Traces du corps et mémoire du rêve

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296316577
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TRACES DU CORPS ET MEMOIRE DU REVE

DU MÊME AUTEUR
- Oralité et Violence, Éditions l'HARMATTAN, 1989. - Journal d'une Anorexie, Éditions l'HARMATTAN, 1990.

En collaboration

somatoses comme graphe d'une histoire sans mémoire, in Actualités transgénérationnelles en psychopathologie, Éditions ECHO-CENTURION, 1986. - Des Asklepiades à Hippocrate: une rupture anthropocentrique à la conception de la santé et de la maladie, in Etiologie et perception de la maladie, Éditions l'HARMATTAN, 1987. - La dysorthographie de (et dans) l'histoire, pays lointain, Editions GALLIMARD, 1994. in, En

- Les

Ma gratitude et mon amitié s'expriment ici envers Pierre FEDIDA, Thérèse LEVEL, Jean PEUCH-LESTRADE et Anne-Marie BALOUZAT qui m'ont accompagné tout au long de ce travail. @ L'Harmattan, ISBN:

1996 2-7384-4098-3

Kostas NASSIKAS

TRACES DU CORPS ET MEMOIRE DU REVE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

INTRODUCTION
«La peau historisée porte et montre l'histoire propre; au visible: usures, cicatrices des blessures, plaques durcies par le travail, rides et sillons des anciennes espérances, tâches, boutons, eczéma, psoriasis, envie, là s'imprime la mémoire, pourquOI la chercher ailleurs; ou invisible: traces

fluctuantes des caresses... »
« Quand l'âme vient sur un organe, il prend conscience et il la perd. Si le doigt touche la lèvre et si il dit je, la bouche devient objet mais en vérité le doigt se perd. Dès que l'âme s'y pose elle le

vole...

»

Michel SERRES: Les Cinq Sens.

Les traces du corps sont du domaine du sensible et particulièrement du visible. En tant que telles elles informent le sujet de son historicité d'être corporel dans le monde ylétique (Husserl). Elles ne sont bien entendu pas les seules à informer le sujet de sa présence au monde; le noétique constitue l'autre source, non pas en opposition avec la précédente, mais en tant qu'émanation et différenciation de celle-ci; la relation entre les deux a toujours été inévitablement un objet inépuisable de la pensée de l'humain; nous y reviendrons plus loin. Du début de la vie du sujet jusqu'à sa fin, le corps constitue une source d'information permanente; cette «information» est colorée, selon les 7

moments, des variations de la gamme plaisirdéplaisir-douleur. L'existence de «l'information» signifie qu'il y a une rencontre du corps-sujet avec d'autres corps ou éléments de son monde environnant et traces plus ou moins indélébiles laissées par cette rencontre, traces qui participent à la mémoire-historisation du sujet. Ces réflexions annoncent déjà les présupposés qui les constituent, dont le principal est celui du sujet relativement autonome par rapport au monde, en tendant de s'autonomiser par cette réflexion même sur le monde, sur lui-même et leurs interrelations. Bien que cette autonomisation soit partielle et potentielle, elle constitue cependant la condition pour qu'il y ait réflexion et épistémé (science). Il y a de nombreux domaines de la science (et pas seulement) qui étudient les traces du corps. Les traces douloureuses concernent la médecine dans ses différentes disciplines. La chronicisation-répétition de certaines de celles-ci par la douleur et la souffrance psychique qu'elles engendrent concerne également la psychopathologie qui est arrivée jusqu'à se poser la question si un nombre de ces dernières n'est maintenu, voire même engendré, par des raisons psychiques. Si on arrive, manifestement vite, à la vaste question de la causalité, ce n'est pas pour y répondre ou prendre position, mais pour signaler que, dès qu'un sujet devient objet de réflexion et d'épistémé, il engage aussitôt le raisonnement et les logiques du champ concerné, dont la causalité est une composante fondamentale. Or, restant sur notre question de traces du corps répétitivement douloureuses, voire même menaçantes pour la vie du sujet, on constate 8

d'emblée que celles-ci concernent simultanément trois champs épistémiques aux catégories de pensée et aux logiques différentes: a) b) c) les logiques du symptôme, les logiques du corps, les logiques psychiques.

