LES ATELIERS DE PEDAGOGIE PERSONNALISEE

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Le réseau des Ateliers de pédagogie personnalisée (APP) est implanté sur 470 sites dans toute la France. Un APP se caractérise par son approche pédagogique originale : formation personnalisée, sur mesure, dans les domaines de la culture générale et de la culture technologique de base, dont chaque personne négocie le contenu, la durée, le rythme, le tout formalisé dans un contrat pédagogique. Cet ouvrage vous invite à découvrir cette expérience unique de mise en œuvre de l'autoformation accompagnée.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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EAN13 : 9782296307872
Nombre de pages : 222
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LES ATELIERS DE PEDAGOGIE PERSONNALISEE ou l'autoformation accompagnée en actes

Collection Savoir et formation dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs.

Dernières parutions
Anne BARRERE, Les enseignants au travail, routines incertaines, 2002. Gilles BILLOTTE, L'équipe pédagogique: vers une nouvelle identité professionnelle des enseignants, 2002. Philippe CARRE et André MOISAN, Laformation autodirigée, 2002. Colette LATERRASSE, Du rapport au savoir à l'école et à l'Université, 2002. Yves MEUNIER et Daniel CHETOUI, Les éducateurs de jeunes enfants: une identité professionnelle en évolution ?, 2002. Jean-Luc RINAUDO, Des souris et des maîtres, 2002. Philippe CARRE et André MOISAN (eds.), L'autoformation,fait social? Aspects historiques et sociologiques, 2002. Jean-François MARCEL (éd.), Les sciences de l'éducation: des recherches, une discipline, 2002. Christiane MONTANDON, Approches systématiques des dispositifs pédagogiques: enjeux et méthodes, 2002. Collectif du MOULIN, Intégrer les formations ouvertes - Résultats et analyse d'une conférence de consensus, 2002 Dominique FABLET, Les interventions socio-éducatives, 2002. Collectif, L'identité chez les formateurs d'enseignants. Echanges francoquébécois, 2002. Jean-François CHOSSON, Pratiques de l'entrainement mental, 2002. Bernadette TILLARD, Des familles face à la naissance, 2002. Jacky BEILLEROT, Pédagogie: chroniques d'une décennie (19912001), 2002.

LES ATELIERS DE PEDAGOGIE PERSONNALISEE
ou l'autoformation accompagnée en actes

coordonné par: Philippe Carré et Michel Tétart

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargitau. 3 1026Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava,37 10214Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-3579-7

LES ATELIERS DE PEDAGOGIE PERSONNALISEE
ou l'autoformation accompagnée en actes

Coordination: Philippe CARRE et Michel TETART

Auteurs:
Philippe CARRE Nathalie EVEN Frédéric HAEUW Philippe MORIN Christiane OGER Jacques PERRAUD Michel TETART Blandine THION Jean VANDERSPELDEN Bénédicte VEILEX

Ce livre est dédié:

- à l'ensemble des apprenants qui, par leur énergie, leur soif
d'apprendre et de connaître ont donné aux équipes et aux formateurs l'envie de construire et de développer un réseau de formation comme celui des APP ; - à tous les formateurs, formatrices, coordonnateurs, coordonnatrices, secrétaires et à l'ensemble des personnes qui font vivre les APP et innoventau quotidien;
~ à tous les chargés de mission des DRTEFP et de la DGEFP (ministère des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité) et ceux des autres ministères directement impliqués, tel celui de l'Education nationale ou encore celui de la Justice, aux services des collectivités territoriales et locales, aux élus, aux organismes supports et aux chercheurs qui ont soutenu et accompagné le développement des APP. Ce livre est le leur.

Sommaire
Introduction: Christiane Oger Bientôt vingt ans d'histoire... : Jacques Perraud Le public: Bénédicte Veilex
Ressources et moyens en APP. Les outils de formation, l'organisation et la vie quotidienne dans un APP : Blandine Thion Deux jours en APP: le témoignage de Valérie, apprenante: Nathalie Even Des machines et des APP ou les TIC (Technologies de l'information et de la communication) au service de la pédagogie: individualisation et personnalisation: Jean Vanderspelden Pratiques et compétences des formateurs en APP : Frédéric Haeuw L'autoformation accompagnée en APP ou les sept piliers revisités : Philippe Carré Contexte de développement et de fonctionnement du réseau des APP : Michel Tétart Les APP, vingt ans après. .. Impact et perspectives: Philippe Morin Il 21 39

