l'île, par dix ou douze brasses de fond. La présence de chacune est signalée par une bouée, un morceau de bambou d'un 21

mètre environ. Certains les personnalisent avec une marque; cette précaution est à peu près inutile car chacun sait où il a mouillé ses nasses et où sont celles des autres marins. Une longue liane d'oren relie le flotteur à la nasse. Un homme est aux avirons, l'autre saisit le bambou, l'embarque et tire sur l'orin pour relever la nasse, dès qu'elle est près du bord, ilIa bascule dans le canot. Dans une pointe contiguë au goulon, à l'entonnoir par où entre le poisson, il défait sur une quinzaine de centimètres le lien qui maintient le ké, le cœur, le dessus, contre le lantou, la vannerie du pourtour. Il soulève la nasse et par ce trou il fait tomber les poissons dans le fond du canot. Cette ouverture refermée, il bascule la nasse à la mer. Il n'y a pas mis d'appât, la curiosité des poissons suffit pour les faire entrer. Quelquefois cependant les marins mettent un ou deux fruits, une mangue, un corossol ou autre. Ce jour-là, sur quatorze nasses, ils n'en retrouvent que dix, le mauvais temps en a emporté quatre. Ils essaient bien avec une drag, un petit grappin au bout d'une ligne, de tenter leur chance là où étaient les manquantes, ils en accrochent une, mais les autres sont perdues. Aujourd'hui, le fond est trop remué, inutile de se mettre à l'eau pour les chercher, même avec un masque, le plongeur n'y verrait pas à deux mètres. On essayera, peut-être, dans quelques jours, quand le beau temps sera revenu. La pêche a été médiocre, ils ont pris, seulement une douzaine de kilos de poisson. Quand ils arrivent à terre, Alo et Zalou mettent d'abord de côté le court-bouillon pour leur famille; dix, quinze personnes entourent le canot, toutes voudraient un kilo de poisson, mais le panier rond n'est plein qu'aux trois quart. Anna vient d'apporter la balance, la vente commence. Il y a un peu de bousculade, on joue des coudes, car, c'est évident, il n'yen aura pas pour tout le monde. Dommage; quelques femmes partent les mains vides, elles emportent seulement une ombre de rancune contre celle qui s'est faufilée pour passer devant elle. Nous voilà déjà au 20 décembre. Anna profite de l'accalmie pour récolter ses pois de bois. Cette espèce de petits 22

pois, au goût plus marqué, plus sauvage, pousse sur de hautes plantes ligneuses, elles ne dépassent guère deux mètres cinquante. Beaucoup de cosses sont mures à point; elle les prend une à une, elle se dépêche car elle veut tout cueillir avant demain soir. Partout en Guadeloupe, chacun en veut pour le repas de Noël. La vente sera bonne. Noël sans pois de bois n'est pas Noël. Elle a déjà rempli un panier rond, elle rentre à la maison le vider dans un sac et retourne au jardin. En deux jours, elle récolte six grands sacs. Belle récompense pour ses efforts: elle avait beaucoup planté. Justement l'oncle Pierre a besoin d'aller à Grand Bourg faire des commissions. Très tôt le lendemain matin Alo attelle le kabwa, la charrette, de son défunt père avec les deux bèf charèt, les bœufs de charrette, de son oncle: Gamin et Malin, deux bonnes bêtes bien dressées; on dit des bœufs mais en réalité ce sont des taureaux. Un paysan européen serait stupéfait de les voir ainsi employés, sans difficultés; nous disons bien des taureaux, comme bêtes de trait même pour aller en ville! La grand-mère garde Malia. L'oncle Pierre, Alo et Anna se mettent en route. Trois heures plus tard, ils sont arrivés pour vendre la récolte. Alo en profite pour aller au chantyé, à l'atelier, de Monsieur Toto, car il a besoin d'un morceau de chambre à air de voiture. Ce mécanicien répare aussi les roues d'auto. Il lui en donne une, éclatée, irréparable; elle n'a plus de valeur. Bien gentil, Monsieur Toto lui en fait cadeau. Alo va ensuite chez Monsieur Hippolyte. Dans son magasin on trouve des pièces d'auto, de moto et de vélo, du matériel électrique et beaucoup d'autres choses y compris des vitres. Il en demande un morceau, taillé en rond, d'un diamètre un peu supérieur à celui de la chambre à air. La surface est faible, le marchand ne demande que quelques francs. Il a deviné: Alo veut faire un masque pour la plongée sous-marine, aussi lui donne-t-il, en plus, deux morceaux de vieux fil électrique mis au rebut. 23