9

LES LOGIQUES DU SYMPTÔME
Étymologiquement, le mot symptôme vient du verbe «sympipto» qui signifie chuter en même temps qu'un autre au même endroit. Cela est une représentation. de l'instant de la rencontre fortuite entre deux vivants (mouvants plus généralement) comme deux trajectoires de chute (allégorie et image de la vie comme mouvement du haut-lieu des Dieux, des idées? - vers le bas: la terre pour la vie incarnée et l'enfer ou les Champs-Elysées pour les âmes des morts). L. BLINSW ANGER (Rêve et Existence) a fait de très intéressants développements sur cette notion de chute de l'existence dans une destinée, que nous reverrons dans le chapitre sur le rêve. Dans la clinique médicale et, par généralisation dans le langage courant d'aujourd'hui, le symptôme qualifie l'événement de la rencontre de la trajectoire des différents processus physiologiques avec un facteur perturbant et ce qui en résulte; cette qualification, synonyme de la notion de maladie (<< a-stheneia » : manque de « sthenos », de force, de ce qui fait qu'on tient debout et dans la trajectoire), témoigne de ce qui est immédiatement observable par le médecin et même par le malade comme état pathologique en opposition à la santé. «Les symptômes laissent transparaître la figure invariable, 11

un peu en retrait, visible et invisible, de la maladie» nous dit M. FOUCAULT (1963). Une partie de la totalité de ce qui apparaît comme pathologique passe par le discours du malade traduisant son vécu de souffrance. Cette précision est nécessaire pour comprendre la différence entre symptôme et signe. Celui-ci (<< sémeion » en grec d'où viennent les mots sémiologie et sémantique) vient dans un second temps de l'observation; il est le résultat de l'examen clinique ou d'un examen médiatisé par des appareils, (donc au-delà du visible); le répertoriage, la comparaison, le jugement et la classification des signes trouvés dans les catégories d'ensembles de signes des maladies constituent le savoir médical d'un moment historique donné. Le terme de phénomène qui peut aussi être utilisé à côté de celui du symptôme (P. FEDIDA, 1992) qualifie autant les manifestations de santé que de maladie du corps. De ce fait, le symptôme peut être la forme finale du lien des différents phénomènes. Ce lien est bien entendu du type signesignifiant-signifié donc langagier, ce qui ouvre la question d'une implication réciproque entre l'action de formation du symptôme et celle du langage: «À ce niveau, on pourrait donc avancer que si le symptôme tire sa naturalité sémiotique de sa valeur de phénomène, il est à la racine naturelle (corporelle) de la formation de l'action à la base du langage» dit P. FEDIDA (1992), prolongeant ainsi les réflexions de M. FOUCAULT (1963). Cette subjectivisation du symptôme, tant du côté du malade et, surtout, du côté du médecin, embarrasse beaucoup la médecine à la recherche de sa scientificité. Pour s'en sortir, elle utilise la technologisation de la sémiologie et la 12

mathématisation de la clinique (par le biais de la statistique-épidémiologie) parfois au mépris total de la logistique linguistique des signes. À part quelques observations outrancières du mésusage absolu de la technologie, la médecine est obligée de composer avec deux types de pensées:

La pensée homologique

et la pensée analogique

La première est la pensée scientifique à proprement parler, qu'on appelle également pensée identitaire. Elle caractérise plus particulièrement ce qu'on appelle les sciences exactes telles que la physique, la chimie, les mathématiques, etc, bien qu'à partir d'un certain degré d'abstraction et de contestation-découverte, celles-ci soient également concernées par la pensée analogique. Plus concrètement la pensée homologique-identitaire établit des concordances entre structures stables, ce qui peut se concevoir aisément, mais aussi dans un certain degré, elle peut s'appliquer aux phénomènes anorganiques-mécaniques. Cependant, à partir du moment où les processus du vivant deviennent l'objet de la pensée et bien que des rapports entre structures soient toujours élucidables, celles-ci devenant moins stables dans leurs implicationsinteractions, le recours à la pensée analogique est inévitable. «Ne pouvant faire comprendre directement un surcroît expérimental et conceptuel par rapport à un milieu vivant et pensant déterminé, nous devrons donc utiliser un moyen indirect de communication, c'est-à-dire, non pas la logique de l'identité, mais la logique de 1'« homologie» nous 13

précise R. ALLEAU(1976), développant sur ce point la pensée d'E. KANT (1846) qui soulignait déjà:
«

L'organisation de la nature n'a rien d'analogique
une causalité
»

avec

quelconque

et

que

nous

connaissons.