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Bibliographie Annexes
Glossaire des sigles

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Introduction

Christiane Oger Algora Formation ouverte et réseaux, mission nationale d'animation des APP

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Ecrire un livre sur les Ateliers de pédagogie personnalisée (APP) pourrait signifier que J'histoire de ce dispositif de formation original est terminée et qu'il faut en rendre compte avant que l'on propose autre chose. Le premier APP a démarré en 1983. Les quinze ans qui ont suivi ont vu l'arrivée des nouveaux moyens de communication entraînant des changements significatifs dans tous les aspects de la vie sociale et comportementaledes individuset de la formation en particulier. Pourtant les APP sont toujours présents, 470 sur le territoire national, DOM-TOM compris et les perspectives de développement sont bien réelles. C'est donc un autre souci qui a animé le collectif de rédacteurs de ce livre. Tous ont été impliqués, dès le départ, dans cette histoire, en tant qu'acteurs, formateurs, coordonnateurs, animateurs du réseau, chercheurs; tous ont participé à la création ou au fonctionnement de ces ateliers, si bien nommés, artisans de formation pour un public souvent peu reconnu et qui demandait justement une attention différente pour vivre mieux. Il leur est apparu nécessaire de faire connaître et reconnaître cette expérience qui a mis en pratique l'autoformation accompagnée. La mise en place de «Lieux-Ressource », précurseurs des APP, a été observée pour la première fois au Canada en 1981, Sorte de libre-service formation, le Lieu-Ressource proposait aux Il

personnes immigrées de fraîche date, voulant améliorer leur français ou leurs connaissances en mathématiques,une écoute, des conseils et matériels pédagogiques. Les personnes passaient avec les acteurs du Lieu-Ressource un accord précisant leur projet, les connaissances à acquérir et les heures pendant lesquelles elles viendraient étudier au cours des semaines. Ces expériences,jugées intéressantes par un conseiller technique de la DRFP (Délégation régionale à la formation professionnelle) de Rhône-Alpes de l'époque, furent transposées pour la première fois dans cette région en 1982, dans le cadre d'un programme de formation continue concernant les jeunes sortis du système scolaire et en difficulté d'insertion. Au cours de deux années d'expérimentation et de rodage, les Lieux-Ressource se sont développés et dans le cadre de leur extension à l'ensemble du territoire national, ont pris le nom d'Ateliers Pédagogiques Personnalisés. Un cahier des charges, élaboré par la Délégation à la formation professionnelle (DFP), en étroite concertation avec les acteurs du réseau, donne les règles d'organisation de l'APP. Il définit les objectifs, le public visé, le traitement d'un parcours de formation et les moyens de fonctionnement. Il a peu changé depuis sa création et reste la référence de base pour l'implantation d'un nouvel APP. Nous verrons dans le chapitre traité en détail par Michel Tétart, le rôle primordial et fondateur qu'a joué l'application de ce cahier des charges dans la mise en place d'un lieu de formation ouverte. Les directives de ce cahier des charges se sont montrées suffisamment riches et souples pour que chaque APP, à partir d'une base commune incontournable, puisse se développer en tenant compte de son propre contexte, au niveau politique et local, pour apporter la réponse aux besoins en formation du public accueilli. La nécessité de coordonner ces lieux de formation a conduit la DFP à créer un service national d'animation et d'accompagnement: lota+, fédérateur d'échanges et constitutif du réseau tel qu'il est à présent, dont l'activité se développe aujourd'hui au sein d' Algora Formation ouverte et réseaux. Iota+ n'est pas un sigle, mais la neuvième lettre de l'alphabet grec, devenue synonymede« ce petit quelque chose qui manquerait à la formation des jeunes et d'adultes pour s'insérer socialement et professionnellement»... Le premier chapitre de l'ouvrage, sur la partie historique rédigée par

