//img.uscri.be/pth/b6837ab7aeb907bfb3b603c705b719f2ceaeb3a8
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 20,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

SAINT FRANCOIS D'ASSISE ET MAîTRE DOGEN

De
329 pages
Tous deux ont insufflé une vie nouvelle à leur religion, en Europe et en Extrême-Orient, dans des contextes économiques, sociaux et religieux très proches. L'auteur met en relief quelques aspects du rapport paradoxal entre les deux religions, si différentes sur le plan doctrinal et singulièrement semblables dans certaines de leurs pratiques. Ce livre compare en particulier leurs méthodes de salut et intéressera chrétiens et bouddhistes d'aujourd'hui.
Voir plus Voir moins

SAINT

FRANÇOIS D'ASSISE
ET MAÎTRE

DÔGEN

L'ESPRIT FRANCISCAIN ET LE ZEN

Le portrait de saint François par Cimabue à la Basilica San Francesco d'Assise est reproduit à partir de son image des Editions franciscaines de Paris avec l'aimable autorisation de leur directeur, le Père Gérard Guitton. Le portrait du maître Dôgen, conservé au temple Hôkyô d'Ono, est reproduit avec l'aimable autorisation de l'actuel supérieur du temple, maître Tanaka (Shinkai).

L' Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8940-0

@

Mitchiko ISHIGAMI-IAGOLNITZER

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAÎTRE DÔGEN
L'ESPRIT FRANCISCAIN ET LE ZEN

Étude comparative sur quelques aspects du christianisme et du bouddhisme

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

PRINCIPALES

PUBLICATIONS

Mitchiko Ishigami -Iagolnitzer
Monographies 1986-1998

1986 Idée de la destinée humaine selon quelques humanistes du temps des guerres civiles (1560/62-1598). (Montaigne et cinq autres humanistes français). Atelier national de reproduction des thèses, Université de Lille II, 481 p. (thèse de doctorat d'Etat soutenue en 1981, édition condensée offset de l'originale 571 p.). 1986. Le livre et l'imprimerie en Extrême-Orient et en Asie du Sud. Actes du Colloque international organisé au C.N.R.S. à l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes en 1983, préparés par Jean-Pierre Drège, Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer et Monique Cohen, Bordeaux, Société des Bibliophiles de Guyenne, 8° (356 p.), illustrés. ISBN 2-904532-04-8.
1989. Les Humanistes et l'Antiquité grecque, édité par Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer. Actes du séminaire organisé par l'éditeur à l'Insitut de Recherche et d'Histoire des Textes, Paris, Editions du C.N.R.S., Centre régional des publications de Paris, 1989, 180 p. ISBN 2-222-04342-2.

1991. Ryôkan, moine zen, Paris, Editions du C.N.R.S., 294 p.+ 40 pages d'illustrations, ISBN 2-222-04449-9, 15,6 x 24 cm. 1992. Dialogue interreligieux monastique, bouddhisteschrétiens, au Japon et en Europe, Paris, Sciences et Lettres, 1992, 234 p. illustrées, ISBN 2-9507066-0-6 (1993, 2e édition / 1994, 3e édition). 1998. Saint François d'Assise et Ryôkan - Voie du Christ et voie du bodhisattva (en japonais), Niigata, Kôkodô, 240 pages illustrées, ISBN, 4-87499-552-7 C0014.

A Messieurs les Professeurs Guy Bugault, Olivier Lacombe à Christiane et à Daniel

AVANT-PROPOS

Les historiens des religions savent que des phénomènes religieux analogues peuvent se produire dans des contextes économiques, sociaux et politiques semblables dans des continents différents. Nous allons en étudier un cas au XIIIe siècle: l'œuvre comparable accomplie par deux maîtres spirituels, saint François d'Assise et maître Dôgen durant les crises économiques, sociales et religieuses qui ont frappé simultanément l'Europe et le Japon (fin XIIe-XIIIe siècles). En Europe, saint François d'Assise (1181/2-1226) a pris à cœur les actes et la mission du Christ et l'a suivi totalement. Au Japon, le maître Dôgen (1200-1253), un génie religieux, a consciencieusement pratiqué l'enseignement du Bouddha et de Nâgârjuna, pionnier du bouddhisme du Grand véhicule, et nous l'a transmis. Tous deux, inspirés d'un amour universel de niveau spirituel élevé, ont insufflé la vie à leur religion par la voie de retour aux sources, en créant chacun un ordre mendiant fondé sur la pauvreté et l'amour d'autrui. Le christianisme, créé selon l'enseignement de Jésus-Christ ("Homme-Dieu")en Asie Mineure, et le bouddhisme, fondé sur celui du Bouddha Sâkyamuni en Inde (VIe ou Ve siècle avant J-C.), sont considérés comme des religions hétérogènes sur le plan doctrinal (cf. notre Tableau de leurs différences, p.16). Ils ont évolué en Europe et en Asie sans contact direct durant des sièclesl. Après les nestoriens2, les frères mineurs, disciples de François, envoyés par les papes successifs auprès des khans mongols en Chine (12451353), sont les premiers missionnaires chrétiens européens en Chine. Ils remarquent eux-mêmes une certaine parenté entre leurs pratiques religieuses et celles de moines bouddhistes. Durant plus d'un siècle, des rencontres et échanges de vues entre religieux franciscains (frères mineurs) et moines bouddhistes
AVANT-PRPOPOS

eurent lieu en Asie, à la cour des khans mongols ou lors de leur passage dans des monastères bouddhiques chinois, cingalais ou tibétains à leur retour. Les frères ont ainsi observé trois formes principales du bouddhisme: le Grand véhicule (Mahâyâna), l'Ecole des Anciens (Theravâda) et le bouddhisme tibétain (Vajrayâna). Ces contacts ont commencé en 1246, vingt ans après la mort de François, lors de l'arrivée d'un de ses compagnons, frère Giovanni da Pian deI Carpine 3 envoyé par le Pape Innocent IV auprès du khan Güyük pour faire cesser les invasions mongoles dévastatrices en Europe. Ensuite, frère Guillaume de Rubrouck, envoyé du roi saint Louis, a participé au débat avec des bouddhistes organisé par le khan Mongke à Karakorum (1254). Ces contacts ont continué jusqu'au retour par l'Inde et Ceylan du frère mineur missionnaire, Giovanni dei Marignolli, légat du Pape, auprès de l'empereur mongol en Chine 4. Ces frères ont tous laissé des lettres ou un rapport 5 qui ont été copiés et avidement lus. Ils y expriment leur estime pour l'austérité et la stricte observance des moines bouddhistes. Frère Giovanni dei Marignolli remarqua les curieuses coïncidences entre les pratiques de ces moines et celles des frères mineurs. "Ces moines, écrit-il, ne mangent qu lune fois par jour... ils ne boivent rien d lautre que du lait ou de l'eau.. Ils ne gardent jamais de nourriture chez eux pendant la nuit. Ils dorment sur la terre nue. Ils marchent nu-pieds, avec un bâton, et se contentent d lun froc, comme celui de nos frères mineurs, mais sans capuchon, et d lun manteau replié sur l'épaule, à la manière apostolique. Chaque matin, ils vont en procession pour 6. demander... que le riz leur soit donné...
..

