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Sous la bannière étoilée de la Croix du Sud

De
224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 344
EAN13 : 9782296254053
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Sous la bannière étoilée de la Croix du Sud

Collection L'Autre Amérique

Un jour comme tant d'autres, Manlio Argueta, 1986. Anthologie de la nouvelle poésie brésilienne, présentée par Serge Bourgea, 1988. La Situation, Lisandro Otero, 1988. Souvenirs d'un gratte-papier, Lima Barreto, 1989.

@L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1166-5

LIMA BARRETO

Sous la bannière étoilée de la Croix du Sud
Triste Jim de Policarpo Quaresma

Traduit du brésilien par Monique Le Moing et Marie-Pierre Mazéas

Publié avec le concours du Centre National des Lettres

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75006 Paris

"Le grand inconvénient de la vie réelle et ce qui la rend insupportable à l'homme supérieur, c'est que, si l'on y transporte les principes de l'idéal, les qualités deviennent des défauts, si bien que fort souvent l'homme accompli y réussit moins bien que celui qui a pour mobiles l'égoi"sme ou la routine vulgaire. "
Renan, Marc-Aurèle

Citation française mise en exergue par l'auteur.

Préface
Les extraits suivants reflètentl'opinion de quelques critiques littéraires brésiliens de renom - Alfredo Bosi, Eugénio Gomes, Wilson Martins, Osmar Pimentel- sur Lima Barreto et son œuvre :
Tristefim de Policarpo Quaresma (Sous la bannière étoilée de la Croix du Sud), fut d'abord publié en feuilleton dans l'édition du soir du Jornal do Comercio, du 11 août au 19 octobre 1911. C'est un roman à la troisième personne où Lima Bârreto a réussi à créer un personnage qui n'est pas une simple projection de ses amertumes personnelles comme le gratte-papier Isaias Caminha*, ni un prototype de futur diplômé, à la façon des personnages secondaires qui peuplent tous ses livres. Le Major Quaresma est un être plein de vie dont les réactions révèlent l'enthousiasme de l'homme ingénu; des réactions qui l'éloignent du conformisme où se vautrent les trop nombreux bureaucrates et militaires en retraite dont les bâillements endorment les veillées de banlieue. Policarpo a quelque chose de Dom Quichottesque, et le romancier a su exploiter les effets comiques qui vont de paire avec le pathétisme qui accompagne inévitablement toute bonne foi désarmée. Sa requête demandant aux autorités l'emploi du tupi comme langue officielle; son insolite façon de recevoir ses convives, en pleurant et en gesticulant comme un pur Indien goiataca, ses vaines recherches sur le folklore dans la masure d'une vieille noire qui se souvient mal des berceuses du temps jadis: voici quelques-uns des procédés employés par l'auteur pour enclencher le ressort du rire. Mais l'épisode de la mort
(* ) Souvenirs d'un gratte-papier de Lima Barreto, Monique Le Moing et Marie-Pierre Mazéas publiée l'Harmattan. traduction de aux Éditions

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d'Ismênia, le contact de Quaresma avec Horiano et sa "phalange sacrée" de cadetS, ses mésaventures agricoles et, surtout, les pages finales pleines de solitude, ombrent d'un voile de mélancolie la prose de Lima Barreto. C'est désormais devenu un lieu commun que de louer la richesse des observations et des sentiments de ce roman pour déplorer, dans un deuxième temps, le laissez-allez du style, truffé de solécismes, de barbarismes et de redondances. Sans entrer au cœur du problème lié à un phénomène esthético-social complexe comme celui du bon goat propre à chaque culture, on peut voir, dans l'origine de cette langue inconstante, la propre dissonance spirituelle du narrateur avec le style victorieux du monde des Lettres auquel, dialectiquement, il s'insérait. Et en termes de structure narrative, qu'est-ce que la trame de ce roman sinon la recherche malheureuse de vivre davantage à la brésilienne - dans un Brésil qui commençait déjà à ne plus en être un, tout au moins au sens romantique et chauvin du pauvre major? La grandeur de Lima Barreto réside justement dans le fait d'avoir immortalisé ce hiatus entre "un" idéal et "le" réel, sans stériliser la densité du thème, sans le réduire au symbole immuable d'un seul comportement. Ce rendez-vous manqué devient ainsi la constante sociale et morale du roman et explique également son déphasage avec le niveau de langue rigidement grammaticalisé du Pré-Modernisme. Le tribut que le romancier a payé au journaliste (excellent journaliste d'ailleurs) est considérable: mais la prose de fiction en langue portugaise noyée dans un océan d'académisme a beaucoup gagné avec cette "échappée" enrichissante qui a permis à la réalité d'entrer sans masque dans le texte littéraire. Lima Barreto aimait Rio, ses places, ses jardins, ses plages, et détestait les "ailes bourgeoises de Botafogo et de Petropolis". A tout cela, aux quartiers luxueux et aux villes cosmopolites, il préférait san aucun doute le monde banlieusard. Il confessait y être dans son élément humain, et, décrivant les "couches misérables", comme il le soulignait, ou tissant des satires contre les puissants de l'époque, il a toujours mis en évidence son manque d'affinités avec la "caste bureaucratique" à laquelle il appartenait au point d'ailleurs de ne jamais l'oublier dans ses romans de mœurs. [... ] Le roman de Lima Barreto, s'il n'a pas ameuté la presse, a fortement impressionné ceux qui l'ont lu. On n'a entendu à ce sujet aucune opinion discordante. De l'avis de tous, c'est un 8

