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Education familiale

De
296 pages
L'éducation familiale comprend l'ensemble des interventions sociales mises en oeuvre pour dépanner, soutenir, aider, voire suppléer les parents dans leurs tâches éducatives auprès de leurs enfants.
Cet ouvrage est la réédition d'une tentative de synthèse d'un domaine émergent dans notre pays, publiée pour la première fois en 1995.
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,

Education familiale

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr «;:J L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00824-0 EAN : 9782296008243

Paul Durning

,

Education

familiale

Acteurs, processus et enjeux

L'Harmattan
5-7, me de J'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan

Hongrie

Espace Fac..des

L'Harmattan Sc. Sociales, BP243,

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Kinshasa PoL et Adm. ,

KIN XI - RDC

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

Université

de Kinshasa

Du même auteur:
Éducation et suppléance familiale, Paris, CTNERHI (diff. PUF), 1985 (épuisé). Collectif, Éducation familiale. Panorama des recherches internationales, Paris, Matrice, 1988. Collectif, codirigé avec R.E. Tremblay, Relations entre enfants. Recherches et interventions éducatives, Paris, Fleurus, 1988. En collaboration avec Gérald Boutin, Les interventions auprès des parents. Innovations en protection de l'enfance et en éducation spécialisée, Paris, Dunod, 1994, réédité en 1999. En collaboration avec Marceline Gabel (dir.), Évaluation(s) des maltraitances : rigueur et prudence, Paris, Fleurus, 2002.

SOMMAIRE Introduction 9
-

Première partie

Origines et méthodes
23 55

Chapitre 1- L'émergence d'un objet de recherche: l'activité parentale d'éducation ........................................... Chapitre 2 - Questions de méthodes: à phénomènes complexes, approches multiples.................

Deuxième partie - Les processus éducatifs intrafamiliaux Chapitre3 - Genèsehistorique et psychosociologique de la parentalité Chapitre4 - Élaborationd'un modèle interactif..
Troisième partie - Les dysfonctionnements l'activité parentale Chapitre 5 - Parents en difficulté et troubles du développement.. Chapitre 6 - Enfance maltraitée et éducation familiale de

89 109

139 161

Quatrième partie - Parents et professionnels: un partenariat difficile Chapitre 7 - Enseignants et parents d'élèves: une coopération difficile mais nécessaire Chapitre 8 - Formation et intervention en direction des parents Chapitre 9 - La suppléance des « familles défaillantes» Conclusion Références bibliographiques

187 203 225 247 253

Savoir et Formation Collection dirigée par Jacky Beillerot (1939-2004) et Michel Gault, Dominique Fablet
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs.

Déjà parus Catherine SELLENET, Le parrainage de proximité pour enfants,2006. Catherine SELLENET, Les assistantes maternelles, 2006. Maria do Carma GREGORIO, L'enseignement de la lecture et de l'écriture au Portugal (1850-1974), 2006. H. DESMET et J.-P. POURTOIS (dir.), La bientraitance en situation difficile, 2006. Christiane MONTAND ON, Claudine PEYROTTE, Des Travaux Personnels Encadrés, 2006. Alain JAILLET, Manuels scolaires et films pédagogiques, 2006. Catherine YELNIK, Face au groupe-classe, 2006. Jacques FIARD, Emmanuèle AURlAC, L'erreur à l'école, petite didactique de l'erreur scolaire, 2006. Biljana STEVANOVIC, La mixité dans les écoles d'ingénieurs, le cas de l'ex-Ecole Polytechnique Féminine, 2006. Valérie COHEN et Cédric FRÉTIGNÉ, La formation en entreprise. Étude de cas, 2005. Denis LAFORGUE, La ségrégation scolaire, 2005. Louis BISSON, Au risque de vieillir..., 2005. Dominique FABLET, Suppléance familiale et interventions socio-éducatives, 2005. Monique HORNER ULLRICH, La famille et ses boucs émissaires,2005.

Avant-propos
L'ouvrage réédité en 2006, grâce à l'insistance et un important travail de Dominique Fablet, est issu d'une note de soutenance de Thèse d'état (1991) publiée, après réécriture, en 1995 aux Presses Universitaires de France. L'éducation familiale a retenu l'attention des chercheurs dans les pays anglo-saxons au milieu des années 1970, en France environ dix ans après. L'objectif de cet ouvrage était d'éclairer l'émergence, de dresser les contours et d'interroger les fondements de ce nouvel objet d'investigations, à partir d'un regard critique sur les principales recherches françaises et étrangères. Aujourd 'hui, l'éducation familiale constitue un domaine important et fécond de la recherche en éducation et les interventions auprès des parents apparaissent comme un enjeu scientifique et politique important. Des notions alors inconnues du grand public français, comme la résilience, la suppléance familiale ou la co-éducation ont fait depuis florès, quitte à avoir perdu de leur précision. Ce développement très rapide a été associé à une volonté politique évidente de prendre en compte ces travaux dans des perspectives de protection de l'enfant, mais aussi de prévention de la délinquance. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, l'institutionnalisation des aides aux parents est fort ancienne, la nouveauté réside dans le développement de financements d'études, d'expérimentations et de recherches centrées sur les pratiques parentales ou les interventions en direction des parents. Les créations successives de la Délégation interministérielle à la famille (1998), de l'Observatoire de la délinquance, puis, en 2004, de l'Observatoire national de l'enfance en danger, dont la mission est de« mieux connaître pour mieux traiter », confirment la détermination des responsables à lier les politiques en direction de l'enfance et de la famille à la recherche en éducation familiale. Au cours des dix dernières années, chaque thématique explorée dans un chapitre de ce volume a donné lieu à de

