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De
220 pages
Ecrire. Oui mais comment ? Ce livre apprend la maniere et le style ... en les pratiquant.On le conservera comme une bonne bouteille, après l'avoir lu d'un trait ! Car il nous délivre de l'angoisse de la page blanche et du silence du lecteur et vous redonne foi en vous-même et dans les autres : bibliothécaires, libraires, éducateurs en feront leur miel.
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Hugues Lethierry
Un ouvrage qui vous transportera dans l’écrit, vous aidera à
dépasser la fausse modestie pour publier, c’est-à-dire vous
livrer au regard de l’autre, à sa critique, positive ou non. Et, que
vous soyez ou non à compte d’auteur, vous apprendra à faire
connaître le livre une fois sorti des presses.
Vous disposez ici d’un certain nombre de « trucs » qui vous
donneront confiance en vous-même, vous fourniront des idées,
vous aideront à construire des projets. Pour écrire, publier, Écrire publier diffuserdiffuser avec, ou même parfois sans, éditeur. Autrement dit,
pour faire connaître des propositions et des positions, pour vous
mêler de ce qui vous regarde, pour « l’ouvrir » enfin dans le
vaste débat-combat contradictoire touchant le monde et la vie.
Rien d’académique dans cet ouvrage, aux nombreuses
illustrations, qu’on lit presque d’un trait une fois ouvert, mais
qu’on conserve précieusement comme une bonne bouteille.
Ce livre apprend la manière et le style en les pratiquant. Il vous
délivre de l’ennui et de l’angoisse de la page blanche, et du
silence des lecteurs. Il vous redonne foi en vous-même, en vos
capacités à gérer l’acte d’écrire, seul ou à plusieurs.
Il contient à cet effet de nombreux outils, immédiatement
utilisables.
Auteur ou coordinateur de plus de vingt ouvrages touchant l’éducation
et son histoire, la formation, la philosophie et la sociologie, Hugues
Lethierry a expérimenté les méthodes qu’il propose à son public.
C’est son expérience qu’il veut ici partager avec vous : il n’a rien du
vieux mandarin disputant son os aux barbares.Il anime des ateliers
d’écriture au Printemps des Poètes, dans des théâtres, universités
populaires, campings et mouvements pédagogiques…
La variété de ses registres, la multiplicité de ses passions font de
Hugues Lethierry une référence et de ce livre une ressource de choix
dans le domaine de l’écriture.
ISBN : 978-2-343-01414-2
22 €
Hugues Lethierry – Écrire publier diffuser











Écrire, publier, diffuser



Collection « Vivre et l’écrire »
dirigée par Pierre de Givenchy


Voir en fin d’ouvrage la liste des titres de la collection










Hugues Lethierry















Écrire, publier, diffuser





























































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01414-2
EAN : 9782343014142
Ouvrages écrits ou coordonnés par H. Lethierry
chez d’autres éditeurs ou dans d’autres collections
Adresse électronique : h.lethierry@voila.fr - Site : hugueslethierry.fr

Publications personnelles
• Penser avec Jankélévitch (préface de F. Schwab, postface de
F. Heidsieck), Chronique sociale, Lyon, 2012.
• Penser avec Henri Lefebvre (préface de R. Hess, avant-propos
d’A. Tosel), Chronique sociale, Lyon, 2009, 314 p.
• Les Apprentissages militants Mouriaux, avant-propos
de L. Weber), Chronique sociale, Lyon, 2008, 334 p.
• Des Conflits à l’école, Les rixes du métier, Chronique sociale, Lyon,
2005, 173 p.
• Écrire la correspondance (couverture de M. Butor), Chronique
sociale, Lyon, 2006, 203 p.
• (Se) former dans l’humour : mûrir de rire (préface de J. Houssaye),
e e e
Chronique sociale, Lyon, 1 éd. 1998, 2 éd. 2001, 3 éd. 2012, 185 p.
• Écrire pour rire : oui, mais comment ? (préface de M. Tozzi),
L’Harmattan, Paris, 2002, 150 p.
• Sauve qui peut les morales : management à l’école ? (préface de J.-
P. Obin), Aléas, 2001, 200 p.
• Éducation nouvelle, quelle histoire ! (préface d’A. Jacquard),
e eSubervie, 1 éd. 1986, 2 éd. Delval, Fribourg, 1987, 245 p.

