POUR UNE DÉMOCRATIE AU CONGO-KINSHASA

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La politique africaine en général reste dominée par l'échec des transplantations " clé-en-main " des institutions européennes et des régimes, militaires surtout, hérités de la colonisation. Tout se passe comme si la démocratie notamment n'était pas adéquate pour l'Afrique. Cependant, la paix, la sécurité et le développement ne sont possibles que dans un Etat de droit et démocratique. Peut-on transposer à l'identique les acquis politiques et institutionnels d'un peuple dans un autre espace politique sans la prise en compte des réalités locales et singulières ?
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
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EAN13 : 9782296270060
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POUR UNE DEMOCRATIE AU CONGO KINSHASA

Collection Études Africaines

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Enjeux

pour l'Afrique subsaharienne, 2001. Gabriel GOSSELIN, L'Afrique désenchantée, vol.I, 2001. Jean-Marc ELA, Guide pédagogique de formation à la recherche pour le développement en Afrique, 2001. Albert G. ZEUFACK, Investissement privé et ajustement en Afrique subsaharienne, 2001. Silvère Ngoundos IDOURAH, Colonisation et confiscation de la justice en Afrique, 2001. Alain MENIGOZ, Apprentissage et enseignement de l'écrit dans les sociétés multilingues, 2001. Pierre ERNY, Essais sur l'éducation en Afrique Noire, 2001. Mathurin C. HOUNGNIKPO, L'Afrique au passé recomposé, 2001. *

LEONMAT ANGILA MUSADILA

POUR UNE DEMOCRATIE AU CONGO KINSHASA

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torioo ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1467-6

Ce /ivre est dédié à

Matangila

Mikubu Justine et Henriette Lunzeyi pour tant d'amour et de privation

REMERCIEMENTS

Toute ma gratitude se tourne vers tous ceux qui, de loin ou de près, d'une manière ou d'une autre, ont soutenu mon effort dans la réalisation de ce livre et me témoignent d'une affection particulière. Je pense à Justine Matangila Mikubu. Je suis très reconnaissant aux professeurs Françoise Bonarde] et Georges Nga] qui n'ont jamais ménagé de leur temps pour m'aider à progresser et dont les conseils me sont précieux. Que les professeurs Jean Claude Biebie,Tsakala et Kaumba, les Editions L'Harmattan, Vincent Kekolemba, le Général Major bénoît faustin Munene soient remerciés pour l'amitié et la &aternité qu'ils me réservent. Je suis redevable à mes parents, Fernand Matangila et Henriette Lunzeyi dont les sacrifices et les privations ont permis mon accès à I'humanité. Mon affection et mon meilleur souvenir à tous les amis qui m'ont soutenu de façon particulière: Côme Khonde, Raymond et Marie-Louise Vatier, Jean et Monique Ménard, Jean-François et Catherine Bailly, Bernard et Dominique Hollebeke, Marie France et Hector Smith, Stéphane Smith. Merci aux amis: Honoré Kombo, Théodore Baluba, Alain Lukanga, Théophane Malongi. Merci à tous les miens: les familles Matangila, Kipotika, Musadila, Mubwakindu, Ngoma, Kiweme, Mulatre, Shialuka, Kasay, Mukombo, Sahumba, Mikubu et ngwanza. Que soient remerciés tous les amis dont les souvenirs restent gravés dans mon cœur et que ces pages ne peuvent contenir.

