MIANDRIVAZO (Madagascar)

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Miandrivazo est un ancien village de colonisation devenu une agglomération populeuse, capitale du Menabé, à Madagascar. Des familles de pionniers y ont souffert pour transformer une terre pauvre et hostile en un oasis de prospérité. Aujourd'hui les colons sont partis, certains victimes du paludisme, d'autres chassés par une évolution politique commune à bon nombre de pays colonisés. Dorénavant, le développement de la région repose sur l'énergie et le dynamisme naturels des populations de l'Ouest malgache.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296176553
Nombre de pages : 288
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LA SAGA DES VINCENT
Tome II

L'auteur
Je suis né en 1924 à Agen où mes parents s'étaient établis en 1922 après leur mariage à Saint Cloud d'Algérie. Ma mère était la petite-fille d'Amélie Vincent. Elle était née en 1892 et avait perdu en 1899 son père, sa mère, ses deux sœurs et la sœur de sa mère dans l'épidémie de choléra qui ravagea l'Est de l'Oranie. Ma mère avait conservé une petite propriété à Hadji Yakoub où elle nous emmena plusieurs fois, l'été, pour des vacances familiales. Durant toute sa vie, elle ne jura que par l'Algérie et entretint une abondante correspondance avec les Vincent et leurs alliés d'Algérie. J'ai fait mes études à Agen et suis parti à Paris suivre les cours de la Faculté de Droit et de l'Ecole Libre des Sciences Politiques. En 1947, j'ai été engagé aux Etudes Financières du Comptoir National d'Escompte de Paris (C.N.E.P.) où j'ai pu achever ma thèse de Doctorat. En 1949, le Comptoir me nommait Fondé de Pouvoir dans ses Agences de Madagascar. En 1951, j'étais envoyé en mission en Inde pour une étude du Premier Plan Quinquennal indien. Je collaborais à la Revue Australian Economics et rejoignais sa direction à Melbourne. De retour à Paris en 1953, je contactais la Banque Ottomane et fus engagé par sa filiale, la Banque de Syrie et du Liban (B.S.L.). M'étant marié entre-temps, nous partions nous installer à Beyrouth. De 1954 à 1961,je participais aux tournées d'Inspection de la Banque, en Syrie et au Liban. En 1961,la B.S.L. était nationalisée en Syrie. Je restais au Liban pour poursuivre la séparation des Départements Institut d'Emission (LE.) et Commercial. En 1964, à la fin du Privilège d'Emission de la Monnaie Libanaise de la B.S.L., le Département LE. devint la Banque du Liban et le Département Commercial fut pris en charge par la Société Nouvelle de la Banque de Syrie et du Liban (S.N.B.S.L.) sous le contrôle de la Banque Ottomane et de Paribas. J'ai été successivement Directeur GénéralAdjoint puis Directeur Général de cette Banque. J'en suis actuellement Administrateur.

Du même auteur
La Bourse de Beyrouth, ICB, Beyrouth 1957 Quarante ans de vie au Liban, FMA, Beyrouth, 1996.

Roland PRINGUEY

MIANDRIV AZO

(MADAGASCAR)

La saga des Vincent
Tome II

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

-FRANCE

L'Harmattan, Inc. S, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

La Saga des Vincent est le roman d'une famille vu à

travers la vie de ses membres et leurs relations avec les
familles auxquelles ils ont été alliés. Les noms et prénoms de plusieurs personnages ont été modifiés sans que cela n'affecte leurs personnalités. Certaines dates concernant les évènements de leur vie sont parfois imprécises, la marge d'erreur ayant été, autant que possible, réduite. Les évènements historiques sont souvent interprétés, surtout dans les dialogues.

La saga des Vincent compte 3 volumes: - St Cloud d'Algérie - Miandrivazo (Madagascar) - Le Jonction Bagdad En couverture 1 : Oda et Gina, les petites Ramatoas. Couverture 4: Vincent Sabla (à gauche) et Dominico Sébastiani dans la plantation Payet- Vincent de Miandrivazo (1951).

@ L'Harmattan 2001 ISBN: 2-7475-0360-7

A Irène et Anna

Ni kabary ni sa kafo (Le bavard se nourrit de son bavardage) proverbe sakalave

Les Familles
VINCENT i1867 1938 !Juanita HUERTAS I 11976 1936

!Arsène

-

Robert VINCENT 1896 1947 Joséphine PAYET cf: PAYET

-

Irène VINCENT 1916 ~JUlie 1° Charles HOMEAU 1937 cf: HOMEAU
2° André PAYET cf: PAYET

