La fonction éducative du cirque

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Ce livre s'articule autour de trois axes :
- l'enfant et le cirque ou le cirque dans le processus de construction de l'enfant ;
- l'enfant l'école et le cirque ou le cirque dans le processus de formation ;
- l'enfant, la société et le cirque ou le cirque dans le processus d'insertion sociale de l'enfant.
Par son approche pluridisciplinaire, il constitue un point essentiel sur la question de la fonction éducative du cirque. Et, au-delà, sur le recours à l'art et à la culture dans la lutte contre l'exclusion.

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LA FONCTION ÉDUCATIVE DU CIRQUE

Collection Arts de la Piste et de la Rue Sous la direction de Hugues Hotier

Arts de la Piste et de la Rue est une collection originale qui se veut un lieu de publication pour des recherches consacrées aux arts de la piste et de la rue quelles que soient les formes que ceux-ci prennent. Les ouvrages inspirés par cette thématique sont le plus souvent narratifs ou descriptifs, les textes étant parfois secondaires par rapport aux superbes photographies donrt l'intérêt documentaire est complété par un réel souci de l'esthétique. Pour la première fois, un éditeur ouvre une collection entièrement dédiée à la recherche dans ce domaine et en confie la direction à une personnalité qui est à la fois un chercheur connu pour ses publications scientifiques sur cette thématique et un praticien à qui une expérience longue et reconnue tant par la profession que par le public confère une connaissance privilégiée du domaine.
Déjà paru

Hugues HOTIER, Un cirque pour l'éducation, 2001.

textes rassemblés et présentés par Hugues HOTIER

LA FONCTION ÉDUCATIVE DU CIRQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITAUE

DU MÊME AUTEUR

Bonjour les clowns, défense et illustration de l'art clownesque Editions scientifiques et techniques Louis-Jean, 1975 Le vocabulaire du cirque et du music-hall Editions Maloine, 1981 Signes du cirque, approche sémiologique Editions de l'Association Internationale de Sémiologie du Spectacle, Collection Tréteaux, 1982
Cirque, communication, culture Presses Universitaires de Bordeaux, 1995

Non verbal et organisation L'Harmattan, Collection Communication des organisations, 2000 Un cirque pour l'éducation L'Harmattan, Collection Arts de la piste et de la rue, 2001

illustration de la couverture:
(QL'Harmattan,

Pierre Bertin

2003

ISBN: 2-7475-4499-0

Présentation

René Dunoyerl

L'ouvrage que ce texte introduit est démarqué d'un colloque qui a eu lieu à Sin le Noble le 1er mars 2002. J'ai été très

heureux d'ouvrir ce colloque sur le thème « cirque et éducation»,
de le faire dans un lycée, ce qui est tout un symbole, et de le faire avec M. Rotier, Président de l'Association du Cirque éducatif, qui est non pas un symbole, mais l'exemple même de ce que produit la rencontre entre une vraie passion et une forte volonté de faire partager celle-ci. En effet, depuis sa création à Douai en 1975, le Cirque éducatif a instauré avec l'Education Nationale un partenariat qui n'a cessé de se fortifier et qui s'est manifesté surtout par des animations en milieu scolaire et par l'implication de nombreux enseignants dans ses activités. Ainsi, l'initiation aux disciplines du cirque figure désormais dans le programme des stages qu'organise l'IUFM du Nord Pas-de-Calais. Certains des responsables de cet institut étaient d'ailleurs présents à ce colloque et ont participé à des tables rondes. Je souligne que les stages d'enseignants sur le cirque rencontrent un succès qu'il convient d'autant plus de souligner qu'ils se déroulent généralement pendant les vacances scolaires ou, en tout cas, hors du temps de travail habituel. Dans ces conditions, leur succès traduit bien la pertinence de l'offre de formation sur ce thème. Certains établissements sont désormais sollicités pour contribuer à la mise en place d'un spectacle. Pour n'en citer qu'un
d'Académie, Directeur des Services Départementaux Nationale du Nord, Vice-Recteur de l'Académie de Lille. 1 Inspecteur de l'Education

