MATÉRIAUX POUR UNE HISTOIRE CULTURELLE DU BRÉSIL

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Au Brésil, l'histoire culturelle est soumise depuis peu à une poussée très dynamique et représente un terrain fécond pour les études à venir. Historiens et littéraires, brésiliens et français, conjuguent leurs regards pour revisiter ensemble, à travers le prisme culturel, les paysages et les villes du Brésil, la circulation des hommes, leurs discours ou leurs chants.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296385054
Nombre de pages : 160
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Matériaux pour une histoire culturelle du Brésil
Objets, Voix et Mémoires

L'Amérique aux éditions

latine

L'Harmattan

Collections spécialisées

Recherches Amériques latines: documents universitaires, travaux de recherches, toutes disciplines confondues. Une série spécifique Brésil existe au sein de cette collection. Documents Amériques latines: témoignages, enquêtes, sources, textes classiques en sCiences humaines ou sociales. Horizons Amériques latines: collection d'ouvrages de synthèses accessibles à des nonspécialistes. L'Autre Amérique: textes littéraires en traduction française ou en version bilingue.
Derniers titres parus en dernières pages...

En couverture: rue traditionnelle de Salvador de Bahia, monument à l'empereur Dom Pedro 1er à Rio de Janeiro, femmes bahianaises.

1999 ISBN: 2-7384-7706-2

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Ouvrage dirigé par Katia de Queirôs Mattoso, Idelette Muzart Fonseca dos Santos et Denis Rolland

Matériaux pour une histoire du Brésil

culturelle

Objets, Voix et Mémoires

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Cet ouvrage est le fruit d'un séminaire du Centre d'Etudes sur le Brésil qui s'est tenu au cours de l'année 1996-1997, dans le cadre des activités de recherche du Centre et de la chaire d'Histoire du Brésil, de l'Université de Paris - Sorbonne (paris IV).

Ont collaboré à cet ouvrage:

Eva Alterman Blay, Paulo Knauss, Marieta Morais Ferreira, Idelette Muzart Fonseca dos Santos G16ria Pondé, Jeanine Potelet, Katia de Queir6s Mattoso, Denis Rolland, Gilda Salem Szklo

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Sommaire

Présentation Première partie: Des objets revisités L'histoire culturelle et les relations internationales: propositions

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Inégalités socioculturelles au Brésil à la ftn du XIXe siècle: Salvador da Bahia vers 1890 L'espace brésilien dans les récits des voyageurs de la première moitié du XIXe siècle Imagerie urbaine et civisme: murs et places de Rio de Janeiro et
Niterôi. . .. . .. . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . .

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37

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Deuxième

partie : Voix et mémoires 75

Voix et discours de la mémoire: recherches en littérature orale Défts et dilemmes de l'histoire orale au cours des années 90 : le cas du Brésil Présence des Juifs dans le Brésil contemporain (1890-1940) : l'exemple des Juifs d'Amazonie.......................................... Mémoires juives à Rio de Janeiro: art narratif et histoires de vie.... L'oralité dans la poésie contemporaine enfants
Le Centre d'Etudes sur le Brésil

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107 129

brésilienne: poèmes pour . 145 156

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Présentation

L'historien, éternel recycleur de traces et de matériaux qu'il récupère dans le passé, reste cependant, quelle que soit sa spécialité, libre du choix de ses sources. Or, dans les Matériaux pour une Histoire Culturelle du Brésil, ici rassemblés, se rencontrent des textes qui, en écho, se répondent parce que tous posent avec acuité et perspicacité le problème des sources que chaque auteur se choisit. Ainsi, dans une première partie, les objets sont, en apparence, déjà décrits: paysages de vastes espaces, villes parcourues par voyageurs ou promeneurs habitant la cité, paysages sociaux aussi, lorsque la lecture historienne s'est voulue socioculturelle. Mais, revisités par des historiens d'aujourd'hui, ils brillent d'une intelligence nouvelle. Une seconde partie observe et analyse la circulation des hommes se racontant, chantant ou discourant: et là, la recherche tente d'expliquer comment ces mémoire et ces voix peuvent devenir matériaux d'histoire. Les transitions méthodologiques clairement explicatives utilisent le relais de trois articles: celui d'ldelette Muzart Fonseca dos Santos, « Voix et discours de la mémoire: recherches en littérature orale », celui de Marieta Morais Ferreira sur les défis et dilemmes de l'histoire orale dans les années 1990 brésiliennes et, enfm, celui de Denis Rolland, sur les liens entre histoire culturelle et relations internationales. Ainsi, les articles, produits de recherches historiennes ou littéraires, qu'ils se fondent sur la tradition orale ou qu'ils semblent la négliger, finalement se rejoignent dans une identique recherche de crédibilité. En effet, ce qui a été dit devient plus crédible lorsqu'il a rencontré l'écrit qui 7

