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MOHELI UNE ILE DES COMORES A LA RECHERCHE DE SON IDENTITE

De
272 pages
Mohéli, la plus petite des Comores, a perdu au cours du XIXè siècle son enracinement historique et son identité sous l'effet de deux traumatismes : le drame des incursions malgaches et la colonisation française. Destabilisée par les razzias malgaches à but négrier , la colonisation, elle, fait imploser la société. Depuis l'indépendance un fort sentiment identitaire se dégage difficile à concrétiser du fait que l'île est une véritable mosaïque de communautés.
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MOHÉLI
UNE ÎLE DES COMORES A LA RECHERCHE DE SON IDENTITÉ

Collection Archipel des Comores dirigée par Pierre Vérin, Mohamed Ahmed-Chamanga et Sophie Blanchy Centre d'Études et de Recherche sur l'Océan Indien (CEROI)

Études sur l'Archipel:

vision du passé et du présent

Déjà parus
Sultan CHOUZOUR, Le pouvoir de l'honneur: tradition et contestation en Grande Comore, 1994. Michel LAFON, L'éloquence comorienne au secours de la révolution: les discours du PrésidentAli Soilibi, 1995. Mohamed AHMED-CHAMANGA, Dictionnaire français-comorien (dialecte shindzuani), 1996. Mahmoud IBRAHIME, Etatfrançais et colons aux Comores, 1997. Ainouddine SIDI, Anjouan, l'histoire d'une crise foncière, 1998. Mohamed AHMED-CHAMANGA et Ahmed ALI MROIMANA, Audelà des mers, contes comoriens de Ngazidja, 1999. Émmanuel et Pierre VÉRIN, Le verbe contre la coutume: histoire de la révolution d'Ali Soilihi et texte des discours enfrançais, 1999. Abdellah Cahnfi AHMED, Islam et politique aux Comores, 1999.

Prochaines parutions
Moussa SAID AHMED, La littérature comorienne.

(Ç)L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8736-X

Cc CHANUDET

- J.A. RAKOTOARISOA

MOHÉLI
UNE ÎLE DES COMORES A LA RECHERCHE DE SON IDENTITÉ

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L' Harmattan Inc 55, rue Saint-Jacques
Montréal (Qc) -- Canada H2Y lK9

PRÉFACE
L'étude que publient Claude Chanudet et Jean-Aimé Rakotoarisoa sur l'île de Mohéli est l'aboutissement d'un cheminement que l'on pourrait comparer à celui des boutres ou des dhows qui parcourent les rives de l'océan indien occidental entre Zanzibar, les Comores et Madagascar. Le premier chargement fut l'objet d'une commande géographique faite par le Fonds International de Coopération Universitaire (FICU) en 1971. Cette institution pour le compte de l'Association des Universités Partiellement ou Entièrement de la Langue Française (AUPELF), stimulait alors une interdisciplinarité de recherche entre le Canada, les Antilles et l'Océan Indien, sous l'égide du professeur Jean Benoist. Parmi les travaux qui furent sélectionnés dans ce programme FICU figurait l'île de Mohéli sur laquelle on ne connaissait que des notes éparses ou anecdotiques. Jean-Aimé Rakotoarisoa donna à cette île inconnue sa première monographie géographique. Cette monographie ne fut jamais publiée et reste un inédit de l'Université de Madagascar où elle fut soutenue en 1979. À cette première monographie, Claude Chanudet, un autre géographe, élève de l'École Universitaire des Géographes de Madagascar, allait prendre le relais dix ans plus tard. J'étais alors chef de la Mission fi-ançaise de la Coopération et je voyais avec plaisir un coopérant reprendre le flambeau d'études archéologiques sur un territoire insulaire méconnu. Ensemble, Claude Chanudet et moi avons parcouru les sites, les avons sondés et en avons établi une chronologie. Une thèse en naquit à l'Institut National des Langues Orientales et la soutenance eut lieu en 1987. L'œuvre géographique et archéologique de ces deux pionniers de Mohéli méritait mieux que d'être enfouie dans les archives toujours vulnérables des universitaires. Rakotoarisoa et Chanudet ont investi beaucoup d'efforts pour réaménager des matériaux que le temps allait éroder. La collection comorienne de l'Harmattan accueilIe les fi-uits de leur recherche comme elle le fera bientôt pour les travaux de l'érudit mohélien Salim Djabir. Le navire poursuit ainsi sa route et les subrécargues continuent à remplir ses cargaisons. Le destin de Mohéli, île de navigateurs, se poursuit dans la mer océane.