nombreux travaux en France comme à l'étranger, en Sciences de l'éducation, mais aussi en Psychologie, Sociologie, Anthropologie etc. Si une présentation d'ensemble était possible au milieu des années 1990, aujourd'hui, chacun des domaines appellerait à lui seul un ouvrage pour en synthétiser les acquis, les questions en débats et les enjeux épistémologiques et politiques. La réédition de cette première synthèsel devrait ainsi permettre d'appréhender et d'évaluer le chemin parcouru et l'ampleur de celui qui reste à parcourir. Mars 2006

1 Ne figurent pas dans cette réédition: deux tableaux devenus obsolètes et l'index des noms propres.

INTRODUCTION

Enjeux et réticences Offre d'emploi: On recherche couple pour procréer et élever un enfant. Aucune expérience requise. Les candidats doivent être disponibles 24 heures par jour, 7 jours par semaine et offrir la nourriture, les vêtements et la surveillance. Aucune formation proposée. Aucun salaire. Les candidats devront débourser environ 70 000 F au cours des dix-huit années à venir. Les candidatures accidentelles sont acceptées. Les personnes seules peuvent postuler mais doivent s'attendre à deux fois plus de travail. Tous devront subir les critiques véhémentes de leur parenté, de l'entourage et surtout des nombreux professionnels de l'éducation (enseignants, travailleurs sociaux, psychologues); beaucoup seront confrontés à celles de leurs enfants eux-mêmes2.

Depuis toujours, les adultes apprennent aux enfants à se nourrir, se défendre, se bien comporter avec leurs semblables, honorer leurs divinités... Ces pratiques, essentielles à la survie des groupes humains, se retrouvent dans toutes les cultures, voire en dehors de l'espèce humaine. Dès l'Antiquité, les philosophes ont pris pour objet de réflexion l'éducation familiale ou domestique qui se voit confier tout ou partie de la mission de préparer des citoyens susceptibles de fonder un système politique nouveau. Plus tard, les prêtres, les médecins, suivis des enseignants et des travailleurs sociaux multiplièrent les prescriptions, le plus souvent à l'endroit des mères, avant que celles-ci soient
2Exergue proposé par R.A. Polster et R.F. Dangel, à leur ouvrage Parental Training, Fondations of Research and Practice, New York, Guilford Press, 1984, traduit et largement complété par nos soins. 9

submergées par les psychologues et les psychothérapeutes. L'étude des processus éducatifs au sein de la famille est, cependant, extrêmement récente. Alors que depuis plus d'un siècle, le développement des recherches en Sciences de l'éducation a accompagné celui de l'institution scolaire, l'éducation familiale, plus ancienne, participant d'une réalité quotidienne supposée banale ne fait que depuis peu l'objet de l'intérêt des chercheurs. Les recherches centrées sur l'activité éducative des parents se sont en effet multipliées aux États-Unis depuis les années 1970, et depuis le milieu des années 1980 dans les pays latins. Les publications récentes sont nombreuses; elles sont le fait de chercheurs en sciences de l'éducation, en psychologie, en sociologie, mais aussi d'historiens, d'ethnologues et de juristes, de sorte qu'aujourd'hui se constitue un véritable champ de recherches sur l'éducation familiale des enfants. L'objectif de cet ouvrage est d'éclairer l'émergence, de dresser les contours et d'interroger les fondements de ce nouveau champ d'investigations, à partir d'un regard critique sur les principales recherches françaises et étrangères. Des questions éducatives et sociales urgentes Depuis une vingtaine d'années, il est apparu de plus en plus clairement que la prévention de nombreuses questions sociales, telles que l'échec scolaire massif des enfants de milieux défavorisés, l'inadaptation psychologique de nombreux enfants et adolescents ou encore la délinquance juvénile appelait une réorientation de l'action sociale en direction des familles.

