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La praxéologie

De
232 pages
Chacun de nous met en œuvre la praxéologie, science de l'action, sans en avoir conscience : son implication et ses potentialités requièrent une synergie contextuelle d'axes d'études au plus près des réalités. Outil d'optimisation des actions entreprises au sein de nos univers sociétaux, notamment au cœur des pratiques éducatives et des méthodes pédagogiques, la praxéologie et sa méthodologie constituent l'un des leviers éducatifs de la construction efficiente du monde de demain.
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Yannick Brun-Picard
La praxéologie
Chacun de nous met en œuvre la praxéologie sans pour cela
conscientiser son exercice, ses dimensions et moins encore ses
réalités. L’objectif de cet ouvrage est d’exposer sa présence, son
implication et ses potentialités.
La praxéologie, science de l’action, est une méthodologie La praxéologie
astreignante dans sa pratique. Elle est une mise en synergie
contextuelle d’axes d’étude au plus près des réalités. Les actants
participent à son évolution, à son évaluation et à sa validation. Au cœur de la structuration des interfaces sociétales
La praxéologie tend vers l’optimisation des actions entreprises
au sein de nos univers sociétaux, notamment au cœur des
pratiques éducatives et des méthodes pédagogiques.
L’intérêt de cet ouvrage est de proposer des pistes ouvertes
et projectives aux enseignants, aux formateurs et aux
actants sociétaux. Ainsi, l’interface sociétale de réalisation
de la praxéologie deviendra un outil, un levier éducatif de la
construction e ciente du monde de demain.
Yannick Brun-Picard, docteur en géographie,
membre actif de la Maison de la Géographie de
Montréal, conférencier, effectue des recherches
sur les dynamiques des territorialisations par les
vecteurs anthropiques. Il porte un intérêt soutenu
aux méthodologies éducatives, aux perspectives
de formation et de développement de l’efficience
de l’enseignement dans les contextes sociétaux contemporains.
Collection « Logiques Sociales »
dirigée par Bruno Péquignot
ISBN : 978-2-343-05145-1
23 € L O G I Q U E S S O CI AL E S
Yannick Brun-Picard
La praxéologie








La praxéologie
Au cœur de la structuration des interfaces sociétales

Logiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales »
entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action
sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou
d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des
phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique
ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes
conceptuels classiques.


Dernières parutions

Simon DULMAGE, Mutations et déterminisme chez Bourdieu,
Epistémologie de la sociologie de l’art de Bourdieu, 2014.
Béatrice JEANNOT-FOURCAUD, Antoine DELCROIX, Marie-Paule
POGGI (dir.), Contextes, effets de contextes et didactique des langues,
2014.
Yannick BRUN-PICARD, Plus loin que le développement durable : la
durabilité, 2014.
Jean-Michel LE BOT, Eléments d’écologie humaine, 2014.
Claude GIRAUD, Qu’est-ce qui fait société ?, 2014.
Nicole ROELENS, Manifeste pour la décolonisation de l’humanité
femelle. Tome 4 : poussées d’émancipation et violences colonisatrices,
2014.
Khosro MALEKI, Introduction à la sociologie du mécontentement
social, 2014.
Jean PENEFF, Howard S. Becker. Sociologue et musicien dans l’école
de Chicago, 2014.
Jean-Michel BESSETTE, Être socio-anthropologue aujourd’hui ?,
2014.
Alexandre DAFFLON, Il faut bien que jeunesse se fasse ! Ethnographie
d’une société de jeunesse campagnarde, 2014.
Jean PENEFF, Howard S. Becker. Sociologue et musicien dans l’école
de Chicago, 2014.
Dominique MARTIN, Relations de travail et changement social, 2014.
Thomas PIERRE, L’action en force et les forces en action. Sociologie
pragmatique des forces, 2014.
Yannick Brun-Picard










La praxéologie






Au cœur de la structuration des interfaces sociétales















































































































DU MÊME AUTEUR CHEZ L’HARMATTAN

Au-delà du développement durable : la durabilité, 2014.
Géographicité, interface de notre rapport au monde, 2014.
Une école de violence, La cour de récréation, une interface
éducative de référence, 2014.
L’interface en géographie, jeux et enjeux, 2014.
Géographie d’interfaces, formes de l’interface humanité/espaces
terrestres, 2013.



CHEZ D’AUTRES ÉDITEURS
Décrochages en classe, EUE, 2014.











© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05145-1
EAN : 9782343051451
Que la force me soit donnée de supporter
ce qui ne peut être changé
et le courage de changer ce qui peut l’être,
mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre.
MARC-AURÈLE, Pensées pour moi-même, 1992.
Le courage constructif est d’accepter de laisser à nos côtés
les croyances, les normes ainsi que les appartenances
pour agir, secouer, voire ébranler les certitudes,
les inerties et les conformismes
afin de servir le devenir de l’Humanité
tout en élevant notre humanité.
Yannick BRUN-PICARD, QUÉBEC, 2013.
Géraldine et Yoan,
vous m’avez permis de parvenir à une certaine sagesse.
Aujourd’hui,
Firmin, Lyne, Lilly et Jules
m’invitent, nous invitent à aller un peu plus loin dans la
sagesse
partagée avec Brigitte. Introduction
La praxéologie est une démarche méthodologique particulière.
Elle met l’actant, celui qui agit selon les directives
praxéologiques, aux marges des normes contemporaines ainsi
que des habitudes institutionnelles. Afin de répondre aux maux
auxquels nos sociétés doivent trouver des réponses pour vivre en
convivance notre humanité doit accepter des paradigmes qui
permettent, voire qui contribuent à l’avancée de nos
connaissances sur le monde des faits, pour y parvenir nous
devons nous rendre au cœur de la structuration des interfaces
sociétales.
Les mots de WILLIAM ARTHUR WARD : « C’est impossible dit la
Fierté. C’est risqué dit l’Expérience. C’est sans issue dit la
Raison. Essayons murmure le Cœur. » sont en résonnance avec
nos paroles défendues à QUÉBEC (BRUN-PICARD, 2013) :
Le courage constructif est d’accepter de laisser à nos côtés les
croyances, les normes ainsi que les appartenances pour agir,
secouer, voire ébranler les certitudes, les inerties et les
conformismes afin de servir le devenir de l’Humanité tout en
élevant notre humanité.
Nous avons conscience que notre approche de la praxéologie, que
la méthodologie mise en avant ainsi que nos propositions vont
participer à nous mettre à l’index de mouvances qui ne peuvent
pas concevoir que la capacité de réfléchir et d’agir sur les actes
en cours d’action soit une réalité accessible. Toutefois, nous
entamons ce périple complexe en praxéologie.
Ouvrir un dialogue avec des structures où l’inertie, la
reproduction sociétale et la normalité sont institutionnalisées, en
entrant frontalement dans un éventuel partage de points de vue et
de pratiques, en mettant en exergue ces deux citations apparaît
comme une provocation. Cette possibilité est acceptée.
Cependant, nous sommes loin de rechercher l’affrontement.
7 Nous aspirons à l’acceptation d’un regard différent, à la prise en
considération de la diversité, à l’impérieuse nécessité de lire le
monde tel qu’il est et non tel que les écoles de pensée, les
idéologies et les cercles d’influences prétendent à grand renfort
de scientificité qu’il est. Cette volonté de faire progresser notre
Humanité dans son appropriation de son humanité possède un
lien, un ancrage avec les mots de Romain ROLLAND : « En
agissant, on se trompe parfois. En ne faisant rien, on se trompe
toujours. » En effet, nous préférons nous tromper puis corriger
nos propositions que laisser des fléaux se perpétrer en toute
ignorance de leurs conséquences.
Nos études et nos démonstrations sur les violences urbaines et les
violences scolaires ont été raillées, tancées et ostracisées par les
experts et autres tenants des normalités institutionnelles. Il est
vrai que depuis nous avons publié différents ouvrages sur ces
thèmes (BRUN-PICARD, 2013, 2014), mais ce n’est pas pour cela
que la praxéologie est entrée dans les cursus de formation ou dans
les méthodologies d’étude des faits sociétaux.
Il est temps, comme nous le murmure le cœur : d’essayer. Une
telle tentative fait appel au courage, à cette forme de courage dont
la finalité est de servir le devenir de l’Humanité.