Debout près de la charrette, sur la place de l'église, Anna. dispose ses pois par 10, en petits tas, ce que l'on prend à deux mains en une seule fois, ce qui fait à peu près la valeur d'une chopin. On appelle ainsi l'instrument de mesure d'un demi-litre, utilisé autrefois par les laitiers de France. Elle vend cinq francs un lot, les clients arrivent, nombreux. Anna rayonne, elle va tout vendre. En moins de deux heures, les six sacs sont vides. Avant de partir elle entre à la pharmacie faire la commission que sa mère lui a demandée: elle achète de l'aspirine et de l'eau de vie allemande. Ce n'est pas un alcool mais un laxatif violent. Comme beaucoup de gens, Man DaI se purge chaque mois mais elle pense avoir besoin d'un traitement plus fort une fois par an. En sortant de là ils vont à la gendarmerie porter une commission à Lili; c'est une voisine, elle y travaille comme "gens de maison". Ce n'est pas le luxe dans cette brigade. Le bureau est un petit boui-boui au rez-dechaussée d'une vieille maison en planches. Depuis longtemps cette construction a mérité la retraite des vieux, mais ne l'obtient pas. Le planton est là, il décolle soigneusement les enveloppes du courrier. Recollées à l'envers elles serviront pour les envois de la brigade; ce sont les consignes. Il n'y a ni radio ni téléphone pour communiquer avec le capitaine qui est en Guadeloupe. Jadis l'île était reliée au "continent", on appelle ainsi les îles principales de la Guadeloupe, par un câble téléphonique sous-marin entre Capesterre Belle eau et la Pointe de Folle-Anse, mais il est hors d'usage depuis de longues années. Un adjudant commande la brigade; il a une case à part, son logement est satisfaisant par rapport aux autres. Les trois gendarmes sont très mal logés. Chacun dispose de deux ou trois petites pièces dans la vieille maison en planches: l'un au rez-dechaussée, les autres au-dessus. Quand une femme balaie à l'étage, la poussière tombe en dessous, chez la voisine, par les fentes du plancher. Si un bébé pisse à terre à l'étage, cela fait du goutte à goutte au rez-de-chaussée. Il y a un seul cabinet pour toute la brigade: un cabanon, dans la cour, avec un seau 24