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Jacques Perraud, montre comment cette expérience de formation, partie du terrain, pour un petit groupe de «révoltés», va se développer, se structurer pour devenir, en 15 ans, un vaste réseau d'offres de formation de proximité, ancré sur tout le territoire français. Qu'est-ce qu'un Atelier de pédagogie personnalisée? On serait tenté de définir un APP, entre autres, comme une «organisation intelligente», dynamique et souple, créative, favorisant l'apprentissage des savoirs de base (mathématiques, français, bureautique et Internet) mettant en pratique une méthodologie basée sur l'individualisation et l'autoformation accompagnée, pour un public majoritairement de bas niveaux de qualification. Cette formation est dispensée dans des locaux composés, le plus souvent, de trois à quatre salles dont une réservée au centre de ressources, point stratégique de l'APP. La disposition de ces salles est étudiée de façon à ce que la circulation soit la plus aisée possible, et aménagée autour du centre de ressources; elle doit favoriser à la fois le travail individuel et en petit groupe. De nombreuses configurations existent au sein des APP, mais le souci de ,l'environnement est toujours présent car il conditionne le bon déroulement de cette formation. Un espace convivial est le plus souvent réservé pour les pauses entre deux séances de formation. Une sane dispose de micro-ordinateurs avec accès Internet. L'équipe pédagogique est composée d'unie coordonnateur/trice, d'une secrétaire et de trois à six formateurs/trices, selon l'importance de l'APP. C'est l'équipe qui est le maître d'œuvre de cette « entreprise apprenante ». Sa taille, volontairement restreinte, favorise le travail collectif indispensable de concertation, d'information, de coordination pour mener à bien les parcours de chaque apprenant, de l'accueil à la sortie. Les domaines des formations dispensées sont des remises à niveau en français, mathématiques,biologie, culture technologique de base et Internet, pour préparer un diplôme, un concours, une

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entrée en formation qualifiante, retourner dans la vie active ou changer de fonction ou de métier. La durée moyenne de ces formations est de 100 heures, le maximum ne devant pas dépasser 300 heures: formation courte donc, où l'apprenant est suivi tout au long de son parcours ajustable selon les besoins. En effet, le temps de formation est déterminé par le formateur selon un planning établi en concertation avec l'apprenant. Il peut être raccourci si les progrès de la personne sont marqués, ou allongé si des lacunes plus importantes apparaissent au cours de la formation dans le domaine choisi et qu'il est nécessaire de la compléter par l'étude d'un autre domaine. L'apprenant travaille seul ou en petit groupe, avec l'aide d'un outil informatique, les moyens choisis étant sollicités en fonction du profil de la personne et des connaissancesà acquérir. Il travaille à son rythme et aux heures qu'il a choisies pour effectuer cette formation et toujours avec l'aide d'un formateur. C'est, pour beaucoup de ce public, un lieu de socialisation et d'identification. C'était là un des effets très marquants dans les débuts des APP : le public étant majoritairement composé de jeunes en rupture, le passage à l' APP leur apportait d'abord de la reconnaissance préalable à l'acquisition de connaissances. Lorsqu'on visite un APP pour comprendre « comment cela marche», ce qui frappe, c'est l'organisation mise en place, ses possibilités d'adaptation à tous les niveaux: organisation de l'espace, des ressources humaines, des ressources matérielles, des ressources pédagogiques, toutes ces organisations étant centrées sur l'apprenant. La possibilité d'adaptation, de réactivité de cette organisation apprenante, conditionne la réponse personnalisée faite à chaque apprenant. Tout le système, bien que reposant sur l'application d'un cahier des charges imposantle cadre dans lequel la formation doit être donnée, reste ouvert et adaptable au gré des besoins, des réponses à apporter. Cette adaptation-évolution se vérifie à tous les niveaux.

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Commençons par le public des APP. Bénédicte Veilex, dans le deuxième chapitre, donne les caractéristiques de ce public et son évolution au cours du temps. Au départ, étaient concernés les 1625 ans, de bas niveaux de qualification. Au cours des années, c'est un public majoritairement féminin, demandeur d'emploi, plus âgé, qui est venu à l'APP. Parmi les autres catégories d'apprenant, on peut aussi mentionner ceux venant du CNED (Centre national d'enseignement à distance) pour un accompagnement méthodologique ou encore les apprentis de CFA en remise à niveau en français, mathématiques. Les salariés, autre public qui a besoin de se mettre à niveau sur les nouvelles technologies et dernièrement sur Internet, fréquentent aussi mais de façon marginale les APP. Ce public a toujours été convoité mais difficile à capter. La culture des APP vis-à-vis des entreprises reste parfois éloignée de celle du réseau, même si l'on constate, pour l'année 2001, une nette progression du nombre de salariés fréquentant les APP. C'est la souplesse et la réactivité de l'APP qui permettent d'accueillir un public diversifié et changeant au cours des années.