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parmi d'autres, c'est le cas du Lycée Professionnel Francisco Ferrer de Lille dont les élèves, à la faveur d'un rapprochement avec le monde du cirque, ont la possibilité de fabriquer les costumes, de participer à la préparation des éclairages de la piste, à la gestion de l'entreprise-cirque et de travailler sur l'intégralité du travail de tous les membres de la famille du cirque Je me réjouis bien entendu de cet intérêt croissant de l'Education Nationale, et en particulier des personnels de l'académie, pour le cirque. Mais celui-ci ne me surprend pas vraiment. Pour tout pédagogue, le cirque représente un exemple à bien des égards. TIest à travers les siècles une institution stable du spectacle dont les acteurs revendiquent depuis toujours haut et fort les spécificités; à savoir, d'une part, la pérennité d'un panel d'exercices construits autour d'invariants - clowns, dompteurs, équilibristes, jongleurs, pour n'en citer que quelques-uns - et, d'autre part, la fierté du geste, quelle que soit la discipline. Quel bel exemple représente-t-il donc au moment où l'un des objectifs de nos lycées des métiers est justement de redonner une aura aux formations professionnelles par une forme de labellisation, pour mieux les identifier et pour mieux garantir leur qualité! Parmi les évolutions qui participent de la modernisation actuelle du système éducatif, celles qui se rapportent aux itinéraires de découverte, aux travaux croisés, aux projets pluridisciplinaires, sont des plus significatives. Ces innovations pédagogiques ont la particularité principale de permettre des activités transversales, c'est-à-dire de transcender les enseignements traditionnels et donc de les enrichir. Or, à cet égard-là, les arts du cirque me semblent également mériter un intérêt durable. Ils offrent en effet une référence séduisante et convaincante de transversalité réussie puisqu'ils sont tout à la fois du sport, du théâtre, de la musique, du dressage, mais aussi de la gestion, de la décoration... et la liste n'est pas exhaustive.

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Le cirque, c'est par ailleurs une discipline éducative de premier plan. On y apprend le sens de l'effort, de la rigueur, du travail en équipe mais aussi l'aspect positif de l'échec. L'échec fait en effet partie de la vie du cirque. Mais pas question de s'y enfermer. Jamais. L'échec se mesure, l'échec conduit toujours à apporter les corrections requises, à recommencer, autant qu'il le faut, pour enfin réussir. Bien entendu, il n'est pas possible aujourd'hui d'évoquer les arts du cirque sans dire leur apport potentiel aux classes à projet artistique et culturel. Je suis de ceux qui estiment que le cirque doit prendre toute sa place dans ce dispositif, et le nourrir. Ainsi, dès maintenant je propose que les communications, à l'issue de ce colloque, soient diffusées dans les établissements, avec l'aide de la cellule académique d'action culturelle de façon à ce que la réflexion que mènent les écoles et établissements du second degré sur les classes à PAC et, plus globalement, sur le développement des activités culturelles en milieu scolaire, s'enrichisse de nouvelles propositions, voire débouche sur de nouveaux appels d'offre. Le cirque a bien d'autres propriétés qui le rendent exemplaire. Par l'étendue des publics auxquels il s'adresse, il est un évident facteur de lutte contre l'exclusion. TIest l'art populaire par excellence, celui qui s'adresse à tous et peut être apprécié de tous. Pourtant, il est en même temps l'école de l'excellence, celle de la discipline, de l'exigence, de l'effort. Les artistes sont toujours des sportifs de haut niveau, des comédiens de grand talent. Sur un autre plan, personne ne niera que le cirque repose sur une tradition forte. Mais cela ne l'empêche pas d'être aussi une institution qui a le courage d'évoluer, de s'ouvrir à des regards nouveaux sur les arts de la piste. C'est en tout cas une institution dont les acteurs eux-mêmes ne manquent pas de s'interroger sur l'avenir. Et parfois la confrontation des points de vue est rude. Cette vitalité d'ordre dialectique explique aussi en partie que l'école trouve un intérêt pédagogique à en faire un partenaire. Mais par dessus tout, au-delà du travail, au-delà du sens de l'équipe, au-delà de l'appartenance à une tradition vivante, le cirque 9