Direction d’ouvrages
• Maintenant Henri Lefebvre (préface de M. Lowy), L’Harmattan,
2011.
• Sauve qui peut la ville – Études lefebvriennes (préface de
A. Merrifield), L’Harmattan, 2011.
• La Mort n’est pas au programme – L’éducateur et les questions
sensibles (préface de M. Conche), L’Harmattan, Paris, 2005, 277 p.
• Parler de la mort et de la vie – Un tabou dans l’éducation (préface
de F. Dagognet, avant-propos de B. Poucet), Nathan, 2004, 217 p.
• Potentialités de l’humour – Vers la géloformation (préface de
G. Mialaret), L’Harmattan, Paris, 2002, 135 p.
• Rire en toutes lettres (préface de P. Boumard), Septentrion, Lille,
2001, 185 p.
• Savoir(s) en rire, 3 tomes, De Boeck, Louvain, 1996 :
tome 1 : Un Gai savoir – Vérité et sévérité (préface de
Ph. Meirieu), 225 p.
tome 2 : L’Humour maître – Didactique et zygomatique (préface
d’A. Giordan, avant-propos de R. Escarpit), 260 p.
7 tome 3 : Rire à l’école – Expériences tout terrain (préface d’A. de
Peretti), 245 p.
• Feu les écoles normales (et les IUFM ?) (préface de F. Best),
L’Harmattan, Paris, 1994, 450 p.

À paraître : Diogène le chien (préface de J.-P. Jouary), Lefebvre et
Clouscard (avec A. Monville), Delga 2013.
• Direction d’ouvrage : Agir avec Jankélévitch (préface
d’A. Philonenko), Chronique sociale, Lyon, 2013.
• Direction d’ouvrage : Agir avec Henri Lefebvre (préface de
T. Paquot), Chronique sociale, Lyon, 2013

Remerciements

• En premier lieu le colloque du CALS (centre albigeois de
linguistique scientifique).
• Les entretiens J. Cartier du 22 novembre 2010 à la bibliothèque de
Lyon et du 23 novembre à l’ENSSIB.
• Les différents ateliers d’écriture auxquels j’ai participé dans les
mouvements pédagogiques et ailleurs.
e e
• Les librairies : Tramway (Lyon 3 ), Terre des livres (7 ) et à Paris :
e e
Point du jour (5 ), Tropiques (14 ).
• Le fonds Ricœur visité lors du colloque de décembre à la faculté de
théologie protestante de Paris.
• L’exposition sur Maspero du musée de l’imprimerie de Lyon (2009-
2010).
• Y. Donnars.
• Les UTA de Montélimar et Amiens.
• La bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon (atelier sur l’encre).
• Ainsi que, concernant certaines de mes interventions à l’étranger
- les RIDEF à Vienne en 1999, à Kyoto en 2000 (sur l’humour).
- l’université de Santiago en 2005 (le FLE).
- l’École des beaux-arts de Varsovie en 2009 (Henri Lefebvre).
- l’université populaire de Genève (et d’Annemasse) en 2010
(l’urbanisation du monde).

Dessin de Georges Million,
un ironiste célèbre : Jankélévitch.