Pierre Vérin Président de l'Université Française du Pacifique

5

INTRODUCTION
La plus petite (211 km2) des quatre îles de l'archipel comorien (Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte), la moins connue aussi, Mohéli, écrin de verdure posé sur l'océan indien, donne au visiteur l'image d'un petit paradis perdu hors du temps. Petite sœur de Mayotte, et comme elle, trop peu peuplée face à ses voisins, la communauté mohélienne, marquée dès l'origine par la diversité et l'ouverture, a souvent subi, parfois joué, de leur influence, sans cesser de manifester et de revendiquer une forte originalité. Cette identité a été détruite, à partir du XIxe siècle, sous l'effet de deux traumatismes: le drame des incursions malgaches et la colonisation française. Les incursions malgaches, razzias périodiquement organisées en vue de la traite négrière sous l'impulsion des Zanamalata, descendants métis des pirates installés à Madagascar en pays Betsimisaraka et alliés des Sakalaves, déstabilisèrent la classe politique mohélienne et relâchèrent ses liens avec Anjouan. Ceci permis ensuite la prise du pouvoir par le prince malgache en exil, Ramanetaka, qui deviendra sultan de Mohéli sous le nom d'Abd el Rahman. Par contre, elles modifièrent peu la société mohélienne mis à part l'installation des guerriers Sakalaves et des gens de la suite de Ramanetaka. La colonisation fTançaise, qui a duré presque quatre-vingt-dix ans (1886 6 juillet 1975) va, elle, faire littéralement imploser la société mohélienne traditionnelle: - l'exil des familles aristocratiques après la suppression de l'esclavage, - l'appropriation coloniale des meilleures terres, - l'assujettissement des Mohéliens et leur exclusion de la vie politique et économique, - l'importation de travailleurs comoriens et étrangers sur l'île, modifient le tissu social et ethnique, et dissolvent l'identité insulaire dans le cadre plus large de l'archipel (lui-même longtemps dépendant de Madagascar). Depuis le retour à l'indépendance, l'île réactive une recherche opiniâtre de son identité vécue soit sur le mode plus ou moins mythique d'une redécouverte, soit comme une (re) construction. Cette recherche identitaire est d'autant plus malaisée que l'île constitue une marqueterie de communautés d'origines non mohéliennes plus ou moins anciennes mais qui toutes revendiquent désormais une identité mohélienne dans un climat de compétition et d'insécurité de la propriété foncière.

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Fig. 3 : Les fonds sous-marins au voisinage des Comores.

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Chapitre I
ENTRE UNIFORMITÉ ET DIVERSITÉ : UNE ÎLE INSÉRÉE DANS UN ARCHIPEL CONTRASTÉ.

À l'entrée septentrionale du canal de Mozambique entre la côte est-micaine et le littoral du nord-ouest malgache, l'archipel des Comores s'étend entre

Il °20 et 13°04de latitude sud d'une part et entre 43°11 et 45°19 de longitude
est d'autre part. Archipel, peu étendu (2 034 km2), il se compose de quatre îles (fig. 2). Du nord-ouest au sud-est, ce sont: - La Grande Comore ou« Ngazidja» (nom vernaculaire): 1 025 km2, - Mohéli, ou« Mwali », la plus petite: 211 km2, - Anjouan ou « Ndzuwani » : 424 km2, - Mayotte ou « Maore» : 374 km2. Bien que l'archipel soit géologiquement indépendant du craton malgache et séparé de lui par des fonds de plus de 3 000 m (fig. 3) ses prolongements récif aux (Banc du Geyser, Glorieuses) voisinent ceux de Madagascar (Banc du Castor, Banc du Leven). Ceci peut expliquer les échanges faunistiques et
tloristiques entre la Grande île et l'archipel (surtout Mayotte)