La prévention de l'échec scolaire
Dès la fin de la seconde guerre mondiale, l'objectif d'une démocratisation sociale par une formation de tous les jeunes fut assigné au système scolaire de l'ensemble des pays occidentaux. Dans un premier temps, le développement général de la scolarisation ne permit pas de repérer que l'école 10

ne parvenait pas à remplir cet objectif. L'échec ne devint manifeste qu'à partir des études de Coleman, au début des années 1960, aux États-Unis, et des recherches françaises menées par Bourdieu et Passeron, une dizaine d'années plus tard. Ces travaux mirent en évidence que malgré un développement incontestable de la scolarité, le niveau de sortie du système scolaire restait très fortement lié au statut professionnel des parents des élèves. Au milieu des années 1960 aux États-Unis, les programmes dits «de compensation» ont expérimenté des interventions auprès des parents en vue de diminuer l'échec scolaire massif des enfants, souvent «de couleur », des quartiers défavorisés. Plus récemment, la liaison entre la lutte contre l'échec scolaire et la formation des parents caractérise le vaste programme Une éducation pour l'Amérique en l'an 20003 dont la première des six finalités annonce: « À partir de l'an 2000, tous les enfants américains commenceront leur scolarité, prêts à apprendre (ready ta learn) ». « Objectif 1: Tous les enfants désavantagés et handicapés pourront bénéficier d'une scolarité préélémentaire de qualité adaptée pour préparer les enfants à l'école. Objectif 2: Chaque parent américain sera le premier enseignant de son enfant et consacrera du temps, chaque jour, à son apprentissage préscolaire,. les parents recevront la formation et l'assistance nécessaires. (..) Tous les foyers aux États-Unis doivent être des lieux d'apprentissage. Les parents doivent jouer un rôle actif dans les apprentissages précoces de leur enfant en particulier en effectuant des activités quotidiennes de lecture. Les familles doivent avoir accès à l'aide et la formation requises pour remplir cette tâche, ceci
3 AMERICA 2000, An Education Strategy, plan pour l'an 2000 promulgué par le président républicain, Georges Bush, le 18 avril 1991. Rappelons que le président démocrate, Bill Clinton, a fortement insisté au cours de sa campagne électorale sur le fait qu'il relancerait les programmes « de compensation », dont les financements avaient été largement diminués par ses prédécesseurs républicains. 11

tout particulièrement en ce qui concerne les parents pauvres ou de faible éducation. » Si l'effet d'annonce de telles déclarations ne doit pas être sous-estimé - et si l'on doit s'interroger sur l'opportunité de transformer tout parent en enseignant, comme l'annonçait J. Beillerot en 1982 dans son ouvrage La société pédagogique - il n'en reste pas moins que la résolution des difficultés rencontrées par le système scolaire est ainsi recherchée par une action auprès des parents. En France, les analyses sociologiques produites au cours des années 1970 considèrent l'échec scolaire des enfants de milieux sociaux défavorisés comme devant être surmonté par une réforme du système d'enseignement. Progressivement, cependant, les chercheurs se sont centré sur les compétences de l'enfant avant son arrivée à l'école et se sont intéressés aux modalités de coordination entre éducation familiale et scolaire, mais aussi entre les différentes institutions éducatives: crèches, écoles maternelles, etc.4 Depuis 19825, la mise en place des « zones d'éducation prioritaire» traduit une prise en compte, timide, de la nécessaire coopération d'agents extérieurs à l'école dans la lutte contre l'échec scolaire.

De l'établissement spécialisé à l'intervention à domicile
Après la seconde guerre mondiale, les sociétés occidentales se sont préoccupées de venir en aide aux enfants et aux adolescents handicapés, inadaptés et délinquants. La stratégie adoptée était de multiplier les établissements spécialisés. L'éducation en institution des enfants orphelins ou cas sociaux précéda les progrès de la médecine notamment
4 Depuis le 1er septembre 1993, parmi beaucoup d'autres, est apparue la revue Profèssion Parent qui privilégie délibérément le rôle du parent en tant que responsable des choix et du suivi scolaire de ses enfants et se propose de l'aider dans ces tâches difficiles. 5 L'OCDE prend acte, en 1981, de l'échec de l'objectif de promotion sociale par l'école fixé aux institutions scolaires dans l'ensemble des pays occidentaux après la deuxième guerre mondiale. Le rôle éducatif de la famille, rapport de clarification (document OCDE, CERI-CD (8112). 12