Anna VINCENT 1917 André PAYET cf: PAYET

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Lucien 1939

Désiré PAYET 1862 -1949 Odette CADET 1872 - 1913

Léon PAYET 1890 1930 jeanne AMPHOUX 1892 1940

-

André PAYET 1912 1949

-

1 ° Anna VINCENT cf: VINCENT 2° Iréne VINCENT cf: VINCENT

Lucien CfVINCENT

Joséphine PAYET 1897 1947 Robert VINCENT cf: VINCENT

-

I

iGustave HOAREAUI 1859 - 1923 ~
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Jeanne Cadet
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Lucien HOMEAU Charles Hoareau 1885 - 1915 _-11910 1942 MartheAMPHOUX iIrène VINCENT
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i cf: VI~çENI ,Gustave AMPHOUX .1920 - 1990 Zoé PAYET 1925

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Chapitre l Robert Vincent. Le départ

A dix-huit ans passés, Robert Vincent était déjà un homme, de taille moyenne, mais robuste et équilibré, un vrai colon travaillant dur dans l'exploitation de la propriété familiale. Il avait suivi l'exemple de son père et de son grand père, fréquentant l'école du village de Saint Cloud d'Algérie jusqu'au certificat, puis passant une année de perfectionnement à l'étude du notaire d' Arzeu, ami de la famille. Il s'était ensuite installé à Ayada dans la partie du domaine qu'il consacrait à la culture du tabac. L'année précédente, en 1913, lors d'une réunion de planteurs, un secrétaire de l'ancien Gouverneur de Madagascar, qui s'apprêtait à repartir à Tananarive au service du nouveau Gouverneur Garbit, avait parlé à son père et à Juan Bastos d'un cousin, Désiré Payet, qui possédait une plantation de tabac de premier ordre dans la région Ouest de la Grande Ile, aux alentours de Miandrivazo, dans la vallée de la Tsiribihina. Il venait de doubler l'étendue de sa concession mais désirait s'associer à une maison de France ou d'Algérie qui serait susceptible de lui fournir un débouché pour ses récoltes. Jusqu'à présent, Désiré Payet avait diversifié avec succès sa production de tabac: Virginie, Maryland, tabac turc, Burley; les sols étaient favorables aux diverses semences et le régime des pluies s'accordait bien avec la croissance des plantes. L'écoulement de la production s'effectuait à la sortie du séchoir, après empaquetage, par Il

des chalands qui descendaient la Tsiribihina jusqu'à Belo. De là, le tabac était chargé sur des boutres indigènes appartenant aux Indiens de Majunga ou de Morondava et transporté en Afrique du Sud. Le commerce du tabac était de ce fait soumis aux conditions imposées par les Indiens qui en contrôlaient l'écoulement à partir de Durban, de l'autre côté du canal de Mozambique. Pour sortir de cette situation de quasi monopole, il fallait trouver un débouché extérieur échappant au contrôle des Karanes - Indiens immigrés à Madagascar. Si l'affaire intéressait la maison Bastos et ses partenaires, Payet pourrait leur céder la moitié de la concession et accueillir un représentant de ses associés qui, après un délai d'adaptation de deux ou trois ans, assurerait la gestion de l'affaire pour compte commun. Payet prendrait alors sa retraite à Saint Denis de la Réunion, dont il était ongInaIre. Gêné dans son activité par les règlements qu'imposait en France le monopole des tabacs, Bastos ne serait pas fâché de trouver un approvisionnement de sa manufacture en tabac de bonne qualité et bon marché payable en francs sans avoir à courir un risque de change. L'affaire méritait d'être étudiée de près. Il en avait longuement parlé avec Arsène Vincent qui avait transmis à son fils Robert une proposition d'engagement. Celui-ci l'avait acceptée sans hésitation. Robert partait donc à l'aventure sur base d'une entente assez imprécise, résultant d'un simple échange de lettres entre Désiré Payet d'une part, Arsène Vincent et Juan Bastos d'autre part. Mais, se disait-il l'avenir ne sourit qu'aux audacieux; l'exemple des proscrits de Juin 1848 restait dans la famille le symbole de la réussite. Ses parents, Arsène et Juanita, l'avaient accompagné jusqu'à Alger par le train. Ils avaient été accueillis chez 12

