RENSEIGNEMENT ET OPERATIONS SPECIALES N°1

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Ce premier numéro rassemble des articles sur le renseignement chez les Vikings, les services de renseignements français en Indochine et en Chine, les SAS français en Bretagne et en Hollande, les Forces spéciales soviétiques, les origines de la guerre subversive, les décryptements américains contre les Japonais.
Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296385542
Nombre de pages : 190
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RENSEIGNEMENT
OPERATIONS
~ ~

&

SPECIALES

1999 ISBN: 2-7384-7730-5

@ L'Hannattan,

Revue dirigée par Eric Denécé

RENSEIGNEMENT & OPERATIONS SPECIALES
~ ~

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES SOMMAIRE
N° 1 Mars 1999

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Editorial Eric Denécé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

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"La tradition et la pratique du renseignement chez les Vikings" Jean Deuve . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 19
"L'organisation et l'unification des services de renseignement français en Indochine et en Chine (1940-1944)"

Fabienne Mercier. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 39
"L'autre Ultra. Magic: Les décryptements pendant la Seconde Guerre mondiale" américains

Gilbert Bloch. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 63
"Contribution des forces spéciales à une mission d'interdiction stratégique: l'exemple des SAS français en Bretagne (juin 1944)" Jean-Jacques Cécile. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 119
"Un nouveau concept d'emploi des forces spéciales: les SAS français et l'opération Amherst (Hollande, avril 1945)" y ann Lagadec . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 13 5

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RENSBGNEMENf &OPÉRATIONSSPÉCIALES

"Les forces spéciales soviétiques (1917-1991)" Eric Denécé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157 "Les origines de la guerre subversive" : interview du Général de Marolles Fabienne Mercier et Eric Denécé . . . . . . . . . . . . . . . . .. 175

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Gilbert Bloch Ancien économiste statisticien d'un organisme international. Historien, auteur d'articles et d'ouvrages sur le chiffrement, les décryptements et l'intoxication pendant la Seconde Guerre mondiale. Jean-Jacques Cécile Ancien membre d'une unité spéciale et du renseignement militaire français. Journaliste indépendant, auteur d'ouvrages sur le renseignement et les opérations spéciales. Eric Denécé Ancien analyste du renseignement. Docteur en sciences politiques. Enseignant et consultant en intelligence économique. Rédacteur en chef de RENSEIGNEMENT &
OPÉRATIONS SPÉCIALES.

Jean Deuve Chef de groupement de guérilla anti-japonais (1944-46), puis chef du SR des forces du Laos (1946-48). Officier et diplomate spécialiste du Sud-Est asiatique. Historien, auteur d'études sur le renseignement au Moyen Age et les opérations spéciales. Général Alain Gaigneron de Marolles Spécialiste de l'action politico-militaire et de la guerre subversive. Ancien chef du Service Action, puis directeur du renseignement du SDECE, au cours des années 1970. Consultant international et conseiller stratégique.

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RENSEIGN~MENr

& OPÉRATIONS

SPÉCIALES

Yann Lagadec Agrégé d'histoire. Enseignant à l'Université de Rennes-II.
Fabienne Mercier Docteur en histoire des relations internationales. Rédactrice en chef adjointe de RENSEIGNEMENT & OPÉRATI()NS SPÉCIALES.

EDITORIAL

De l'art de savoir, de surprendre et de duper

L'histoire a maintes fois démontré que la surprise est, dans le domaine de la guerre, l'arme absolue qui permet à

celui qui l'utilise d'inverser les rapports de force.

n

Avec de

l'imagination, on possède à tous les coups son adversaire. Il n'y a pas de fortification, de régiments d'élite (...) qui puissent résister à cette arme toujours secrète et toujours nouvelle"1. La ruse constitue le principal élément pour créer la surprise. Elle est une procédure indirecte pour atteindre un objectif et permet notamment de transformer la faiblesse en force. Mais pour pouvoir surprendre, il faut d'abord être renseigné. La victoire ne peut donc s'affranchir ni du contrôle de l'information, ni du recours à la tromperie, qui doit la rendre plus rapide et la moins coûteuse possible. Or, le renseignement, la ruse et la duperie n'ont jamais été, en France, des arts reconnus à leur juste valeur. Héritage de notre histoire médiévale, divers comportements assez antinomiques avec le recours à ces pratiques se sont enracinés dans la tradition nationale: le sens exacerbé de l'honneur; la droi ture et son corollaire, le rejet du mensonge; la glorification de l'exploit guerrier individuel; le goût du Français pour les batailles rangées, les uniformes rutilants et les sacrifices héroïques. Dans notre pays, depuis longtemps, la beauté du geste compense l'insuffisance des résultats pratiques; l'élégance dans l'action fait pardonner l'inefficacité, voire l'absence de réussite. Ainsi, à la veille de 1914, on considérait encore comme incompatible l'état d'officier avec celui d'espion, car le second contredisait l'idéal d'honneur du premier. "Ces
1 A. Voisin, Un seul pied sur la terre, Mirambeau éditeur, 1946, p 176.