8 Sommaire

Remerciements 8
Culture : ce qui reste quand on a tout vendu 11

Première partie. Écrire (La voie aux chapitres) 22
Le passéisme ne passera pas 25
Enlivrons-nous sans cesse 27
Bibliothèques 31
« Je n’ai rien à dire » 37
« Je n’ai pas le temps » 41
Les « incipit » 45
Pour punir des artifices (PPDA) 48
L’homme pressé 52
Mauvais genre ? Le pamphlet ! 55
S’atteler aux ateliers 60
Le renfort du tableau 66
Le photolangage 68
La souris et le crayon 70
Liseuse et tablette 74
« Ceci tuera cela ? » (On achève bien le papier) 76
Le préfacier 78
e La couverture. La « 4 » 80
Titre et sous-titre. Notes 82
Un plan ? 88
Personne « physique » ou « morale » ? 90
Bibliographie 92
Citations 96
L’orthographe ? La ponctuation ? 100
Le style. L’auteur 103
Dans les campings et ailleurs… 107

Deuxième partie. Publier 111
Chéri, j’ai rétréci les livres 115
Censure, autocensure 116
9Quelle histoire ! 120
Un prolongement pédagogique 124
« Autogestion » ou pas ? 127
Le cas de l’article 129
Le libraire 130
Les associations d’amis 134
Le choix de l’éditeur 135
Compte d’auteur et d’éditeur 139
Le contrat 141
Comment vivre ? 143
La commande 145
Pas de complexes ! 147
Wikipédia 150

Troisième partie. Diffuser 153
La souscription 157
Recensions, le « spécimen » 159
Les salons 163
Et le tourisme ? Les festivals 166
Le cas des colloques 168
Le deuxième livre 170
L’exemple du Maitron 172
Apprendre ? 173

Conclusion 177

Adresses diverses 186
Quelques revues 186
Les villages-livres 188
Petit schéma synthétique 191
Index principaux sigles de l’édition 192
Bibliographies 197
Festivals, expos, adresses diverses 208
10Culture : ce qui reste quand on a tout vendu


« Avant la découverte du papyrus et des roseaux, les
peuples très anciens écrivaient leur histoire sur les
murailles de leurs édifices. Les obélisques se constellaient
de hiéroglyphes mystérieux où les savants ont pu
découvrir les secrets de l’Antiquité […] Les bergers de
Virgile et de Florian gravaient des noms entrelacés sur
l’écorce des bouleaux. Le criminel qui passe en prison
éprouve lui aussi le besoin de dire son chagrin ou sa
haine ; le mur de sa cellule alors lui servira de tablettes et
il y gravera une pensée triste ou cruelle, cynique ou
haineuse. »
C. Laurent « Les habitués des prisons de Paris » cité
par Ph. Artières in D’Après Foucault, Points, 2012,
p. 336

« Tout le monde sait bien qu’avoir une idée c’est un
événement qui arrive rarement, c’est une espèce de fête
peu courante. »
G. Deleuze, Deux régimes de fous, p. 291

« Demandez-vous, à l’heure la plus silencieuse de votre
nuit : dois-je écrire ? Creusez en vous-même vers une
réponse profonde. »
R.-M. Rilke, Lettres à un jeune poète, Poche, 1989

« Ceux qui soufflent vides les bouteilles que d’autres
boiront pleines (…)
ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait (…)
ceux qui fabriquent dans les caves les stylos avec lesquels
d’autres écriront en plein air que tout va pour le mieux. »
Jacques Prévert, Tentative de description d’un dîner
de têtes à Paris-France
11 Il faut croire que les mots s’achètent puisqu’une
politicienne connue a « déposé » (en prétendant en
interdire l’usage sans son autorisation) l’expression
« université populaire ». Alors que l’expression, comme la
1réalité qu’elle désigne, date de plus d’un siècle !

