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Dire son métier

De
238 pages
Cet ouvrage aborde la question de l'animation aujourd'hui à partir de ce qu'en disent les animateurs eux-mêmes, dans leurs écrits professionnels et leurs réponses à des enquêtes. Cette analyse permet d'alimenter quelques-unes des problématiques contemporaines de l'animation professionnelle, comme la question de l'identité professionnelle, la place de l'animation par rapport au travail social, le militantisme, la place de l'éducation populaire et les références théoriques des animateurs professionnels.
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Dire son métier. Les écrits des animateurs

Collection Débats/Jeunesses dirigée par Bernard Roudet
Institut national de la Jeunesse et de l'Éducation populaire
La collection Débats Jeunesses a été créée en appui à AGORA Débats/Jeunesses, revue de l'Institut national de la Jeunesse et de l'Éducation populaire, éditée par l'Harmattan. Le comité de rédaction de la revue constitue le comité éditorial de la collection. La revue trimestrielle AGORA et la collection Débats Jeunesses s'intéressent de manière ouverte à tous les problèmes de société construisant la trame des questions de jeunesse. Jean-Pierre AUGUSTIN,Jean-Claude GILLET, L'animation professionnelle. Histoire, acteurs, enjeux. Olivier DOUARD, Gisèle FICHE (sous la direction de), Les jeunes et leur rapport au droit Olivier GALLAND, Bernard ROUDET (sous la direction de), Les valeurs des jeunes. Tendances en France depuis 20 ans. Geneviève JACQUINOT, Groupe de Recherche sur la Relation Enfants Médias, Les jeunes et les médias. Perspectives de la recherche dans le monde. Yannick LEMEL, Bernard ROUDET (coordonné par), Filles et garçons jusqu'à l'adolescence. Socialisations Pierre MA VOL, Les enfants de la liberté. Études sur l'autonomie des jeunes en France. différentielles.

sociale et culturelle

Geneviève POVJOL (sous la direction de), Éducation populaire: le tournant des années soixante-dix. Patrick RAYOU, La Cité des lycéens. Bernard ROVDET (sous la direction de), Des jeunes et des associations. Maxime TRAVERT L'envers du stade. Le football, Alain VULBEAU Les inscriptions de la jeunesse. la cité et l'école.

@L'Hannatmn,2003 ISBN: 2-7475-5007-9

Sous la direction d'Olivier Douard

Dire son métier. Les écrits des animateurs

L' Harmattan 5-7, nie de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino

ITALIE

Professeur à l'Université de Rouen et co-animateur

rigoureux et

chaleureux du séminaire de recherche PER-INJEPIDYALANGCNRS qui a servi de support à la réalisation de cet ouvrage, Bernard GARDIN nous a quittés en juillet 2002, emporté par la maladie. Modestement, cet ouvrage, dont il a encouragé et suivi la réali-

sation, lui est dédié.

Amitiés...

Ont contribué à cet ouvrage

Salih Akin, sociolinguiste, maître de conférence à l'Université de Rouen, Dyalang-CNRS. Jean-Pierre Charbonnieras, Conseiller d'Éducation Populaire et de Jeunesse, Direction Régionale et Départementale Jeunesse et Sports de Haute-Normandie. François Chobeaux, sociologue, animateur du réseau national «Jeunes en errance », Directeur des politiques sociales aux Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Actives.
Olivier Douard, sociologue, alors chargé de recherche à l'INJEP, est aujourd'hui directeur d'études à AMEDIS (Montpellier). Éric Duràn-Sabatier, chercheur en sciences sociales.