La conduite de Dôgen et de ses disciples dans des monastères zen, qu'il a fondés au Japon à son retour de Chine (XIIIe siècle), était conforme à cette description et nous allons constater ici les affinités encore plus profondes entre les paroles et les actes de François d'Assise et ceux du maître Dôgen. Au Japon, des spécialistes de Dôgen qui ont senti un certain lien entre Dôgen et le chrsitianisme l'ont comparé avec Jésus, saint Paul, saint Augustin et saint Thomas d'Aquin. Il nous semble, comme nous le verrons, que ce rapport est très fort avec 10
SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DaGEN

François d'Assise. Un philosophe dit, pour sa part, ne pas trouver étrange que "les paroles et les actes de François d'Assise et la pensée du maître Eckhart du XIIIe siècle répondent à ceux de Dôgen, dans la mesure où les leurs réalisent et expriment la même loi de la vérité 7". Nous allons confronter ici les actes et les paroles de François d'Assise et de Dôgen et, à travers eux, l'esprit franciscain et le Zen de Dôgen ainsi que les pratiques et les voies du salut des deux religions. Notre recherche contribuera ainsi à éclairer quelques aspects du rapport entre le christianisme et le bouddhisme sur les plans pratique et doctrinal. C'est une tâche pressante, étant donné la coexistence actuelle des deux religions à l'échelle mondiale. Notre recherche sur le bouddhisme et le christianisme, qui comporte deux autres livres déjà publiés 8, a été effectuée au cours des seize dernières années. Elle constitue le dernier volet de notre recherche comparative, commencée en 1960, sur trois pensées humaines: le bouddhisme, le christianisme et l'humanisme 9. La méthode utilisée est celle de la philosophie comparée, créée par des indianistes et pratiquée activement par des universitaires des trois continents. J'exprime ma profonde reconnaissance au professeur Guy Bugault de la Sorbonne, spécialiste du bouddhisme et de la philosophie comparée, pour son soutien constant et ses conseils précieux. Je remercie vivement le Professeur Olivier Lacombe et feu le Père Damien Vorreux o.f.m. pour le vif intérêt qu'ils ont bien voulu porter à son sujet, ainsi que Messieurs Louis Holtz et Jacques Dalarun, Directeurs successifs de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes du CNRS où ma recherche a eu lieu.

Avec le concours du CNRS, de la Japan Society for Promotion of Science et du Consiglio Nazionale delle Ricerche d'Italie, j'ai pu effectuer des recherches sur le terrain là où François d'Assise et Dôgen ont vécu (au Japon en 1986 et en 1993, en Italie en 1990), participer à des colloques au Japon, en France et en Italie 10 et m'entretenir avec des spécialistes. Mon séjour au temple Eihei et ma visite du temple Sôji et les entretiens que j'ai eus avec les maîtres zen Minami (Chokusai),
AVANT-PRPOPOS

Il

Kumagai (Chûkô), Tanaka d'une grande utilité.

(Shinkai)

et Azuma

(Ikuo) ont été

J'exprime ma gratitude à toutes les personnes qui m'ont accueillie et m'ont aidée dans ma documentation: pour François d'Assise, feu le Père Damien V orreux pour le prêt de ses livres et ses conseils précieux, le Père Gérard Guitton ofm., directeur des Editions franciscaines, pour ses séminaires sur François d'Assise, Madame Geneviève BruneI de l'Université de Paris IV, Père Régis Etienne ofm. cap. de la Bibliothèque franciscaine provinciale de Paris, ainsi que le Pro Roberto Rusconi du Centre interuniversitaire d'études franciscaines d'Italie, le Pr Ignazio Baldelli, le Père Severus Gievens et le Pro Francesco Santucci de la Sociétà internationale di studi francescani d'Assise; pour le bouddhisme-Zen et Dôgen, le Pro Kimura (Kiyotaka) de l'Université de Tokyo, feu le Pro Suzuki (Kakuzen) et le personnel de la bibliothèque de l'Université Komazawa, les Pro Takasaki (Jikidô) et Ejima (Yoshinori) de l'Université de Tokyo, le Pro Matsumaru (Michio) de l'Institut de la culture orientale, le Pro Rituko Suzuki de Tôyô Bunko, Rév. Masataka Toga et Mlle Naomi Maeda de l'Institute for Zen Studies de Kyôto. Je remercie enfin vivement Madame Christiane Dupont pour son encouragement chaleureux et sa contribution efficace et Daniel pour son appui patient et ses remarques critiques et instructives.

à Paris le 8 avril 1999 Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer Centre National de la Recherche Scientifique Institut de Recherche et d'Histoire des Textes.
NOTES

1 La transmission du bouddhisme de l'Inde vers la Grèce antique et l'évangélisation des côtes indiennes fréquentées par des navires marchands grecs vers le 1er siècle après J.-C. ne sont pas exclues, mais sans trace de rencontre entre bouddhisme et christianisme à l'époque.

12

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN

2. Le nestorianisme, condamné au concile d'Ephèse (431), mais adopté par l'Eglise de Perse (484), fut diffusé en Chine à partir de 635, selon la célèbre stèle érigée à Singan-fu en 781. 3. Frère Giovanni (sans lien avec la famille noble éteinte Piano dei Carpini), né à la fin du XIIe siècle à Pian deI Carpine (actuel Magione) à l'ouest de Pérouse, fut présent aux chapitres généraux de la Portioncule (1221 et 1230) et participa à la mission en Germanie dirigée par Césaire de Spire, proche collaborateur de François d'Assise. Après plusieurs missions en Europe de l'Est et du Nord, il fut nommé successivement provincial de Germanie, de Pologne, de Saxonie (régions dévastées par l'invasion mongole en 1241) puis d'Espagne. Le 1er concile de Lyon (1245) délibéra sur le risque d'autres invasions mongoles et le pape Innocent IV envoya Giovanni comme éclaireur auprès du khan mongol (1245-47). Sa mission accomplie, il rédigea son Historia Mongalorum, quos nos Tartaros appellamus qui devint célèbre. Cf. Clément Schmitt: Jean de Plan Carpin: Histoire des Mongols. Ed. Franciscaines. 19B1. pp.14-18. et Encycopedialtaliana. t. XXVIII. p. 102. 4. Rencontre des frères mineurs et du bouddhisme en Asie Frère Giovanni da Pian deI Carpine (en missionI245-47) fut le premier Européen à signaler par écrit l'existence en Chine d'un culte (en fait le bouddhisme) et la bienveillance des Chinois à l'égard du christianisme (nestorien). Ensuite frère Guillaume de Rubrouck * fut envoyé (1253-55) par le roi saint Louis (alors en croisade) auprès du khan mongol en vue d'une éventuelle alliance contre les musulmans. A Karakorum ce frère participa (30,5,1254) à la première controverse interreligieuse publique entre monothéistes (chrétiens, nestoriens et musulmans) et "idolâtres" (bouddhistes qui ne croyaient pas en Dieu) à la cour du khan Môngke (règne 1251-59), qui leur prêcha la tolérance. Le frère observa aussi la contemplation des moines bouddhistes à "la tête rasée", "vêtus de couleur jaune" dans leurs monastères. [Marco Polo (voyage 1271-95), qui aurait visité plusieurs monastères bouddhiques en Asie (Chine, Tibet, Siam, Birmanie, Annam et Ceylan), rapporte de son côté la vie du Bouddha en le qualifiant de "grand saint comme Jésus-Christ'.] Frère Giovanni da Montecorvino, envoyé (1289-1328) par le pape Nicolas IV, est le premier missionnaire et archevêque chrétien non nestorien (1313) en Chine. Pour le sacrer, le Pape Clément V a envoyé plusieurs frères mineurs évêques électeurs en Chine. Plus tard, frère Odorico da Pordenone, missionnaire en Mongolie durant 17 ans Uusqu'enI314), partit de Padoue en 1318 et arriva en Chine par Ormuz, l'Inde et Ceylan en remontant jusqu'à Pékin (1328) et en visitant des monastères bouddhiques où il fut bien accueilli. Il fraternisa avec des moines. Giovanni dei Marignolli, frère mineur florentin, légat du Pape Boniface XII, fut envoyé (1338-1353) auprès de l'empereur mongol des Yuan en Chine à la tête de nombreux frères missionnaires. Il y séjourna trois ans et revint par mer par l'Inde et Ceylan. (* Rubrouck est une localité flamande au nord de la France près de la source de l'Yser, sans rapport avec Ruysbroek en Belgique.) Ces frères mineurs furent envoyés en Extrême-Orient parce qu'eux seuls purent supporter les dures conditions du voyage à travers le désert de l'Asie centrale.