Un célèbre neurologue suisse (le professeur
Bougausslausi) était bibliopathe. Il a réussi à subtiliser la
bagatelle de cinq cent mille euros (destinés à lutter contre
2la sclérose en plaque). Ses livres furent vendus
récemment aux enchères. La Guerre universelle
d’A. Kroutchenykh est parti à 292 000 €, La Chanson
complète de P. Eluard (avec des lithographies de M. Ernst)
à 144 000 €. La vente a rapporté au canton de Vaud
4,2 millions d’euros !
Le livre est aussi une marchandise, en tant qu’objet
efabriqué. Mais, comme le remarquait déjà Kant au XVIII
siècle, il est en même temps porteur d’un message
intellectuel.
D’où la tension qui peut exister entre ces deux aspects et
la nécessité de se donner une stratégie pour ne pas rester
dans l’« aliénation », c’est-à-dire la privation de ses
propres capacités créatrices.
Car un livre c’est aussi ce qui peut changer la vie d’un
homme. Ce fut le cas pour Kant, précisément, lorsque
pour la première fois de sa vie, il modifia le trajet de sa
promenade à Kœnigsberg afin de se procurer plus tôt le
texte de L’Émile de Rousseau.

1. Cf. notre ouvrage Apprentissages militants.
2. Il travaillait dans une clinique de Montreux qui vit défiler R.-M. Rilke,
Colette, Coco Chanel, L. Aragon, E. Triolet, P. Morand, Z. Fitzgerald,
M. Pagnol, V. Nabokov, I. Bergman, G. Simenon. M. Proust songea s’y faire
soigner avant de changer d’avis.
12 Vous voilà peut-être un jour vous aussi « grantécrivain »
3dont on racontera la « viéleuvre ».
Une collègue fut un jour très choquée car au lieu de dire :
« j’écris », je disais « je fais des bouquins ».
D’où l’idée de ce livre où l’auteur veut être un
« percolateur » qui extrait le meilleur de la substance
éditoriale.
Mais cette idée m’obséda au point que, téléphonant à une
amie, comme je ne faisais qu’en parler, à la fin de la
conversation elle conclut ainsi : « Embrasse ton livre de
ma part ».
Ainsi le livre sépare. Et en même temps il unifie puisque,
comme le dit G. Haddad : « Le sentiment d’identité,
d’appartenance à un groupe donné, sans lequel on ne
trouve sa place nulle part, et en particulier dans la grande
affaire de la reproduction de l’espèce, découle de
l’incorporation du Livre fondateur du groupe donné. Cette
théorie, je l’ai consignée dans mon essai Manger le
4Livre » .
Mais, me direz-vous alors, pourquoi Bouddha, Socrate ou
Jésus (sauf une fois sur le sable) n’ont-ils jamais écrit ? Le
second s’en est expliqué en disant que l’écrit était mort.
Vous, vous écrivez !

3. Comme dit B. Lahire dans Franz Kafka, Éléments pour une théorie de la
création littéraire (La Découverte, 2010).
4. Le Monde, 20-12-2009. Manger le livre, Grasset, 1984. Selon l’auteur,
« L’alcool est un substitut du Livre parce qu’il brûle la bouche comme du feu.
Or l’analyse structurale de certains passages bibliques, ceux qui rapportent les
visions d’Isaïe, d’Ézéchiel et l’Apocalypse de Jean, m’a montré que le feu est
l’équivalent du Livre, du symbolique ». Ainsi l’alcoolisme serait lié « à la
débâcle du signifiant paternel dans notre société, débâcle de la pa(ma)ternité,
débâcle du symbolique et du Livre ». Le Monde, ibidem.
13Ce qu’il faut :
Un bon ordinateur à traitement de texte.
Un annuaire d’éditeurs.
Une photocopieuse disponible pas loin de chez vous.
Un carnet pour les brouillons.
Une poche pour les documents.
Une poste.
Un facteur ou une factrice à qui vous confier si vous
n’obtenez pas de réponses afin de ne pas vous
décourager !
Un synthétiseur en guise de cerveau, un capteur pour le
nez, un enregistreur oreille.

