Genre et avenir

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Filles et garçons s'engagent dans des filières puis des carrières professionnelles très différentes. S'appuyant sur la littérature francophone et anglophone, ce livre fait une synthèse des travaux sur les représentations des métiers chez les adolescentes et adolescents scolarisé-e-s dans l'enseignement secondaire. Les représentations des adolescent-e-s concernant les métiers et le monde professionnel apparaissent toujours dominés par les stéréotypes de sexe, même si les filles manifestent de l'intérêt pour des carrières scientifiques et techniques.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
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EAN13 : 9782296172319
Nombre de pages : 190
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GENRE ET AVENIRSérie Genre et éducation
Dirigée par Nicole Mosconi
Les recherches se développent aujourd'hui sur les
pratiques éducatives différenciées selon le sexe, sur les
relations entre filles et garçons, sur les effets du sexisme et
des stéréotypes de sexe en éducation, sur la division socio-
sexuée des savoirs. La série « genre et éducation» se
propose de publier des travaux réalisés sur ces thèmes et ,
en général, toute recherche en éducation et formation qui
prend en compte la perspective du genre, c'est à dire, la
construction sociale de la différence des sexes et de la
hiérarchie entre les sexes.
Déjà paru
Isabelle COLLET, L'informatique a-t-elle un sexe ?, 2006.
Edmée OLLAGNIER et Claudie SOLAR, (sous la dir.),
Parcours de femmes à l'Université: perspectives
internationales, 2006.Nicole MOSCONI et Biljana STEVANOVIC
GENRE ET AVENIR
Les représen tations des métiers
chez les adolescentes et les adolescents
L'Harmattan@
L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan I@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-03225-5
EAN : 9782296032255INTRODUCTION
Dans la plupart des pays occidentaux, on observe des phénomènes
comparables concernant les relations entre la formation et l'emploi: celles-ci se
différencient fortement selon le sexe des individus. Plus précisément, les facteurs
qui expliquent les inégalités en matière d'insertion professionnelle et de statut
socio-professionnel sont principalement l'origine sociale, le parcours scolaire et
le sexe des individus. Le sexe des individus est considéré comme un élément
important des inégalités de parcours scolaire et professionnel en général au
bénéfice des garçons. Les écarts entre hommes et femmes sont importants en
termes de difficultés d'insertion professionnelle, de risques de chômage, de temps
partiel, de niveaux de salaires, de statuts d'emploi. Ces inégalités du marché de
l'emploi sont liées, entre autres, à l'orientation scolaire différenciée des filles et
des garçons. Et pourtant les filles réussissent en moyenne mieux leur scolarité que
les Elles redoublent moins et obtiennent plus souvent le baccalauréat
avec des mentions. Mais au moment des grands choix d'orientation, elles se
dirigent vers des voies moins rentables en termes professionnels et " perdent ainsi
,,1.
une partie du bénéfice de cette meilleure réussite scolaire En effet, les filles ont
tendance à se diriger vers les filières littéraires et tertiaires, aux débouchés plus
incertains, alors que les garçons s'orientent majoritairement vers les filières
scientifiques et techniques industriels où l'insertion professionnelle est plus
facile.
Ce livre s'appuie sur le rapport élaboré pour la Direction de l'animation
de la recherche, des études et des statistiques du Ministère du travail et des
Affaires Sociales (DARES). Ce rapport est issu d'une convention entre la DARES
et le Centre de recherche sur l'éducation et la formation (CREF) de l'université
Paris X-Nanterre. Il s'agissait de faire une synthèse de la littérature publiée dans
la période de 1984 à 2004, dans le champ francophone et anglophone prenant pour
objet de recherche les déterminants de l'orientation chez les adolescentes et les
adolescents et, en particulier, l'influence qu'exercent sur leurs choix leurs
représentations des métiers. Beaucoup de recherches en effet ont pris pour
hypothèse centrale l'idée que ces orientations différenciées selon le sexe étaient
en relation avec les représentations que les adolescentes et les adolescents
scolarisé-e-s de l'enseignement secondaire se font des métiers et des professions.