Dès Je début de l'activité des APP, les méthodes d'apprentissage ont été centrées sur l'utilisation d'un centre ressources. L'objectif était et reste encore aujourd'hui de développer J'autonomie de l'apprenant dans son apprentissage.Ces méthodes reposent principalement sur l'usage de ressources pédagogiques de type papier-crayon dont Blandine Thion nous parle dans le troisième chapitre. Avec l'arrivée de l'ordinateur, les formateurs ont dû construire des parcours de formation incluant des séquences interactives avec les logiciels multimédia: connaître, choisir les cassettes et cédéroms adaptés, modifier les contenus des dossiers papier d' autoformation sont autant de nouvelles compétences venues enrichir le métier de formateur. Des expériences de formation à distance ont été lancées dès 1995 avec la création d'un réseau d'antennes APP en milieu rural, se servant uniquement du fax et du téléphone pour communiquer. Puis, des actions de formation à distance se sont mises en place en utilisant notamment la visioconférence (d'un APP à une antenne, d'une antenne à une autre antenne) dans le but de partager un formateurressource. Il s'agit le plus souvent d'un formateur ayant une 15

connaissancepointue sur un sujet faisant défaut dans un autre APP. Dans le cinquième chapitre, Jean Vanderspelden nous montre comment les APP ont intégré les nouveaux outils disponibles au fil du temps, en particulier ceux des nouvelles technologies de l'information et de la communication, comment ils se les sont appropriés et les ont appliqués à la formation APP. De nombreuses actions ponctuelles sont mises en place, suivant les besoins d'un public particulier ou le choix que peut faire un foonateur de faire apprendre autrement, en s'appuyant sur des supports culturels et artistiques: atelier d'écriture, de peinture, de théâtre, où l'on mise plus sur la revalorisation de la personne, son épanouissement,entraînant une envie de se former.
Le septième chapitre est entièrement consacré à l'autofonnation accompagnée, méthode d'apprentissage appliquée, qui sous-tend et rentre dans tous les rouages de la fonnation APP. Car il s'agit bien « d'apprendre à apprendre», d'une attitude donc, que les fonnateurs d'APP appliquent consciemment et souvent, pourrait-on dire, sans le savoir. Parce que, et Philippe Carré le démontre, tout le système APP porte en lui « intuitivement» les ingrédients nécessaires pour accompagner l'autonomisation de l'apprenant dans sa démarche d'apprentissage. Le constat fait au vu des statistiques, le taux de réussite strictement professionnel, ou des témoignages d'apprenant, leur gain en autonomie lors de leur passage en APP, montrent que cette méthode largement pratiquée dans le réseau a vraiment apporté « un plus» qualitatif par rapport aux méthodes traditionnelles. Le fait, nOUVea1.1, des fonnations que de fonnateurs sur la méthodologie de l'auto-apprentissage soient à l'ordre du jour des formations proposées aux fonnateurs APP, révèle aussi la réflexion constante et la remise en q\lestion des méthodes de travail que ceux-ci opèrent, bouclant ainsi les conditions requises pour pratiquer l'autofonnation et faire que théorie et pratique se rencontrent assez idéalement. Les formateurs en APP sont peut-être ceux à qui cette organisation, ouverte et flexible, a demandé et demande le plus d'adaptation. Leur fonction évolue de formateur-enseignant, vers 16