Il est vrai que ce glissement de paradigme n’est pas aussi vital
que les réponses à apporter au changement climatique, aux
violences faites aux femmes, ou à la désagrégation des systèmes
éducatifs qui oublient que ce sont les élèves qui doivent être au
centre des préoccupations éducatives. Il est vrai que la
praxéologie se pratique depuis la nuit des temps ne serait-ce
qu’en faisant évoluer les outils pour chasser et les moyens pour
garder le feu. Il est vrai que nombre de méthodes notamment
collaboratives font appel à des traits praxéologiques dans leur
mise en œuvre. Mais, il est vrai, aussi, que nos sociétés sont
gangrénées par des maux pour lesquels nous devons, nous tous
en tant qu’acteurs sociétaux, trouver des réponses.
Les méthodes employées jusqu’à ce jour ne répondent que
partiellement. Elles surfent sur l’immédiateté médiatique sans
aller au plus profond du mal. Elles n’accèdent pas aux
8
mécanismes les plus ancrés qui alimentent par exemple des
violences scolaires. Elles ne prennent pas le temps d’aller
chercher aux tréfonds de notre humanité les fondements à nos
travers, à nos abus et à nos déviances.
La praxéologie permet d’aller fouiller au plus profond des
phénomènes. Nous l’avons employée et nous avons validé ses
enseignements par exemple pour les décrochages en classe
(BRUN-PICARD, 2014). Toutefois, dans ces productions
d’analyses sociétales les traits de la praxéologie n’étaient que
succinctement abordés. Il nous semble opportun de proposer à la
critique notre pratique de la praxéologie afin de faire avancer nos
lectures du monde et les réponses qui pourront être faites.
Dans cette perspective afin de rendre un outil méthodologique
qui pour nos travaux a démontré son efficience et son adaptabilité
aux réalités auxquelles nous devions répondre, nous abordons la
praxéologie par un prisme à même de convaincre les critiques les
plus acerbes.
Ce cheminement démonstratif en praxéologie débute par sa
structuration initiale fondée sur une définition, une méthode, une
territorialisation et la mise en exergue d’une interface sociétale.
La structuration interne à la praxéologie en allant au cœur du la
pratique, en spatialisant, en recherchant une certaine harmonie et
par sa mise en œuvre poursuit la présentation contextuelle. Par la
suite, sont mises en évidence les destinations et les projections en
s’extrayant de la normalité, en renforçant les axes d’étude, en
s’adaptant aux contraintes et en discernant les pierres
d’achoppement. Ensuite, nous montrons que la praxéologie est
un levier d’efficience par sa capacité donnée à l’actant de
répondre aux maux, de percevoir les imbrications, de concevoir
les constructions et les implications. Ces traits exigent que les
obligations de l’actant dans sa pratique soient exposées. Ils se
caractérisent par sa prise de position, dans l’action, pour
l’articulation et l’optimisation. Une approche rapide des
violences sert d’exemple de la mise en pratique pour vérification
et validation. Dans ce but, nous allons au contact des faits
violents, nous validons les analyses, nous accédons aux réalités
9
et nous proposons des réponses aux maux constatés. Enfin, des
enseignements sont extraits de ces différentes phases en prenant
conscience des freins et des inerties, en percevant les
accélérateurs à cette méthode, en reconnaissance la présence de
la géographicité ainsi que des impératifs indissociables de
l’action praxéologique entreprise par l’actant.
La praxéologie permet à l’actant de se rendre au cœur de la
structuration des interfaces sociétales. Cette action d’une rare
complexité se réalise, s’étend et gagne en pertinence par sa mise
en œuvre et son exercice dans tous les contextes sociétaux.
La praxéologie pratiquée selon ces directives fondées sur notre
définition devient un outil méthodologique à même de proposer
un bond paradigmatique et des réponses efficientes aux maux
auxquels nos sociétés doivent répondre.

