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Internet : interactions et interfaces

434 pages
Les travaux présentés sont issus du 10e séminaire M@rsouin, groupement d'intérêt scientifique réunissant grandes écoles bretonnes et acteurs publics et privés sur les stratégies des technologies du numérique. Les deux premières parties du livre traitent respectivement du handicap et de l'apprentissage. La troisième des réseaux sociaux. La quatrième du marketing. La cinquième s'intéresse à la pratique artistique. La sixième fait écho à l'apprentissage. La dernière partie concerne les blogs et les communautés.
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Sous la direction de Internet : interactions
Godefroy Dang Nguyen et Sylvain Dejean
et interfaces
mesure & analyse des usages numériques
M@rsouin est un Groupement d’intérêt scientique né de la volonté commune du conseil Internet : interactions
régional de Bretagne, des universités et grandes écoles bretonnes, d’orir aux acteurs privés
et publics un éclairage sur les stratégies d’appropriation des technologies du numérique. et interfaces
M@rsouin fédère les centres de recherche en sciences humaines et sociales travaillant sur
les usages des technologies de l’information et de la communication en Bretagne.
Les travaux présentés sont issus du 10e séminaire M@rsouin. Cet ouvrage a été organisé en
sept parties. Les deux premières parties traitent respectivement du handicap et de
l’apprentissage. La troisième partie traite d’un thème qui prend de plus en plus
d’importance dans la recherche sur les usages des TIC : les réseaux sociaux. La quatrième
partie aborde un thème très présent dans M@rsouin depuis de nombreuses années : le
marketing. La cinquième partie évoque un thème nouveau, à savoir l’usage des TIC dans la
pratique artistique. Le sixième thème fait écho à l’apprentissage et renvoie à la transmission.
La dernière partie rassemble les papiers concernant les blogs et les communautés.
mesure & analyse des usages numériques
e e
Actes du 10 séminaire Actes du 10 séminaire
ISBN : 978-2-343-01740-2
41 €
MARSOUIN_GF_CREACH_INTERNET-INTERACTIONS-INTERFACES.indd 1 18/03/14 22:18
11100100111001011000101000101010001010010111010110110100110011010001001010101000101001011100010100010101010110010011100010110001001110010110010101101000101011000011100100111001011001010101010011000101010010001010001000101011101010001010101001100100010111010110101010101010010010100110100101010100101100100010100010111000101110110111000101001011100000101001001011001100100101100101000100010010100010101010011011001001001100100111001v01100101010010001100100101010011011001110100010111010101001001010101001000101001011101011101010010100010101010011000101100101010100011100010101000100010110011100110001001100010100101110101010010011001101001010100110010
Sous la direction de
Internet: interactions et interfaces
Godefroy Dang Nguyen & Sylvain Dejean








Internet :
interactions et interfaces




























































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01740-2
EAN : 9782343017402
Sous la direction de
Godefroy Dang Nguyen & Sylvain Dejean









Internet :
interactions et interfaces








eActes du 10 séminaire M@rsouin












Sommaire

AVANT-PROPOS ............................................................................................. 11
PARTIE 1
NUMÉRIQUE ET HANDICAP ..................................................................... 15
Chapitre 1
Les nouvelles technologies à l’épreuve des aînés. Représentations-projets
des concepteurs et modes de vie des usagers ..................................................... 17
Carolina GUTIERREZ RUIZ, Simone PENNEC
Chapitre 2
Les Tic dans la relation de communication handicapée ..................................... 37
Marine GUYOMAR, Sandrine RANNOU, Maryvonne ABRAHAM
PARTIE 2
NUMÉRIQUE ET APPRENTISSAGE ......................................................... 57
Chapitre 1
Technologies numériques et apprentissages : Observatoire des cadres de
référence et des discours .................................................................................... 59
Jacques KERNEIS, Florence THIAULT
Chapitre 2
« Réformistes » et « Académiques », deux profils d’enseignants-chercheurs
face aux outils numériques. ................................................................................ 81
Sonia LEFEUVRE
Chapitre 3
Les pratiques d’apprentissage des adultes en FOAD : effet des styles
et de l’auto-apprentissage .................................................................................. 99
Jean FRAYSSINHES
Chapitre 4
La professionnalisation des animateurs multimedia en question ?
Usages, formations et médiations numériques ................................................. 121
Pascal PLANTARD
PARTIE 3
LES RÉSEAUX SOCIAUX .......................................................................... 137
Chapitre 1
L’appropriation des réseaux sociaux professionnels par les jeunes diplômés . 139
Arnaud POVEDA Chapitre 2
Les leaders d’opinion sur les réseaux sociaux numériques : proposition
d’indicateurs informationnels de mesure à l’usage des stratégies marketing
des entreprises .................................................................................................. 153
Marie HAIKEL-ELSABEH, Camille ALLOING
Chapitre 3
De l’intime au manifeste : la gestion des espaces de visibilité sur facebook ... 175
Laurent MELL
PARTIE 4
MARKETING ................................................................................................ 191
Chapitre 1
Étude des Perceptions de la Réalité Augmentée .............................................. 193
Stéphanie GAUTTIER
Chapitre 2
La place des médias sociaux dans la communication des institutions culturelles :
une étude exploratoire ...................................................................................... 211
Claire GAUZENTE, P ascale KUNTZ-COSPEREC, Christine PETR
Chapitre 3
L’œuvre vue à travers une tablette mobile : Quid des comportements
d’appropriation culturelle et des modes de réception artistique ? .................... 227
Christine PETR, Elisa NGARY
Chapitre 4
Gratuité sur Internet : l’émergence d’une culture de consommation ? ............ 249
Alix POELS
PARTIE 5
CULTURE ET ART ...................................................................................... 265
Chapitre 1
Figures de la bande dessinée numérique. Un regard sur la variété de création. .... 267
Anthony RAGEUL
Chapitre 2
eMOTION - Pour une identité i-Mobile .......................................................... 281
Ghislaine CHABERT, Marc VEYRAT
Chapitre 3
« Tout le monde est graphiste » ?
Le graphisme à l’époque du graphisme de masse. ........................................... 301
Pierre BRAUN
8 PARTIE 6
TRANSMISSION ........................................................................................... 319
Chapitre 1
Home movies : la famille à l’époque de sa reproductibilité numérique ........... 321
Giuseppina SAPIO
Chapitre 2
Usages d’Internet et pratiques culturelles : réduction ou renforcement
des inégalités ? ................................................................................................. 339
Stéphanie CASSILDE et Ludivine MARTIN
Chapitre 3
Du Barzhaz Breizh au Breizhoweb. Un regard sur la transmission
du patrimoine culturel et la langue bretonne dans l’espace numérique. .......... 365
Jean-François BLANCHARD
PARTIE 7
BLOGS ET COMMUNAUTÉS .................................................................... 385
Chapitre 1
Les GULL, une territorialité hybride ?
Le cas de Giroll ................................................................................................ 387
Pierre-Amiel GIRAUD
Chapitre 2
Le blog du politique : quel « logique d’usage » ? ............................................ 405
Madalina VLASCEANU
Chapitre 3
Les parties prenantes de la blogosphère infodoc ............................................. 421
Bérengère STASSIN


9 AVANT-PROPOS


Cet ouvrage est la troisième parution des Actes du Séminaire annuel de
M@rsouin. Celui-ci est le rendez-vous désormais habituel des chercheurs
bretons en sciences humaines et sociales travaillant sur les usages des
technologies de l’information et de la communication (Tic). Mais il déborde son
cadre régional pour accueillir également des communications de la communauté
francophone. Le soutien sans faille du Conseil régional de Bretagne à cette
manifestation et plus généralement au Gis M@rsouin lui-même, permet
d’organiser ce séminaire dans un cadre convivial et facilite aussi la diffusion
des connaissances ainsi produites grâce aux actes. Cette année les organisateurs
du séminaire ont voulu « marquer le coup » d’un dixième anniversaire, en le
tenant en résidence au sein du site très particulier d’Océanopolis à Brest.
eMonsieur Gwenegan Bui, député de la 4 circonscription du Finistère, à
l’époque Vice-Président du Conseil régional en charge de l’aménagement du
territoire et du numérique, nous a fait l’honneur d’ouvrir nos journées.

Il ne s’agit pas d’un colloque. Les thématiques sont a priori « ouvertes », et la
caractéristique essentielle est l’interdisciplinarité. Pendant un jour et demi, les
chercheurs de disciplines très différentes tentent de se comprendre, de se
confronter, de dialoguer. Ils regardent leur objet commun, l’observation des
usages des Tic, avec des angles de vue complètement différents. Mais ils sont
conscients que c’est sans doute la meilleure façon d’avoir la perception la plus
précise de cet objet.

Cette année, outre le dixième anniversaire, nous avons octroyé une place bien
plus grande aux recherches en cours des doctorants, en ne les reléguant pas à
une « séance poster ». Celle-ci est en effet toujours tronquée par le « social
grooming », « l’épouillage social » comme dit Durnbar, des participants qui
profitent de ces séances pour discuter entre eux plutôt qu’avec les exposants.
Aussi avons-nous décidé que les doctorants exposeraient en public, ce qui était
un stress supplémentaire pour eux mais portait une promesse, celle d’être
publiés dans les présents actes.