périnatale. Quelques années plus tard, la prise en charge des jeunes enfants handicapés dans des structures spécialisées, par des personnels formés à cet effet, a paru un progrès social incontestable. Le développement d'institutions thérapeutiques caractérise les sociétés nord-américaines et nord-européennes, du début des années 1950 au milieu des années 1970. Progressivement, cependant, les difficultés de réintégration dans le monde ordinaire des jeunes élevés en institution conduisirent à remettre en cause, avec des modalités différentes selon les pays, cette stratégie professionnelle et institutionnelle. La volonté publique, fortement affirmée, de diminuer les placements d'enfants en dehors de leur famille, du fait du handicap de l'enfant ou de l'inadaptation familiale, suppose la maîtrise de capacités sociales d'action auprès des familles pour les aider dans leurs tâches éducatives. Dans le même temps, la politique visant à préserver les jeunes en danger de délinquance de l'influence d'un milieu familial pathogène par un placement en centre de rééducation fut interrogée simultanément pour son coût social, son efficacité et sa légitimité. L'inefficacité des mesures de traitement des jeunes en difficulté amena les spécialistes d'approches très différentes à préconiser une intervention en milieu naturel de plus en plus précoce6. Au cours des deux dernières décennies, la lutte contre l'échec scolaire, le traitement de nombreuses inadaptations (troubles psychopathologiques, toxicomanie, maternité précoce, délinquance juvénile...) ont conduit à réorienter l'action sociale et à développer des recherches et des interventions dans le champ de l'éducation familiale. Préparer et soutenir les apprentissages scolaires, éviter les placements en aidant les parents isolés ou dont un enfant est handicapé ou

6 Ainsi dans le champ de l'enfance maltraitée, le diagnostic et le traitement des situations de violences, de sévices sexuels et de négligence intrafamiliale requièrent une capacité d'analyse et d'intervention au sein des groupes familiaux (Cf. chapitre 6). 13

en difficulté supposaient une réorientation des actions menées par les professionnels. L'intervention d'aide aux familles, l'accueil extrafamilial, l'éducation en institution et surtout une transformation des relations parents-professionnels appelaient à repenser la formation des professionnels voire celle des parents eux-mêmes. Au-delà d'interventions en direction des parents en difficulté, la formation des parents a été préconisée, et parfois mise en œuvre. Élever des enfants supposant de mobiliser des compétences nombreuses pour la prise en charge d'un nourrisson, pour maîtriser des questions de santé de l'enfant ou encore pour gérer sa scolarité, pourquoi ne pas préparer les jeunes à leurs futures responsabilités parentales? Comme nous le verrons au long de ces pages, les craintes d'un modelage d'une activité aussi fortement investie expliquent probablement de nombreuses réserves face au développement de l'éducation familiale.

Les réticences face à l'éducation familiale
Dans un inventaire international des recherches en éducation familiale publié en 1988, J.-P. Pourtois et H. Desmet ne relèvent que quelques titres français alors que, dans le même ouvrage, J. Dumas, analysant la littérature nord-américaine, rend compte de plusieurs centaines de recherches récentes. Des raisons politiques, idéologiques et économiques mais aussi d'ordre scientifique, nous paraissent expliquer le caractère tardif des travaux de recherche français en éducation familiale, malgré - fait remarquable - une demande et une pratique sociale en fort développement. Audelà des difficultés liées à l'apparente banalité de ce processus, et surtout au caractère intime, et donc peu accessible à la recherche, du familial et du domestique7, certains freins idéologiques ne doivent pas être sous-estimés.
7 Les recherches sur la vie quotidienne, domestique, l'intimité conjugale, etc. constituent un champ lui aussi en développement au cours des dernières années, en ethnologie mais aussi en histoire et en sociologie. 14

Le terme même d'éducation familiale (ancien, il était utilisé dès le XIXe siècle8) est fortement marqué par son utilisation dans la politique familialiste de l'État français (1940-1944). Il apparaît en quelque sorte comme un nouvel « héritage de Vichy» (Chauvière, 1980) et le poids de l'histoire est tel qu'on peut se demander si toute approche empirique de la famille, en particulier dans ses dimensions éducatives, n'a pas à prendre garde d'être identifiée comme réactionnaire, alors qu'au contraire les études de la fonction éducative de l'école ont été, depuis la seconde guerre mondiale, nombreuses et valorisées. Tout se passe comme si l'affrontement français traditionnel entre famille et école devait se répéter entre chercheurs à propos des études sur ces objets... Le thème de la famille constitue une composante tout à fait importante et ancienne du discours politique, les oppositions qui traversent les partis politiques traditionnels9 se sont surtout développées à partir de la Révolution française, en particulier entre les militants de l'école publique et les familles longtemps sous la coupe du clergé1o. Des
8 Voir chapitre 1. 9 Cette perspective doit être complétée en repérant a contrario que certaines questions familiales ont le très rare privilège de faire l'unanimité des responsables politiques et des médias. Ainsi deux analyses successives de l'ensemble de la presse française concernant les politiques mises en œuvre par les ministères de la famille dans le cadre de l'enfance maltraitée sous trois majorités politiques différentes, ont montré que toute la presse sans exception avalisait l'action de l'État en la matière (V. Freund, A. Markowitz) ; de même on rappellera que la loi sur l'enfance maltraitée de 1989 est la seule loi importante de cette période ayant été votée à l'unanimité. 10 « (oo.)les évêques le savent bien: celui qui tient la femme, celui-là tient tout, d'abord parce qu'il tient l'enfant, ensuite parce qu'il tient le mari, non pas peut-être le mari jeune, emporté par l'orgie des passions, mais le mari fatigué ou déçu par la vie ». Jules Ferry, « Discours sur l'égalité d'éducation », 10 avril 1870. Cité par L. Legrand et A. Prost (1968, p. 269). La thématique d'une école publique « libératrice» luttant contre un milieu familial aliénant et réactionnaire reste d'actualité. Dans une analyse de « l'éducation domestique» de Rousseau, F. Imbert identifie strictement l'éducation domestique à une situation de relation maître-élève sans tiers, et 15