Dans la recherche de la vérité qui

caractérise la démarche scientifique, la pensée identitaire constitue la méthode la plus efficace, ce qui ne signifie pas nécessairement la plus vraie. R. ALLEAU (1976) nous le précise encore: «La base logique que je propose peut tenir en quelques mots: toute expérience et tout concept n'ont de sens qu'en fonction d'un surcroît expérimental et conceptuel que la logique de l'identité n'épuise pas et qui demeure ouvert cependant à la logique de l'analogie. » Il faut rappeler ici que la pensée analogique établit des concordances de fonctions; elle a été introduite dans les catégories de pensée par Harold HOFFDING (cité par R. ALLEAU) alors qu'ARISTOTE et KANT ne l'ont pas incluse dans les « catégories» de la pensée humaine (bien que Kant parle des «analogies de l'expérience» comme principes régulateurs qui synthétisent les perceptions). La pensée analogique joue un rôle fondamental dans tout acte de pensée concernant un objet concret alors que la pensée homologique-identitaire est une abstraction mathématique. R. ALLEAU distingue l'analogie propre et l'analogie métaphorique selon le

nombre, un ou plusieurs, des « analogués » que la
raison signifie par le terme de concordance qu'elle propose. Nous n'entrerons pas dans ces détails, ici si ce n'est pour signaler deux choses:

-

que le raisonnement par analogie comporte le danger de faire disparaître l'isolement de l'objet particulier étudié dans un nombre toujours plus 14

grand d'objets; cette globalisation ne retient à la fin que des similitudes en effaçant les dissemblances. La «réalité» de cet objet ne peut être approchée que par le recours simultané à des principes contradictoires d'identité et de différence (COST A de BEAUREGARD,1967);

-

que la relation entre « analogués » comme celle qui existe entre signifiant et signifié dépend du
«

désir de communication»

des parties entre

elles. Cette complexité devient encore plus grande quand il s'agit d'un symptôme psychopathologique ; celui-ci redouble l'analogie par l'utilisation du corps comme scène de la métaphore d'une part, et par celle d'autre part de 1'« appareil psychique» comme un organe malade. Ici l'objectivité de l'observateur est impossible; les historiens de la psychiatrie (P. BERCHERIE,1991, G. SWAIN, 1977) témoignent des grandes variations de la sémiologie psychiatrique dès ses débuts (PINEL, ESQUIROL,etc.) jusqu'au DSM III. G. LANTERILAURA(1981) constate la dépendance des signes à la conception-théorie du psychisme et de la folie qui domine à un moment donné. La dimension intersubjective et les mécanismes de projection prennent donc une grande part dans la constitution du symptôme psychopathologique, au point qu'on peut légitimement se poser la question si celui-ci existe. Comme le constate P. FEDIDA (1992), la légitimation objective du symptôme est venue par ceux (CHARCOT, CLERAMBAULT,BINSWANGER, FREUD, LACAN) qui, se rapprochant de la tradition de la clinique hippocratique, sollicitent «des modes de 15

connaissance et d'action inhérents à la production du symptôme... faisant du symptôme ce phénomène singulier qui exige avec insistance chez le clinicien la disposition « hyper-subjective» de connaissance et d'action ». Nous verrons un peu après les aspects transférentiels dans la formation du symptôme psychopathologique, et, par l'approche phénoménologique qui l'a découvert, comme une théorie implicite de soi et manière d'être (DASEIN) dans le monde. Ce sur quoi nous devons nous attarder ici, c'est la réduction de ce symptôme à une causalité médicale simple qui nie tous les aspects intersubjectifs le constituant. Cela devient encore plus flagrant et paradoxal quand les traces du corps participent au symptôme psychopathologique. La logique du symptôme fonctionne ici non pas comme une théorie du somatique-dimension du psychopathologique maiS comme une :

Théorie somatique Ce terme appartient à P. Fedida (1985) dans son analyse critique des théories psychosomatiques qui tentent d'englober et d'expliquer dans une simple causalité de type médical le symptôme psychopathologique et le symptôme corporel, rendant ainsi unidimensionnel tout un ensemble de logiques qui s'entrecroisent. Les différents auteurs et « écoles» psychosomatiques peuvent se regrouper en trois grands groupes (cf NASSIKAS,1989):

-

celui de 1'« étymologisme

psychosomatique»

dont G. GRODDECK(1923) peut être considéré
16

comme l'initiateur. L'auteur applique directement au symptôme somatique un symbolisme inconscient, ce qui au départ a séduit FREUD alors qu'il s'en est détourné par la suite. «L'homme est vécu par le symbole» déclare GRODDECK opérant ainsi une généralisation considérable de la conversion hystérique. «Le symptôme pourrait être alors dit : du corps une partie ou une fonction qui se prend au mot» remarque P. FEDIDA (1977). Des nuances et des variations de lecture de la conversion sont à la base des théorisations psychosomatiques de F. DEUTSCH (qui semble être le premier à employer ce terme), de A. GARMA, de J.P. VALABREGAet C. BRISSET. Les remarques de J. CORRAZE(in Encyclopœdia Universalis) semblent fort pertinentes constatant que ces conceptions renouent avec des idées vitalistes et monistes fort anciennes