hygiénique sous une planche percée. Il est prévu dans les consignes officielles de la brigade: chaque matin le gendarme de planton prendra ledit seau (traversera la place de la Mairie) et ira le vider au bord de la mer. Avant de revenir il le rincera. Pour faire cette besogne il n'est pas nécessaire d'être O.P.J. officier de police judiciaire, ni de porter l'uniforme, les gendarmes délèguent leurs pouvoirs: Lili fait ce travail. La saison sèche va commencer, l'eau est rationnée car il n'y a pas d'adduction d'eau pour le village. La brigade n'a qu'une petite citerne de trois ou quatre mètres cubes. La ration est très insuffisante: un seau d'eau par famille et par jour, même pour le gendarme Garreau, sa femme et leurs trois petits enfants. Si vous voulez vous laver, allez à la mer, si vous voulez laver la vaisselle, allez à la mer, de même pour la lessive. Le moteur municipal fournit de l'électricité seulement de six heures à dix heures du soir. Il n'est pas question d'appareils électroménagers ni de congélateurs. Le capitaine toutefois laisse espérer l'envoi d'un petit frigidaire à pétrole, pour toute la brigade; il sera dans le bureau. En ville, quelques gens plus aisés en ont un. Malgré ces conditions de vie, si peu confortables, très proches de celles de la population, l'ambiance est très bonne. Alo et Anna font la connaissance de monsieur et madame Garreau. Celui-ci s'enquiert: "en passant dans votre section je n'ai pas vu de fort et pourtant on appelle votre hameau: VieuxFort. Lili n'a pas su me dire pourquoi". L'oncle Pierre est bien renseigné, il explique: Les premiers Français venus occuper Marie-Galante en 1648 se sont installés là. Ils pouvaient craindre une attaque surprise de Caraïbes ou un coup de main de forbans venus piller à terre pour se ravitailler. Ils ont construit un fort, disaient-ils. C'était une case en gaulettes, couverte de paille, comme la nôtre; elle était entourée d'une palissade de poteaux juxtaposés, rien de plus. Ils n'avaient pas de canon. Ce fort dominait pense-t-on l'embouchure de la rivière Vieux-Fort. Il n'en reste aucune trace. Après le massacre de 1653, la mort de tous les Français de l'île, le gouverneur de la Guadeloupe a envoyé une centaine d'hommes réoccuper Marie-Galante, ils se 25

sont installés à La Savane, là où nous sommes; on dit maintenant Grand-Bourg. Ils ont construit un autre petit fort un peu plus important, il servait d'abri à quelques soldats. Ils ont commencé à dire le Vieux-Fort en parlant du premier village. Intéressés par ces renseignements, comme ils ont bien sympathisé avec les Garreau, ils décident de se revoir. Alo, Anna et l'oncle Pierre, assis sur le kabwé, la charrette, rentrent tranquillement au pas nonchalant des bœufs. L'oncle Pierre aime donner des explications. Il raconte: "les noms des anciennes mesures de capacité du 18ème siècle sont toujours en usage à Marie-Galante. La plus petite c'est la roki, la roquille, il en faut quatre pour faire un litre. Plus grande, la chopine fait un demi-litre. Parfois on disait jadis on chop. Audessus, c'est le po ; dans le pot il y a quatre chopines soit environ deux litres. Cette mesure sert surtout pour le maïs, les autres grains, la farine de manioc et la mouchach, l'amidon. Quelquefois, on l'utilise pour vendre au détail du charbon de bois, parfois jadis on utilisait pour cela un vieux vase de nuit en émail. D'ordinaire, ce charbon se vend en bari. La capacité du baril est celle d'un sac dans lequel l'usine met cent kilos de sucre cristallisé. On utilise aussi à Marie-Galante une autre mesure dont je ne connais pas l'origine, le poban, c'est un tout petit flacon, n'y a-t-il pas le proverbe: fi poban ka soujlé byen, une petite bouteille siffle bien. Des gens utilisent un peu n'importe quelle fiole pour cette mesure, mais, l'étalon véritable, depuis un certain temps, c'est la bouteille de quintonine. On s'en sert surtout pour vendre des liquides précieux comme I'huile de karapat. La lign, elle, s'emploie comme unité de longueur. Cette très ancienne mesure française, est encore en usage pour la largeur des mèches de lampes à pétrole, elle fait environ trois millimètre. Avant la fin du jour, ils sont de retour. Les affaires ont bien marché, ils vont pouvoir fêter Noël et célébrer le baptême de Malia. 26