INTRODUCTION

GENERALE

A l'heure actuelle, la politique africaine en général et congolaise en particulier reste dominée par l'échec des transplantations «clé-enmain» des institutions européennes et des régimes, militaires surtout, hérités de la colonisation. Tout se passe comme si la démocratie notamment n'était pas adéquate pour l'Afrique. Face à cet afropessimisme, il me semble cependant que la sauvegarde de la paix, de la sécurité des biens et des personnes, du développement, n'a pour condition de possibilité qu'un Etat démocratique et de droit où règne la force de la loi et non la loi de la force. Je suis convaincu que l'Afrique est un laboratoire pour le test de cette condition. Comme l'a bien vu Baechler, « un examen attentif et éclairé d'un passé politique d'une étonnante richesse et diversité, permet de conclure que l'Afrique, contrairement à tous les préjugés et à toutes les tentations de désespérer, réunit partout toutes les conditions requises pour des transcriptions démocratiques réussies» 1. En effet, Baechler distingue trois visions sur la démocratie: rationaliste, empiriste et réaliste. A ses yeux, pour la vision rationaliste, courante en Europe et aux USA, la démocratie est une invention occidentale et européenne comme la science, la technique et l'industrie. Il faut alors une reproduction à l'identique des institutions politiques occidentales de la tradition des Lumières du dix-septième et du dix-huitième siècles. Cependant, I'histoire montre combien de nombreuses transpositions ont manqué en Amérique latine libérée de l'Espagne et du Portugal dès le début du dix-neuvième siècle et en Afrique, soucieuse d'imiter la France et la Grande Bretagne dans les années 1960. Selon la vision empiriste, les circonstances de l'émergence des démocraties occidentales sont liées à des conditions et à des milieux uniques. Dès lors, tout effort de transposition est voué à l'échec. Pour moi, le négatif de ce courant est de proposer aux non occidentaux de se débrouiller tous seuls. La position réaliste enseigne que les hommes visent justement la paix et la justice comme fins de

I

BAECHLER, J., «Des institutions démocratiques pour l'Afrique », dans Revue
et coopération, avril-juin 1992, n02, Le Vésinet,

juridique et politique, indépendance Edition Ediena, 1992, p.164.

toute activité politique; la démocratie serait le régime approprié à la réalisation de ces fins car le pouvoir existe quand les hommes agissent ensemble; la démocratie veut la réunion de certaines conditions; le peuple peut alors transcrire les principes invariants et universels du régime démocratique en institutions adaptées aux conditions locales héritées de l'histoire. Ainsi, chaque peuple doit inventer sa démocratie en tenant compte des expériences d'autrui et les transplantations réussies en Occident depuis le siècle des Lumières. Peut-on dès lors, comme le propose le courant rationaliste, transplanter les acquis politiques et institutionnels d'un peuple dans un autre espace politique sans tenir compte des réalités locales et singulières? Faut-il ignorer la contextualité et la spécificité des données culturelles et sociales, marquées par l'espace et le temps? La gestion d'une cité n'implique-t-elle pas le respect de l'identité de ce peuple? Peut-on transposer purement et simplement, à l'identique, ce qui a été vécu ailleurs, sans une remise en question et sans adaptation adéquate? Cependant, pour l'émergence des démocraties locales, fautil, comme le propose la tradition empiriste, laisser chaque peuple se débrouiller tout seul, sans prendre en compte les riches expériences et les progrès d'autrui? Peut-on envisager de nos jours un repli sur soi pour la sauvegarde de son identité politique et culturelle sans être un obstacle à l'effort actuel de la mondialisation avec l'essor de la technologie, de la communication, de l'Internet notamment? Une riche démocratie n'implique-t-elle pas la revalorisation à la fois des acquis locaux et spécifiques d'une part et, d'autre part, la mise à profit des apports des autres? Telles sont les questions auxquelles mes pages tentent de répondre à travers l'expérience politique congolaise. Mon investigation est dès lors une réflexion sur les conditions des possibilités d'une démocratie authentique au Congo Kinshasa. En effet, lors de son accès à l'indépendance en 1960, la constitution congolaise est marquée par un régime parlementaire et multipartiste. Elle soutient la liberté d'opinion, d'élection, de pensée. Le Congo est un Etat unitaire, avec la distinction des trois pouvoirs (exécutif, judiciaire et législatif). Seulement, les partis politiques de l'époque furent pour la plupart marqués par le régionalisme, le tribalisme et l'ethnicisme. Les différentes sécessions (le Katanga et le Bas-Congo) et les rébellions ont conduit à penser l'imminent éclatement du pays. L'unitarisme a été l'unique voie pour le maintien de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale, certes au prix du sang (de 10

