ROCK ET POLITIQUE

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En mai 1985, au moment où la nouvelle droite s'impose aux États-Unis, des femmes de politiciens américains très influents créent le Parents'Music Resource Center (PMRC) afin de mettre un terme à une forme de rock qu'elles jugent outrancière. Tel est le point de départ de cet ouvrage. Restitué dans un contexte plus général, il traite des relations entre le rock et la politique.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296384255
Nombre de pages : 288
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ROCK ET POLITIQUE
Censure, opposition, intégration

Série Musiques et Champ Social Collection Logiques Sociales dirigée par Anne-Marie Green

Les transfonnations technologiques depuis cinquante ans ont bouleversé la place de la musique dans la vie quotidienne. Celle-ci est actuellement omniprésente tant dans l'espace que dans les temps sociaux, et ses implications sociales ou culturelles sont si fortes qu'elles exigent d'être observées et analysées. Cette série se propose de permettre aux lecteurs de comprendre les faits musicaux en tant que symptômes de la société.

Déjà parus
Françoise ESCAL, Michel IMBERTY(sous la direction de), La musique au regard des sciences humaines et des sciences sociales, 2 tomes, 1997. Anne-Marie GREEN, Des jeunes et des musiques, 1997. Anne VEIn, Politiques de la musique contemporaine. Le compositeur, la "recherche musicale" et l'État en France de 1968 à 1991,1997. Yves GUILLARD, Danse et sociabilité. Les danses de caractères, 1997. Aymeric PICHEVIN, Le disque à l'heure d'Internet, 1997. Jean-Marc CHOUVEL, Les métamorphoses d'Orphée. Nouvelles perspectives pour la théorie et la composition musicales, 1998. Anne-Marie GREEN, Musicien de métro, 1998. Gérald CÔ1É, Processus de création et musique populaire, 1998. Alfred WILLENER, Instrumentistes d'orchestres symphoniques, 1998. Jorge P. SANTIAGO, La musique et la ville, 1998.

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7667-8

Anne BENETOLLO

ROCK ET POLITIQUE
Censure, opposition, intégration

L'Harmattan 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris -FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Du même auteur

"Histoire, Aspects Politiques, Economiques et sociaux" (en collaboration avec Y. Le Goff), in Le Rock, Aspects Esthétiques, Culturels et Sociaux, AM. Gourdon (dir.), CNRS Editions, 1994. "Les stratégies musicales à la télévision: du ludique à l'esthétique" (en collaboration avec A Pichevin), in Comportement, Perception et Participation du Téléspectateur, AM. Gourdon (dir.), CNRS Editions, à paraître.

À rnMV ~

INTRODUCTION

Nul ne contestera que le rock, avec le cinéma, a permis à la culture américaine de se propager à travers le monde. Véritable phénomène culturel du XXème siècle, il continue depuis plus de quarante ans à dominer le paysage musical, même si d'autres genres musicaux l'ont souvent menacé. Il ne s'agira pas ici de faire une histoire classique de cette musique. Les historiens anglo-saxons puis européens, qui ont pris l'origine et l'évolution du rock comme objet, sont en effet nombreux. Mais l'histoire du rock est riche et complexe. Riche parce qu'elle s'étend sur plus de quarante ans et qu'elle permet de saisir l'évolution de la mentalité américaine depuis les années cinquante. Complexe parce que le rock a donné naissance à des ramifications musicales diverses et souvent difficiles à analyser. Aussi, la recherche sur le rock peut se diriger à la fois sur un angle musicologique, sociologique, économique, historique, etc. Pour cet ouvrage, il nous a paru intéressant de prendre comme point de départ l'année 1985. Cette année nous sembla être un moment clé de l'histoire du rock, ou plutôt une année charnière. C'est en effet en 1985 que naquît Ie Parents' Music resource Center (PMRC), association d'épouses de politiciens américains dont l'objectif était de mettre un terme à la prolifération des disques de rock aux paroles pornographiques, violentes et blasphématoires. À la même période exactement, le chanteur Bob Geldof mit sur pied le Band Aid afin de remédier à la famine en Ethiopie. Il lança ainsi la mode des concerts caritatifs en Angleterre et surtout aux Etats-Unis. Quel lien existe-t-il entre ces deux événements? Aucun! Et c'est justement ce qui nous parut extrêmement surprenant. D'un côté des individus essayèrent de censurer la musique rock, même s'ils s'en défendaient, de l'autre les artistes rock firent la sourde oreille comme s'ils niaient l'existence du PMRC et tentèrent d'acquérir une image respectable en organisant des concerts de charité.