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R/!.:NSEIGN~MENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES

pratiques ne seront jamais goûtées des officiers français; cette école ne fera jamais chez nous de nombreux prosélytes: notre droiture s'y refuse d'instinct. Ces pratiques ont pour elles la raison, la logique, tout ce que l'on voudra,. ce n'en est pas moins une besogne qui se heurte chez nous à une insurmontable répugnance. Voilà la vérité. On peut dire du sentiment instinctif d'une race ce qu'on dit du coeur humain: qu'il a des raisons que la raison ne connait pas"l. Bien que notre perception du renseignement ait évolué, notamment depuis le désastre de 1940, nous ne pouvons dire que son utilité ait véritablement été intégrée par nos gouvernants et nos acteurs économiques, ni que sa pratique se soit généralisée chez les militaires. En la matière, la seule visite d'une library britannique ou américaine permet de constater que notre pays accuse un singulier retard par rapport à ses alliés anglo-saxons. Lorsqu'un ouvrage sur ce thème parait en France, dix au moins sont publiés outre-Manche et outre-Atlantique. Nous paraissons, en comparaison, dépourvus d'une culture du renseignement dépassant l'étroit cadre des professionnels et des rares spécialistes du sujet. Nombreux sont les anciens acteurs du domaine qui, comme l'Amiral Lacoste, constatent amèrement que "la culture du renseignement des classes dirigeantes et de l'opinion publique est notoirement déficiente, conséquence des vicissitudes de l'histoire contemporaine et traduction de quelques traits particuliers de la société". Il convient donc d'en chercher les causes et de s'interroger sur l'éventualité d'un déterminisme historique défavorable. Ce n'est un mystère pour personne que le caractère dominant de notre histoire est essentiellement "terrien". Nous sommes, aussi loin que remontent nos origines, "le peuple paysan par excellence, ce qui a fait notre richesse, notre puissance et notre gloire pendant dix siècles. La terre du blé et de la vigne "2. Pendant longtemps le Français n'a pas eu besoin d'aller à l'extérieur, de courir les mers pour se nourrir
1 A. Dewerpe, Espion. Une anthropologie historique du secret d'Etat contemporain, NRF, Gallimard, 1994, p 24. ~, 2 A. Sanguinetti, Histoire du soldat, de la puissance et des pouvoirs, Ramsay,. 1979, P 26.

EDITORIAL.

Il

ou commercer. Son territoire, par sa richesse et sa diversité, lui offrait tout ce dont il pouvait avoir besoin. Alors pourquoi serait-il allé voir au-dehors? Pour quel motif se serait-il informé sur l'extérieur? La géographie et l'histoire n'ont pas fait du Gaulois, un curieux, ni véritablement un conquérant. D'autant que les principales atteintes à la sécurité nationale sont toujours venues des frontières continentales. Depuis Alésia, en 52 avant I.C., jusqu'à Dien Bien Phu, 2 000 ans plus tard, nous avons fait de la bataille d'arrêt notre spécialité. Avec des fortunes diverses. Par ailleurs, notre héritage cartésien a façonné un esprit national caractérisé par une forte tendance à la conceptualisation et à l'abstraction - pouvant aller parfois jusqu'au refus d'admettre les faits - au détriment de la résolution de problèmes concrets. Comme le remarque le Général Mermet, un autre ancien directeur de la DGSE, "nous avons tendance, plus que d'autres peuples, à négliger les faits au bénéfice des idées, et à préférer les jugements subjectifs aux témoignages indiscutables, que ce soit dans les affaires politiques, où par exemple nous avons été quelque peu réticents à appréhender les changements à l'Est, ou dans les affaires militaires, comme en témoigne l'aveuglement du Haut Commandement français avant 1939, alors qu'il disposait des renseignements indiscutables"l. Surtout, se pose en France un double problème: - d'une part, notre pratique du renseignement a été par tradition - mais aussi par nécessité - longtemps orientée préférentiellement vers l'interne. La lutte contre l'ennemi intérieur est un des traits dominants du modèle culturel français. La mémoire collective en a retenu légitimement la lutte sournoise de Guillaume de Nogaret contre l'ordre du Temple, les combats de Richelieu et de Louis XIV contre les protestants ou les cycles de répression conduits par le Comité de Salut Public, puis par la police secrète de Fouché. Elle méconnait, en revanche, les réseaux de renseignement tissés par le père Joseph et ses capucins dans l'Europe du XVIIe siècle, le "bureau de la partie secrète" de Carnot pendant la Révolution ou les exploits de Schulmeister sous l'Empire. Sans même parler des succès des "travaux ruraux" du
1 Général F. Mermet, "Quelques réflexions sur la fonction renseignement", ENA nIRnsuel, n° 236, novembre 1993, p 11.