des amis Paris qui n'avaient pas de liens de parenté avec ceux de Saint Cloud, mais qui pratiquaient généreusement l'hospitalité des colons. Après adieux et ultimes recommandations, Robert avait quitté ses parents et embarqué à bord de l'Eridan de la Compagnie des Messageries Maritimes. C'était le 2 Mars 1914, les bruits de la guerre circulaient de temps à autre, mais personne ne voulait y croire. Robert avait d'ailleurs obtenu des autorités militaires une autorisation de partir, Madagascar étant un territoire français. Il aurait à se présenter à son arrivée là-bas au Commandant de la Place de Tananarive qui l'affecterait en temps voulu à un régiment du pays, probablement aux tirailleurs malgaches. L'Eridan quittait le port d'Alger. Accoudé au bastingage, Robert contemplait ce pays où quatre générations de Vincent avaient lutté pour en faire une terre de progrès, de prospérité et de bonne entente. Il y reviendrait probablement, mais l'attrait du grand large l'emportait sur les regrets du départ. Pendant les vingt et un jours du voyage, il verrait plus de choses qu'il n'en avait vues depuis dix huit ans, depuis sa naissance à Saint Cloud. Par avance, il vouait à ce Monsieur Payet qu'il ne connaissait pas, une sincère reconnaissance et s'apprêtait à travailler d'arrache-pied à cette concession de Miandrivazo, qui serait son fief, si ses résultats étaient satisfaisants. Son père et Monsieur Bastos lui en avaient donné l'assurance. L'Eridan avançait vers le large, la côte algérienne disparaissait dans le halo du crépuscule et déjà la fraîcheur des nuits de Mars se faisait sentir. Robert descendit dans la cabine de seconde classe qu'il partageait avec un sous-officier de l'infanterie de marine qui rejoignait son poste à Diégo-Suarez. Les présentations 13

furent vite faites et chacun se prépara pour la nuit, car le bateau commençait à rouler et à tanguer. L'Eridan était déjà réputé pour sa mauvaise tenue en mer. La traversée fut sans histoires jusqu'à Port Saïd. L'Eridan avait le vent en poupe et marchait à bonne allure. La cabine était petite mais confortable, avec deux couchettes superposées, un lavabo et au pied d'un hublot, un coin de lecture ou d'écriture. Robert se proposait de tenir un journal de bord où il pourrait consigner ses impressions au jour le jour. Le marin qui partageait la cabine était un garçon de vingt-cinq ans, de taille moyenne, et brun, comme le sont ses compatriotes d'Ascain au pays basque, dans les hauteurs d'Hendaye et de Biarritz. Il avait fait ses premières armes dans la marine de pêche à Saint Jean de Luz et avait bien connu les luttes entre pêcheurs basques français et espagnols. Il en avait acquis une bonne philosophie d'autodéfense qui lui avait été très utile dans l'Armée. N'ayant pas fait suffisamment d'études, il avait été affecté dans un Régiment de fusiliers marins dont un bataillon était en cantonnement à Diégo-Suarez. La vie là-bas était agréable. La ville de Diégo, écrasée de soleil ou noyée de pluie durant le jour, vivait la nuit, sur les trottoirs de belles avenues, envahis par une foule de vendeurs de brochettes de zébu délicieuses ou de beignets frits dans de l'huile de noix de coco. La baie était la seconde au monde en étendue, après celle de Rio de Janeiro et, du Cap Diégo au Pain de Sucre, tant par le Nord que par le Sud, c'était une succession de plages magnifiques, bordées de cocotiers, propices à la baignade ou à la plongée sous-marine au coeur d'un massif corallifère des plus variés. On pouvait aussi retrouver la fraîcheur à la Montagne d'Ambre à une altitude variant de 900 à 1500 mètres, à une distance d'une trentaine de kilomètres de Diégo. On 14

louait des chevaux à la sortie de la ville et l'on pouvait passer une journée agréable dans cette forêt équatoriale d'arbres immenses ou de baobabs qui couvre la montagne, ou au pied des cascades impressionnantes qui dévalent dans les rochers de basalte, aux formes extravagantes d'animaux dressés ou accroupis. Il y avait aussi les filles qui contribuaient largement au charme du pays, mélange d'Afrique et d'Asie: filles grandes et belles d'un noir de jais, dont les ancêtres étaient zoulous ou comoriens, filles malgaches petites et fines aux traits asiatiques de malaises ou d'indonésiennes, parfois au visage de tahitiennes, filles enfin, fruits de tous les mélanges, de tous les croisements des étrangers venus s'implanter au cours des siècles sur la Grande Ile: Indiens du Gudgerat appelés ici Karanes ou Chinois de Canton. L'Armée française avait depuis Galliéni et la conquête en 1895, largement contribué au métissage de la population. Les filles, quelles que soient leurs origines, avaient une préférence pour les légionnaires, ce qui déplaisait fortement aux marihs. Et dans les cafés du port, ou mieux, la nuit dans les bouis-bouis de Tanambao, le quartier chaud de Diégo, c'étaient des bagarres monstrueuses où s'affrontaient les deux clans, au grand bonheur de ces dames. En fait, les relations entre hommes et femmes étaient liées aux conditions de séjour des hommes: les marins allaient et venaient en escales entre deux voyages en mer. Les filles ne s'attachaient pas à eux et ne cherchaient qu'à profiter pécuniairement de leur passage. Avec les légionnaires, c'était différent. Ils étaient en général à Diégo pour quelques années et s'en absentaient rarement. Ils prenaient des femmes pour la durée de leur séjour et ne les abandonnaient qu'au terme du contrat. Les petits métis qui résultaient de ces unions grossissaient la population de Diégo et, tout au moins pour les filles, alimentaient les 15