Nicolas Fasseur, psychosociologue, doctorant en Sciences de l'éducation à l'Université Paris Dauphine, chargé d'études associé à l'INJEP. Françoise Lorant-Goossens, sociolinguiste, Dyalang-CNRS, enseignante à l'université de Paris XIII Villetaneuse. Francis Lebon, sociologue, chargé de cours à l'Université de Créteil, doctorant à l'École des Hautes études en sciences sociales (EHESS). Jean-Marie Mignon, Conseiller d'Éducation Populaire et de Jeunesse, Direction Régionale Jeunesse et Sports d'Île-de-France. Tariq Ragi, sociologue, politologue, chargé de recherche à l'INJEP, rédacteur en chef de la revue AGORA Débats/Jeunesses. Éric Robinet, sociologue, enseignant à l'Université de Metz, chargé de recherche associé à l'Équipe de Recherche en Anthropologie et en Sociologie de l'Expertise (ERASE).

Frédéric Sanchiz, sociolinguiste, Dyalang-CNRS, enseignant à l'Université d'Orléans.
Richard Wittorski, Université René Descartes, IUT de Paris V, responsable du DUT Animation Sociale et Socioculturelle en Formation Continue.

Ainsi que les autres participants au séminaire auxquels il revient une part de ce travail collectif: Danielle Freland, Bernard Gardin, Philippe Gennain, Martine Richard, Jeannine Richard-Zappella.

SOMMAIRE

Les cadres de l'animation à travers leurs écrits professionnels. Introduction de l'ouvrage Olivier Douard Qui sont les animateurs aujourd'hui? Salih Akin et OlivierDouard L'écriture sur la pratique comme outil de professionnalisation Richard Wittorski Certains écrivent, d'autres pas. Pourquoi? François Chobeaux Une longue et difficile intégration des animateurs professionnels au sein des mouvements d'éducation populaire: l'exemple des Franc as (1944-1981)

Il

23

47

63

ÉricDuràn-Sabatier
L'animateur: de 1'homme au citoyen Tariq Ragi

...

71
97

Les titulaires du DEFA et leur emploi en Île-de-France Jean-Marie Mignon ...

.........

113

Le choix du titre: inscrire le mémoire DEFA dans la mémoire de l'animation Jean-Pierre Charbonnieras et Nicolas Fasseur L'animation et le tropisme du travail social Françoise Lorant-Goossens et Olivier Douard
Les références explicites des animateurs titulaires du DEF A

125 141

Éric Robinet
La part militante chez les animateurs professionnels, étude sociolinguistique de mémoire DEF A

163

Frédéric Sanchiz

191

Les carrières types des animateurs de centres de loisirs dans cinq villes du Val de Marne Francis Lebon 203 Rôle et contrôle, raison ou résonance. Lorsque l'animation se revendique de l'éducation populaire Nicolas Fasseur ... 225

LES CADRES DE L'ANIMATION

À TRAVERS

LEURS ÉCRITS PROFESSIONNELS

Olivier Douard

Les emplois d'animateurs se sont développés au cours de ces deux dernières décennies d'une manière qui peut paraître étonnante, et s'il est particulièrement difficile de les comptabiliser exactement, Magali Andrierl les estime pour le MJS, après une extrapolation crédible, à environ 350 000. Pour une profession que l'on dit jeune, elle a déjà une réalité consistante. Toutefois, que peut-on dire de ces emplois? À y regarder de plus près, il s'agit de situations très diverses, hétérogènes, et le tenne générique d'animateurs en apparaît d'autant plus ambigu. Les intéressés eux-mêmes ont bien du mal à définir cette profession qui laisse entendre qu'elle n'en serait pas une, ou bien qu'elle serait toujours et définitivement «une profession différente », pour reprendre le titre de l'ouvrage de Pierre Besnard en 1981. L'animation, forgée à partir de cette diversité qui la caractérise et qui constitue probablement sa richesse, se cherche encore aujourd'hui. Mais, et ce n'est pas là le moindre des paradoxes, du point de vue de ses acteurs elle se présente aussi comme une fonction unifiante. Qu'ils exercent auprès d'enfants dans un centre de loisirs, dans une structure pour personnes âgées, en coordination d'un grand projet culturel ou dans le plus petit foyer de milieu rural, tous les animateurs - ou presque - se reconnaissent comme appartenant à un même corps de professionnels. Il y aurait donc objectivement un champ de l'animation, dont la réalité nous est renvoyée par des discours endogènes et exogènes (ceux des employeurs, des travailleurs sociaux.. .), et qui présente d'emblée une face complexe, comme pour décourager ceux qui voudraient en savoir un peu plus.
I ANDRIER, Magali, Éléments d'analyse socio-économique relatifs au champ de compétence du ministère de la Jeunesse et des Sports, Document interne MJS, 2001, 14 p. Il