NOËL - LES SAINTS INNOCENTS
Les méchantes langues disent: "Noël, c'est la fête du cochon et du rhum". Ne retenons pas ce jugement superficiel; il ne correspond pas à la réalité. Bien chrétiens, les MarieGalantais se réjouissent de la naissance du Christ, mais quand on est dans la joie, n'est-il pas normal de fêter? les occasions sont si rares au cours de l'année. Le 24 décembre, tôt le matin, de tous côtés, on entend dans la campagne les hurlements des cochons que l'on égorge. Beaucoup de familles en ont élevé un pour cette fête; selon la coutume ce jour là on doit manger de la viand kochon é pwa di bwa, des pois d' Angole. Bien des hommes savent faire le travail: d'abord saigner la bête et récolter le sang. Les femmes ont prévu des cives, du thym, d'autres herbes aromatiques, des oignons, de l'ail, du piment et du pain pour faire du bouden san, le boudin noir. Elles le font très bien; si elles ne mettent pas trop de piment, il est très bon, mieux relevé que celui des charcutiers d'Europe. Ensuite, les hommes ébouillantent le cochon pour gratter la peau. Ils le pendent, ouvrent le ventre du haut en bas, recueillent les boyaux pour faire le boudin et s'il yen a trop ils feront de l'andouille, très peu savent la faire; ce travail terminé, ils découpent la viande. La famille se réserve une bonne part. Un charcutier d'Europe serait effaré car, ensuite, le reste du cochon est détaillé pour être vendu en portions de un kilo ou d'une livre, sans trop tenir compte de l'anatomie de la bête, il faut bien vendre aussi les os avec la viande! Le soir et le lendemain, la plupart viennent à la messe puis tous fêtent Noël en mangeant du boudin, de la viande cochon et des pois de bois cuits avec du riz. Man DaI a récolté des grozéy, elle en a deux pieds près de sa case. Elles sont très différentes de celles de France; leur nom vient de leur couleur. Elles mûrissent fin décembre; on les récolte pour faire un sirop, mais bien des gens ne peuvent en avoir car la production est très faible. Quand on en a, on le boit pour fêter Noël. Man Dai en a 27

donné une bouteille à sa fille. Bien sûr, après un rude travail et quand on fête, il faut aussi prendre de temps en temps un coup de rhum. On se le sert dans un petit verre, tête en arrière, l'homme se l'envoie au fond de la gorge, et l'avale d'un trait. Aussitôt un verre d'eau calme la brûlure du gosier. Peu de femmes en prennent. Aux abords de chez Alo, un seul homme boit trop et se saoule parfois. Certains boivent plus ou moins, toutefois ils restent dans les limites du raisonnable. Cette année, Anatole est bien privé. Comme tout le monde, il aime son petit sek, son coup de rhum, mais il a eu mal au ventre. Le docteur lui a prescrit une série de piqûres et, dans ce cas, on ne peut pas boire d'alcool, la règle est absolue, tous la respectent. Ce mois-ci, les nuits sont plus fraîches. En janvier, avant le lever du jour, il fait très froid, le thermomètre peut descendre à 17° ou même à 16°. Dès que le soleil brille, la température redevient normale, au moins 24° ou 25° à l'ombre. Attention, Malia est forte mais elle tousse un peu. Rien d'inquiétant, on ne la portera pas chez le médecin, toutefois, sans tarder, Anna lui met un cordon rouge au poignet et un autre à la cheville, c'est une bonne protection contre les maux de poitrine. D'ailleurs Anna porte souvent des sous-vêtements rouges, jamais elle ne tousse et ne craint pas la bronchi!, la tuberculose. Beaucoup de femmes prennent cette précaution, elle est réputée bien efficace. Ces jours-ci avec les fêtes, le travail est moins pressant. Alo en profite pour confectionner son masque. D'abord, avec une lime, il use les bords de la vitre pour qu'elle ne coupe pas le caoutchouc, puis il enlève la gaine du fil électrique et ne garde que le métal. Il en coupe deux morceaux pour faire des anneaux d'un diamètre un peu moindre que celui de la vitre. Il met celleci en place dans le morceau de chambre à air qu'il a coupé, le bord est rabattu sur la vitre elle supporte un anneau de fil électrique. L'autre anneau, passé sur la chambre à air, est placé tout contre l'autre face de la vitre sur le caoutchouc. La fixation peut commencer: en serrant au maximum, avec des morceaux de fil électrique, il relie un anneau à l'autre; ainsi la vitre est 28

