Mon enfance marocaine

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Cette "enfance marocaine" est celle d'un jeune garçon à jamais marqué par ses jeunes années en pays berbère, là où son père fut muté en juin 1940 pour une durée de huit ans. Dans ce récit sensible et lumineux, c'est l'enfance elle-même avec ses manières de voir, de penser et de sentir qui nous est restituée. Tour à tour nous assistons à une épidémie de peste, une invasion de sauterelles, une scène de famille, l'animation d'un souk,… Lashen, personnage central, est le lien entre tous ces tableaux.
Publié le : dimanche 6 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390031
Nombre de pages : 144
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Mon enfance
marocaine
Jean-Louis
Souvenirs Mon enfance Nicolet
Cette « enfance marocaine » est celle d’un jeune garçon à marocaine
jamais marqué par ses jeunes années en pays berbère, là
où son père fut muté en juin 1940 et pour une durée de huit
Souvenirsannées.
D’après Jean-Jacques Rousseau, l’enfant a des manières de
voir, de penser et de sentir qui lui sont propres. Dans ce récit
sensible et lumineux, l’enfant d’hier, nous restitue tout cela.
Tour à tour, nous assistons à une épidémie de peste et une
invasion de sauterelles à Imintanoute, à une scène de famine,
l’animation d’un souk, la revue d’un tabor aux Aït Mehammed,
à la réception d’un Caïd, la relève du tertib aux Aït Bouguemez,
à l’évacuation d’urgence d’une femme dans les neiges depuis
Zaouïa Ahansal, à la journée du 6 juin 1944 vue de la rue de
Rehamna, aux cours d’arabe donnés à l’école communale,
à des chevauchées en carrioles derrière des acres, une
descente dans les khettara, l’animation de la place Jemaa
elFna à Marrakech…
Lashen, personnage central, est le lien entre tous ces
tableaux.
Né en Avignon en 1934, Jean-Louis Nicolet arrive en août
1940 au Maroc où son père, offi cier est muté aux Affaires
indigènes. Pendant huit ans, il va vivre en pays berbère et
commencer ses études au lycée Mangin de Marrakech.
Diplômé de l’Institut de Chimie et de Physique Industrielle
de Lyon, Docteur de l’Université d’Angers, Expert près la
Cour d’Appel de Versailles, il intervient pendant plus de
quarante ans, comme Expert en Maîtrise des risques industriels tant en
France qu’en Afrique.
ISBN : 978-2-343-06686-8
Illustration de couverture : Poupée traditionnelle,
de Zaouïa Ahansal, donnée aux parents de l’auteur. Prix : 15,50 €
Graveurs de MémoireG Série : Récits / MaghrebGraveurs de Mémoire
Cette collection, consacrée essentiellement aux récits
de vie et textes autobiographiques, s’ouvre également 9 782343 066868
aux études historiques.
Jean-Louis Nicolet
Mon enfance marocaineMon enfance marocaine
SouvenirsGraveurs de mémoire

Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de
textes autobiographiques, s’ouvre également aux études
historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en
fonction essentiellement de critères géographiques mais
présente aussi des collections thématiques.


Déjà parus

Houziel (Gilbert), Oran, 20 rue de l’Aqueduc, De la marine au
quartier juif, des histoires d’un monde disparu, 2015.
Rehmany (Wirya), Kurde, journaliste et libre, Mythes, guerres et
amours d’un peuple meurtri, 2015.
Lab (Manon), L’Alsace en héritage, Histoire d’une famille, 2015.
Ayme (Maurice), À l’école du bonheur et de la réussite, La révolte
d’un « fossile » du primaire, 2015.
Rieuf (Armelle), N’oublie pas d’aller chercher Armelle, Du
NordPas-de-Calais à la région parisienne : le chemin d’une vie, 2015.
Delfau (Mireille), Résistante un jour, Résistante toujours. Paulette
Fouchard-Ayot ou la vie d’une femme de l’ombre, 2015.
Milan (Jean-Pierre), Vol à voile, chemin d’aventures, En planeur
avec un inconditionnel du ciel, 2015.
Firth (Alan), Le petit Anglais de Béthune, En séjour chez les autres,
2015.
Rébut (Jean-Louis), Atout-Chœur, Un demi-siècle de direction
chorale, Entretiens avec Jacqueline Heinen, 2015.
Dhejju (Léonard), Fleuris là où Dieu t’a semé, Histoire d’une vie,
2015. Jean-Louis NICOLET
Mon enfance marocaine
Souvenirs © L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06686-8
EAN : 9782343066868 L’enfance a des manières de voir,
de penser, de sentir qui lui sont propres…
Jean-Jacques Rousseau. À mes enfants Eric et Carine et petits-enfants : Audrenne,
Marie, Mallorie, Florie, Baptiste qui m’ont écouté, parfois
incrédules, raconter ces histoires liées à mon enfance
marocaine.
À ma femme, Michèle, qui m’a poussé à coucher sur le
papier ces souvenirs qui ont tant marqué mon enfance, mais
aussi m'ont permis de porter sur les hommes et les
événements, tout au long de ma vie, un autre regard
peutêtre plus naturel, plus simple, plus dépouillé. Qu’elle en soit
ici remerciée.
Merci à Sylvie qui a relu ce document avec sa sensibilité,
sa minutie et son souci de la ponctuation. Premiers souvenirs - 1939