grand livre. L'unique défaut dont il a pu être l'objet, semble vraiment injustifié: il s'agit du langage, ou mieux du style, jugé moins soigné et parfois incorrect, mais c'est en effet une langue simple et intentionnellement relâchée. Pour la même raison Eça de Queiros a été, au début, taxé de piètre écrivain. Lima Barreto cherche heureusement à ne pas écrire joliment: plutôt, mille fois, être simple, voire familier que pédant. L'auteur a cependant d'heureuses trouvailles qui traduisent de non moins heureux concepts. Tout en étant une satire, Policarpo Quaresma se situe sur un plan différent. C'est simultanément, comme tous les livres de Lima Barreto, un roman autobiographique et un roman à clé, mais les identifications (qu'il ne faut pas d'ailleurs prendre au pied de la lettre) n'ont pas toujours été correctement faites. Ainsi, par exemple, Policarpo Quaresma est en partie Lima Barreto et en partie le double de Lima Barreto sur lequel le premier exerce son ironie; ce dédoublement est de la plus grande importance, car le roman n'est pas qu'un propos nationaliste - c'est aussi la satire du nationalisme ingénu et emphatique. La seconde partie de Policarpo Quaresma semble écrite pour opposer la sardonique réalité aux idéalisations faciles... en chambre. Sortant de l'asile (détail qu'il serait une erreur de négliger), Quaresma décide de mettre en pratique sur le terrain agricole son programme nationaliste: - Toi, Quaresma tu es visionnaire, lui dira Floriano Peixoto, ce qui pourrait bien être la leçon suprême du livre.

[...]
Toute la troisième partie du roman est une attaque dévastatrice et implacable contre FIoriano Peixoto qui était alors le symbole personnifié du nationalisme brésilien; Lima Barreto se complaît à dévoiler les aspects odieux, ridicules ou grotesques d'une époque qui est passée à l'histoire comme "la consolidation de la République". Ironie finale - qui donne la clé pour interpréter ce roman - Quaresma est finalement dévoré et détruit par les forces mêmes qui semblaient vouloir instaurer dans le pays le nationalisme, couronnement et confirmation de ses idées. Les déboires agricoles de Policarpo Quaresma sont le miroir de son fatal échec idéologique. Lima Barreto désigne le ridicule de

ses principes au moment même où HIes formule; la grande mélancolie du roman se situe justement dans le manque de
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réalisme congénital, dans l'anachronisme historique et la futilité viscérale du Brésil. Ce bureaucrate, faux major de la Garde Nationale, soussecrétaire à l'Arsenal, d'une ponctualité rigoureuse qui vivait isolé, en compagnie de sa sœur dans une maisonnette de banlieue passe par quelques transformations imprévues: il commence par prendre des leçons de guitare avec le ménestrel Richard-Cœurdes-Autres au grand dam du voisinage qui voit en lui la respectabilité personnifiée. De plus, Quaresma qui est quelque peu lettré, sort de ses lectures avec l'idée fixe d'implanter au Brésil le tupi-guarani comme langue officielle. Ce trait de flamme nationaliste lui a valu une popularité croissante, vite détournée... en ridicule. Pour finir, ses théories le mènent tout droit à l'hospice d'aliénés, d'où cet homme pacifique sortira quelques mois plus tard avec un autre idée fixe: acheter une maison à la campagne, ce qu'il fait aussitôt, se convertissant alors en agriculteur. D'incroyables projets d'innovations germent dans son cerveau, mais alors explose la révolte de l'escadre et Quaresma non seulement télégraphie à Floriano Peixoto pour l'inciter à résister, mais il va aussi, en personne, lui offrir ses services. Dans la pagaille du moment, on lui confie, malgré son refus, le commandement d'un bataillon. Il sort légèrement blessé d'un combat et on l'envoie ensuite dans une île où il garde des prisonniers de guerre. Mais, toujours en raison de la pagaille, il paie finalement de sa vie l'audace de s'être exprimé contre le fait de fusiller les ennemis du régime. Ce roman où le thème de la "frustration" ressort de façon pittoresque, et néanmoins poignante, se caractérise par sa satire contre le militarisme, satire qui a pour cible directe le personnage du "Maréchal de Fer", avec toutes les outrances d'une caricature vengeresse. Lima Barreto compose une inégalable galerie de types romanesques, qui permettra au lecteur de se faire une idée objective de ses capacités d'observation et de son intuition de la réalité, capacités qu'il a parfois gâchées en abusant du trait satirique: malgré sa dévotion pour Voltaire, Renan et les essais circonspects de la légendaire Revue des Deux Mondes, Lima Barreto, était, un peu à la Balzac, le "greffier de la société de l'époque où il vivait". Lima Barreto n'a pas cherché à "s'imposer" à tout prix à son époque. Son "habileté" était en ce sens nulle. Il lui manquait pour réussir cette duplicité de caractère grâce à laquelle, subrepticement, le moindre scribouillard joue la carte de la politique et de l'immortalité littéraire, au BrésiL.. En dehors d'un petit 10