AVANT-PRPOPOS

13

Parallèlement des papes et des rois envoyèrent des dominicains à des khanats mongols plus proches: Julien de Hongrie fut envoyé en Caucase par le roi de Hongrie Bela IV en 1236-37 ; Simon de SaintQuentin et Ascelin de Crémone par le pape Innocent IV en Arménie (1246-47) ; André de Longjumeau par le roi saint Louis en Caucase (1246,1248-49) et à Tarbagatai (1249-50), David d'Ashby par le pape Urbain IV auprès d'il-khan Hülegü (1260-73), Riccoldo de Montecroce par le pape Nicolas IV auprès d'il-khan à Bagdad (1288-91), Jordan Catalani de Séverac par le pape Jean XXII d'Avignon auprès d'il-khan d'Iran en 1320-24 et en Inde après 1330. 5 Guillaume de Rubrouck écrivit Itinerarium fratris Willelmi de Rubruk de ordofrat. minorum anno gratie mil cc lig ad partes orientales. (Cf. Guillaume de Rubrouck, envoyé de saint Louis: Voyage dans l'empire mongiol. traduit par Claude et René Kappler. Paris. Payot. 1985.) Rentré à Padoue en 1330, Giovanni da Montecorvino dicta à frère Guglielmo da Sologna son Itinerarium. Odorico da Pordenone écrivit de Chine deux longues lettres en 1305 et en1306. (Cf. Henri Cordier: les Voyages en Asie au XIVe siècle du bienheureux frère Odoric de Pordenone. Paris. 1891). Giovanni dei Marignolli écrivit les souvenirs de sa mission en Asie dans sa Cronaca di Boemta (-1358). 6. Cité de Yule-Cordier: Cathay and the Ways thither t. III. par Henri de Lubac dans sa Rencontre du bouddhisme et de l'Occident. (Paris. Aubier. Editions Montaigne. 1952.p. 46.) Cf. notre ch.VI-2~p.119. 7. Cf. Kagamijima (Genryû), Tamaki (Kôshirô) éd. : Sekatshisô to Dôgen (Pensée universelle et Dôgen), série Cours sur Dôgen, t. 5. Tokyo. Shunjûsha. 1980. ch.I. Tamaki (K):Introduction à la philosophie comparée appliquée à Dôgen. ch. II. Mizuno (H.) : Gotama Bouddha et Dôgen . ch. III. Inoue (T.) : Socrate et Dôgen. ch. IV. Kadowaki (K.) : Jésus, Paul et Dôgen. ch. V. Yamazaki (S.) : Philosophie occidentale et Dôgen. (cf. p.181) ch.VI. Yagi (S.)(théologien) : Christiantsme et Dôgen. 8. M. Ishigami-Iagolnitzer : Dialogue interreltgieux bouddhisteschrétiens au Japon et en Europe (Paris, Sciences et Lettres. 1992-4) rapportant les expériences des moines chrétiens et bouddhistes vécues respectivement dans des monastères japonais (zen) et européens (bénédictlns et cisterciens) et Saint François d~sstse et Ryôkan - la voie du Christ et la voie du bodhisattva (Niigata, Kôkodô. 1998) donnant une explication sur les rapports entre Dieu, la Loi bouddhique et l'homme. Voir aussi notre Ryôkan, moine zen. Editions du C.N.R.S. 1991. 9. Les autres sont deux thèses soutenues à la Sorbonne: La sagesse et la condition humaine selon l'humantsme et le bouddhisme (1964. Doctorat d'Université) et Idée de la destinée humaine selon quelques humanistes du temps des guerres civiles (dites de religion) (1981. Doctorat d'Etat. Atelier national de reproduction des thèses, Université de Lille III, 1986). 10. 45e Congrès de la Société Japonaise des études religieuses Tokyo en 1986 où j'ai donné une communication sur Pauvreté de et

14

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN

mendicité selon saint François d'Assise, Xe Colloque international de l'Institut national de littérature japonaise(Tokyo, 1986) (communication sur La particularité de la littérature Zen - l'enseignement de Dôgen et Ryôkan, 1986), colloque interrel1gieux à l'Institut Kanna Ling (tibétain) où j'ai parlé de Dieu et vacuité selon saint Paul et Dôgen (Savoie. 1988), XVIIIe Rencontre internationale de la Société internationale des études franciscaines à Assise dont le thème fut Dalla 'sequela Christi' di Francesco d'Assisi all'Apologia della 'povertà' (1990).
Christianisme et bouddhisme du XVIe au XXe siècle

Les rapports entre les deux religions furent à nouveau remarqués au XVIe siècle à l'arrivée des missionnaires jésuites au Japon et en Chine. Au début, des Japonais ont pris des missionnaires jésuites venus de l'Inde (Goa) (1549) pour des maîtres bouddhistes indiens, et François Xavier, convaincu qu'ils n'avaient jamais connu Dieu, dut insister sur la différence entre les deux religions. Des Extrêmesorientaux et des Européens se demandèrent si le christianisme n'était pas une imitation du bouddhisme ou vice versa. Selon un chroniqueur chinois, le catholicisme était" une des écoles bouddhiques". Un moine bouddhiste chinois écrivit à Ricci que le christianisme copiait la doctrine de la Terre pure. Selon certains Européens, l'Evangile a été prêché autrefois en Asie par l'apôtre saint Thomas et le bouddhisme a imité le christianisme (Guillaume Postel: Des merveilles du monde. 1552) ou s'est inspiré de l'Evangile (Matteo Ricci, 1609-1610). Plus tard De Charlevoix énuméra dans son Histoire et description du Japon (Paris, 1736) onze cas de pratique semblable des deux religions: croix (svastika en sanskrit), chapelet, cloche, pèlerinage, procession, profession publique d'engagement, prière, inviolabilité de l'enceinte sacrée, sanctification, hiérarchie sacerdotale, usage de bougies lors du culte et confession. Selon les auteurs suivants, Jésus serait allé étudier le bouddhisme en Inde entre 13 et 30 ans. Yogananda (Pannahansa) : The Science of Religion. / Min (Huisik) : Le Nouveau Testament et le sûtra du Lotus (coréen. Seoul.Puril ch'up'ansa.1984.) Min d'éclairer le rapport entre les deux religions, les philosophes de l'école de Kyôto travaillèrent dès le milieu du XXe siècle. A la suite du succès de congrès internationaux sur le bouddhisme et le christianisme aux Etats-Unis (1970-87), des sociétés internationales ont été crées en Asie, aux EtatsUnis et en Europe pour faciliter les échanges des idées entre les chercheurs et des religieux s'intéressant à cette question.
AVANT-PROPOS

15

Tableau Différences doctrinales entre le bouddhisme et le christianisme

Le bouddhisme

Le christianisme

1° L'univers n'a ni commencement ni 1° Dieu, être absolu et éternel, fin. Tous les phénomènes sont en Personne tout pouissante, a créé continuelle mutation et en l'univers (qui aura sa fin), ainsi que transmigration (sarpsâra) toutes les créatures animées et perpétuelle. inanimées. 2° Ces phénomènes sont vides de substance et les hommes n'ont pas de substance personnelle (la personne, l'âme) qui les distinguent des autres animaux. 3° Tous les phénomènes émergent, évoluent et se désagrègent selon la loi de la production condition,née, suivant le cycle interminable de renaissance et de re-mort. La vie est donc mal-faite. Elle est un mal-être. 2° L'homme a été créé par Dieu à ~on image au sommet de toute sa création, comme une personne ayant une âme immortelle.