demeure un lieu magique. C'est le spectacle auquel on se rend, même adulte, avec des yeux d'enfant. Or, il est salutaire que l'Ecole assume bien la totalité de ses missions, c'est-à-dire qu'au-delà de celles qui relèvent de l'apprentissage des fondamentaux, de la transmission de savoirs, de la formation à un métier et de l'éducation, elle contribue de surcroît à la construction d'une vie heureuse pour tous et chacun, ce qui passe notamment par la capacité d'imaginer et de rêver, de vivre la dialectique réel-illusion par le biais de l'admiration, de l'étonnement, de la frayeur, et du rire bien sûr. Bref, que l'enfant qu'est le jeune reste toujours quelque part un enfant car comme le dit si bien Baudelaire, la poésie c'est l'enfance retrouvée à volonté. Si le système éducatif et le cirque vivent depuis plusieurs décennies un partenariat à bien des égards exemplaire dans l'académie de Lille, on le doit pour une très grande part à l'existence du Cirque éducatif et au dynamisme de son président, Hugues Hotier, que je connais et dont j'apprécie l'action. Brillant universitaire, sémioticien du théâtre, digne successeur de Robert Escarpit, il est avant tout un passionné de cirque qui a mis ses qualités, ses connaissances et son talent à son service, pour le faire mieux connaître, en particulier des enfants et adolescents, pour le faire vivre comme il le mérite. Je crois pouvoir dire que, nonobstant les difficultés qu'il a souvent rencontrées, l'action du Cirque éducatif s'inscrit actuellement dans un contexte général plutôt favorable. D'abord, le colloque qui a donné naissance à cet ouvrage a pris place pendant l'année du cirque et, somme toute, d'un cirque qui se porte plutôt bien, qui se développe dans la diversité, puisqu'à côté des chapiteaux s'inscrivant dans la plus pure tradition circassienne, le cirque contemporain trouve lui aussi sa place. La vitalité du cirque se manifeste aussi par les nombreuses ouvertures d'écoles du cirque qui sont intervenues en France ces dernières années. Ce sont des structures bien identifiées qui proposent aux jeunes des formations de qualité, souvent sous forme de stages, dans les conditions qui sont celles de la vie du cirque,

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c'est-à-dire à la fois sous l'angle du métier et celui de l'activité artistique et le Nord sur ce plan est bien pourvu. Ce colloque a confirmé ce constat et a permis ainsi d'imaginer de nouvelles actions pour développer le partenariat entre le cirque et les écoles et établissements du second degré. Il

s'inscrivait dans le cadre de l'opération « 1, 2, 3... Cirque », en
direction du public scolaire, qui se déroulait sur trois jours, ainsi que plus généralement dans le cadre du plan ministériel de 5 ans pour développer les arts et la culture à l'Ecole. Avant de conclure, je voudrais rendre hommage au travail de Madame Josiane Medini, directrice de l'école du cirque de Fontenay-sous-bois, qui traite du thème du cirque et des élèves en difficulté sociale et culturelle. Et au professeur Hubert Montagner, de l'université Victor Ségalen-Bordeaux 2, qui étudie la contribution du cirque à la construction de l'enfant. La question est importante, surtout au moment où une réflexion est menée sur les programmes de l'école primaire. Je souligne enfin que les deux jours qui ont suivi le colloque «Cirque et éducation» ont vu se dérouler sous le chapiteau du Cirque éducatif les premières Rencontres nationales des ateliers éducatifs de cirque en milieu scolaire. Elles complètent ce colloque et montrent que nos échanges d'adultes sont inséparables d'une volonté de valoriser les pratiques du cirque chez les jeunes.