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Cette sorte "d'état des lieux" du contexte musical rock du milieu des années quatre-vingt nous permettra de nous interroger sur les raisons de la création d'une association très liée au gouvernement, le PMRC, et de montrer comment la censure du rock, et plus particulièrement des textes des chansons, s'est exercée dans les décennies antérieures. Nous constaterons que les critiques que cette organisation a émises envers le rock ont toujours été les mêmes, et ce depuis les années cinquante. Le mutisme dans lequel les artistes rock se sont plongés face aux attaques du PMRC et leur participation aux concerts de charité nous amèneront à observer leur engagement politique. En somme, l'objectif de ce travail consiste à décrire et analyser les interférences entre la politique et le rock. Trois cas de figures sont possibles: -des liens de censure peuvent exister entre les deux, -des liens d'opposition (lorsque les artistes s'engagent politiquement), -des liens d'intégration (lorsque les politiciens se servent des artistes rock, à des fins électorales notamment). Les années quatre-vingt, et plus particulièrement l'année 1985, sont une période privilégiée de l'observation de ces liens complexes entre le rock et la politique. Mais on s'aperçoit que depuis les années cinquante, la politique et le rock entretiennent des rapports tout aussi confus. Le rock et la politique ont fait l'objet d'études sérieuses après le mouvement de protest song des années soixante. Pendant longtemps, on ne vit du politique dans le rock qu'à travers les textes des chansons et/ou lorsque le public rock, les jeunes, s'emparaient de la musique rock pour entériner un mouvement politique (ce fut le cas lors des mouvements étudiants des années soixante aux Etats-Unis par exemple). Il fallut attendre le milieu des années quatre-vingt pour que des auteurs américains tels que Robin Denselow, John Orman, ou John Street) mettent en évidence que le politique était

1 Voir leurs ouvrages respectifs: When the Music's Over, Londres, Faber and Faber, 1989,298 p.; The Politics of Rock Music, Chicago, Nelson Hall, 1984,209 p.; Rebel Rock, the Politics ofPopular Music, New York, Blackwell, 1986, 247p.

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intrinsèquement lié au rock d'une façon différente de ce que l'on avait démontré jusqu'alors, et qu'ils en dégagent les rouages complexes: certes, suivant les périodes, la politique pouvait être perceptible au niveau des textes des chansons mais elle pouvait avoir également une influence plus ou moins forte sur la création, la production, la distribution d'un disque. De même, ces auteurs soulignèrent la manière dont des hommes politiques s'approprièrent les faveurs de rock stars à des fins électorales. Pourtant, bien qu'ils lui aient consacré un chapitre dans l'un de leurs ouvrages, aucun d'entre eux n'a étudié de façon précise le PMRC. C'est pourquoi l'étude de cette association constitue certainement l'originalité de ce travail. La spécificité du PMRC réside dans son lien direct avec le Congrès américain. Le pouvoir que cela lui confère auprès des médias et auprès du gouvernement est nouveau et permet de mesurer le poids que peut avoir une telle association dans le marché économique du disque, dans des propositions de loi sur la limitation d'expression, et plus généralement dans la carrière politique des époux de celles qui ont créé cette association. Travailler sur les liens entre le rock et la politique présente diverses difficultés. Tout d'abord définir ces deux termes afin de délimiter le sujet et faire comprendre au lecteur la problématique d'un tel travail, est une tâche délicate. En ce qui concerne le mot rock, faut-il parler de rythme binaire, de musique de masse adressée aux adolescents, de manière de vivre? C'est en fait une notion complexe qui se modifie à chaque période de son histoire, au fur et à mesure des innovations musicales apportées par les artistes et la technologie. Ainsi le rock'n'roll des années cinquante cède la place au folk rock, au rock psychédélique, à l'acid rock dans les années soixante et soixantedix, c'est à dire en pleine période hippie. L'Angleterre, qui devient le berceau de la créativité musicale dans les années soixante avec les Beatles, vulgarise la pop music. À partir du milieu des années soixante-dix on n'emploie plus que le terme simple de rock. Puis des genres parallèles au rock "classique" apparaissent au gré des modes: Ie punk rock en 1977, Ie hard rock, Ie heavy metal, la new wave au

