Namibie

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Vous voulez connaître le drame que vit la Namibie ? Laissez tomber tous les rapports, toutes les résolutions et plongez-vous, au plus vite, dans le livre admirable de Christine von Garnier que vous avez entre les mains. Vous ne serez pas déçus. Namibie, les derniers colons d'Afrique nous conte l'histoire vraie d'une tragique méprise : celle d'une citoyenne suisse qui, en 1967, avait, avec l'enthousiasme de la jeunesse " largué les amarres " et s'en était allée rencontrer et servir l'Afrique profonde aux côtés de Piet, son mari, tan Namibien de souche prussienne, tout imprégné à son insu de la supériorité de l'homme blanc et de l'immuabilité des choses. Mais voici que, au fil des années et des événements, les yeux de l'auteur se dessillent. Elle découvre, peu à peu, la nature véritable des colons d'origine allemande et des Sud-Africains qu'elle côtoie et la situation misérable des Noirs qui les servent, soumis aux lois de l'apartheid. Cette prise de conscience est à l'origine du drame dont elle va, presque à son corps défendant, se trouver prisonnière. Il lui faudra partir pour tenter de le dénouer. Il lui faudra naître à une vie nouvelle et accepter de laisser place nette aux combattants de la liberté.
Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296389977
Nombre de pages : 192
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NAMIBIE

Les derniers colons d'Afrique

DU MÊME AUTEUR:
La Namibie vue de l'intérieur, jour, Éditions Berger-Levrault, devenir, Paris, sept. 1985. 2e édition revue et mise à Collection Mondes en

-

Katutura revisited 1986, Essays on a black namibian apartheid suburb, Angelus Printing, Windhoek, Namibie. Senghor speaks on Africa, occasional paper, The South African Institute of international affairs, Johannesburg, 1982.

(Q L'Harmattan,
ISBN: 2-85802-797-8

1987

Christine von Garnier

NAMIBIE
Les derniers colons d'Afrique

Editions L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris

PRÉFACE DE EDMOND JOUVE

Pleure, ô Namibie bien-aimée! Christine von Garnier n'est pas une inconnue pour le public français et francophone. Pendant quinze ans, elle a été correspondante du Journal de Genève en Namibie. Parallèlement elle a donné des chroniques à Afrique contemporaine et à Radio France internationale et, durant deux ans, a représenté l'Agence France Presse à Windhoek. C'est dire que, pendant longtemps, elle a utilisé ses compétences pour mieux faire connaître le pays où elle a choisi de vivre. Ses connaissances, elle les fera également partager en publiant à Paris, aux éditions Berger-Levrault, La Namibie vue de l'intérieur, qui, en 1985, connaîtra une deuxième édition. Mais, d'une certaine manière, c'est encore la journaliste qui parle, analysant avec soin une situation particulièrement complexe, recueillant ses informations aux meilleures sources, faisant une place aux tout derniers événements. Namibie, les derniers colons d'Afrique se situe sur un autre registre. Ce n'est plus le Docteur en Sciences sociales qui parle, ni la journaliste, ni le professeur, ni même celle qui, à partir de 1984, travaillait dans les ONG de Namibie faisant de la conscientisation politique et des enquêtes. Celle qui témoigne ici, c'est un être de chair et de sang qui a souffert au plus profond de lui-même. C'est cette souffrance qu'elle nous offre pour une meilleure compréhension du drame majeur auquel l'Afrique, et le monde dans son ensemble, sont aujourd'hui confrontés. L'auteur écrit donc avec son cœur, avec pudeur certes, mais sans fioritures inutiles, et sans cesse avec une éclatante sincérité. Pour
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s'adresser à nous, elle utilise la technique de la lettre. Ces missives, qu'elle envoie à son frère jumeau resté en Suisse, sont autant de petites nouvelles ciselées avec soin et avec amour, autant de séquences qui, au fil des ans, nous restituent le film des événements qui, insensiblement, bouleversent les données de la vie politique et sociale de la Namibie. Dieu seul sait combien Christine von Garnier aime, de tout son être, ce pays en pleine métamorphose! Plus que nul autre, elle aura aimé les contacts avec les Africains et l'Afrique profonde, les senteurs de la brousse, la magie du désert, la poésie des lampes à pétrole de la ferme, mais aussi les léopards tapis au fond des grottes, le tintamarre assourdissant des grillons, les kudus avec leurs longs bois en torsades, les guépards, les autruches et ces merveilleuses

cigognes venues d'Europe

«

petites formes blanches et noires
inondée de la lumière

perdues dans l'immense brousse flamboyante du crépuscule »...