celle de formateur tuteur, accompagnateur, «facilitateur», ou formateur référent, «passeur de savoir », comme le nomme Frédéric Haeuw dans le sixième chapitre sur les compétences des formateurs APP. Ces évolutions induisent un changement fondamental dans le comportement et la manière d'apprendre. Ils forment des publics très divers, en âge et en niveau, en individuel ou en petits groupes, dans des matières différentes. C'est à eux également que revient le choix de l'usage des outils mis à disposition des apprenants dans le centre de ressources. La plupart du temps, les outils-papier sont des outils conçus et fabriqués par le formateur, sans cesse remaniés, améliorés au gré des besoins. Les nouveaux supports numériques subissent le même sort, à savoir l'adaptation des logiciels, par ceux qui ont des connaissances poussées en informatique. Les formateurs APP, «bricoleurs pédagogiques» certes, sont aussi les précurseurs du rôle de formateur dans un dispositif de formation ouverte. On verra dans ce chapitre, à travers une étude où l'on a pu établir une typologie donnant trois représentations du formateur en APP, que ce formateur est de toute façon toujours «transformé» lors de son passage en APP. Mettre l'apprenant au centre d'un dispositif afin de le rendre acteur de sa formation est le principe complexe que le formateur APP a à appliquer dans tous les domaines de cette formation. Un exemple, entre autres, illustre la réactivité et l'efficacité du réseau. Dans le cadre des mesures sur l'égalité des chances des publics les plus défavorisés, la DGEFP, au niveau national, a sollicité le réseau pour mettre en place une formation courte, de 14 heures en moyenne, sur l'acquisition des savoirs de base Internet, avec la remise d'un « Certificat de navigation Internet» (CNI). Cette formation s'adresse plus particulièrement aux demandeurs d'emploi. Chaque APP a donc mobilisé un formateur pour créer un parcours de formation, adapté à ce public, sur la base d'une autoformation sur ordinateur. Certains APP ont trouvéjudicieux de proposer ce module à des apprenants venus en formation pour une remise à niveau en français, enrichissant ainsi le parcours initial en cours.

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Toutes ces stratégies d'organisation ont un seul but: répondre au mieux à une demande individuelle de formation, adaptée au rythme, au niveau et aux besoins de la personne dans son intégralité et dans le temps imparti. L'APP est un lieu où l'on apprend d'une autre façon, l'apprenant étant au centre du dispositif et acteur de sa formation. Les nombreux témoignages des formateurs et apprenants que l'on a pu recueillir, disent que cet espace de formation est un lieu de rencontre, de changement, d'apprentissage de savoir-être et de liberté. Un lieu social où, comme le disait une stagiaire, « il y a de l'émotion humaine» et où « après y être passé, on n'est plus pareil ». En 2002, les APP sont au nombre de 470 et constituent, avec ces 12 500 000 heures dispensées dans l'année 2002, le troisième réseau de formation continue, après ceux des GRETA de l'Education nationale et de l'AFPA. Il occupe une place originale dans le paysage de la formation. Sa longue expérience de J'individualisation, de la personnalisation et de J'autoformation accompagnée, la flexibilité de son organisation, son ancrage territorial, font qu'il est une offre de formation unique pour un public, de tous niveaux, plutôt défavorisé dans son accès à la formation. Ce n'est pas la moindre de ses richesses que de s'organiser pour un public qui a l'habitude d'être laissé pour compte et de lui offrir un accès aux technologiesnouvelles. Le travail en réseau continue à se développer et à s'enrichir: expériences de mutualisation des ressources, repérage d'outils de gestion adaptés à la formation ouverte, création d'accès à Internet pour tous les APP et possibilité de travailler en réseau par messagerie ou forum. De nombreux ateliers de travail et de réflexion, dans le cadre de plans de développement ou d'animations nationale et régionales sont en cours sur l'ouverture des APP à un nouveau public, la constitution d'un référentiel de la fonction de coordonnateur, la professionnalisation du métier de formateur en APP, la mise en place de la validation des acquis de l'expérience (VAE) . Tout ce travail interne sur l'amélioration de la prestation dans chaque APP et collectif d'APP, animé par une perpétuelle remise en question, concourt à rendre un meilleur 18

service, toujours centré sur l'apprenant. Il vise une professionnalisation des acteurs du dispositif, un élargissement de l'offre de formation, une qualification de cette formation et la reconnaissance de ce service. Il ne faudrait cependant pas occulter les points faibles de ce réseau. Tous les APP ne sont pas au même niveau de qualité de prestation et tous ne « collent» pas à 100 % aux directives du cahier des charges. On peut ainsi trouver des APP sous-équipés, installés dans des locaux trop étroits et vétustes, mal signalisés; des APP où le principe d'autoformation n'est pas parfaitement appliqué. La stabilité des membres de l'équipe, gage de qualité dans la mise en œuvre de la pédagogie personnalisée, n'est pas toujours acquise. Certains APP savent mieux que d'autres gérer les rapports quelquefois « tendus» avec les organismes supports dans l'application du projet pédagogique, créer des partenariats et s'intégrer dans une politique territoriale globale de formation professionnelle. Le soutien mitigé et inégal des institutions publiques, commanditaires et financeurs, fragilise dans son ensemble l'équilibre financier des APP qui se trouvent souvent en difficulté pour répondre aux demandes de formation et leur laisse peu de moyens pour se promouvoir. L'avant-dernier chapitre, développé par Michel Tétart, rend compte, entre autres, de la complexité et de l'originalité du montage de ce dispositif, de son fonctionnement et de son développement; de nombreux acteurs, au niveau politique, institutionnel et pédagogique, jouent chacun un rôle déterminant dans son bon fonctionnement. Est montré également le rôle dynamisant de la cellule d'animation et de coordination du réseau. Sa déclinaison régionale lui confère une place incontournabledans le paysage de la formation ouverte et à distance. Enfin le dernier chapitre, rédigé par Philippe Morin, pose la question des perspectives d'avenir des APP. Cet ouvrage a été écrit pour témoigner de la richesse d'une expérience de formation, toujours en mouvement, action de vie et d'apprentissage de vie. Les auteurs de ce livre, contributeurs 19