Même si les études montrent que les filles ont de meilleurs résultats
scolaires jusqu'en terminale, elles sont moins représentées dans les filières
scientifiques, à l'exception de la biologie et de la chimie. Les filles sont aussi
1Couppié T., Epiphane D., (200 I), " Que sont les filles et les garçons devenus? ",
Céreq Bref, n0178.performantes que les garçons dans les matières scientifiques au collège et au lycée,
mais quand il s'agit de s'orienter vers les carrières scientifiques dans
l'enseignement supérieur, elles restent minoritaires. L'inégalité d'orientation, qui
apparaît dès le secondaire, s'accentue et se marque définitivement dans les études
supérieures. La disproportion filles/garçons dans les filières scientifiques et
techniques industrielles est un phénomène mondial. Pour rendre compte de ces
orientations différenciées, nous prendrons l'exemple de la France. En France
l'orientation scolaire s'opère en trois temps:
premier palier d'orientation, en troisième: les élèves sont amenés à choisir
entre trois voies: filière générale, technologique ou professionnelle;
pour ceux qui se sont orientés en lycée général ou technologique, deuxième
palier d'orientation, en seconde: les demandes de passage en première
générale (S, ES, L) ou en première technologique (STT, STI, SMS, STL) ;
troisième palier d'orientation, en terminale: après leur bac, les élèves
intègrent soit les filières plus sélectives comme CPGE, IUT, STS, ou les
filières universitaires.
Les paliers d'orientation
L'orientation enfin de troisième
La fin de troisième représente le premier palier d'orientation et propose
aux collégiens plusieurs choix: seconde générale et technologique, seconde
professionnelle ou redoublement.
2
D'après une enquête de la direction de la programmation et du
développement du ministère de l'Education nationale qui a suivi le panel1995
pour étudier l'orientation en fin de troisième et le panel 1989 pour analyser le
choix d'orientation en fin de seconde et dans l'enseignement supérieur, les choix
scolaires en fin de troisième se font principalement sur la base des notes obtenues
au contrôle continu du brevet et dépendent des résultats scolaires, eux-mêmes
fortement corrélés à l'origine sociale. Ainsi 75% des filles demandent une classe
de seconde générale et technologique contre 68% des garçons, alors que ces
derniers sont plus nombreux à demander une seconde professionnelle. Les élèves
ayant un bon niveau scolaire s'orientent majoritairement vers l'enseignement
général et technologique. Avec 13 ou plus de moyenne, la plupart des filles et des
garçons demandent cette orientation et les trois-quarts si leur note se situe entre 9
et 13. Si leur note est inférieure à 9, ils n'osent pas demander cet enseignement:
2
Caille I-P., Lemaire S., (2002), "Filles et garçons face à l'orientation ",
Education Formation, n063.
8seulement 25% des collégiennes et 23% des collégiens ont formulé ce vœu pour
l'enseignement général et technologique. La note inférieure à 9 les amène à
demander un BEP: 60% des filles et 61% des garçons ont formulé un tel vœu
d'orientation. Les résultats de cette enquête montrent qu'il n'y a pas de
différences significatives dans les comportements des filles et des garçons dans le
choix de l'orientation vers la seconde, mais que le niveau scolaire et
l'appartenance sociale créent des différences importantes. À résultats scolaires
identiques, les enfants de cadres, d'enseignants, des professions intermédiaires et
d'employés demandent plus souvent une seconde générale et technologique que
les enfants d'ouvriers et d'agriculteurs.