cercle d'amis - du monde littéraire ou de celui des boMmes ses relations mondaines étaient, pour ainsi dire inexistantes. "Une fois encore, je déclare qu'en faisant de la littérature je n'espère ni fortune ni promotion; et ne vous tracassez pas pour l'état de grande fatigue de mon habillement, car il est toute mon

éléganceet tout mon chic."

.

On a vu en lui l'unique humoriste national de la race illustre de cet autre métis que fut Machado de Assis. On a vu en lui l'un des rares romanciers urbains brésiliens - de la lignée d'un Manuel Antonio de Almeida. On a également vu en lui l'évocateur attendri de la vie de la banlieue carioca: une sorte de Mistral caboclo, en prose, qui aurait préféré au soleil et à la poésie de toutes les Provences du monde, la musique et la pénombre des sérénades avec de pauvres guitares tupiniquins. On peut dire encore que dans le cas de Lima Barreto, c'est le romancier qui a défendu l'idéologue. Et que l'observation de la vie l'aura préservé de schémas psychologiques superficiels qui menaçaient son œuvre belle mais rigide, vision moraliste de la nature humaine. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si en exergue, le romancier a inscrit la phrase dans laquelle Renan fait allusion à l'insupportable et à l'inconvenant pour l'homme au-dessus de la moyenne, dans ce contact avec la "vie réelle" où les principe éthiques et les qualités personnelles deviennent des défauts qui mènent irrémédiablement à l'échec l'aristocrate de la pensée et l'idéaliste. Policarpo Quaresma est un personnage complexe où certains devinent une satire du chauvinisme risible de quelques "bons brésiliens". Il y a chez le major une grandeur et une vraisemblance qui pourraient difficilement provenir du profil psychologique du peuple tropical intoxiqué de chimères et de nature luxuriante qu'est le peuple brésilien. On est plus près de la raison quand on écrit que le personnage de Lima Barreto était, comme on l'a déjà dit, une sorte de Dom Quichotte national: Quaresma est bien plus qu'une allégorie. Il est essentiellement l'expression humaine des contingences auxquelles l'idéalisme moraliste est assujetti quand ses postulats entrent en guerre contre les valeurs précaires d'une société encore barbare, ancrée à un état primaire de l'évolution matérielle. Il ne s'agit cependant pas de simples esquisses caricaturales sous le masque de la fiction ni même d'une parodie sud-américaine du héros de Cervantès. Le major Quaresma est en partie le sosie de son créateur et peut être même vu comme sa projection, du I?oint de vue de l'action et des idées du subtil contemplatif de la politique que fut Lima Barreto. Il est bien possible, que le lecteur se 11

prenne à sourire de la naïveté du héros. Le romancier lui-même a contribué à une telle méprise dans l'interprétation de son personnage en le chargeant parfois d'un profit psychologique et de gestes d'un ridicule intentionnels au bon goût discutable. Mais à ce même lecteur. il sera impossible de ne pas voir qu'en Policarpo Quaresma (tel que le voyait Lima Barreto) il y avait plus qu'une caricature. plus qu'un vague symbole destiné à illustrer un vulgaire roman à thèse: en lui. il y avait un homme...

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Première partie I La leçon de guitare

Comme à l'accoutumée, Policarpo Quaresma, plus connu
sous le nom de major Quaresma, arriva chez lui à quatre heures un quart. Et il Yavait plus de vingt ans qu'il en était ainsi... A la sortie de l'Arsenal, où il était sous-secrétaire, il choisissait quelques fruits dans les épiceries fines, s'achetait un fromage, parfois, et du pain à la boulangerie française, toujours. Mais ces emplettes ne duraient qu'une heure à peine; de sorte qu'aux environs de trois heures quarante, pour être précis, il prenait son tramway sans déroger d'une minute, et se présentait sur le seuil de son logis, dans une rue retirée de sao Januario, à quatre heures quinze très exactement, tel un astre, une éclipse, bref un phénomène mathématiquement détenniné, prévu et prédit. Tout le voisinage connaissait bien ses moindres habitudes; au point que chez le capitaine Claudio, où l'on prenait religieusement une collation vers quatre heures et demie, dès qu'on le voyait passer, la maîtresse de maison criait à la bonne: "Attention, Alice, il est l'heure... le major Quaresma vient d'arriver". Et il en était tous les jours ainsi, depuis bientôt trente ans. Etant propriétaire de sa maison et bénéficiant de quelques revenus en plus de son salaire, le major pouvait se pennettre un train de vie bien supérieur à ses ressources bureaucratiques et mériter, de la part du voisinage, la très haute considération et le respect dus à un homme de biens...