de lémur fulvus à Mayotte,

Anjouan et Mohéli

- réciproquement,

- cf. la présence

l'archipel

constitue aussi un pont filtrant entre l'Mrique et Madagascar. Mais le trait le plus remarquable de l'archipel est sans nul doute son étonnante diversité. Chaque île y constitue une entité singulière, à forte personnalité physique et humaine. Cette diversité paradoxale au regard de la prégnance des facteurs d'homogénéisation: une même zone climatique tropicale maritime, une même origine volcanique, une civilisation commune, une religion commune... constitue le charme le plus grand et la plus grande richesse de l'archipel. Cette rupture de champs homogènes vers un cloisonnement d'états hors équilibre singuliers mais discrets et localisés pose un important problème géographique. Cette rupture requiert non un facteur explicatif unique mais des séries spécifiques de facteurs faisant cependant à chaque fois appel à des discontinuités temporelles et spatiales: genèses communes mais échelonnées dans le temps, discontinuité territoriale (l'insularité elle-même), différences d'altitude, de taille, d'exposition, épisodes historiques analogues mais disjoints.. . Mohéli illustre ce processus et cette dynamique d'insularisation. 11

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Fig. 7

: Localisation

du récifde l'archipel des Comores.

15

MOHÉLI,

LE MIROIR

BRISÉ

Une genèse similaire, des formes dissemblables. Une morphologie uniformément volcanique mais diversifiée.
Quoique partout d'origine volcanique, l'archipel présente des manifestations fort diverses. Sur chaque île se sont succédés des volcanismes de type hawaïen puis strombolien et enfin ultra-vulcanien ou magmato-phréatique avec une dominante locale et un décalage dans le temps 1.

Un gradient d'altération morpho-pédologique orienté du nordouest au sud-est inversement proportionnel à l'ancienneté de l'émersion.
On observe une ancienneté décroissante d'est en ouest du volcanisme comonen :

- Mayotte:

8 M.A.

- Anjouan et Mohéli: 3 MA à 2,5 MA - Grande Comore : à partir du 1,2 MA à la dernière éruption du Kartala en 1991. Ceci démontre une migration du volcanisme selon cette même direction. L'explication géophysique qui prévaut actuellement infère à l'existence d'un point chaud fixe sous une plaque tectonique en déplacement actuel vers le sud-est. Les Comores s'intègrent alors dans un arc volcanique qui va des Amirantes (volcanisme éteint, 55 à 60 MA), à la Grande Comore (volcanisme actif). Un deuxième point chaud expliquerait de la même manière le volcanisme des Mascareignes. cf. Emerick C.M. et Ducan R.A., 1982, op. cité ci-dessus et figure 4 ci-avant. Le réseau de failles majeures du sud-ouest de l'océan Indien et de l'entrée septentrionale du canal de Mozambique a commandé au Secondaire la configuration générale du littoral malgache (fig. 5). Cf. Segoufin J., évolution du canal de Mozambique déduite de la cinématique de l'océan Indien pour la fin du Mésozoïque, groupe français d'étude du Gondwana, Bull. n° 5, Lille, déco 1982.

I Consulter

â ce sujet:

Emerick

(C.M.) et Thmcan (R.A.) : Age progressive

volcanism

in the

Comores Archipelago, western Indian ocean and implications for Somali plate tectonics, in « Earth and Planetary Science Letter» n° 60, p. 425-428, éd. Elsevier, 1982, ainsi que Esson (J.), Flower (M.F.J.), Strong (D.F.), Upton (B.G.J.) et Wadsworth (W.J.): Geology of the Comores Archipelago, western Indian Ocean, in « Geolog. Magazine», 1970, Great Britain.