Travaux empiriques, constructions théoriques, études et rapports d'experts, se sont empilés au fil des ans, présentant des aspects différents et contradictoires de l'animation, sans jamais apaiser ce sentiment d'incomplétude qui ne manque pas de frapper ceux qui tentent d'appréhender ce champ et de mieux le comprendre. Ce déficit de connaissance est d'autant plus difficile à assumer quand il s'agit de construire des politiques publiques qui impliquent et concernent des centaines de milliers de professionnels2, quand il faut penser la qualification d'une branche et construire des diplômes, ou bien encore, quand il s'agit à la base, pour un animateur, d'élaborer des argumentaires pour défendre la spécificité de son intervention ou de celle de ses pairs. Sans chercher à analyser les limites de tel ou tel travail de chercheur, les biais de telle ou telle enquête, sans savoir même si nous pouvions échapper aux chausse-trappes qui en ont fait trébucher plus d'un, il nous a semblé que nous pourrions apporter une contribution utile à la connaissance de ce champ en nous intéressant, avec rigueur, de manière scientifique, à ce que disent les animateurs professionnels de leur métier. Pour ce faire, nous disposions, au moins potentiellement au moment de la conception du projet, d'une matière encore inexploitée mais prometteuse: les écrits des animateurs qui passent le Diplôme d'État aux Fonctions d'Animation (DEF A), « le » diplôme d'animateur par excellence, à en croire les professio1ll1els eux-mêmes. Institué par un décret conjoint du ministère de la Jeunesse et des Sports et du ministère des Affaires sociales en date du 28 juin 1979, le Diplôme d'État aux Fonctions d'Animation sanctionne une formation professioIU1elle qui plonge ses racines dans le Diplôme d'État de conseiller d'éducation populaire (DECEP) et dans le Certificat d'aptitude professionnelle à l'animation socioéducative (CAP ASE), c'est-à-dire à la fois dans l'éducation populaire et dans des initiatives multiples et polymorphes visant à se désengluer de la culture militante des précurseurs pour tenter une technicisation de la fonction qui semblait alors la voie d'une professionnalisation et d'une reconnaissance plus rapide. Le DEFA est
2 Animateurs, techniciens, professionnels de l'éducation, travailleurs sociaux, etc.. . 12

aujourd'hui le seul diplôme d'animateur un peu connu, reconnu pour sa capacité à former des cadres, peu nombreux au regard des besoins mais sans doute d'autant plus appréciés. Les animateurs qui se présentent au jury pour soutenir leur mémoire de fin de fonnation sont, pour beaucoup, des professionnels depuis de longues années déjà. Pour eux, le diplôme est autant l'aboutissement d'une démarche de qualification qu'une étape importante de leur promotion sociale. Ces professionnels, aux trajectoires souvent chaotiques, dans lesquelles des relations difficiles au système scolaire sont loin d'être exceptionnelles, occupent déjà, pour une partie d'entre eux, des postes de responsabilité. Le mémoire du DEFA se révèle être pour eux l'occasion de se livrer à un exercice de réflexion sur leur pratique professionnelle et sur la fonction d'animation d'une manière plus générale, en tentant une prise de distance et une mise à l'épreuve de la théorie. Cette occasion de produire une réflexion théorique sur sa pratique est rare et précieuse. En dehors de ces conditions particulières de production, le temps manque, les priorités s'organisent différemment, et l'action prend le pas sur le reste. Les animateurs stagiaires de la fonnation professionnelle sont en général conscients de cette réalité et investissent beaucoup dans ce mémoire qui constitue pour eux une « œuvre» finale, sorte de capo lavoro qui marque aussi symboliquement leur passage dans la communauté encore assez restreinte des diplômés de l'animation. Ce sont ces caractéristiques singulières qui ont retenu notre attention; nous disposons avec les mémoires DEFA d'écrits de valeur, chaque auteur ayant pris le temps de discourir sur une question qui le travaille et qui a constitué l'objet central de son expérience d'animation. Chacun a pris soin, avec l'aide et sous le contrôle de fonnateurs, de «dire son métier» pour mieux le comprendre, pour tenter de maîtriser enfm un quotidien qui lui échappe en partie, parfois désespérément. Si ces animateurs professionnels, dont la plupart constitueront bientôt l'essentiel de l'encadrement dans l'animation, prennent la peine de dire leur métier, en choisissant leurs mots pour graver par l'écrit des assertions qui leur paraissent, au moins momentanément, dignes d'intérêt, alors nous pouvons prendre la peine de les écouter, en dehors des enjeux d'un jury qui reste en général leur seul auditoire.