Mais, petit à petit, il apparaît qu'il faudra s'arracher à ces sortilèges, à la splendeur des orchidées, aux levers et aux

couchers de soleil, au « sourire très doux des Bochimans ».
Après avoir, en famille, goûté les charmes du pays, et opposé une résistance têtue au beau-père aristocrate, ce sera le réveil avec la découverte du nationalisme namibien, à travers notamment « Ananias le terroriste» et, aussi la Conférence de la Turnhalle. Cette rencontre lui arrache ce cri: « Michel, la décolonisation de la Namibie a commencé! Tu ne croiras pas ces lignes et pourtant c'est un fait. Quel événement! Des

Blancs qui demandent l'avis des Noirs...

»

Nous voici loin,

en effet, de l'ordre colonial qui, en 1967, régnait sans conteste. Puis ce sera le temps du désespoir, alimenté par la tragédie angolaise et par le départ, un à un, des meilleurs

amis. Fin 1977, Christine von Garnier écrit joliment:

«

La

politique me ravit tous mes amis comme une pieuvre géante ». Les mauvaises nouvelles se succèdent comme un chapelet qu'on égrène. La guérilla s'insinue de plus en plus dans le pays. Les nerfs craquent. Le pessimisme s'installe, et fait des ravages. Pendant ce temps, c'est conscience noire, irrésistible. 8

la montée de la prise de C'est la fuite éperdue des

Blancs «emportant leur vaisselle d'or et d'argent comme Louis XV! » : plus de trente mille ont quitté la Namibie depuis 1975. C'est aussi le temps, pour Christine von Garnier, de s'ouvrir aux réalités de l'Afrique francophone avec des voyages d'études au Sénégal et en Côte d'!voire. Elle y puise la force d'espérer encore, et, en fin de compte, de renaître. Cette renaissance la conduira vers les ONG, « ces petites fleurs fragiles qui fleurissent un peu partout en Namibie ». En six mois d'enquête sociologique dans la township africaine de Windhoek pour le compte des Eglises, l'auteur, de son propre aveu, apprendra plus sur la Namibie qu'en dix-huit ans de journalisme... Et puis viendra le départ, avec des larmes pleins les

yeux... Mais

«

ça valait la peine de venir se perdre pendant

presque vingt ans parmi les derniers colons d'Afrique »... Tels sont les derniers mots de ce livre attachant dont Christine von Garnier fait l'offrande au peuple namibien « noir et blanc ». Souhaitons que ce récit ait tout le succès qu'il mérite. Souhaitons qu'il ouvre les yeux au dernier carré d'irréductibles, défenseurs attardés de privilèges que rien, assurément, ne saurait justifier. Tôt ou tard, la lumière se fera. Tôt ou tard la lumière s'étendra sur l'Afrique. Le témoignage de Christine von Garnier brille dès maintenant, comme une étoile dont la lueur radieuse porte en elle les promesses infinies du jour nouveau qui se lève. Paris, 30 octobre 1986

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«

Soyez durs, soyez indomi-

nés, toute

culture

supé»

rieure est faite de dureté.

Nietzsche

Pour le dialogue en Afrique australe.

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Les peuples de Namibie 12

Carte d'identité de la Namibie La Namibie, dernière colonie d'Afrique, est un pays immense, 824269 km2, une fois et demie la France ou vingt fois la Suisse. Son climat est tropical au nord, subtropical au centre et au sud. L'eau, source de vie, reste son principal problème. C'est un pays d'une beauté impressionnante, la Genèse à livre ouvert. Elle est sous-peuplée, 1 million 200 mille habitants dont la moitié sont concentrés au nord. Il y a onze groupes ethniques différents. Les Blancs ne représentent que 7,5 % de la population totale. Trente mille d'entre eux ont quitté la Namibie ces dix dernières années choisissant le chemin de l'exode comme ceux de l'ex-Rhodésie. La situation économique de la Namibie ne cesse d'empirer. Comme tous les pays africains, ses exportations sont soumises aux fluctuations du marché mondial: uranium, cuivre, viande, peaux d'astrakan. La contribution du secteur minier au PIB, en termes réels, est passé de 98,4 % en 1970, à 44 % en 1980, puis 27,5 % en 1983... Sa croissance de 2,7 % en 1981 à - 5,4 % en 1983... son revenu réel per capita de 1 012 dollars en 1975 à 520 dollars en 1983. Tout cela est dû à l'insécurité politique, l'exode des Blancs, la sécheresse, la crise économique mondiale, la mauvaise gestion des ressources naturelles. La Namibie a été sous colonisation allemande de 1884 à 1915. Depuis lors, elle est sous colonisation de l'Afrique du Sud qui refuse de lui donner l'indépendance à cause du
« danger communiste » représenté par la présence cubaine et soviétique en Angola. Ce point de vue est partagé par les Américains qui ont lié l'application de la résolution 435 au retrait cubain d'Angola: pas d'élections sous supervision internationale en Namibie avant le retrait cubain.