16

ENTRE UNIFORMITÉ

ET DIVERSITÉ

Postérieurement, des intrusions magmatiques ont réexploité ces jeux de faille. Tel est le cas des édifices volcaniques comoriens à l'époque finitertiaire. Ils coïncident avec l'intersection d'accidents tectoniques (cf. fig. 6) d'après J. Esson et al., 1970. Cette tectonique cassante aurait alors affecté un substratum de croûte océanique partiellement masqué de dépôts sédimentaires épicontinentaux gréseux proches des dépôts du Karoo. Certaines inclusions englobées dans du matériel ou des projections volcaniques retrouvées aux Comores témoigneraient de ce substratum ancien. cf. à ce sujet notamment: Flower M.F.l et Strong D.F. : The significance of sandstone inclusions in lavas of the Comores archipelagos, Earth Planet Sci. Lett., vol. 7, p. 47-50, 1969.

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Fig, 9 : Les régions les plus arrosées des Comores,

19

MOHÉLI,

LE MIROIR

BRISÉ

La polarisation du volcanisme comorien pennet de corréler gradient d'altération morpho-pédologique et degré de subsidence avec ancienneté et localisation (figures 7 et 8). C'est ainsi que Mayotte, l'île la plus ancienne est la plus évoluée morphopédogénétiquement. La subsidence y est la plus marquée (récif - barrière dédoublée au Sud et esquisse de réciffrangeant), sols très évolués et toujours profonds, formes du relief très adoucies. Inversement, la Grande Comore, la plus récente, présente en majorité des sols peu évolués (andosols) ou squelettiques, ne dispose que d'un récif frangeant discontinu et offre un relief parfois vigoureux encore que l'érosion y soit moins spectaculaire qu'à Anjouan où elle se manifeste par d'imposants cirques. Dans ce contexte Mohéli occupe une position plutôt moyenne: le récif quasi continu y est encore peu décollé, l'échine centrale est déjà fortement disséquée mais flanquée d'appareils jeunes et bien conservés, la pédogenèse est en général assez poussée 2.

Des mécanismes climatiques communs à tout l'archipel mais s'exprimant localement de manière différenciée.
La pluviométrie, les reliefs et leur exposition déterminants de différenciation. L'influence du oblitérée par une faible amplitude annuelle - de moyennes oscillant constamment autour de 25° (sauf sont ici les facteurs facteur thermique est l'ordre de 4° et des effets d'altitude).

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La pluviométrie comorienne présente, comme c'est souvent le cas en zone tropicale, une grande variabilité inter-annuelle et localement sur des territoires d'extension réduite, des excentricités parfois très marquées. Le passage aléatoire de dépressions tropicales contribue à amplifier ces irrégularités.

2 Cf. travaux de Battistini R., Le volcan actif de la Grande Comore/Madagascar, Revue de Géographie, n° 10, janv. 1965 et 11, déco 1967, Tananarive; Guilcher A., BerthoisL., Le Calvez T., Battistini R., Crosnier A., Les récifs coralliens et le lagon de l'île de Mayotte, ORSTOM, 210 p., ] 965 ; Latrine E. et Subreville G., Cartes morphopédo]ogiques: Grande Comore, Anjouan et Mohéli, JRAT-Comores, juin ]977.; TricartJ., Une reconnaissance géomorphologique de l'île d'Anjouan, ] 973.

20

ENTRE UNIFORMITÉ

ET DIVERsITÉ

La pluviométrie dépend directement de l'altitude et de la disposition des reliefs insulaires par rapport aux vents dominants (fig. 9) : - La saison fraîche et sèche de l'hiver austral coïncide avec le régime d'alizé du sud-est: le /eusi. Les Comores se trouvent alors en position d'abri et reçoivent des masses d'air partiellement asséchées après leur passage audessus de Madagascar. - La saison « mousson)} l'hémisphère avoir franchi chaude et pluvieuse de l'été austral coïncide, elle, avec la du nord-ouest: le kashkazi. Il s'agit en fait d'un alizé de boréal dévié vers le nord-ouest par la force de Coriolis après l'équateur et pénétré dans l'hémisphère austral.

