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Genre et éducation des filles

De
214 pages
Comment expliquer le retard et les inégalités dans l'instruction et la scolarisation des filles par rapport à celles des garçons ? Cet ouvrage met en évidence les croyances et les préjugés dans lesquels ceux-ci sont enracinés et il interroge le caractère normal et naturel de ces privilèges accordés aux garçons. Par une approche à la fois historique et philosophique, il analyse les "théorisations" qui sont censées les légitimer. Mais la mise en perspective historique montre aussi que les conceptions de l'éducation des filles ne vont pas sans susciter des paradoxes et des conflits.
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En couverture : École primaire de filles, vers 1900 (Baugé, Maine-et-Loire),Leçon de choses : botanique © Réseau Canopé - Le Musée national de l’Education.
978-2-343-11109-4 22,50 €
Nicole Mosconi
GENRE ET ÉDUCATION DES FILLES
Des clartés de tout
Préface d’Alain Vergnioux
Genre et éducation des filles
Pédagogie : crises, mémoires, repères Collection dirigée par Loïc Chalmel, Michel Fabre, Jean Houssaye et Michel Soëtard  La collection « Pédagogie : crises, mémoires, repères » répond à un triple objectif : 1 - Elle se propose de soumettre à la réflexion théorique les problématiques et les situations de crise qui agitent le monde pédagogique. 2 - Elle vise à vivifier les mémoires historiques capables d'éclairer le pédagogue pour l'action présente. 3 - Elle entreprend de décrypter les repères philosophiques, éthiques, politiques qui portent le pédagogue en avant des réalités. Dernières parutions Jean-Marie LABELLE,Apprendre les uns des autres. La réciprocité source d’éducation mutuelle, 2017. Dominique KERN,La recherche sur la formation et l’éducation des adultes dans la deuxième moitié de la vie, 2016. Jean-Luc RINAUDO et Patricia TAVIGNOT (coord.),Le changement à l’école. Sources, tensions, effets, 2016. Ines BARBOSA DE OLIVEIRA,Le Curriculum, une création quotidienne émancipatrice : l’expérience brésilienne, 2016 Véronique HABEREY-KNUESSI et Jean-Luc HEEB (Dir.),Pour une critique de la compétence. La question du sujet et de la relation à l’autre, 2015 Edwige CHIROUTER,L’enfant, la littérature et la philosophie, 2015. Émilie DUBOIS,La pédagogie àReggio Emilia, cité d’or de Loris Malaguzzi, 2015. Martine JANNER-RAIMONDI (dir.),Elèves en difficulté : tout un programme. Programme personnalisé de Réussite éducative, 2014. POTEAUX Nicole et GREMMO Marie-Josée (dir.),La médiation éducative entre dispositif et espace, Essai de conceptualisation, 2014. NAOUAR Oussama,Paulo Freire : figures du pédagogue, imaginaire du pédagogique, 2014. WEISSER Marc,Le chercheur, sa recherches, ses méthodes. De quelques questions épistémologiques aux Sciences de l’Éducation, 2014. UBRICH Gilles,La méthode intuitive de Ferdinand Buisson : histoire d’une méthode pédagogique oubliée, 2014.
Nicole Mosconi Genre et éducation des filles
Des clartés de tout
De la même auteure
La mixité dans l'enseignement secondaire : un faux-semblant ?, Paris, PUF, coll. "Le pédagogue", 1989.
Femmes et savoir, La société, l'école et la division sexuelle des savoirs, Paris, L'Harmattan, coll. Savoir et formation, 1994.
Nicole Mosconi (ed.),Égalité des sexes en éducation et formation,Paris, PUF, coll. « Biennale de l’Éducation et de la Formation », 1998.