10
Une structuration initiale
Démontrer ce qu’est la praxéologie, au cœur de l’interface des
structurations sociétales, hors du champ philosophique, hors des
pratiques courantes de l’ingénierie, hors des normalités
institutionnelles réclame que nous exposions sa structuration
initiale. Sa nature d’interface sociétale d’une médiance trajective
contextualisée impose, elle aussi, que notre lecture de cette
réalité soit ancrée sur un socle initial propice à l’ouverture du
dialogue. Pour satisfaire à ces exigences, nous abordons la
praxéologie par sa définition, par notre définition. Effectuer un
commentaire des définitions existantes, des pratiques et des
orientations contemporaines est, à notre sens, trop normalisé
pour être entrepris dans ces pages. La gnose, la compilation et le
commentaire de texte sont laissés à ceux et celles qui excellent
dans ces domaines. Nous préférons tendre vers des axes de
théorisation sans pour cela proposer une théorie. En effet, seule
la définition de la praxéologie suffit à cela dans le contexte de cet
ouvrage. Cependant, avant d’entrer dans la structuration initiale,
nous devons préciser succinctement les traits méthodologiques
qui nous ont orientés dans cette construction cognitive aux fortes
influences génétiques, systémiques et socioconstructives pour le
moins.
Cette méthodologie est largement inspirée des propos de
BACHELARD (1938, 14) « Rien ne va de soi. Rien n’est donné.
Tout est construit. » Dans cette perspective, nous construisons un
domaine d’évolution, de réflexion et de projection afin que
l’objet sur lequel nous fixons notre attention soit un phénomène
entièrement accepté et validé par les observateurs et surtout que
11 nous soyons en position pour nous rendre au cœur de la
structuration des interfaces sociétales.
La démarche générale est inscrite dans une épistémologie qui se
garde de tout travers, de tout glissement en direction de
considérations générales, de stéréotypes, d’une objectivité
forcenée ou d’une prétendue neutralité (DOSSE, 1997 ; 399).
Nous abondons ainsi dans le sens de STENGERS (1993, 163) pour
qui les scientifiques apportent des incertitudes : « L’incertitude
irréductible est la marque des sciences de terrain. Elle ne tient
pas à une infériorité, mais à une modification des rapports entre
« sujet » et « objet », entre celui qui pose les questions et celui
qui y répond. » Toutefois, en s’engageant dans cette direction, il
est impératif pour le producteur de savoir d’avoir la conscience
du risque pris pour œuvrer aux marges de la normalité
institutionnelle comme nous le rappelle DOSSE (1997, 402)
« C’est cette notion de risque qui doit inciter les sciences
humaines à ne plus s’enfermer dans des objets préétablis ou des
cadres théoriques clos sur eux-mêmes, mais à s’ouvrir à
l’irruption de la nouveauté, de l’irréversibilité. » Cela nous
ramène à BACHELARD (1938, 18) « L’épistémologue doit donc
s’efforcer de saisir les concepts scientifiques dans des synthèses
psychologiques effectives, c’est-à-dire dans des synthèses
psychologiques progressives, en établissant, à propos de chaque
notion, une échelle de concepts, en montrant comment un
concept en a produit un autre, s’est lié avec un autre. Alors, il
aura quelque chance de mesurer une efficacité épistémologique.
Aussitôt, la pensée scientifique apparaîtra comme une difficulté
vaincue, comme un obstacle surmonté. » Sans avoir
l’outrecuidance de prendre la place de cet auteur, nous nous
inspirons de ses directives pour asseoir nos propositions. Ce
positionnement nous incite à reconnaître et à intégrer les
maturations historiques selon les directives de FOUCAULT (1969,
255) : « C’est en interrogeant les sciences, leur histoire, leur
étrange unité, leur dispersion et leurs ruptures, que le domaine
des positivités a pu apparaître ; c’est dans l’interstice des
discours scientifiques qu’on a pu saisir le jeu des formations
discursives. » Sur ses indications, nous pouvons aller plus loin
dans les stratifications, dans les structurations et dans les
12
articulations afin de rendre la réalité accessible en toute
conscience.
La structuration initiale de la praxéologie se construit, s’agrège
et rayonne à partir du cadre définitoire sur lequel nous fondons
nos développements. La synergie méthodologique, le territoire
d’exercice et l’interface sociétale de structuration complètent ces
premiers pas en direction de ce qu’est la praxéologie et de ce que
sa mise en œuvre permet dans le concert des sciences.
Un cadre définitoire
Nos différentes pratiques et les lectures des réalités sociétales
développées dans nos précédents ouvrages (BRUN-PICARD,
2013, 2014) ainsi que dans nos différentes interventions ont
contribué à l’élaboration d’une définition de ce qu’est, à notre
sens, la praxéologie.
PRAXÉOLOGIE
La praxéologie est une démarche méthodique, au cœur de
l’action, articulée selon des modèles complémentaires et parfois
en tension. Elle agrège les aspects pertinents, selon le principe
de moindre contrainte, des modèles, systémiques,
socioconstructivistes, structurels, cognitivistes, génétiques,
pragmatiques et dialogiques de conscientisation récursive et
autorégulée sur : l’agir, le perçu, le produit et la destination.