Ce point de vue n'est pas accepté par la SWAPO et la majorité afro-asiatique à l'oNu. La SWAPO est le mouvement de libération de la Namibie depuis 1966. Elle est armée par les pays de l'Est. Elle réclame l'application immédiate de la résolution 435 qui a aussi été acceptée par le gouvernement 13

sud-africain en 1978. Elle jouit actuellement d'un fort soutien en Namibie. Elle compte 40 à 80000 exilés dont plusieurs milliers vivent dans des camps en Angola et en Zambie. Les jeunes y sont entraînés à la guérilla par des instructeurs cubains, allemands de l'Est, palestiniens et russes.

En juin 1985, le gouvernement sud-africain a installé un
nouveau gouvernement provisoire « d'unité nationale » en Namibie. Le précédent avait échoué. En fait, il n'était pas dans l'intérêt du gouvernement sud-africain qu'un gouvernement multiracial réussisse en Namibie. Cela aurait eu des conséquences catastrophiques pour l'Afrique du Sud ellemême... Les Namibiens doivent donc attendre qu'il y ait lIn certain équilibre avec leur voisine qui est en train d'effect:.ler des réformes. Ce nouveau gouvernement transitoire est assis sur tout un apparatchik dont presque tous les postes-clés sont occupés par des Sud-Africains qui sont venus s'installer en Namibie ces dernières années, ou des Namibiens d'origine boer. Ainsi donc, au nom du danger communiste, le gouvernement sud-africain continue de contrôler ce territoire de statut international depuis 1920 (mandat de la Société des Nations). Les habitants ont l'impression que leur destin va ressembler à celui des territoires occupés par Israël en 1967 : mêmes méthodes, même contrôle des élites, même contrôle policier et militaire. Ces Namibiens vivent l'aventure humaine aux heures différentes de l'humanité. Il y a les Bochiman qui ont « vécu» leur âge de la pierre il y a environ 150 ans. Les Blancs qui pensent survivre avec leurs ordinateurs. La guerre coloniale de libération est devenue une guerre civile. Soixante et un pour cent des effectifs de l'armée sudafricaine-namibienne sont représentés par des Namibiens qui gagnent ainsi leur pain quotidien... Il y a quelques années encore, c'étaient des gens paisibles dans ce paradis perdu. Le conflit Est-Ouest les a saisis eux aussi.

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LA FAMILLE

Welgelegen, juillet 1967
Une tendresse originelle Cher Michel, Tu m'as bouleversée l'autre jour à l'aéroport de Zürich avec tes larmes, avant mon départ définitif pour la Namibie avec le mari que j'avais choisi dans ce pays. C'est vrai que nous avons passé une tendre enfance entre frères et sœurs, d'autant plus intime que nous sommes jumeaux et avons partagé tous nos jeux et premières amours. Tu te souviens, quand nous jouions aux indiens dans la forêt voisine qui était habitée par des centaines de corbeaux dont les cris rauques nous glaçaient d'effroi le soir venu? Nous avions chacun « notre arbre » pour nous battre ou nous retrancher. J'étais toujours contre toi. Et les concours de ski? Toi et les autres, vous ne me vouliez pas, parce que j'étais une fille et vous battais souvent! Tu es resté silencieux à Zürich pendant ces quelques heures d'attente interminable. Tu te demandais sans doute quelle mouche avait piqué ta petite sœur de tous vous planter là, sans une larme et l'...ir heureuse de s'en aller. Comme cela a dû te faire mal. Comment t'expliquer cette fuite, car ça en était bien une? Je ne le peux pas encore, mais peut-être qu'un jour je comprendrai mieux moi-même. Je sentais depuis des mois un malaise indéfinissable monter en moi. l'en voulais à cette société qui m'avait permis une éducation très sophistiquée, une licence en sciences sociales, et qui n'était pas capable ensuite de me fournir un travail. En plus je suis une femme et en Suisse, ce n'est pas drôle, je n'ai même pas le droit de vote! Mais là n'est pas l'essentiel. Ce que je veux plutôt dire, c'est que quand je me suis trouvée en concurrence avec un homme pour une place de travail, c'est toujours l'homme qu'on a préféré. « On a peur que vous vous mariiez ", m'a dit un employeur, sans penser à mal... Comme si donner la vie était moins important. Où serait-il celui là s'il n'avait pas eu une mère? Oui, c'est sûr, je suis partie parce que je veux être une femme à part entière. L'amour et le travail. Dans les pays en voie de développement, les femmes qui travaillent ont facilement de l'aide à la maison. Mais il y a bien d'autres

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raisons obscures que j'hésite à mentionner. Peut-être les Suisses eux-mêmes. Tous mes copains étudiants m'ennuyaient avec leurs théories du développement et de la révolution, leur grandes idées à refaire le monde, alors qu'ils ne sont pas capables de passer à l'action, de descendre dans la rue et de dire: « On en a assez, on veut une autre société,

fondée sur d'autres valeurs que l'argent et le profit.

