Une dynastie de serruriers à la cour de Versailles

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C'est à l'occasion d'une trahison que le nom des Gamain passa à la postérité. En effet, ce fut l'un de ses membres, François Gamain, qui révéla à la Convention la cachette où Louis XVI entreposait ses papiers les plus secrets. Cette révélation constitua une pièce maîtresse dans le dossier d'accusation qui envoya Louis XVI à l'échafaud. François Gamain était issu d'une famille de serruriers, originaires de Bucilly, dans la province de Thiérache. Jean Gamain fut le premier représentant de cette famille à s'établir comme serrurier du roi à Versailles sous Louis XV, vers 1727. Ses trois autres frères le suivront.
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140002359
Nombre de pages : 130
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Jean Dominique BOURZAT
Une dynastie de serruriers à la cour de Versailles Les Gamain
Une dynastie de serruriers à la cour de Versailles
Les Gamain
Acteurs de la Science Fondée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII Dirigée parClaude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l’épopée scientifique moderne ; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens ; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs ; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science. Dernières parutions François TRON,Maladies auto-immunes. Quand notre système de défense nous trahit, 2015 Roger TEYSSOU,Orfila. Le doyen magnifique et les grands procès criminels au XIXè siècle. El decano magnifico, 2015 Gilles GROS,Histoire et épistémologie de l’anatomie et de la e physiologie en art dentaire, de l’Antiquité à la fin du XX siècle, 2015 Simon BERENHOLC,L’Homme social, à son corps dépendant. Analogies comportementales entre les cellules biologiques et les sociétés humaines, 2015. Robert LOCQUENEUX,Baromètres, machines pneumatiques & thermomètres, Chez & autour de Pascal, d’Amontons & de Réaumur,2015. Pierre de FELICE,Mille ans d'astronomie et de géophysique. D'Aristote au Haut Moyen Age,2014. Charles BLONDEL,La psychanalyse, 2014. Philippe LHERMINIER,La valeur de l’espèce. La biodiversité en questions, 2014.Roger TEYSSOU,Freud, le médecin imaginaire… d’un malade imaginé, 2014.Robert LOCQUENEUX,Sur la nature du feu aux siècles classiques. Réflexions des physiciens & des chimistes, 2014. Roger TEYSSOU,Une histoire de la circulation du sang, Harvey, Riolan et les autres, Des hommes de cœur, presque tous…, 2014Karl Landsteiner. L’homme des groupes sanguins,édition revue et augmentée, 2013.
Jean Dominique Bourzat
Une dynastie de serruriers à la cour de Versailles
Les Gamain
Du même auteur Lecture contemporaine du Cours de Chymie de Nicolas Lemery, Lyon, Éditions du Cosmogone, 2005. Les Après-midi de Louis XVI, Paris, Éditions La Compagnie littéraire, 2008 Une dynastie de jardiniers et de botanistes : les Richard De Louis XV à Napoléon III, Paris, Éditions L’Harmattan, 2009. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08486-2 EAN : 9782343084862
Une dynastie de serruriersLe nom de la famille Gamain est passé à la postérité par la trahison de l'un de ses membres, François Gamain, qui a révélé à la Convention la cachette où Louis XVI entreposait ses papiers les plus secrets. Cette révélation a constitué une pièce maîtresse dans le dossier d'accusation qui enverra Louis XVI à l'échafaud. La construction et l’entretien du château de Versailles ont fait appel à de nombreux artisans qui au fil du temps ont formé des dynasties. Il n’était pas rare de voir plusieurs membres d’une même famille se partager les travaux dans leur domaine de compétence, le fils travailler avec le père ou les frères et beaux-frères unir leurs talents. On peut alors parler de véritables monopoles familiaux comme les Richard et les Belleville, jardiniers de Versailles et de Trianon, les Thevenin dans les ouvrages de maçonnerie ou les Gamain, serruriers des bâtiments du roi. Au cours des règnes de Louis XV et Louis XVI, la famille Gamain s’impose pratiquement sans partage dans tous les travaux de serrurerie du domaine de Versailles, recourant même à des alliances familiales pour asseoir leur hégémonie. Le berceau de la famille Gamain se situe à Bucilly, petit village de la Thiérache, aujourd’hui dans le département de l’Aisne.
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Louis Gamain, le père fondateur de la dynastie, naît à Bucilly en 1665, où il exerce la profession de maréchal-ferrant. Il se marie avec Marie Piera qui lui donne quatre fils, Jean, Jacques, Nicolas et Louis. Ayant une certaine aisance financière, il donne à ses fils une solide éducation qui leur permettra de devenir maîtres serruriers. (1) Il décède le 24 août 1732 à Bucilly à l'âge de 67 ans . Conscients que c’est à Versailles que se font les affaires depuis que Louis XIV en a fait le centre du pouvoir royal et y a installé sa cour, les frères Gamain quittent l’un après l’autre leur Thiérache natale pour s’établir à Versailles et y chercher fortune en exerçant leur métier de serrurier. Depuis sa construction, la résidence royale n’a pas cessé de subir des travaux et des transformations en tous genres. Une cohorte d’artisans et d’ouvriers travaille en permanence au château et dans ses dépendances, et parmi tous les métiers qui se partagent les travaux, la serrurerie est l’un de ceux qui emploient le plus de personnes. Grâce à la quasi-exclusivité que leur accordent les bâtiments du roi et à leur notoriété auprès des courtisans établis à Versailles, les frères Gamain deviennent rapidement des bourgeois opulents et de grands propriétaires fonciers.