Il

Introduction

Hugues Hotier

TI y a un peu plus de deux siècles et trois décennies, un ancien sous-officier britannique, militaire démobilisé pour cause de paix, inventait le cirque. Comme nombre de ses anciens condisciples, il tentait de gagner sa vie en présentant au public, en l'occurrence londonien, les exercices de voltige équestre, à mains nues ou avec le sabre, qu'il avait appris à l'armée. Quand il eut l'idée d'aller quérir les bateleurs de la place publique et d'intercaler leurs numéros de danse sur la corde, d'acrobatie et de sauts entre les reprises de sa cavalerie, il ne se rendit sans doute pas compte qu'il venait de créer un nouveau genre artistique. Présenté dans un amphithéâtre à ciel ouvert, accompagné des roulements de tambour que son épouse produisait, le spectacle de Philip Astley ne s'appelait pas encore cirque. Ce fut un de ses imitateurs et concurrents, et peut-être un plagiaire, Hughes, un ancien de la troupe d'Astley, qui semble être le premier à avoir utilisé le mot en baptisant l'établissement qu'il avait fait construire, dès 1780 à quelques centaines de mètres de l'amphithéâtre où il avait fait ses premières armes, Royal circus. Evocation du cirque romain? Plus vraisemblablement, emprunt du mot qui désignait la piste circulaire du manège. Car pour qu'il en fût ainsi, pour qu'Astley utilisât un mot nouveau, il aurait fallu qu'il eût conscience d'avoir inventé ce qu'on appellerait de nos jours un nouveau concept. Il est probable qu'il considérait ce qu'il avait fait comme une simple évolution des démonstrations qui existaient à l'époque et dont il avait été un spectateur assidu. Car, évidemment, Astley eut des précurseurs et l'on sait bien qu'une forme d'expression artistique ne naît pas ex nihilo. Roland Auguet a très bien montré dans son Histoire et

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légende du cirque2, combien le cirque, spectacle essentiellement équestre, était le produit d'une société du cheval. Le mérite de Philip Astley est d'avoir apporté la variété dans un spectacle trop monolithique. Les premières représentations du Astley's Royal Amphiteater of Arts comportaient donc, outre les exercices équestres, à caractère militaire et nationaliste et, pour tout dire fortement anti-français3, des acrobates, des danseurs de corde et des sauteurs. Vinrent ensuite les parodies équestres comiques qui cédèrent le pas aux pitreries des clowns4 et les petits animaux familier dressés. Comme l'écrit Henry Thétard : «Dès 1775, on trouvait au programme d'Astley toutes les spécialités qui sont les véritables caractéristiques du spectacle de la piste - et qui le restèrent à l'exclusion des autres - pendant plus d'un demi-siècle: les jeux équestres, la danse de corde, la danse acrobatique, le dressage d'animaux, les sauts acrobatiques et cascades, les équilibres sur accessoires, le ballet féerique et la
pantomime.
»5

Pour en finir avec l'histoire, qui n'est pas le propos de cet ouvrage, on signalera qu'Astley, tout nationaliste qu'il fût, tint, dès 1774, à présenter son spectacle aux Parisiens dans un manège qu'il avait loué avant de faire construire, en 1782, le premier cirque parisien. Philip Astley est enterré au cimetière du Père-Lachaise.
2 Flammarion, 1974. Voir aussi H. Hotier Cirque, communication, culture, Presses Universitaires de Bordeaux, 1995. 3 La pantomime intitulée « Prise de la Bastille» montrait des Français sanguinaires promenant des têtes coupées au bout de piques. 4 Les parodies équestres mettaient en piste un auxiliaire des militaires dont il était la tête de turc: le tailleur. De même que les aviateurs font la différence entre les « rampants» et les volants, les cavaliers se sentaient supérieurs à ceux qui, dans le régiment, ne montaient pas à cheval. Le personnage dont se moque le clown n'est pas d'origine militaire. C'est le paysan qui se méfiait des gens du voyage, réputés voleurs de poules si ce n'est d'enfants. Le passage du tailleur au paysan est représentatif de la démilitarisation du cirque. 5 L'ouvrage de référence pour l'histoire du cirque reste toujours La merveilleuse histoire du cirque d'Henry Thétard, publiée en 1947 auquel nous nous référons. Cette bible du circophile a été rééditée en 1978 chez Julliard à l'initiative de Lucien-René Dauven, alors président du Club du cirque, association fondée précisément par Henry Thétard. 6 Thétard signale qu'à plus de 50 ans, de 1793 à 1795, Philip Astley reprit du service pour venir combattre les Français sous les ordres du duc d'York. 14