3° Mais l'homme a désobéi à son Créateur, en voulant être son égal indépendant de Lui (le péché originel). Le premier homme chassé sur la terre et ses descendants, devenus mortels, doivent durement travailler pour vivre. 4° Pour les sauver, Dieu leur a envoyé l'Esprit Saint et son Fils s'est incarné en homme-Dieu (la Trinité). Le Christ est mort crucifié (Passion), prenant sur lui leurs péchés (Rédemption), mais ressuscité, il leur renvoya l'Esprit Saint et monta auprès de Dieu. 5° Etant créatures dépendant de Dieu, les hommes baptisés par l'Esprit Saint deviendront "enfants de Dieu" et, ressuscités, auront part à sa gloire et à son immortalité.

4° Mais le Bouddha Sâkyamuni, un être humain, a découvert et enseigné aux hommes un moyen de rompre et de se libérer de ce cercle infernal, la Loi bouddhique.

5° Ceux qui l'ont comprise et se sont éveillés (à la vérité) deviendront eux aussi buddha, égaux du Bouddha, réaliseront le nirvâ'la et ne renaîtront plus sur terre. 16

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN

Brèvesexplications Le Bouddha

sur les textes bouddhiques (sk) ou Sakyamuni (pâli) a vécu

vers 560 480 avant J-Ch ou d'après des études récentes un demi ou un siècle plus tard (vers 460 380 avo J-Ch) 5, Il enseigna oralement et ses disciples apprirent par cœur son enseignement sous des formules condensées. Ils les ont classées d'abord en neuf, ensuite en douze catégories. La première assemblée de cinq cents disciples du Bouddha après son décès eut lieu à Râjagrha, capitale du pays de Magada où le Bouddha a enseigné. Ils ont alors groupé ces enseignements en deux parties: les sûtra (sk. fils, séries d'écritures) assemblés sous la direction d'Ananda et classés en quatre puis en cinq âgama, et le vinaya (la Règle), assemblé sous la direction d'Upâli. Un siècle après la mort du Bouddha, lors de la deuxième assemblée des moines bouddhistes, les Anciens et les moines de communautés bouddhistes se divisèrent à propos de l'observance stricte ou non de la Règle, et ils formèrent d'une part l'Ecole des Anciens (Theravâda) et d'autre part l'Ecole de grande communauté des moines (Mahâsamghika). Ces deux écoles se divisèrent encore en vingt branches au cours des cent ans qui suivirent. Pendant ce temps une troisième catégorie de textes, abhidharma (les traités doctrinaux), fut rédigée. Chaque branche transmit ces trois sortes de textes bouddhiques d'abord oralement en prâkrit (dialecte indien), ensuite en écrit, en les traduisant en sanskrit (abréviation sk), en pâli, puis en chinois, en tibétain, etc. Parmi ces textes, seuls les textes en pâli sont conservés en leur intégrité sous formes de trois corbeilles, tipitaka, soit la , corbeille de sûtra (sutta-pi/aka), la corbeille de règles (vinayapitaka) et la corbeille de traités doctrinaux (abhidamma-pitaka).

-

Sâkyamuni

-

.

.

.

.

5, Hajime Nakamura: Gotama Buddha, Tokyo~ Shunjûsha, 1984 (1ère éd. 1969), p.49. / Akira Hirakawa: Indo bukkyôshi (Histoire du bouddhisme indienl t.l. Tokyo, Shunjûsha" 1981 (1ère éd. 1974), pp.32-33. / Heinz Bechert : The Dating of the Historical Buddha, GOttingen,. 1991-1992.

17

La corbeille de sûtra en pâli est composée de cinq nikâya (collections) classés selon leur longueur. 1. Dîgha-nikâya. Collection de sûtra longs (abréviation DN). 2. Majjhima-nikâya. Collection de sûtra de longueur moyenne (abréviation MN)c 3. Samyutta-nikâya. Collection de sûtra courts- (SN). ,. 4. Anguttara-nikâya comprenant les Quatre Nobles Vérités et l'octuple voie juste. (AN)~ 5. Khuddaka-nikâya. Collection de quinze petits (khuddaka =kshadraka sk.) sûtra tels que Dhammapada, les Therigâthâ, les Theragâthâ et le Jâtaka que nous allons citer d'après les éditions établies par la Pali Text Society de Londres. Vers le 1er siècle après J-Ch, les écoles bouddhiques formaient deux grands groupes, celle du Theravâda (l'Ecole des Anciens) du bouddhisme monastique visant le salut individuel et celle du Mahâyâna (Grand véhicule) visant le salut du maximum des êtres vivants et répondant au souhait des laïcs. Le premier est transmis dans les pays du Sud-Est asiatique (Sri Lanka, Birmanie, Thaïlande, Cambodge, Laos) et le second dans les pays d'Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon et Vietnam). Le bouddhisme introduit au Tibet a formé une variante du Mahâyâna, appelée Vajrayâna. La Loi bouddhique est constituée des Quatre Nobles Vérités [concernant le mal-être de notre existence (dukkha,en pâli), son apparition (samudaya), sa cessation (niroda) et son remède, le sentier (magga) d' octuple voie juste], de la loi de la production conditionnée (les phénomènes émergent puis se désagrègent d'après douze chaînons de cause à effet, étant conditionnants, conditionnés et interdépendants) et de la théorie du non-soi (anattan, non-existence d'une substance personnelle). Le fondement du bouddhisme du Grand véhicule a été consolidé par Nâgârjuna (v. 150-250 après J.-C.), auteur des (Mûla) Madhyamaka-kârikâ, par sa théorie de la vacuité (tous les phénomènes sont vides de substance) et par sa pratique de la voie de bodhisattva (l'être destiné à l'éveil, mais déterminé à sauver autrui avant soi-même). Le bouddhisme du Grand véhicule est aussi appelé bodhisattva-yâna (véhicule de
18
SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DaGEN

bodhisattva). Le Zen de Dôgen suit cette voie, fidèlement l'esprit du Bouddha et de NâgâIjuna.

à

r

.

Prononciation des mots en sanskrit et en pâli se prononce ri. se prononcent tch. se prononce comme gn en français. se prononce comme ch (de ich) en allemand. se prononce comme ch en français. est aspiré. Pluriel des mots en sanskrit et en pâli

etch ii

s
5

.

h

Le pluriel des mots en sanskrit et en pâli ne se termine pas en -s mais souvent en h ou î. Dans leur transcription en alphabet romain, nous gardons leur forme d'origine au singulier selon l'usage des indianistes occidentaux [Exempl. le sûtra (singulier),les sûtra (pluriel)]. Transcription des mots nonfrançats sera faite en italique. Transcription des noms propres étrangers - en langues européennes sera faite selon l'orthographe d'origine, sauf les noms propres couramment francisés. (Exemples. Pietro Bernardone, François d'Assise) - en langues d'Extrême-Orient, Le nom de famille précède le prénom mis entre parenthèses. Les noms propres chinois, japonais respectivement selon la prononciation système Hepburn et d'après le système officiel dans les pays d'origine et adoptés et coréens seront pékinoise (pinyîn) McCune-Reischeauer par les orientalistes transcrits
t

d'après le en usage français.