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Il ne recevait personne, vivait dans un isolement monacal, mais restait très courtois avec ses voisins qui le trouvaient pourtant bizarre et misanthrope. S'il n'avait pas d'amis dans les alentours, il n'avait pas d'ennemis non plus, et l'unique affront qu'il eat essuyé était celui du docteur Segadas, un médecin réputé du coin qui ne pouvait admettre que Quaresma eat des livres: "Puisqu'il n'a pas fait d'études à quoi bon? Pure pédanterie!" Le sous-secrétaire ne montrait ses livres à personne, mais il arrivait, lorsqu'il ouvrait les fenêtres de sa bibliothèque, qu'on pOt voir de la rue les rayons chargés du sol au plafond. Voilà quelles étaient ses petites habitudes; dernièrement pourtant, il les avait quelque peu modifiées, et cela faisait jaser tout le quartier. En dehors de son meilleur ami et de la fille de celui-ci -les seules personnes à lui rendre visite jusqu'alors -, on avait vu entrer chez lui ces derniers temps, trois fois par semaine et à jours fixes, un petit homme maigre, pâlichon, une guitare protégée par une housse en peau sous le bras. Dès la première visite, le phénomène intrigua tout le voisinage. Une guitare sous un toit si honorable! Qu'est-ce que cela voulait dire ? Ce même après-midi, l'une des plus jolies voisines du major invita une de ses amies; toutes deux mirent à profit leur oisiveté pour faire les cents pas en tendant le cou quand elles passaient devant la fenêtre ouverte de l'étrange sous-secrétaire. L'espionnage ne fut pas inutile. Assis sur un sofa, le sujet en question à ses côtés, le major étreignant l'instrument, prêt à jouer, écoutait avec une grande attention: "Regardez, Major, c'est comme ça." Et les cordes faisaient résonner avec langueur... une note grinçante. Ensuite, le maître ajoutait: "C'est un ré, vous avez compris ?" Il ne fut pas nécessaire de lancer un avis à la population, on conclut bien vite que le major apprenait à jouer de la guitare. Incroyable, non? Un homme si sérieux, s'encanailler ainsi? Par un bel après-midi ensoleillé, donc - de ce soleil de mars, fort et implacable -, aux environs de quatre heures, toutes les fenêtres d'une rue déserte de sao Januario fleurirent en un clin d'œil; et sans crier gare, des deux côtés de la chaussée, on vit des jeunes filles au balcon, même chez le général. Que se passaitil ? Une bagarre? Un incendie? Rien de tout cela: le major Quaresma, tête basse, de son petit pas de bœuf de trait, remontait la rue, portant sous un bras une guitare impudique. Il est vrai que 14

l'instrument était, en tout bien tout honneur, enveloppé de papier, mais cet emballage n'en dissimulait pas entièrement les formes. Devant un fait aussi scandaleux, la considération et le respect que le major Policarpo Quaresma avait su mériter de ses voisins pâlirent un tantinet. TIest perdu, il est devenu fou, disaient-ils. Lui, cependant, poursuivait sereinement ses études musicales, d'autant

qu'il n'avait pas perçu ce léger fléchissement de sa cote de
popularité. .. Quaresma était un homme petit, chétif, portant pince-nez, les yeux toujours baissés; mais quand il fixait quelqu'un ou quelque chose, derrière ses lunettes son regard brillait avec intensité, comme s'il voulait pénétrer au cœur de l'être ou de la chose qu'il regardait. Il baissait donc les yeux en permanence, comme guidé par la pointe du bouc qui habillait son menton. Il portait immanquablement le frac, noir, bleu ou gris, en tissu rayé... mais toujours le frac; et il était rare qu'il ne se couvrît pas d'un haut de forme imposant aux bords étroits, imitation d'un croquis ancien dont il connaissait l'époque avec une grande précision. Quand il rentra chez lui, ce jour-là, ce fut sa sœur qui lui ouvrit la porte et demanda: - On dîne tout de suite? - Non, pas maintenant. On va attendre un peu... Ce soir Richard dîne avec nous. - PolicatpO, tu ne trouves pas qu'il est temps de te mettre un peu de plomb dans la cervelle? Un homme mûr, occupant des hautes fonctions, respectable, aller se fourrer avec ce joueur de sérénades, cette graine de bohémien! Ça n'est pas de très bon goût! Le major posa son ombrelle - une ombrelle à manche de bois et pommeau recourbé incrusté de petits losanges de nacre et répondit: - Mais tu te trompes complètement, petite sœur. C'est un préjugé idiot que de considérer tout individu qui joue de la guitare comme un marginal. La modinha est une pure expression de la poésie brésilienne, et la guitare l'instrument qui lui convient. C'est nous qui avons abandonné ce genre musical, mais il était déjà à l'honneur, à Lisbonne, au siècle passé, grâce au Père Caldas qui jouait devant un auditoire de gentes dames. Beckford, un Anglais fort célèbre, en faisait un bel éloge. ~ Mais c'était à une autre époque; de nos jours... 15