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début des années quatre-vingt, le grunge au début des années quatrevingt-dix. Nous ne nous attarderons pas dans des considérations musicologiques, c'est pourquoi le terme "rock" sera le plus souvent utilisé même si des initiés peuvent considérer que ce terme est trop vague pour définir plusieurs chansons que nous traitons. Mais le terme pop qui aurait pu être employé nous paraissait trop restrictif, d'autant plus qu'il prend le sens de "musique de variété" en France. D'autres genres musicaux seront parfois abordés notamment le rap car à la fin des années quatre-vingt c'est, avec le heavy metal, le genre musical le plus incriminé (peut être parce que c'est le plus radical). Le rap ne sera donc évoqué que succinctement pour montrer l'évolution et le déplacement de la censure. En revanche même si c'est un genre que l'on peut considérer comme politique, il ne sera pas abordé en tant que tel. Définir le terme politique dans la musique rock tel que nous l'avons employé nécessite également quelques explications. La politique, on l'a vu, intervient à différents niveaux dans la musique rock. Elle est évidente lorsque les femmes fondatrices du PMRC ont fait intervenir leurs époux pour que le Congrès sanctionne le rock qu'elles décriaient, ou bien lorsque les politiciens se servent de la notoriété d'un artiste pour récolter des fonds lors des campagnes électorales. La politique dans le rock est plus obscure lorsque nous parlons d'engagement politique des artistes. Qu'est-ce qu'un engagement politique? Suffit-il de prendre parti dans les problèmes de l'époque? Tout dépend, sans doute, des problèmes abordés et de la façon de les analyser. Les artistes rock des années quatre-vingt pouvaient-ils se permettre de prendre parti pour des causes très polémiques? En fait, le mot politique, dans cette étude, sera, excepté lorsque l'on parle d'engagement politique des artistes, pris dans sons sens le plus large, c'est à dire en tant qu'establishment, en tant qu'ordre établi. Si le sens d'opposition et d'intégration qui qualifient les liens entre le rock et la politique, sont évidents, le mot censure mérite sans doute quelques éclaircissements car cette notion telle que nous l'entendons dans ce travail doit être précise. On entend trop souvent dire qu'il y a censure à partir du moment où il y a interdiction. Or la censure peut

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s'exercer de façons diverses. La plus pernicieuse et, de ce fait, dangereuse, est la censure "indirecte". Elle se manifeste lorsqu'un mouvement d'opposition à un courant artistique ou idéologique se créé et affirme avoir des preuves (scientifiques par exemple) qui montrent le danger auquel on risque d'être exposé si l'on côtoie ce courant. Ce mouvement met en garde de ces dangers avec tant de véhémence que la censure finit par s'imposer d'elle même. C'est la méthode que le PMRC a utilisée: il n'a jamais employé le mot "censure" ou même "interdiction", mais "information". Son but était de préserver les plus jeunes des ignominies du rock et pour cela il fallait alerter les parents sur ce que leurs enfants écoutaient. Où se situe donc la censure dans un tel cas de figure? Compte tenu des appuis politiques du PMRC, sa campagne lancée en 1985 n'avait plus rien à voir avec une campagne d'information mais il généra une telle psychose contre les paroles de chansons rock dites pornographiques et violentes que celles-ci furent interdites de vente, interdites d'antennes, etc. En outre, les compositeurs s'autocensurèrent afin de ne pas voir leurs créations fustigées. Très rapidement des législateurs américains essayèrent de rédiger des propositions de loi afin d'interdire un bon nombre de ces disques. À partir de ce moment, la censure "législative" prit le relais de cette censure "indirecte" mise en place par le PMRC. Les autres difficultés auxquelles nous avons été confrontées sont plutôt d'ordre méthodologique. Nous nous sommes heurtée à des problèmes presque "éthiques" que tout chercheur a dû rencontrer: l'objectivité. Il est en effet difficile de ne pas prendre position sur un tel sujet et d'exposer des faits sans les commenter, sans prendre parti. Certains pourront nous reprocher, par exemple, d'avoir utilisé le mot censure de façon subjective. La partialité est sans doute inévitable lorsqu'on aborde des sujets tels que la censure et la politique. Mais l'historien n'est pas tenu de relater les faits tels quels. Et c'est cette position que nous avons adoptée. En outre, il fut difficile d'abandonner la démarche "militantiste" que la plupart des chercheurs qui travaillent sur le rock adoptent. En effet,

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"La recherche sur le rock est faite par ceux qui aiment le rock.(oo.)La recherche historique et sociologique sur le rock prend naissance dans ce contexte quand des étudiants et des chercheurs prennent pour objet un phénomène qui fait partie de leur expérience sociale.(.oo) Ces engagements dans le rock donnent aux livres et articles académiques un ton volontiers militant, car il s'agit toujours de démontrer la valeur, la spécificité et l'importance historique du rock. "2 Il est évident que face aux attaques du PMRC envers le rock, par exemple, il fut tentant de brandir l'étendard du "fan", pour, en fait, exposer les points de vue de chacun avec la plus grande rigueur, et ainsi dégager la façon dont le rock s'est inscrit dans la société américaine. Les sources constituent le dernier obstacle auquel nous avons dû faire face. Nous avons utilisé un nombre important d'ouvrages (anglosaxons pour la plupart) sur la musique rock en général dans lesquels les problèmes de politique et de censure étaient souvent abordés, dans quelques chapitres, sous un angle différent du notre. Nous avons de plus correspondu avec des associations américaines qui se battent pour la restriction de la diffusion du rock pornographique et/ou violent, et avec celles qui refusent toute limitation d'expression. Si la plupart furent coopérantes, certaines ont refusé de nous aider: ce fut notamment le cas du PMRC qui prétexta des raisons matérielles pour ne pas fournir de documents aux étudiants, et de Rock Out Censorship, qui malgré des demandes insistantes ne donna aucune suite. Aussi, compte tenu de la proximité temporelle de notre objet d'étude, nos sources furent en partie constituées par des articles de la presse américaine. Or, il est souvent difficile de relater des événements qui se sont passés sur une courte durée, à partir d'articles de presse. La presse ne les "couvre" pas forcément jusqu'à leur terme. En outre, l'utilisation des sources journalistiques pose un problème de taille, à savoir la différence des informations qu'elles fournissent. Ou bien ces différences sont dues à des orientations idéologiques opposées: dans