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Globalement, ces écrits d'animateurs sont d'une richesse consubstantielle de la grande variété de leurs expériences professionnelles et personnelles. Ils nous décrivent les conditions d'exercice de leur profession, les tâches qui s'imposent à eux, leurs appréhensions des problèmes sociaux, les réponses qu'ils construisent, avec plus ou moins d'originalité. Mais ils nous renvoient aussi leurs questionnements, leurs doutes, leurs conceptions - plus ou moins claires - de l'intervention sociale. ln fine, leurs manières de «faire de l'animation ». Car, bien plus que les fonctionnaires chargés de concevoir les diplômes, bien plus que les formateurs chargés de l'ingénierie des formations, bien plus que les chercheurs qui tentent de dire l'animation, ce sont les animateurs euxmêmes qui fabriquent au quotidien, « sur le terrain », l'Animation, avec un A majuscule, comme ils aiment à l'écrire le plus souvent. Que l'on ne s'y méprenne pas, il ne s'agit pas là d'une concession démagogique au pragmatisme ambiant ou à un lectorat supposé, mais simplement le rappel d'une évidence qui ne demande qu'à être dépassée: l'animation c'est avant tout de la pratique (mais, pour nous, la pratique c'est aussi «de la théorie en action »). Cela suffirait à faire comprendre l'intérêt d'une analyse du discours des animateurs professionnels pour appréhender un peu plus de la part insaisissable de cette fonction apparue dans les années soixante: chacun fait toujours plus qu'il accepte d'en dire, et dire ses pratiques c'est indubitablement dévoiler une partie de ce qui les fonde. Nous avons donc misé sur ces écrits d'animateurs, les considérant comme des médias nous permettant d'accéder à une part, parfois cachée, de la réalité de l'animation. Notre espoir a été en partie comblé, sachant qu'il faudrait beaucoup de temps pour tenter d'épuiser cette matière inépuisable. Pour l'heure, le petit groupe que nous avons constitué pour travailler sur ce corpus de 1 201 mémoires DEFA, a considéré qu'il était déjà possible de livrer les premiers fruits de son travail collectif, en espérant qu'ils seront de quelque utilité et contribueront à alimenter le débat réactivé depuis quelques années, entre autres autour de la revue AGORA Débats/Jeunesses3.