Dans conditions, cet ouvrage est forcément une gageure. Comment donner une
unité à des champs disciplinaire hétérogènes, à des objets de recherche souvent
éloignés les uns des autres, à des travaux aboutis et d’autres en construction ?
Certes, c’est le lot de toute publication d’actes de conférence, mais dans notre
cas l’interdisciplinarité rajoute une contrainte supplémentaire. Nous avons
malgré tout cherché à donner une structure, parfois un peu artificiellement. Mais
nous pensons que cela peut aider le lecteur dans son exploration de l’ouvrage.
11 Par ailleurs, en affichant de grandes têtes de chapitre nous identifions les
champs d’observation des usages dans lesquels la recherche locale (mais pas
seulement) est impliquée.

Un premier champ est celui du handicap. C’est un thème qui revient
régulièrement dans les séminaires M@rsouin, car il y a au moins deux équipes à
Brest qui travaillent depuis de nombreuses années sur ce thème. L’une autour de
Simone Pennec au sein de l’Atelier de recherche sociologique de l’Université de
Bretagne occidentale, a pour focale principale le contexte social du
vieillissement, dont le numérique est un objet d’étude complémentaire car les
Tic peuvent réduire l’isolement, pallier certaines déficiences acquises avec
l’âge. La seconde équipe, de Telecom Bretagne, travaille avec Maryvonne
Abraham sur le contexte d’usage par des handicapés souffrant d’une capacité
très réduite de communication, d’une invention de la chercheuse, l’écriture
pictographique. Celle-ci établit une traduction de l’écriture en français sous
forme de pictogrammes, et ouvre de nombreuses perspectives pour la
communication entre le handicapé et le soignant.

Le second champ présenté dans l’ouvrage est celui de l’apprentissage. Là
encore la recherche en Bretagne est particulièrement féconde notamment au sein
du CREAD, et ce thème est aussi récurrent dans les séminaires M@rsouin. Les
quatre communications éclairent de manière complémentaire cet objet de
recherche multiforme. La première étudie un corpus de textes qui traitent du
rôle des Tice (Tic pour l’enseignement). L’objet est d’y dégager, au-delà d’une
objectivité apparente d’un discours scientifique dont ils se parent, les finalités
sous-jacentes assignées aux Tice : faire évoluer l’enseignement, rendre plus aisé
l’apprentissage, mettre les acteurs (enseignants et apprenants) en capacité de
s’approprier les Tic. La seconde communication (Lefeuvre) montre à partir
d’entretiens, que les enseignants dans le supérieur se divisent en deux
catégories vis-à-vis de leur réception des Tic : la première est réticente car cela
remet en cause la finalité universelle de leur métier, la seconde est favorable car
elle estime que l’université doit répondre aux attentes de la société et que
l’usage des Tic fait partie de ces attentes. La troisième communication
(Freyssinhes) se place du point de vue de l’apprenant, et montre que le taux
d’échec dans l’auto-apprentissage n’est pas imputable à un prédéterminisme
socio-culturel ou à une psychologie particulière, car on trouve des succès dans
tous les « styles » d’apprentissage. C’est plus une capacité individuelle
d’autonomie qui semble être un dénominateur commun de ceux qui réussissent
leur auto-formation. Enfin la dernière communication (Plantard) propose un
schéma général du mécanisme d’appropriation des Tice, qui pourrait, selon
l’auteur, être utile aux médiateurs, les acteurs qui facilitent l’auto-apprentissage.
Son schéma repose sur une boucle : représentations/ pratiques/ usages/
« techno-imaginaires ».
12 La troisième partie traite d’un thème qui va prendre de plus en plus
d’importance dans la recherche sur les usages des Tic, celui des réseaux
sociaux. Parmi les trois communications ici présentées, la première (Poveda)
évoque les usages des réseaux socio-professionnels par les jeunes en recherche
de premier emploi. Il montre que si des différences de comportements obéissent
à des logiques sociales, la finalité d’une présence sur ces réseaux n’est pas
seulement l’objectif utilitaire de trouver un emploi, mais participe aussi d’une
construction identitaire sous le regard des autres, comme pour les réseaux
sociaux non professionnels. La seconde communication (Haikel-Elsabeh et
Alloing) évoque l’usage des réseaux sociaux par les entreprises pour repérer les
leaders d’opinion et en faire des vecteurs de message promotionnel. La
communication montre que la notion de leader d’opinion sur le Web est difficile
à appréhender, fugace et « contextuelle », au sens où elle doit être autant
construite par l’entreprise en fonction de ses besoins, que mesurée par des
indicateurs objectifs. Enfin la troisième communication (Mell) évoque les
comportements de dévoilement et de gestion de la vie privée sur Facebook. Elle
montre que cela ne se réduit pas à ajuster les paramètres de confidentialité, mais
que les membres apprennent à gérer leur dévoilement de soi avec le contexte de
communication dans lequel celui-ci intervient.

Le quatrième thème est aussi très présent dans M@rsouin depuis de nombreuses
années et concerne le marketing. Mais comme il s’agit d’un thème large, les
questionnements sont renouvelés d’une année sur l’autre. La perception de la
réalité augmentée (Gauttier) est pour la première fois traitée, en liaison avec les
avancées de la technologie qui rend désormais ce service envisageable dans le
grand public. La perception est étudiée sur un double échantillon (français/
russe) à partir du modèle TAM (technology acceptance model). Les premiers
résultats donnent des perspectives d’approfondissement pour une investigation
plus large. Le second papier (Gauzente, Kuntz-Cosperec, Petr) concerne l’usage
des réseaux sociaux par les institutions culturelles. Celles-ci ont perçu
l’enrichissement qu’apportent les réseaux sociaux, notamment en permettant de
ne plus voir un public indifférencié, mais des « gens » avec qui il est possible
d’interagir, pour le bénéfice de tous. Le troisième papier (Petr, Ngary) évoque
l’usage d’une tablette en soutien d’une visite des musées. Il montre que le gain
« culturel » n’est peut être pas encore aussi grand qu’attendu mais reflète une
« preuve d’engagement » de la part des institutions pour attirer un public jeune.
Enfin le quatrième papier (Poels) évoque la gratuité. Il cherche à poser un cadre
d’analyse de ce comportement largement pratiqué sur Internet.

La cinquième partie évoque un thème nouveau pour M@rsouin, l’usage des Tic
dans la pratique artistique. Le premier papier (Rageul) analyse la bande dessinée
numérique, et pointe du doigt les éditeurs, qui commencent à s’emparer de cet
objet, en limitant la forme d’expression à quelques formats préétablis, bridant
13 ainsi la créativité des auteurs et confinant leur rhétorique. Le second papier
(Chabert, Veyrat) traite de l’usage du smartphone en tant qu’objet
« d’imprégnation », fournissant des outils de création artistique et d’exploration
de l’environnemnt spatial tout en bousculant l’identité de chacun par la porosité
qu’il installe entre public et privé. Enfin le troisième papier traite de la diffusion
des outils graphiques dans le grand public montrant « un retour à un état
sauvage d’agencements textuels et iconographiques ». Par opposition les
professionnels reviennent à une conception « manuelle de typographies et de
maquettes ».

Le sixième thème fait écho à l’apprentissage et renvoie à la transmission. G.
Sapio forge le concept de « méta famille » pour décrire les réflexions et actes de
distanciation que provoquent les « films de famille » facilités par le numérique.
Les images aident ainsi la famille à prendre conscience des dynamiques qui la
caractérisent. Le second article (Cassilde et Martin) évoque les inégalités dans
la pratique culturelle. Il souligne le creusement d’une fracture provoquée par le
recours à Internet dont sont exclues les personnes âgées et déjà à faible capital
culturel. Le troisième papier analyse la transmission du patrimoine culturel
breton. Il montre que la préservation de la langue est au cœur des stratégies de
communication sur le Web et que la « patrimonialisation » prend tout son sens
dans l’espace numérique.

Enfin la dernière partie traite d’un thème qui est aussi habituel aux séminaires
M@rsouin, celui des blogs et des communautés. Le premier texte (Giraud) rend
compte des pratiques de communication au sein d’une communauté associative
de diffuseurs de logiciels libres en Gironde. Comme ils assurent également un
service d’initiation, la proximité géographique a son importance, mais ce que
montre le papier, c’est que la mobilité est plus importante que l’hybridation
entre logique territoriale et proximité permise par les réseaux. Le second papier
(Vlasceanu) analyse les blogs que tiennent les hommes politiques. Il montre que
la participation et l’interaction qui en résulte ne sont pas naturelles, et plutôt
instrumentalisées (plus fréquentes en période électorale), car cette participation
ne peut se construire que sur le long terme. Enfin le dernier texte (Stassin)
évoque les blogs de « l’infodoc » et montre qu’ils ne sont pas réservés à un
public de professionnels mais interagissent avec d’autres types de blogs
(marketing, high tech, politique). Les titulaires des blogs assurent des
médiations « mosaïques …permettant des communications intracom-
munautaires ou intercommunautaires, transprofessionnelles ou interdis-
ciplinaires ». Godefroy Dang Nguyen, directeur scientifique
14

PARTIE 1
Numérique et Handicap

Chapitre 1
Les nouvelles technologies à l’épreuve des aînés.
Représentations-projets des concepteurs et modes
de vie des usagers


Carolina GUTIERREZ RUIZ, Simone PENNEC
Atelier de Recherche Sociologique (E4 3149) UBO.
MADoPA,
Centre Expert, CNR-SDA ; CERAPS, UMR8026, CNRS.