De la croyance à la Différence des sexes, Paris, L’Harmattan / Éditions Pepper, 2016.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11109-4 EAN : 9782343111094
PRÉFACE La question des inégalités entre hommes et femmes, filles et garçons a été étudiée par les sciences humaines et sociales de façon multiple au cours des dernières décennies, et les études féministes ont analysé et dénoncé les injustices qui en procèdent en termes de droits politiques et sociaux, de carrières professionnelles et de salaires, de reconnaissance dans les domaines de la culture et de la création. Plus originale est leur analyse historique, la recherche et la mise à jour des préjugés, des représentations qui fondent les croyances en la supériorité masculine et la légitiment à travers des dispositifs institutionnels ou symboliques, mais le travail proprement philosophique ne commence qu’à partir du moment où l’on s’attache à l’analyse des « théorisations » de ces inégalités, qu’on les réfère à des essences, une naturalité immanente, ou à des convictions scientifiques. Le travail exemplaire de Nicole Mosconi dans ce domaine est de lier les deux approches, de la mise en perspective historique et de l’analyse philosophique. Le présent ouvrage rassemble des recherches qui s’étalent sur les vingt dernières années et qui parcourent un champ problématique qui va de Comenius aux études les plus récentes. Cet examen soulève une question centrale : comment expliquer la permanence, la persistance des discours de l’inégalité et leur continuité historique ? La première réponse est qu’ils sont enracinés dans la croyance en des inégalités sexuées et que les différenciations de sexe établissent de façon ontologique des différences entre les hommes et les femmes en termes de capacités, de traits de caractère, leur assignant des destinées et des statuts sociaux distincts ; ces systèmes de différenciations entérinent de fait les situations d’infériorité et de soumission des femmes à un ordre politique, culturel et social essentiellement masculin. Encore faut-il en démonter les mécanismes. Nicole Mosconi montre qu’à partir et en prolongement des hypothèses sur les différences de sexe, l’éducation dévolue aux filles ou aux garçons occupe une fonction décisive, que ce sont les conceptions différencialistes de l’éducation des filles, la place, le rôle et les objectifs qu’on lui accorde, qui assurent à travers les époques, la pérennité de ces inégalités.
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GENRE ET ÉDUCATION DES FILLES
Mais la mise en perspective historique montre aussi que les conceptions de l’éducation des filles ne vont pas sans contradictions ou paradoxes. À la fois, dira-t-on, il est nécessaire d’instruire les filles, mais en même temps certains savoirs leur seront refusés qui risqueraient de les pervertir ou de les éloigner de leur vocation première ; les éducateurs républicains de la Troisième République proclament d’un côté l’égalité scolaire de tous les enfants mais de l’autre, ils ménagent aux deux sexes des parcours différents (et hiérarchisés) ; on voit que même au sein des projets égalitaires (co-éducation, mixité), les distinctions essentielles subsistent, etc. Ce sont des questions que les historiens de l’éducation ont nettement mises en lumière ; il est plus spécifiquement philosophique en revanche de faire porter la réflexion, au-delà de la description, sur la façon dont tout cela a été théorisé, argumenté, etin finepolitiquement, socialement et institutionnellement légitimé. Le travail philosophique mené par Nicole Mosconi est donc de définition et d’analyse critique des théorisations pédagogiques de l’éducation des filles et d’en faire une sorte d’épistémologie générale en en dégageant les invariants. Initialement, il s’agit de comprendre le retard dont souffre historiquement l’instruction des filles et qui reste une constante : au Moyen Âge, elles sont exclues des Universités, mais cela se vérifie toujours au XIXe siècle ; quand la scolarisation primaire se généralise, priorité est encore donnée à la formation des garçons tandis que l’éducation des filles, toujours plus courte, les renvoie immanquablement à l’espace du foyer ; jusqu’à la fin du XXe siècle certaines formations leur demeureront fermées. Il est très étonnant de noter que les raisons,mutatis mutandis! Ces différenciations et ces, en sont toujours les mêmes privilèges sont en effet présentés comme naturels, normaux, voire nécessaires, mais que désignent au juste ces notions ? Que signifie ici ‘naturel’ ? Les analyses développées au fil des chapitres démontrent que l’on a affaire à un ensemble de thématiques et de concepts qui reposent sur une division des savoirs et des compétences entre les deux sexes, légitimant et reproduisantde factola séparation des places et des statuts au sein de la société. Comment expliquer, en effet, demande Nicole Mosconi, que le nouvel ordre politique mis en place par la Révolution Française, fondé sur les principes universels de liberté et d’égalité des droits, ait perpétué dans l’éducation des normes et des systèmes de valeurs, agencés de façon à assurer la domination masculine dans toutes les sphères de la société, sinon parce que l’éducation est une ‘machine de