2 Patrick MIGNON et Antoine HENNION (sous la dir.), Le Rock, de l'Histoire au Mythe, Paris, Anthropos, 1991, pp.263-264 12

ce cas nous avons dû essayer d'en faire abstraction en essayant de ne garder que l'information "brute"; ou bien les informations varient sur le fond d'un journal à un autre, ce qui nous obligea à les vérifier par d'autres moyens. En même temps la presse constitue une source incomparable pour jauger la mentalité des périodes étudiées. Le manque de recul, qui peut souvent être un inconvénient, vu sous cet angle, constitue un avantage indéniable.

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PREMIERE PARTIE
UNE CENSURE POLITIQUE DU ROCK NON AVOUEE: LE PARENTS' MUSIC RESOURCE CENTER

Depuis sa création, le rock a été attaqué de façon plus ou moins virulente selon les époques. Au milieu des années quatre-vingt, les mêmes griefs que ceux des décennies précédentes lui sont reprochés par le biais du Parents' Music Resource Center (PMRC). Pourtant, cette association, créée par des mères de familles, apparaît à un moment où les détracteurs du rock semblaient s'être calmés. En effet, à partir du milieu des années soixante-dix, et plus particulièrement après le mouvement punk qui débuta en 1977 en Angleterre, on semble s'habituer aux excentricités des rock stars et s'en accommoder. De nombreux chanteurs (David Bowie, Mick Jagger) s'habillent en femme, se maquillent, et jouent ainsi sur l'ambiguïté des sexes en toute impunité. Cependant même si ces extravagances semblent entrer dans les moeurs du show-business, la colère et le mépris de certains personnages s'imposent insidieusement et prouvent que le PMRC puise ses racines directement dans la fin des années soixante-dix. Il faut toutefois souligner que ce groupe n'aurait pas existé sans un courant d'idées extrêmement conservateur qui se développe dans les années quatre-vingt. L'intérêt d'étudier un groupe comme le PMRC réside dans son lien très privilégié avec le politique. En effet, les femmes qui en furent à l'origine étaient toutes mariées à des politiciens influents. De ce fait, elles purent porter le problème du rock pornographique, violent et satanique devant le Sénat. Aussi, non seulement nous devons nous interroger sur les motivations réelles qui ont poussé les membres du PMRC à s'insurger contre le rock des années quatre-vingt, mais aussi montrer comment cette prise en main du rock outrageant par ces femmes, mit en place une censure politique que très rapidement elles ne furent plus capables de maîtriser.

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NAISSANCE

CHAPITRE I : ET STRUCTURE

DU PMRC

Aux Etats-Unis, les parents se regroupent fréquemment en associations pour protéger leur progéniture de divers dangers comme la drogue, la violence à la télévision, etc. Ces organisations ont fleuri de manière plus ou moins ponctuelle tout au long de l'histoire contemporaine des Etats-Unis. Le PMRC n'est donc pas une nouveauté en soi. Dans les années soixante déjà, des femmes s'étaient inquiétées de la santé mentale de leurs enfants et avaient créé ce que l'on peut considérer comme l'un des précurseurs du Parents' Music Resource Center: Ie Mothers for Moral America. Pourtant, aucune de ces associations n'a suscité autant de réactions que le PMRC. Celui-ci a non seulement bénéficié de la proximité de ses membres du pouvoir, mais aussi d'un contexte favorable puisque le PMRC est né à un moment où le pays connut une nouvelle "renaissance" religieuse.
Un contexte favorable

À la fin des années soixante-dix et au début des années quatrevingt, les Etats-Unis traversent une crise grave. La défaite au Vietnam est encore proche, la guerre froide fait rage, le pays est dépendant économiquement des matières premières, les otages sont toujours retenus en Iran, l'immigration est croissante alors que les chômeurs se comptent encore par millions... Dans un tel chaos, les Américains font confiance au républicain Ronald Reagan qui est élu Président des Etats-Unis en 1980 avec 50,7% des voix, contre Jimmy Carter. Le nouveau Président est alors le représentant d'un courant d'idées de droite très conservateur, véhiculé par la droite évangélique qui se développe durant ces années. Le PMRC se révèle dans ce contexte.

