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Développement intellectuel et environnement socioculturel en Afrique

De
126 pages
Ethnologues, sociologues, psychologues n'ont pas fini de débattre du caractère universel ou non des structures de la pensée, des contenus et des modes de construction de la raison humaine. L'auteur tente ici de rendre compte des relations : fonctionnement cognitif - environnements socioculturels, et donc de la problématique du développement intellectuel chez de jeunes enfants africains.
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ABOUBACAR YENIIZOYE ISMAEL

Développement et environnement

intellectuel

socioculturel en Afrique

L'Iftmattan

Avant-propos
Le présent ouvrage qui constitue une compilation d'articles, consiste à cerner les influences respectives des facteurs de l'environnement en particulier sur le développement cognitif du jeune enfant africain: les facteurs étudiés sont: . l'urbanisation . l'activité propre de l'enfant (poterie et manipulation de . quantités liquides) . la scolarisation . la langue de scolarisation Mais avant, il examine la problématique de la recherche interculturelle en milieu africain.

PARTIE I PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE INTERCUL TURELLE EN MILIEUX AFRICAINS

PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE INTERCULTURELLE EN MILIEUX AFRICAINX Après plus d'un demi-siècle d'investigations en milieu africain, les recherches interculturelles demeurent encore aujourd'hui le lieu d'affrontement entre deux grands courants de pensée: le relativisme culturel et la recherche d'universalité. Trois préoccupations principales ont animé les auteurs des recherches psychologiques en milieu africain et les controverses qu'elles suscitèrent sont loin d'être terminées tant les données rapportées divergent et font apparaître à certains moments, des contradictions qui dépassent un cadre strictement formel pour revêtir une signification

profonde - ethnologues, sociologues,psychologues, n'ont
pas fini de débattre du caractère universel ou non des structures de la pensée, des contenus et des modes de constructions de la raison humaine. Aujourd'hui encore, la question reste d'actualité. En effet, ses implications tant sur le plan idéologique que pédagogique ne sont plus à démontrer. Il s'agirait en fait au départ, comme le souligne M. BEKOMBO (1976) de justifier «scientifiquement» les préjugés raciaux et la ségrégation en vigueur dans les sociétés occidentales en général américaine en particulier. Nous ne reviendrons pas sur les Thèses bien connues de POPENOE et JOHNSON (1978), les pères de « l'Eugénique appliquée », de FISHER, BAUR et LENZ (1931) de EAST et JONES (1961), ni même sur celles de H.S. CHAMBERLAIN (1913) tant l'histoire a montré

l'inconsistance de leurs théories et l'utilisation que l'on peut faire d'une « science» au service d'idéaux politiques. Avec l'apparition du structuralisme dont le but est la recherche de principes généraux sous-jacents à la diversité culturelle, certains auteurs, tel que LEVY-STRAUSS affirmeront que «Le fonctionnement de la pensée ne présente pas de différence fondamentale dans les cultures ou à des époques différentes; tout les hommes cherchent à connaître leur univers et tous procèdent en ordonnant, en classifiant, en imposant un système à l'information perçue par les sens ». Si, aujourd'hui la majeure partie des auteurs de recherches comparative s'accordent pour rejeter le thème de la mentalité primitive cher à LEVY BRUHL, ils font ressortir toutefois, un retard systématique des enfants africains aux épreuves de conservation comparativement aux enfants de milieux occidentaux. Dans certains travaux PELUFFO (1967) WERE (1968) KELLY (1970) les auteurs contestent l'existence même a toute pensée formelle chez des adultes appartenant aux milieux non occidentaux. Dans le cadre des opérations concrètes, nous pouvons, avec DASEN (1972) schématiser l'ensemble des résultats par quatre courbes différentes: la courbe X a été obtenue dans le milieu occidental. Courbe a : le concept se développe dans les différentes cultures aux même âges que dans le milieu occidental. Courbe b : le concept se développe plus précocement. Courbe c : le concept se développe plus tard 10

Courbe d : le concept commence à se développer au même moment ou plus tard, mais à un certain âge, le développement s'arrête. Certains enfants, et même des adultes n'atteignent pas le stade des opérations concrètes. Lorsque l'on tente de faire le point des revues de questions relatives à ce problème! on constate que la courbe c (le concept se développe dans les milieux non occidentaux plus tard) est de loin, la plus fréquente. Au total, nous n'aurons relevé que trois (3) cas relatifs à la courbe (b) : TUDDENHAM (1968) RAMIREZ (1967) et LLOYD (1971). L'objectif du présent article est de tenter une analyse critique de la démarche méthodologique et théorique des recherches comparatives.