maisons de passe de Tanambao. Elles étaient belles mais dures et agressives et se vengeaient sur les marins du tort que leur avait fait leur légionnaire de père. Ces commentaires du fusiller-marin avaient satisfait la curiosité de Robert. Il poursuivit cependant: - Et dans cette partie de cache-cache, que deviennent les fusiliers marins? - Bonne question, répondit le Sergent Chef. Ils sont à terre plus souvent que les marins et pourraient se comporter comme les légionnaires. Mais il y a l'uniforme et la solidarité du groupe. Entre les cols bleus ou les pompons bleus et les képis blancs, il y a un fossé infranchissable. Les filles le savent et cela influe sur leur comportement. Tu verras quand tu seras là-bas. De toutes façons, à Diégo, le bateau y passe entre Majunga et Tamatave. Moi, je descendrai et j'irai voir si la copine que j'ai laissée, il y a trois mois, quand je suis parti en permission, veut encore de moi. Si elle s'est mise avec un légionnaire, je n'aurai plus qu'à en chercher une autre. Toi, tu pourras t'amuser un soir à Tanambao, mais le lendemain tu reprendras ta vie de péquin, à Tana ou ailleurs. Mais, crois-moi, méfie-toi des femmes de ce pays,c'est comme les sangsues des sous-bois de la forêt, elles s'accrochent à ta peau, elles te sucent le sang et pour t'en débarrasser il faut leur brûler le derrière. Le bateau avait fait une escale de vingt -quatre heures à Alexandrie. Un groupe de banquiers et d'hommes d'affaires égyptiens ou libanais, étaient descendus avec femmes, enfants et bagages. Les hommes avaient contacté les Sociétés qu'ils représentaient au Moyen Orient. Leurs épouses avaient renouvelé leurs garde-robes chez les grands couturiers de Paris. Tout ce monde était satisfait de rentrer chez soi.

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La salle à manger des premières s'était à moitié vidée de ses habitués. Les fonctionnaires des administrations coloniales et de l'Armée qui voyageaient en première classe se félicitaient du départ de ces orientaux, qu'ils considéraient comme des gens évolués, polis, courtois dans la vie sociale, généreux, trop généreux même, avec le service de bord, mais qui n'appartenaient pas à leur caste. Ils ne comprenaient pas que l'on puisse voyager en première classe, si l'Etat français n'était pas là pour payer le prix des billets... Et puis dorénavant, ils auraient l'exclusivité des invitations à la table du Commandant et ce n'était que justice. L'Eridan longeait la côte égyptienne en direction de Port Saïd et s'apprêtait à franchir le seuil du Canal de Suez, quand il fut abordé par une vedette des fameux pilotes du canal qui arrêta la progression du navire et l'installa en rade foraine au large de Port Fouad. Le Canal était, parait-il, bloqué au Sud d'Ismaïlia par un cargo allemand qui s'était immobilisé en travers du chenal, suite à une avarie de son hélice. Des pourparlers étaient en cours pour ramener le cargo dans le port d'Ismaïlia, mais le commandant allemand exigeait que la manoeuvre soit effectuée par une vedette qui remonterait de la colonie allemande de Dahr-es-Salam. L'Eridan était bon pour une perte d'au moins huit jours dans son programme de voyage. Les commentaires de cette nouvelle se firent tout de suite très abondants, surtout dans le salon des premières qui regroupait l'élite intellectuelle du bateau. La guerre, inévitable pour certains, allait commencer sous leurs yeux par un sabordage de ce cargo, probablement chargé d'explosifs. Le Canal de Suez bloqué, les renforts britanniques et français et les approvisionnements venant de l'Inde ou de l'Indochine ne pourraient plus arriver en Europe. L'Océan Indien, isolé de la Méditerranée, serait à 17