Résumé
À partir de l’analyse de 3 expérimentations (2003-2012) qui mettent en scène
l’interface homme-machine par l’intégration de technologies à domicile, la
présente communication porte sur les propositions des dispositifs
technologiques dans l’habitat destiné aux personnes âgées, sur leurs
appropriations et leurs usages. Pour ce faire, sont exposées les logiques des
concepteurs de ces technologies et celles des récepteurs-expérimentateurs en
considérant les effets de contexte des différentes expériences. Il s’agit de
questionner les formes des intérêts des aînés pour les Tic au travers de trois
interrogations principales : pour quelles technologies, avec quelles méthodes de
conception des techniques et des usages, pour quels services et selon quels
modes d’intégration à domicile.

Mots clefs : Nouvelles technologies, Télécommunication, Télé-Assistance,
Logement, « Habitats intelligents », Concepteurs, Utilisateurs, Personnes âgées.



17 1. Introduction

À partir de trois expérimentations françaises suivies entre 2003 et 2012,
développant des services d’assistance pour les aînés dans leur logement (en
domicile indépendant ou en établissement), nous analysons les interactions
entre les acteurs à l’initiative des projets : communautés scientifiques,
promoteurs, industriels et les utilisateurs des dispositifs.

Depuis les années 1960, les politiques publiques préconisent « le maintien à
domicile des personnes âgées », en France comme dans nombre de pays. Nous
interrogeons ici la mise en pratique du maintien à domicile dans des « habitats
intelligents », en étudiant le processus de construction des pratiques des usagers
ainsi que les outils mis en place pour les conforter. Pratiques qui s’appuient sur
des représentations communes qui sont souvent référées au champ professionnel
médical par nombre de promoteurs des techniques nouvelles.


1Trois études de cas

Les expérimentations étudiées sont menées dans le cadre de projets pluri-
partenariaux comportant des académiques (Sciences et techniques,
Sciences sociales, Sciences médicales), des acteurs publics et privés,
industriels, entreprises de services, dont la composition varie selon les
projets considérés. Plusieurs dispositifs sont considérés dans différents
espaces et territoires.

 Cas A (2003-2006), expérimentation à domicile (n=4)
 Cas B (2006-2009), expérimentation en logement de résidence
(n=11)

Dispositifs :

 Des logements équipés en Technologies pour maintenir le lien
social ;
 Une plateforme de services permettant l’échange d’informations et
de communications par le moyen du téléviseur ;
 Trois services : recevoir et répondre aux messages via le téléphone
fixe; recevoir des photos et recevoir des informations locales.



1 Les études sociologiques ont été conduites sous la direction de Simone Pennec (ARS-UBO)
dans le cadre de recherches soutenues par le Pôle de compétitivité Images et Réseaux.
18  Cas C (2009-2012), expérimentation à domicile (n=2)

Les dispositifs sont ici plus nombreux et les services visés plus étendus :

 Technologies pour le lien social et la télé-alarme par une
plateforme de services permettant l’échange d’informations et de
communications par le moyen du téléviseur ;
 5 services : recevoir et répondre aux messages via le téléphone fixe ;
recevoir des photos ; recevoir des messages relatifs à son agenda, des
informations sur la programmation domotique et des informations
nationales ;
 Des logements équipés en Technologies d’assistance pour les
tâches de la vie quotidienne, en soutien ou en suppléance, à travers
la domotique : automatisation des équipements par le pilotage à
distance ;
 Technologies pour renforcer la sécurité à domicile par
l’installation de capteurs incluant des détecteurs de mouvement qui
permettent de localiser la personne, des capteurs de contact sur
portes, sur équipements de cuisine, sur lit ou sur fauteuil.

Les deux premières expériences A et B relèvent d’une même équipe
d’ingénieurs, tandis que l’expérience C va associer cette équipe à une nouvelle
équipe d’ingénieurs. Les services visés s’étendent comme le signale le tableau
précédent et font appel, au plan des techniques, à l’utilisation de capteurs, et au
plan scientifique à la coopération avec les sciences médicales. Les sciences
sociales présentes dans les expériences sont la sociologie et, pour le cas C, les
sciences économiques.

Des négociations successives construisent et confirment les « histoires
officielles » sur la trajectoire d’installation et d’acceptation d’un dispositif
(technique et/ou organisationnel) dont nous analysons en premier lieu les modes
de fonctionnement au cours des interactions entre les communautés d’experts.
Ceux-ci mobilisent les injonctions du « bien vieillir » développées par les
politiques publiques au plan national et par les organismes internationaux
(OMS). En second lieu, nous considérons les modalités de mises en contact, en
situation d’information et d’éventuelles négociations, entre les individus
récepteurs des Tic expérimentées et les concepteurs. Les places attribuées aux
acteurs susceptibles d’intervenir dans les processus d’acquisition et
d’apprentissage des services sont ensuite investiguées pour rendre compte des
rôles des intermédiaires de proximité tels que les associations, les responsables
des organismes municipaux, les bailleurs.
19 Les communautés d’experts sont analysées en problématisant deux notions :
celle de communauté épistémique et celle d’advocacy coalitions networks,
utilisées dans l’étude des communautés de savoirs. Les communautés
épistémiques (Haas, 1992; 2001) réunissent des scientifiques et des experts du
secteur privé et du secteur public dans les domaines des sciences de l’ingénieur,
des sciences médicales et des sciences sociales. Ceux-ci s'emploient à
« articuler des rapports de cause à effet de problèmes complexes, aidant à
identifier l’état de leurs intérêts, encadrant les questions pour le débat collectif,
proposant des politiques spécifiques et identifiant des points saillants pour la
négociation » (Haas 1992, p. 2) . Cette définition permet de faire un lien entre
un ou des « savoir(s) » et le désir et la possibilité d’ « agir » avec ce(s) savoir(s)
sur une demande. Pour sa part, la notion d’advocacy coalitions networks de
Paul Sabatier (1999) décrit aussi ces communautés comme des coalitions
réunissant des acteurs individuels et/ou collectifs qui « - 1°) partagent des
croyances normatives et causales et – 2°) s’engagent dans un degré important
d'activité coordonnée durant un certain temps ». Ainsi, pour P. Sabatier les
advocacy coalitions regroupent des acteurs qui s'accordent sur le même système
de relations causales. Les deux théories accordent un poids important au
système des croyances des acteurs, ce que nous aurons à considérer dans nos
études de cas. Elles permettent également d’étudier les interactions entre acteurs
et comment elles se développent.

Quant aux formes d’usage des nouvelles technologies par les personnes âgées,
elles mixent les fonctionnalités techniques dans des réseaux de sociabilités
agissant en contexte. A partir des observations ethnologiques, plus ou moins
longues selon la durée des expériences, sont explorés les processus
d’acceptation et de poursuite ou non des expérimentations, d’adoption
éventuelle des dispositifs et leurs usages à plus long terme. Le mode d’étude
prend en compte et rend compte du contexte social d’usage du dispositif
proposé depuis l’utilité des objets et des techniques installés jusqu’aux
adaptations de l’habitat (Pennec, Le Borgne-Uguen, 2005 ; Pennec, 2012a).
« La prise en compte des déterminants sociaux dans l’analyse de l’acceptabilité
des systèmes technologiques » est indispensable car « l’utilité d’une technologie
renvoie à la correspondance entre les fonctions supportées par le système et les
buts que s’assigne l’utilisateur » (Terrade et al., 2009 p. 385).








20
Les études sociologiques

Menées dans le cadre des trois expériences, elles mobilisent plusieurs
méthodes selon des formes et niveaux d’intensité différents propres aux
durées de chaque expérimentation, au nombre des individus âgés engagés
dans l’expérience et aux collaborations-traductions in situ avec les
ingénieurs.

 La réalisation d’entretiens avec les expérimentateurs, avec leurs proches
et avec les acteurs de proximité.
 L’observation des pratiques d’usages des différentes techniques du
domicile et des services des plateformes proposées. Les mobilités des
habitants et leurs attentes à l’égard des espaces urbains font également
l’objet des observations et des entretiens ;
 La réalisation d’entretiens semi-directifs auprès des différents
partenaires des projets : ingénieurs, techniciens, médecins, fournisseurs
de contenus, promoteurs, bailleurs, responsables et élus des
municipalités, professionnels des services à domicile ;
 L’analyse des documents et discours produits par l’ensemble des
partenaires, au départ du projet et en cours d’expérience, complétée par
les observations participantes dans le cadre des réunions de travail entre
partenaires.