Les noms de moines bouddhistes. Leur nom de Loi (reçu lors de leur ordination) sera précédé du nom du lieu où ils ont vécu ou enseigné (la montagne, le monastère, le pavillon des moines, l'ermitage). Le mot Zen. En anglais le mot Zen commence toujours par majuscule, qu'il soit utilisé comme nom commun ou adjectif, mais en français, dans ce livre, nous écrivons Zen lorsu'll est un nom propre (exemple: le bouddhisme-Zen), zen lorsqu'il est un nom commun (la concentration en posture assise. Exemple: pratiquer le zen) ou en adjectif(exemple : le moine zen).
AVANT-PRPOPOS

19

Abréviation

des titres des ouvrages

consultés

Pour la Bible, nous avons consulté Nestle-Alan : No vu m Testamentum graece et latine (1983), la Bible de l'Ecole biblique de Jérusalem (1961), la Bible de l'édition œcuménique TOB (l'Ancien Testament,1983, le Nouveau Testament 1981) et deux éditions de Bibles en anglais (voir notre Bibliographie). Nous avons suivi les sigles courants: AT, NT, Mt (pour Evangile selon Matthieu) etc.
Sigles Adm IRèg 2Règ 2 LFid Test 1C Com AP Ecrits de François Dates de rédaction éditions consultées Admonitions. Ecrits Regula non buUata, ou 1ère Règle. 1221. Ecrits. Regula bullata ou IIème Règle. 1223. Ecrits. Seconde lettre à tous les fidèles. Ecrits. Testamentum. 1226. Ecrits. Biographies primitives de François (ordre chronologique) Thomas de Celano: Vita prima Francisci, 1228/9, Analecta Sacrum commercium, 2e quart du XIIIe siècle, Documents. Anonyma Perugtno 1240-1241, latine Béguin (1977-79). 3S LP éd. latine di Fonzo (1973), t.X.

Jean de Celano d'après le mémoire de frères Gilles et Bernard. éd. 1241-

Legenda trium sociorum (Légende des trois compagnons), 1246, éd. latine Desbonnets (1974).

2C LM Sp Actus Fior Csd

Frère Léon: Legenda antiqua di Perugia, -1246, (Ms.1046 de la Bibliothèque municipale de Pérouse), éd.latine Delorme(1926), éd. latine Bigaroni (1975). Thomas de Celano: Vita secunda Francisct, 1246/47, Analecta X. saint Bonaventure: Legenda maior, 1261-1263, AnalectaX. Anonyme: Speculumperfectionis, 1318, éd.Bigaroni(1983). Actus beatus Francisci et soctorum eius, 1327 -1340 ou 1328-1348. Anonyme: Fioretti, 1390 ou entre 1322 et1396, Documents. Considérations sur les stigmates, XIVe siècle, Documents. Les Ecrits (ou enseignement oral) de Dôgen éd. Mizuno.

SGZ Koun (Ejô) éd.: Shôbôgenzôzuimanki, 1234/5-1238, Shôbôgenzô Shôbôgenzô, 1231-1253, éd. Okubo. Shôbôgenzô Shôbôgenzô, tomes choisis, éd. Koten. Tenzokyôkun, Fushukuhampô de l'Eihei shingt, 1237,1246-, 20
SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN

éd. MIN.

Un mot sur les docwnents consultés sur François d'Assise (Liste détaillée dans notre Bibliographie 1-2 et 1-3)

Pour décrire les actes et la vie de François d'Assise, nous avons consulté d'abord ses sources, ses propres écrits en latin ou en italien d'après leur édition critique en latin (établie par Kajetan Esser, dans son édition latino-française, les Ecrits des Editions Franciscaines de 1981), ensuite les témoignages écrits par les premiers compagnons de François qui ont vécu avec lui (AP, 38, LP) ainsi que des biographies écrites par les Frères mineurs des XIIIe-XIVe siècles dans leurs éditions critiques en latin des XIXe - XXe siècles, souvent accompagnées de leurs traductions française ou italienne (lC, 2C, LM, Lm, etc). Lorsque ces témoignages convergent et rapportent des faits concrets, nous avons cité les passages les concernant, soit en les traduisant nous-même mot à mot en français, ou plus souvent en citant leur traduction française des Documents édités par les Editions Franciscaines (1981). Certaines biographies de François d'Assise, écrites par des frères mineurs du Moyen Age qui l'admirent, peuvent contenir leurs interprétations subjectives (Celano, lC et 2C) ou des transformations et des embellissements (les Fioretti) des faits. Dans ce cas, nous ne les avons pas cités. L'historique de chacun de ces manuscrits et leur fiabilité sont expliqués en détail par ceux qui ont établi leurs éditions critiques. Nous montrons d'abord la liste chronologique de ces écrits et leurs sources, ensuite une brève explication sur chacun d'eux.

21

Dates de rédaction

titres (sigles)

auteurs

sources

1228 Vita prima s. Francisci (IC). Tommaso da Celano, ofm. Le Pape Grégoire IX (ancien cardinal Hugolin d'Ostie, protecteur de l'ordre franciscain) lui commanda la rédaction de la vie de François. lIe quart XIIIe s. Sacrum commercium (Com)i Un frère mineur,
r

La première réflexion théologique sur la pauvreté franciscaine, sous forme de l'alliance de François d'Assise avec la Pauvreté.

1232-1235 Vita s. Francisci, Julianus de Spira (=Speyer), ofm. Frère allemand recueuilli par François au lieu des croisades en Orient, il rédigea ce résumé de la Vita prima de Celano en France, où il fut nommé maître de la chapelle à la cour du Roi. 1240-1241 Anonymus Peruginus (AP). Mémoire des frères Gilles (Egidio) et Bernard sur la naissance et la fondation de la fraternité franciscaine, rédigé par le frère Jean de Celano, compagnon de Gilles. 1241-1246 Legenda trium sociorum (3S) (Légende des trois compagnons). Sources: lC, Vita de Spira, AP. Version assisiate de la vie de saint François qui corrige 1C de Celano critiquant la classe marchande d'Assise. Elle fut envoyée par frères Léon, Ange et Rufin à Crescent de Jési, rninistre général. (Legenda est un récit d'une vie, destiné à la lecture publiquer). vers 1246 Legenda antiqua de Pérouse (LP). Frère Léon. Mémoire écrit par frère Léon, secrétaire, infirmier et confesseur de François d'Assise, "un des témoignages les plus authentiques et les plus vivants que nous possédions sur saint François". Il existe le Manuscrit 1046 de la Bibliothèque communale de Pérouse, une copie de 1311 découverte en 1922. 1247 Vita secunda s. Francisci (2C). Tommaso da Celano, ofm. Sources: 38, LP. Ecrite d'après les témoignages envoyés par frères Léon, Ange et Rufin au Ministre général Crescent de Jesi et d'après des récits oraux. Cette Vie, commandée au chapitre de Gênes en 1244, fut approuvée par le chapitre de Lyon en 1247.

22

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DaGEN

1251-52 Tractatus de miraculis s. Francisci (3C), écrit par Tommaso da Celano. Fondé sur le recueil envoyé par frères Léon, Ange et Rufin, il décrit les miracles qui auraient eu lieu du vivant et après la mort de François d'Assise. 1261-63 Legenda maior s. Francisci (LM) et Legenda minor (Lm) écrit par saint Bonaventure, ofm. Ministre général. Sources: IC, AP, 3S, LP, 2C, 3C. Commandé par le chapitre de Narbonne en 1260, saint Bonaventure a recueilli et dépouillé tous les documents écrits et oraux et a écrit deux récits de vie de saint François, destinés à la lecture l'un au réfectoire et l'autre à l'office durant l'octave de la fête de saint François. Ils furent approuvés par le chapitre de Pise en 1263. En1266 le chapitre de Paris ordonna la suppression et la destruction de toutes les autres biographies antérieures. 1318? Speculum perfectionis (Sp) (Miroir de perfection), écrit par un frère 'spirituel' adepte de stricte observance de la Règle. Compilation de AP, LP. 1C, 2C, plus le chapitre 85, le portrait du frère mineur idéal. 1327-1340 (selon Fonti) ou 1328-1348 (selon Documents). Actus beati Francisci et sociorum eius (Actus), écrits par des frères 'spirituels' qui ont entendu de fro Jacques de Massa, de fro Ugolino da Montegiorgio (ou de Santa Maria) et poursuivis par le continuateur de ce dernier au début du XIVe s. Transmission orale de légendes concernant François, Claire d'Assise et les premiers compagnons dans les couvents de l'Ombrie et de la Marche d'Ancône, fidèles à l'idéal de saint François, afin de compléter les documents officiels tels que les Légendes majeure et mineure de saint Bonaventure. mi XIVe s. Considérations sur les stigmates (Csd). Sources: 1C, 2C, Traité des miracles, LM, les Actus, des écrits de Léon et la Vie du frère Léon. Rédigées pour donner plus d'éclaircissements sur la stigmatisation de saint François et contre ceux qui en doutent. 1390 (Fonti) ou 1322-1396 (Documents). Fioretti (Fio(). Compilation italienne des Actus beati Francisci. 23

Nous avons également consulté les principales biographies de François d'Assise plus récentes (XVe-XXe siècles). [Voir notre Bibliographie 1-2-2)].