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PRÉFACEpouvoir’ (pour reprendre l’expression de Michel Foucault) et d’inculcation très efficace ? L’examen montre en outre que, dans le domaine de l’éducation, les discours de justification s’appuient sur un petit nombre de thématiques : ‘l’égalité dans la différence’, la spécificité des qualités féminines que l’éducation doit distinguer et cultiver et dont la médecine et la biologie au XIXe siècle argumentent à nouveaux frais la ‘naturalité’, l’idée d’un partage fonctionnel des tâches et des responsabilités sociales… Ces différentes thématiques se recouvrent et se renforcent, elles font bloc, forment un système compact, tenace, qui, quand il est contesté (et il le fut à maintes reprises au XIXe et XXe siècle) retrouve sa position d’équilibre et son évidence. Il est en effet renforcé aux deux pôles par l’idéologie dominante ‘diffuse’ d’une supériorité immanente des hommes sur les femmes et par la force de conviction qu’imposent des modèles scientifiques d’explication de type déterministe. De Molière à Rousseau et Mary Wollstonecraft, de Comenius à Mgr Dupanloup, de Camille Sée à Cabanis ou Henri Marion, Nicole Mosconi démonte avec minutie les théorisations pédagogiques qui organisent l’éducation des filles, dégage avec acuité les mécanismes normatifs de différenciation et de hiérarchisation qui les conditionnent et montre comment ils perdurent à travers leurs transformations et ajustements contextuels. La mise en perspective historique, la rigueur de l’analyse et la pertinence des hypothèses cumulent leurs forces pour faire de cet ouvrage une synthèse inédite et puissante. L’ouvrage de Nicole Mosconi devrait désormais faire référence. Alain Vergnioux
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INTRODUCTION Dans une société comme la nôtre, qui se considère généralement comme démocratique, il n’est pas rare que des jeunes femmes instruites, indépendantes, se trouvent en butte, de façon plus ou moins ouverte, à des jugements hautains voire méprisants, autoritaires voire insultants, qui les renvoient brutalement à leur statut de femme ; comme il n’est pas rare non plus que des maris, des pères, ouverts, aimants, manifestent dans certaines situations, au milieu de discussions un peu vives, des sursauts d’autoritarisme, irrationnels, à l’encontre de leurs compagnes ou de leurs filles. De leur côté, le cinéma, les séries télévisées et une partie de la production romanesque ont tendance à donner des femmes une image, plutôt traditionnelle, qui reflète peu les progrès que les femmes ont accomplis aujourd’hui dans de nombreux domaines de la vie publique. Peut-être trouvera-t-on dans une certaine littérature enfantine, dans certains dessins animés que les chaînes diffusent le matin à l’intention des enfants, des représentations d’une tonalité différente, où, dans les groupes d’enfants, les filles savent se montrer intrépides et courageuses et peuvent avoir l’initiative à l’égal des garçons. Il n’empêche, force est de constater l’insistance, la rémanence de divisions entre les sexes qui s’appuient sur des schémas, des croyances, des argumentations, qui différencient et hiérarchisent les femmes et les hommes, les filles et les garçons, tendant à reconduire et à légitimer la domination masculine. Dans ce monde où les « privilèges » sont censés avoir été abolis en 1789, pourquoi les garçons/hommes du fait qu’ils ont été doués à la naissance d’un état civil masculin ont-ils gardé des « privilèges » dont les filles/femmes sont privées en vertu de leur sexe d’état civil ? Face à un tel questionnement, plusieurs sortes d’analyse peuvent être faites, sociologiques et historiques. Mais, dès lors que l’on se demande si ces « privilèges » sont « naturels », « normaux », et s’ils sont « justes », on est renvoyé à des questions plus radicales : qu’est-ce qui est « naturel », qu’est-ce qui est « normal », qu’est-ce qui est « juste » ? On est conduit à des questionnements philosophiques sur ce que peuvent bien signifier la justice, le droit, la liberté, l’égalité, l’égalité des droits, et la devise de notre République : liberté, égalité, « fraternité » - ce terme qui rappelle
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