2. Les partenaires des projets : méthodes et représentations
des usagers

Plus de vingt années après les travaux de Madeleine Akrich (1988; 1992)
portant sur la conception des scénarios d’usage des nouvelles techniques,
l’actualité de ses résultats est mise en regard avec les expérimentations étudiées.
Akrich analyse comment les innovateurs se représentent les goûts et les projets
des usagers et, à partir de là, inscrivent « cette vision du monde dans le contenu
technique du nouveau projet ». Elle nomme ce travail « un script » ou « un
scénario ». « Comme le script d’un film, les objets techniques définissent un
cadre d’action en commun avec les acteurs ainsi que l’espace dans lequel ils
sont supposés agir » (Akrich, 1992, p. 208). En définitive, le script inscrit dans
les technologies les actions des usagers. Leur construction et leur
opérationnalisation rendent compte de la division du travail entre des équipes
qui s’investissent dans le processus de conception et entre celles-ci et les
utilisateurs.
21 Ce type d’outil n’est pas seulement mobilisé par les innovateurs ou concepteurs
des nouvelles technologies mais également par d’autres acteurs : médecins,
industriels, entreprises de services, sociologues. Mais, pouvons-nous dire,
d’ores et déjà, qu’il s’agit du même script pour tous les acteurs et qu’ils
mobilisent les mêmes représentations des utilisateurs ?

2.1. La domination des représentations et normes des sciences
médicales

Les observations montrent que plusieurs représentations de la vieillesse
cohabitent dans les univers de sens des différents partenaires et qu’elles se
partagent diversement selon les disciplines ou les acteurs. Par exemple, les
sciences et techniques semblent, pour partie, s’appuyer sur celles des équipes
médicales. Ces (in)compatibilités entre représentations est à questionner de près
s’agissant des communautés d’experts afin de mieux saisir et comprendre le
processus de construction d’une réponse à ce qui est posé comme objet de
l’expérience, parfois formulé comme « problème » : celui des personnes âgées
vivant à domicile. Analysons d’abord la mobilisation des notions médicales
dans la proposition des dispositifs techniques et leur traduction dans les critères
de sélection des personnes participant aux expérimentations. Considérées
désireuses d’y rester le plus longtemps possible, elles sont aussi présentées
comme une « population cible », estimée sujette à des risques déclinés en
termes de pertes : du lien social pour certains et de bonnes pratiques (nutrition,
hygiène) pour d’autres. Dans le but d’assurer la prévention et la sécurité,
différentes technologies sont proposées par les promoteurs des Tic en direction
de ces publics. Plusieurs catégorisations, en lien avec l’idée d’un
« vieillissement passif » et/ou d’un « vieillissement à risques », sont mobilisées
dont les focalisations sont déclinées majoritairement en termes de prévention et
de contrôle en attribuant aux techniques des fonctions renforçant le bio-pouvoir
à distance des choix des individus.

Considérons l’expérience C :
Les dispositifs techniques proposés et leur traduction dans les critères de
sélection des personnes participant à l’expérimentation mobilisent
principalement les notions médicales. L’offre de services envisagée vise la
prévention et l’assistance via la surveillance et pour une autre partie le
développement des communications. Pour autant, paradoxalement, les
médecins-gériatres sélectionnent des expérimentateurs classés indépendants au
regard des grilles d’évaluation de la dépendance actuellement en usage. Ainsi,
tout en utilisant la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-
22 2Ressources) , ils choisissent a priori des individus relativement indépendants au
plan fonctionnel, classés en groupe 5 ou 6. En outre, l’équipe médicale introduit
une grille supplémentaire qui mesure les six Activités de la Vie Quotidienne
(AVQ) (toilette, habillage, aller aux toilettes, transfert, continence et
3alimentation) . Outil d’analyse clinique qui va se trouver appliqué en même
temps que l’établissement des consentements et la présentation des informations
techniques. Au regard des autres critères souhaités par l’équipe ingénieurs et
gériatres, à savoir, des personnes vivant seules et ne souffrant pas de
déficiences, les caractéristiques retenues font apparaître des décalages entre les
objectifs visés par les techniques proposées et les protocoles et méthodologies
usités. Par ailleurs, les représentations des personnes âgées diffusées
simultanément par ces acteurs mettent l’accent sur les déficits tandis que les
expérimentateurs recherchés correspondent eux au modèle du senior actif.

2.2. Les sciences techniques entre lien social et sécurisation

Dans l’étude du Cas A, les principaux résultats sont intéressants à préciser ici
dans la mesure où une part des équipes de sciences et techniques participe
également au Cas C précédent et au Cas B.

Cette équipe technique modifie ses représentations initiales quant aux demandes
des personnes âgées et réorganise son projet technique sur plusieurs points. Il
s’agit plus précisément des éléments suivants :

1°) la réorientation des services vers la télé-relation plutôt que vers la télé-
assistance, pour répondre aux souhaits des individus à domicile ;

2°) est également progressivement retenue l’importance du rôle des agents de
transmission, faisant fonction de « médiateurs » tout au long des étapes :
conception, expérimentation, apprentissage, acquisition progressive pour
construire des pratiques habituelles.

Les fonctions de l’entourage dans ces activités de soutien, de confirmation et
d’accompagnement sont précisées (dans les deux Cas, A et B) en montrant
qu’elles impliquent, bien au-delà des membres de la famille, les professionnels

2 La grille AGGIR a pour finalité de définir des plans d’aide et d’attribuer les prestations
financières afférentes, à partir des niveaux de « dépendance » constatés. Six Groupes Iso-
Ressources (GIR) sont distingués dont seuls 4 donnent lieu à attribution d’un plan d’aide (niveaux
1, 2, 3 et 4). Les groupes 5 et 6 sont considérés comme les moins dépendants ou indépendants.
3 Echelle ADL de Katz (dont le score total s’étend de 0 (totalement dépendant) à 6 (totalement
autonome) établie en début et en fin d’expérience afin de déterminer l’évolution vers une
dépendance éventuelle des expérimentateurs (sur 6 mois).
23 des services de proximité (quartier, ville) et des établissements. La nécessité
d’insérer le développement des plateformes de services dans le tissu associatif
et local sera pris en compte dans de nouveaux projets développés en termes de
soutien au « lien social ».

Néanmoins, dans le cadre du Cas C, qui succède aux expériences précédentes
pour ces ingénieurs, les choix effectués ne semblent pas reprendre en compte
l’ensemble de ces acquis tout au moins pour partie des services. Par exemple,
sur les scénarios domotiques prévus, les expérimentateurs peuvent activer les
scénarios et services prévus par les ingénieurs, mais ils ne pourront pas les
modifier ni en programmer d’autres. C’est aussi le cas des services proposés par
les plateformes de communication dans les 3 expériences. Ainsi, malgré la
rhétorique qui a cours, se maintient une difficulté certaine à considérer
pleinement les utilisateurs comme de potentiels co-concepteurs et à développer
les processus qui puissent permettent d’enrichir les dispositifs par hybridation
de pratiques.

Les expérimentations et les collaborations antérieures construisent aussi des
paradigmes déterminants sur ce qu’il est possible de faire ou de ne pas faire
auprès des « personnes âgées » et dans le cas de nouvelles collaborations
académiques, lorsque les orientations ne sont pas homogènes, certaines
représentations prennent le pas sur l’ensemble. Toujours dans le Cas C, une
seule ligne est installée pour la box et la plateforme communicationnelle qui
permet l’accès au contenu numérique fourni via la télévision. Les ingénieurs
partent ainsi du principe que les personnes âgées ne sont pas des utilisatrices des
nouvelles technologies (ici l’ADSL) et leurs explications illustrent le poids des
représentations déficitaires et des collaborations avec les équipes médicales qui
renforcent les images de personnes âgées « dépendantes » et « seules » : « non,
dans les hôpitaux on ajoute une seule ligne et point » (…) « Je sais que la
personne va m’appeler pour tout et n’importe quoi (…). Dans les autres projets,
c’est le service social qui recevait les appels ».

Or, dans les expériences A et B, (pour l’autre équipe d’ingénieurs engagée aussi
en C), les expérimentations à domicile et en résidence de personnes âgées ont
montré les souhaits et les capacités d’intervention des individus, sous réserve
d’un temps d’apprentissage et de la présence de médiateurs. L’attrait pour de
nouveaux dispositifs et de nouveaux services a été constaté dans nos
observations et cette appétence à l’égard des techniques peut être rapportée aux
limitations des mobilités et des sociabilités. Ces ingénieurs mettent en avant
leurs projets en mobilisant les notions de développement des communications
en vue du lien social et de la réduction des handicaps. Dans l’expérience C,
cette approche est mise en veilleuse, ou tout au moins en position seconde, par
24 rapport à la position précédente qui fait primer une version de besoins de
prévention et de médicalisation de la vieillesse.
2.3. Quels places et rôles pour les fournisseurs de services
et pour les acteurs locaux ?

Si nous considérons les services attendus de ces dispositifs techniques sur le
versant de la fourniture des contenus, de l’intendance et du fonctionnement,
plusieurs acteurs jouent un rôle essentiel, en proximité et à distance.

