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ENSEIGNER LES LITTERATURES AFRICAINES

De
240 pages
L'objectif de ce " manuel " consiste à apporter aux enseignants, une documentation correcte à propos des mouvements qui se situent aux origines des productions littéraires en langues européennes. Il s'agit principalement de fournir aux enseignants des éléments utiles en vue d'une didactique efficace des textes littéraires, notamment en ce qui concerne les dates, les thématiques abordées, les productions publiées, les mouvements de pensée. Un panorama qui nous mènera du foyer américain, au foyer caraïbes, au foyer occidental jusqu'à la Négritude.
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ENSEIGNER LES LITTÉRATURES AFRICAINES

Tome I : Aux origines de la Négritude

Collection Études Africaines

Dernières parutions

Yao ASSOGBA, Jean-Marc Ela, Le Sociologue et théologien africain en boubou. Oméga BAYONNE, Jean-Claude MAKIMOUNAT-NGOUALA, CongoBrazzaville: diagnostic et stratégies pour la création de valeur. Albert LE ROUVREUR, Une oasis au Niger. Samuel EBOUA, Interrogations sur l'Afrique noire. Constant VANDEN BERGREN et Adrien MANGA, Une introduction à un voyage en Casamance. Jean-Pierre YETNA, Langues, média, communautés rurales au Cameroun. Pierre Flambeau N'GA YAP, L'opposition au Cameroun. Myriam ROGER-PETITJEAN, Soins et nutrition des enfants en milieu urbain africain. Pierre ERNY, Ecoliers d'hier en Afrique Centrale. Françoise PUGET, Femmes peules du Burkina Faso. Philippe BOCQUIER et Tiéman DIARRA (Sous la direction de), Population et société au Mali. Abdou LATIF COULIBAL Y, Le Sénégal à l'épreuve de la démocratie, 1999. Joachim OELSNER, Le tour du Cameroun, 1999. Jean-Baptiste N. WAGO, L'économie centrafricaine, 1999. Aude MEUNIER, Le système de soins au Burkina Faso, 1999. Joachim OELSNER, Le tour du Cameroun, 2000.

Pius NGANDU Nkashama

ENSEIGNER LES LITTÉRATURES AFRICAINES
Tome I . Aux origines de la Négritude

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

l)U MÊLVIE AIJf.EUI{
1. OUVRi\GES SCIENTIFIQUES

Analyse sérnantique de la métaphore poétique, Lubumbashi, «Centre de linguistique théorique et appliquée» (CEl:rA), 1977, 158 p. Comprendre la littérature (~lricaine écrite, Issy-les-Moulineaux, Éditions Saint-Paul, 1979, 128 p. Littératures africaines: 1930-1982 (anthologie critique), Paris, Silex, 1984, 674 p. La littérature zaïroise (en collaboration), dans iVotre librairie, n8 63, 1982, 128 p. Kourouma et le mythe: une lecture de «Les soleils des indépendances») Paris, Silex, 1985, 104p. L'Afrique noire en poésie (en coJlaboration), Paris, Gallimard, ColI. «Folio», 1985, 128 p. Églises nouvelles et rnouvements religieux, Paris, L'Hannattan, 1990, 260 p. Écritures et discours littéraires: études du roman africain, Paris, L'Harmattan, 1991, 302 p. Littératures et écritures en langues africaines, Paris, L'Hannattan, 1991, 408 p. L'Église des Prophètes africains: lettres de Bakatuasa LubYiJe }Wl A1vidi Mukulu, Paris, L'Harmattan, 1991,222 p. Négritude et poétique: une lecture de l'oeuvre critique de Léopold Sédar Senghor, Paris, L'Hannattan, 1992, 158 p. Les années littéraire.,>'en Afrique: 1912 -1987, Paris, l :Han11attan, 1993, 458 p. 171éâtres et arts du spectacle: études sur les dramaturgies et les signes gestuels, Paris, L'Harmattan, 1993, 384 p. Les années littéraires en Afrique (II) : 1987-1992, Paris, L'Harnlattan, 1994, 126 p. La terre à vivre: la poésie du Congo Kinsha,ya (anthologie), Paris, L'Harmattan, 1994, 432 p.
-