la merci des sous-marins allemands qui faisaient la navette entre la colonie allemande du Tanganiyka et le port de Djedda, en Arabie, occupé par l'Armée turque. Le bateau n'étant pas à quai, les passagers se trouvaient immobilisés en pleine mer et n'avaient d'autre ressource que de s'adonner aux jeux de société en utilisant abondamment les réserves du bar. Par bonheur, celles-ci étaient apparemment inépuisables. La Compagnie des Messageries Maritimes défendait fort bien sa réputation d'être la mieux approvisionnée en vins français. Celui-ci était servi à table sans limite et cette facilité avait été, par décision du Commandant, étendue au service du bar en raison de l'immobilisation forcée du navire: c'était disaiton un cas de force majeure. Profitant de cette atmosphère de désoeuvrement, Robert se renseignait sur les activités des passagers, qui lui semblaient abordables. Il avait pu faire la connaissance d'un agent des douanes de Majunga, qui avait été en relations avec Monsieur Payet quand celui-ci exportait son tabac par Majunga. Ils s'étaient perdus de vue depuis que Monsieur Payet envoyait ses cargaisons à Belo sur Tsirihibine ou à Morondava. Par contre, il avait des relations suivies avec des grandes maisons indiennes de Majunga et même de Tananarive: les 'Ismail, Barday, Kassam Chenaï et Karadjee. - Le tabac, disait-il, est la grande richesse de la côte Ouest de Madagascar, après les boeufs. Il couvre d'importantes superficies dans le Menabé, région de Morondava à Miandrivazo et dans la Boïna, dans le delta de la Betsiboka, entre Majunga et Marovoay. Il s'étend même vers le Nord aux riches terres des vallées de la Sofia et du Mampikony, tout autour de Port Bergé. " Si vous allez par là, allez rendre visite à Boris Mirovitch. C'est un russe d'une grande famille qui faisait 18

du tabac dans le Caucase et qui s'est installé à Port Bergé, il y a cinq ou six ans. Il a eu des débuts difficiles, mais a réussi à faire le meilleur Maryland de Madagascar. Il est adoré de tous ceux qui l'entourent et les gens du pays ont adopté le nom de sa propriété: Port Bergé est devenu Borizina, c'est à dire, la maison de Boris. Robert Vincent avait également sympathisé avec une famille de colons de la côte Est. Les Hoareau étaient d'origine réunionnaise; Gustave Hoareau avait obtenu une concession dans la région de Farafangana, dans les premières années de la colonisation, mais son grand-père avait travaillé jadis avec un grand architecte français, Jean Laborde, qui avait construit à Tananarive dans les années 1850 le palais de la Reine hova Ranavalo I, dite Ranavalomanjaka. Elle avait été durant son règne particulièrement cruelle et même sanguinaire, martyrisant les chrétiens dans des supplices atroces, chassant les Européens à l'exception de Jean Laborde et de ses collaborateurs. - Maintenant, disait Hoareau, toutes ces choses de la royauté sont bien oubliées. Sur les plateaux, il en reste quand même une trace importante dans l'organisation de la société: les nobles sont qualifiés d' andrines et dans leur nom on trouve généralement le mot: "andriana". Le peuple hova conserve un grand respect pour ces familles, bien que les anciens liens de servitude aient disparu. Les noms populaires hova commencent habituellement par le mot "Ra"et même souvent par "Rakoto". On retrouve des noms du même genre en pays Betsiléo, au Sud du pays hova, mais dans les autres provinces, les noms sont différents et quand on a l'habitude, on peut d'après le nom savoir à laquelle des tribus malgaches les gens appartiennent. " Vous êtes jeunes, vous aurez le temps d'apprendre tout cela ou vous n'y ferez plus attention. Tenez, ma fille 19

Yolande, elle a dix-sept ans; elle ignore ces choses et elle s'en moque. Elle n'a d'idée que pour ce qui se fait en France, surtout à Paris, ce que les Françaises portent, comment elles se coiffent, comment elles élèvent leurs enfants. Un jour, elle épousera un soldat qui l'emmènera en France où elle risque d'être malheureuse, parce que làbas, on court, on travaille, on vit sous pression, alors qu'ici, on peut rêver, dormir, boire un verre de punch et à nouveau rêver et dormir. C'est la vie douce et tranquille, "mora mora" comme on dit en malgache. Robert regardait Yolande avec intérêt. Elle avait un beau visage, une silhouette élégante avec des seins généreux et une taille fine. Robert prenait dorénavant ses repas à la table des Hoareau, son fusilier marin ayant retrouvé d'autres joyeux compères des forces navales françaises. Les Hoareau n'avaient emmené en France que leur fille, leur fils ainé étant resté avec son épouse et ses enfants à Farafangana pour surveiller la plantation. Madame Hoareau était une femme d'âge moyen, ayant conservé le charme langoureux des créoles. Son teint était légèrement bruni, comme si elle avait l'habitude de vivre exposée aux ardeurs du soleil et pourtant, elle ne se tenait que dans les endroits abrités et quand elle passait au soleil entre deux coins d'ombre, elle se protégeait le visage avec une ombrelle. Brunir pour une créole était la pire des choses. La jeune Yolande suivait l'exemple de sa mère. Elle aimait les blouses de dentelle qui laissent entrevoir le haut de sa poitrine, et les jupes longues à grands ramages de couleur vive. Malgré la retenue qu'elle affectait dans son comportement, le jeune animal restait indompté: elle otait volontiers ses chaussures pour mieux sentir le sol sous ses pieds au contact des planches du pont ou des velours du salon. Comment se comportait-elle à 20