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Commandant Paillole sous l'occupation; - d'autre part, depuis l'affaire Dreyfus, nos services de renseignement sont victimes de la défiance des hommes politiques. Personne n'a oublié comment cette affaire d'espionnage et ses conséquences ont destabilisé en leur temps la société française toute entière. Depuis ce traumatisme, les chefs de gouvernement ont toujours verrouillé les services plutôt que de s'interroger sur la manière de mieux les utiliser et de les rendre plus performants. Cela a lié le renseignement français, plus que dans aucun autre pays occidental, aux aléas de la vie politique et des ses épisodes électoraux. Si l'on ajoute à cela les affaires Ben Barka et Greenpeace, il est possible de se faire une idée des dispositions du pouvoir politique et de l'opinion à l'égard des services1. En conséquence, le renseignement est connoté très négativement dans notre conscience collective, car il est synonyme d'espionnage, de viol de la vie privée et de coups tordus. En revanche, le contre-espionnage, c'est à dire cette partie du système qui vise à protéger nos intérêts militaires, industriels et économiques, bénéficie d'un préjugé beaucoup plus favorable. Dans notre pays, tout ce qui est censé défendre est plus facile à mettre en oeuvre que ce qui est destiné à attaquer2. Un tel état d'esprit nous cantonne dans la défensive et ne nous permet guère d'anticiper. D'autant que la mentalité française se caractérise souvent par sa réticence face à la nouveauté et par un certain scepticisme engendrant des comportements vélléitaires, l'analyse des risques paralysant l'action. Pourtant, nous ne manquons ni d'expériences réussies, ni de femmes et d'hommes doués pour ces exercices. Nous ne saurions donc retenir l'idée d'un déterminisme historique négatif, ni croire à une incapacité française en ce domaine. Nous pouvons, par exemple, nous réjouir du fait que, depuis quelques années, la notion d'intelligence économique soit devenue familière - à défaut d'être véritablement mise en
1 C. Harbulot, R. Kauffer et J. Pichot-Duclos, "Le renseignement et la République", Défense Nationale, mai 1996, pp 63-83. 2 B. Besson et J .-C. Possin, Du renseignement à l'intelligence économique, Dunod, 1996, P 184.

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oeuvre - dans les entreprises et l'administration françaises. Il s'agit là d'un premier pas, même si la mode nous vient d'outre-Atlantique et du Japon et si l'on peut regretter qu'elle n'ait pas résulté d'une prise de conscience nationale du nouveau rôle de l'information dans les sociétés modernes. Toutefois, cette nouvelle discipline se positionne en France en se démarquant autant qu'elle le peut du renseignement - et en quasi-opposition avec ses pratiques - dans la crainte de l'amalgame avec l'espionnage industriel. Elle n'en est pourtant qu'une forme dérivée. Cette attitude révèle encore le poids des idées reçues et les incompréhensions profondément ancrées dans l'inconscient collectif, qui sont autant de freins à l'existence d'une véritable culture nationale du renseignement. Une telle situation ne saurait perdurer sans conséquence. Elle engendre inexorablement la paralysie de nos actions politiques et commerciales à l'heure où l'intensité de la compétition économique et culturelle ne cesse de croître. Cela apparait d'autant plus préoccupant que les grands acteurs internationaux (Etats Unis, Japon, Allemagne, Royaume Uni, mais aussi Suède) se sont déja tous organisés pour évoluer dans le nouvel environnement concurrentiel et que leur culture du renseignement, diffusée dans les pouvoirs publics, les entreprises et jusqu'aux organisations nongouvernementales (ONG), est un atout de premier ordre dans ce nouveau contexte. En comparaison, nous apparaissons singulièrement en retard. Surmonter ces blocages culturels représente donc, pour notre société et pour notre avenir, un enjeu primordial. Il est important de préciser que ce que l'on appelle génériquement "culture du renseignement", ne recouvre pas seulement le renseignement. Celui-ci n'est que l'une des composantes de ces pratiques hétérodoxes qui récusent le combat ouvert au profit des stratégies indirectes visant à parvenir à la victoire au moindre coût, en utilisant la ruse et non la force, en usant de subterfuges. Si le renseignement est l'ingrédient naturel de la manipulation!, il ne peut être efficace que s'il est prolongé par l'action: opérations
1 P. Fayard, "Information, communication et stratégie: les nouvelles dimensions d'un pléonasme", Stratégique, n° 69, septembre 1998, p 14.