Dictionnaire des oeuvres littéraires aFricaines de langue française, Paris, Nouve]]es du Sud, 1995, 748 p. Le livre littéraire: bibliographie de la lirtéralUre du Congo -Kin.Jzasa) Paris, L'Harlnattan, 1995, 210 p. Citadelle d'espoir, Paris, L'Harnlattan, 1995, 144 p. Les nwgiciens du repentir: les confessions de Frère l)ominique (.Sakombi lnongo), Paris, L'lIannattan, 1995, 178 p. Sémantique et morphologie du verbe en cilubà : étude de ku-t\va et k\v-ela, ParisKinshasa, Giraf-Éditions universitaires africaines, 1995, 228 p. (rééd. Paris, L'Harmattan, 1999, 320 p.). Ruptures et écritures de violence: études sur le roman et les littératures africaines contemporaine.)~ Paris, L'Harnlattan, 1997, 380 p. La pensée politique des mouvements religieux en Afrique) Paris, L'Harnlattan, 1998, 240 p. Mémoire et écrture de l'histoire dans Les écailles du ciel de Tierno Monénembo) Paris, L'Harrnattan, 1999, 208p.

II. OUVRAGES

LFfTÉRAIRES

Poésie
Crépuscule équinoxial, Lubumbashi, f:ditions Falange, 1977 (rééd. Paris, L'Hannattan,

1998, 92 p.). Khédidja) dans La malédiction, Paris, SiJex, 1983. Paroles de braise (sous presse). Les noces du Poète (avec Jes peintures d'Ali Sikm) (sous presse).

ROlnans et récits La malédiction, Paris, SHex, 1983, 152 p. Le fils de la tribu, suivi de La mulâtresse Anna, Dakar, Nouvelles éditions africaines, ColI. «Créativité 10», 1983, 192 p. Le pacte de sang, Paris, L'Harmattan, Co11. «Encres noires», n. 25, 1984, 340 p. La l'nort faite homme, Paris, L'lIannaHan, ColI. «Encres noires», n. 38, 1986, 258 p. Vie et moeurs d'un primitif en Essonne quatre-vingt-onze, Paris, L'Harmattan, Coll. «Encres noires», n. 44, 1987, 196 p. Pour les siècles des siècles, Paris-Malakoff, Nouve]]es éditions Bayardères, 1987, 334 p. Les étoiles écrasées, Paris, Publisud, ColI. «L'espace de la parole», n. 8, 1988, 220 p. Des mangroves en terre haute, Paris, L'Harmattan, Co]]. «Encres noires», n. 78, 1991, 102 p. Un jour de grand soleil sur les montagnes de l'É'thiopie, Paris, L'Hanllattan, ColI. «Encres noires», n. 88,1991,454 p. Le doyen Marri, Paris, L'Harmattan, CoIL «Encres noires», n.131, 1994, 202 p. Un rnatin pour Loubène, LaSalle-Québec, Hurtubise, 1991, 88 p. Les el~fants du lac Tana (en co]]aboration), LaSalle-Québec, Éditions Hurtubise, 1991, pp. 41-69. l'olène) au large des colline.')~ précédé de Le fils du mercenaire} Paris-Vanves, EDICEF, 1995, 12S p. Yakouta) Paris, L'Hannattan, Col]. «Encres noires>:>,n. 139, 1994, 160 p. Le JUs du mercenaire, suivi de Yo/ène au large des collines} Paris- Vanves, EDICEF, 1995, 128 p. Mayiléna) Paris, Éditions ACOIUA, 1999, 72 p. Mariana} Bamako, Éditions du Figuier, 1999. Théâtre La délivrance J'llunga, Paris, Pierre Jean OswaJcI, 19T7, 151 p. Nous aurio11.')' fait un rêve, Kjnshasa, Institut natjonaJ de.s Arts (INA), 1980. Bonjour monsieur le A1inistre, Paris, Silex, 1983, 76 p. L'empire des ombres vivantes, Carnières (MornanJewz), Éditions Lansman, 1991, 68 p. May Britt de Santa Cruz, Paris, L'Harmattan, Co]], «Encres noires», n. 113, 1993, 160 p. Sous le silence: le cri (sous presse.).

ROlnan

en cilubà

Bidi nf1rvilu}bidi mpelelu} Lubumbashi-Paris,

Éditions Irnpala-Saint-Paul,

1998, 188 p.