Dans l’expérience A, c’est l’équipe de sociologie qui recherche les personnes
souffrant de limitations de mobilité (GIR 3 ou 4) vivant à domicile. Pendant
toute la durée de l’expérience, cette équipe assure les suivis avec les personnes
et leurs proches parents et les transmissions avec l’équipe technique qui se
déplace également aux domiciles. La recherche d’acteurs locaux (conseil de
quartier, journal, etc.) est également assurée par les sociologues. On peut
soulever dès à présent la question du rôle des sciences sociales qui semblent
assurer ici les fonctions indiquées précédemment dans l’expérience C : « Dans
les autres projets, c’est le service social qui recevait les appels ». C’est aussi la
présence des membres des réseaux relationnels, famille et amis, qui va se
trouver impliquée au plus haut point pour les soutiens des parents et pour la
fourniture d’éléments de communication afin de « faire vivre » le service
expérimenté.

Dans l’expérience B, en résidence de personnes âgées, deux groupes d’acteurs
de proximité sont à distinguer : les proches parents et quelques professionnels,
mobilisés les uns et les autres tantôt pour les perturbations TV, tantôt pour la
fourniture des contenus, tantôt pour le soutien aux apprentissages et comme
support à la motivation dans le suivi de l’expérience (Pennec, 2012a). S’y
ajoute pendant la durée de l’expérience, la présence hebdomadaire auprès de
chaque personne du sociologue qui assure une double traduction : formateur
technique auprès des résidents expérimentateurs et informateur (technique et
sociologique) auprès des ingénieurs au cours des transmissions régulières des
observations de terrain et des attentes exprimées par les individus et par les
acteurs dans l’environnement (Pennec, Nédélec, 2010).

Pour le Cas C, un fournisseur de contenus a été associé aux partenaires du
projet, hors du cercle de la parenté. Un opérateur de télé-alarme est également
partenaire du projet, il est connu des acteurs locaux car conventionné par le
Conseil général pour la TA sur le département. Nous avons donc ici des
dimensions novatrices par rapport aux expériences précédentes, même si les
rôles de ces deux partenaires se jouent à distance, par la médiation
technologique. En cas de perturbations et de dysfonctionnements des
25 plateformes, c’est le bailleur social qui se trouve en responsabilité et à proximité
face aux locataires expérimentateurs ainsi que l’entourage relationnel éventuel
des expérimentateurs.
Dans l’ensemble des expériences, ce sont les acteurs de proximité (proches,
professionnels des résidences, collectivités territoriales, bailleurs) qui se
trouvent sollicités sur l’ensemble du processus : entrée dans le dispositif,
fonctionnement des plateformes et contenus souhaités.

Les modes d’usage observés montrent combien les expérimentateurs rencontrés
cherchent à se tenir informés des mutations de leur ville, en particulier de la vie
de quartier, et manifestent une grande diversité d’intérêts et de pratiques
techniques. Certaines personnes formulent le souhait de pouvoir re-parcourir les
pays, les villes, les espaces, les musées, etc. ou retrouver des films, des
reportages, des ouvrages, etc. La richesse des attentes mérite attention de
manière à développer des innovations susceptibles de leur correspondre plus
adéquatement. Les techniques et technologies sont ici convoquées par les
usagers potentiels en tant que reconstituants du sentiment d’appartenance au
travers de la connexion avec les lieux, les milieux sociaux, les temps de
l’histoire, les sujets de réflexions, les passions, etc. Mais c’est surtout en vue de
la mise en lien avec la société d’aujourd’hui et la participation au monde
contemporain que sont effectuées les tentatives, les essais malgré les erreurs.
Les entretiens réalisés donnent à voir l’importance accordée au quartier, à la
ville, aux territoires parfois éloignés. Par les informations relatives au quartier, à
la ville, le dispositif technique peut permettre de prolonger virtuellement le
parcours des territoires à travers des photos ou des vidéos (Pennec, Le Borgne-
Uguen, 2005). En proposant des services davantage liés à la vie de quartier et de
4la cité , les technologies peuvent mobiliser les différents registres du lien social,
en dépassant le cercle restreint de la parenté, pour proposer des modalités
d’échanges avec des associations, des collectifs d’habitants, etc.

Considérons à présent les expérimentateurs, les motivations manifestées envers de
telles expériences et les pratiques engagées dans les usages des dispositifs et des
services. Les situations observées montrent des compatibilités diverses et des
décalages entre les besoins et les attentes exprimés par rapport aux offres construites
sur la base des catégorisations et des représentations dominantes dans les projets.


4 Par exemple, les transformations urbaines en cours, l’ouverture de nouveaux commerces, de
centres d’activité ou de loisirs, ainsi que les informations régulières sur la vie locale et citoyenne
peuvent donner lieu à des actions de ce type sous la responsabilité des politiques des collectivités
territoriales, du secteur associatif ou des organismes professionnels.
26 3. Les usagers des dispositifs techniques expérimentés

Les modalités de « sélection » des expérimentateurs mettent au jour des
différences de représentations et d’objectifs selon les projets. Dans certains cas
(ici, pour partie, les expériences A et B), les individus visés par les dispositifs
participent à la réflexion au début et au cours des installations des équipements,
avec des partenaires dont le nombre et la proximité peut varier. Pour d’autres
projets, les individus sont appelés à appliquer, à tester en quelque sorte, des
dispositifs en sortie de laboratoire et à donner leurs avis (questionnaire de
satisfaction dans le cas C). Les niveaux des échanges se situent entre des acteurs
dont les intérêts peuvent diverger considérablement. Retenons deux auteurs
pour situer ces enjeux. Pour P.M. Chapon et al., « la conception et la réalisation
des lieux adaptés requièrent un important travail de concertation qui, au-delà
des urbanistes, architectes, ingénieurs et constructeurs chargés de la maîtrise
d’œuvre, implique à la fois les équipes médico-sociales, les acteurs
institutionnels, les financeurs publics et privés » (2011, p. 242). A partir de
recherches menées auprès de handicapés mentaux, Nicole Diederich (2010)
soutient que pour avoir accès aux souhaits des usagers, il est nécessaire de
considérer avec empathie le point de vue des intéressés face aux savoirs des
experts.

Pour les trois expériences (A, B, C), les études sociologiques permettent de
rendre compte de l’intérêt des individus envers le projet, de leurs pratiques au
cours des expérimentations au regard de leurs rapports antérieurs aux objets,
aux techniques et aux formes de sociabilité.

3.1. Motivations et intérêts à l’égard des projets

Les intérêts exprimés par les individus rencontrés sont en lien principalement
avec leurs modes et lieux de vie, les états de santé, leurs mobilités et avec le
niveau de leurs sollicitations sociales et d’entourage. Les entrées (et les sorties)
des individus dans les expériences s’avèrent diverses selon le format des projets
et les contextes de mise en œuvre.

Dans le Cas A, les attentes exprimées ont détourné le projet de ses objectifs de
développement des mises en contact avec les professionnels de la santé vers une
orientation d’accroissement des sociabilités. L’analyse des usages réalisée lors
de l’expérimentation donne à voir les formes d’activation des liens, en
particulier au plan intrafamilial. Par contre les demandes relatives aux liens
amicaux n’ont pas donné lieu à une mise en œuvre. De cette expérience on peut
retenir la flexibilité des équipes d’ingénieurs pour mieux considérer les attentes
explicitées ainsi que le temps long des entretiens répétés pour permettre
27 l’élaboration d’un projet plus satisfaisant, pour la sollicitation des proches, et
tout au long de l’expérimentation.

Dans le Cas B, les entretiens sont proposés à l’ensemble des résidents (70
personnes), réalisés individuellement auprès d’une trentaine d’individus dont
une dizaine sera équipée des dispositifs de communication. Les demandes sont
diversifiées et les pratiques le seront également selon l’expérience et les
équipements antérieurs ainsi que suivant les centres d’intérêt des
expérimentateurs. Les motivations principalement portent sur le désir de se
maintenir au courant des choses d’aujourd’hui, souci de contemporanéité qui
passe ici par l’usage souhaité des outils techniques. On peut cependant noter
que l’orientation dominante des propositions de la plateforme fait référence
essentiellement aux relations entre grands-parents et petits-enfants, tout
particulièrement en situation d’éloignement géographique. Les services
associant les professionnels (de la résidence, du quartier, de la ville), envisagés
lors des premiers entretiens, n’ont pas pu être concrétisés, constat à retenir pour
l’amélioration des projets futurs.

Dans le Cas C, c’est le souhait de changer de domicile qui est moteur.
L’expérimentation étant partie prenante du logement attribué, il n’y a pas
véritablement eu de souhait d’usage des techniques, pas plus que d’application
personnelle des modèles de prévention ou de communication visés par les
dispositifs. Importés par « surplus » dans le chez soi, attendu de longue date, ces
services peuvent même être vécus comme par contrainte. Par comparaison avec
les deux autres expériences, il n’y a pas ici de phase d’entretiens concernant les
modes de vie et les attentes antérieures et les possibilités de co-élaboration vont
s’avérer limitées lors de l’entrée dans les logements et face aux installations en
place. Le nombre restreint des expérimentateurs (2), permettant un suivi de
l’utilisabilité et des apprentissages, n’a pas été mis à profit, pour partie du fait
des perturbations lors des emménagements et concernant les équipements, et,
pour partie, au regard du grand nombre des évaluations et de leurs
formalisations : deux questionnaires (« satisfaction » par l’équipe médicale et
« acceptabilité économique » par les sciences économiques), deux grilles
mesurant les états de santé et les besoins d’aide (équipe médicale), ceci outre les
documents administratifs (consignes, consentements, responsabilités, etc.).