Depuis une vingtaine d'années, on voit cohabiter en France avec ce cirque biséculaire une nouvelle forme de spectacle, en piste ou sur scène, qui emprunte aux disciplines du cirque dit traditionnel. Fortement soutenue par le ministère de la culture, ses aides financières et ses circuits de diffusion, ainsi que par les médias nationaux qui agitent l'encensoir un peu vite comme s'ils craignaient que l'avenir les accuse d'avoir manqué de discernement et de n'avoir pas su pressentir le génie, cette forme de cirque dit nouveau - on tend de plus en plus à remplacer cet adjectif par un autre, contemporain - a eu pour effet bénéfique d'obliger les professionnels français du cirque à sortir de leur torpeur et, disons le, de leur médiocrité. Quiconque a vu les spectacles que le Cirque d'hiver de Paris présente depuis quelques années peut mesurer la puissance de la réaction. «Le Cirque », c'est ainsi que s'intitule le spectacle du 150ème anniversaire de l'inauguration du Cirque d'hiver, est un modèle du genre par la qualité des numéros rassemblés mais aussi par le soin apporté aux lumières et au décorum ou par l'originalité de la mise en espace et des enchaînements. La deuxième de couverture du programme édité à cette occasion montre une photo pleine page, pas des plus récentes, de la façade du Cirque d'hiver7. Au-dessus de l'entrée, un calicot affiche le slogan «Bouglione le seul qui a gardé la tradition ». La tradition en question a été gardée mais cela n'a pas empêché une évolution qui a permis d'actualiser sans les altérer les principes fondamentaux du cirque. Pour dire les choses autrement, on a gardé les ingrédients mais on les a préparés autrement et le goût du jour les apprécie comme celui de jadis. Actuellement, donc, cohabitent un cirque de tradition, mais modernisé, et un cirque contemporain qui s'inscrit plus dans une rupture, parfois un rejet, que dans une continuité historique. Les compliments formulés à l'adresse de la famille Bouglione pourraient aussi bien être adressés au Cirque Roncalli en Allemagne ou au Cirque du soleil au Canada. Le premier a modernisé la tradition en restant inscrit en son sein, le second l'a utilisée comme un élément patrimonial, comme fondations, pour bâtir une nouvelle forme de cirque. Et quand on est à ce niveau de perfection, il n'est pas question de choisir: on ne
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Le Cirque Napoléon, première dénomination du Cirque d'hiver, a été inauguré le Il décembre 1852 par l'empereur Napoléon III. 15