Lumumba notamment). Tel est le mérite principal du long règne de Mobutu dès 1965 comme je le verrai. Malheureusement, Mobutu a consacré la fin de l'Etat de droit et du régime parlementaire, la suppression de toutes les libertés (d'opinion, de presse, d'élection) et des partis politiques. Il arrive à l'instauration d'un système autoritaire et dictatorial à Parti unique avec l'essor du clientélisme, du favoritisme comme de J'impunité ainsi que l'institutionnalisation des anti-valeurs (vol, corruption...). Il me semble que le mal par excellence du régime mobutiste est d'avoir rendu impossible l'émergence d'un sujet politique congolais et d'avoir favorisé la négation des liens de l'homme congolais avec la nature comme avec les autres. Je crois que ce qui est réellement nié, c'est la capacité du congolais à entreprendre du neuf au monde, avec les autres. Il me semble que cette période est marquée par la prétention de tout régime totalitaire: celle de partir de zéro, de produire un congolais nouveau, une humanité de masse, de maintenir seul le monopole de la vérité, de favoriser l'extermination institutionnelle de tout le tissu social et la destruction des liens interhumains. Il ne serait pas exagérer de soutenir que les congolais sont devenus une masse, tout était permis et tout était possible. Comme le disait Hannah Arendt: « détruire l'individualité, c'est détruire la spontanéité, le pouvoir qu'a I'homme de commencer quelque chose de neuf à partir de ses propres ressources (...) Le mal radical est, peut-on dire, apparu en liaison avec un système où tous les hommes sont, au même titre, devenus superflus» 2. Ainsi, « l'abominable prend la place de l'admirable, du vénérable )}3. Le régime de Mobutu me semble être le symbole de l'échec des régimes hérités de la colonisation, le symbole du piège des indépendances accordées aux Etats atricains et de toute politique de transplantation qui ne prendrait pas en compte les réalités locales et authentiques d'un peuple. Dès lors, à quelle condition une communauté politique et démocratique congolaise est-elle ef!core pensable? Comment concevoir l'émergence d'un sujet politique congolais? Comment penser à nouveaux trais le vivre-ensemble au Congo Kinshasa et une cité politique congolaise après les années de dictature? Ma

2

ARENDT, H., Les origines du totalitarisme. Le système totalitaire, Paris, Seuil,
Paris, Calmann-Lévy, 11 1995, p. 168.

1972, pp. 122 et 201. 3 RICŒUR, P., La critique et la conviction,

problématique consiste à me demander comment envisager des institutions démocratiques au Congo Kinshasa après le régime mobutiste, en tenant compte à la fois des richesses culturelles locales et des apports des autres, de l'Occident notamment. En d'autres termes, que peut apporter à la modernité politique congolaise le modèle ancestral de la gestion du groupe? Dans une Afrique en quête d'identité politique, des institutions viables et stables, mon travail trouve un intérêt particulier et un sol ferme. Mon objectif est de montrer que l'Afrique en général, singulièrement le Congo Kinshasa, nonobstant l'afro-pessimisme, réunit les conditions pour un décollage démocratique et l'instauration des Etats de droit. Il s'agit pour moi de mettre à profit, pour une démocratie congolaise authentique, certains acquis traditionnels, respectant ainsi nos identités, ouverte toutefois aux apports extérieurs, régionaux et internationaux. En effet, « il y a toujours une solution démocratique à tous les problèmes politiques de tous les hommes. En conséquence, s'il est tristement vrai que l'Afrique - il vaudrait mieux dire les Afriques est dans une impasse 'unitaire/ étatique/ autocratique', elle n'est en rien acculée dans une impasse 'fédérale/ politique/ démocratique' »4. Mon travail part d'une triple hypothèse: 1. Les institutions politiques sont liées à l'espace et au temps. Comme l'a bien vu Baechler, « les institutions en général et les institutions politiques en particulier sont des produits de l'histoire et non des bureaux d'études »5. 2. A ne pas respecter les données locales culturelles, politiques et sociales, c'est-à-dire à faire violence à la réalité, on aboutit souvent à des dérives politiques et aux mauvais régimes qui ne garantissent pas la paix, la justice, la liberté et la prospérité. 3. Il appartient aux africains eux-mêmes de tracer des chemins vers une démocratie authentique et de travailler pour l'émergence des institutions stables et prospères. Je crois ainsi faire mien le défi lancé par Baechler: « Les Africains doivent inventer leurs institutions démocratiques et non pas les emprunter. Ils doivent et se doivent d'instaurer le plus possible des situations d'expérimentation institutionnelle, pour en faire émerger les
4 BAECHLER, Op. Cil., p. 181. S Ibid., p. 180. 12