Êtes-vous sûr que vous écrivez seulement pour vous ?
N’avez-vous pas l’idée que, plus tard, quelqu’un de votre
famille lira votre journal intime.
Vous préférez lire votre texte à un petit groupe d’amis ?
Mais dans ce cas vous risquez de tourner en rond, car pour
ne pas vous décevoir ils se diront satisfaits. Ils vous
connaissent et vous comprennent à demi-mot. À la limite
alors, pourquoi écrire ?
Tôt ou tard donc il vient à l’esprit – dans un atelier
d’écriture par exemple – de photocopier puis de vendre
pour se rembourser, puis pourquoi pas de publier ce qu’on
a écrit. L’idée de publier (puis de diffuser, avec l’éditeur)
stimule la création, la finalise en quelque sorte, l’oriente
en tout cas dans une certaine direction.
D’où le but de ce livre qui n’est pas seulement
d’apprendre à écrire : d’autres ouvrages existent en effet à
ce sujet.
Il est d’aider à trouver, si possible, un éditeur qui fasse
connaître votre ou vos ouvrages, donc vous apporte un
retour, vous aide à vous rembourser de vos frais et valorise
votre travail.
14À la différence d’autres ouvrages dont nous faisons figurer
la liste dans la bibliographie, nous allons ici à l’essentiel,
nous n’entrons ni dans les problèmes juridiques relatifs à
l’édition ni dans les questions techniques qui concernent
par exemple
– la correspondance
– la nouvelle
– le roman policier, etc.
Après avoir rapidement évoqué l’importance de l’acte de
lire, nous passons dans cette première partie à l’acte
d’écrire, dans une deuxième à celui de publier, dans une
dernière enfin à la diffusion.
« Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice. » Hugo fait dire
cela à Claude Frollo, l’archidiacre de Notre-Dame de
Paris. Peut-on en dire autant d’internet aujourd’hui par
rapport au livre ? À la fin du Nom de la Rose d’U. Eco, la
bibliothèque ne finit-elle pas par brûler ?
Ce n’est pas une raison pour bâcler un livre. Dans
littérature, il y a rature. Et rien n’est plus intéressant que
d’étudier les brouillons des auteurs. Il y a dix ans la BNF
avait d’ailleurs produit une intéressante exposition à ce
sujet.
Il nous faut terminer par quelques mots sur l’économie de
l’édition : dans un souci de rentabilité, la rotation des
livres est beaucoup plus rapide (retour au bout d’un mois
et demi), la concentration plus grande que jamais.
La centralisation de l’édition actuelle est dissimulée par le
fait que les éditeurs gardent leur nom. On croit donc à une
diversité qui cache l’homogénéisation de l’ « éditocratie »,
sorte de consortium incluant les liens entre télé et livre
d’une part (Virgin), livre et presse d’autre part (Le
Monde 2, Hachette), édition et librairie enfin (Hachette
possède Le Furet).
15 Hachette Livre (Grasset, Fayard, Stock, Larousse) a signé
un contrat avec Google Editions, pour 2011, fixant les
conditions de la numérisation des livres en langue
française épuisés (de 40 à 50 000) et désormais
« googlisés ». Après Apple, Samsung, Toshiba, bientôt
Archos. Puis Blackberry, Acer, LG, Motorola, Asus,
Msi…
La diffusion est au poste de commande de la production !
Ce que Bourdieu appelait « une révolution conservatrice
5de l’édition ».
C’est justement pour ces raisons qu’il faut s’organiser afin
de sauvegarder un minimum de liberté de penser, grâce à
une édition indépendante.
La numérisation en cours des livres sur papier, la
prolifération des nouveaux supports (tablettes d’encre
électroniques ou nouveaux écrans), le carton de l’iPhone
comme support multimédia, et d’autres innovations à
découvrir au salon du livre de Paris en mars, contraignent
les éditeurs français à se préparer d’urgence. Car
aujourd’hui, le numérique représente juste 1 % de leur
chiffre d’affaires.
Et « préparer chaque livre minutieusement, avec de
perpétuels regroupements de forces, comme une offensive,
le supporter comme une fatigue, l’accepter comme une
règle, le construire comme une église, le suivre comme un
régime, le vaincre comme un obstacle, le conquérir
comme une amitié, le suralimenter comme un enfant, le
6créer comme un monde ».