Tableau

des relations entre diverses biographies de François d'Assise du Moyen Age

La flèche indique la relation entre les sources et les biographies concernées.

Dates de rédaction

Oeuvres commercium) de Spira.

IC (Vita prima) 1 lIe quart XIIIe s. Com (Sacrum

1228

1232-35 1240-41 1241-46 v.1246 1247 1251-52 1261-63 Il LM. ~lin. 1318 ?

Vita Julianus

3S LP.

C: SC (Traité des miracles)

'Speculum perfectionis Actus beati F.
Csd (Considérations

- début XIVe s.

mi XIVe s.
1390 ou 1322-1396

Fioretti.

l

\

sur les stigmates).

24

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DaGEN

Chronologie

parallèle

des vies de François

d'Assise et de Dôgen
Vie de Dôgen

Vie de François d~sise fin 1181 ou début 1182 Naissance du fils aîné de Pietro Bernardone, riche drapier, à Assise. Adolescent, François (Franesco) est élu chef de la jeunesse aisée d'Assise. 1198. Il participe à l'attaque de la forteresse de l'Empire germanique de la Rocca à Assise avec les citoyens d'Assise. 1199-1200. Guerre civile à Assise entre la noblesse inféodée à l'Empereur germanique et la bourgeoisie qui déclare l'indépendance de la commune. 1202. Bataille entre Pérouse, ville impériale, et Assise communale. 1202-1203. François prisonnier à Pérouse. Gauthier de Brienne entre au service du Pape. 1204. François soigne sa maladie chez ses parents à Assise. 1205 François part pour rej oindre l'armée de Gauthier de Brienne. A Spolète, une voix lui ordonne de retourner chez lui. Conversion et pèlerinage à Rome. De retour à Assise il embrasse un lépreux et soigne dans un lazaret. Il croit entendre le crucifix de l'église saint Damien lui demander de "réparer sa maison". Pour la réparer il vend des étoffes de son père qui le dénonce au tribunal. 1206. Au tribunal de l'évêque d'Assise, François se dépouille de tou t, abandonne son père et ses biens et entre dans une abbaye de Gubbio comme garçon de cuisine. 1206-8. François répare les églises Saint Damien et Sainte-Marie-desAnges de la Portioncule. 1208. François découvre sa vocation missionnaire et réalise trois missions avec ses compagnons dans la Marche d'Ancône, à Poggio Bustone et dans la vallée de Rieti.

26 janvier 1200 (2e jour du 1er mois lunaire) Naissance de Dôgen, descendant de la ge génération de l'Empereur Murakami, et fils d'une des filles des Fujiwara, première noblesse impériale du Japon, près de la capitale Kyôto. Son père fut peutêtre Minamoto no (Michitomo) qui l'éleva, 2e fils de Minamoto no (Michichika) (t1202), ministre le plus puissant qui éclipsa le Régent Kujô (Kanesane) en 1196. 1202 Le maître zen Eisai fonde à Kyôto le temple Kennin où entrera Dôgen quinze ans plus tard. 1204. Dôgen est initié aux lettres chinoises et lit une anthologie chinoise de Liqiao. Il passe son enfance à Kohata au sud de Kyôto et à Kuga, dans une villa des Minamoto au sud-ouest de Kyôto. Dans son enfance il aurait également lu le Lunyù de Confucius et le Shiji, livre de l'histoire chinoise qu'il citera plus tard. 1206. Il lit Chunqiu Zuoshi chuan un commentaire d'une écriture de Confucius et le Maoshi, son écriture d'art poétique. On l'appelle "enfant . divin." 1207. Mort de sa mère. A sa demande et sensible à l'impermanence des choses, il décide de devenir religieux. 1208. Dôgen étudie à la villa pa terne lIe de Kuga, lit Abhidharmakosabhâ~ya de Vasubandhu (IVe s.) en chinois et est considéré intelligent comme MafijuSrî, bodhisattva de sagesse.

AVANT-PRPOPOS

25

Vie de François d~ssise 1209-10. Il part avec ses onze compagnons pour Rome et reçoit du Pape Innocent III l'approbation orale de la Règle de sa communauté. Les douze reçoivent la tonsure par le cardinal de saint Paul. De retour à Assise, ils se logent à Rivo-Torto puis s'installent à la Portioncule. 1211. Tentative d'une mission en Syrie. 1212. François donne Claire (elle a 18 ans). l'habit à

Vie de Dôgen 1212. Pour éviter la carrière politique à la Cour à laquelle on le destine, Dôgen s'enfuit de Kuga, passe à Kohata et consulte le maître Ryôken (ou Ryôkan) au pied du Mont Hiei et entre dans la cellule Senkô de y okawa du Mont Hiei. Les moines armés du Mont et les hommes des dieux du temple shintoïstes Kasuga se battent. 1213. Dôgen reçoit la tonsure et devient novice au pavillon d'ordination du Mt Hiei, Il étudie les doctrines de l'école Tendai, le bouddhisme de Theravâda et de Mahâyâna ainsi que les dogmes ésotériques de l'école Tendai. Bataille entre les moines armés du temple Enryaku du Mt Hiei et ceux du temple Kôfuku de Nara. 1214. Combat entre les moines du temple Enryaku du Mt Hiei et ceux du temple Onjô de Mii, son rival. Dôgen descend du Mt Hiei et pose une question au maître Kôin du temple Onjô, qui lui conseille d'aller chercher la réponse chez les maîtres zen en Chine. 1215. Mort d'Eisai, promoteur du Zen au Japon. Durant ses six ans (1212-1217) d'étude au Mt Hiei, Dôgen aurait lu une (Denkôroku) ou deux fois (Kenzeiki) Issaikyô, l'ensemble de textes bouddhiques traduits en chinois. 1217. Dôgen devient disciple de Myôzen, successeur d'Eisai au temple Kennin de Kyôto. Il pratique le zen sous sa direction.

1213. Fondation des ermitages pour la vie contemplative des frères, à Cetona et à Sarteano. Le comte de Chiusi Orlando fait don du Mont Alverne à François pour lieu de sa contemplation. Il part pour une mission au Maroc, sans y parvenir, via France et Espagne. 1215. IVe Concile de Latran à Rome qui reconnaît l'importance de la prédication. Expansion des frères mineurs en Italie du Centre et du Nord, au Sud de la France et en Espagne. 1216. Séjour du Pape Innocent III à Pérouse et sa mort. Honorius III lui succède. Jacques de Vitry, nommé évêque de Saint-Jean-d'Acre, et futur témoin des actes de François, séjourne à Pérouse. 1217. Le 1er chapitre général des frères mineurs à la Portioncule. Organisation des provinces et des missions à l'étranger. François veut aller en France mais est retenu en Italie par le cardinal Hugolin. François séjourne à Subiaco avec lui. 1219. Le chapitre rassemble des milliers de frères et décide l'envoi des missionnaires à l'étranger. François part en mission en Egypte, convertit les croisés et tente de convertir le chef de l'armée musulmane.