Je suis né le 10 avril 1934. Mon premier souvenir remonte
à Batna, une petite localité située dans le Constantinois,
probablement au cours des dernières années de notre séjour
qui s’est achevé en novembre 1939. J’avais alors cinq ans.
eMon père avait été affecté en mars 1936 au 7 Régiment
de Tirailleurs Algériens. Pendant ces quatre années passées
en Algérie, nous habitions une villa dont les pièces étaient
toutes situées au premier étage. Je revois très bien la
topographie des lieux. Nous accédions à l’étage par un
escalier extérieur qui donnait sur une entrée. De là partait un
couloir en L. Une des branches conduisait à la chambre de
mes parents qui se trouvait à droite, au fond se trouvait la
mienne. L’autre partie du couloir conduisait à la cuisine
située sur la gauche et au salon qui se trouvait à droite. Ses
fenêtres donnaient sur la rue. Au bout du couloir une porte
ouvrant sur un escalier conduisait au sous-sol. De toutes ces
pièces, j’ai gardé un souvenir très précis du salon. Pourquoi ?
Probablement du fait de son étrangeté. Les murs étaient
recouverts de tentures en poils de chameau, avec des motifs
géométriques brodés en laines de couleur qui rendaient la
pièce sombre. Contre les murs deux longs divans recouverts
en peaux de mouton. Deux fauteuils à sangles en cuir rouge,
une table basse marquetée et un buffet complétaient
l’ameublement de la pièce.
En évoquant Batna, il me revient en mémoire une
anecdote racontée par mes parents. Un jour, en fin
d’aprèsmidi, à la sortie de l’école communale où j’allais, ne trouvant
11 ni ma mère, ni la petite bonne qui habituellement venait me
rechercher, j’avais suivi un de mes copains dont le père était
garagiste. Les heures passant, ne me voyant pas rentrer ma
mère s’affola et prévint mon père de ma disparition. Aussitôt
les recherches furent lancées. Quelques heures après, on me
retrouva tranquillement dans la fosse, sous une voiture en
cours de réparation, couvert de graisse, aidant avec mon
copain, son père.
Chaque année nous rentrions en France chez mes
grandsparents. De ces voyages me reste en mémoire des noms de
bateaux : Gouverneurs Chanzy, Gueydon, Jonnart.
er Le 1 septembre 1939, l’Allemagne envahie la Pologne et aussitôt
la France déclare la mobilisation générale. Le 3 septembre, la France
déclare la guerre à l’Allemagne.
Deux mois plus tard nous regagnions la France, mon père
ayant été reçu à l’École de Guerre. Nous habitions chez mes
grands-parents maternels, rue Velouterie en Avignon. Leur
maison possédait à l’arrière, un jardin où mon grand-père
Alcide faisait pousser des légumes. La plupart du temps il
revêtait sa vieille tenue de zouave, la tête recouverte d’une
chéchia rouge. Du jardin on apercevait les remparts de la
ville surmontés çà et là d’une tour à créneaux. Son aspect
bourru et sévère cachait une grande sensibilité et une
excessive gentillesse. Chaque soir, assis sur ses genoux, je
l'écoutais me lire, les lorgnons sur le nez, un conte de
Daudet, lorgnons qu’il allait, aux dires de ma grand-mère,
acheter, au marché aux puces.
Alcide était un original qui faisait fi de tous les préjugés
sociaux. On l’appelait le commandant. Il avait fait la guerre
12 de 14-18, durant laquelle il avait commandé un bataillon à
Verdun. Une après-midi lors d’une attaque, il fut gravement
blessé aux jambes et laissé pour mort sur le terrain. Son
bataillon avait été entièrement décimé. Après la bataille, le
soir tombant, un de ses amis médecin le reconnaissant parmi
les morts et les blessés l’ausculta, mais estimant qu’il était
intransportable versa sur ses plaies une bouteille d’alcool
iodé et le pansa dans un dernier geste d’amitié. Dans la nuit,
mon grand-père revint à lui, essaya de se relever mais ses
jambes ne le portaient plus. Il se remémora l’attaque. Il était
très certainement tombé face aux tranchées ennemies qu’ils
s’efforçaient d’atteindre. Ne pouvant se lever avec la seule
force de ses bras il fit un demi-tour sur lui-même pour se
trouver face aux positions tenues par son unité. Il rampa,
rampa évitant les trous d’obus qui criblaient le sol, puis enfin
tomba dans une tranchée amie.
Reconnu, il fut soigné et évacué. Après une longue
convalescence et beaucoup d’efforts personnels il avait
retrouvé l’usage de ses jambes. C’est ainsi qu’à
soixantequinze ans il se rendait encore en vélo du mas qu’il possédait
aux Carrières jusqu’au village de Barbentane situé à trois
kilomètres environ.
La maison que mes grands-parents louaient en Avignon
avait deux étages. La porte d’entrée donnait sur un couloir
relativement obscur où se trouvait le porte-manteau auquel
mon grand-père suspendait sa canne chaque fois qu’il
rentrait. Il en avait plusieurs dont certaines avaient une
poignée en forme de tête de canard ou de chien. À gauche se
trouvait un très grand salon, rempli de meubles. Beaucoup
provenaient d’Indochine, plus particulièrement du Laos où
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