Farafangana ? Robert se le demandait fréquemment. Leurs relations ne dépassaient pas le stade d'une stricte camaraderie. Il ne pouvait en être autrement dans l'ambiance amicale d'une famille réunionnaise qui ressemblait assez bien aux familles des colons français d'Algérie: pour eux, le sexe était comme le travail, une chose sérieuse, on ne s'en amusait pas. Les contacts diplomatiques engagés par les autorités du Canal auprès du Consulat d'Allemagne au Caire avaient fini par donner un commencement de solution. Les vedettes de la Compagnie encadreraient le bateau allemand et le remorqueraient jusqu'au port de Suez où il attendrait en rade foraine l'arrivée du chalutier allemand. La voie serait libre dans les quarante huit heures. La solution fut accueillie favorablement par tous les passagers, même par les pessimistes qui voyaient dans cette avarie de machine, le germe d'une guerre mondiale. Et le surlendemain, sous la direction des pilotes officiels, l'Eridan franchissait l'entrée du Canal saluant au passage la statue de Ferdinand de Lesseps par un vat:! vient de son pavillon, et s'avançait vers Suez dans cette curieuse voie d'eau ouverte dans le désert. Le Canal avait quarante quatre ans. Il avait été mis en service en 1870; ses bords étaient toujours aussi désertiques, à l'exception de l'oasis d' Ismaïla, siège de la Compagnie du Canal et centre résidentiel des pilotes. Les passagers restèrent longtemps sur le pont à contempler cet infini de sable immobile en contraste avec l'infini ondoyant des vagues de la mer. De temps en temps un chameau apparaissait dans le lointain rompant la monotonie du paysage puis c'était à nouveau le calme du désert.

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A partir de Suez, l'Eridan poursuivit sa course dans la Mer Rouge. Les pilotes du Canal étaient rentrés chez eux et le commandant reprenait son bateau: il était à nouveau maître à bord.. Le vent s'étant calmé, la mer avait retrouvé sa couleur naturelle. Mais, la température ne cessait de monter. L'influence modératrice de la Méditerranée ne s'exercait plus dorénavant et bloquée entre ces terres brulantes du Sinaï et de l'Arabie à l'Est, de l'Egypte et du Soudan à l'Ouest, l'eau de la mer s'échauffait, communiquant sa chaleur au bateau et à ses hôtes. L'Eridan était heureusement pourvu de ventilateurs, dans les cabines et dans les lieux communs. La tenue des passagers s'en ressentait néanmoins: les mieux équipés arboraient des tenues blanches amples et légères, les autres se promenaient en bras de chemises, col déboutonné, babouches aux pieds. Les dames souffraient stoïquement dans les coins de salon ventilés, s'épongeant le front et les bras et maudissant le soleil qu'elles chérissaient en France. Passé l'îlot de Périm et la Porte des Pleurs - Bab el Mandeb - au sortir de la Mer Rouge, l'Eridan s'orienta vers le Port de Djibouti qui constituait sa seconde escale importante.Il se rangeait le long du quai, donnant aux passagers la possibilité de se rendre à terre, mais ceux-ci ne semblaient pas pressés d'exploiter cette ressource. Djibouti n'est pas loin de l'Equateur et de plus, dans une des régions les plus désertiques du monde. L'été austral succède à l'été boréal et réciproquement; le pays, finalement, ne connait que l'été. Les Hoareau n'ayant aucune intention d'aller visiter la ville, Robert se joignit au fusilier marin et à ses joyeux compères pour aller jusqu'à la Place Centrale où se trouvait le Palais du Gouverneur. On entretenait à grand frais dans les rues quelques palmiers étiques qui se refusaient à pousser, notamment sur cette place qui portait