solidement immobilisée. Enfin il prend la mesure sur sa tête pour laisser seulement, au delà des oreilles, deux larges lanières de caoutchouc. Il les attache solidement ensemble avec de la ficelle, ainsi le masque tiendra bien sur son visage. Voilà une bonne chose de faite. Le 28 décembre, c'est la fête des Saints Innocents, celle des petits enfants. Quelle belle journée! La plupart d'entre eux ont de beaux habits neufs, une seule fois dans l'année: ce jourlà. Le prêtre célèbre la messe pour eux. Les mamans y viennent avec tous leurs marmots, il est rare que l'un d'eux reste à la maison. Il n'y a pas de transports en commun; on vient à pied; les familles sont nombreuses, les grands frères et les grandes sœurs portent les petits. Les enfants n'ont pas eu de cadeau pour Noël mais, pour leur fête, ce jour-là, presque toujours, les parents donnent un jouet à chacun. Les familles sont pauvres, ces cadeaux sont bien modestes: une poupée bon marché, une trompette, un ballon gonflable qui couine en se dégonflant, un petit tambour ou autre chose. Chacun apporte son jouet et tous ont le droit de s'affirmer dans l'église. Chacun veut faire du bruit pour s'amuser, le brouhaha est indescriptible. Parfois un ballon éclate, des cris et des pleurs s'ensuivent. Des enfants courent dans l'allée, des plus grands essaient de les rattraper; l'un d'eux veut jouer avec la trompette du voisin, petite dispute. Vraiment ce grand rassemblement de l'ensemble des petits enfants de la commune est une bien belle fête. Toute la famille paroissiale est réunie dans la paix et la joie. Pour eux la religion n'est pas une affaire d'intellectuels. A Noël, c'était la fête joyeuse assortie d'un bon repas, le premier janvier, l'ambiance est toute différente: on doit commencer par souhaiter la bonne année au bon Dieu, par mettre les douze mois à venir sous sa protection. A Grelin, une chapelle annexe de la paroisse, le prêtre ouvre l'église à deux heures du matin, ou même à minuit. Bien des gens attendent déjà devant la porte; personne ne parle, on ne se dit même pas bonjour. Le père célèbre la messe peu après. 29

Chacun est venu prier Dieu et allumer deux ou trois cierges. A la fin de la cérémonie, tous sortent et les bonjours joyeux éclatent, on parle, on rit, on s'embrasse, on se souhaite la bonne année. La chaleur de l'amitié est palpable on se sent heureux et fier d'être Marie-Galantais. Tandis que le prêtre descend au bourg, à 6 km 5, il dépasse des groupes de gens silencieux: ils convergent vers l'église. Sitôt ouverte, elle est pleine. Des brûloirs supplémentaires ont été aménagés: en quelques minutes, des centaines de cierges y brillent. A quatre heures du matin, le prêtre célèbre la messe; le recueillement est total, pas un bruit, pas un chuchotement, ni dans l'église, ni dans le bourg. On n'entend que les chants de la cérémonie. Après I'homélie, le Père fait le bilan de la vie paroissiale au cours de l'année passée, il relève le bien comme le mal, sans complexe. Il indique le programme pour l'année à venir, il annonce les orientations pastorales. Et puis, la célébration terminée, là aussi, c'est la sortie, les embrassades et les vœux. L'ambiance est très joyeuse, on rit beaucoup. goumé la té cho : 1951 pa té vlé kité 1952 pran plas à i. Le combat était violent, 1951 ne voulait pas laisser 1952 prendre sa place. Dans la journée, chacun va souhaiter la bonne année aux parents, aux grands-parents, et à d'autres s'ils ne les ont pas vus le matin. Selon la tradition, on ne danse pas cette nuit là, mais la suivante. Sur les Bas, à quatre kilomètres de chez Anna, Tarin a organisé un balle soir du premier janvier. Sa maison est un peu plus grande que les autres, la salle fait à peu près vingt mètres carrés. C'est bien peu, mais qu'importe? Louis joue du violon, Benjamin bat le boula, un tambourin d'un modèle propre à Marie-Galante. Un jeune garçon marque la cadence avec les chacha, des calebasses emmanchées dans lesquelles on a mis un peu de gravier. Un autre avec un bâtonnet de bois dur, racle, en cadence un siap, un nœud de bambou entaillé de nombreuses encoches transversales. La salle est bien petite, on ne le remarque même pas, on s'y entasse, on s'y entasse et on danse, tellement serrés les uns 30