boude pas son plaisir et on prend les deux. On peut aimer Molière et Beckett, pourquoi faudrait-il choisir entre Arlette Gruss et Bartabas ? Parallèlement à l'effervescence qui a accompagné la naissance et la montée en puissance du nouveau cirque, on a vu se développer une attention, une sollicitude, voire une sollicitation, en direction du jeune public. A commencer par le public scolaire. Parfois, cette attention est imposée par le cahier des charges qui accompagne les subventions. Ce n'est pas là propre au cirque et toutes les structures culturelles se voient imposer, en contrepartie de l'aide de l'Etat ou de la Région par exemple, un certain nombre de prestations, actions et animations en direction des publics délaissés ou en devenir. Parfois c'est le souci commercial de diversifier la clientèle et de conquérir un public nouveau. C'est vrai pour les deux formes de cirque, le traditionnel et le nouveau. Chez l'un et chez l'autre on pourrait citer nombre d'entreprises et de compagnies qui considèrent les écoliers, collégiens et lycéens comme un public captif. Parfois, mais sans doute plus rarement, on voit des mouvements à vocation culturelle qui utilisent le cirque à des fins éducatives et/ou sociales. Qui, n'ayons pas peur du mot, l'instrumentalisent afin qu'il devienne un moyen d'émancipation et de dév,eloppement. L'Association Cirque éducatif s'inscrit, depuis bientôt 30 ans, dans cette mouvance et se positionne entre l'esthétique d'un spectacle fondé sur la stimulation d'émotions saines et l'exploitation de ce spectacle à des fins éducatives et sociales. Le spectacle du Cirque éducatif répond aux attentes légitimes des éducateurs. Pas de morbidité, pas de vulgarité, mais un souci de l'esthétique et un absolu respect de l'enfant dont on ne sollicite que les émotions les plus nobles. Parallèlement, on le verra, ce spectacle est conçu pour être exploité en classe et pour constituer l'assise d'une pédagogie active. Et pour servir de fondement à une action d'insertion en direction des adolescents en difficulté sociale, trop nombreux encore dans nos collèges et nos lycées. Cela vaut parfois aux responsables des volées de bois vert que, paradoxalement, ils considèrent comme des encouragements. Ainsi,

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l'exposé de notre conception dans Un cirque pour l'éducation8 nous valut-il cette critique acerbe mais somme toute rassurante:
« Les objectifs du cirque éducatif sont au nombre de quatre. Paire du cirque la base d'une pédagogie « active» à partir de tout un arsenal d'actions et d'outils: stages de formation pour élèves et/ou enseignants, documentation pédagogique diversifiée et exposition itinérante sur le cirque, animations publiques et interventions sociales. C'est là que le bât blesse. Toute la dernière partie, avant les études de cas plutôt intéressantes, porte sur le thème «Cirque et remédiation: un projet contre l'exclusion ». Il

est question de voir le cirque comme « un mouvement d'éducation populaire », un moyen pédagogique et un outil d'insertion destiné à
« raccrocher les décrocheurs », selon l'expression sibylline d'une conseillère d'éducation. On est clairement là dans un processus d'instrumentalisation de l'art - fût-il cirquesque - et qu'il s'agisse de «cirque à l'hôpital» ou de «cirque en prison », toutes les recettes censées réduire, voire cautériser, la fameuse «fracture sociale» ne sont pas loin. »9 Tous ceux qui prônent l'insertion par la culture, ceux qui utilisent les arts à d'autres fins que le plaisir esthétique, tous ceux dont la mission est d'éduquer et d'aider, et qui font flèche de tout bois parce que l'essentiel est l'humain et parce qu'il y a urgence, tous ceux qui pensent que l'œuvre artistique n'a de sens que si elle contribue à élever, voire à sauver, l'homme, tous ceux-là instrumentalisent l'art. Et le font sciemment. Nous en sommes et nous le disons non sans fierté.

Les nombreux enseignants, animateurs socioculturels, éducateurs et travailleurs sociaux qui participaient au colloque sur la fonction éducative du cirque que l'.Association Cirque éducatif organisait à Sin le Noble le 1er mars 2002, dans le cadre des manifestations de l'Année du cirquelO, sont probablement de ceux
8

H. Hotier, Un cirque pour l'éducation, L'Harmattan, coll. Arts de la piste et de la rue, 2001 9 Marc Moreigne, Arts de la piste, HorsLesMurs, n020, juillet 2001 10 Mise en place par le ministère de la culture et de la communication et coordonnée par l'association HorsLesMurs, qui a reçu de celui -ci une mission de gestion de la politique des « arts du cirque» et des « arts de la rue », l'année du cirque a connu de nombreuses manifestations entre l'été 2001 et l'été 2002. Le temps fort en était Ie premier week -end de mars 2002. Pour sa part, l'Association 17