De fortes précipitations sont aussi relevées lors du passage de la zone de convergence intertropicale, marge mobile de rencontre entre l'air maritime tropical indien générateur de l'alizé et l'air équatorial saturé d'eau et responsable de la mousson (fig. 10).

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Fig. 10: Situation météorologique sur l'océan Indien occidental.

22

ENTRE UNlFORMfTÉ

ET DIVERSITÉ

Des formations végétales naturelles et des paysages qui évoluent de façon divergente.
La végétation climacique est de type forestier tropical per-humide. Cependant ces paysages naturels dominants ont été profondément modifiés par l'homme. Les paysages naturels d'altitude inférieure à 600 nt, correspondant à la zone de peuplement, ont été de ce fait profondément bouleversés et humanisés. En Grande Comore, ce processus se poursuit sous nos yeux. La limite altitudinale des 800 m correspond au tront pionnier des modifications anthropiques irréversibles. La première étape de la
-

déforestation commence par le stade de la bananeraie, sous forêt naturelle.

Bien que peu destructrice d'arbres, la bananeraie condamne à terme la forêt en empêchant les repousses des espèces forestières. Elle prépare ainsi inexorablement les étapes d'une déforestation ultérieure plus poussée. Les paysages actuels constituent l'héritage composite d'apports tloristiques multiples liés à une succession de modes d'exploitation du terroir. À l'intérieur d'un faciès dominant on retrouve souvent, imbriqués en mosaïque, des vestiges d'activités agricoles révolues: plantations à l'abandon, aménagements encore plus ou moins fonctionnels, diffusion de plantes cultivées retournées à l'état sauvage. Une esquisse d'histoire des paysages peut être proposée avec encore beaucoup d'incertitudes à partir des récentes recherches archéologiques et historiques aux Comores: À l'origine du peuplement et durant les «siècles obscurs» (VIIr-XVj il s'agit, semble-t-il, d'une mise en valeur extensive sous forme de cultures itinérantes sur brûlis, à longues jachères associées à des pâturages. Le façonnement de terrasses pour cultures sèches joint à l'absence d'aménagement hydraulique dans les îles à hydrographie pérenne, l'usage de riz pluviaux ou de marais, mais l'absence de riz irrigués, donnent à ce système une tonalité nettement afticaine malgré la proximité du voisin malgache plus asiatique. L'alimentation quotidienne se partageait vraisemblablement entre céréales atricaines (variétés de mil ?), légumineuses du type ambrévades, ambériques ou vohèmes, riz de montagne, bananes à cuire et tubercules (ignames). Une partie de ces productions: riz pluvial, ignames, bananes suggère un milieu forestier ou de marges forestières.

23

MOHÉLI,

LE MIROIR BRISÉ

L'exploitation agricole du milieu reste presque exclusivement vivrière. Les textes anciens ne signalent pas les Comores comme exportatrices des cultures spéculatives appréciées à l'époque: épices, gingembre, sucre de canne. Le coton a sans doute été cultivé comme l'indiqueraient les nombreuses fusaïoles retrouvées - mais on ignore son importancecommerciale. À l'époque classique (XV: - première moitié du XIXj et plus particulièrement au temps des «escales de rafraîchissement» (XVIr'xvnr'), la demande de produits de bouche a stimulé une spéculation sur l'élevage et certaines productions agricoles: agrumes, riz. L'extension des terrains de parcours du bétail, le surpâturage auraient entraîné un épisode d'intense déforestation particulièrement sensible à Mohéli. Cependant consécutivement aux contacts avec les marins européens des voyages de grandes découvertes, de nouvelles plantes cultivées sont introduites et bientôt adoptées: manioc, maïs, patates douces, ananas... Au XVIIr' siècle, la mise en valeur par les Européens des îles à sucre, notamment les Mascareignes, a développé démesurément les besoins en main-d'œuvre servile. La traite négrière est devenue une activité très lucrative dont les Comores ont longtemps profité. Cette période d'opulence s'est traduite par un accroissement de la consommation en produits de luxe, dont le riz, pour lequel, faute d'une production locale suffisante, l'importation est devenue habituelle. Elle a permis aussi, pour certaines familles de notables d'exploiter de grands domaines agricoles de manière spéculative. Cette appropriation, qùi s'opposait à la mise en valeur vivrière et partiellement collective des terroirs par les communautés traditionnelles a préparé l'appropriation coloniale. À partir de la deuxième moitié du XIX" siècle, la mise en place progressive du statut colonial généralise le paysage de la plantation coloniale: plantation en peuplements purs, à ordonnancement géométrique d'essences fréquemment arbustives (cocotiers, caféiers, cacaoyers, girofliers, ylangylangs), ou demandant un couvert arboré, soit comme support pour des lianes (vanille, poivrier), soit comme ombrage. Ce paysage construit s'inscrit uniquement dans la zone littorale inférieure à 400 m d'altitude, car au-delà, pour la majeure partie des cultures spéculatives, les rendements deviennent insuffisants (giroflier et ylangylang: 300 m, poivrier: 300 à 400 In, cacaoyer: 400 m sous ces latitudes, cocotier: 600 m, vanillier: jusqu'à 700 m.).