3 Revue de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire, éditée par L'HalTI1attan,et fondée en 1995 par Olivier Douard avec la participation assidue dlune vingtaine de chercheurs et de professionnels. Le rédacteur en chef en est aujourd'hui Tariq Ragi. 14

Ce groupe transdisciplinaire d'une dizaine de chercheurs, auquel se sont adjoints quelques professionnels, a la particularité d'être constitué à la fois de spécialistes des questions d'animation et de néophytes reconnus dans leur discipline d'origine pour leurs travaux sur le rapport entre langage et travail. Institutionnellement, le séminaire de recherche qui a été mis en place est une coproduction entre le Pôle Études et Recherche de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire (INJEP), lieu emblématique de la recherche sur l'animation, et l'unité Dyalang du CNRS. Sociologues, politologue, psychosociologue, sociolinguistes, historiens, ont mis, en jouant le jeu d'une vraie transdisciplinarité, leurs savoirs respectifs au service du traitement des questions élaborées en équipe. La diversité des approches disciplinaires, la différence de niveau d'infonnation sur l'animation et les animateurs, a imposé une élucidation permanente et une ré-intetTogation des évidences salutaires pour la recherche. «Dire son métier. Les écrits des animateurs» est à la fois l'intitulé du séminaire et le titre de cet ouvrage qui rassemble et articule des contributions personnelles nourries d'un travail collectif de trois ans, chacun participant avec l'entrée qu'il a librement choisie et qu'il maîtrise. L'ensemble de ces contributions ne cherche pas à atteindre une cohérence artificielle, qui ne pOUITait tre que prématurée au regard de ê l'état d'avancement du travail engagé, mais constitue autant de facettes articulées autour de quelques grandes questions qui agitent ce champ. Alors que la dispersion en 1987 des chercheurs de l'INEp4 de Marly-le-Roi donnait un coup d'alTêt à la recherche institutionnelle sur l'animation, ces grandes questions furent formulées au fil des ans dans des espaces de débat à la fois nombreux et isolés. Notons, parmi ceux-ci, les Rencontres de Nantes, qui furent pendant quelques années le rendez-vous de tous ceux qui s'intéressent à ces questionsS, le colloque de Rouen sur « Animation et intervention
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L'Institut National de l'ÉducationPopulaire, établissementpublic du minis-

tère de la Jeunesse et des Sports, a été le lieu concret et symbolique de la recherche sur l'animation, dont les travaux étaient publiés dans la revue Les Cahiers de l'Animation, dirigée, entre autres, par Geneviève Poujol, figure emblématique de la recherche sur l'animation et l'éducation populaire. S Les Rencontres de Nantes furent organisées par l'association ACCOORD et la ville de Nantes de 1992 à 1996. Les actes des travaux ont été publiés. 15

sociale »6, qui constitua une de ces interfaces entre les questions d'animation et celles du travail social, les Rendez-vous de l'ISIATlUniversité de Bordeaux III, initiés par Jean-PietTe Augustin et Jean-Claude Gillet. Les principales de ces questions, redondantes, concernent tout à la fois l'histoire de l'animation et ses liens complexes à l'éducation populaire, les références des animateurs, la spécificité de l'intervention des animateurs, le problème des frontières du champ, la relation entre animation et travail social, la composante militante de l'animation, les liens entre bénévolat et professionnalisation, et l'éternelle question identitaire. D'autre part, certaines questions subséquentes concernant les formations à l'animation, les diplômes et les statuts, la place des ministères de tutelle, ne manquèrent pas de se poser, et elles ont aussi été abordées dans notre travail. Bien entendu, chacun de ces points mériterait à lui seul un traitement plus conséquent et probablement un ouvrage entier. Cette perspective étant pour l'heure irréaliste, c'est l'option du croisement, même esquissé, des approches qui a été retenue. Nous nous proposons donc d'accompagner le lecteur sur le début du chemin, lui laissant, pour le moment du moins, le soin de poursuivre ou pas sur la route qui aura été indiquée. Comme il n'y a aucune volonté d'imposer un point de vue plutôt qu'un autre, mais bien d'encourager au débat démocratique, ceux qui se sentiront l'envie de faire valoir un point de vue, une thèse, pourront toujours le faire. La revue AGORA, périodique trimestriel à l'origine de cette collection d'ouvrages, se proposant d'être la tribune publique de ces débats. Ainsi, l'offre de débat ne pourra être réduite à une coquetterie d'auteur, à un élément de discours convenu, elle devient une ouverture concrète. Elle constitue même un des volets de notre démarche collective de construction d'un savoir renouvelé sur les animateurs et l'animation, qui en appelle à toutes les collaborations. L'articulation de ces différentes contributions, appuyées pour la plupart sur les écrits des animateurs eux-mêmes, sur leurs réponses à des questionnaires ou sur des données factuelles issues de l'institution de tutelle, dresse un tableau des animateurs et de l'animation d'aujourd'hui probablement un peu décalé par rapport aux représentations communes et à la mythologie professionnelle.
6 L'animation dans ['intervention sociale, Actes du colloque des 28 et 29 mars 2000 à Rouen, Éd. IDS/DRDJS de Haute-Normandie, Rouen, 2000. 16