@ L'Harmattan, 2000 ISBlV:2-7384-9125-1

à toi

en1manuel tlongala-hou/1tlzeki
an1i de sou.ffi"a/1ces

.frère {l'exil

PRÉLIMINAIRES: DIDACTIQUE ET PRATIQUE Dl~S TEXTES
Les questions évoquées fréquenl1nent dans les «J11ClllUels d'ill1roductiOll (lUX littércltures (ifi"ic(lilleS» ont longtemps servi à dégager des pistes pour une didactique acceptable des textes. Actuellement, de n0111breux auteurs francophones et anglophones se trouvent inscrits aux progralnmes à l'intention des écoles d'Afrique alItant que pour les établissements scolaires en Europe ou dans les Alnériques. Ce fait exige de part et d'autre de la ligne de pal1age des méthodologies conséquentes. En effet, les interrogations suscitées prescrivent désormais des contextes culturels mieux affirmés, qu'il serait intéressant de reprendre dans un ouvrage général en vue d'une analyse efficace. La réalité décrite ne relève plus des philosophies probables sur une «()lltologie des llègres», Inais bien plutôt des méthodes d'écriture. Il convient d'entendre par là, non une « expressio11 de l'âJ11e110ire », n1ais la prise en charge de la textualité, c'est-à-dire, la narration, la mise en scène de l'intrigue, l'aménagement des langages et des discours, la représentation des personnages, autant que la géographie de l'espace poétique. Des convergences tà vorables ont été soulignées à nlaintes reprises') et c'est en pal1ant de ces aspects positifs qu'une nouvelle exigence s'in1pose, celle d'une didactique concrète. Ainsi qu'il en est attesté dans les pays concernés, l'évolution ne vient pas uniquement de l'inscription des auteurs aux programlnes scolaires, mais principalelnent des implications des langues afi.icaines 111aj eures (hc/oussa,

swahili, ouolof, ba/11bara, moore, kikol1g0, a/11harique, lingala, cilubà, peulh), autant que pour le recours aux langues européennes (anglais, fiAançais, portugais). Elle est redevable en premier lieu de l'acte d'écrire en lui-même, devenu un fait de société et un facteur de l'histoire contemporaine. Cela pourrait tenir également de la place déterminante qu'occupent les écrivains, aussi bien ceux qui sont considérés comme des «classiques» au sens scolaire du terme, que les nouveaux Poètes et Romanciers, ceux en tout cas qui se cherchent des voies nouvelles pour dire autre/11ent la communauté historique qui est la leur. Le préalable théorique est donc porté par la pratique du texte, pour autant que le livre littéraire se conçoit comme «ar/11ede révolte», comme «espace de toutes les violences», et comme lieu privilégié de la parole. Il est donc possible de retracer les multiples cheminements tels qu'ils sont proposés par les ouvrages antérieurs, et de chercher à coordonner les hypothèses de départ, en les confrontant aux documentations de plus en plus nombreuses, sur les «origines» de ces littératures, ainsi que leurs complexes intertextualités. Dans ce sens, les méthodologies pour «enseig11er les littératures afiAicaines» prennent une grande importance, puisqu'elles permettent aux élèves et aux étudiants d'appréhender cette expérience du dire à partir de ses innombrables expressions. De telle sorte que les faits littéraires arrivent ainsi à se raccrocher aux manifestations variées de la vie sociale. En effet, les indications scripturales par le roman, par le recueil de poème ou par la pièce de théâtre ainsi que la dramaturgie qu'elle implique, ne peuvent signifier que si elles situent les données culturelles dans un «espace de SeJ1S»,aussi bien pour ceux qui écrivent autant que pour ceux qui lisent. La question du « genre littéraire» par elle-même devient déjà

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un enjeu de la littérarité, et il serait utile de la circonscrire dans un contexte plus large, au lieu de s'arrêter à la seule énumération des critères hypothétiques formulés lors des Arts poétiques ou dissertés pendant les séances doctorales. Il en est de même en ce qui concerne les interférences relatives aux modalités de l'oralité. Celles-ci ne relèvent plus de la superposition des préliminaires anthropologiques, mais elles s'inscrivent concrètement dans la « logique du récit» et dans la convocation des faits discursifs. L'exercice entrepris autour du roman de Tierno Monénembo, Les écailles du ciel, avait permis en son temps d'éclairer les mécanismes de la narrativité par la présence du Griot à l'intérieur de l'espace de l'énonciation (Mé111oire écriture de I 'histoire dans Les et
écailles du ciel de Tierno MOtzéne111bo, 1999).