L’analyse, structurée et construite, implique l’ensemble des
dimensions, mises en synergie, afin d’atteindre la réalisation
d’une production professionnelle en fonction de ses temporalités,
ses dynamiques de rupture/continuité de la structuration de
l’interface de contact pour l’ensemble des agissants. Ainsi
s’atteignent, pour l’actant, des ajustements fonctionnels de
savoirs évolutifs sur le domaine d’étude et s’acquièrent des
capacités innovantes de prévisibilités, d’anticipations et de
projections. Sa finalité s’exprime dans la production d’une
théorie à même de nous éclairer sur une réalité et par extension
sur notre Humanité.
13 Afin de tendre vers la mise en œuvre d’une reconnaissance de
cette méthode, il est nécessaire d’intégrer la praxéologie dans les
pratiques fonctionnelles, ce qui est entrepris plus loin. Avant
d’accéder à ces mises en contexte, une présentation de la
structuration initiale de la praxéologie est indispensable en
complément de la seule définition. Nous n’effectuerons pas de
commentaire de la définition. En revanche, nous proposons des
éléments complémentaires afin de mettre en œuvre cette
méthodologie au sein de toutes les sciences humaines. Les
éléments fondamentaux de l’action praxéologique, les
agrégations propres à celle-ci, son indispensable maturation et
l’objectivation pour tendre vers l’efficience sont les traits initiaux
de notre mise en perspective des multiples agrégations visibles
au cœur de l’interface des structurations sociétales.
La praxéologie comme toute action méthodique dont l’objectif
est de comprendre des phénomènes et de produire des savoirs
repose sur des éléments fondamentaux. Ceux-ci s’expriment en
fonction de la pratique, de l’acte de comprendre, de celui de
répondre et d’agir pour progresser. Toute action de nature
scientifique reprend ces thèmes avec différentes connexions,
orientations et contextualisations. La praxéologie se fonde sur
ces éléments fondamentaux. Elle étudie, décortique, critique et
valide une pratique de nature professionnelle ou de réalisation
d’une tâche. La pratique est l’objet fondamental avant de prendre
en compte un autre constituant. La mise en pratique, la réalisation
ou ce qui a été produit est pour le praxéologue, pour l’actant qui
revient sur ses productions, ce qui est étudié. C’est-à-dire qu’au
regard du résultat produit la pratique est disséquée afin de
déterminer si des points peuvent, doivent être améliorés. Pour
cela il est impératif de comprendre ce qui s’est déroulé pendant
la construction des faits ou du phénomène sur lequel l’actant
souhaite intervenir. La compréhension vise les points de
dysfonctionnement. Elle incite l’observateur, l’actant à aller plus
loin que les évidences ou que le confort de ce qui satisfait au
premier abord. Elle intègre le positif sans en faire une
focalisation ou un vecteur de justification. L’actant qui veut
comprendre un phénomène aspire à répondre aux réalités sans les
éluder. En produisant des réponses il devient possible de
14
s’engager sur un axe de progression afin de dépasser un stade de
réalisation pour un niveau plus performant, pertinent ou ne
seraitce que fonctionnel. Répondre sans dissimulation et sans
autosatisfaction contribue à la progression attendue qui sera
constituée pour gommer ce qui peut nuire à l’efficience d’une
méthodologie dont la finalité est de parvenir à prendre
conscience des réalités sans dissimulation.
Figure 1 : Éléments fondamentaux de l’action praxéologique
Éléments fondamentaux
Comprendre Répondre
Pratique Progresser
Les traits fondamentaux posent le socle initial qui se densifie au
contact des multiples actions internes. Elles sont autant de
leviers, d’accélérateurs et de sources d’intensification que ce que
leur diversité peut offrir. Toutefois, afin d’éviter tout délitement
des agrégations doivent s’effectuer pendant l’œuvre de l’actant.
Celles-ci mettent en synergie l’attente, le phénomène, la
conception et la projection. L’attente est ce vers quoi tend le
producteur de l’action en cours de réalisation. Elle est la finalité
pour laquelle une démarche est entreprise. Elle tend à satisfaire
une conception, une théorie, voire à vérifier et à valider des
hypothèses. C’est ce qui a mené au phénomène étudié par l’actant
qui veut corriger toute pierre d’achoppement. Le phénomène sur
lequel se retourne la réflexion de son producteur alimente
l’analyse tout en étant la cause de l’étude. Il y a alors imbrication
de dimensions de lecture de ce qui a été produit. Le phénomène
reflet d’une humanité étant donné que le plus souvent la
praxéologie s’effectue sur des actions anthropiques est filtré par
l’observateur. Il donne la matière à l’étude et est simultanément
l’étude entreprise. Cependant, bien que l’actant soit l’un de ses
constituants, il doit demeurer un élément agrégatif afin de
préserver la conception de travail entrepris. La conception est une
entité ouverte dont le rôle est d’encadrer la trame d’étude afin
15 que les projections soumises après l’action soient agrégées dans
les meilleures conditions. De cette manière, nous avons un
mouvement agrégatif permanent qui favorise l’accès au cœur de
l’interface des structurations sociétales.
Figure 2 : Les agrégations propres à la praxéologie