Il faut y voir là un des effets de redressement lié à la richesse et à l'originalité des corpus de données utilisés. Ainsi, par exemple, la place du travail social apparaît comme beaucoup plus importante que nous l'avions imaginé. De même, la diversité et l'éparpillement des références théoriques explicites des animateurs DEFA ne permettent pas de comprendre l'unité réelle de cette profession. Sans aller plus loin dans l'illustration, nous nous contenterons de relever que chaque pas réalisé dans le sens d'une meilleure connaissance de ce champ pose de nouvelles questions, mais clarifie aussi la vision que l'on peut avoir de ce niveau d'encadrement et de J'animation en général. C'est la conscience des avancées réelles que constituent ces petits pas qui nous a détenniné à publier dès maintenant, et c'est la conscience progressive de l'ampleur de la tâche qui nous a encouragés à l'ouverture. Les contributions que vous allez découvrir sont organisées sui.. vant une logique qui privilégie un lectorat beaucoup plus large que celui bien restreint de la communauté scientifique. Il nous a paru intéressant d'ouvrir par un texte de Salih Akin et Olivier Douard, un peu plus ancien (1999), mais qui se trouve être à l'origine de ce travail en collaboration entre l'INJEP et DY ALANG et qui nous est souvent demandé. Il montre à la fois l'intérêt de l'approche sociolinguistique, qui a constitué une part importante de la trame du séminaire de recherche, et permet de «rentrer dans le sujet» de manière concrète puisqu'il rend compte de l'analyse de près de 500 offres d'emplois d'animateurs professionnels publiées dans des pé.. riodiques nationaux. Il s'agit d'une autre manière d'approcher cette réalité complexe de l'animation, complémentaire de celle qui s'appuie sur le discours des animateurs eux-mêmes vus à travers leurs écrits diplômants. Car l'originalité majeure de ce travail réside bien dans l'exploitation des mémoires d'animateurs, considérés comme des espaces de professionnalisation qui utilisent comme outil l'écriture sur les pratiques, ainsi que le montre Richard Wittorski, en s'appuyant sur les rapports de stage des étudiants en IUT Canières sociales, option animation socioculturelle et sociale de J'Université de Paris V. La contribution de l'écriture sur la pratique professionnelle dans la fabrication des savoirs et des compétences entre dans le processus de professionnalisation et de construction identitaire comme la résultante d'un exercice praxéologique. Le mémoire DEF A, mais il en est de même, dans une moindre mesure, des rapports de stages pratiques, repose sur une réflexion sur l'action professionnelle. Le passage à l'écriture est un exercice de