le vérifie; une autre couleur a été donnée par le discours à une histoire de faits et gestes dans la belle mais périlleuse souplesse d'un va-et-vient où les réponses orales ont été orientées, une première fois lors du recueil et une deuxième fois, à l'évidence, par l'auteur de la recherche: double pesée qui, peut-être, rassure. De toutes façons, une riche multiplication de sources est progrès dans la connaissance et dans l'authenticité des interprétations. La critique des textes anciens nous l'avait déjà enseigné. Il reste que le chercheur lutte aujourd'hui contre l'utopie de la cueillette facile. Il sait opposer mémoire individuelle et mémoire collective, il sait analyser mieux qu'autrefois la survie des mythes et la ténacité des faits: les études d'histoire religieuse ou celle sur la poésie enfantine, qui sont présentées ici, le montrent à l'évidence. S'agit-il de dédoublement des méthodes? Même pas, car toujours il s'agit de complémentarité

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DES

OBJETS

REVISITES

L'histoire culturelle et les relations internationales: propositions!

Denis Rolland Centre d'études sur le Brésil Institut universitaire de France Université de Rennes 2

En France, l'histoire culturelle, issue de la Nouvelle histoire et de l'histoire des mentalités, est une histoire jeune, encore lacunaire, mais à la bibliographie déjà densément peuplée. Au Brésil, l'histoire culturelle, bien que soumise depuis peu à une poussée très dynamique, comme l'a manifesté la publication des volumes de l'Historia da vida privada no Brasil2, représente encore un terrain extraordinaire pour les études historiques à venir3, à la mesure de l'espace national. Les travaux publiés sont encore en nombre réduit. Et, si l'on considère spécifiquement l'histoire des relations culturelles internationales du Brésil, le champ est encore plus ouvert: depuis les travaux de Gerson Moura sur les Etats-Unis4, peu de livres ont été publiés. L'avenir est cependant
1 Ce texte a été formulé et rédigé avant la publication de l'ouvrage sous la direction de Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, Pour une histoire culturelle,Paris, Seuil, 1996. Et aforliori avant la publication du tome IV de l'Histoire culturellede fa France (1998) ou du livre de Roger Chartier, Au bord de fafalaise, l'histoireentre certitudeset inquiétudes,Paris, Albin Michel, 1998. Il n'a été repris que sur quelques détails, à la lueur de ces deux dernières publications. 2 Mais elle évolue autant dans le champ de l'histoire sociale ou économique que dans celui, spécifique, de l'histoire culturelle (Fernando A. Novais, dir., HistOria da vida privada no Brasil, Sào Paulo, Companhia das Letras, 1997). 3 Beaucoup de travaux sur l'identité brésilienne ont apporté leur pierre à l'histoire culturelle, sans en procéder: que l'on pense, par exemple, aux écrits de Gilberto Freyre. 4 Gerson Moura, Autonomia na dependência,a polilica externa brasileira de 1935 a 1942, Rio de Janeiro, Nova Fronteira, 1980; G. Moura, Sucessose I/usiies,' R8façiieslnternacionaistkJ 11