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Un retour au conservatisme

L'administration Reagan est conservatrice et le revendique. Les observateurs politiques parleront de nouvelle droite (new right) pour qualifier le paysage politique entourant la Maison Blanche. Celle-ci est constituée de groupes et personnalités divers dont John Dolan, qui en est le porte-parole officiel. Mais aussi, et c'est ce qui est important pour cette étude, la "droite évangélique" apparaît avec Reagan. Non que ses représentants n'aient pas existé auparavant, mais ils se sont rendu compte que pour voir leur programme réalisé, ils devaient présenter leurs propres candidats aux élections. C'est pourquoi les postulants à la présidence ont essayé de glaner les voix de leurs sympathisants: le mouvement évangélique regroupe 30 millions d'Américains en 1980 et 50 en 1984. La Majorité Morale (Moral Majority) est l'aile avancée du mouvement. Cette organisation, fondée en 1979 par le pasteur Jerry Falwell, compte quatre cent mille adhérents à l'automne 19803 et trois millions quelques années plus tard. Elle s'appuie sur un réseau de communication très important: en 1981, les évangélistes émettent sur 1 300 stations de radio et 36 chaînes télévisées sur l'ensemble du réseau national (deux stations religieuses apparaissent chaque semaine). Ils touchent environ 115 millions d'auditeurs par semaine.4 Force est de constater que les Américains sont très religieux: selon un sondage Gallup du début des années quatre-vingt, 94% croient en Dieu. La Bible reste d'ailleurs l'ouvrage le plus vendu aux Etats-Unis.5 Que revendique cette droite évangélique? Inquiète des conséquences des deux décennies précédentes trop permissives, elle compte redonner toute sa splendeur aux Etats-Unis grâce à un retour aux valeurs traditionnelles. Sa tâche est difficile: il lui faut lutter contre l'avortement, le divorce, la reconnaissance des couples homosexuels,

3 Nicole BERNHEIM, Les Années Reagan, Paris, Stock, 1984, p.41 4 Olivier FRAYSSE, Le nouveau conservatisme américain, Paris, La Documentation Française, Problèmes Politiques et Sociaux, n044 l, p.37 5 Guy SORMAN, La révolution conservatrice américaine, Paris, Fayard, 1983, p.140 20

contre la drogue, la pornographie,6 et promouvoir la prière obligatoire dans les écoles publiques, la peine de mort, et une défense nationale puissante. Son but est donc de redonner toute sa force à la famille américaine traditionnelle. Ses membres doivent s'organiser et agir en fonction des Saintes Ecritures. Les évangéliques soutiennent Reagan ainsi que divers politiciens conservateurs, également soucieux de la santé morale des Etats-Unis. Le sénateur Jesse Helms, républicain de Caroline du Nord et le sénateur Strom Thurmond,? républicain de Caroline du Sud et président de la Commission judiciaire du Sénat, sont parmi les plus extrémistes des conservateurs et mènent la même lutte que les évangéliques. Le bilan du premier mandat de Ronald Reagan n'est pas très positif pour le lobby évangélique. Les Etats ne peuvent toujours pas restreindre les conditions de l'avortement, la Cour Suprême a réaffirmé, le 4 juin 1985, l'illégalité des prières dans les écoles publiques.8 Seules quelques réformes viennent satisfaire la droite religieuse: l'administration Reagan s'oppose, en effet, à la fourniture gratuite par Medicaid de produits contraceptifs aux jeunes mineures non mariées et à l'éducation sexuelle dans les écoles. Pourtant le combat des fondamentalistes a porté ses fruits et Reagan le reconnaît le 6 février 1985, soit quelques mois après sa réélection à la présidence, dans un discours devant le Congrès: "De tous les fantastiques changements qu'a connus l'Amérique ces quatre dernières années, aucun ne recèle de promesses plus riches que la redécouverte que nous avons faite des valeurs essentielles: la foi, la liberté, la famille, le travail et l'amour du prochain. (...) Partout, nous constatons les signes du renouveau: en nombre accru, les Américains retrouvent

6 Le révérend Falwell allait appeler, en octobre 1985, au boycott du rock dit pornographique et des sponsors des chaînes télévisées et radiophoniques qui diffusaient cette musique. 7 Strom Thurmond est le mari de Nancy Thurmond qui soutiendra activement le PMRC. 8 Jean BEAUTE, La présidence Reagan, Paris, La documentation Française, 1985, p.129

