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L'école dans l'art

De
190 pages
L'école résonne dans l'art. Des artistes inventent des fictions sur l'école et posent des questions fondamentales concernant l'apprentissage, l'exclusion et la liberté. Pourquoi et comment l'artiste met-il en jeu cet univers écolier ? Quelles relations l'art entretient-il avec l'enseignement ? Nous verrons, à travers l'analyse d'oeuvres, comment l'artiste, en partant de représentations écolières, déplace les représentations artistiques et déconstruit son système de valeurs.
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LÉCOLE DANS LART
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Blaise ORIET,Héraclite ou la philosophie,2011. Roberto MIGUELEZ,Rationalisation et moralité, 2011. Stéphane LLERES,La philosophie transcendantale de Gilles Deleuze, 2011. Joël BALAZUT,Art, tragédie et vérité, 2011. Marie-Françoise BURESI-COLLARD,Pasolini : le corps in-carne, A propos dePétrole, 2011. Cyrille CAHEN,Appartenance et liberté, 2011. Marie-Françoise MARTIN,La problématique du mal dans une philosophie de lexistence, 2011. Paul DUBOUCHET,Thomas dAquin, droit, politique et métaphysique. Une critique de la science et de la philosophie, 2011. Henri DE MONVALLIER,Le musée imaginaire de Hegel et Malraux, 2011. Daniel ARNAUD, ?La République a-t-elle encore un sens, 2011. A. QUINTILIANO,Imagination, espace et temps, 2011. A. QUINTILIANO,La perception, 2011. Aimberê QUINTILIANO,Imagination, espace et temps, 2011. Aimberê QUINTILIANO,La perception, 2011.
Hervé Bacquet, Béatrice Martin, Sandrine Morsillo et Diane Watteau
LÉCOLE DANS LART
Direction : Sandrine Morsillo
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55525-9 EAN : 9782296555259
AVANT-PROPOS     L’ÉCOLE, UNE SOURCE D’INSPIRATION POUR L’ART  Et si l’école, la petite école, était une source d’inspiration pour l’art contemporain ? Cette réflexion nous a été soufflée par Jean Le Gac alors qu’il visitait le Musée de l’Education sis à Saint-Ouen-L’Aumône en vue du montage de l’exposition Faire école1.  L’école résonne dans l’art et ce, à travers l’utilisation d’outils scolaires, la mise en scène de postures pédagogiques, de fictions sur l’école et de questions fondamentales telles que l’apprentissage, la punition, l’exclusion et la liberté. Comment l’artiste « habite »-t-il l’école ? Pourquoi et comment joue-t-il avec cet univers écoliera prioriopposé au monde artistique ? C’est à partir de ces questions que nous avons analysé les œuvres et les démarches artistiques qui suivent. Nous verrons également comment l’artiste en partant de représentations écolières va une nouvelle fois déplacer les représentations artistiques et déconstruire le système de valeurs qui s’y rattache.   Pour certains artistes, revenir à l’école serait un moyen pour mieux s’en affranchir et même une manière de « s’autoriser » comme artiste ; pour d’autres, ce serait un prétexte pour mettre en question la société, ses règles ainsi que l’art lui-même. Enfin, on le constate, si « l’art moderne est pédagogique » parce que
                                                 1 Faire écolecatalogue d’exposition, Jean Le Gac et Sandrine Morsillo au Musée départemental de l’Éducation de Saint-Ouen-l’Aumône du 19 mai au 31 décembre 2001. Lire à ce propos l’article : S. Morsillo, « Petits arrangements écoliers dans l’art »in revue & Thérapie Art, n° 80/81, décembre 2002.
 
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décomposant « son propre mode de réalisation »2, les souvenirs scolaires permettraient aussi à l’artiste de se laisser aller à une certaine enfance de la vision. Tableaux noirs, ardoises, cahiers, livres scolaires, personnages de professeur ou d’élève, postures écolières, copies punitives, jeux récréatifs et blagues de potaches… On n’en finirait pas, comme l’écrit Jean Le Gac, « d’énumérer toutes les régressions délicieusement perverses que l’art contemporain entre barboteuses, culottes courtes, certificat d’études en pantalon de golf, doit à l’école, cette ‘haute école’ » !3   La présentation des démarches artistiques est organisée sous quatre chapitres :Outils scolaires, P)so(mIsture écolières, Transmission en question,Fictions et utopies pédagogiques. Ce qui peut paraître arbitraire : il est évident que certaines démarches pourraient facilement glisser d’un intitulé à l’autre. Chaque thème en effet se nourrit des autres et s’y articule pour ouvrir en conclusion surl’acte artistique comme enseignement.  - Outils scolaires   Lors de la première soirée donnée par la revueLittérature  (1919) animée par Aragon, Breton et Soupault, Francis Picabia présenta à l’assistance, par l’intermédiaire de Breton, un tableau noir d’école sur lequel étaient griffonnées plusieurs inscriptions. Le tableau noir théâtralisait la présentation et affirmait alors la solennité de l’événement. D’ailleurs, la présence du tableau noir est récurrente dans l’art : Joseph Beuys démontre l’art comme enseignement au tableau lors de performances, tandis que Per Kirkeby pour réfléchir et « entrer en lui-même » illustre un cours à grands traits de couleurs sur des tableaux noirs montés 4 sur chevalets au domaine de Kerguéhennec.                                                  2 L’art moderne est pédagogique » Catherine Millet, «in Arts plastiques : recherches et formation, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 34. 3 Le Gac, JeanFaire école, catalogue d’exposition, St-Ouen-l’Aumône, Musée de l’Education, 2001. 4Synaxis Effacer et, exposition en 1994 au domaine de Kerguéhennec. « recommencer pour essayer de rendre plus clair », Per Kikerbyin Domaine, Gand, Les éditions de La Chambre, 1995, s.p.
 
