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PHYSIOLOGIE DU MUSICIEN

@ L'Harmattan,

1996

ISBN: 2-7384-4366-4

ALBERT CLER

PHYSIOLOGIE

DU MUSICIEN

Précédé d"'Une microsociologie populaire: les physiologies du X/Xe siècle ", Avant-propos de Jean-Philippe Bouilloud
Vignettes de Daumier, Gavarni, J anet-Lange et Valentin

LES INTROUVABLES

La collection Les Introuvables se propose de publier des ouvrages . épuisés, voire inédits, d'auteurs connus ou oubliés sur différents sujets touchant les arts, l'histoire, les sciences humaines et l'ésotérisme. Son seul souci est d'offrir aux amateurs des livres curieux et originaux que les aléas de l'édition ont rendus indisponibles. L'utilisation d'exemplaires anciens préserve les paginations originales, aux dépens quelquefois du confort de la lecture.

Une microsociologie populaire: les physiologies du XIXe siècle
L'état philipparde, bourgeois, celui-là même qui caractérise la royauté louisen accroissant le tout

est plein de richesses insoupçonnées:

pouvoir de la démocratie parlementaire, en rendant plus discutable embastillait

il favorise l'impertinence

la censure. Alors que pour des vétilles on pourra comparer le roi à

un siècle plus tôt, ûn humoriste

un fruit mûr en mettant les rieurs de'son côté et sans craindre pour sa vie: c'est la "physiologie de la Poire" par "Louis Benoît, jardinier"

(en fait, S.P. Peytel) parue en 1832.

Dès lors, tout ce qui se publiait auparavant delà des frontières l'apothéose pénètre insidieusernent

sous le manteau et au

les étals des libraires. C'est. Gavarni et

de la satire, l'heure

de gloire des Daumier,

autres Rivarol, qui vont illustrer les différents fascicules. Mais qu'est ce qu'une L'étude "physiologi£" ?

de Mademoiselle

Andrée Lhéritier (1)reprend avec bonne

grâce la définition farfelue donnée par la Physiologi£ des Physiologies, (1)

A. Lhéritier, Bibliographie descriptive Paris, Service International de Microfilms.

des Physiologies,

1966,

II
audacieuse mise en abyme qui témoigne de l'importance du genre comme de sa capacité à l'auto-dérision: "Physiologie : ce mot se compose de deux mots grecs dont la signification est désormais celle-ci: volume in-18, composé de 124 pages et d'un nombre illimité de vignettes, de culs de lampes, de sottises et de bavardages (logos) à l'image des gens niais de leur nature (physis)" Cette pseudo-érudition traduit l'essence même de l'esprit des

physiologies: rire de ce qui fait pompeux, sérieux, respectable. Bref, en un mot, bourgeois. On retrouvera, sous une forme magnifiée par l'envergure poétique, cette critique violente chez Rimbaud ou les "Vilains Bonshommes".
Mais on manquerait une caractéristique importante de ce genre si

on ne voyait, dans ces petits textes, que des pochades et des billets d 'humeur. Au delà, c'est une sorte de "microsociologie se déploie, mais une microsociologie étudiera relation savamment religion caricaturale: populaire" qui là ou Durkheim en

les causes du suicide, on substituera

où Weber mettra des considérations

et économie,

oiseuses et pseudo-scientifiques

sur les contemporains.

III
Les physiologies se déploient ainsi sous un angle doublement critique: vis à vis des méthodes scientifiques et vis à vis de la société, dépeinte férocement.
Ces méthodes dont on se moque sont issues des théories médicales

de l'époque,

et des ouvrages

descriptifs

qui constituent

les

physiologies originales: autrefois

Balzac dit ainsi que "la physiologie était occupée à nous raconter le

la science exclusivement

mécanisme du coccyx, les progrès du foetus ou ceux du ver solitaire, matières peu propres à former le coeur et l'esprit des jeunes personnes et des enfants. Aujourd'hui la physiologie est l'art de parler et

d'écrire incorrectement de n'importe quoi sous la forme d'un petit livre bleu ou jaune qui soutire vingt sous au passant sous prétexte de
le faire rire et qui lui décroche les mâchoires". De la science, les physiologies Gall) les méthodes inductives phénomènes observés, empruntent les références (Lavater,

pour expliquer de manière absurde des d'espèces chères à la idéal-

les caractérisations professoral.

zoologie, et le ton quelquefois typiques des observations, sociologie naissante,

Par les définitions

elles constituent

aussi une caricature de la des

qui se développe

aussi dans le voisinage

sciences de la nature, que ce soit avec Comte ou Spencer.