- Qu'est-ce que ça veut dire, Adélarde? Il faudrait qu'on laisse s'éteindre nos traditions, nos coutumes nationales? - Ecoute, Policarpo, je ne vais pas te contrarier; garde tes manies de... Le major entra dans une chambre voisine, tandis que sa sœur se dirigeait vers le fond de la maison. Quaresma se dévêtit, se lava, enfila une veste d'intérieur, se dirigea vers la bibliothèque et s'assit dans une chaise à bascule pour se reposer. C'était une grande pièce aux fenêtres donnant sur une rue latérale, dont les murs étaient entièrement recouverts d'étagères en fer. Il y en avait bien dix, sur quatre rayonnages, sans compter les petites qui supportaient les livres de plus grande taille. Quiconque aurait examiné cette collection d'ouvrages, en prenant son temps, aurait été étonné d'appréhender l'esprit qui avait présidé à un tel regroupement. Côté fiction, il n'y avait que des auteurs brésiliens ou catalogués comme tels: Bento Teixeira, celui de la Prosopopée; Gregorio de Matos, Basilio da Gama, Santa Rita Durao, José de Alencar (tout), Macedo, Gonçalves Dias (tout), et bien d'autres... On aurait pu mettre sa main au feu que pas un des auteurs nationaux ou "nationalisés" depuis 1880 ne manquait à l'appel sur les étagères du major. Côté Histoire du Brésil, la moisson était abondante: les historiens, Gabriel Soares, Gandavo ; et Rocha Pita, Frei Vicente do Salvador, Armitage, Aires do Casal, Pereira da Silva, Handelmann (Geschichte von Brasilien), Melo Morais, Capistrano de Abreu, Southey, Varnhagen, sans parler d'autres plus rares ou moins célèbres. Et alors dans le domaine des voyages et des explorations, quelle richesse! On trouvait là, pêle-mêle, Hans Staden, Jean de Léry, Saint-Hilaire, Martius, le Prince de Neuwied, John Mawe, von Eschwege, Agassiz, Couto de Magalhâes. Et si on y côtoyait aussi Darwin, Freycinet, Cook, Bougainville et jusqu'au fameux Pigafetta, chroniqueur du voyage de Magellan, c'est parce que tous les voyageurs cités parlaient soit de façon succincte soit très largement du Brésil. En plus de tous ceux-là, il y avait les livres subsidiaires: dictionnaires, manuels, encyclopédies, précis en plusieurs langues. Ainsi, pourra-t-on constater que la prédilection du major pour l'œuvre poétique de Porto Alegre et de Magalhaes ne lui venait pas d'une ignorance sans remède des langues littéraires d'Europe; bien au contraire, le major ne connaissait pas trop malle français, l'anglais et l'allemand; et s'il ne les parlait pas, 16

du moins les lisait-il et les traduisait-il fort honorablement. On aurait pu, en fait, découvrir une explication à ce choix dans des dispositions bien marquées et dans le sentiment très fort qui guidait sa vie: Policarpo était patriote. A l'époque de ses vingt ans, l'amour de la Patrie avait pris ce jeune homme corps et âme. Il ne

s'agissait pas d'un amour vulgaire, tapageur et creux;
c'était un sentiment posé, grave et envahissant. Pas l'ombre d'une