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ENTRE UNIFORMITÉ

ET DIVERSITÉ

Ce paysage conquérant n'est cependant uniforme ni dans l'espace ni dans le temps. Chaque île tend à se spécialiser: Mohéli pour le cocotier et accessoirement le girofle, la Grande Comore pour la vanille, Anjouan pour les plantes à parfum et le giroflier, Mayotte pour la canne à sucre. Dans chaque île, on observe en outre d'importantes modulations régionales déterminées par les aptitudes culturales locales spécifiques. Ainsi à Mohéli, la façade nord et nord-ouest a pour culture dominante celle du cocotier associé à de petites plantations relictuelles d'ylang-ylang. Par contre, sur le Djando, le giroflier supplante peu à peu les anciennes plantations de caféierscacaoyers, poivriers ou de vanilliers. Compte tenu de leur nature spéculative, des paysages ont pu se succéder selon les aléas de la conjoncture économique: « ères» du sucre, de la citronnelle et de la vanille, du sisal, des plantes à parfum ou enfin du girofle. En raison de l'appropriation coloniale de terres auparavant consacrées aux cultures vivrières, les communautés paysannes dépossédées de leurs terroirs ancestraux et les colonies d'ouvriers agricoles d'origines variées ont été confrontées à un grave problème foncier. En altitude, les sols forestiers suscitèrent des défrichements souvent sauvages: les «grattes». Cependant les défrichements forestiers tout comme les appropriations illicites de terres ou les empiétements restèrent permanents mais limités en raison de la double vigilance de l'administration coloniale comme de celle des grandes sociétés, telle la SAGC., détentrices de la majeure partie du domaine forestier. En fait, devant l'ampleur des besoins fonciers des paysans et plus particulièrement des salariés agricoles, les planteurs ont été conduits à concéder en cultures vivrières certaines parcelles de leur plantation qu'ils ne pouvaient mettre en valeur par eux-mêmes. En revanche, les cultures pérennes étaient strictement interdites sur ces parcelles car symboles d'appropriation. La deuxième moitié du XX" siècle se caractérise par une double évolution: Déclin du paysage de la grande plantation de type européen et déforestation. Les nouvelles possibilités d'émancipation offertes par l'autonomie interne puis l'indépendance, le poids croissant de la pression démographique exacerbent la faim de terres. Partout, elle suscite occupations illégales de terres, squattérisations, défrichements sauvages des marges forestières.

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MOHÉLI,

LE MIROIR

BRISÉ

Le mouvement de réappropriation des terres par les nationaux, tant de manières légales qu'illégales, a atteint sans doute son apogée immédiatement après l'indépendance unilatérale (1976) puis l'installation du régime d'Ali Swalihi et la destruction volontaire du cadastre. La déconstruction du paysage ordonné des plantations n'a pratiquement plus cessé depuis comme parallèlement la déforestation n'a cessé de s'étendre selon des rythmes propres à chaque île. Elle a atteint son point d'achèvement presque absolu et probablement irréversible à Anjouan (fig. Il).

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