contre les autres, que l'on appelle ces bals toufé tenyen, étouffer les yenyen. Le yenyen est un petit moucheron noir, microscopique, gros comme la pointe d'une épingle. S'il se risquait dans cette salle, il serait étouffé, écrasé entre les danseurs, tellement ils sont serrés les uns contre les autres. Tout le monde s'amuse bien. Les vieilles femmes ne sont pas les moins ardentes pour tourner la valse ronde. Au lever du soleil, chacun rentre chez soi, quelques-uns dormiront toute la journée.

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LE BAPTÊME DE MALIA
Le lendemain Anna va voir le père et lui demande de baptiser Malia. Celui-ci pose d'abord la question "quel âge a l'enfant? "Quatre mois". "C'est déjà beaucoup reprend-il, quand on le peut, il vaut mieux faire baptiser l'enfant peu après sa naissance". Anna est d'accord sur le principe, elle répond: "oui, mais nous n'avions pas l'argent pour faire le minimum de dépenses inévitables; c'est la vente des pois de bois qui me permet de venir aujourd'hui". Ils se mettent d'accord pour le célébrer le troisième dimanche de janvier. "Le prêtre répond:
"vous viendrez dimanche prochain avec le papa, le parrain et la

marraine pour la réunion de préparation". Pauvre père il s'est trompé. Heureusement il s'en aperçoit et il corrige: "non, dimanche qui vient", car, dimanche prochain ce n'est pas le plus proche à venir, mais le suivant. Le premier dimanche de janvier, après la grand-messe, les gens convoqués pour les quatre baptêmes sont à l'église. Tout se passe bien. Un parrain n'est pas là. Il habite à Pointe-à-Pitre, il doit être à la réunion dans sa paroisse, il apportera un certificat. Quinze jours plus tard, toute la famille vient à la messe de huit heures, ils se préparent ensuite chez Anita, la grande sœur d'Anna. Lucien doit être le parrain, c'est le jeune frère d'Alo, un garçon sérieux, travailleur, il fait honneur à ses parents. Il met un pantalon neuf, sa chemise blanche, une cravate et sa veste. Martina, une petite sœur d'Anna est marraine. Elle aussi, belle jeune fille de dix-sept ans, fait plaisir à voir mais surtout elle réjouit le cœur de sa maman, car elle est aussi sérieuse que travailleuse. Martina est toute heureuse, c'est la première fois qu'elle est marraine et, mieux encore, de Malia, une petite fille qui promet. C'est certain Man Dall' a dit, elle ne se trompe pas. Anna et Ala revêtent leurs habits du dimanche. Laïla, la mabon, la "bonne", celle qui doit porter le bébé, enfile un très beau costume créole, la robe aux couleurs vives, retroussée et retenue à la ceinture pour laisser voir le jupon 32