Les résultats de cette enquête ont mis en évidence un autre phénomène:
quand les filles s'orientent en BEP, elles choisissent massivement (88% ) des
spécialités tertiaires, comme secrétariat bureautique, commerce et vente,
comptabilité et gestion. Quand elles choisissent les spécialités de production,
leurs choix sont très sexués: elles I'habillement, le soin aux animaux
et l'agroalimentaire. Quelques-unes seulement" osent" demander les spécialités
masculines: sur 1365 collégiennes observées, quatre se préparaient à devenir
électricienne, électronicienne ou mécanicienne. En revanche, les garçons
formulent à 77% des vœux pour les spécialités de production (mécanique,
électricité, électronique) et, quand ils choisissent le secteur tertiaire, ils sont aux
trois-quarts concentrés en comptabilité-gestion, en commerce-vente et en
secrétariat-bureautique. Alors que l'orientation en seconde générale et
technologique ne montre pas de différences sexuées, l'orientation en BEP reflète
la situation du marché de l'emploi, c'est-à-dire sa segmentation en emplois
majoritairement occupés par des femmes ou par des hommes et les inégalités
entre hommes et femmes, dans la mesure où les secteurs d'emplois dits
" féminins" (le tertiaire) offrent beaucoup moins de débouchés professionnels
aux détentrices de BEP.
L'orientation vers la première
L'orientation vers la première constitue le deuxième palier d'orientation
pour des élèves qui se sont dirigés vers le second cycle général et technologique.
Cette orientation déterminera le type de baccalauréat que les élèves prépareront.
Nous avons vu que l'orientation en seconde générale et technologique était
indépendante du sexe des élèves, nous allons voir maintenant que les filles et
garçons à la fin de la classe de seconde formulent des vœux différents. Le premier
constat suggère que la moitié des élèves de seconde demande une première S mais
seulement plus du quart (33%) des filles demandent une classe scientifique. À
l'inverse, le souhait d'intégrer une première L est formulé par 27% des filles et
10% des garçons. Les demandes de premières technologiques montrent des
9différences sexuées encore plus nettes. Les garçons demandent massivement une
orientation en sn (sciences et technologiques industrielles), nous avons noté
92% des demandes provenant des garçons, alors que les filles demandent
massivement la première SMS (sciences médico-sociales) avec 96% des vœux
exprimés. La première STT recueille également 69% des souhaits d'orientation de
la part des filles.
D'après tous ces résultats nous pouvons constater que l'orientation en
première S est sexuée. La meilleure réussite des filles devrait les conduire à
demander beaucoup plus souvent la première scientifique, étant donné que
celle-ci est dans le système français la plus prestigieuse; au contraire, les filles
majoritairement demandent une orientation vers des filières littéraires et tertiaires.
L'étude de l'origine sociale confirme le décalage entre les filles et les garçons en
première S. Quelle que soit l'origine sociale des élèves. "Le fait d'être une fille
plutôt qu'un garçon a un impact négatif d'ampleur comparable à celui associé aux
caractéristiques scolaires" pour l'orientation en première S3.
L'orientation après le baccalauréat
L'orientation après le baccalauréat représente le troisième palier
d'orientation. Cette entrée dans l'enseignement supérieur reflète les différences
d'orientation prises au lycée. Les séries empruntées par les élèves en première et
en terminale déterminent directement leur orientation dans l'enseignement
supérieur. Le caractère sexué des orientations observées se retrouve donc dans
l'enseignement supérieur. Les données recueillies auprès du panel 1989 montrent
que les garçons après le bac intègrent majoritairement des filières plus sélectives
comme les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), IUT, STS, alors que
les filles s'engagent le plus souvent (51%) dans des études plus longues à
l'université. Les différences d'orientation sont très profondes, lorsqu'il s'agit des
bacheliers généraux; les filles avec une meilleure réussite au baccalauréat sont
deux fois moins nombreuses à choisir une classe préparatoire aux grandes écoles
(19,9% des garçons et 9,9% des filles) et un IUT (14,6% des garçons et 6,6% des
filles). La même situation s'observe parmi les bacheliers technologiques: plus de
sept garçons sur dix intègrent un IUT ou une STS, alors que c'est le cas de la
moitié des filles seulement.
3
Caille J-P., Lemaire S., (2002), "Filles et garçons face à l'orientation ",
Education Formation, n063, op. cit., p. 117.