prometteur: même si elles ne concernent pas toujours le seul rapport à l'étranger, les études en cours sont nombreuses et le chantier ouvert. Cet exposé se limitera à trois remarques. L'histoire culturelle est une discipline récente dont il est aisé de percevoir le moment d'individualisation dans le cadre de la recherche universitaire. Ce sera là notre première remarque. Dans un ouvrage récent, Roger Chartier constate que « dans les années 1960, l'histoire culturelle émerge comme le domaine le plus fréquenté et le plus innovateur de l'histoire »5. Pourtant, en France, au temps de l'institutionnalisation de la Nouvelle histoire, l'histoire de la culture n'était pas nominalement accueillie: ni la table, ni le dictionnaire du gros ouvrage, qui servit à sa manière de manifeste en 1978 6, ne donnent une place propre à la culture, comme objet isolé d'histoire. Au terme culture, on préfère alors clairement celui de « mentalité». Il y a moins de vingt années donc, si l'on n'en est plus tout à fait au vocable de « civilisation» chez ces héritiers de l'Ecole des Annales, Economie, Sociétés,Civilisations,on est encore gêné par le terme de culture. Sous une dénomination spécifique, le champ a donc été ouvert plus récemment. Une évolution en témoigne. Roger Chartier participait à ce volume sur La nouvelle histoire, peu disert sur le thème « culture» au sens où il est admis aujourd'hui; quelques années plus tard, en 1986, il rédige le chapitre intitulé « Histoire culturelle» de L'état des sciencessociales en France 7. Parallèlement, c'est entre 1985 et 1988 que sont publiés les volumes de l'Histoire de la vie privée, qui traquent le culturel dans sa familiarité domestique et secrète. Surtout, dans le volume 3 de Faire l'histoire (1986, sous la direction de Jacques Le Goff et Pierre Nora), tous les objets sont culturels! Comme pour certains ouvrages déjà cités, la table des matières manifeste alors deux caractéristiques de la genèse de l'histoire culturelle: souvent, l'élan vient d'historiens non-spécialistes d'histoire contemporaine; et, à l'origine, l'apport indigène dans l'épistémologie et les méthodes fut très faible, cette histoire devant plus ses renforts théoriques aux sociologues ou aux esthéticiens. L'avènement
Brasil durante e apos a Segunda Guerra mundia!, Rio de Janeiro, Fundaçào Get\ilio Vargas, 1991 ; G. Moura, Tio Sam chega ao Brasi!, A penetraçào cultural americana, Sào Paulo, Brasiliense, 1985. 5 Roger Chartier, op. cit. p. 40. 6 Publié en 1978, sous la direction de Jacques Le Goff, Roger Chartier et Jacques Revel, et traduit plus tard au Brésil. 7 Marc Guillaume (dir.), L'état des sciencessocialesen France, Paris, La Découverte, 1986.

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officiel, la reconnaissance universitaire est, peu après, aisément datable, fournie par un sacrement: au concours de l'agrégation en 1988-1989, le thème de la question d'histoire contemporaine est strictement culturel8. Certes, les contestations demeurent: cette naissance n'est nullement décontextualisée ou extérieure à certains débats idéologiques liés aux définitions en France du terme de culture. Ainsi, Michèle Cointet, en introduction de son cours d'agrégation d'histoire en 1988, exprimait ses doutes sur ce concept, « vaste et flou» : « Le dernier fleuron de la conquête est l'histoire culturelle, promue à la dignité scientifique par la crise actuelle de civilisation. La civilisation moderne préfère aborder les problèmes contemporains sous le signe de la culture plutôt qu'en termes politiques qui évoquent trop crûment le jeu du pouvoir ».9 L'évolution a toutefois été rapide et la discipline s'est fortement installée dans les structures universitaires françaises. Georges Duby, prophète en son pays, écrivait dès 1969 - mais son texte paraît bien plus d'actualité lors de sa réédition en conclusion (<< envoi ») d'un ouvrage récent (1996) : « Il n'existe plus aujourd'hui en France un historien [...] qui hésite à considérer comme de son propre domaine tout ce que nous appelons
culture» 10.