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Les quatre frères GamainJean Gamain (Bucilly 1698 – Versailles 03/09/1773) Le premier à s’établir à Versailles fut l’aîné, Jean Gamain qui épousa Suzanne Bonnet, riche veuve en premières noces du serrurier Claude Moulin. La cérémonie (2) fut célébrée le 26 mai 1727 . Le marié avait 29 ans et la mariée 52 ans ! Cette situation n’était guère surprenante à l’époque, car la veuve d’un artisan n’avait d’autre issue pour sauver l’entreprise familiale que de se remarier au plus vite avec un autre artisan, et les sentiments dans ce genre d’union devaient passer au second plan. Ce mariage permettait à Jean Gamain de s’établir à bon compte en oubliant la différence d’âge. Le contrat de mariage fut signé le 25 mai 1727 devant (3) maître Jacques Decourt, notaire à Versailles . Il stipulait que la dot du futur époux se montait à 1 000 livres en deniers comptant provenant de ses gains et épargnes, celle de la future épouse à 3 000 livres, tant en deniers comptant, qu’en meubles meublants, linge et hardes à son usage. Jean Gamain devient maître serrurier des bâtiments du roi. À ce titre il travaille pour tous les travaux de serrurerie et de ferronnerie qu’exige l’entretien du château de
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Versailles, ainsi que pour de riches propriétaires versaillais. Rapidement ses affaires prospèrent, et il peut affirmer son statut social en devenant propriétaire foncier. Le 9 décembre 1729, devant maître Mathurin Lamy, (4) notaire à Versailles , les époux Gamain achètent à Antoine Clément et à Marie Madeleine La Chambre, son e épouse, les 5/6 d’une maison située rue de la Paroisse à l’enseigne du signe royal, moyennant le versement d’une somme de 2 500 livres et en établissant à Marie Madeleine La Chambre, une rente viagère de 400 livres par an. Le 19 avril 1731, ils acquièrent la totalité de ladite maison en rachetant à Marie Madeleine Hugé le dernier (5) sixième qu’elle possédait dans cette maison . La vente est faite devant maître Mathurin Lamy, notaire à Versailles pour la somme de 2 400 livres. Cette grande maison était composée d’un seul corps de bâtiment de quatre étages et d'un grenier, élevés sur une cave, avec au rez-de-chaussée une boutique et une salle sur le derrière, et dans la cour un puits et des fosses * d’aisances . Le 27 août 1737, Jean Gamain ouvre sa propriété sur un grand jardin en acquérant de Charles Julien Villionne et de son épouse Suzanne Bardon, la partie centrale d’un terrain de huit toises de face sur quatorze de profondeur (environ 2 220 m ).
*  La description de cette maison figure dans l'acte de vente passé le 8 novembre 1842 devant maître Joseph Albert Lemoine, notaire à Versailles. Étude Savouré : 3E46/274
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La vente est faite devant maître François Bernard (6) Foubert, notaire à Versailles pour la somme de 800 livres. Enfin le 23 février 1753, un contrat est signé devant (7) maître Jourdain, notaire à Paris , pour procéder à un échange de terrains entre les propriétaires des maisons situées rue Neuve Notre-Dame et Louis XV. Ce dernier avait accepté de céder auxdits propriétaires une parcelle de terrain prise sur l’ancien étang de Clagny, de quatorze toises de profondeur sur toute la largeur de leur demeure, contre une terre de trente et un arpents, cinquante-cinq perches (environ 13,3 ha), située dans la partie du grand parc de Versailles, dépendante de la paroisse de Guyancourt et acquise en commun par les propriétaires de la rue de la Paroisse. Par cet échange de terrains, la propriété de Jean Gamain s’agrandit d’une parcelle de trente-sept perches un quart et cinquante-deux pieds, au 2 carré, soit environ 1 600 m , située en contrebas de sa maison. Le 14 octobre 1743, son épouse Suzanne Bonnet, (8) décède . Il se remarie le 13 février 1745 avec Marie (9) Madeleine Bonnet, cousine de sa première épouse , et qui a douze ans de moins que lui. Trois jours plus tard, le 16 (10) février, naît son premier fils, Jean Philippe Gamain . Le 13 juillet 1746 son épouse lui donne un second fils Jean (11) Nicolas René Gamain . Le contrat de mariage avec sa seconde épouse est passé devant maître René Claude Gabriel Baron, notaire à Paris, (12) le 11 février 1745 .
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