10Une autre étude4 analyse l'évolution, de 1996 à 2002, de l'orientation des
bacheliers après leur baccalauréat. La comparaison des orientations des filles et
des garçons ayant obtenu leur bac S à 18 ans ou moins montre les grandes
disparités des choix opérés par les filles et par les garçons. Les différences sont
fortes en 1996 et en 2002 : après le bac S les filles s'orientent beaucoup moins que
les garçons dans les filières plus sélectives, en CPGE ou en IUT. En 1996, elles
étaient 22,5% à demander une CPGE contre 40,1% des garçons, alors qu'en 2002
elles étaient 22,9% contre 38,8% des garçons. Les pourcentages des filles n'ont
pratiquement pas bougé entre 1996 et 2002 malgré les actions entreprises pour
inciter les filles à s'orienter vers les filières scientifiques et techniques. D'ailleurs,
il apparaît que, dans cette enquête, le sexe des élèves parmi d'autres
caractéristiques socio-démographiques (origine sociale, réussite scolaire) est le
seul facteur qui a un impact fort sur l'orientation, " à niveau scolaire et social égal
une fille s'orientera toujours moins souvent en CPGE qu'un garçon "s.
En 2003, la proportion des filles en CPGE est de 42%, dont 77% en classe
littéraire, 56% en classe économique et sociale et seulement 28,5% en classe
scientifique6. À ce constat s'en ajoute un autre: en 2003, elles représentaient 24%
des effectifs des écoles d'ingénieurs7. Dans l'ensemble des filières universitaires,
elles sont majoritaires et représentent 56% des effectifs, dont 73% en lettres, 67%
en sciences humaines et sociales, 64% en droit, mais seulement 27,8% en sciences
fondamentales et applications8 et 22% en sciences pour l'ingénieur9.
À ce niveau de la scolarité, la réussite scolaire joue un rôle important: un
bachelier sans mention au baccalauréat a peu de chances d'accéder à une CPGE.
Une enquêtelO sur la poursuite d'études des bacheliers 1999" avec mention" de
l'académie de Montpellier a montré que les titulaires des mentions bien (B) et très
bien (TB) sont des bacheliers" à l'heure" ayant suivi leurs parcours sans
redoublement, ils sont issus d'un milieu social favorisé et sont plus souvent des
filles que des garçons. En ce qui concerne la poursuite des études dans
l'enseignement supérieur, environ 45% des bacheliers ayant une mention B et TB
intègrent une CPGE (pour moitié des filles et moitié des garçons) ou une grande
4
Note d'information, "Que deviennent les bacheliers après leur baccalauréat
1996-2002?", n004-14.
S
Ibid, op.cit. pp.3.
6
Note d'information: 04-16
7 Note 03-51
8
Note 04-20
9
Note d'information: 03-45
10
Bloch D., Chamonard D., Boulenc J., Bernard A., (2001), "Les bacheliers
" avec mention" et leurs poursuites d'études ", Education Formation, n060.
11école à classe préparatoire intégrée, ils sont seulement 14% à choisir des études en
STS et 8% en IUT. Si on regarde la répartition des étudiants après le bac suivant le
type de baccalauréat, on constate que la poursuite des études des élèves ayant
obtenu une mention B ou TB se fait en majorité en classe préparatoire, ensuite en
DEUG et dans les classes préparatoires aux métiers de la santé. Les élèves ayant
obtenu un baccalauréat technologique avec des mention B et TB, se dirigent
d'abord en STS, ensuite en IUT, alors que les bacheliers titulaires du baccalauréat
professionnel et ayant obtenu des mentions B et TB intègrent pour la quasi-totalité
les sections de techniciens supérieurs.
Pourquoi s'intéresser aux représentations des métiers des adolescent-e-s ?