qui instrumentalisent le cirque. Ce qui ne les empêche pas de l'aimer et de le respecter ainsi qu'en attestent les textes qui suivent. Parce que, par bien des côtés, ces textes sont exemplaires et parce qu'ils peuvent être utiles au-delà du cercle des participants au colloque, nous avons décidé de les rassembler et de les éditer au lieu de nous limiter à une simple publication d'actes. On voudra bien comprendre que cet ouvrage ne réunit pas les communications prononcées le 1er mars mais des textes qui ont été récrits par leurs auteurs, en tenant compte des débats que leur première version ont suscités, des éclairages que d'autres interventions ont pu apporter et de la réflexion ultérieure de ces auteurs qui ont disposé de plusieurs mois pour ce travail de maturation. Nous espérons que cet ouvrage sera utile et qu'il permettra de mener encore plus loin l'action éducative grâce au cirque. Il s'organise autour de trois axes qui sont trois approches de cette démarche d'éducation et d'insertion. La première partie aborde le cirque en tant que moyen dans le processus de construction de l'enfant. La deuxième partie est consacrée au recours au cirque dans le processus de formation de l'élève. Enfin, la troisième examine comment le cirque peut être utilisé dans le processus d'insertion sociale de l'enfant ou de l'adolescent en difficulté. Faut-il dire que nous connaissons les limites de telles classifications? Est-il besoin d'ajouter que nous ne pensons pas qu'il existe des statuts différents qui se succéderaient selon les temps de la journée ou de la vie. Tantôt un fils ou une fille, tantôt un élève, tantôt une personne en difficulté. Nous savons bien qu'il n'existe qu'un être et un seul, l'enfant. La différence qu'on tente d'instaurer, de facto, entre l'enfant dans sa famille et l'élève dans son école a fait suffisamment de dégâts pour que nous ne nous y ralliions pas. Nous prions instamment nos lecteurs d'avoir cette profession de foi
Cirque éducatif a organisé le colloque sur la fonction éducative du cirque, les Rencontres nationales des ateliers éducatifs du cirque en milieu scolaire et des démonstrations de dressage de chevaux par la méthode dite des chuchoteurs de Pat Parelly.

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présente à l'esprit et de ne pas nous faire de mauvais procès. L'enfant est unique dans ses différentes activités. Les trois parties qui structurent ce livre ne sont là que pour en faciliter la lecture.

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Première partie

L'ENFANT

ET LE CIRQUE

Le cirque dans le processus de construction de l'enfant

Au bord de la piste: l'enfant spectateur

Hugues Hotier11

Le cirque exerce sur l'enfant une fascination que bien d'autres formes de spectacles pourraient lui envier. Il est surprenant de constater à quel point les enfants aiment ce spectacle qui, dans sa forme générale, n'a pas fondamentalement changé depuis son origine, il y a quelque deux cent trente ans. De ce point de vue, il se compare aux marionnettes classiques du guignol lyonnais. Les ressorts n'ont pas bougé, les personnages sont les mêmes, les situations sont identiques et cela fonctionne toujours aussi bien. Les castelets devant lesquels mes petits-enfants jubilent, s'insurgent ou applaudissent sont les mêmes que ceux de mon enfance. Guignol est toujours Guignol, Gnafron est toujours Gnafron. Leurs visages de bois sont peints de la même façon et les décors sont aussi naïfs que ceux auxquels je croyais il y a un demi-siècle. Depuis, il y a eu la télévision et l'image de synthèse. Les dessins animés prennent les enfants au saut du lit et les coups de revolver des séries auxquelles les parents ont tendance à les laisser s'habituer ponctuent sa journée. Mais Guignol qui n'a que son bâton pour faire triompher le droit et se substituer à une force publique défaillante (Ah, ce gendarme qui ne regarde jamais du bon côté !) passionne toujours autant. Il y a là quelque chose de profondément rassurant. Depuis que j'ai des oreilles, j'entends dire que le clown est mort. Fini le clown avec son manteau pailleté et son cône d'un autre âge sur la tête! Place au clown moderne, épuré, "tendance" . L'enfant laisse disserter les critiques dramatiques et croasser les oiseaux de mauvais augure. Tant que Yann Rossi s'exaspèrera aux
11 Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3, directeur du GREC/D, laboratoire de recherche en communication, fondateur du Cirque éducatif. 23

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