auteurs comme De Maistre et De Bonald ont, au XIXe siècle, invoqué la famille comme un rempart contre la démocratie, avant que d'autres la considèrent comme un rempart contre une intervention excessive des appareils d'État (Donzelot, 1977). La multiplication des lieux d'éducation (famille, crèche, école, etc.) mais aussi la remise en cause des structures familiales par les structures totalitaires (nazies, chinoises ou khmers rouges) conduisent, aujourd'hui, à repenser les termes de cette opposition. La répartition des responsabilités éducatives entre la sphère domestique et les institutions relevant de l'État a toujours été en quelque façon problématique. Cette question rejoint celle de la «subsidiarité ». Quelle doit être l'implication respective de l'État, de la communauté, du groupe familial et des individus? À qui «appartient» l'enfant? La spécificité de la situation française serait peutêtre à rechercher du côté d'une opposition ancienne entre parents et fonctionnaires de la République... Tous les États occidentaux se sont donné un droit d'ingérence au sein des familles, notamment par les législations sur le travail des enfants et l'école obligatoire puis sur la protection sociale des enfants maltraités. Cette ingérence a suscité une inquiétude forte et ancienne vis-à-vis des actions contraignantes en direction de l'activité familiale. Le concept de normalisation est particulièrement significatif à cet égard puisque, dans la littérature anglo-saxonne, ce terme, proposé par le chercheur suédois B. Nirje, s'oppose à la ségrégation dans des institutions spécialisées et privilégie le maintien des sujets handicapés ou en difficulté dans le milieu ordinaire ou normal de vie. En France, ce terme est particulièrement connoté par son usage politique. La « normalisation» mise en œuvre par le pouvoir soviétique en Tchécoslovaquie en 1968 est

s'appuyant ensuite sur une lecture de Lacan et des analystes institutionnels (F. Oury), il identifie, sans rire, le système scolaire à ce tiers salvateur... « Cette éducation est tout sauf domestique, si on entend par cette qualification l'enfermement dans un couple éducatif» (p. 20). 16

entendue comme une uniformisation forcée et mutilante, ce mot évoque la crainte d'une pression normative imposant à tous les comportements de la classe ou du groupe ethnique dominant Il. La perspective d'une formation des parents suscite ainsi des résistances tout à fait légitimes: de nombreux auteurs dénoncent l'idéalisation du foyer familial évoqué comme un havre idyllique ne correspondant guère aux souvenirs de la plupart des adultes (Lenoir 1985, 1991) et soulignent le risque de scolariser la vie familiale et de surstimuler les enfants. Certains auteurs préconisent des actions en direction des parents en grande difficulté, soit du fait de leur jeune âge, en raison d'un handicap ou encore parce qu'ils sont confrontés à une situation particulière (adoption, naissance d'un enfant handicapé, etc.) mais ils redoutent dans le même temps la généralisation des interventions sociales en direction des familles «ordinaires». Une raison plus générale de méfiance vis-à-vis de ce champ pourrait être, paradoxalement, la très grande proximité des problématiques de l'éducation familiale avec des préoccupations et des besoins sociaux pressants, proximité qui incite le chercheur à une prudence compréhensible face aux risques réels de récupération. Une réticence forte concerne les enjeux, économiques liés à la prime éducation: le maintien des femmes à la maison au moyen d'un « salaire maternel» constitue ainsi un thème ancien mais récurrent en période de chômage, l'appel à une plus grande responsabilité des familles pouvant permettre de faire des économies en désengageant l'État ou les collectivités territoriales. Cependant, il apparaît ainsi que l'éducation des jeunes enfants constitue un champ de professionnalisation important; le choix de multiplier les assistantes maternelles plutôt que les crèches ou les placements familiaux, de préférence aux internats, traduit une volonté politique de
11 La « police des familles» a été fortement et brillamment vilipendée par Meyer et Donzelot, dont les ouvrages ont constitué les lectures obligées des travailleurs sociaux pendant une quinzaine d'années. 17