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L’ardoise a également ses adeptes : Philippe Favier, Joël Kermarrec, Jean Lancri, Alberto Magnelli … Ces artistes l’ont utilisée entre brouillage du signe et brouillon du dessin tantôt pour puiser du côté du trait hésitant, du repentir, tantôt pour croiser les langages et entremêler les messages. Le cadre en bois peut en effet rappeler le cadre du tableau de peinture, clin d’œil au cadre doré, raffiné qui signale l’objet fin prêt à exposer. Parmi les supports scolaires, il en est un qui revient avec insistance, c’est le cahier d’écolier. Il est à la fois un espace de recherches et de confidences dans l’art, depuis le célèbreCahier appartenant à Picasso et les non moins célèbres cahiers d’Antonin Artaud qui localisent sa douleur, son corps et sa voix. Si traditionnellement, le cahier renvoie à l’apprentissage, au « bien écrire » et en écho au « métier », il ouvre, à l’opposé, aux dérives en tous genres. Ainsi, Didier Trenet calibre-t-il ses dessins dans le quadrillage de la page du cahier d’écolier pour mieux laisser prendre de l’élan à la ligne, hors du cahier et hors papier. Quant à l’écriture manuscrite, elle s’échappe du papier quadrillé pour s’imposer sur plusieurs supports. René Magritte utilise les pleins et les déliés à l’huile sur toile pour démontrer que la représentation du réel n’est ni ce que l’on voit, ni ce que l’on croit tandis que Ben s’applique à arrondir les lettres pour se permettre, sur tous les supports possibles, de « tout dire » et tout signer.  - (Im)Postures écolières  Retrouver les sentiments de l’écolier en se remettant dans la situation d’apprentissage ou dans celle de l’enfant puni est une façon de retrouver la blessure réfractaire à la cicatrisation. C’est aussi éprouver le sentiment d’autrefois face à la sanction punitive pour exacerber ce qui relie l’enfance à l’âge adulte. Ainsi, les artistes régressent-ils et se remettent-ils dans des situations scolaires : John Baldessari empruntant la forme de punitions infligées aux enfants inattentifs remplit une feuille avec ce précepte « je ne ferai plus jamais de l'art ennuyeux » ; Isabelle Lévénez répète ses pénitences sur différents supports ; tandis qu’Hanne Darboven, dans un souci d’ordre, aligne des chiffres sur des pages arrachées. Martin Kippenberger se
 
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montre « au coin » et, dans cette position de l’écolier puni, se met à l’écart du monde de l’art. Peut-être est-ce une façon de montrer la puissance de la désobéissance ? C’est en tout cas la posture qu’a adoptée Maurizio Catellan. Il se comporte en mauvais élève de l’art contemporain et joue des tours à son galeriste ou à ses collectionneurs. Quant à Christian Boltanski, s’il puise ses sujets et ses images dans les livres pour écoliers et se remet dans la peau de l’enfant dans la sériePeintures d’histoire et d’événements dramatiques, c’est pour mieux nous renvoyer à une communauté de souvenirs et de pulsions.  - Transmission en question  La transmission ouvre parfois à des aventures pour le moins bizarres. Eric Duyckaerts devient Magister, entre savant fou et philosophe, lors de performances et tourne en dérision les conventions professorales tandis qu’Annette Messager joue à l’éducatrice pour oiseaux morts auxquels il faudrait apprendre à lire. Thomas Huber se montre pédagogue devant ses tableaux. Il les décrit, explique sa démarche pour mieux nous perdre dans une fiction. Lors de l’expositionLa force de l’art, au Grand Palais en 2006, une salle de classe était recréée par Pierre Joseph. AppeléeL’école de Stéphanie5, elle proposait chaque jour des « leçons » sur l’image, la représentation, le langage « dans un espace modélisé à partir des fonctions minimales d’une salle de classe ordinaire »6. Pourquoi convoquer l’école lorsque l’on parle d’art ? La docte parole du professeur permettrait-elle de justifier des postures artistiques parfois difficiles à comprendre ? Redonnerait-elle à l’art sonaura perdue à force de « médiation culturelle » ?                                                  5 Commissariat d’exposition Stéphanie Moisdon,La force de l’art, Numéro spécialBeaux-arts de Stéphanie est un « L’école magazine, 2006, p. 57/58. espace de projection, de travail, de transmission et de mutualisation des savoirs. Une petite école temporaire où les questions d’image, de représentation et de langage circulent librement. Un lieu émancipé des règles et de l’autorité, des classements et des disciplines, qui fonctionne hors programme et sans manuel. […] 42 « maîtres » et   […]« maîtresses » enseignent, le temps d’une classe, une leçon de choses, une leçon de mots. » 6 L’école de Stéphanie, op.cit.
 
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