ambition politique ou d'un carriérisme; ce que Quaresma avait compris, ou mieux ce que le patriotisme l'avait poussé à comprendre, il l'avait trouvé dans une parfaite connaissance du Brésil, connaissance qui l'avait amené à méditer sur ses ressources naturelles pour ensuite trouver des solutions adéquates, des mesures graduelles, en pleine connaissance de cause... On ne savait pas très bien où il était né, mais sftrement pas à Sao Paulo, ni dans le Rio Grande do Sul, ni dans le Para. On se serait complètement fourvoyé en cherchant à lui trouver la moindre veine régionaliste; Quaresma était avant tout Brésilien. Il n'avait aucune prédilection pour telle région ou telle autre, de sorte que ce qui le faisait vibrer de passion ce n'était pas seulement les pampas du sud et leurs troupeaux, ni le café de Sao Paulo, ni l'or et les diamants du Minas; ce n'était pas non plus la beauté de la baie de Guanabara, ni la stature d'un Paulo Afonso, ni la verve d'un Gonçalves Dias ou la fougue d'un Andrade Neves - c'était tout cela à la fois, fondu, réuni, sous la bannière étoilée de la Croix du Sud. A l'âge de dix-huit ans, il avait voulu devenir militaire; mais le Service de Santé l'avait jugé inapte. Il en avait éprouvé une certaine amertume, de la souffrance même, mais n'en avait pas maudit la Patrie pour autant. Le gouvernement était libéral, il devint donc conservateur mais continua de plus belle à aimer la "terre qui l'avait vu naître". Privé de l'honneur des galons dans l'armée, il se rabattit sur l'administration et parmi ses nombreux secteurs, il choisit les armes. C'était là qu'il se sentait bien. Au milieu des soldats, des canons, des vétérans, de la paperasse couverte de kilos de poussière, de noms de fusils et de termes techniques d'artillerie, il respirait chaque jour ce souffle de guerre, de bravoure, de victoire, de triomphe qui symbolise bien la veine patriotique. Pendant ses heures creuses au bureau, il étudiait... la Patrie bien entendu, ses richesses naturelles, son histoire, sa géographie, sa littérature et sa vie politique. Quaresma connaissait toutes les espèces de minéraux, de végétaux et d'animaux dont regorge

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le Brésil; il connaissait la valeur de l'or et des diamants exportés par le Minas, les guerres hollandaises et les batailles du Paraguay, la source et le cours de tous les fleuves. TIdéfendait avec agacement et passion la prédominance de l'Amazone sur tous les autres fleuves du monde. Pour cela il allait jusqu'à commettre le crime d'amputer le Nil de quelques kilomètres et c'était avec ce rival de "son" fleuve que la lutte était la plus âpre. Malheureux celui qui le citait en sa présence! En général calme et délicat, le major s'agitait et devenait grossier quand on discutait de la longueur de l'Amazone comparée à celle du Nil. Cela faisait alors un an qu'il s'adonnait au tupi-guarani. Tous les matins, avant que "l'Aurore aux doigts de rose n'ouvre le chemin au char d'or de Phœbus", il s'attelait jusqu'à l'heure du repas à l'ouvrage de Montoya, Arte y diccionario de la lengua guarani 0 mas bien tupi; il étudiait le jargon indigène avec acharnement et passion. Au bureau, les petits employés, les commis et les rédacteurs, ayant entendu parler de ses études sur la langue tupiniquim, lui avaient donné, allez savoir pourquoi, le surnom de Ubirajara. Un jour, Azevedo, le préposé aux écritures, tandis qu'il pointait, distrait, ne remarquant pas qui était derrière lui, dit d'un ton goguenard: "Tu as vu? Ubirajara n'est pas très en avance aujourd'hui !" Quaresma était des mieux considérés à l'Arsenal: son âge, son savoir, la modestie et la probité de sa vie forçaient le respect de tous. Comprenant que le sobriquet lui était destiné, il ne perdit pas contenance pour autant; il ne se répandit pas non plus en récriminations ni en insultes. Il se redressa, rajusta son pince-nez, leva son index vers le plafond et répondit: - Monsieur Azevedo, ne parlez pas à tort et à travers. N'essayez pas de rendre ridicules ceux qui travaillent en silence pour la grandeur et l'émancipation de notre Patrie." Ce jour-là, le major ne fut pas très disert. Il était dans ses habitudes, à l'heure de la pause-café, quand les employés quittaient leurs bureaux, de faire part à ses collègues du fruit de ses études, et des découvertes sur les richesses nationales qu'il faisait dans son cabinet de travail. Un jour c'était du pétrole qu'on avait découvert dans la région de Bahia - il l'avait lu quelque part ; un autre, c'était d'un nouveau spécimen d'arbre à caoutchouc qui poussait près du Rio Pardo, dans le Mato Grosso; un autre encore, il s'agissait d'un savant, d'une sommité dont l'arrièregrand-mère était brésilienne... et quand il n'avait pas de découverte à proposer, il se rabattait sur la corographie, racontait le 18