26

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN

Vie de François d~sise 1220. En absence de François, la communauté franciscaine en Italie est en crise. Alerté, il revient et demande au Pape la protection de son ordre par le Cardinal Hugolin, évêque d'Ostie. Fin sept. au chapitre de la Portioncule, François démissionne et propose Pierre de Catane comme ministre général. 1221. Au chapitre de mai, des frères considèrent la Première Règle de l'ordre rédigée par François comme difficile à pratiquer. L'envoi des frères en Allemagne est décidé. A la mort de Pierre, Elie est désigné vicaire général(1221-1227) puis ministre général( 1232-1239 ). 1221-1223. Période difficile pour François: son idéal évangélique n'est pas accepté par tous. 1222. Sermon de François à Bologne. Il voyage dans la vallée de Rieti via lac de Piediluco et séjourne au couvent de Fonte Colombo. 1223. François y rédige la lIe Règle avec frère Léon et un juriste de Bologne. Elie vient la chercher avec des ministres puis prétend l'avoir perdue. François la réécrit. Le chapitre de la Pentecôte accepte la lIe Règle remaniée. François séjourne à Poggio Bustone près de Rieti, puis à Subiaco, ensuite à Fonte Colombo. Fin novembre 1223 le Pape Honorius III approuve la lIe Règle remaniée. François passe la Noël à Greccio et crée la crèche animée avec les habitants. Le seigneur du lieu lui offre une montagne. 1224. Retraite de François au Mont Alverne avec frères Léon, Ange et Rufin. Il reçoit les stigmates à miseptembre et revient à Saint Damien par Borgo San Sepolcro, Monte Casale, Città di Castello et Foligno.

Vie de Dôgen 1221. Coup d'Etat de Jôkyû organisé par l'ex-Empereur Gotoba contre Hôjô (Yoshitoki), fondé de pouvoir du shôgun, échoue. Trois exEmpereurs auxquels Dôgen est apparenté sont exilés. Dôgen reçoit de Myôzen l'inka, le sceau de reconnaissance de son niveau du zen par son maître, ainsi que la Règle de bodhisattva du Grand véhicule et la Règle du Zen. Le maître de Myôzen est malade et lui demande de rester près de lui, mais il décide d'aller étudier le bouddhisme et pratiquer le zen en Chine pour sauver les hommes.

1223. mars. Myôzen part de Hakata de Kyûshû pour la Chine accompagné de Dôgen et arrive au port de Ningpo. Dôgen y fait connaissance du maître et chef cuisinier du temple Guangli. Il exerce le zen avec Myôzen au temple Jingde du Mont _Tiantong, le 3e temple d'Etat, dont le supérieur est WU JI (Liaopai) de l'école Rinzai. 1224. WUJI (Liaopai) meurt. Dôgen part pour visiter plusieurs grands temples à la recherche d'un maître chinois: le temple Guangli du Mont Eyuwang, le 2ème temple d'Etat; le temple Wangshou du Mont Jing, le 1er temple d'Etat; le temple Wannian du Mont Tiantai, le 5e temple d'Etat; en 1225 le temple Husheng du Mont Taimei.

AVANT-PRPOPOS

27

Vie de François d~sise 1225. A Saint Damien où il souffre de maladies, François croit recevoirde Dieu l'assurance de son salut et compose le Cantique du frère Soleil (en avril ou mai). En l'écoutant, l'évêque et le podestat d'Assise en conflit se réconcilient. François part pour Rieti pour y recevoir les soins de ses yeux chez Tebaldo le médecin, qui le cautérise à Fonte Colombo. 1226. Il voyage à Sienne pour y recevoir les soins. Il vomit du sang et rédige le Testament de Sienne. Il voyage à l'ermitage de Celle près de Cortone, puis à Bagnara près de Nocera. Ses jambes et son ventre s'enflent. Les chevaliers d'Assise l'escortent jusqu'à Assise. Au palais épiscopal} il rédige son dernier Testament et bénit Assise avant d'aller à Sainte-Marie-des-Anges de la Portioncule. Il bénit tout le monde. 30ctobre1226. François meurt. 1242. Dôgen rédige le Gokoku-seihôgi et l'expose à l'Empereur. Un moine du Mont Hiei le critique

Vie de Dôgen 1225. Le 1er mai. Dôgen revient au temple Jingde et s'entretient av~c lenouveau supérieur Rujing. Fln mai Myôzen meurt. En juillet Dôgen devient disciple de Rujing et pratique le zen intensivement jour et nuit sous sa direction. Durant la retraite d'été il réalise l'éveil. En septembre" Dôgen reçoit de Rujing la Règle de bodhisattva. 1226. Dôgen visite plusieurs monastères et achève de noter les paroles de Rujing (le Hôkyôki). 1227. Il reçoit le shisho (l'écrit de transmission) et le portrait de Rujing et quitte la Chine. De retour au Japon il rentre au temple Kennin où il enterre les cendres de Myôzen. TIrédige le Fukan zazengi qui exprime sa volonté de diffuser le Zen.

1228. Son maître Rujing meurt. 1229. Ej Ô, disci pIe de Kakuan de l'école Dharma, vient le consulter. 1230. Sa cellule du temple Kennin 1243. Le temple Kôshô fut détruit étant détruite, Dôgen se retire au par des moines hostiles du Mt. Hiei. pavillon Anyô du temple Gokuraku à Le Sieur Hatano offre à Dôgen un Fuk.akusa, au Sud de Kyôto. domaine à Shihinoshô d'Echizen, au N-E. de Kyôto. 1243-44. Dôgen 1231. Il rédige le Bendôwa. prêche aux temples Zenjihô et Kippô 1231-1233. Dôgen construit le d'Echizen. temple Kôshô à Fukakusa et rédige 1244. Il inaugure le temple Daibutsu le Genjôkôan (1233). et le pavillon des moines à 1234. Dôgen rédige le GakudôShihinoshô d'Echizen. yôjinshû. Koun (Ejô) devient son disciple, note ses paroles (le 1246. Il nomme le temple Eihei-ji. Shôbôgenzôzuimonki( 1234/5-1238) 1247. Dôgen part à Kamakura et et reçoit de lui la Règle de enseigne au shikken Hôjô (Tokiyori) bodhisattva (1235). et aux laïcs (Sr Hatano). 1236. Dôgen construit le pavillon des 1248. Il revient au temple Eihei. moines au temple Kôshô et confie le 1244-50. Il continue à prêcher et à premier poste des moines à Ejô. rédiger le Shôbôgenzô. 1236-1243. Il prêche et rédige plusieurs tomes du Shôbôgenzô. 1252. A l'automne, il tombe malade. Plusieurs disciples de Kakuan décédé 1253. Il meurt à Kyôto. deviennent dicsiples de Dôgen(1241). 28
SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DaGEN

CHAPITRE

I

L'EUROPE ET L'EXTREME-ORIENT AUX XIIe ET XIIIe SIECLES
I - 1. Situations
historiques, politiques, économiques Europe et en Extrême-Orient. et sociales en

Si on compare l'Europe et l'Extrême-Orient de la fin du XIIe au milieu du XIIIe siècle (au temps de François d'Assise et de Dôgen), on est frappé par la similitude entre les situations politiques, économiques, sociales et religieuses des deux continents. Le pouvoir politique et l'institution religieuse étaient étroitement liés et cette situation détournait la seconde de sa mission spirituelle auprès du peuple. En Europe, le Pape et le chef du Saint Empire romain germanique se disputaient l'hégémonie politique et militaire armes à la main. Le Pape, législateur de la chrétienté, était à la fois chef de l'Eglise romaine et seigneur féodal d'un territoire occupant presque un quart de l'Europe. Les Papes successifs ont dû lutter contre l'ambition des Empereurs germaniques de former une communauté européenne (res publica universae christianitatis) dirigée contre l'hérésie et contre l'ambition temporelle de l'Eglise. Ils ont dû aussi lutter contre les tentatives des rois d'Europe de nommer les évêques dans leur pays. En même temps, ils ont lancé les croisades pour reconquérir Jérusalem. Il y en eut huit (1096-1291). Simultanément, le clergé, qui était nanti de propriétés et de rentes pour maintenir son train de vie face aux représentants du pouvoir temporel (les seigneurs), s'occupait principalement de la gestion de ses biens terrestres et ne répondait plus aux besoins spirituels des chrétiens laïques.
L'EUROPE ET L'EXTREME-ORIENT AUX XIIe ET XIIIe SIECLES