créer des emplois plus nombreux dans un groupe social moins favorisé plutôt que d'augmenter le nombre des éducatrices et puéricultrices qualifiées moins nombreuses mais mieux rémunérées. Malheureusement trop souvent l'insuffisance de la qualité des travaux scientifiques qu'on serait pourtant en droit d'attendre dans le champ de l'éducation familiale nous paraît constituer une dernière explication des réticences face à son développement. Élever des enfants est une pratique globale et banale (Verdier, 1979), dont chacun est porté à se sentir spécialiste en érigeant son expérience personnelle et sa réflexion à la hauteur d'une vérité établie. Les inférences issues de connaissances établies dans d'autres champs disciplinaires sont fréquentes et souvent peu fondées: l'étude historique du discours savant en puériculturel2 ou les comparaisons interculturelles montrent le caractère arbitraire de certains conseils péremptoires de spécialistes souvent très médiatiquesl3. Les enjeux financiersl4 et les effets de mode sont extrêmement puissants. D'autre part, de nombreux travaux de recherche en éducation familiale ont encore trop systématiquement recours à des instruments, souvent des questionnaires, dont l'exploitation statistique sophistiquée ne parvient pas à cacher les fondements peu solides. Les concepts utilisés ne sont souvent que des catégories administratives reprises sans examen critique, comme la « monoparentalité », ou encore la distinction entre « accueil» et « garde». Enfin les bons sentiments ne font pas nécessairement de bonnes recherches; ainsi de très nombreuses recherches évoquent des valeurs, certes très respectables, telles que la démocratie, l'autonomie

12 Cf. par exemple, Delaisi de Parseval et Lallemand, 1980. 13 Les médias français ont ainsi repris comme dogme les conseils psychopédiatriques de F. Dolto. 14 Les rayons de puériculture regorgent de livres et de revues, l'industrie du jouet est en développement constant. 18

de l'enfant ou encore l'affection, mms de manière trop générale. Malgré toutes ces difficultés, le champ de l'éducation familiale se développe rapidement, les publications foisonnent outre-Atlantique depuis vingt-cinq ans, et dans les pays francophones et latins depuis une dizaine d'années15. Les chercheurs, notamment regroupés dans l'Association internationale de formation et de recherche en éducation familiale16 ont argumenté des recherches et des enseignements universitaires directement centrés sur l'éducation familiale dans la plupart des pays européens. Cet ouvrage propose une présentation organisée des concepts et des problématiques dans le champ de l'éducation fmniliale; loin de se limiter aux recherches (encore peu nombreuses) en sciences de l'éducation, il soulignera les travaux importants menés par des psychologues et des sociologues, en évoquant seulement quelques travaux historiques, juridiques et anthropologiques17. Tout en présentant les principaux acquis des recherches conduites en Amérique du Nord, il mettra l'accent sur les travaux en langue française conduits au cours des dernières années. Dans la première partie, après avoir identifié le champ de l'éducation familiale, défini les concepts centraux et proposé une première cartographie des instances éducatives, le second chapitre sera consacré à l'étude des questions méthodologiques. Dans une deuxième partie, une approche de la parentalité donnera lieu à une étude de la genèse historique
15 Deux appels d'offre de recherche ont été successivement lancés par la Mission Recherche Expérimentation du ministère des Affaires sociales en 1987 (douze recherches fmancées) et en 1993 en partenariat avec la Direction de l'évaluation et de la prospective du ministère de l'Education nationale (vingt-six recherches financées). 16 Créée à Montréal, en 1986, par J.-P. Pourtois et des chercheurs québécois. 17 Les ethnologues ont multiplié les études en éducation familiale, parmi beaucoup d'autres signalons les travaux de M. Mead (1973), J. Rabain (1979), P. Emy (1987, 1991). 19

des rôles parentaux et des formes familiales permettant d'appréhender l'importance des dimensions relationnelles en jeu, puis on présentera, de manière synthétique, un modèle interactif des processus éducatifs intrafamiliaux. Dans une troisième partie, l'étude de l'enfance maltraitée et de l'incidence des pratiques familiales sur le développement de certaines inadaptations permettra, par une approche des dysfonctionnements, d'éclairer les processus en jeu. La dernière partie, enfin, sera consacrée à l'étude des relations entre parents et enseignants, aux interventions éducatives conduites auprès des familles et à la suppléance familiale. L'étude de l'action des professionnels contribue en effet grandement à la compréhension des pratiques parentales.