Au Brésil, dans une école historique fort à l'écoute de ce qui se fait en France, en particulier du côté de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et des Annales (mais, peut-être plus encore, des écoles nord-américaines: certains travaux cariocas préciseront cela prochainement) la publication déjà mentionnée de l'Historia da vidaprivada
8 Histoire culturelle de la France, 1919-1958. 9 Michèle Cointet, Histoire culturellede la France 1918-1959, Paris, SEDES, 1989, p. 7. Dans les années 1980, les enjeux politiques ou idéologiques se mêlent fréquemment au discours de l'historien (surtout pendant la cohabitation): contre le tout culturel ~'élargissement du champ culturel par la respectabilité des arts dits mineurs comme la musique, le cirque, la photographie, la danse, par l'intégration des « industries culturelles» dans le champ culturel, ainsi la mode, la publicité, le design...) de Jack Lang, contre la culture érigée en impératif culturel (avant d'être ministre de la Culture, Jack Lang avait été secrétaire national à l'action culturelle du Parti Socialiste de 1979 à 1981). Cf. l'ouvrage fondamental et polémique de Marc Fumaroli, L'Etat culturel, essai sur une religionmoderne, Paris, Fallois, 1991. 10 « L'histoire culturelle», in Jean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli, Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1996, p. 428. Le texte original date de ... 1969 (Revue de
l'enseignement supérieur, n° 44-45, 1969).

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(1997 pour le volume sur le XIXe siècle) marque à l'évidence une date significative, au moins dans l'aire de l'édition. La deuxième remarque constitue le centre de cet exposé. Un bon évaluateur du développement de l'histoire culturelle, à moyen terme, est le très volumineux rapport sur L'histoire culturellede la France contemporaine, bilans et perspectivesde la recherchedirigé par Jean-Pierre Rioux, demeuré inédit11. Certes, ce rapport de 1987 a vieilli: les recherches en histoire culturelle ont connu une véritable explosion en France durant les quinze dernières années. Mais, en l'absence d'ouvrage équivalent à celui dirigé par René Rémond pour l'histoire politique (Pour une histoire du politique, Seuil), jusqu'à la fin de 1996, c'était le seul « tour» de la question existant. L'auteur de ce rapport liait l'émergence de l'intérêt pour l'histoire culturelle au « nouveau cours des attitudes de production et de consommation culturelles »12, aux conséquences de la décentralisation qui implique une réflexion sur la capacité des institutions culturelles à accueillir la nouveauté, à l'élaboration plus fouillée des politiques culturelles... mais aussi au débat, à l'orée des années 1980, sur la pensée calculante, sur l'adjectif « culturel »... Le plus utile, pour le présent exposé, est la typologie utilisée: elle distingue des secteurs « pourvus d'instruments de repérage », des « nouveaux champs» ou « openfieldsbien carrés où la récolte est prometteuse» et des « zones embroussaillées ». Nous la reprendrons ici, en suggérant quelques pistes de recherche, à suivre aussi bien depuis la France que depuis le Brésil, dans l'aire des relations culturelles internationales - une aire totalement ignorée ou oubliée dans ce rapport. Pour la France, Jean-Pierre Rioux distingue d'abord des secteurs « pourvus d'instruments de repérages» : c'est-à-dire des domaines de l'histoire culturelle ayant suscité de nombreuses recherches, disposant le plus souvent de synthèses publiées et, parfois, de revues spécialisées. Ainsi et sans conteste à cette date, l'histoire de l'éducation, l'histoire des idées politiques13, l'histoire de la presse, l'histoire des intellectuelsl4,

11 Jean-Pierre Rioux (dir.), L'histoirel culturelle de 10 France }ontemporaine, bilans et perspectives de 10 recherche, document multigraphié, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, 1987. 12 Jean-Pierre Rioux (dir.), op.cit. p. III. 13 De Jean-Jacques Chevalier et Jean Touchard des idées politiques, sous la direction de Pascal Ory. à la publication de la Nouvelle histoire

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l'histoire du religieux - toutes disposant de synthèses notables15; l'histoire littéraire16 ; enfin, plus complexe parce qu'inégalement travaillée à la date du rapport, l'histoire artistique17. Parce que cela apporterait autant à l'infinie recherche sur l'identité qu'à une histoire des relations internationales du Brésil encore souvent proche de l'histoire diplomatique18, certains travaux paraissent particulièrement nécessaires, pour le Brésil et la thématique (accessible aux chercheurs des deux côtés de l'Océan) de l'histoire des relations culturelles internationales: ainsi, une histoire des enseignements étrangers au Brésil, des langues étrangères au Brésil, de la formation des Brésiliens à l'étranger; une histoire de la question des modèles politiques étrangers (sous une forme autre que géographiquement ou chronologiquement ponctuelle), de leurs acteurs, étrangers ou nationaux, des stratégies d'exportation et d'importation; une histoire, faite par des historiens, de la formation et du développement de la littérature nationale brésilienne, des liens littéraires internationaux à commencer par ceux des académiciens; une histoire de la presse ou des presses étrangères, de ses relations avec l'Etat (censure.. .), une histoire de l'intérêt pour l'étranger dans la presse, en particulier ailleurs que dans les 'capitales' Rio ou Sào Paulo, de la « communication» extérieure des colonies étrangères; une histoire typologique des liens des intellectuels, de leurs positionnements et de leur réflexion vis-à-vis de l'étranger; une histoire des congrégations étrangères, catholiques ou protestantes au moins, de leur rôle dans l'enseignement national, général ou professionnel, dans la formation des élites,
14 Notamment