brodé, amidonné, resplendissant de blancheur. Laïla est une excellente amie de la famille. Anna aurait bien voulu la choisir comme marraine mais les lois de l'église, encore très strictes, ne le permettent pas: elle a plusieurs petits enfants sans être mariée. Elle est "en ménage", comme on dit, et, qui plus est, avec un homme marié séparé de sa femme. Malgré tout, être mabonne crée avec l'enfant un lien tout aussi fort que d'être marraine. Elle a mis ses deux grandes chaînes en or, ses belles boucles d'oreille, un large bracelet. Un Blanc qui passe par là, est éberlué: comment se fait-il qu'une pauvre femme de la campagne ait des bijoux d'une si grande valeur? Un orfèvre parisien serait époustouflé en soupesant tout cet or. Laïla lui explique: "Mon grand-père était parti en Guyane vers 1780 comme chercheur d'or. Il vivait dans la forêt sous un karbé, un abri de fortune, près d'une krik, en Guyane on appelle ainsi les ruisseaux. La vie dans les bois était très dure. Il devait, à longueur de journée mettre de la terre dans la battée, un cône en fer assez plat, la mouiller et enlever les pierres a force de le faire tourner, évacuer l'eau boueuse pour récolter, en fond, un peu de poudre d'or et quelquefois des pépites. Pour survivre les orpailleurs achetaient quelques denrées aux colporteurs qui passaient de temps à autres. Il n'était pas question de monnaie, on payait en grammes d'or. A force de travailler, il a pas mal réussi, mais les conditions de vie étaient trop dure. Il pleuvait souvent. S'il restait à l'abri, au sec, il ne gagnait rien, s'il sortait travailler, tout mouillé, il risquait fort d'attraper la crève. C'est ce qui est arrivé à son frère qui était avec lui. Voyant qu'il allait mourir, mon grand oncle lui a dit: "Tu trouveras mon or dans deux bouteilles, une est pleine de pépites et l'autre de poudre, elles sont enterrées à moins d'un mètre au nord de l'entrée de mon carbet, tu les rapportera à ma femme". Peu après, mon grand-père a creusé un trou, près de là, il y a enterré son frère. Selon la coutume, il a mis une bouteille vide pour marquer l'emplacement de la tombe. La nuit suivante, mon grand-père a réfléchi: je trouve de l'or, c'est vrai, mais je mène une vie trop dure. Je risque de 33

mourir ici, loin de ma femme et de mes enfants, d'être enterré, comme mon frère, sans passer par l'église, sans recevoir la bénédiction du prêtre. Quand je vais mourir je veux être mis dans un cercueil et avoir mon enterrement à l'église. Non, je ne peux pas rester dans cette forêt. Il est revenu à Marie-Galante. Avec une partie de son or, en passant à Cayenne, il a fait faire, pour sa femme, ces deux chaînes, ce bracelet et les boucles d'oreilles. Comme l'or ne valait pas cher, le joaillier n'a pas lésiné sur le poids. Ces bijoux se transmettent de mère en fille. Anna, elle, n'a pas de bijoux. A la mort de sa mère elle en aura. En attendant, elle se contente d'un ancien bijou créole de peu de valeur: deux petites pièces en argent, reliées par une courte chaînette, le bijoutier les a prises au hasard. L'une, d'un demifranc, est à l'effigie de Napoléon III, l'autre, de même taille, à celle de la reine Victoria. Elle les passe dans deux boutonnières pour fermer le haut de son corsage. La mabonne porte fort bien son costume de matador. Dans ses bras Malia est bien sage, malgré tout, pour plus de sûreté, comme le prêtre l'a recommandé pendant la réunion préparatoire, Anna tient en réserve un biberon d'eau sucrée. Le papa et la maman sont tout émus: le baptême de leur premier enfant, leur Malia chérie. La célébration se déroule très exactement comme prévu par le cérémonial. Un détail à noter cependant: Malia est très sage, elle dort pendant que le prêtre verse de l'eau sur son front. Or quelques personnes disent, allez savoir pourquoi? "non, c'est mieux si l'enfant est réveillé à ce moment là". Il arrive que la mabonne pince l'enfant pour lui faire mal et le forcer à ouvrir les yeux, voire à crier. Laïla ne s'arrête à ces bêtises là. Le baptême terminé, les enfants sont réunis devant l'autel de la Vierge et le prêtre prononce officiellement leur consécration au Cœur Immaculé de Marie. Anna est heureuse, elle aime tant la Vierge, cette consécration sera une très bonne protection pour sa fille tout au long de sa VIe. On rentre chez Anita, on boit on santé, Malia, insatiable prend une grande tétée de fête. Man DaI et l'oncle Pierre sont 34