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le nom de Ménélik, le grand Négus qui avait accepté l'amitié de la France et tolérait sa présence à Djibouti. Le chemin de fer qui reliait le Port à la capitale de l'Abyssinie, Addis Abeba, était le seul lien qui s'établissait entre l'empire du Négus et le reste du monde. Il servait principalement au transport du café arabica venu du Yémen, qui avait prospéré en Abyssinie, et accessoirement à l'exportation du kat, cette drogue douce très appréciée dans les pays avoisinants, qui concurrence même le haschich dans le Sud de l'Egypte. Vite éreintés par la chaleur ambiante, Robert et ses amis n'eurent plus qu'à se diriger vers le bar le plus connu de Djibouti qui porte le nom évocateur de "Palmier en Zinc". Ce fut, parait-il, longtemps le seul arbre de Djibouti. Les conversations s'orientèrent alors vers un sujet scabreux qui faisait autrefois la réputation de l'endroit; c'est là que l'on rencontrait les "filles cousues". C'était pour ces femmes la façon de garder leur vertu, mais les mauvaises langues racontaient qu'en réalité, ces filles n'étaient que des filles cousues, décousues puis recousues. Il y avait là de quoi réjouir tout un bataillon de légionnaires ou de marsoins. L'électricité étant défectueuse à Djibouti, le bar ne possédait qu'un appareil de réfrigération, unique en son genre, fruit de la patience et de l'imagination du gardien du phare: c'était un frigidaire à pétrole. Par on ne sait quel artifice, la combustion du liquide créait du froid, bien peu évidemment, mais surtout empoisonnait l'atmosphère du bar. La sagesse consistait donc à se contenter de la bière chaude que vous servait le patron. Le lendemain, l'Eridan reprenait sa route vers le Cap Guardafui qui forme cette corne de la Somalie qui s'avance dans l'Océan Indien. Dorénavant, le voyage Se poursuivrait en pleine mer croisant vers l'Afrique les 23

anciens comptoirs arabes de Zanzibar, de Dar-es-Salam, de Mombasa et vers le large, les Seychelles puis les Comores. On entrait dans la troisième semaine depuis le départ de France et déjà les passagers avaient hate d'arriver à destination; mais les distances sont longues dans l'Océan Indien, l'Eridan économisait ses forces et il faudrait encore au moins huit jours avant d'entrevoir la côte malgache aux approches de Majunga. La dernière semaine de traversée est souvent une semaine de drame sur les bateaux. La vie à bord n'est pas une vie normale pour les passagers ni même pour certains membres de l'équipage. C'est une vie de desoeuvrement plutôt que de vacances: pour tuer le temps, pour s'occuper, les gens jouent aux jeux de hasard, mais aussi aux jeux de l'amour. Le cercle des passagers est restreint, les jeunes officiers à bord ont beaucoup de temps libre, les femmes célibataires sont peu nombreuses et les autres, bien que mariées et parfois mère de famille, sont heureuses d'être courtisées par ces hommes qui les entourent. Bien des idylles s'ébauchent dans le dos des maris et quand ceux-ci se croient la risée du bateau c'est la scène, l'esclandre, parfois les coups. On s'injurie dans le ménage, on se fait les pires reproches, on refuse la cohabitation de la cabine pour un inconfortable fauteuil sur le pont. Mais quand on sent arriver le port, la fin du voyage, la vie reprend ses droits, les couples se reforment et les drames oubliés se terminent en bons souvenirs de voyage. L'Eridan franchissait la passe et protégé par une barre rocheuse entrait dans le Port de Majunga. Petit port, certes, mais plein de charme: de part et d'autre du paquebot, des boutres indigènes débarquent leur chargement; des montagnes de noix de coco se forment aux côtés des tas de cannes à sucre et des filés de sisal réunis en bottes. On s'interpelle en malgache, en comorien, en gudjerati, car les 24

Indiens sont les maîtres du jeu à Majunga, comme les Chinois à Tamatave. Accueillis par des parents, des amis ou des serviteurs, un bon nombre de passagers s' apprétaient à descendre, mais comme s'ils avaient au dernier moment un flux de regret d'abandonner le bord, ils entrainaient leurs relations au bar et c'était le Champagne des retrouvailles. Sur le quai, les pousse-pousse attendaient patiemment les clients, chargeant soit les personnes, soit les bagages et leur défilé s'allongeait devant la douane. Robert était descendu pour se dégourdir les jambes le long du Boulevard de Corniche et jusqu'au fameux baobab qui occupe tout un rond point au carrefour des deux artères de la ville. Il retrouvait ses amis Hoareau au bar de I'Hotel de France et faisait la connaissance de Boris Mirovitch. Le temps manquant, il ne pouvait accepter son invitation à se rendre à Borizina, mais il lui fit la promesse de le visiter à la première occasion quand il aurait pris bien en main la plantation Payet. Délesté d'une trentaine de passagers et d'une tonne de marchandise, l'Eridan reprenait la mer, remontant la côte malgache vers Nosy Bé, l'île des parfums, l'île aux senteurs d'ylangylang, la grande richesse du pays. Etait-ce une illusion? La mer elle même semblait parfumée. Puis le lendemain soir, ce fut l'entrée dans la baie de Diego. Le fusilier marin n'avait pas exagéré: le paysage était de toute beauté, et les passagers accrochés aux rembardes du pont, en oubliaient leur dîner. Au deuxième appel de la sonnerie, le Commissaire de bord dut intervenir pour ramener à l'ordre ses clients. La manoeuvre d'accostage prit une bonne partie de la nuit et au matin, comme à Majunga se reproduisit la scène du débarquement des passagers arrivés chez eux et du fret