Agrégations


Phénomène Attente

Projection Conception


Les agrégations posées sur un socle initial subissent une
maturation indispensable au bon déroulement de l’action
praxéologique. La maturation met à l’index l’immédiateté dans
laquelle les sociétés contemporaines baignent oubliant ainsi les
exigences temporelles pour parvenir à déceler les mécanismes
d’un phénomène. Elle s’effectue autour des connaissances, de la
localisation, de la conscientisation et de l’autorégulation. Ces
termes reviennent sous multiples formes tout au long de notre
lecture de la praxéologie. Toutefois, au niveau initial de sa mise
en œuvre des connaissances doivent être assimilées, coagulées et
validées afin d’asseoir la démarche entreprise. Les connaissances
sont comprises sous toutes leurs formes. Tout ce qui contribue à
un niveau de réalisation est retenu afin de percevoir la masse des
ressources cognitives mises en effervescence ainsi que les
spécificités pour en extraire les zones d’ancrage. Ainsi, les
localisations des faits, des phénomènes, des implications et des
expansions doivent être coagulées aux connaissances. Cela
contribue à contextualiser l’étude et à lisser ses spécificités afin
d’en retirer des similitudes. La conscientisation prend déjà son
rôle de veille et d’alerte au sujet de ce qui se déroule et de ce qui
est accessible. Elle participe à un certain recul sur les faits et à
l’alimentation de la maturation puisqu’elle suggère un délai
d’action. Il devient possible pour l’autorégulation de trouver sa
place et d’intervenir dans la maturation en limitant tout
débordement afin de préserver l’entité sociétale de mise en
16
pratique. Elle est entreprise et conduite par l’actant afin que les
productions demeurent en résonnance avec les actions
entreprises et les orientations prises.
Figure 3 : Une maturation indispensable à la praxéologie
Maturation
Connaissances Autorégulation
Localisation Conscientisation
La maturation ne peut pas être orientée en direction de la
satisfaction d’une pulsion, d’une école ou pire d’une clientèle.
Elle porte en elle l’impérieuse présence de l’objectivation afin de
tendre vers l’efficience si précieuse pour toute démarche de
nature scientifique. L’objectivation est indissociable de la
conscientisation. Cependant l’objectivation va bien au-delà
puisqu’elle permet de produire un savoir vérifiable, reproductible
et critiquable. Elle s’articule autour l’évaluation, de la validation,
de la production et des références. Ce qui est produit initie
l’objectivation, car c’est un fait, un objet, une entité visible, voire
palpable que les observateurs peuvent prendre en main et
s’approprier. La production est simultanément un reflet de
l’actant. Elle projette une image d’une méthode d’action, d’un
investissement et d’une conception de l’action. Pour servir dans
le cadre de l’objectivation elle doit être associée à l’évaluation de
ce qui est fait, que ce soit à titre personnel ou par des extérieurs
qui viendraient jauger l’ensemble tout en intégrant l’actant afin
de s’inscrire dans une démarche praxéologique. En effet,
l’évaluation doit être produite au minimum pour partie par
l’actant. Cela lui permet de constituer des références
reproductibles de correction et d’expansion à partir d’un point
connu. Les références favorisent l’objectivation en donnant des
jalons partagés pour tous les observateurs ainsi que pour
l’ensemble des agissants dans un contexte similaire. Alors les
références sont employées comme des leviers d’objectivations
pour contribuer à la validation des actions entreprises ainsi que
17 des perspectives envisageables pour les enseignements qui
émergeront de la pratique praxéologique mise en œuvre. La
validation est une exigence incontournable pour une pratique
efficiente de la praxéologie. Elle favorise le retour sur expérience
en retenant ce qui fonctionne et en incitant à corriger les erreurs
ou les dysfonctionnements. La validation en cours d’action, en
fin de phase et à la fin du projet donne à l’actant une image
précise et objectivée de son entreprise.
Figure 4 : L’objectivation pour tendre vers l’efficience

Objectivation


Évaluation Validation

Production Référence


L’objectivation vectrice d’efficience, les agrégations propres à
cette démarche, l’indispensable maturation et les éléments
fondamentaux donnent un socle concret à l’action praxéologique.
Néanmoins, celui-ci exige qu’une synergie méthodologique soit
mise en corrélation avec son appropriation.