cours des fleuves, leur longueur navigable, les aménagements minimes qui faisaient défaut pour permettre un franc parcours de l'embouchure à la source. Il aimait par-dessus tout les fleuves; les montagnes lui étaient indifférentes. Trop petites peut-être... Ses collègues, pleins de respect, l'écoutaient et personne, ce fameux Azevedo excepté, ne se hasardait à oser en sa présence la moindre objection, à lancer une mauvaise plaisanterie, un bon mot. Derrière son dos cependant, ils se vengeaient de cette diarrhée verbale, en l'égratignant quelque peu : "Ce Quaresma quel casse-pieds! Il nous prend pour des enfants de chœur... Fichtre! il n'a pas d'autres sujets de conversation." Et c'est ainsi qu'allait sa vie, moitié au bureau, dans l'incompréhension, moitié chez lui, dans l'incompréhension toujours. Le jour où on l'avait appelé Ubirajara, Quaresma se montra taciturne, muet, sombre, et n'ouvrit la bouche qu'au moment où - alors que tous se lavaient les mains dans la pièce voisine du secrétariat et s'apprêtaient à sortir - quelqu'un dit en soupirant: "Ah! Mon Dieu! Quand est-ce que je vais pouvoir aller en Europe!" Le major sortit de ses gonds; il leva les yeux, ajusta son pince-nez et dit, fraternel et persuasif: "Ingrat! tu as une patrie si belle et si riche, et tu veux visiter celle des autres! Moi, si un jour je le peux, c'est la mienne que j'irai parcourir de fond en comble !" Son interlocuteur objecta que dans ce pays il n'y avait que fièvres et moustiques; le major le contra avec force statistiques et lui prouva même avec grandiloquence que la région de l'Amazone jouissait d'un des meilleurs climats de la terre. C'était un climat tout simplement calomnié par des gens malsains qui en revenaient malades... Et oui... il était ainsi le major Policarpo Quaresma qui venait d'arriver à son domicile à quatre heures un quart, pas une minute de plus, comme tous les après-midi, sauf le dimanche, avec l'exactitude d'un astre ou d'une éclipse. Pour le reste, c'était un homme comme tous les autres, mis à part ceux qui nourrissent des ambitions politiques ou financières; Quaresma, lui n'en avait pas l'ombre d'une... Assis dans sa chaise à bascule, au beau milieu de sa bibliothèque, le major ouvrit un livre et se mit à lire en attendant son invité. C'était le vieux Rocha Pita, l'enthousiaste, le truculent Rocha Pita, celui de l'Histoire de l'Amérique Portugaise. Quaresma lisait donc la célèbre phrase: "En aucune autre région on ne voit de ciel aussi serein ni d'aurore aussi belle; en aucun 19

autre hémisphère le soleil n'a de rayons plus dorés..."; mais il ne put aller jusqu'au bout. On frappait à la porte. TIalla lui-même ouvrir. - Je suis en retard, Major? s'enquit le visiteur. - Non, non. Tu es juste à l'heure. Richard-Cœur-des-Autres, personnage célèbre pour son habileté à chanter les modinhas et à jouer de la guitare, venait de faire son entrée chez le major Quaresma. Au début, sa renommée s'était limitée à la toute petite banlieue: dans les "sauteries", avec sa guitare, il faisait figure d'un Paganini avec son violon aux fêtes ducales; mais petit à petit, le temps aidant, elle avait gagné toutes les autres, allant croissant, prenant racine au point d'être considérée comme leur patrimoine intrinsèque. Nallez surtout pas croire, cependant, que Richard était un de ces petits chanteurs de modinhas. un capadocien. Non. Richard-Cœur-des-Autres était de ces artistes qui fréquentent et honorent les plus grandes familles des quartiers de Meier, de Piedade et de Riachuelo. Rares étaient les nuits où il n'était pas invité. Que ce soit chez le lieutenant Marques, le docteur Bulhoes, ou encore le "Sieur" Castro, sa présence était toujours très recherchée, demandée, appréciée. Le docteur Bulhôes, mais oui, avait pour Richard une admiration toute particulière, proche du délire, une véritable frénésie, et quand le troubadour chantait, il tombait en extase. "J'adore le chant, avait dit un jour le docteur sur sa lancée, mais seules deux personnes parviennent à me combler: Tamagno et Richard." Le docteur jouissait d'une belle réputation dans les banlieues, non pas comme médecin, puisqu'il ne prescrivait pas même d'huile de ricin, mais comme chef de section du Secrétariat d'Etat aux Télégraphes, expert en législation télégraphique. Richard-Cœur-des-Autres bénéficiait en conséquence de l'estime générale de la haute société banlieusarde. Cette haute société très spéciale qui ne fleurit qu'en banlieue. Elle se compose en général de fonctionnaires, de petits commerçants, de médecins à la tête de vagues cliniques, de lieutenants des différents corps d'armée; cette "crème" qui emplit les rues défoncées de ces lointaines zones, mais aussi leurs fêtes et leurs bals, avec plus d'insistance encore que la bourgeoisie de Petropolis et de Botafogo. C'est là en effet et là seulement, dans les bals, les fêtes et les rues, quand un de leurs représentants aperçoit un quidam pas très reluisant, qu'il le toise de la tête aux pieds en prenant bien son temps, comme pour dire: viens à la maison, je vais te don20