On a vu que les filles étaient sous-représentées dans les filières et les
métiers scientifiques et techniques industriels. Le métier d'ingénieur en est un
exemple remarquable: en 2002, les 80000 femmes ingénieurs qui exercent une
activité professionnelle ne représentent que 16% de l'ensemble des ingénieurs. De
plus, depuis une dizaine d'années, on constate une baisse importante du nombre
d'étudiants dans les filières scientifiques universitaires. Les représentants des
institutions publiques s'inquiètent et les chercheurs en éducation tentent
d'expliquer ces phénomènes. Plusieurs programmes ont été mis en place pour
essayer d'améliorer l'orientation scolaire et professionnelle des filles et des
garçons. En 1985, un programme d'action, "égalité des chances entre filles et
garçons à l'école", financé par CEE, avait pour objectif de faire prendre
conscience aux élèves des stéréotypes associés aux métiers supposés" féminins"
ou" masculins". La "Loi d'orientation" du 10 juillet 1989 stipule que" les
lycées et les établissements d'enseignement supérieur sont chargés de transmettre
et de faire acquérir connaissances et méthodes de travail et de favoriser l'égalité
entre les hommes et les femmes ". Enfin une" Convention pour la promotion de
l'égalité des chances entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes dans
le système éducatif" a été signée en 2000 par plusieurs ministres. Malgré les
actions entreprises par les pouvoirs publics dans le but de permettre aux filles une
orientation scolaire et professionnelle plus fréquente vers les métiers scientifiques
et techniques industriels, l'évolution reste limitée: les filles s'orientent
massivement vers les professions tertiaires et les garçons vers les professions
techniques industrielles. Constatant la stabilité de ces orientations très
différenciées, malgré la mixité des systèmes scolaires, les chercheurs ont tenté,
depuis un certain nombre d'années, de les comprendre. Ils ont fait l'hypothèse que
ces choix d'orientation des garçons et des filles au collège et au lycée étaient
principalement liés aux représentations des métiers que se font, à I'heure des
projets professionnels, les adolescentes et les adolescents qui y sont scolarisé-e-s.
12C'est pendant l'adolescence que beaucoup de changements se produisent
qui peuvent influencer fortement des préférences et des aspirations en termes de
projet professionnel. Etudier les représentations des métiers chez des élèves des
deux sexes aux moments cruciaux de l'orientation scolaire permettrait de mieux
comprendre ces choix différenciés liés sans doute à ces représentations associées
aux différents métiers, poussées souvent jusqu'aux stéréotypes, encore fortement
prégnants dans notre société. Plusieurs questions s'imposent: comment ces
représentations professionnelles se construisent-elles tout au long de la scolarité?
Quels sont les facteurs qui influencent les représentations professionnelles des
filles et des garçons et les poussent à s'engager dans les filières puis des carrières
professionnelles différenciées? Nous faisons I'hypothèse que la connaissance des
causes de cette différenciation des représentations des métiers selon le sexe
permettra de mieux agir et de mettre en place des actions qui amélioreront
l'orientation scolaire et professionnelle des élèves.
Cette étude de la littérature sur les recherches prenant pour objet les
représentations des métiers chez les élèves filles et garçons s'est donné pour
objectif de recenser les études francophones et anglophones portant sur la période
1984-2004. Avant d'en présenter les résultats, quelques précisions seront données
sur sa méthodologie.
Méthodologie de l'étude
Le corpus d'étude est composé de 68 études et recherches, dont 38
francophones et 30 anglo-saxonnes. Sur le champ de la littérature francophone les
articles ont été publiés dans les revues Orientation Scolaire et Professionnelle,
Questions d'orientation, Les cahiers internationaux de psychologie sociale,
L'Indécis, Bulletin de psychologie, Education permanente, Recherchesféministes,
Carriérologie, Orientation et Formation Professionnelle, Revue de psychologie
d'éducation et d'orientation. Les ouvrages, les rapports, les thèses et les
mémoires ont été retenus pour l'analyse.