3.2. Configurations relationnelles et environnements
mobilisés

Les expériences étudiées donnent à voir les fonctions attendues par les
partenaires des projets envers les environnements des expérimentateurs. Ces
attentes sont peu formulées de manière explicite. Elles supposent néanmoins des
28 actions prolongées, auprès des expérimentateurs et avec les équipes lors des
expériences. Considérons rapidement ces acteurs et leurs activités par l’étude
des entourages et de leurs fonctions de relais.

Comme pour toute population, les entourages existants sont très divers : avec ou
sans famille, avec ou sans amis, voisinages fréquentés a minima ou a maxima,
pratiques associatives, intervention de services professionnels, etc. Or, les
projets sont construits de manière dominante sur la présence de la famille. La
parenté est alors principalement déclinée comme source d’intérêt à entrer dans
les expérimentations afin de développer les liens avec les parents éloignés. Ceci
met en avant une fonction, celle de fournisseur de contenu, et ignore le travail
plus varié et plus continu des parents comme des autres proches (amis, voisins,
autres résidents, professionnels, etc.).

Pour autant, de manière implicite, les projets supposent des soutiens qui sont
considérés provenir, naturellement, des parents lorsqu’il s’agit des domiciles
individuels et des professionnels des services (résidences en particulier). C’est
bien l’absence de précisions sur les acteurs potentiels des relais en termes de
stimulation, d’appropriation et de soutien aux apprentissages et réalisations
adaptées aux individus (expérimentateurs et plus largement usagers potentiels)
qui fait défaut aux expériences étudiées comme à un grand nombre de celles
exposées dans la littérature. Nous proposons de considérer qu’une des
difficultés, constatée par le Centre d'Analyse Stratégique à propos du retard de
5notre pays pour la pérennisation des expérimentations développées , concerne
l’intégration de ces relais dès le début de l’élaboration des projets. La difficulté
à intégrer les proches et l’environnement dans la formulation des projets rejoint
les précédents constats de déficit de collaborations avec les individus
directement concernés, ici les personnes âgées, et avec les acteurs locaux.
Situation qui se retourne contre ces projets au moment des expérimentations
pour lesquelles chacun de ces types d’acteurs est attendu et s’avère
indispensable.

Les trois expériences mettent en présence des individus disposant de ressources
relationnelles extrêmement diversifiées, depuis les rencontres familiales
quotidiennes jusqu’à leur totale absence. Dès lors, l’offre des services
technologiques gagne à ne pas se focaliser exclusivement sur les réseaux
familiaux afin de ne pas induire l’exclusion d’une partie des individus intéressés
(Pennec, 2012a). De nouveaux relais : les professionnels sanitaires (Cas A), les
personnels des résidences (Cas B), les personnels locaux (Cas C), peuvent être
intégrés aux expériences. Ces acteurs sont susceptibles d’assurer des services de
communication et d’assistance, sous conditions de la construction collective des

5 La Note de Veille n°158, consacrée aux Technologies pour l’autonomie : de nouvelles
opportunités pour gérer la dépendance, publiée en décembre 2009.
29 dispositifs et plateformes. Il semble pourtant que leur participation soit, elle
aussi, attendue comme allant de soi et qu’elle soit instrumentalisée dans des
fonctions de relais-réparation plus que d’interlocuteur partenaire.

Or, les réalisations qui se prolongent mettent en relation plusieurs publics, de
tous âges et au-delà des familles, qui se renouvellent dans le temps. De plus,
elles s’appuient fréquemment sur des acteurs collectifs : associations,
municipalités, innovations diverses comme le recensent Carole-Anne Rivière et
Amandine Bruguière (2010). Ces éléments invitent à revoir les positionnements
initiaux des projets expérimentaux en déplaçant leurs focalisations du seul
individu âgé (et des diverses représentations qui lui sont artificiellement
affectées) vers les collectifs de chaque territoire de vie.

3.3. Rapports aux objets techniques et usages
des dispositifs

Les objets techniques remplissent plusieurs fonctions dans le rapport des
individus à l’environnement et dans leur capacité individuelle et in fine dans
leurs sentiments d’identité. Pour Serge Tisseron (2002, p.37) : « c’est à travers
les objets que nous déplaçons des investissements initialement dévolus à notre
corps au-delà de lui, vers notre environnement proche, puis éloigné ».

Les expérimentateurs ont des rapports très différenciés envers les techniques si
nous le considérons à partir des objets à leur disposition, puis à partir de
l’intérêt à l’égard de nouvelles pratiques. Certaines personnes sont bien
équipées et disposent de produits high tech tant en matière de communication
que d’équipements ménagers tandis que d’autres en possèdent peu. Les âges, les
revenus, les professions antérieures, etc., l’ensemble de ces variables a été
rapporté aux taux d’équipement et nous préférons rendre compte ici des
attitudes envers de nouvelles technologies et les services proposés en
considérant quelques éléments propres aux expériences analysées.

Dans les trois expérimentations, le téléviseur remplit des rôles multiples,
l’appareil tend à intégrer trois nouveaux types de fonctions. Pour les cas A et B,
deux fonctions supplémentaires : - téléviseur IPTV (Internet Protocol
TeleVision) ; - poste de téléphonie étendue, c'est-à-dire avec possibilité
d'émettre et de recevoir la vidéo, la messagerie instantanée, la présence, et la
visualisation de documents partagés. Pour le cas C, s’y ajoute une troisième
nouvelle fonction : l'agrégation d'événements remontés par des capteurs
avoisinants, placés dans le domicile de l'utilisateur.

30 Sur l’appareil TV, s’opère donc une importante charge de fonctions visuelles et
auditives. Or, si la TV tient une place et des temps organisationnels préalables
aux expérimentations (à la différence des capteurs), ses fonctions ordinaires
d’informations et de loisirs sont au cœur des habitudes des usagers et, de ce fait,
celles-ci peuvent se trouver perturbées par les défaillances techniques. Incidents
présents dans toute expérimentation mais qui enclenchent des processus de
retrait, voire des refus et sorties de l’expérience. Dans l’expérience B, les sorties
du projet ont réduit des deux tiers l’effectif de départ pour limiter
l’expérimentation à moins de 15% des personnes initialement ouvertes au
projet. Les expérimentations A et B ont montré que si l’utilisation de la
télévision peut aller de soi dans un premier temps, les risques de perturbations
de ses usages habituels sont à prendre en considération au moment d’envisager
les techniques supports des expérimentations (tablettes numériques, ordinateurs,
etc.). Notons aussi qu’une candidate à l’expérimentation n’a pu être retenue du
fait d’un équipement considéré trop riche permettant d’obtenir déjà une bonne
part des services proposés, voire plus. Les résultats soulignent également les
difficultés ergonomiques et cognitives dues aux surcharges de fonctionnalités
mettant en échec les individus face à des appareils dont les maniements étaient
antérieurement incorporés comme par automatismes (Pennec et al., 2009 ;
Pennec, Nédélec, 2010). Cette expérience, comme le Cas A, visant le
développement de réseaux relationnels pour les personnes souffrant de
handicaps, ne pourra toutefois répondre à l’ensemble des difficultés. Si les
personnes les plus utilisatrices sont aussi les personnes les mieux dotées en
réseaux de sociabilités et de soutiens, familiaux et institutionnels, des modes
d’usage plus individualisés ont pu être développés par des individus qui, sans
entourages familiaux ni amicaux, ont orienté leurs usages vers les domaines
plus collectifs. Ils ont ainsi pu reconstituer des formes nouvelles,
technologiquement médiées, d’attachements aux lieux et territoires de vie qui
constituent le sentiment de chez-soi et d’inclusion sociale (Pennec, 2012b). Ils
renouvellent ainsi la sphère d’inscription des mobilités physiques qui se sont
restreintes et des socialisations et construisent de véritables « cartes mentales »
des lieux de références (Nader, 2012).