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le chemin des temples et des églises; l'optimisme et la confiance en l'avenir reprennent vie; la jeunesse redécouvre l'amour de la . patne. ( ...) "9 En 1984, le lobby évangélique est plus puissant que jamais. Jerry Falwell et les autres leaders politico-religieux sont aussi connus que des célébrités du petit écran. Et même si des Américains s'inquiètent de la menace qu'ils font peser sur la séparation de l'Etat et de l'Eglise, la plupart sont confiants. Ils estiment que ce renouveau religieux, combiné avec la stature du président Reagan, fait la force du pays qui se sort d'ailleurs progressivement de la crise dans laquelle il était immergé. Les jeunes notamment ont foi en l'avenir: 58% des 18-29 ans ont voté pour Reagan en novembre 1984. D'après Scholastic Update, cette classe d'âge qui constitue la TV generation apprécie le style de communication de Reagan et sa position de leader.10 Il faut cependant nuancer: les Etats-Unis ne sont pas un pays républicain conservateur. Le quatre-vingt-dix-neuvième Congrès qui résulte des élections reste dominé par les démocrates tout comme la majorité des assemblées législatives des Etats et des postes de gouverneurs. L'élection présidentielle de Reagan montre donc que c'est bien pour l'homme que l'on a voté et non pour son parti. La seconde administration Reagan soutient plus concrètement la droite évangélique. C'est le changement du ministre de la Justice qui en est probablement la cause. Edwin Meese, ancien conseiller du président, devient en effet Attorney General en janvier 1984, à la suite de la démission de William French Smith. Meese est en fait un grand défenseur de la morale traditionnelle américaine. Il s'insurge contre la pornographie (il sera d'ailleurs à l'origine d'une commission d'enquête sur ce thème en 1985), contre l'avortement, les droits des criminels, l'affirmative action et tout ce qu'il considère comme déviances comportementales dénoncées par les évangéliques.

9 Jean BEAUTE, La présidence Reagan Second mandat 1985-1989, Paris, La Documentation Française, Notes et Etudes Documentaires, n04931, 1991, pp.8-9 IO James MacGREGOR BURNS, "The Nation's Thrust to the Political Right in 1984", in Scholastic Update, 14 décembre 1984, pp.12-13 22

Le mouvement évangélique s'essouffle un peu à la fin des années quatre-vingt: Jerry Falwell dissout la Majorité Morale en 1989 et le télévangéliste le plus connu des Etats-Unis, Jim Bakker, connaît des démêlés sérieux avec la justice. Il n'en reste pas moins que les Américains restent profondément religieux. Et même s'ils ne sont pas tous des religieux intégristes membres de la M~orité Morale, il est de bon ton d'appartenir à une congrégation et de vivre en accord avec les principes bibliques.
La législation américaine sur l'obscénité

Le principal cheval de bataille du PMRC est l'obscénité et la pornographie dans la musique rock. D'après l'association, cette forme de musique ne peut être protégée par le Premier AmendementII qui garantit la liberté d'expression. Mais les défenseurs de la musique rock s'insurgent parce qu'ils estiment, d'une part que la perception de l'obscénité dans les paroles des chansons est très subjective, et d'autre part que les lois sur la pornographie sont trop floues pour pouvoir être appliquées. Il faut en fait remonter au XIXème siècle pour comprendre le cheminement de cette législation. Ce fut en effet à cette période que l'Amérique se préoccupa des lois sur l'obscénité. En 1873, le Congrès vota la loi ComstockI2 qui interdisait l'expédition ou l'importation de tout ce qui était "obscène" et "immoral". Cette loi voulait en fait punir les soldats qui se procuraient de la dirty literature, pendant la guerre civile. En 1900, environ trente Etats avaient adopté la législation "antiobscène" . Durant toute la première moitié du XXème siècle, on essaya de définir l'obscénité. Ce fut le cas en 1934 lorsque la Cour Suprême dut décider

Il Le Premier Amendement stipule que "Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs." Cité par André KAS PI, Les Américains, (Tome II), Paris, Le Seuil, 1986, p.635 12 Anthony Comctock était le fondateur de the Society for Suppression of Vice. 23