(VAN HELMONT, tc.) affirmant que e
maladies sont des idées ». -

«

toutes les

celui de 1'« École de Chicago» autour de F. ALEXANDER(1950) qui a développé la notion de la «névrose d'organe» et des «profils spécifiques» (au nombre de sept) correspondants. Ce groupe a essayé de dépasser la conversion et d'approfondir la nature et la spécificité des conflits en jeu dans chaque maladie psychosomatique. La notion de «complaisance organique» de FREUD est ici appelée «prédisposition constitutionnelle ou acquise », ce qui me semble limiter l'ouverture laissée à la recherche par le terme de
«

.

complaisance

». ALEXANDER 17

a désigné

une

spécificité psychique dans chaque maladie sans échapper pour autant au mécanisme de conversion, transformé en causalité médicale, comme explication de base de ces pathologies complexes. - celui de 1'« École de Paris» (P. MARTY, M. FAIN, M. De MUZAN, C. DAVID, etc.) dont l'explication psychosomatique de base est celle de la « carence fantasmatique» comme cause de l'éclosion somatique. Comparativement aux autres groupes qui trouvent d'une manière ou d'une autre sur la scène du symptôme un fantasme inconscient et un conflit psychique refoulé, ce groupe-ci a renversé cette causalité en son contraire. On pourrait ainsi dire que pour eux cela fonctionne par anticonversion, le somatique se manifestant là où il y a absence de fantasmatisation, à la place d'un trou psychique en quelque sorte. La pensée opératoire, le surinvestissement du factuel, la carence du préconscient, l'extinction de l'affect sont les différentes caractéristiques de ce type de malades selon les auteurs de cette « École» et leurs nombreux écrits. Ils semblent d'ailleurs éviter de penser avec les termes de la deuxième topique freudienne alors que les termes de Moi et de Moi corporel, par leur tangence avec le corps, se prêtent à l'étude de ces pathologies (cf. J. LAPLANCHE, 1981, P. FEDERN, 1952). Le symptôme somatique par carence fantasmatique laisse entendre une continuité de structure entre corps et appareil psychique ou un monisme que les auteurs défendent ardemment. Nous trouvons ici la pensée homologique-identitaire alors que les logiques des fonctions cor18

porelles sont tout à fait différentes des logiques psychiques sans parler de la différence totale des structures entre les deux. Il s'agit en fait d'une pensée analogique qui, à force de gommer les différences entres les deux entités, arrive à la disparition de l'objet. Paradoxalement, et alors qu'elles se veulent des théories psychosomatiques, elles arrivent à construire une théorie somatique pour le fonctionnement de l'appareil psychique, c'est-à-dire une extension à l'appareil psychique des logiques de fonction-

nement du corps. « La somatisation, hormis la
conversion hystérique, serait alors l'équivalent du résidu réel intransformable par le rêve» nous dit SAMI-ALI (1984), qui tente vainement de se démarquer de cette école, en nous donnant ainsi l'équivalence homologique. Cette homologie linéaire est développée par l'auteur principal de 1'« École », P. MARTY. Les termes d'« organisations régressives» et de « désorganisations progressives» sont des exemples typiques de cette linéarité; « lorsqu'un système régressif d'ordre mental ou d'ordre somatique (qui tous deux donnent lieu à des manifestations pathologiques) ne pare pas à la désorganisation, celle-ci se produit dangereusement dans le domaine somatique. Il s'agit alors d'une désorganisation progressive constituée d'une succession de dissociations et d'anarchisations fonctionnelles» (P. MARTY, 1984). On trouve explicitement sous la même plume cette théorie somatique pour le fonctionnement psychoso-

matique : « les hypertonies musculaires... peuvent être considérées à l'origine comme la préparation à un effort physique qui ne s'accomplit
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pas» ou « certaines diarrhées accompagnent... des affects... qui tiennent de la peur» (P. MARTY, 1984). Un certain primitivisme de la pensée qu'on peut trouver ici tient à l'application magique des équivalents corporels sur le fonctionnement psychique en les scientifisant et en les démétaphorisant, alors que la pensée populaire garde toute la dimension métaphorique dans les conceptions du style: «la peur au ventre» ou « de peur, il a fait sur lui », etc. Les fonctions d'« automation» et « programmation» qui, selon l'auteur principal de de