Une synergie méthodologique
L’image d’une synergie méthodologique peut sembler
disproportionnée quant à la seule pratique de la praxéologie. Il
n’en est rien. La praxéologie ne peut pas se pratiquer avec une
seule approche méthodologique, car elle serait étiquetée de
dogmatique ou de réductrice et elle ne serait pas en mesure de
permettre à l’actant de corriger ses erreurs en cours d’action et
moins encore de les accepter. Cette synergie s’articule autour
d’une forme de sémiotique, de la contextualisation, d’une trame
spécifique et des méthodes collaboratives.
18
La sémiotique (KLINKENBERG, 1998) permet de constituer une
interface de lecture, de compréhension, d’analyse et
d’explication des connexions dialogiques en étudiant les
significations, en décrivant les modes de fonctionnement et les
rapports existants entre la connaissance et l’action. Elle est une
forme de métathéorie : théorie de la théorie (FREITAG, 2011). Par
son intermédiaire le chercheur s’efforce de rendre explicite ce qui
est produit, ce qui est visible, afin que la signification soit perçue
et comprise par tout observateur. Fondée sur des normes, elle
transforme par la contextualisation, la différenciation, la
réentrée, la reconnaissance d’une rupture/continuité, la mise en
œuvre d’une moindre contrainte, dans les liens et les articulations
d’une réalité, en fonction de temporalités qui fournissent la trame interface de réalisation. Elle met en œuvre des mécanismes
d’agrégation, de stratification dynamique, de substitution, de
permutation, de coagulation en fonction de porosité, de
capillarité, de filtre et d’assimilation des spécificités reconnues.
La sémiotique permet de représenter la structure interne
complexe d’un phénomène par l’intermédiaire de carrés
sémiotiques et d’un vecteur qui en émerge afin de matérialiser
une facette des mécanismes de la construction d’un phénomène.
Elle met en situation les acteurs, le support physique, le cadre de
pratique et les attentes projetées. Les notions de stimulus, de
signifiant, de signifié et de référent sont souvent transformées
dans nos propositions par celles de référent, référé, stimulant et
stimulus. Ce glissement terminologique ne diminue en rien la
pertinence et les capacités explicatives de l’outil sémiotique pour
parvenir à une lecture évolutive et projective des réalités
auxquelles nous prêtons une attention soutenue. Cette
transformation fonctionnelle de ce qu’est la sémiotique nous
permet d’avoir un outil de conceptualisation des niveaux de mise
en relation des différents constituants sans pour cela devoir nous
extraire du phénomène. Cette extension orientée et discutable
favorise la perception et la lecture des différentes strates d’une
réalité.
19 Figure 5 : Une transformation de la sémiotique vectorisée