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mise à distance et de confrontation à un cadre théorique qui nécessite, au sens propre, de se surpasser. C'est un exercice d'autant plus difficile que les animateurs, comme d'autres professionnels de l'intervention sociale, utilisent plus volontiers le discours oral qui constitue un de leurs outils professionnels quotidiens. François Chobeaux, qui se fait le promoteur de l'écriture des professionnels à travers la direction d'une collection d'ouvrages, nous explique par ailleurs, en illustrant de cas qu'il a pu étudier, que certains écrivent alors que d'autres ne le font pas ou avec des difficultés quasiinsurmontables, du moins sur le moment. Avant tout femmes et hommes d'action, encore souvent trempés dans la vie associative, l'éducation populaire, le «mouvement social », le syndicalisme ou l'engagement politique, ils ont des trajectoires originales où militantisme et professionnalité se rencontrent et se recomposent dans des postures idéologiques qui en font des intervenants sociaux sans doute un peu à part. Eric DurànSabatier s'est plongé dans une partie de cette histoire complexe et paradoxale de l'animation pour monter, à travers l'exemple des Francs et Franches Camarades, combien a été longue et difficile l'intégration des animateurs professionnels au sein des mouvements d'éducation populaire. Cette composante historique de l'animation marque encore les trajectoires des animateurs, comme le montre Tariq Ragi dans une contribution qui s'appuie sur une enquête conçue et organisée par Martine Richard. Il y repère un certain nombre de spécificités et tente une explication à trois niveaux. Le premier concerne l'approche et la méthodologie, le second la fragilité et la complexité d'une posture d'innovation et de travail sur la transfonnation des rapports sociaux, le troisième renvoie au cadre référentiel des animateurs et à leur ciel de valeurs. Jean-Marie Mignon s'est intéressé, lui aussi, aux trajectoires d'animateurs et plus particulièrement à ceux d'Île-de-France. Pour ce faire, il s'est appuyé sur les 704 dossiers administratifs de défasiens traités par la tutelle depuis la première promotion en 1982 et jusqu'en 2001. Ce corpus permet de dresser un tableau très riche de cette population de professionnels et de leur lien à la formation. C'est leur emploi, à ce moment de leur vie professionnelle, qui nourrit leur mémoire de fm de formation. Animateurs responsables et responsables animateurs, ils profitent de ce mémoire pour nous dire et dire à leur pairs leur vision de l'animation. Le choix du thème du mémoire s'impose à eux. Ils n'en choisissent probablement pas la problématique, elle s'impose à eux et c'est en quelque 18

sorte elle qui les choisit. Le choix du titre est alors une manière symbolique d'inscrire le mémoire DEFA dans la mémoire de l'animation, comme l'expliquent Jean-Pierre Charbonnieras et Nicolas Fasseur en s'appuyant sur une enquête complémentaire menée auprès de tous les titulaires du DEFA ayant validé leur fonnation en Haute-Normandie. Nous nous étions interrogés dans notre séminaire sur le modèle, ou les modèles, de mémoire qui pouvait faire référence chez les candidats au DEF A. La prégnance du modèle universitaire nous semblait un peu étonnante, voire contradictoire avec les perspectives professionnelles du diplôme. Toutefois, l'exercice praxéologique que peut constituer le mémoire (et alors que nous savions que cette perspective était fortement revendiquée par les fonnateurs et la plupart des candidats) nécessite de pouvoir faire le lien avec des connaissances théoriques. S'est posée alors la question de savoir qu'elles pouvaient être les références théoriques des animateurs à cette étape de leur fonnation. Éric Robinet s'est intéressé à cet aspect et a initié, pour ce faire, une enquête par questionnaire complémentaire. Les réponses à ce questionnaire et une analyse des bibliographies et annexes attachées aux mémoires nous pennettent d'approcher ce qui semble être une réalité très largement partagée: l'absence de références théoriques communes d'une part et le peu de références au champ de l'animation d'autre part. Ces constats nous amènent à nous demander s'ils ne sont pas la manifestation d'un déficit de conception unifiée de la fonction d'animation et des rôles d'animateurs. De ce point de vue, le constat devrait intéresser tous ceux qui se préoccupent de concevoir des fonnations et de fonner des animateurs. À ce déficit de références théoriques, relatif, signalé aussi par Éric Robinet, les animateurs opposent bien souvent un discours idéologique et mettent alors en avant, jusqu'à l'incantatoire parfois, la référence à des valeurs qui sont, nous l'avons vu, majoritairement celles de l'éducation populaire. Ce faisant, ils reprennent la bannière militante dont beaucoup (parfois les mêmes) ont tenté de se débarrasser, comme d'un attribut stigmatisant qui oblitérerait leur inscription professionnelle. Il est clair que cette question a des résonances identitaires et que le sujet devient vite épineux. Que dire alors, d'un peu objectivé, de cette part militante chez les animateurs professionnels. Frédéric Sanchiz, sociolinguiste, s'est attaché à analyser la portée militante de mémoires DEF A. Des entretiens avec les auteurs ont permis de compléter les données et