tés à la cybernétique (1) et concernent l'auto-organisation du vivant, biologiquement parlant, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. Ces fonctions sont implantées comme telles dans l'inconscient par P. PARTY: « [Il y a un] Noyau de l'Inconscient aux contenus germinatifs et organisateurs significatifs du patrimoine phylogénétique, porteur des principes du fonctionnement biologique voire des principes physico-chimiques en deçà de la représentation des pulsions, n'engageant pas les finalités de la conscience; noyau dont la structuration admettrait des principes fonctionnels qu'on trouverait évolutivement représentés dans tous les systèmes, dans toutes les organisations psychosomatiques: l'automation et la programmation ». A. FINE (1990). Le relatif malaise qu'on peut avoir à la lecture de telles choses ne tient pas tant à l'utilisation de concepts biologiques-cybernétiques, ce que la psychanalyse a
(1) L'initiateur de cet emprunt semble être The V. UEXKÜLL.Elève d'ALEXANDER,celui-ci introduit les théories de l'informatique dans la pensée psychosomatique dès son arrivée en Europe (1963). 20

cette

«

École », régissent l'inconscient, sont emprun-

toujours fait en empruntant-métaphorisant des concepts d'autres champs scientifiques, mais au fait que ces auteurs utilisent des concepts psychanalytiques dont le sens est détourné vers une dimension quasi biologique-somatique. M. FAIN (1980) en parlant de 1'« Inconscient psychosomatique» va explicitement dans ce sens de la médicalisation des concepts analytiques. Les (psycho) thérapies conçues par cette «École» sont la conséquence de ces théories: on utilise les pensées analytiques, soit à titre rééducatif, soit comme des médicaments: « deux éventualités sont, semble-t-il, possibles... Soit l'articulation avec un scénario non directement lié à l'histoire individuelle et qui peut être rattaché à une sorte de «forcing» de la part du thérapeute, tantôt à la mise en jeu de la formation originaire, phylo-génétiquement transmise» (M. FAIN, 1968). Je souligne le mot «forcing» utilisé ici par l'auteur qui renvoit soit à une mesure éducative corrective, soit à l'emploi de la perfusion quand le patient n'avale pas ses comprimés! C'est-à-dire qu'à force de biologiser l'Inconscient, le sujet est traité comme un animal conditionnable. Si on poursuit l'extrapolation, sans nous éloigner tellement des écrits de ces auteurs, il y aurait deux types d'espèces humaines:

-

une à Inconscient psychanalytique

parée contre

presque toute défaillance corporelle pourquoi pas, contre la mort; et

et,

-

une à Inconscient psychosomatique exposée aux risques des désorganisations progressives

21

et qu'il faudrait rééduquer l'espèce supérieure.

pour

accéder

à

Cette schématisation fictionnelle est assez fidèle à la pensée des auteurs ci-dessus quand ils constituent des catégories humaines caractérisées par la carence fantastique et la pensée opératoire et condamnées à des maladies psychosomatiques. Et que dire de la maladie psychosomatique, cancer, de FREUD? Souffrait-il lui aussi, d'une carence fantasmatique? ! Les écrits de C. DEJOURS(1986) diffèrent à peine de ceux de l'École de Paris, comme je l'ai souligné plus exhaustivement ailleurs (NASSlKAS,1990) ; pour cet auteur, le biologique loge aussi au cœur de l'Inconscient primaire et, en ce sens, sa pensée est autant moniste-évolutionniste que celle des autres. C'est au niveau thérapeutique qu'il tente d'opérer

une innovation en

«

psychisant

»

les sensations du

patient: «l'étape capitale du processus est sans doute dans la constitution de la perception qui permet de donner à une activation instinctuelle jusque-là non représentée, une forme psychique nouvelle (...) une interprétation (...) différente de l'interprétation analytique ». Cette intuition de l'auteur à propos de la perception est fort intéressante comme on le verra plus loin. Elle est vite épuisée ici par le système de pensée dans lequel elle

est prise. Ainsi

«

quand la sensation ne peut se lier à

la perception, elle réactive l'Inconscient primaire et se décharge dans la musculature (...) les somatisations symbolisantes ne fonctionnent plus comme des interprétations calmantes face à l'invasion par l'économique» (c. DEJOURS,1987). Le lien dont l'auteur parle doit passer par le transfert; 22

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