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spéciales, déstabilisation ou induction en erreur. Autant de domaines où la dissimulation et la surprise, l'astuce et la créativité subversive sont des conditions déterminantes pour réussir. Toutefois, prétendre diffuser la culture du renseignement dans notre pays, tant auprès des autorités politiques que des états-majors, des entreprises que des citoyens, demeurera difficile tant que n'auront pas été présenté les apports essentiels que celui-ci a fourni à ceux qui ont toujours cherché à façonner l'Histoire. L'élaboration d'une culture du renseignement en France ne peut résulter, selon nous, que d'une démarche permettant à la fois: - une meilleure perception de ce qu'est l'histoire du renseignement dans le monde (pratiques, opérations), en observant ce qu'ont pu faire les pays étrangers en la matière et en en déduisant les facteurs clés de succès; - et une meilleure connaissance des expériences françaises en la matière (réussites, échecs), car nous bénéficions d'une histoire riche mais méconnue, qu'il importe de révéler, afin d'en analyser les fondements et d'en reproduire les épisodes les plus remarquables. Face à la rareté des publications académiques sur ces thèmes, la création d'une revue leur étant dédiée nous est apparue indispensable. Nous avons donc choisi de consacrer RENSEIGNEMENT OPÉRATIONS PÉCIALESà l'ensemble des ET S domaines dits de la "guerre secrète", qu'il s'agisse de se renseigner, d'agir ou d'influencer: renseignement et contreespionnage, actions clandestines et opérations spéciales, interceptions et décryptement, guerre psychologique et mystification. Ces activités ne sauraient être dissociées les unes des autres; seule une approche globale est de nature à faire comprendre les effets qu'engendrent leurs actions et surtout, leurs interactions. Nous souhaitons, à travers RENSEIGNEMENT ET OPÉRATIONSPÉCIALES,contribuer à une connaissance plus S approfondie de ces sujets et à la diffusion d'une culture du renseignement en France. A ce titre toutes les contributions seront les bienvenues. Notre démarche s'inscrira dans le même esprit que les travaux réalisés par l'Institut de Stratégie Comparée, sous la direction d'Hervé Coutau-Bégarie, sur l'histoire de la pensée navale. En effet, il s'agit, d'une manière

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similaire, de combler une lacune de notre culture, afin de donner au renseignement la juste place qu'il mérite. Cette comparaison avec le caractère maritime n'est pas un parallèle de circonstance. D'une part, le renseignement et les disciplines associées souffrent en France du même désintérêt qu'a connu la stratégie navale. D'autre part, comme l'illustrent notamment les travaux de Jean Deuve, les deux font partie d'une même logique. En effet, la pratique du renseignement et des opérations spéciales, modes de combat du faible au fort, est une manifestation traditionnelle des peuples maritimes. Les nations exposées ou dépendantes de la mer ont toujours affirmé un intérêt particulier pour l'accès à l'information et l'action à distance1.
RENSEIGNEMENT ET OPÉRATIONS SPÉCIALES paraitra dans

un premier temps, trois fois par an - à l'automne, en hiver et au printemps - et réunira, en environ 190 pages, des articles de fond (témoignages et analyses), des interviews, ainsi que des comptes-rendus de lecture ou de colloques. La revue abordera les périodes historiques les plus variées en s'efforçant de mettre en lumière, chaque fois, le rôle du renseignement, des opérations spéciales et des stratagèmes dans la conduite des actions politiques, militaires et économiques. Nous ne chercherons pas tant à brosser une histoire exhaustive de ces pratiques qu'à apporter des éclairages ciblés sur des éléments d'importance ou sur des événements méconnus. Les premiers numéros accorderont, légitimement, une place importante à l'histoire. Mais nous orienterons rapidement notre attention sur les questions d'actualité. Notre but sera de mettre en évidence des expériences et des principes d'action susceptibles de servir pour la constitution d'un corpus de référence aujourd'hui inexistant en France. L'approche retenue aura pour but d'appréhender la façon selon laquelle d'autres nations recourent à ces pratiques et de dégager les principales caractéristiques de ces différents domaines d'action. Trop souvent présentés comme des activités secrètes, voire inavouables, ils constituent en réalité de véritables disciplines, avec leurs règles, qu'il importe de connaître.