si Ulysse de James Joyce était obscène, et en 1957 avec l'affaire Roth v. United States. La Cour Suprême décréta alors que l'obscénité n'était pas constitutionnellement protégée car elle "ne pouvait s'acquitter d'aucune valeur sociale" ("utterly without redeeming social value"). Une oeuvre était alors considérée comme obscène si "pour une personne ordinaire, qui applique les valeurs contemporaines de la communauté, le thème dominant pris dans son ensemble fait appel à un intérêt lascif."!3 Sachant que l'on pouvait parler de sexe sérieusement, sexe et obscénité étaient néanmoins différenciés. En 1970, la commission nationale sur la pornographie, désignée par Lyndon Johnson en 1967, rendit son rapport. Celui-ci montrait que la répression en matière d'obscénité n'allait pas l'éliminer et recommandait l'abandon de toute censure gouvernementale sur le matériel destiné aux adultes. Ce rapport fut largement critiqué et rejeté par le Sénat à soixante voix contre cinq. Plus tard, durant l'administration Nixon, certains juges de la Cour Suprême furent remplacés et celle-ci devint très conservatrice. Le 21 juin 1973, dans l'affaire Miller v. California, une majorité de cinq juges contre quatre déclara que l'on ne pouvait pas juger de l'obscénité d'une oeuvre au niveau national. Seuls les Etats pouvaient décider en fonction de leurs propres critères. Pour considérer une oeuvre obscène, il ne s'agissait plus de prouver qu'elle n'avait aucune valeur sociale mais plutôt de montrer que "pris dans son ensemble, elle manquait de valeurs littéraires, artistiques, politiques ou scientifiques sérieuses." Cette définition reste en application encore aujourd'hui bien que personne ne sache exactement ce qu'elle signifie. En 1985, une autre commission sur la pornographie fut créée sous l'autorité de l'Attorney General Edwin Meese. Celui-ci voulait en fait trouver un moyen pour renforcer les lois déjà existantes contre la pornographie. La commission fut constituée d'une majorité d'ultraconservateurs et de quelques libéraux. Aussi furent-ils en désaccord sur plusieurs points. On reprocha au rapport de cette commission son manque d'impartialité scientifique. En dépit de ses efforts, elle n'arriva
13 "Artistic Freedom" in ACLU Briefing Paper, n014

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pas à prouver que la pornographie était nuisible pour la société. Elle put seulement montrer que la pornographie combinée à la violence était dangereuse, tout en condamnant vivement la pornographie infantile. Enfin en 1989, considérant que le National Endowment for the Arts14 se faisait l'allié des pornographes par les subventions qu'il accordait à des projets artistiques, l'ultra conservateur Jesse Helms essaya, par un projet de loi, de supprimer le NEA. L'amendement Helms fut rejeté par une commission présidentielle, mais une partie de sa proposition fut acceptée. Dorénavant, le NEA est tenu de demander à tous les artistes qui reçoivent ses subventions de faire un serment antiobscénité. Ils doivent s'engager à ne pas "promouvoir, diffuser ou produire des oeuvres obscènes ou indécentes, y compris (mais sans se limiter à) des descriptions de sadomasochisme, d'homo-érotisme, de l'exploitation sexuelle des enfants [ou] d'individus engagés dans une activité sexuelle, ainsi que tout matériau dénigrant les objets ou les croyances des adhérents d'une religion particulière ou d'une non religion (oo.) [et qui], pris dans leur ensemble, n'ont aucun mérite sérieux sur le plan littéraire, artistique, politique ou scientifique."15 Il semble donc que personne aux Etats-Unis ne soit capable de définir clairement l'obscénité et la pornographie sur Je plan juridique. Pourtant Ja tâche du PMRC consistera à montrer que les paroles des chansons rock sont effectivement obscènes et que, de ce fait, elles ne peuvent pas être protégées par le Premier Amendement.

14 Le NEA est un organisme gouvernemental chargé de répartir des subventions à des manifestations artistiques diverses. 15 Henri BEHAR, "Censure aux Etats-Unis. La Nouvelle Intolérance", inLe Monde, 30 août 1990, pp.12-13 25

Toutes contre le porn rock! Le PMRC naît donc dans un contexte de renaissance religieuse et de puritanisme. Les idées que le groupe développe vont remporter une large audience car il choisit de se battre contre des fléaux qu'une majorité d'Américains rejettent alors tels que la pornographie, la consommation de drogues, le satanisme et la violence.
Les épouses de Washington

En 1985, Mary Elizabeth Tipper Gore, 37 ans, femme d'Albert Gore Jr. qui était à l'époque sénateur démocrate du Tennessee et actuellement Vice-Président des Etats-Unis, est la première à s'être rendu compte que ses quatre enfants Karenna, Kristin, Sarah et Albert, âgés alors de 12, 8, 6 et 2 ans, avaient accès à un langage obscène par le biais des disques qu'ils écoutaient. Elle avait en effet acheté l'album Purple Rain de Prince à sa fille aînée et c'est la chanson "Darling Nikki" extraite de ce disque, qui relate certaines pratiques sexuelles d'une jeune fille, qui choqua Ie plus Tipper Gore: "I met her in a hotel lobby/Masturbating with a magazine" (Je la rencontrai dans un hall d'hotel/ Elle se masturbait avec un magazine). Elle n'hésita donc pas à rejoindre ses amies lorsque celles-ci l'invitèrent à se mobiliser contre l'obscénité dans la musique rock qu'elles qualifièrent très vite deporn rock. Ces femmes étaient les épouses de collègues du mari de Tipper, Albert Gore. Il s'agissait de Susan Baker qui était mariée au secrétaire au Trésor, James A. Baker. Pour elle, c'est la chanson de Madonna "Like a Virgin" qu'elle entendit sur le radio réveil de sa fille de sept ans qui la scandalisa le plus. Ethelann Stuckey était la femme d'un ancien membre du Congrès, Williamson Stuckey (Georgie). Sally Nevius avait pour époux un ancien membre du conseil de la ville de Washington, John Nevius, et Pam Howar était mariée à un riche agent immobilier de Washington. Cette dernière devint la présidente de l'association le Parents' Music Resource Center. Susan Baker en fut la