Un tel schéma s'écarte résolument du modèle primaire des littératures contemporaines, alors mêll1e que les médias (presses écrites et [télé]-visuelles) ont accompli toutes les métamorphoses de l'image, et que les structures de l'informatique ont transformé radicalement la réceptivité de l'information quelle qu'elle soit. La différence n'est pas seulement dans la production des images par des formes médiatiques. Elle apparaît plus dramatiquement encore à travers toutes les modalités par lesquelles le «public» adhère au message transmis. Et dans la mesure ou le premier destinataire du texte reste le lecteur africain, les contextes du discours littéraire finissent par l'emporter sur les impératifs de la stylistique. OBJECTIFS ET ARGUMENTS L'objectif principal de ce «nlGlluel» consiste à fournir aux Enseignants en Afrique ou ailleurs, une documentation

Il

correcte

à propos des mouvementsqui se situent aux origines

des productions littéraires en langues européennes. Et cela aussi bien dans le cycle secondaire qu'au niveau du supérieur. Il est vrai que le manque d'ouvrages susceptibles d'apporter des renseignements exhaustifs peut contribuer à rendre les interprétations didactiques approximatives, ou même simplement erronées, pour autant que l'allthologie demeurait encore en la matière un instrument capital. De même il faudrait accorder aux littératures en langues africaines écrites une place prééminente, et considérer qu'elles interviennent dans la pratique du texte à toutes les étapes des « sciel1ces de langages », par la textualité et par la scripturalité. La question qui mérite d'être posée en préalable, est celle de savoir s'il convient ou non d'étudier les littératures africaines pour ce qu'elles ont apporté aux Africains, ou de la manière dont elles se sont intégrées (ou bien dissociées) de l'univers culturel colonial. Bien souvent, les auteurs ne s'aperçoivent pas du piège qui consiste à aligner des arguments pour une démonstration chronologique, susceptible de privilégier la « reCOll11ClissClnce auteurs des Noirs », s'éloignant par là, et radicalement, des faits littéraires en eux-mêmes. Ainsi de toute l'étape de la l1égritude.L'interrogation soulevée semble se préoccuper davantage de la paternité des écrivains surréalistes ou existentialistes, plutôt que de la production des textes qui permettent d'éclairer une conscience historique pour les Peuples colonisés. Il en advient ainsi des affirmations gratuites, depuis les injonctions caricaturales des auteurs exotiques, romantiques ou franchement racistes, jusqu'aux interférences colonialistes qui jouaient plus en faveur d'une déculturation, plutôt qu'à l'avantage des Civilisations africaines concrètes. En effet, il

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suffit de rappeler que la colonisation par des États d'Europe n'a été qu'un phénomène très tardif, survenu autour des années 1860 et qui s'est réalisé avec la «Conférence de Berlin» (1884-1885), pour admettre les supercheries de certaines extrapolations thématiques qui ne relèvent pas toujours d'une véritable documentation historique. Dans son ouvrage Le partage de l'Afrique noire (Flammarion, 1970), Henri Brunschwig est plus catégorique: «l'Afrique [..} n'intéressait pas les diploJ11ates,. ils n'étaiellt pas gêllés d'en
ignorer la géographie». Ou encore: «jusque vers 1860, illle serait venu à l'esprit d'aucun J11inistre des ~ffaires étrangères de provoquer Ull cOliflit avec l'Al7gleterre à cause d'un J110rCeau d'Afrique» (p. 24). Vers 1870, les Français avaient peu contribué à l'in1Jnense œuvre d'ex/Jloration du continent [aj/Aicain} celle-ci s'était " poursuivie sous l'égide des Anglais surtout. Ils avaient découvert, loin des côtes et au-delà cie la ceinture jorestière, diJjicile à pénétrer, des États islanlisés et organisés, qui, de la boucle du Niger au Tchact, rivalisaient et cOJ11Jnerçaient entre eux. Ils avaient reconnu les cours du Niger et clu ZClJnbèze, s'étaient attelés à la recherche cles sources du Nil. Ils savaient qu'au-delà cles régions basses et Inalsaines, des hauts plateaux et des 1110ntagnes, peu peuplées, pourraient être propices à l'établissen1ent des blancs obligés de quitter l'Europe où ils ne trouvaient plus à subsister (il fallait souligner). Si la curiosité scientifique et la passion humanitaire avaient été, à l'origine, leurs principaux l11obiles, ils avaient pris conscience cles riches possibilités que l'avenir réservait au C0J11J11erCe, ux plantations, a al,lX exploitations industrielles de ce continent. Le tout était d)J pénétrer aisélnent et de S)J l11aintenir. Les diplo/11ates, cependant, ne les .J! poussaient pas. Ils formaient en Europe une société bien policée cl'hOJ11Jl1eS attentifs depuis leurs années d'université, à l'équilibre des grandes puissances, jalouses cie celle qui chercherait à exercer une prépondérance (p. 23).