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destiné en grande partie aux unités de la flotte amarrées dans le Port Militaire. Le fusilier-marin était arrivé à destination. Il voulut faire ses adieux à Robert, non le matin sur le bateau, mais le soir à Tanambao, "Chez Francine", la boîte où il comptait retrouver sa femme, Lina, au cas où elle lui serait restée fidèle. Robert passa donc son après-midi avec les Hoareau à faire le tour de Diego en pousse-pousse, les parents Hoareau dans l'un, Robert et Yolande dans l'autre. Ils parcoururent le bord de mer, la rue Richelieu où ils s'arrêtèrent à l'Hotel de la Marine pour un rafraichissement. Alors que les Hoareau retournaient au bateau, Robert avait pris congé d'eux et par la rue de Suffren rejoignait Tanambao pour le rendez-vous de son amI. Le quartier lui rappelait la Casbah d'Oran par le bruit et l'animation autour des échoppes et des commerces de toutes sortes qui se passaient à même le sol, les clients s'accroupissant sur leurs talons pour discuter le prix des articles. Les mendiants le harcelaient, le tirant par le bras, par la ceinture. Prévenu par son ami marin, il n'avait emporté aucun argent et s'en félicitait dans la cohue de cette foule pouilleuse et agressive. Il finit par atteindre le Bar "Chez Francine" où il trouva son fusilier marin en compagnie de deux belles filles dont Lina, en apparence disponible pour une nouvelle période de concubinage et une amie de Lina - Méré - qu'elle appelait "sa nièce". Tout de suite Robert fut plongé dans l'ambiance du coin: musique tonitruante et verre de rhum ou de punch réunionnais. On buvait à la santé de Marcel puis à celle de Lina, de Méré, de Robert; on buvait aux retrouvailles des amoureux et déjà sur les tables voisines, les filles commençaient à se trémousser en relevant leurs cotillons. Robert et Marcel entrainèrent les filles sur la piste de

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danse, mais bientôt le rhum et le punch eurent raison de leur résistance. Lina entraina Marcel dans une chambre à l'étage et Méré se colla à Robert, lui caressant la poitrine et cherchant sa bouche. - Tu sais, lui disait-elle, je ne fais la vie que depuis un an. Je m'ennuyais à la maison à m'occuper du ménage et de la vaisselle et Lina est venue me proposer de venir servir les hommes. Au début, ça m'embêtait: ils étaient gros, poilus, souvent sales et m'écrasaient le ventre en faisant l'amour et puis Lina m'a appris comment faire pour que ça ne dure pas trop longtemps. Maintenant je suis habituée, ça ne me fait plus rien, ni plaisir, ni peine. Et puis que veux-tu, il faut avoir un peu d'argent pour vivre et les hommes sont là pour vous en donner. Avec toi, c'est différent, tu es un ami de Marcel. Je ne te prendrai rien. Viens, on a trop bu, on va monter dormir un peu et puis je te caresserai jusqu'à ce que tu sois content. A cinq heures du matin, réveillé en sursaut par la sirène de l'Eridan, Robert s'habillait en hâte, embrassait Méré une dernière fois et traversant Tanambao en coup de vent, rejoignait le quai de départ et franchissait l'échelle de coupée du bateau. Appuyée au bastingage, Yolande regardait son camarade et s'amusait de lui. - Alors, Robert, elle était comment la fille de Tanambao ? - Jeune et jolie, Yolande, mais un peu trop entreprenante. - Rien ne vaut, mon cher, les jeunes filles de bonne famille, avec elles, croyez-moi, on n'est jamais déçu. Sur ces fortes paroles, Robert rejoignit sa cabine et s'endormit profondément. Il se retira à nouveau après le déjeuner et à sa grande surprise, il vit Yolande entrer dans sa cabine où il était dorénavant seul. Elle se déshabilla et 27

s'allongea contre lui dans la couchette. Elle l'embrassa longuement, le caressa sur tout le corps des pieds à la tête, mais vers le soir, quand il essaya de la pénétrer, elle se raidit, se cambra et s'accroupit faisant à Robert ce que la fille de Tanambao lui avait fait la veille. Puis ayant le sentiment du devoir accompli, Yolande se releva, se rhabilla et sortit pour faire une promenade sur le pont entre papa et maman. Au dîner, Yolande interrogea Robert. - J'espère, mon cher Robert,que vous avez pu vous reposer de votre folle nuit de Tanambao. - Voyons, Yolande, reprit sa mère, ne taquine pas Monsieur Robert. Il fallait bien qu'il aille boire un dernier
verre avec son ami, le fusilier-marin.

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