là ; très joyeux. Tous mangent ensemble. Quelle heure est-il? Sans doute deux ou trois heures, peu importe. Pour la circonstance, Anita leur a préparé du poulet. Ils en mangent si rarement! Quand on élève des poules, la plupart du temps, on ne les mange pas, on les vend pour avoir la monnaie nécessaire à l'achat des produits indispensables que l'on ne peut produire: du sucre, de l'huile, du riz, du sel, du pétrole, des allumettes. En fin d'après-midi, les festivités terminées, chacun rentre chez soi, le parrain reconduit la marraine chez sa mère. Selon la coutume, il lui offre un modeste cadeau: un petit flacon de losyon, du parfum. Il est enveloppé dans un joli papier multicolore. Un lien spirituelles unit désormais, ils s'appelleront compère, commère. Tandis que l'on rentre à Vieux Fort, l'oncle Pierre raconte: quand les Français sont arrivés en Guadeloupe en 1635, ils furent en très bon terme avec les Caraïbes. Des Français en prirent en amitié spéciale. Cette entente particulière se manifestait surtout par une préférence pour les trocs. En général, ils étaient très fidèles à ce lien et ils s'appelaient mutuellement compère, mon compère, même le gouverneur avait son compère Caraïbe. Ce nom est resté pour les liens spirituels dus aux circonstances.

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LES PARASITES INTESTINAUX
Trois jours plus tard tout le voisinage est au courant: Lita, la petite fille de Maryse, est fort mal. Depuis plusieurs semaines, cette enfant de deux ans maigrissait de plus en plus. Ces jours passés, elle ne tenait plus debout. Maintenant elle est là, sur le lit de sa mère, elle n'a même plus la force de bouger. Les voisins et voisines l'entourent, tous le voient, l'enfant est perdue, ils essaient d'encourager la pauvre maman. Tout à coup, Lita s'agite un peu, on dirait qu'elle a envie de vomir, mais oui, son corps se contracte, elle essaie, elle y arrive à peine. Horreur! elle vomit des vers blancs, gros comme des crayons, des ascaris. On essaie de l'aider, mais en vain, elle n'a plus la force de les expulser, elle meurt étouffée par le paquet de parasites intestinaux qu'elle n'a pu vomir. En parlant avec un ami, l'oncle Pierre se désole: trop d'enfants meurent tués par les vers. En 1952, le curé de SaintLouis a fait quarante cinq enterrements dont vingt et un de petits enfants, morts de kriz vé, de "crise de vers". C'est un peu la faute des gens, dit-il. Les parents devraient remédier... Quand un enfant faiblit on doit lui faire prendre des té, des tisanes, de sémén kontra, cette plante est commune, tout le monde la connaît, c'est un chenopodium. Les fabricants de remèdes s'en servent pour faire des capsules que l'on vend, en pharmacie, contre les vers intestinaux. On met aussi dans ce jidèm, cette préparation, de l'aloès, de l'huile de ricin et du gros sel. Anna est attentive, elle retient la leçon: quand Malia sera un peu plus grande, de temps en temps elle lui donnera des té sémèn kontra. D'ailleurs, plus d'une maman en donne à ses enfants. La veillée mortuaire est calme. Bien sûr, la famille a mis du rhum à la disposition des hommes. Ils viennent nombreux mais chantent et blaguent peu. Des femmes prennent une petite bwason, une boisson, c'est-à-dire une liqueur alcoolisée. Beaucoup se contentent de café. Dans la chambre, des femmes 36

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