C'est dans ce contexte, après l'échec de la Ille croisade (11891192), que le Pape Innocent III dut faire face aux divers mouvements réformateurs de laïcs critiquant le clergé et désirant prêcher et organiser eux-mêmes le retour à la pauvreté évangélique en dehors de l'Eglise (les Pauvres de Lyon, les Cathares,..). Les seigneurs et les populations du Sud-Ouest de la France (Toulouse, Carcassonne, Béziers, Narbonne...) étaient acquis à la cause cathare. Le Pape fit alors appel aux cisterciens pour les convertir. Trois nonces apostoliques se sont assemblés à Montpellier en 1206 pour trouver une solution. Pierre de Castelnau était le plus modéré des trois. Il fut pourtant assassiné en 1208. Le Pape Innocent III excommunia le responsable, le comte Raymond de Toulouse, lança la croisade contre les rebelles (1208-1209) et la confia au roi de France, Philippe Auguste. Le roi se déchargea de la tâche sur les seigneurs féodaux du Nord de la France, qui assiégèrent et confisquèrent les domaines des cathares (-1228), Pendant ce temps, les armées mongoles de Gengis-khan (règne 1206-1227) attaquèrent l'Asie centrale et la Chine. Son fils tjgodei-khan (règneI229-1241) élargit l'Empire mongol et lança son neveu Batu (en fonctionI216-1242) vers la Russie, la Pologne et la Hongrie. L'Europe du Nord devait alors faire face à l'invasion mongole et ses ravages (1237-1242). Les Européens terrorisés par ces envahisseurs, qu'ils prenaient pour Gog et Magog, craignèrent l'arrivée de la "Fin des temps".' annoncée dans l'Apocalypse. A la suite du 1er concile de Lyon (1245) où l'on délibéra sur l'envoi (peu réalisable) d'une croisade contre les mongols, les papes successifs envoyèrent des frères mineurs auprès des khans mongols pour les dissuader d'envahir l'Europe ou pour chercher une alliance contre les musulmans (1245-1353) l, C'est ainsi que ces frères mineurs ont été les premiers chrétiens (non nestoriens) à avoir un contact avec des bouddhistes chinois, des lamas tibétains et des moines cingalais et à visiter leurs monastères. Mais le Japon (dont Marco Polo parlera en 1289 pour la première fois) leur était encore inconnu.

I., Voir notre Avant-propos. 30

pp. 9-10.. note 4, pp. 13-14.

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN

I . 1 . (1) L'Europe des XIIe et XIUe siècles
La toute-puissance de la papauté L'Europe des XIIe et XIIIe siècles fut avant tout chrétienne. Le règne spirituel de l'Eglise romaine qui couvrait l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre s'étendit au XIe siècle jusqu'en Pologne, en Hongrie, en Suède, en Norvège, en Ecosse, en Espagne et en Sicile. La papauté régnait de fait sur les souverains européens qu'elle couronnait et déposait à sa guise. Mais certains résistaient à son autorité et lui faisaient la guerre. Ainsi le Pape Grégoire VII (règne 1073-1085) excommunia Henri IV, chef du Saint Empire romain germanique qui régnait sur l'Allemagne et sur l'Italie, lorsque l'Empereur s'opposa à lui, et le Pape humilia le roi à Canossa (1077). En 1209, le Pape Innocent III nomma Otton de Brunswick Empereur, à la place de Philippe, fils de l'Empereur Barberousse, puis l'excommunia l'année suivante pour le remplacer par Frédéric II de Sicile. En 1208, lorsque Jean "Sans Terre", roi d'Angleterre, refusa de reconnaître Stephen Langton (1150-1228) comme titulaire de la cathédrale de Canterbury, cathédrale principale de l'Angleterre, le Pape lança l'interdit contre le roi et la cathédrale. Le roi dut alors se reconnaître vassal du Pape et payer son tribut. Langton, se méfiant du roi, incita l'aristocratie anglaise à signer la Magna carta (1215), charte de la monarchie constitutionnelle. Le roi avait peur que le Pape ne lance contre lui Philippe Auguste son ancien rival, qui faillit lui aussi recevoir du Pape l'interdit lorsqu'il répudia son épouse Ingeborg de Danemark pour se remarier.2 Du vivant de saint François d'Assise, quatre croisades eurent lieu, mais Jérusalem était encore entre les mains des musulmans. L'échec de la 8e croisade (1270-1291) affaiblira l'autorité de la papauté.

2. Francesco Cardini : Francesco d'Assisi e l'Europa del suo tempo, in Studi francescani, VIII Centenario della nascita di San Francesco d'Assisi 1181/82 - 1981/82. 1982. Anno 790. N° 1-2. L'interdit, sentence ecclésiastique défendant la célébration des offices divins et même les baptêmes, mariages et funérailles, était un puissant moyen de pression.
L'EUROPE ET L'EXTREME-ORIENT AUX XIIe ET XIIIe SIECLES

I 1 (2) L'Extrême-Orient

--

aux Xlle et XllIe siècles.

L'histoire de la Chine au Moyen Age vit se dérouler des guerres fréquentes entre l'Empire chinois et les peuples nomades qui la convoitent. Après la chute des Song du Nord (960-1126), attaqués par Jîn de Manchourie, la capitale chinoise fut déplacée au Sud. La dynastie des Song du Sud durera de 1127 à 1279. Elle s'assurera la paix (1141-1234) par des présents offerts aux nomades de l'Ouest Jîn, puis en leur livrant bataille avec l'armée mongole (1224). Les Song du Sud seront cependant défaits par l'armée de Gengis-khan qui envahira la Chine. Son peit-fils Qubilaï-khan fondera la dynastie des Yuan qui règnera sur la Chine de 1271 à 1368. Les caractéristiques de la politique des Song furent la centralisation du pouvoir par l'Empereur (l'absolutisme), le gouvernement par les fonctionnaires lettrés recrutés par l'''Examen d'Etat", l'affaiblissement de l'armée constituée de mercenaires et l'augmentation des frais militaires. Leur culture nationaliste et populaire fait contraste avec celle des Tang, internationale et aristocratique. Les relations diplomatiques, entretenues régulièrement entre la Chine et le Japon sous la dynastie des Sui et des Tang, ont été interrompues en 894. Cependant, les commerçants chinois venaient fréquemment jusqu'aux ports de Kyûshû (au Sud du Japon) telles que Dazaifu, Hakata, Hirado. Dès le XIIe siècle, les Japonais naviguèrent aussi jusqu'en Chine. Le port de Ningpo leur fut destiné. Les expéditions de bateaux japonais pour la Chine ont eu lieu une ou deux fois tous les dix ans au début du

XIIIe siècle (lorsque Dôgen alla en Chine). Le commerce
limité à la fois par les Song (vers 1240) et par l'Empereur (en 1254).

officiel

fut

japonais

C'est en 1271, l'année de la fondation de l'Empire des Yuan, que Marco Polo serait parti pour la Chine et aurait servi le Grand khan mongol Qubilai. Il aurait entendu parler du Japon pour la première fois lors de l'échec retentissant des deux expéditions maritimes mongoles vers l'archipel (1274 et 1281). Ces expéditions ont eu lieu plus de vingt ans après la mort de Dôgen
32
SAINT FRANÇOIS D'ASSISE ET MAITRE DOGEN