Dans le Cas C, les deux expérimentateurs en présence ont un rapport différencié
aux objets techniques : l’un dispose d’un grand nombre et les utilise tandis que
l’autre ne voit pas d’intérêt particulier à en avoir. Ces situations opposées vis-à-
vis des objets techniques peuvent être source d’analyse des usages comparés des
dispositifs mis à leur disposition. Ici pourtant, l’emménagement dans un
nouveau logement équipé en Tic ne modifie pas les façons d’approcher les
objets techniques, les deux personnes conservent le même type d’équipement et
les rares changements répondent aux besoins de l’expérimentation. Ainsi,
l’expérimentateur, qui ne dispose pas de téléphone fixe (habitant un hôtel
meublé, il ne pouvait avoir une ligne personnelle) a dû s’en procurer un pour
31 correspondre aux exigences de l’expérimentation. Quant à l’expérimentatrice,
c’est son abonnement téléphonique (avec Internet et TNT) qui a dû être résilié
afin de libérer la ligne pour la plateforme communicationnelle.
Outre ces différences d’équipement, leurs réseaux de sociabilité se distinguent
en nombre et en pratiques. L’expérimentatrice communique avec sa famille et
ses amis par téléphone (fixe et portable), ordinateur, Internet -courriel et skype
pour les visioconférences-. De plus, son réseau relationnel est abondant
(familial, amical, associatif), à proximité et susceptible d’être sollicité y compris
au quotidien. Autonome, elle pratique une mobilité extensive (voiture et
transports aériens). L’expérimentateur, autonome également, ne dispose pas de
réseau familial et ses sociabilités s’exercent au dehors et à l’occasion de
mobilités pluri-quotidiennes à travers des parcours de marche à pied. Ni l’un ni
l’autre n’ont d’intérêt pour la télévision, aussi les services de la plateforme
communicationnelle et moins encore ceux de prévention-sécurité-surveillance
ne leur semblent pas correspondre à leurs centres d’intérêt ni à leurs besoins
actuels. Les contenus proposés leur renvoient des images les associant
potentiellement à des malades, des personnes hospitalisées voire à des
personnes souffrant de troubles physiques et psychiques lourds, identifiées à la
vie en établissement. Certains schèmes de pensée proposés par ce dispositif
renvoient donc les utilisateurs à des situations d’incapacités plus qu’ils
n’incitent aux tentatives d’innovations. Ce faisant, ils produisent une mise à
distance de la part des expérimentateurs, les plus initiés en matière de Tic tout
autant que ceux pour lesquels l’initiation suppose de créer l’intérêt. Dans le cas
de l’expérimentateur, si l’on considère la transformation du projet initial du cas
A, orientant ses services du sanitaire vers le communicationnel à l’occasion du
travail avec les expérimentateurs, il est possible de s’interroger sur les stratégies
d’adaptation et d’ajustement du projet C. Ainsi, dans le département où se
déroule l’expérience, existent des actions de mise en réseaux en direction des
retraités et secondées par des associations. Celles-ci ne pouvaient-elle permettre
une initiation aux usages Tic greffée avec les centres d’intérêt et les territoires
de vie (professionnel, pays d’origine, etc.) de l’expérimentateur ?
4. Conclusion

Les expérimentations étudiées testent l’utilisation des technologies selon une
double visée : les communications pour le maintien des capacités relationnelles,
et la prévention- assistance ou sécurité-surveillance des individus. Certaines
expériences juxtaposent ces deux objectifs plus qu’elles ne les conjuguent tant
les représentations accolées au public par les différents partenaires sont
dissemblables ainsi que les méthodes.

32 Dans ces conditions, les perspectives innovantes au service d’encapacitations,
relationnelles et de santé, semblent difficiles à élaborer sans des étapes de
collaboration pluridisciplinaire inter-partenariale et sans l’intégration des
acteurs locaux spécifiques à chaque contexte. Nous avons vu combien l’appel à
des relais professionnels et aux collectivités s’avère à chaque fois nécessaire,
bien au-delà des médiations familiales. Pour autant, ce sont bien les modalités
de travail entre l’ensemble des partenaires et acteurs, individu expérimentateur
compris, qui sont susceptibles de permettre l’élaboration de dispositifs adaptés,
et adoptés, à distance des effets invasifs parfois présents dès les
expérimentations. Les analyses menées montrent que la co-conception ne peut
se concrétiser in fine que lorsqu’elle est suffisamment négociée, en amont, en
concertation avec l’ensemble des partenaires et acteurs, de manière à permettre
des acculturations réciproques. De tels résultats sont à faire valoir pour chaque
expérience et à articuler par la suite au sein des nouveaux projets afin d’en
enrichir les divers registres de compétences, disciplinaires, interdisciplinaires et
dans la diffusion des méthodes de recherche-action.

Tout comme les acteurs locaux susceptibles d’intervenir en tant que relais, et
parfois initiateurs, dans les dispositifs et les contenus développés, les usagers sont
à considérer au titre du projet technologique en tant qu’experts, de leurs modes de
vie, de leurs souhaits et dans les avis et jugements portés sur les dispositifs et
services. Les normes et valeurs des utilisateurs des technologies expérimentées
(Bobillier Chaumon, Oprea Ciobanu, 2009) sont à prendre en considération dès le
départ, tout comme le cadre local dans lequel l’expérience se met en place ainsi
que les acteurs sociaux qui y contribuent. L’accompagnement des individus sous
des formes diversifiées et personnalisées, pour partie dans des actions de groupe,
pour partie en solo, par un public affecté à ces fonctions (plusieurs associations
développent des activités en ce sens) doit être prévu tout au long des
expérimentations. Médiations susceptibles de contrer les dysfonctionnements qui
peuvent survenir et induire des attitudes de défiance ou de désintérêt à l’égard des
plateformes et des services. Médiations également pour soutenir les
appropriations et les découvertes d’usages les plus en accord avec les désirs de
reliance des individus.

Bibliographie
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Wiebe and Law John (eds.), Shaping technology/building, Society, Studies on
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33 BOBILLIER CHAUMON, M.-E., OPREA CIOBANU, R. 2009. « Les
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BOUCHAYER, F., GORGEON, C., ROSENKIER, A. (dir.), 2002, Les
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35 Chapitre 2
Les Tic dans la relation de communication
handicapée
___________________________________________________________
Marine GUYOMAR, Sandrine RANNOU, Maryvonne ABRAHAM

Télécom Bretagne - Département ITI, Image et Traitement de
l’Information - Technopôle Brest-Iroise CS 83818 -29238 Brest cedex 3

Centre de Recherche Bretonne et Celtique - UBO - Faculté des Lettres
Victor-Segalen - 20 rue Duquesne - CS93837 - 29238 Brest Cedex 3

Laboratoire STIH (Sens Texte Informatique Histoire) - EA 4509 – équipe
LaLIC - Université Paris-Sorbonne - 28 rue Serpente - 75006 Paris

Résumé
Parce qu’elles s’offrent en image inversée de la conception occidentale de la
santé (qui sous-entend la notion de « sain » et de « bonne santé »), les notions
de handicaps et de maladies sont perçues comme de véritables « désordres »
dans l’environnement des personnes. Ces désordres font référence à une relation
de dépendance, à un accompagnement qui peut être « lourd », « pesant » et
« épuisant » pour les accompagnants. Dans ce contexte difficile, les Tic visent
le développement de l’autonomie, l’intégration sociale et l’aide aux aidants
(Picard, 2012). Les résultats présentés dans cet article sont issus d’une
recherche interdisciplinaire menée auprès de personnes en situation de handicap
de communication, orale ou écrite, et d’accompagnants professionnels ayant
utilisé le communicateur Palliacom. Les observations socio-ethnographiques
montrent que l’usage du communicateur fait émerger un système collaboratif
composé de la personne en situation de handicap, de l’aide technique et de
l’accompagnant. La relation du trio, redéfinie par la nouvelle potentialité
octroyée à l’utilisateur destinataire interroge deux notions qui seront abordées :
celle de l’autonomie et celle de l’accompagnement. L’article montre en quoi et
comment les nouvelles Tic peuvent pallier les handicaps de communication,
participer à l’autonomie et favoriser les échanges.

Mots clefs : trajectoires d’usage, recherche-action, handicap de communication
37 1. Pallier les handicaps communicationnels
grâce aux Tic

1.1 Une relation handicapée
Comment faire pour se faire comprendre et être compris lors d’un échange
lorsque l’une des deux personnes est concernée par une déficience et l’autre
non ? Elles sont toutes les deux en situation de handicap lorsqu’elles veulent
communiquer. Ces situations de handicap de communication impliquent de la
frustration à la fois chez la personne connaissant des difficultés pour échanger
et chez les accompagnants : c’est la relation qui est handicapée.

Des solutions palliatives existent, nos enquêtes socio-ethnographiques portent
plus précisément sur l’usage du communicateur multimodal Palliacom.

1.2. Représentations sociales construites autour des Tic

Les Tic (Technologies de l’information et de la communication) dans les
domaines de la santé et de l’autonomie représentent un axe en plein essor, en
témoignent l’offre abondante actuellement sur le marché et les nombreux
projets de recherche proposés. L’insertion des Tic semble de plus en plus devoir
s’imposer.

Un travail de veille documentaire associé à nos expériences de terrain montre
qu’il existe une ambivalence entre deux représentations des nouvelles
technologies : une perception, soit positive établissant l’objet Tic comme objet-
miracle, soit perturbatrice de l’ordre social établi autour de la personne
(technologies déshumanisantes, …).

Les Tic peuvent être présentées par les concepteurs (et donc reçues par les
accompagnants) comme la solution miracle qui permet d’ordonner le désordre.
Evoqué en terme « d’améliorations », « de progrès », « d’apports essentiels »,
qui « suscite beaucoup d’espoirs », qui « transforme complètement leur vie »,
« spectaculaires » (Poletti, 2008), l’outil technologique se révèle être un élément
indispensable au bien-être (ou mieux-être) de la personne en situation de
handicap ou de perte d’autonomie. La notion d’une utilisation continue,
permanente et quasi-automatique (voire systématique dans le processus d’aide à
la communication) est suggérée, créant une relation de dépendance vis-à-vis de
l’outil.