ner à manger. Car l'orgueil de l'aristocratie des faubourgs, c'est de s'offrir chaque jour un dîner et un déjeuner avec des haricots rouges, de la viande sèche et de la sauce à satiété. Là, pense-t-elle, réside la pierre angulaire de la noblesse, du haut lignage, de la distinction. En dehors des banlieues, rue de l'Ouvidor, au théâtre, dans les grandes fêtes du centre-ville, cette caste s'éteint, se volatilise, et l'on voit même ses femmes et ses jeunes filles perdre au fil des jours leur beauté... et les beaux cavaliers des' sempiternels bals du coin en pâmoison. Richard, après avoir été le poète et le chantre de cette curieuse aristocratie, sortit de son cadre et, en termes clairs, s'expatria. Sa renommée avait déjà atteint Sao Cristovao et sous peu (du moins l'espérait-il) Botafogo allait l'inviter car les journaux citaient déjà son nom et discutaient de la portée de son œuvre et de sa poé-

tique...
Mais que venait-il faire là, chez un individu aux desseins si élevés et aux mœurs si sévères? fi n'est pas difficile de le deviner. Certes, il ne venait pas aider le major dans ses travaux de géologie, de poétique, de minéralogie ou d'histoire brésilienne. Comme le voisinage le supputa si bien, Cœur-des-Autres venait ici "juste seulement" pour apprendre au major à chanter des modinhas et à jouer de la guitare. Rien de plus. Voilà tout. Suivant en cela sa passion maîtresse, Quaresma avait passé un certain temps à méditer sur ce que pourrait être l'expression poético-musicale caractéristique de l'âme nationale. fi avait consulté des historiens, des chroniqueurs et des philosophes et acquis la certitude que c'était la modinha accompagnée à la guitare. Sûr de.. cette vérité, il n'hésita pas: il fit ce qu'il fallait pour apprendre cet instrument intimement brésilien et en pénétrer les secrets. Tout était parfait, mais il chercha à savoir qui était le meilleur exécutant, le meilleur chanteur de la ville pour prendre des leçons avec lui. Son but était de discipliner la modinha et de tirer d'elle un motif puissant et original de création artistique. Richard venait justement lui donner une leçon, mais avant cela, sur invitation expresse de son disciple, il partagerait son dîner; et c'était pour cette raison que le célèbre ménestrel arrivait plus tôt au domicile du sous-secrétaire.

- Sauriez-vous me donner un "ré" soutenu, Major?
demanda Richard à peine assis.

- Oui. - Nous allons voir. 21

Tout en disant ces mots, il s'apprêta à sortir la guitare sacrée de sa housse; mais il n'en eut pas le temps. Dona Adélaïde, la sœur de Quaresma, entrait et les invitait à passer à table. La soupe refroidissait déjà, que diable! - Monsieur Richard voudra bien excuser, dit la vieille femme, la frugalité de notre repas. Je voulais faire un poulet aux petits pois, mais Policarpo n'a pas voulu. TIm'a dit que les petits pois en question... c'est étranger, et que je devais les remplacer par des haricots. A-t-on jamais vu manger du poulet avec des haricots! Cœur-des-Autres avança que c'était peut-être très bon, de toute façon une nouveauté, et qu'on ne perdait rien à essayer: - C'est une des manies de votre ami, Monsieur Richard, que de toujours vouloir des choses nationales, et à nous d'ingurgiter toutes ces saletés, pouah ! - Ecoute, Adélai'de, tu as de ces a priori! Notre beau pays, qui possède tous les climats du monde, a la capacité de produire tout ce que réclame l'estomac le plus délicat. C'est toi qui cherche des noises. - Le beurre qui devient vite rance, par exemple! - C'est parce qu'il est fait avec du lait; si, comme ces beurres étrangers, il était fabriqué avec des graisses de vidange, peut-être ne tournerait-il pas... Tu vois, Richard! on rejette tout ce qui sort de notre bonne terre... - C'est souvent comme ça, dit Richard. - Mais c'est une profonde erreur... On ne protège pas les industries nationales... Avec moi pas de ça : je n'utilise que du brésilien, jamais de l'étranger. Je m'habille de tissu national, je porte des bottes nationales, et ainsi de suite. TIsse mirent à table. Quaresma prit une petite carafe de cristal et servit deux coupes de parati. - Cela fait partie du programme national, fit sa sœur en souriant. -- Certainement, et c'est un merveilleux apéritif. Tous ces vermouths d'importation, rien que de la bibine; ça c'est de l'alcool, du pur et du bon, de l'alcool de canne et pas de pomme de terre ou de maïs... Richard prit. la coupe avec délicatesse et respect, la porta à ses lèvres et ce fut comme si tout son être buvait la liqueur nationale. - C'est bon, hein? demanda le major. - Magnifique, fit Richard en se léchant les babines. 22