Sémiotique

Acteur Support

Destination Activité


Cette agrégation reprend nos articulations méthodologiques
antérieures (BRUN-PICARD, 2013, 2014) sans aucune
modification, car ces référents sont nos jalons de perception,
d’analyse, de compréhension et d’explication des réalités
conscientisées dans/sur l’interface humanité/espaces terrestre
(BRUN-PICARD, 2005). C’est-à-dire que nous réaffirmons
fermement notre positionnement par rapport aux phénomènes
que nous souhaitons étudier en fonction d’une approche
méthodique articulée sur ces aspects. Ce positionnement
méthodologique est la mise en œuvre d’une pensée de
MARCAURÈLE (1992, 180) : « Regarde toujours en elle-même la chose
qui te donne une idée et analyse-la en la décomposant en cause,
finalité et durée au terme de laquelle elle devra cesser d’être. »
Sa mise en pratique implique que nous accordons une place
particulière à la lecture des phénomènes, à leur structuration ainsi
qu’à leur accessibilité (MUCCHIELLI, 1983 ; 60) :
Toute la méthode présuppose l’existence, sous l’ensemble des
données phénoménales (les faits sociaux : actions, expressions
écrites ou orales…), d’un organisateur de ces données appelé
« structure ». Cet organisateur n’est pas perceptible directement
(il est à un niveau inconscient) : il rend compte d’une manière
synthétique et logique, de l’ensemble des faits étudiés. Autrement
dit, lorsqu’on commence une analyse phénoménologique
structurale on part avec l’idée a priori que l’on va pouvoir
trouver, derrière les faits étudiés, un schéma simple de règles
formelles qui vont rendre compte d’une manière cohérente
(organiser) la multitude des faits d’observation.
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Cette longue citation de MUCCHIELLI est un reflet de la
méthodologie générale employée pour parvenir à notre finalité
de démontrer la pertinence de la praxéologie en tant qu’interface
sociétale d’une médiance trajective contextualisée. Ce prérequis
atteste d’un lien conceptuel relativement dense avec les théories
de cet auteur. En effet, nous mettons les acteurs,
l’être-ensituation (1983, 19) en corrélation avec le sens perceptible des
situations observées en fonction de la compréhension à laquelle
nous pouvons accéder, en pratiquant une forme de réduction de
la réalité que l’on souhaite expliciter, tout en saisissant les
variations et les significations particulières. Quelque part, cela
légitime et valide notre choix d’une démonstration par des
cheminements non usités jusqu’à maintenant. Nous demeurons
ainsi dans une structure d’analyse ouverte, où les éléments sont
agrégés en fonction des évènements tout en étant en mesure de
saisir les invariants qui contribuent à mettre en exergue les
similitudes, pour produire des comparaisons, sachant que
comparaison n’est pas raison. Elles sont fondées sur des systèmes
cohérents d’exposition, en mesure de rendre explicite une partie
de la réalité exposée. Cela signifie qu’il existe une certaine
perméabilité entre les constituants, les articulations et les finalités
et que des significations proximales peuvent être observées, sans
dénaturer l’objet en direction duquel tend le travail
d’investigation. En outre, à ces aspects sont associées les
structurations sémiotiques indissociables des agrégations
conscientes et inconscientes à même de faciliter la
compréhension des réalités auxquelles nous aspirons à répondre.
Une structure pré-sémiotique prend forme à la lecture des
directives de MUCCHIELLI. Ces propositions théoriques et
méthodologiques contextualisées pour les spécificités de notre
étude mettent en évidence des articulations visibles tout au long
de nos développements sous multiples formes. L’appropriation
des phénomènes par le prisme d’une structuration constructiviste
et génétique, ce qui est notre démarche, qui va bien au-delà des
théorisations de MUCCHIELLI et qu’il nous faudra plus largement
théoriser à notre tour, permet d’accéder à ce qui dynamise un
phénomène, à ce qui freine les relations qui l’alimentent, aux
axes d’actions qui lui donnent forme ainsi qu’aux structures
21 spécifiques vectrices de son identité. Cela permet d’accéder aux
significations des faits observés en fonction de la culture des
acteurs, de la société d’appartenance, du support terrestre
d’exercice ainsi que des phases temporelles et de localisation. La
situation en elle-même, le contexte particulier, qui nous fait faire
un bond en direction de la contextualisation (MUCCHIELLI,
2005), les acteurs dans leur diversité et les contraintes produites
par les interrelations dessinent une facette de cette structuration
analytique. Il en est de même pour la place donnée et prise par le
phénomène, le prisme de lecture de l’observateur avec ce qu’il
est et sa subjectivité, les orientations données aux travaux et
l’intérêt immédiat ou différé de l’étude entreprise. Ces aspects
permettent de percevoir le maximum de facettes des acteurs, la
conduite mise en œuvre de manière consciente ou inconsciente,
la situation initiale et son évolution en corrélation avec la
destination souhaitée, affirmée et visible pour les extérieurs.
Enfin, par cette fenêtre méthodologique de nature structurelle
que nous agrémentons d’un constructivisme génétique, pour ne
pas dire d’un certain matérialisme génétique, nous accédons aux
types de relations, par le décorticage institutionnalisé aux
différents niveaux d’interrelation et d’interconnexion. Il est alors
possible de dresser une typologie, comme pour les expressions
des acteurs et des réalisations induites en fonction du rythme, du
déroulement, du phénomène, de ses intensités et de ses densités
évolutives. Une trame complexe et phénoménologique est mise
en place pour laquelle les influences de MERLEAU-PONTY
(2002), de HEGEL (2002), de HEIDEGGER (1959), de HABERMAS
(1987) sont prégnantes et peuvent se percevoir au cœur de nos
développements. La structuration fonctionnelle, articulée sur les
microstructures de quatre constituants, est déjà un emploi non
dissimulé de la sémiotique développée avec des transformations
et à laquelle nous prêtons maintenant attention. La
contextualisation devient dans la pratique de la praxéologie un
outil incontournable, car elle met en situation l’actant au contact
des acteurs, des dynamiques de la réalité événementielle, des
mouvances et des rythmes particuliers qui animent les faits,
d’une certaine perméabilité existante entre les différents
éléments en interaction et au final elle facilite l’extraction de
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