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vice-présidente. Très rapidement quinze autres mères de familles et épouses de membres du Congrès, dont Sally Danforth, épouse de John C. Danforth, alors sénateur républicain du Missouri et Nancy Thurmond, épouse du sénateur Strom Thurmond, républicain de Caroline du Sud, les rejoignirent. La première action des "épouses de Washington" (Washington wives) consista à organiser une grande réunion le 13 mai 1985 dans l'église épiscopalienne de St Columbia, à Washington. Elles invitèrent des sénateurs, des éducateurs, des pasteurs, des parents et bien sûr des journalistes. Au total presque quatre cents personnes étaient présentes.16 L'objectif était de discuter des moyens pouvant être utilisés pour lutter contre leporn rock. Le maître de cérémonie ne fut pas choisi au hasard puisque Jeff Ling, ancien musicien roèk reconverti en pasteur, anima le débat. Il s'agissait donc d'une personne qui parlait et témoignait en connaissance de cause car il avait côtoyé le milieu de la musique rock. Il avouait avoir choisi une mauvaise voie, puis s'être amendé en suivant celle de Dieu. Pour illustrer ses propos, il diffusa les disques répréhensibles et montra les vidéo clips les plus choquants. L'assemblée put de cette façon entendre les chansons "Eat Me Alive" ("Mange moi vivant") de Judas Priest, "Fits Like a Glove" ("Aller comme un gant") de Kiss et "Live Wire" ("Sous tension") de Motley Crüe.17 Il insista sur le fait que ces disques étaient à la portée des enfants - dans les magasins et que les vidéo clips étaient continuellement diffusés sur les chaînes de télévision, notamment sur MTV. Cette réunion fut très médiatisée et Tipper Gore fut rapidement sollicitée par la presse, les radios et les télévisions à travers tout le pays pour représenter le PMRC et prévenir des dangers du rock.

16 Susanna McBEE, "Now it's Labels On "Porn Rock" To Protect Kids", inUS. News & World Report, 26 aout 1985, p.52 17 Ces trois groupes font tous duheavy metal, genre assez violent musicalement, cible favorite du PMRC. 27

Les requêtes du PMRC

Le 31 mai, soit environ quinze jours après cette réunion, le PMRC envoya un courrier à la Recording Industry Association of America (RlAA)18 dans lequel l'industrie du disque était accusée de laisser enregistrer des disques sur le sexe, la violence, la consommation de drogues et d'alcool, etc. Désirant mettre les plus jeunes à l'abri de ces produits, le PMRC demanda alors: -un système de classement similaire à celui existant dans l'industrie cinématographique, mis au point par Jack Valenti dix-sept ans auparavant. Ainsi, les disques vantant le sexe auraient été marqués d'un X, les plus violents d'un Y, ceux faisant référence à la drogue et à l'alcool, d'un DIA; il était même prévu un 0 pour les disques se rapportant aux pratiques occultes; -l'impression des paroles des chansons sur les pochettes des albums et des cassettes, afin que les parents puissent les lire avant de les acheter et les laisser entre les mains de leurs enfants; -un système de classement également pour les concerts rock selon la prestation scénique des groupes et chanteurs. Le billet du concert devait donc prévenir l'acheteur de ce qu'il risquait de voir lors du concert. Les femmes du PMRC avaient, en effet, eu vent de certaines de leurs attitudes pour le moins douteuses: elles avaient, par exemple, appris que lors d'un concert, Billy Idol avait laissé deux jeunes filles le caresser sur scène. Le groupe Twisted Sister, de son côté, se délectait, semble-t-il, à faire monter sur scène de jeunes fans, de sexe féminin de préférence, afin qu'elles se déshabillent devant le groupe et le public. La liste était, selon Tipper Gore et ses amies, sans fin; -l'envoi systématique des paroles des chansons aux stations de radio, en même temps que les disques, afin que les responsables puissent scrupuleusement les examiner et empêcher la diffusion, et donc la prolifération du porn rock. De plus, une attention particulière devait

18 Association Américaine de l'Industrie .de l'Enregistrement, le RIAA regroupe 44 maisons de disques américaines (elles réalisent 85% des disques aux Etats-Unis). Stanley Gortikov en a été le président de 1972 à 1988. 28

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