»

Les

étudiants que j'ai admirés le plus étaient précisément ceux qui venaient de loin, qui préparaient la révolution chez eux. Et puis, il y a cette force d'inertie de l'esprit suisse, cette auto-satisfaction de l'acquis, ce manque d'imagination, cette résignation de la majorité des femmes... Alors, voilà, j'ai préféré larguer les amarres, me marier avec un garçon du Tiers-Monde, qui n'est pas un révolutionnaire, mais qui, je crois, me donnera la possibilité de m'épanouir, mieux que n'aurait pu le faire un Suisse que j'aurais sans doute fini par agacer. C'est connu, les femmes intellectuelles ne sont pas particulièrement aimées des Suisses. J'ai donc fait le saut dans l'inconnu. Je ne saurai probablement jamais si j'ai eu tort ou raison.
Pour de l'inconnu, je suis servie, je t'assure. J'habite avec Piet une ferme si isolée qu'il n'y a personne à 20 kilomètres à la ronde. Nous sommes seuls avec une vingtaine d'employés noirs et leurs familles. Seuls avec l'immense solitude qui nous entoure et que j'apprends lentement à apprivoiser, car ce silence m'effrayait au début, moi qui ai toujours vécu dans une ville. La Suisse, on peut la mettre vingt fois dans ce pays! Et il n'y a pas même un million d'habitants. Alors tu comprends que si j'ai une querelle conjugale, je ne peux pas sonner chez la voisine d'en face ou téléphoner à mes parents. Le couple prend une toute autre dimension et signification: il est lié à la vie et à la mort, il se crée tout seul, la complémentarité est évidente. Sans lui, je n'arriverais pas à survivre même quelques jours, sans moi, il dépérirait vite physiquement et moralement, car des femmes tu n'en trouves pas à tous les coins de rues! Nous sommes donc seuls au milieu de 5 000 hectares dans lesquels broutent six cents bœufs, eux aussi étrangement silencieux, chez nous je n'avais jamais vu une vache sans sa belle cloche qui résonnait loin à la ronde. Ici, au détour d'un épineux, tu te trouves soudain nez à nez avec ces superbes vaches blanches, les 18

brahmanes, et leurs cornes qui font penser à de grandes lyres. Elles ont quelque chose de plus doux et de plus tendre que les nôtres qui ont l'air plus pressées de faire leur lait... Quand je me suis penchée du hublot du Boeing pour regarder mon nouveau pays d'adoption, après douze heures de vol non-stop, je n'ai vu tout d'abord que des dunes de sable à perte de vue. L'avion venait de quitter l'océan Atlantique pour survoler le désert du Namib en entrant par la côte des Squelettes (joli nom n'est-ce pas ?). Le soleil d'Afrique, boule de feu énorme, se levait sur ce paysage d'une très grande tendresse originelle. J'ai pleuré d'admiration. Je me souviens d'avoir éprouvé les mêmes sentiments en regardant un lever de soleil du seuil d'une cabane dans les Alpes où nous étions en course d'école. Mais il n'y avait pas cette tendresse. Ensuite, la savane est apparue avec son herbe jaune, sa terre rouge et ses épineux. De temps en temps, on pouvait distinguer une ferme blanche au milieu de ces immenses étendues. Une solitude impressionnante. Je cherchais des villes, des villages, comme il y en a dans tous les pays, mais c'était le néant. En touchant le sol de la Namibie pour la première fois, je me suis soudain demandée si je n'étais pas folle de m'être embarquée dans une telle aventure. J'ai été prise de panique. Qu'est-ce que j'étais venu faire ici? Mais le tendre souvenir de la vision grandiose de mon premier lever de soleil africain a tout effacé. C'était le 4 juin 1967, l'hiver austral m'accueillait. La Namibie baignait dans une luminosité divine qui enveloppait toute chose de couleurs féériques. Cela m'a rappelé la lumière d'automne dans nos forêts du Jura. L'intendant d'une des deux fermes du père de Piet était venu nous chercher avec sa femme. Je me souviendrai toujours de sa poignée de main, une main énorme et ferme qui m'a courbée en deux! Sa femme m'a prise gentiment par les épaules. Tout est si nouveau et si incompréhensible pour moi que
je me sens en « situation d'attente ». J'ai l'impression d'être comme ces animaux qui changent de pelage quand ils se trouvent dans un autre environnement. J'essaye de faire le lien entre ce que je suis encore avec mon éducation européenne, mon système de valeurs, mes connaissances acquises à l'université, mes illusions et mon idéalisme, et le nouveau monde qui m'entoure et me submerge. Je me sens 19

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