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Il n'est pas toujours facile de prendre en compte les principes énoncés dans les dissertations sociologiques à propos de l'historiograhie littéraire, ainsi que cela a été discuté dans Ruptures et écritures de violellce. Des anthologies devenues classiques ont habitué les milieux des écoles à des hypothèses difficiles à vérifier, et qui poussent vers des tautologies de langages. Ce qui apparaît encore plus clairement dans les chapitres consacrés à la «critique littéraire », et qui mettent souvent entre parenthèses la crédibilité d'une théorie des textes. Ainsi par exemple de 1'«étape anléricaine aux origines de la négritude ». L'opinion la plus répandue veut que la Negro Renaissa11ce qui s'est appelée en réalité Harlenl Renaissallce soit le moment le plus décisif dans le cheminement vers un « être-au-n101'1de-duNoir» comme l'avait proclamé Sartre dans Olphée noir. Tous les préalables pour démontrer la rationalité des textes originels des «initiateurs» que sont Léon-Gontran Damas (Pignlents), Aimé Césaire (Cahier d'un retour au pays 1latal) et Léopold Sédar Senghor (Chants d'onlbre, Éthiopiques et Nocturlles) s'arrêtent résolument aux idées énoncées autour des années vingt par les ~froAnlericall qui venaient de comprendre que les œuvres artistiques, chants, musique religieuse, poèmes et cris de revendication pouvaient amener à une Histoire de la race. Lorsque de tels préliminaires sont reconstruits dans leurs contextes primordiaux, ils restent cohérents avec les analyses consécutives à l'étape historique, dans la mesure où des auteurs Noirs américains (qui revendiquent désormais l'appellation A.fiAica11-AJ11ericcul) été en contact fructueux ont avec ceux venus d'Afrique: Langston Hughes, Claude MacKaye, Richard Wright. Cependant, les réflexes idéologiques demeurent plus déterminants, puisque les mêmes préliminaires ont fini par s'ériger en postulats de

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base. À savoir, le conditionnement de toute prise de conscience de l'Histoire des Noirs à une origine rationnelle occidentale. Tout se passe comme si les Africains ne pouvaient pas accéder à l'univers des littératures qu'en passant impérativement par 1'«Éc()ledes Blancs», y compris avec un détour obligé par l'Amérique d'antiques esclavagistes. Et la mise à l'écart des littératures écrites en langues africaines avant la période coloniale contribue à accroître de telles méprises historiques, malgré la part faite à Shaka de Mofolo. Une lecture attentive des écrits publiés par des Africains à cette même étape ne correspond que très difficilement à un schéma aussi simpliste. Seules des œuvres déterminées autour de la flégritude classique et quelques productions contemporaines peuvent être reliées dans la thématique autant que dans la stylistique aux phraséologies militantes des Noirs aux États-Unis. Ainsi de David Diop, de Bernard Dadié, ou du cercle autour d'Alioune Diop et de Présence africaille comme l'explique Iwiyé Kala-Lobé dans David Diop (Présence africaine, 1983). Les querelles surgies autour de ces images lors des deux «Congrès des Écrivaills et Artistes lloirs», à Paris (1956) et surtout à Rome (1959), auraient dû éclairer davantage ce genre d'antagonismes. Et il ne s'agissait pas là que de simples «prises de /J()sitioll», mais bien d'une interprétation significative des faits littéraires, culturels et surtout politiques. Du reste, aucun document crédible ne peut attester que des auteurs se soient retrouvés autour du projet de la « llégritude », de manière concertée ou pas, autrement que par des actes de diversion politique. Durant l'étape la plus proche, il serait malveillant de relier les œuvres des derniers militants comme Jessie Jackson, Andrew Young ou Farakan aux écritures romanesques de l'Afrique contemporaine. Comment situer le moment et les