1 P. Fayard, op. cil., p 9.

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RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES

Ainsi, ce premier numéro de RENSEIGNEMENT r E OPÉRATIONS SPÉCIALESraitera de renseignement, à travers les t contributions de Jean Deuve, sur les Vikings, de Fabienne Mercier, qui illustre les difficultés du renseignement français en Extrême-Orient au cours des années troubles 1940-1944, et à l'article de Gilbert Bloch, consacré aux interceptions américaines pendant la Seconde Guerre mondiale. Les opérations spéciales seront également à l'honneur à travers les analyses de Jean-Jacques Cécile et de Yann Lagadec, sur les actions des SAS français en Bretagne et en Hollande, et à un texte sur l'histoire des unités spéciales soviétiques. Enfin, le Général de Marolles nous a fait l'honneur et l'amitié de bien vouloir répondre à nos questions et de témoigner de sa riche expérience de la guerre subversive. Encore merci à tous les auteurs de leur contribution et de leur confiance en ce projet. Nos remerciements s'adressent également à Denis Pryen, directeur de L'Harmattan, qui lui a permis de se concrétiser en toute indépendance. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, parallèlement à RENSEIGNEMENTT OPÉRATIONS E SPÉCIALES, nous avons décidé, en collaboration avec L'Harmattan, de publier une série d'ouvrages consacrés à l'ensemble de ces thèmes et qui comportera à la fois des textes inédits et des traductions. Nous l'inaugurons également ce mois-ci par la publication du livre de Gilbert Bloch, Fortitude, consacré à l'analyse très fouillée de la plus grande opération d'intoxication de la Seconde Guerre mondiale. A lire absolument.

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Rien ne saurait mieux caractériser l'état d'esprit que nous souhaitons donner à RENSEIGNEMENTT OPÉRATIONS E SPÉCIALES ue la phrase d'André Gide: "les armes importent q moins que le bras qui les tient,. le bras importe moins que

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l'intelligente volonté qui le guide "1 ; ou que la devise de Gabriele D'Annunzio, le poète et soldat irrédentiste italien: "memento audere semper"; souviens toi de toujours oser. L'intelligence. L'audace. Cultiver ces qualités et créer sans cesse la surprise, tels seront nos objectifs. Et nous espérons, en premier lieu, y parvenir au bénéfice des lecteurs de cette revue. Bonne lecture. Eric Denécé

1 André Gide, Thésée, Gallin1ard, 1946, p 15.

LA TRADITION ET LA PRATIQUE DU RENSEIGNEMENT CHEZ LES VIKINGS
Jean Deuve

Les raids vikings touchent la région qui deviendra la Normandie tout au long du IXe siècle et aboutissent, au cours de sa dernière décennie, à l'établissement de colonies scandinaves, notamment aux embouchures des fleuves. Vers 897 ou 898, un homme, Rolf, que les Francs nomment Rollon, se fait reconnaître et s'impose comme chef des Normands de la Seine. Il va fonder une dynastie qui régnera sur le duché de Normandie jusqu'en 1135, laquelle s'appuiera, pour se maintenir et s'étendre sur une aristocratie de familles, pour la plupart, d'origine scandinave, descendantes des premiers compagnons de Rolf. Ces invasions scandinaves ont été la matière de nombreuses narrations, rédigées par les clercs des monastères, cibles souvent principales des raids vikings. Même en tenant compte des exagérations ou des affirmations orientées, elles donnent une idée claire des procédés utilisés par les Scandinaves, lors de leurs expéditions, pour s'informer, tromper leurs adversaires et les empêcher de découvrir leurs propres préparatifs. Les Vikings qui s'implantent sur les rives de la basse Seine, ont une longue pratique des combats, des raids et des attaques. Ils mmtrisent donc les ruses, les actions secrètes et les reconnaissances d'objectifs, qui accompagnent forcément les guerres de surprises et d'embuscades, les débarquements soudains et les opérations de nuit. Pour la défense de leur colonie naissante, puis, pour son extension et sa consolidation, ils feront, naturellement, un large appel à leur expérience antérieure et à leurs traditions, dans le domaine particulier de actions secrètes. Ils ne se couperont ni de leur passé, ni de leur monde scandinave, ni de leurs manières habituelles d'agir.

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