avec les travaux

de Pascal Ory et de Jean-François

Sirinelli et l'article

de ce dernier dans Vingtième siècle, Revue d'histoire en janvier-mars 1986, « Une histoire en chantier, l'histoire des intellectuels ». 15 Depuis, au moins, les travaux de Bernard Plongeron, La religion populaire, Paris, Beauchesne,1976. 16 Avec Clément

Moissan,

Qu'est-ce que l'histoire littéraire, Paris, PUF,

1987 et Antoine Peinture et société,

Compagnon, La Troisième Ripublique des Lettres, Paris, Seuil, 1983. 17 Pierre Vaisse, La Troisième Ripublique des peintres, Francastel,

Gallimard, 1965, Gérard Vincent, « L'historien face au tableau », Le Mouvement social, 131, avril-juin 1985. 18 Signalons cependant le projet Brésil - Portugal (Tania Bessone, Maria da Cruz Ferreira, UERJ), dans le cadre de la commémoration de la Découverte (Relations culturelles publiques et privées du Brésil avec le Portugal, la France et l'Espagne, 1808/1922).

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une histoire - aussi politique que culturelle - des relations entre Eglises et Etat; une histoire des relations artistiques, à commencer par le lien Brésil-Portugal (après Gilberto Freyre, la mise en route de travaux n'a pas été aussi rapide qu'on pouvait l'espérer, mais l'approche des célébrations du Cinquième centenaire de la découverte de Cabral a commencé à porter ses fruits), à continuer, peut-être, par l'examen du vieux topos des relations entre Brésil et France, parfois décrit, peu
étudié

-

hors

hagiographie

régulière

-

d'un

point

de

vue

historique et comparé. . . Bien sûr, une histoire des représentations de l'étranger au Brésil, du XVIIIe au XXe siècle, incluant le regard sur l'émigrant, manque également. Sur beaucoup de ces thèmes, la synthèse manque aussi en France. Après ces secteurs pourvus, en France, « d'instruments de repérage », le « rapport Rioux» énonçait en 1986 des « nouveaux champs », des « openfieldsbien carrés où la récolte est prometteuse» : de fait, l'histoire des institutions et des politiques culturellesl9, l'histoire du mécénat, de la culture d'entreprise sont très lacunaires; l'histoire de l'Association française d'Action artistique - AF AA - ou de l'Action culturelle - Œuvres puis DGRCST - en France ont beaucoup de difficultés à sortir des sentiers erronés de l'hagiographie; l'histoire des musées, du livre, de la lecture, de la musique (des histoires qui ont beaucoup progressé ces dix dernières années). Au Brésil, l'histoire de l'Itamaraty, le ministère des Affaires étrangères, mériterait qu'on s'y arrête un peu plus longuement (ses institutions, son déploiement, ses recrutements, ses carrières, son rapport avec les autres ministères, mais aussi son rapport aux intellectuels2o, aux artistes...) ; entre autres institutions de contrôle culturel, le trop fameux DIP de Getûlio Vargas (département de la presse et de la propagande) et

19 Mais l'histoire des théâtres, pendant et après la Troisième République, est encore incomplète, tandis que l'histoire des politiques culturelles attend la synthèse annoncée, depuis quelques temps déjà, par Pascal Ory. 20 Il existe ainsi à Brasilia, pour les années du gouvernement militaire et, en particulier pour l'Europe, certains dossiers qui mériteraient d'être exploités.

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