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conditions à partir desquelles l'écart s'est établi avant de marquer la rupture théorique des «littératures flégroafi~icaines » ? Cette question pourtant primordiale n'est plus évoquée dans les manuels scolaires, et les dispositions prises pour expliquer la Harlenl Renaissallce finissent par apparaître emphatiques, si elles ne viennent plus corroborer une argumentation pertinente.
Des principes et des théories pour une didactique des textes

L'objectif poursuivi par ce «111al1uel d'ellseiglleI11ellt»ne consiste pas à refaire l'histoire des littératures africaines (négro-afi~icailles ?), ni à reprendre indéfiniment les théories énoncées tout au long des thèses doctorales. Bien au contraire, il s'agit principalement de fournir aux Enseignants des éléments utiles en vue d'une didactique efficace des textes littéraires, notamment en ce qui concerne les dates, les noms d'auteurs, les œuvres publiées, ainsi que les mouvements auxquels appartiennent les thèmes à développer. Bien souvent, le manque d'allthologies appropriées ou même de références précises amène à des approximations dans l'interprétation des faits littéraires. Ces lacunes ne se rencontrent pas seulement dans les pays d'Afrique. Les Universités américaines qui disposent pourtant de tous les moyens informatiques nécessaires à une documentation aisée, paraissent elles aussi victimes de l'accumulation des «données», uniquement parce que les points de repères ne sont pas suffisamment soulignés par les ouvrages d'introduction à ces littératures.

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L'intérêt manifesté pour les œuvres ne suffit donc pas pour combler certaines lacunes flagrantes. Un enseignement des littératures circonscrit bien davantage son parcours initiatique, à l'intérieur duquel les indications formelles ne servent qu'à introduire à une compréhension adéquate des Peuples et de leurs cultures. Il n'est pas déplacé de revenir sur les actes des écritures en les redisposant dans un contexte historique susceptible d'amener à une signification intellectuelle plus élargie. Il en est de même des étapes par lesquelles l'enseignement est obligé de passer afin d'arriver à une approche thématique, symbolique ou même sociologique des textes. Dans la mesure où la connaissance des milieux dans lesquels les auteurs ainsi que les personnages des récits fictionnels ont évolué, il est utile de marquer les moments inéluctables, ainsi que les temps forts qui ont procédé à l'instruction des prétextes, des intertextes et des textualités par le truchement des figures pédagogiques. Il aurait été intéressant de partir des préalables avantageux concernant les «littératures écrites ell lallgues afi'.icaines», qui ont dû exister bien avant l'aventure coloniale. Certes, seules quelques régions majeures peuvent se relier efficacement à ces mouvements antérieurs aux revendications politiques par l'écriture, notamment en langue swahili. Une abondante bibliographie permet de concilier les points de vue divergents sur cette question pourtant essentielle à la compréhension des textes publiés. Et notamment, lne S1vahili ChrOllicle of Ngazijcl de Said Bakari bin Sultan Ahmed (1977), S~11/ahili Allthology de Blok H.P. (1948), S1vahili ]?eadillgs de Alfons Loogman (1903) et surtout A His/oJ)! oj' S\vahili Prose de Jack D. Rollings (1983). Abdourahman Waberi a fourni une importante étude sur les littératures en sonlali. Il reprend par ailleurs un nombre

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important de noms d'auteurs qui ont exercé leur influence sur des générations entières d'écrivains. En particulier M. A. Hassan dont les textes ont été publiés par Nicole LecuyerSamantar (1979), Nuruddin Farah, écrivain bilingue en sonlali et en anglais et qui a été commenté abondamment par le même Waberi. De même Tierno Monénembo a entrepris une œuvre monumentale concernant le Fouta-Djallon, et touchant les auteurs les plus connus en langue peulhe (adjanli ou fulfuldè) qui ont marqué des siècles entiers d'écritures poétiques. D'autres études parallèles ont été menées avantageusement sur les littératures éthiopiennes en tigril1ya, en guè 'z ou en aJ11harique,et sur celles en kikongo, en haouss('l ou encore les traditions littéraires séculaires en banlanan (banlbara) autour de Tombouctou, de Djenné ou de Gao. Tant de choses seraient à reprendre à propos de la littérature en zulu qui revient dans les travaux remarquables de Mazisi Kunene. En cilubà, Kadima Kadiangandu a éclairé le débat avec MikoJ11bulva Kalelvu, qui prolonge Bidi nll,vilu, bidi nlpelelu de Ngandu, ou les écrits de Kalonji Tshimvundu, de Lazare Mpoyi, de Kabasele Lumbala et d'autres auteurs encore. Une intertextualité nécessaire serait à postuler dans ce cas de figure, concernant les écrits religieux publiés dans la première moitié du dix-neuvième siècle, en rapport avec toutes les écritures contemporaines. Il s'agirait des traductions des Livres saillIs comme celles en xhosa, en sotho ou en zulu en Afrique du sud, tnais également des contes moraux ou didactiques qui avaient fait le bonheur de tous les manuels d'enseignements et des abécédaires des premières générations. Il est dommage que les «chercheurs» ne se soient pas penchés suffisamment sur des corrélations possibles entre ces différents types d'écritures.