38 Toutefois, il peut exister un décalage entre l’objectif visé et celui qui est
véritablement atteint, ce que Leroi-Gourhan (1965) nomme l’indice d’efficacité.
Des observations d’usages précédentes ont montré qu’un outil technique, mal
« intégré » dans l’environnement de la personne, peut accentuer un processus de
désocialisation, engendrer des conséquences perverses, ou y conduire
(Guyomar, 2011). Dans le milieu du vieillissement, nous pouvons entendre que
certains outils « sont bien, mais pour nous quand on sera vieux », « que c’est
trop compliqué pour eux », « qu’ils n’en voudront pas », etc. Les affirmations
relatées dans de nombreux rapports laissent transparaître les appréhensions
couramment admises autour du couple Homme/Machine, et placent les objets
technologiques comme susceptibles de remplacer l’humain. L’objet est
mystifié, représentant non plus un éventuel danger pour la relation
accompagnant/accompagné mais un idéal inaccessible.

S. Pennec et F. Le Borgne-Uguen (2005) montrent qu’il s’agit de fausses
représentations construites autour de l’objet. Ces représentations ont un impact
fort dans le processus d’acceptation, d’intégration et de diffusion. « Le progrès
technique est une belle magie qui “ enchante ” la réalité en promettant la fin du
mal. » Scardigli (2004). Dès lors, lorsqu’il n’y a pas adéquation entre les
espérances suscitées et les résultats effectifs, l’objet devient source de
désenchantement et la diffusion des Tic en est considérablement freinée.

La conception et l’insertion d’un outil Tic nécessite donc de se questionner sur
l’autonomie promue versus l’autonomie réellement permise et/ou possible. À
qui les Tic permettent-elles plus d’autonomie ? Est-ce uniquement l’outil qui
autorise une plus grande autonomie ? Une autonomie nouvellement acquise
peut-elle avoir des conséquences sur les relations d’interdépendances
construites dans le duo accompagnant/accompagné ? Quels sont les effets sur la
vie de la personne, de la « reprise en main propre » de son autonomie ?

Nous apporterons des éléments de réponse à ces questions grâce à l’étude
d’usage de la plateforme Palliacom destinée à pallier certains handicaps de
communication.
2. Démarche méthodologique

2.1. Palliacom : une logique de co-conception

L’approximation de l’adéquation entre les besoins de la personne et la réponse
apportée conduit désormais à repenser le processus de création, en intégrant dès
le départ les utilisateurs finaux. En résulte la création de living labs, traduisant
39 la volonté récente de favoriser l’innovation ouverte ainsi que les
expérimentations de terrain pour mieux comprendre les besoins, les attentes et
les usages. Scardigli (2004) parle de co-action ou de co-invention :
« Concepteurs et utilisateurs contribuent ensemble à définir à la fois l’objet
technique et ses usages […] On peut parler de co-action conflictuelle, de co-
invention à la fois technique et culturelle. ». La nécessité de travailler en
croisant les regards modélisateurs et issus du terrain est également soulignée par
R. Picard (2009) lorsqu’il reprend P. Giorgini en parlant de co-disciplinarité. Le
projet Palliacom s’inscrit dans ce cadre-là.

Palliacom allie des méthodes de recherches fondamentales à une démarche
participative telles que M. Liu (1997) les décrit dans la recherche-action. Les
outils méthodologiques appliqués relèvent de l’association de la sociologie et de
l’ethnologie : observation participante, participation observante, entretien semi-
directif, etc. Cette approche méthodologique demande à l’équipe des sciences
humaines de forcer les barrières de leur propre métier, en devenant de véritables
médiateurs entre la recherche fondamentale et le terrain.

2.2. Questionnement sur les usages du communicateur

Dans cette étude, nous avons choisi de nous décentrer de la problématique
« personne handicapée » pour aller vers « une situation de communication
handicapée » qui représente un système dans lequel c’est la relation qui est
handicapée. Dans ce système, la présence de l’outil de communication induit la
présence d’un « tiers » dans la relation, passant du duo locuteur-interlocuteur au
trio locuteur-objet technique-interlocuteur.

Fig.1 Représentation d’une situation de communication difficile
Contexte
Outils

Personne
en situation Autrui Relation
de
handicap

40 L’introduction d’une Tic n’est pas neutre, transformant l’environnement de la
personne et de son entourage. La place et le rôle de l’outil sont différents selon
les intentionnalités des acteurs et selon les contextes.
Dès lors, de nouveaux modes d’accompagnements émergent-ils, et dans quelles
mesures ? Assiste-t-on à un renforcement de l’accompagnement autour de la
personne en situation de handicap ? Quelles sont les négociations, interactions,
médiations et apprentissages qui se construisent et/ou se défont autour de l’outil
et de la personne ?

« L’observation directe des comportements sociaux à partir d’une relation
humaine » (Laplantine, 2001) permet alors une compréhension fine :

1°) des systèmes relationnels établis autour des personnes connaissant des
difficultés de communication ;

2°) des usages et des appropriations d’aides techniques par ces personnes
considérées comme fragilisées.

Outre notre méthodologie socio-ethnographique commune (Rannou, Guyomar
et Seys, 2012), nos enquêtes diffèrent sur plusieurs points :

1°) Les utilisateurs se différencient par leur catégorie d’âge
social (enfant/adolescent/adulte/grand-âge), leurs compétences et leurs besoins.
Il y a ceux qui pourront maîtriser la lecture et l’écriture et ceux pour qui ces
objectifs seront plus difficilement atteints et pour qui l’écriture alphabétique
pourra être remplacée par l’écriture pictographique. Encore faut-il que cette
écriture pictographique soit interprétable par son utilisateur, et rendue
accessible à ses capacités motrices et sensorielles ;

2°) Le contexte d’usage et les objectifs visés : contexte de soin, contexte
scolaire, contexte éducatif et rééducatif, etc.. Il se divise, d’une part, en un
contexte d’éducation dans lequel le communicateur sert aux apprentissages de
la langue française et de la communication, et d’autre part, en un contexte de
rééducation dans lequel le communicateur sert à pallier le handicap et/ou à
maintenir les acquis ;

3°) Les configurations d’usage et le statut des accompagnants professionnels :
au-delà du fait d’assigner des rôles figés aux professionnels (l’apprentissage
d’un métier pour l’éducatrice technique spécialisée, l’apprentissage de la langue
française pour les enseignants, etc.), il s’agit d’observer comment les
accompagnants perçoivent et s’approprient l’outil, transmettent ce nouveau
savoir, à quels moments et dans quelles circonstances.

41 Dans un premier temps, nous analyserons la place et le rôle donnés au
communicateur par les utilisateurs dans la nouvelle relation tripartite : dans
quels contextes l’outil technique est-il utilisé et dans quels contextes ne l’est-il
pas ? Situations d’apprentissage, situations sociales et familiales, insertion
professionnelle etc. sont autant de situations qui font que les finalités de la
relation sont très différentes et que la place et le rôle du communicateur peuvent
varier.

Dans un deuxième temps, nous étudierons les modifications engendrées par
l’usage du communicateur au niveau de la relation accompagnant-accompagné
et au niveau de la personne elle-même.
3. Accompagner l’autonomie dans la communication

3.1. Favoriser l’autonomie : une notion plurielle

En fonction du domaine de référence, l’approche de l’autonomie peut différer.
Ainsi, si nous nous attachons à définir ces notions, nous pouvons voir qu’elles
sont présentes dans de nombreux domaines scientifiques mais qu’elles ne sont
pas toujours en concordance.
Dans le processus de co-conception d’outils technologiques et lorsque nous
nous adressons à des personnes en situation de handicap, à quelle définition de
l’autonomie faisons nous référence ? La notion d’autonomie créée dans la
relation personne handicapée/accompagnant/outil est-elle appréhendable dans sa
globalité (c’est-à-dire créative d’indépendance) ? N’existe-t-il pas des
différences ? Par l’approche de terrain, pouvons-nous discriminer des natures et
des degrés d’autonomie ?

En médecine, l’autonomie est définie comme une indépendance fonctionnelle,
c'est-à-dire que le degré d’autonomie est évalué en fonction de la capacité de la
personne à penser son action puis à l’effectuer. Ainsi, de l’intention de l’action
6jusqu’à sa réalisation, plusieurs critères seront observés : la cohérence, la mise
en œuvre de certains savoir-faire lors de l’accomplissement de l’action etc.. Les
outils doivent autoriser la (ou une plus grande) liberté de mouvements. Parmi
les outils favorisant cette autonomie fonctionnelle, nous retrouvons les aides à
la marche : cannes, fauteuils roulants électriques ou manuels…, certaines
prothèses, et également, les outils « tremplins » qui, parce qu’ils impulsent une

6 Dans le secteur gérontologique, les outils (grille AGGIR, Mini Mental State…) mis en place
évaluent le taux de dépendance de la personne âgée, construit en opposition à l’autonomie. Cette
catégorisation réduit l’autonomie à l’indépendance et laisse penser que « la dépendance serait la
caution interdisant une vie autonome », Gardou (2005).
42