20

PREMIERE PARTIE

Origines et méthodes

Chapitre 1
L'émergence d'un objet de recherche: l'activité parentale d'éducation
La recherche en éducation a d'abord pris pour objet l'école, la formation des adultes, le travail social et enfin l'éducation familiale. Son caractère universel et banal, bien que très diversifié selon les époques, les cultures et les milieux sociaux, contribue à expliquer qu'elle n'ait intéressé que tardivement les chercheurs. L'intérêt pour l'activité parentale d'éducation fait suite à l'implication de plus en plus systématique de professionnels des services sociaux dans l'activité éducative et socialisatrice des familles. Dans un premier temps, à travers le recueil des enfants abandonnés, la collectivité décida délibérément la prise en charge d'enfants dont les parents étaient reconnus incapables d'assumer adéquatement leur tâche. Une telle politique conduisit à organiser des modalités d'éducation et de socialisation des enfants en dehors de leur famille, en placement nourricier ou dans de grands internats. Progressivement, l'éducation des enfants handicapés, délinquants, voire en difficulté psychologique ou sociale, apparut relever de l'action publique. Enfin, la généralisation de la scolarité et le développement de modes de garde des jeunes enfants, permettant aux femmes de poursuivre une activité salariée, amenèrent à s'interroger sur les processus éducatifs en jeu dans l'éducation de jeunes enfants dans des structures spécialisées mais aussi au sein de leurs familles. Ce premier chapitre tentera une rapide remise en perspective historique de l'émergence de l'éducation familiale comme pratique éducative des parents et comme modalité d'intervention de personnes le plus souvent professionnalisées et mandatées par la puissance publique, puis nous 23

rappellerons quelques informations sur la vie familiale, en soulignant les évolutions récentes, avant de proposer un premier ensemble de définitions.

Les origines de l'éducation familiale
L'importance de l'éducation des enfants est reconnue depuis fort longtemps. Les Sumériens, il y a plus de quatre milliers d'années, évoquaient, dans les tablettes écrites les plus anciennes retrouvées à ce jour, le rôle de la mère dans l'éducation (Kramer, 1986). En Grèce, les soins aux enfants constituaient un enjeu social conflictuel opposant le dressage autoritaire à Spartes et une éducation visant l'intérêt de la cité à Athènes. De nombreux philosophes ont débattu des valeurs à enseigner mais aussi de la manière de les transmettre: Platon, Montaigne, Rousseau, Kant ont, parmi beaucoup d'autres, consacré des œuvres majeures à ces questions. Au début du XVIIe siècle, Comenius a souligné l'importance des apprentissages effectués par l'enfant auprès de sa mère avant six ans, notamment à travers le jeu. Les principales religions portent une grande attention à la tutelle de l'exercice de l'activité parentale d'éducation: depuis ses origines, l'Église catholique a développé un corps de doctrine sur la vie

familiale et sur l'éducation des enfants18. Depuis la fin du
XIxe siècle, la puériculture, l'économie domestique, plus récemment la pédiatrie sociale, l'éducation sexuelle, la thérapie familiale, le conseil, la médiation, s'intéressent en quelque façon à l'activité familiale d'éducation. Si l'on délaisse les origines les plus anciennes, trois périodes peuvent être distinguées: de la deuxième moitié du XIxe siècle à la première guerre mondiale, de l'entre-deuxguerres au début des années 1960 et enfin des années 1960 à aujourd'hui. Sans prétendre ici effectuer un véritable travail historique - les processus sont multiples, les acteurs nombreux, les enjeux importants - on tentera seulement de

18 Cf. Burguière & al. (1986), mais aussi Jean-Paul II (1994). 24

suivre quatre fils directeurs qui participent de l'émergence contemporaine de l'éducation familiale:
-

de la prévention de la mortalité infantile à la promotion du

développement harmonieux des enfants, - de la lutte contre l'échec scolaire à la recherche en intervention précoce, - de la prise en charge spécialisée au maintien dans la communauté des enfants handicapés, - de la surveillance des familles ouvrières aux actions en direction des parents ordinaires.

De / 'hygiène à /a « bébé/ogie »
Dans une thèse importante, J. Arveiller (1993) rappelle la genèse de l'implication des médecins dans «l'élevage» des jeunes enfants. Il montre comment le développement de l'hygiène, dès le début du XIXe siècle, transforma les rapports entre État, citoyens et médecins, en tissant des relations nouvelles entre contagion, épidémie, prophylaxie et prévention. L'hygiène permit à la médecine d'affirmer que les grandes épidémies étaient évitables pour peu que l'État lui donne les moyens d'imposer un discours normatif sur les comportements quotidiens (soins du corps, alimentation, logement)19. J. Arveiller souligne combien le développement en France de la puériculture, après la défaite de 1870, est explicitement lié au populationnisme dans une perspective explicite de revanche: « revanche et soins aux bébés se sont reconnus alliés pour un même combat ». Les découvertes de Pasteur donnent un fondement scientifique à une prévention active par l'asepsie dans les maternités 20 et surtout par la pasteurisation du lait et