1) Problèmes d'ordre méthodologique LAUTREY et RODRIGUEZ-TOME (1976) dans une revue de question sur la notion de conservation, relatent les limites aux recherches interculturelles. Ils retiennent six facteurs qui semblent constituer des obstacles aux chercheurs. a) l'âge: qui n'est pas toujours établi avec précision faute d'extraits d'actes de naissance. En effet, il arrive que les naissances ne soient pas enregistrées par manque d'infrastructures sanitaires en milieux ruraux.

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Voir DASEN 1972. LAUTREY & RODRIGUEZ - TOME (1976)

Il

b) La standardisation des épreuves: peu de chercheurs se sont penchés sur cette question fondamentale, et la plupart se sont contentés d'utiliser systématiquement le matériel piagétien sans tenir compte du biais qu'il pourrait constituer dans une culture différente. c) L'effet d'ordre dans l'application temporelle des expériences: doit aussi être maîtrisé, car il pourrait être à l'origine d'inversions portant sur la séquence des invariants de la substance, du poids et du volume, par exemple. d) «L'effet de l'expérimentateur: LAUTREY et RODRIGUEZ- TOME soulignent que « Le personnage même de l'expérimentateur, presque toujours étranger, rend vraisemblablement la situation expérimentale déroutante pour l'enfant. Ce genre d'effet est très difficile à apprécier, et peu d'auteurs le discutent. Toutefois, certains commentaires laissent supposer qu'il pourrait être à l'origine d' artéfacts expérimentaux non négligeables» 1976p. 156) ». e) «Le problème de la langue est un autre obstacle que rencontrent les auteurs des recherches interculturelles. Il est inutile de rappeler que la méthode d'investigation de PIAGET - méthode clinique ne se contente pas de quelques « pourquoi », mais elle rend indispensable une constante suivie du raisonnement de l'enfant. Or, peu de chercheurs occidentaux comprennent la langue des sujets examinés par eux ». 12

f) «La présentation des résultats peut rendre toute comparaison difficile ou inopportune, car certains auteurs la donnent en pourcentage, ce qui permet de comparer aux résultats de PIAGET, d'autres attribuent un certains score à chaque sujet ». Comme on peut le voir, les recherches interculturelles comportent un certain nombre de limites qui sont dues aux obstacles qu'elles rencontrent sur le plan de la méthodologie. Dans ces conditions, il faudrait penser que toute comparaison entre performances d'enfants issus de cultures aussi différentes que sont celles de l'Europe et de l'Afrique noire s'avère inopportune tant que ne sont pas pris en compte les divers facteurs ainsi soulignés qui constituent à notre sens des artéfacts expérimentaux non négligeables, pouvant fausser les résultats obtenus. Quelle signification psychologique faudrait-il alors accorder aux résultats qui mettent en évidence un retard général aux épreuves de conservation? En effet, des six obstacles méthodologiques soulignés par LAUTREY et RODRIGUEZ-TOME, la présence d'un seul peut suffire à rendre toute comparaison caduque. La difficulté pour les auteurs de recherche comparative réside dans le fait que la plupart d'entre eux rencontrent les limites premières que sont le barrage linguistique, le problème de la délimitation exacte de l'âge, celui de la standardisation des épreuves, et celui non moins négligeable de la teinte de la peau qui, aujourd'hui encore peut paraître insolite dans certains milieux reculés d'Afrique.

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2) Problèmes d'ordre théorique Si nous croyons en la nécessité d'émettre quelque réserve concernant le retard systématique observé chez les enfants africains, certains, autres résultats suggèrent une réflexion qui doit dépasser le cadre de la méthodologie. Car en fait, quelle signification accorder aux résultats qui observent la non acquisition des notions de conservation chez des enfants et des adultes non occidentaux, africains en particuliers. Doit-on conclure que les individus concernés en sont restés à un niveau préopératoire? Comment répondre à de telles questions sans prendre en compte la genèse de la pensée dans les cultures non occidentales? «En postulant par avance que les influences culturelles n'interviennent pas sur les manifestations des différents facteurs du développement cognitif, les chercheurs se sont contentés de reproduire les expériences de Genève? L'incovénient de cette démarche tient à ce que ces résultats peuvent confirmer la théorie lorsqu'ils sont semblables, à ceux obtenus à Genève, mais ne peuvent l'infirmer lorsqu'ils sont différents. Tout au plus suggèrent-ils, dans ce dernier cas - mais c'est déjà un fait d'une portée considérable - que l'importance des facteurs culturels a été sous-estimée. (LAUTREY et RODRIGUEZ TOME (1974 P . 279) Et cette réflexion de GREENFIELD prend tout son sens lorsqu'elle souligne avec raison que «si PIAGET a contribué à détourner l'entreprise interculturelle, c'est parce que les chercheurs suivaient sa méthode plutôt que 14