Sur le champ de la littérature anglo-saxonne les articles publiés dans les
revues suivantes ont été retenus pour l'analyse: Journal of Vocational Behavior,
Sex Roles :A Journal of Research, Journal of Adolescent Research, The School
Counselor, Career Development Quarterly, Journal of Counseling Psychology,
Roeper Review, British Journal of Guidance and Counseling, The Sociological
Quarterly, Adolescence, British Journal of Educational Psychology.
La méthode de travail a consisté à chercher des études et des recherches
portant sur la représentation des métiers dans les revues qui traitent des questions
d'éducation, de sociologie, de psychologie, des études féministes et des
13d'orientation scolaire et professionnelle. Une des préoccupations souvent mises
en avant dans la littérature anglophone était le " développement de la carrière"
des adolescentes et les éléments qui contribuent au de carrières
scientifiques et techniques. Ces études sur le des carrières des
adolescentes apportaient de nouvelles perspectives dans la thématique des choix
professionnels. En prenant en compte ces nouveaux éléments, notre objet d'étude
a porté sur les représentations des métiers des adolescents et adolescentes et sur le
développement de leur choix professionnels. L'étude a concerné la tranche d'âge:
Il ans à 19 ans.
Les études :&ancophones(françaises, belges, suisses, québécoises) ont été
répertoriées et consultées dans les bibliothèques universitaires et publiques
:&ançaiseset pour certaines commandées par le prêt entre les bibliothèques, alors
que les études anglophones (anglaises, américaines et australiennes), pour la
plupart, ont été achetées sur Internet, mais également consultées dans les
bibliothèques françaises ou commandées dans leur pays d'origine par le service
de prêt de la BU Nanterre-Paris X.
Après la constitution du corpus, chacun des 68 documents retenus a fait
l'objet d'une analyse et de la rédaction d'une fiche de synthèse. Dans un
deuxième temps, ces documents analysés ont été classés par thèmes. Sept axes
principaux de la représentation des métiers chez adolescents ont été distingués
dans la littérature étudiée:
. Représentations des métiers" masculins ", " féminins" et " mixtes"
. des métiers selon le niveau scolaire et la filière
. Aspirations, sentiment de compétence et développement de carrière
. Influence familiale sur la représentation des métiers. Représentations des métiers non-traditionnels et des métiers scientifiques
. Cadre mixte et non-mixte de l'enseignement et représentations des métiers. Programmes de sensibilisation des filles aux métiers non traditionnels"
En centrant l'étude sur les représentations des métiers des
adolescent-e-s, ce livre présente les résultats de cette recherche documentaire. Un
premier chapitre exposera les modèles théoriques les plus :&équemment utilisés
dans ces recherches. Ensuite chaque chapitre présentera un des thèmes dégagés.
Le premier chapitre regroupe des études et recherches qui portent sur l'étude de la
représentation des métiers chez les adolescent-e-s en fonction de leur caractère
" féminin" ou " masculin ". Le deuxième regroupe des études et des recherches
qui ont pour objet d'étudier et de décrire les représentations des métiers et le
développement des choix professionnels des garçons et des filles selon les
différentes périodes de leur développement et leur niveau scolaire. Le troisième
chapitre regroupe les études et les recherches qui portent sur les aspirations des
14adolescents quant au choix de leur futur métier, sur les facteurs qui influencent le
développement de carrière et en particulier sur le sentiment de compétence dans
le processus de choix de carrière. Le quatrième chapitre présente les études qui
ont pour objet principal d'examiner l'influence familiale sur les projets
professionnels des adolescents et en particulier de vérifier si le modèle de la mère
pourrait influencer les filles et les aider à envisager des carrières prestigieuses. Le
cinquième chapitre regroupe des études et des recherches qui portent sur la
représentation des métiers non-traditionnels chez les filles et les garçons. Deux
études portant sur l'influence du cadre mixte ou non-mixte de l'enseignement sur
les projets d'orientation scolaire et professionnelle font l'objet du sixième
chapitre. Enfin, le septième chapitre recense des études qui portent sur les
programmes destinés à agir sur la représentation des métiers des adolescent-e-s et
à augmenter l'intérêt des filles pour des métiers non traditionnels.