5. Actes de recherche, n° 126-127, mars 1999. Lire Diderot « Lettre sur le
commerce de la librairie » (in Œuvres, t. 3, chez Bouquins).
6. Page de Proust citée par P. Djian.
16Marché de l’édition ou République des lettres


Aux Pays-Bas, en Angleterre, la librairie disparaît.
Demain en France ? Et ce, d’autant plus que les difficultés
s’accumulent pour les petits et moyens éditeurs comme
pour les libraires.
En effet « les grands groupes d’édition sont liés, par leurs
actionnaires et par leurs prises de participation, à la
plupart des grands médias écrits et audio-visuels. Ce sont
donc les mêmes qui éditent, qui commentent et qui
vendent. Sans oublier le phénomène qui n’est pas
nouveau, mais qui s’aggrave du fait des concentrations
éditoriales, des inévitables “renvois d’ascenseur” par
lequel bon nombre d’auteurs et de journalistes sont liés à
7des éditeurs … ».
La concentration de l’édition fait que le groupe Hachette
possède notamment Grasset, Lattès, Calmann-Lévy,
Stock, Fayard, Hatier, Dalloz, Armand Colin, Larousse,
1001 Nuits, Pauvert, Mazarine, Hazan, Marabout, les
guides bleus, Didier, LGF, le livre de poche, etc.
« Hachette livre a réalisé à lui seul, sur l’ensemble de son
marché, 1 milliard 431 millions d’euros !
Ce groupe ultra-dominant en France a sensiblement accru
sa présence à l’étranger, avec des filiales en Grande-
Bretagne, en Espagne, en Argentine, en Italie, en
Pologne… En 2004, Hachette a ainsi racheté le groupe
8britannique Hodder Headline […] », sans parler de
Numilog (service des livres numériques).
Quant à Editis (racheté par Planeta en 2008) « il contrôle
Les Presses, Solar, Belfond, Omnibus, le Pré aux Clercs,

7. Pour l’édition indépendante, L’autre livre, 2007, p. 60 sq.
8. Ibidem.
17 Pocket, 10/18, Fleuve Noir, Plon, Perrin, Orban, Robert
Laffont, Fixot, Julliard, Seghers, NiL, La Découverte, Les
Presses de la Renaissance, Nathan, Le Robert, Rouge et
Or, Bordas, Retz, Clé International, et tout récemment
encore Le Cherche midi…
À quoi il faut ajouter sa structure de distribution :
Interforum.
Editis appartient, comme chacun sait, au groupe la
Financière De Wendel que dirige le baron Sellière,
9l’ancien président du MEDEF » .
Hachette, Editis, mais aussi Seuil/La Martinière qui
contrôle L’Olivier, la Baleine, les Empêcheurs de penser
en rond, et a des parts dans Taillandier, Métailié, Esprit…
Et Gallimard qui, outre Denoël ou Le Mercure de France,
contrôle aussi POL, la Table Ronde, Quai Voltaire, Joëlle
Losfeld.
Citons aussi « Flammarion, qui a été racheté par le groupe
italien Rizzoli (c’est-à-dire le groupe de presse du
Corriere della Sera) contrôle en direct plusieurs marques
(Flammarion, Aubier, Casterman, J’ai lu, Librio) et a de
fortes participations dans les PUF et dans Actes Sud qui,
de son côté, a repris en 2005, Les Éditions du Rouergue).
Albin Michel (Magnard, Millepage, Circonflexe, et le
10distributeur Dilisco) de son côté est lié à Canal Plus ».
D’après une enquête de la SCAM, 25 % des auteurs de
multimédia ne seraient pas mis au courant par leur éditeur
dans le cas d’une exploitation de leur œuvre à l’étranger,
28 % ne seraient pas avertis non plus de la mise au pilon !
Les éditeurs faisaient naguère une « péréquation »
permettant de compenser par un best-seller un livre