19 On parla ensuite de la contagion du crime et de sa prophylaxie, le même modèle est développé pour l'alcoolisme, la toxicomanie, etc. 20 La découverte de Pasteur permettra de guérir la fièvre puerpérale qui emportait dans la clinique du Dr Tarnier plus de 9 parturientes sur 100 25

l'imposition des vaccinations à partir de 1886. « On pourra de moins en moins soustraire son petit enfant à la surveillance médicale avec des examens étagés dans le temps qui se feront à leur tour obligatoires à partir de 1945» (Rollet-Echalier)21. Une conséquence essentielle du pasteurisme fut la transformation du débat sur l'allaitement maternel. En 1892, Pierre Budin expérimenta le lait pasteurisé, le tit adopter par l'Assistance Publique et en diffusa l'usage par le développement des gouttes de lait22. L'introduction du biberon, à la tin du XIxe siècle,23 va transformer les relations entre femme et nourrisson, d'un point de vue symbolique comme d'un point de vue « pratique» (Knibiehler, 1991). L'allaitement au sein devient une exclusivité de la mère et « pourra connaître une valorisation affective, une femme allaitant n'est plus une "vache laitière" c'est une tendre maman ». Plutôt que de faire téter le sein de sa nourrice, on donnera, au besoin, du lait de femme dans un biberon; pour éviter les pleurs on laissera le biberon à demeure. C. Rollet décrit de façon passionnante « la guerre du biberon à tube» qui opposa médecins, mères et nourrices au tournant du xxe siècle. Les biberons, complétés par un long tuyau et une tétine, étaient placés à côté du berceau, le bébé à tout moment pouvait boire ou sucer la tétine, du moins à partir de quelques mois. « L'instrument était d'une grande commodité pour les femmes qui selon les observateurs de l'époque pouvaient vaquer à leurs travaux le jour et dormir
femmes accouchées avant 1869; ce taux après 1890 sera ramené à moins de 0,5 % (Rollet, 1990, p. 159). 21 Rollet-Echalier c., (1990), La politique à l'égard de la petite enfance, Paris, PUF. 22 Les pouponnières seront créées à partir de 1891, puis les asiles d'allaitement, enfin les chambres d'allaitement seront imposées, par la loi du 5 août 1917, aux usines, aux magasins où se trouvent plus de 100 femmes âgées de plus de 15 ans. (Rollet, ibid.). 23 L'ébullition restait l'exception en 1885, la stérilisation devint la règle en 1892 (Rollet, Ibid. p. 166), une carte de l'allaitement révèle qu'en 1900 la moitié nord de la France est largement convertie à l'utilisation du biberon, la moitié sud reste fidèle au sein jusque vers les années 1920. 26

tranquilles la nuit ». Bien évidemment la mortalité par infection du lait dans les tuyaux était considérable. Les médecins ont entamé une véritable guerre avec saisie des biberons, confiscation des tuyaux24, etc. Certains médecins avaient le sentiment que les nourrices, plus surveillées que les mères, avaient abandonné plus vite le biberon à tube: ({En 1905 dans le département de la Seine-Inférieure, voici un médecin qui ressort furieux et écœuré de chez un instituteur (...) un serpent de l'espèce la plus terrible... dessinait de gracieux méandres sous la couverture de laine, je m'en empare et brandissant l'odieux biberon: "Comment vous Monsieur l'instituteur. (...)" - "Nous n'avons pas le temps de tenir le biberon à l'enfant qui boit", répond le père »25.
Le triomphe du biberon a pour conséquence de permettre l'intrusion des médecins dans la relation entre femmes et nourrissons: ({ils peuvent enfin étudier la quantité et la qualité de lait dont un enfant a besoin aux différents âges, ainsi que la meilleure répartition de ses repas, ils sont bientôt en mesure de diriger et de conseiller mère et nourrice ». La puériculture (le terme date de 1895) peut alors être définie comme ({l'art d'élever des enfants mais aussi de les procréer dans les conditions les meilleures, les plus rationnelles et de les conduire à bon port après 9 mois d'une gestation intrautérine complète» (Rollet, ibid. p. 161). La surveillance et l'enseignement des mères seront conduits à travers les visites à domicile et surtout les consultations publiques; celles-ci, mises en place avec l'instauration des gouttes de lait, permettent le regroupement et l'éducation de groupes de mères par les médecins. ({Les

({La science

a marché,

la science

a parlé»

24 C. Rollet, ibid. p. 568 et sq. L'auteur cite de nombreux rapports de médecins inspecteurs rendant compte de l'ampleur du phénomène. Ainsi, en 1883, dans le Calvados, les nourrices, mais aussi les mères de familles, qui élèvent leurs enfants utilisent toutes le biberon à tube. Une contreattaque médicale des plus virulentes aboutit, en 1910, à l'interdiction de vente sur le territoire national des biberons à tube. 25 Ibid. page 572. 27