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Le modèle pédagogique et le paradigme didactique Il n'a pas été possible d'insister sur les éventuelles instructions qui relèveraient dans chaque cas des dispositions officielles propres aux pays concernés. Des modèles élargis ont été proposés à maintes reprises par les «Col?férences des Ministres de /'enseignenlent», aussi bien au niveau régional que dans un cadre intergouvernemental. Ces modèles ont souvent manqué de dynamique interne, du fait qu'ils hypothéquaient leur rentabilité en recourant à des arguments propres aux stratégies politiques ou au sauvetage désespéré des langues européennes. ' L'un des obstacles majeurs vient du fait que les programmes nationaux accordent leur préférence aux auteurs du «terroir». Au-delà du caractère restrictif qui aurait dû en découler, il conviendrait de voir à travers de telles prédispositions le souci primordial pour initier les élèves et les étudiants à l'intelligence correcte de leur milieu immédiat. Les objectifs poursuivis ne sont donc pas irréconciliables, dans la mesure surtout où ils ne visent pas le réductionnisme en nationalismes étroits. L'erreur consisterait à céder aux exigences d'une probable fragmentation en identités minoritaires. Cependant, il faudrait croire que l'espérance pour une communauté africaine existe réellement, et qu'elle est capable de faire éclater les frontières artificielles des images individuelles. Et c'est précisément en revalorisant les exemplarités particulières, qu'il sera possible d'aboutir à une cohérence générale susceptible d'intéresser l'ensemble des régions. Certes, des didacticiens expérimentés pourront toujours compléter les hypothèses énoncées ici, pour en produire des 19

véritables «111anuels d'enseigne111ent», particulièrement à l'intention des cycles du secondaire. Néanmoins, il était précieux de pouvoir reconstruire les contextes historiques par des préalables de méthodologie et de théorie littéraire. Ce qui pourrait permettre ainsi aux techniciens de la pédagogie ou de la «pratique du texte» d'en tirer des avantages concrets, et d'en faire bénéficier les jeunes élèves et étudiants, pour qui les œuvres littéraires devraient demeurer en tout temps un appel permanent et une expérience de l'histoire africaine. L'historiographie des littératures africaines permet d'observer la grande ponctuation des années des indépendances, non seulement dans la chronologie des ouvrages, Inais principalement par l'intermédiaire des thématiques ainsi que les structures textuelles qui les accomplissent. La thèse bien connue de la « 11aissallced'ulle littérature» ne pourrait être évoquée que pour autant qu'elle avait privilégié la perspective « 11égro-afrieaille », extensive aux «Peuples lloirs» dans leur globalité, depuis les Amériques de «H('lrle111 Rellaissallee » jusque dans toutes les diasporas des Caraïbes. À la lutnière des commentaires récents, il aurait fallu formuler les hypothèses de travail, et marquer une césure dans la filiation des œuvres. Le corpus constitué par les romans et les poèmes des Africains des années 1912-1960 ne pourrait pas impliquer une projection significative de la théorie littéraire. Le tern1ÎllUS quo lui-même est plus qu'une probabilité d'école, a selon que l'on prend en cOlnpte La bataille de Guilé de Dugue-Clédor publié à Saint-Louis du Sénégal (1912), ou bien Les trois vOIOlltés de Malick d'Ahmadou Mapathé Diagne (1920), ou même Foree-Bol7té de BakaryDiallo (1926, réédition en 1985). Les deux textes les plus plausibles et qui ont paru tous les deux en 1935, demeurent [)()guicinli