9. Ibidem.
10. Coll., Pour l’édition indépendante, L’Autre Livre, op. cit., p. 19.
18 intéressant mais peu rentable. Aujourd’hui, de « petits
hommes gris » établissent un « compte d’exploitation
prévisionnel » éliminant tout livre qui n’entre pas dans
11l’air du temps !
12Hegel avait pourtant montré que l’esprit n’est plus
« chez lui » quand l’économie prétend régenter la
connaissance. Car la destination marchande suppose la
mesure. Afin que « la Terre s’éjecte de ses parenthèses
13illettrées ».
Un exemple (Libération, 30 mars 2010) :

Le combat pour survivre implique une organisation, une
foi dans son métier.

11. D’après M. Prosper, Édition, l’envers du deçà, Lignes, 2010.
12. Principes de la philosophie du droit, Idées, 1960 et 1968.
13 R. Char, Plein ciel.
19 C’est à quoi veut contribuer ce livre, pour sa petite part.
Faut-il attendre, comme l’inévitable roulette du dentiste, la
poursuite du processus mortifère ? Nos pensées ne sont
pas des catins, offertes au plus offrant des grands groupes
financiers.
Même si l’écrivain est peut-être, comme le disait
M. Merleau-Ponty, un « professionnel de l’insécurité ».
14Dans le film de C. Laponchanski , un livre est jugé à sa
capacité combustible (et donc particulièrement « cotées »
les couvertures en carton !).
En ira-t-il ainsi demain ?
En 2011, le projet de transfert de l’actuel Salon du livre de
Paris (porte de Versailles), au Grand Palais ou ailleurs,
pourrait porter un nouveau coup, si l’on n’y prend garde, à
la bibliodiversité.
À suivre… Car « nos cultures sont nos futurs ». C’est
patent, c’est épatant.
Dès lors : courroux contre les gourous et contre ceux qui
voudraient museler nos cris.
« À ce jeu-là finis les grands espaces d’un littoral sans fin,
les nuits vives, finis les embruns lunatiques, les rires, les
bains de minuit, les amours floues, les trouvailles fortuites,
les cormorans et les coquilles. […] Chaque plage sera
nominale et privée. En deçà d’un certain tirage, l’éditeur
n’aura plus qu’à se rhabiller. Interdit de poser sa serviette
15sur mon sable . »
Mais il ne servirait à rien de pleurer sans larmes sur les
neiges d’antan, les « tendrons de potache » à l’école de
Jules Ferry, les bons moines de nos boîtes de camembert

14. Les Lettres d’un homme mort, 1986.
15. P. Cloux, Mon Libraire, sa vie, son œuvre, op. cit., p. 70.
20 qui, autrefois, recopiaient patiemment les manuscrits avant
l’invention diabolique de l’imprimerie.
À l’heure où pour résister à Amazon, Apple et Google,
Bertelsmann et Pearson (groupes européens) fusionnent
eleurs maisons Random House et Penguin au 2 semestre
2013.
« Penguin est l’éditeur des grands classiques, Jane Austen,
Charles Dickens, George Orwell, ou d’auteurs
contemporains comme Jack Kerouac ou David Lodge.
Rachetée en 1970 par Pearson, cette maison a dégagé un
chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros en 2011.
De son côté, Random House est une maison dont le siège
est basé à New York. Elle est notamment l’éditeur de J.-K.
Rowling (Harry Potter), Dan Brown (Da Vinci Code) ou
encore plus récemment de E.-L. James qui a rédigé le
best-seller érotique planétaire Cinquante Nuances de gris.
En six mois, ce succès a fait bondir de 52 % les bénéfices,
à 279 millions d’euros. Random House vend cinq cents
millions de livres par an et pèse 1,7 milliard d’euros de
16chiffre d’affaires . »


16. Le Monde, 31-10-2012.
21