IV
Cette critique de la métfwde se juxtapose aussi d'une dérision de la société de l'époque, confite dans sa confiance aveugle et positiviste

envers la science. Cette "sociologie critique" avant la lettre n'est pas une "étude sur", mais un "pamphlet contre" : contre les modalités de ce retournement qui voit à la fois se déployer le règne de l'argent (et

ici le regard rejoint celui de Zola) sous les auspices de la Raison et du progrès, et en même temps se développer l'absurdité, et impersonnelle de maîtriser trouvera absurdité (physiologie de l'injustice, forme moderne

pathologie de la Raison dans son désir social. Là où le XVIIIe France y verra siècle :

la totalité

de l'espace

l'affaire

Calas, Anatole

Crainquebille modernes loisirs

des nouveaux de l'homme

règlements

et des pratiques

de loi, du médecin),

des nouveaux

(physiologie du musicien)

et des valeurs de toute une société.

C'est par ce regard auto-ironique, qui singe jusqu'aux pratiques des sciences nouvelles en train de se construire, que la société

française, et surtout parisienne, du milieu du X/Xe siècle prend conscience d'elle-même. En cela, elle pratique une sorte de

microsociologie sauvage, populaire, qui présente le charme de la
contrebande et procure le plaisir du mot juste.

Jean-Philippe

Bouilloud

CHAPITRE

PREMIER.

De la mu~ique primitive. - Non-définition.

jpn ici-bas n'est resté dans le vague; il Y a près de cinq mille ans que l'op a inv,enté la synthèse et l'analyse, espèces d'appareils de l\larsh destinés à décomposer les mots et les idées, à en extraire Je résidu significatif, utrement dit le sens brut, autrement dit encore la définition. A l'aide de ce procédé, tout a été classé, expliqué; les cases du monde intellectuel pourraient être étiquetées comme celles d'un magasin d'épiceries, "Sur lesquelles on lit en gros caractères: ((

Raisiné, cannelle, noir-animaI, )) etc.

6

Par une exception unique et vraiment extraordinaire, la musique n'a pas encore été .définie. Hâtons-nous d'ajouter que ce n'est pas faute de définitions: au contraire, il en existe des douzaines; mais, eUes se (o.ombattent et s'annihilent réciproquement. Il nous semble cependant que, sur un pareil sujet, c'était le 'cas, ou jamais, de se mettre d'accord. Et d'abord, il y a divergence d'opinions sur l'étymologie même du mot; les uns prétendent que M'U~ique vient du' grec, les autres qu'il dérive de muse. Mais sur le terrain de la définition, il Y a bien un autre chaos d'opposilions et d'obscurités. Suivant Aristote (voir sa Poétique) : « la musique est un art ineffable dont les dieux se

sont réservés la clef... de fa ou de sol, sans
)

doute. Ce grave philosophe ne dédaignait point le calembour. Suivant Jean-Jacques Rousseau: «c'est l'art de combiner les sons d'une manière agréable, à l'oreille. Si l'agrément constitue l'essence exclusive de la musique, que deviennent, je le demande, tant de fastidieux chanr)

teurs de société,

cIarlnette, etc., etc. .

.

7 tant d'atroces joueUlos de

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la musique est la parole de l'âme sensible, comme la pa-.
Suivant 1\1. de Montlosier:
(e

role est le langage de l'âme intellectuelle.n
Très-joli! seulement, pendant qu'il était en train, l'auteur aurait bien dû définir sa définition.

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