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de vérifier quelques hypothèses. Comme c'était prévisible ce discours militant est assez peu visible et doit ici être traqué, tant le premier récepteur du message est particulier (le jury) et tant les conditions de validations sont nonnatives. Francis Lebon se propose lui, dans cet ouvrage qui s'attache principalement aux animateurs professionnels diplômés ou en voie de l'être très bientôt, de revenir sur les carrières de ceux qui sont impliqués, avec des motivations et des fortunes diverses, dans les centres de loisirs. Lieu premier de l'animation pour la grande majorité des animateurs professionnels, c'est aussi la rencontre entre volontariat et professionnalisme, entre des statuts fragiles et d'autres qui le sont progressivement moins. C'est l'espace des «premières armes », de la découverte de la « vocation» comme le disent encore certains, ou de l'enlisement dans une pratique «par défaut », faute de mieux, parce que l'animation est encore un secteur qui développe de l'emploi et que l'on ne voit pas très bien comment se réaliser dans un autre projet devenu inaccessible. Francis Lebon s'est intéressé à ces animateurs de centre de loisirs dans cinq villes du Val-de-Marne qu'il a interrogé par voie de questionnaire et nous livre une tentative de typologie à partir d'une analyse factorielle de correspondances. Le centre de loisirs est aussi un des espaces historiques de réalisation du projet d'éducation populaire, et en tant que tel il a marqué profondément les débuts de l'animation professionnelle. Ceci étant, l'animation s'est éloignée du projet d'éducation populaire jusqu'à parfois s'en dégager explicitement. Mais aujourd'hui, nous en sommes témoins, le projet d'éducation populaire semble retrouver un regain de vigueur et d'intérêt, y compris dans l'animation professionnelle. Si nous l'avons constaté difficilement dans les écrits des animateurs de ce corpus, pour les raisons que nous avons évoquées ci-dessus, il nous a semblé intéressant de tenter d'en savoir un peu plus sur le sujet. Nicolas Fasseur c'est alors penché sur certaines contributions écrites réalisées dans le cadre de l'Offre publique de réflexion (OPR) sur l'avenir de l'éducation populaire, initiée par Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports7. Il en arrive à poser la question d'une animation qui se revendique plus explicitement politique et qui se replace dans une perspective de transfonnation sociale. Cette approche, difficile à
7

Voir Citoyens chiche! Le /ivre blanc de l'éducation populaire, Éd. de l'Ate20

lier, Paris, 2001.

entendre par certains du fait de ses résonances idéologiques, est pourtant un corollaire logique à l'initiative du ministère de la Jeunesse et des Sports sur l'éducation populaire. Elle ne fait que mettre sur le devant de la scène - et avant que les animateurs ne le fassent eux-mêmes dans leurs mémoires DEF A - une contradiction interne du principal ministère de tutelle8 qui semble bien renvoyer à une contradiction interne du champ de l'animation. Comme le lecteur le constatera, ce travail sur l'animation et les animateurs nous permet de ré insister sur la nécessité d'un travail de recherche plus conséquent sur ce champ qui évolue très vite et dont le malaise identitaire n'est probablement que le symptôme du déficit récurrent d'un travail théorique structurant et de l'absence d'une épistémè fondatrice en matière de formation et de conduite des politiques publiques dans ce secteur.

8 Depuis, dans un souci de recherche de cohérence, M.-G. Buffet a commandité une étude sur la place de l'animation dans l'intervention sociale qui devra s'attacher à traiter de la difficile question de la définition de l'animation.

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