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de Paul Hazoume et Karin] d'Ousmane Soce Diop. La poésie avait été souvent été retenue dans le but de justifier « l'ânle flègre » de Sartre dans Olphée 1loir, ou la lumineuse «1légritude» de Senghor. Cependant, elle ne permet pas à elle seule de marquer une étape décisive, si mention n'est pas faite des productions des Poètes Américains, ou encore ceux de Haïti et des Antilles qui remplissent l'Anthe)logie de la nouvelle poésie J1ègre et n]algache (1948). À part Senghor lui-même qui avait déjà publié Chants d'onlbre (1945), H()sties flaires (1948) et Éthiopiques (1956), il conviendrait de retenir uniquement Bernad Dadie (Afrique debout I, 1950, ou La rOllde des jOllrs, 1956), Keita Fodeba (Poènles africains, 1950), JeanPaul Nyunai (La Iluit de nla vie, 1951 et Pinlents sallg, 1953), Sissoko Fily-Dabo (Har111akhis,1953), Tchicaya (Le
nlauvais sallg, 1955, Feu de brousse, 1957,

A

triche-cœur,

1958), ou encore David Diop (Coups de pilon, 1956). Le tour aura été fait sur l'ensemble des publications durant toute cette période. L'énumération peut même être close, et l'inventaire d'une exhaustivité crédible aura autorisé des affirmations radicales à propos de la stylistique «Iléo-nègre» du «nluntu» (Janheinz Jahn), ou concernant « l'être-aU-1110flde-dllnoir» (Sartre). Ou encore en rapport avec tout autre principe à ambition «nlétalJh)Jsique» basée sur le biologiquegénétique, susceptible de faire l' éconol11ie du culturel dans une production littéraire. De telles projections relatives à une spécificité raciale ont abouti à des excès de langages, et même à des emphases de discours. Elles ont par ailleurs constitué des véritables entraves dans la n1éthodologie d'une critique littéraire conséquente.

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PREMIER MOMENT: LE FOYER AMÉRICAIN
Il n'existe pas aux États-Unis un modèle culturel uniforme, mais plutôt un segment d'expressions américaines utilisées par des groupes qui souffrent souvent d'un rejet social. Ainsi dans les romans de Chester Himes par exemple. Répandue dans les pays africains, l'influence d'une littérature stéréotypée de la majorité est rendue plus évidente encore par le truchement des «séries» de la télévision. L'un des thèmes les plus développés reste celui de la recherche de l'identité. Ainsi par exemple de Faulkner, d'Hemingway (Polir qui sonne le glas) ou de Richard Wright. De même les thèmes courants d'une «géllératioll perdue» dans La troisiènle gél1ération de Chester Himes. Ou la nature dans les récits de Steinbeck, de Williams Tennessee. Longtemps, le Nètrre aux États-Unis (Afi~icaJ1.-Anlerican ou Afi~o-AnlericaI1dans le lexique actuel) n'a pas été désigné par l'appartenance à un groupe à part, ni culturellement ni «ethniquenlent», mais plutôt socialement. La couleur de la peau apparaît dans ce contexte comme une référence sociale susceptible de le rendre Illvisible nIall, et parfois politique comme dans les actions violentes des Blacks Pallthers par exemple. Il s'agit donc d'une définition sociologique, basée sur les «origines allcestrales». Ce qui explique l'existence des «nègres blallcs», ou ceux «ell passe de le devellir». Une tradition commune d'esclavage et de discrimination, basée sur la «nléJ11()ire» sur la lutte pour les droits, qui relie et LangstonHughes à Martin Luther King et à Malcolm X.
Dans leur ouvrage, Afi"()-AI11eric(1l1 Writillg (AIl An/holog)}

of Prose alld PœtlY, The Pennsylvania State University Press, 1991), Richard A. Long et Eugenia W. Collier expliquent pourquoi ils considèrent que les « écrits des AfroAnléricains » constituent un mouvement littéraire spécifique. There is a rationale for confining the stud)) oj. the AfroAmerican litercl1:v experience to the works oj' AjlAo-AJnerican writers. At the JnOJnentoj~social crisis through which we are passing, such a stud)) is oj the hihgest existential relevance. There is no wall between the acadelnv and the street. Our books are our weapons and the onl)) ones which are likely to enable us to survive. Therefore, 1-venrust distinguish, as never before, bernJeen the profound and the sUfJerficial, bernJeen the felt and the observed, between soul and slick. We J11USt scrutinize our heritage 11)ith sharper e))es than ever Jar those segn1ents oj truth which will be our passports into the future (p. 2).

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