15CHAPITRE 1. LES MODÈLES PSYCHOLOGIQUES DANS LES
TRAVAUX SUR L'ORIENTATION PROFESSIONNELLE
Dans notre champ d'étude qui porte sur vingt ans, nous avons pu constater
que quelques modèles dominent la littérature à la fois anglaise, américaine et
ftançaise : le modèle de Gottfredson qui propose le concept de compromis entre
aspiration idéale et espérance réelle; le modèle de Holland et sa théorie du " choix
vocationnel"; le modèle de l'apprentissage social de Bandura avec son
concept-clé du sentiment de compétence ou d'auto-efficacité qui semble exercer
une forte influence sur les recherches récentes de ce champ d'études.
1) Le modèle de Gottfredson
Il
En 1981, Linda Gottftedson a proposé une modélisation des
représentations des professions en les classant uniquement sur deux axes
simples: masculinité/féminité et niveau de prestige. Selon cette théorie, tous les
enfants prennent conscience d'abord du fait que les emplois sont différenciés
selon le sexe, ensuite que les différentes fonctions ont des niveaux de prestige
social inégaux. Le résultat de ces deux apprentissages cognitifs est que, à partir de
treize ou quatorze ans, tous les adolescents disposent d'une carte cognitive unique
pour se représenter les professions. Parmi tous les champs possibles de métiers,
une zone des choix de carrière acceptables peut être tracée selon trois critères: la
compatibilité du sexe perçu de chaque métier avec l'identité de sexe, la du niveau perçu de prestige de chaque métier avec le sentiment
d'avoir les capacités pour accomplir ce travail et la volonté de faire le nécessaire
pour obtenir le travail désiré. Cette carte des carrières acceptables déterminera le
choix à l'adolescence et, ultérieurement, les changements de métiers possibles.
Gottfredson propose aussi une théorie du compromis (1981, 1996). Selon
cette théorie, le compromis est un processus par lequel les individus changent
leurs aspirations pour des choix professionnels plus réalistes et plus accessibles.
Deux types de compromis sont identifiés par Gottfredson : anticipé et empirique.
Des compromis anticipés se produisent quand un individu s'aperçoit que le métier
qu'il a le plus désiré n'est pas un choix accessible ou réaliste. Les compromis
empiriques se produisent quand un individu modifie ses aspirations en réponse
aux expériences qu'il a faites en essayant d'obtenir un emploi. Puisque les
compromis anticipés sont des réponses aux perceptions de l'inaccessibilité, sans
Il Gottftedson L., (1981), "Circumscrition and compromise: A developmental
theory of occupational aspirations ", Journal of Counseling Psychology, 28, 6,
545-597.expériences réelles sur le marché du travail, ils peuvent se produire plus tôt dans
le processus du développement du choix professionnel.
2) Le modèle de Holland
12,Holland (1966) de son côté a proposé une théorie du "choix
vocationnel ", en distinguant six catégories d'intérêts professionnels (Réaliste,
Investigateur, Artistique, Social, Entreprenant, Conventionnel), correspondant à
des profils de personnalités différents. Il note que ces intérêts professionnels sont
inégalement répartis selon les sexes. Les garçons sont plus intéressés par les
carrières situées sur les facteurs réalistes (manuels et techniques) et investigateurs
(physicien, chimiste, biologiste, informaticien), alors que les filles sont plus
intéressées par les carrières situées sur les facteurs sociaux (services sociaux et
éducation) et conventionnels (secrétariat et comptabilité).