institutions politiques les plus efficaces et les plus stables (...) Il revient aux Africains eux-mêmes de se sortir de l'impasse, pour emprunter la route de la liberté et de la prospérité}) 6. L'échec des transplantations «clé-en main» des institutions occidentales se vérifie à travers l'Afrique en général. Je me limite au seul cas du Congo Kinshasa que je considère comme un exemple panni tant d'autres. La démocratie a une histoire que je n'évoque pas dans le cadre de ma réflexion. Je n'ai pas non plus la prétention d'épuiser la pensée sur les richesses culturelles à revaloriser pour un Congo vraiment démocratique: d'autres réflexions restent possibles. Je reconnais notamment que l'analphabétisme, le faible niveau d'instruction et de formation de plusieurs concitoyens, le régionalisme, l' ethnicisme, le tribalisme, la paupérisation de la population et la guerre actuelle sur le sol national ne favorisent pas toujours tout effort démocratique. Il y a certes plusieurs approches du concept de démocratie. Pour ma part, je la définis avec Hannah Arendt comme «espace public de libre apparition », de libre concertation, discussion, débat, de libre compromis et consensus dans le respect des différences comme des opinions. Ma démarche est une analyse historique, descriptive, réflexive et critique. Mon investigation porte sur quatre chapitres. Le premier est un rappel des généralités du Congo Kinshasa: un pays à riche potentialité pour son décollage économique et politique. Le second est l'étude de certaines valeurs culturelles à redynamiser dans un contexte démocratique. Certains anciens royaumes et empires du Congo d'avant la colonisation nous éclairent au troisième chapitre sur le mode traditionnel de la gestion de la cité. Le dernier chapitre est l'étude de I'histoire politique du Congo, de 1885 au 17 mai 1997, une histoire riche. Ma conclusion générale est un effort pour penser une démocratie au Congo Kinshasa. Je parle des valeurs locales à intégrer et celles universelles à redynamiser.

6 Ibid., p. 180. 181. 13

CHAPITRE 1 GENERALITES SUR LE CONGO KINSHASA: LE CADRE

Réfléchir sur les conditions de possibilités pour des institutions démocratiques au Congo Kinshasa m'oblige à restituer le cadre de la population à qui il faut assurer équitablement la répartition des tâches, des rôles, des droits et des devoirs. Le cadre du Congo est à la fois une chance et un piège pour un essor démocratique: telle est la raison de ce chapitre. Je parle de la géographie, de la géologie et des ressources minérales, du relief, du cJimat, de I'hydrographie, de la végétation et de la population du Congo.

1.1 Situation géographique Treizième du continent africain, quatre-vingts fois plus grand que la Belgique et quatre fois et demi la France, le Congo Kinshasa s'étend sur 2.344932 km2 en latitude. Il se situe entre 5°2' de latitude nord et 13°50' de latitude sud. La longitude va de 12°15' à 31°15' de Greenwich. Il a 9165 kms de frontières. Au nord-ouest et au nord, le Congo Kinshasa a pour voisins le Congo-Brazzaville et la République Centra&icaine. Il partage avec eux plus de 1200 kms de fleuves (Congo, Oubangui et Bomu). Le partage des eaux du Nil limite le Congo Kinshasa du Soudan. A l'est, il est séparé de l'Ouganda par les lacs Albert, Semliki, Ruwenzori et Mobutu. Le lac Kivu le sépare du Rwanda, le lac Ruzizi du Burundi, le lac Tanganyika de la Tanzanie. Au sud, la limite géographique et ethnique est mal caractérisée avec l'Angola. La ligne de partage des eaux Congo-Zambèze le sépare de la Zambie. Al' ouest, le pays a 40 kms de côte atlantique. La frontière longe l'enclave portugaise de Cabinda, la crête du bassin du fleuve Congo et du Kwilu Niari pour aboutir au Manyanga, à 150 kms en aval du Pool Malebo. 14

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