directs ou indirects, ont essayé d'être fidèles aux réalités locales, régionales et nationales de ce réseau. Toutes les initiatives et expériences faites en vingt ans d'activité n'ont pu être évoquées ici. Ils espèrent toutefois que beaucoup de lecteurs, acteurs au sein du réseau, s'y retrouveront et que d'autres, plus nombreux encore, découvriront cette action de formation innovante.

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Bientôt vingt ans d'histoire...

Jacques Perraud Foggara

Introduction En 1983, année où sont nées les premières expérimentations de «Lieux-Ressource », il existait en France encore peu de littérature autour de «l'individualisation de la formation », et encore moins de pratique: le centre permanent de formation du bâtiment, à l'Isle d'Abeau, en Isère, était sans doute l'un des tous premiers lieux de formation « à la carte» (né de l'imagination et grâce à l'opiniâtreté d'une petite équipe, qui a dû convaincre l'organisme pour lequel elle travaillait, le GRETA Nord-Isère). Le continent Nord-Américain nous avait pourtant précédé, et en particulier nos « cousins de la belle province» au Québec. Le panorama de la formation continue donnait à voir un large éventail de stages, plus ou moins longs, plus ou moins qualifiants, mais qui ne dérogeaient pas à la règle d'unité d'action de temps et de lieu. Le réseau des Ateliers de pédagogie personnalisée (APP) peut ainsi être considéré comme la première tentative massive (à l'échelle du territoire national) pour placer l'apprenant au centre de sa propre formation, pour lui laisser un espace de choix négociés,

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de plus en plus large au fil des années: objectifs, rythme, méthodes, moyens et outils d'apprentissage. A l'origine: résoudre un « problème de jeunes » (déjà I) Un peu plus de vingt ans avant que ces lignes ne soient écrites (automne 1981), les autorités publiques de Lyon et son agglomération étaient en effervescence. Comment réagir aux événements parfois violents qui avaient défrayé la chronique, durant l'été précédent, dans plusieurs banlieues? Les jeunes de « l'Est-lyonnais» avaient en effet animé de nombreuses nuits « chaudes» : rodéos automobiles, incendies de véhicules, saccages de commerces, affrontements avec la police... Cela traduisait de façon claire un mal-être important, devant être pris rapidement en considération. Entre autres mesures, le préfet du département du Rhône et de la région Rhône-Alpes demanda au délégué régional de la formation professionnelle, qui agissait alors sous sa responsabilité directe, de concevoir un plan d'action devant offrir de nouvelles alternatives aux jeunes, en termes de formation et d'accès à l'emploi. De cette demande devait naître le « plan Boutin », du nom de son auteur, André Boutin, DRFP (Délégationrégionale à la formation professionnelle) en 1981, qui avait déjà lancé plusieurs programmes innovants de développementlocal, en particulier dans des « pays» défavorisés, souvent en voie de « désertification » (en
Ardèche par exemple)1.

Ce plan ambitieux fut validé comme «expérimental» par Pierre Mauroy, Premier ministre en exercice, accompagné par un financement spécifique consenti a priori pour trois ans. Ambitieux, il l'était de plusieurs points de vue. Il distinguait quatre grandes fonctions: accueil, orientation et suivi (1);
A. Boutin a écrit plusieurs ouvrages à propos de la formation dont: Le principe de formation, Presses Universitaires de Lyon, 1988, 196 p.
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