3) Le modèle de Bandura
Bandura a développé un concept de "sentiment de compétence" ou
d'" auto-efficacité" (self efficacy en anglais) dans le cadre de sa théorie sociale
13.cognitive (TSC) (1977, 1982) La TSC défend l'idée, contrairement au
behaviorisme, que ce ne sont pas seulement les environnements qui déterminent
les individus, mais que les individus et leurs environnements se déterminent
mutuellement. Pour la TSC, l'être humain est un être intentionnel, capable de se
donner des buts et d'en changer. D'autre part, la TSC souligne les rôles de
l'apprentissage par observation et de l'autorégulation. C'est ainsi que Bandura
s'intéresse aussi aux événements internes, en particulier le sentiment de
compétence.
À l'origine, celui-ci désignait les croyances de l'individu sur sa propre
capacité à réaliser les comportements adéquats pour obtenir un résultat. Puis sa
définition s'est élargie aux croyances des personnes sur leurs capacités à exercer
un contrôle sur leur vie et sur leurs capacités à mobiliser leurs connaissances
spécifiques et à accomplir des actions spécifiques pour réaliser telle tâche
spécifique. Le sentiment de compétence influe sur les buts (plus on se sent
12
Holland lL., (1966), The psychology of vocationnal choice, Waltham, MA:
Blasidell.
13
Bandura A., (1977), " Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral
change ", Psychological Review, 84 (2), 191-215.
Self-efficacy mechanism in human agency", AmericanBandura A., (1982), "
Psychologist,7, 122-147.
18compétent plus on peut se fixer des buts difficiles); sur les choix d'activités et la
persévérance face aux obstacles; sur l'efficacité à résoudre des problèmes; sur
l'autorégulation en orientant l'activité de sélection de situations et d'activités,
pour s'engager dans des situations susceptibles d'aboutir à un succès et éviter
celles où la personne s'attend à échouer. Ainsi Bandura suppose que la perception
subjective des chances de réussite peut déterminer en partie les comportements
concernant les choix de carrière et la manière de mener sa carrière professionnelle.
Le sentiment de compétence facilitera des comportements efficaces de
planification des carrières.
Hackett et Betz (1981) ont repris cette théorie pour comprendre les choix
d'orientation des adolescents et des adolescentes. Elles montrent que ces choix
peuvent s'expliquer conjointement par les intérêts et le sentiment de compétence.
On sait que les intérêts scolaires et professionnels sont modelés par les
apprentissages et les rôles de sexe et obéissent toujours à des stéréotypes de sexe
très traditionnels. Mais en même temps, les deux chercheuses ont montré
l'influence du sentiment de compétence sur ces choix. Ainsi des jeunes qui ne font
pas tel choix d'orientation, ne le font pas par manque de compétences objectives,
mais parce qu'ils ont un sentiment de compétence faible par rapport à ces études.
Ainsi un faible sentiment de compétence en mathématiques, même s'il ne
correspond pas à une faiblesse objective agit comme une barrière vis à vis de
certaines filières et d'un grand nombre de professions qui exigent des
" compétences quantitatives ". Et ce faible sentiment de compétence peut être lié
aux stéréotypes de sexe. Cette hypothèse de l'influence sociale des stéréotypes
souligne que le sentiment de compétence peut contribuer à expliquer les
différences de choix professionnel liées au sexe. Hackett et Betz ont montré en
effet que les filles s'estiment généralement moins compétentes que les garçons
pour les professions scientifiques. Pour expliquer ce résultat, elles ont suggéré que
la socialisation des filles leur fournit moins de possibilités de croire en leur
capacité d'exercer avec succès les métiers traditionnellement masculins et moins
de moyens d'accéder aux informations qui leur permettent de développer leur
sentiment de compétence. Si les filles ont moins confiance en elles-mêmes et dans
leurs capacités à réussir dans le domaine scientifique et technologique,
indépendamment de leur réussite dans ces domaines, elles seront moins motivées
à choisir ces carrières.
Hackett et Betz (1981)14 ont aussi étudié le développement de la vie
professionnelle des femmes dans la même perspective, en utilisant la théorie de
14
Betz N.E., Hackett G., (1981), "The relationship of career-related self-efficacy
expectations to perceived career options in college women end man ", Journal of
Counseling Psychology, 28(5), 399-410.
19

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