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François

MICHEL

La campagne du Dahomey 1893 - 1894
La reddition de Béhanzin
Correspondance d'un Commissaire des Colonies présentée par son petit-neveu Jacques Serre

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1478-1

François 1871
1871.

Michel . 1902
le 3 septembre

François Michel est né à Carpentras

Son père, Alfred Michel, représentant pour le Vaucluse des raffmeries de sucre Saint-Louis, avait été élu en 1873 conseiller municipal puis, en 1886, maire de Carpentras et enÎm, en 1889, député du Vaucluse jusqu'à sa mort survenue en octobre 1891. François Michel et son frère Joseph, étudiant médecine, firent leurs études supérieures à Paris. en

François s'oriente vers les études juridiques, il est reçu à l'École coloniale avec la première promotion de la section française créée en 1889. Au terme de ses études il présente, en novembre-décembre 1892, le concours pour entrer dans la carrière militaire avec le grade d'aide-commissaire colonial, c'est-à-dire dans le corps qui deviendra l'Intendance des Troupes coloniales 1. Nommé aide-commissaire le 23 décembre 1892, il fait un stage à Marseille, puis s'embarque à Bordeaux pour le Dahomey d'où il rentre en 1894, après avoir participé à la campagne du général Dodds qui aboutit à la reddition de Béhanzin.

Le décret du 5 octobre 1889 a créé le corps du commissariat des Colonies dont les membres sont formés par l'École coloniale en remplacement de l'École d'administration de la Marine de Brest qui formait les commissaires de la Marine (employés aux colonies jusqu'à la formation du nouveau corps).
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Campagne du Dahomey

Il est ensuite affecté au Tonkin où il séjourne du 3 mars 1895 au 23 avril 1902 avec un seul congé de 7 mois, de juillet 1897 à rm janvier 1898. Il est donc présent dans ce territoire à la période difficile de l'établissement de la frontière avec la Chine et de luttes contre les Pavillons Noirs qui sont très dures jusqu'en 1897, sans cesser tout à fait jusqu'en 1902. Au cours de sa dernière affectation, il remplit, de février 1899 à avril 1902, les fonctions de commissaire du 1er Territoire militaire du Tonkin, et y obtient des notes élogieuses. Rentré en France, le 23 avril 1902, il se marie avec la jeune sœur de la femme de son frère Joseph, le 8 juillet 1902. Mais il est fatigué par son long séjour en Indochine. Il est affecté à la fm de son congé et, sans doute sur sa demande, au Commissariat général des Troupes coloniales à Paris. Il met fin à ses jours, le 4 janvier 1903, à Carpentras, sans connaître sa fille qui naît quelques mois après son décès.

Les relations entre la France et le Dahomey
Au XVIIe siècle, la un fort français à Ouidah, directement sous l'autorité en 1797, mais il subsistait Compagnie des Indes avait établi que Choiseul fait passer en 1763 du Roi. La garnison en fut retirée un comptoir commercial.

Le 1erjuillet 1851, le lieutenant de vaisseau Bouet signait à Abomey avec le roi Guezo (1818-1858), un traité d'amitié et de commerce qui reconnaissait la souveraineté de la France sur le fort français de Ouidah. En 1864, Gléglé (1858-1889) cédait verbalement Cotonou à la France. Cette acquisition fit l'objet d'un traité du 19 mai 1868 signé par le lieutenant de vaisseau Arnoux et le gouverneur de Ouidah pour le compte des rois du Dahomey. D'autre part, les Mina avaient vendu en 1857 GrandPopo aux autorités françaises et en 1863, Soudji, roi de Porto-Novo, avait placé ses États sous le protectorat de la France. Ce protectorat fut abandonné en 1865, sous la pression des Anglais qui occupaient Lagos depuis 1862 et souhaitaient drainer le trafic vers ce port. L'expansion française ne reprit qu'en 1880 après la période de recueillement qui avait suivi la guerre de 1870. Elle fut marquée, sur le plan de la diplomatie européenne, par le traité du 24 décembre 1885 avec l'Allemagne et celui du 10 août 1889 avec l'Angleterre, qui fIXaient les zones d'influence respectives de la France et de ces États, pour le Togo et le Nigéria. Sur place, le 19 avril 1878, le capitaine de frégate Serval concluait à Ouidah avec les représentants de Gléglé un

10 traité de protectorat et enregistrait la France.

Campagne du Dahomey la cession de Cotonou à

Un décret du 14 avril 1882 établissait de nouveau, à la demande du roi Toffa, le protectorat sur le royaume de PortoNovo. Mais l'installation française gênait le royaume du Dahomey et entravait les expéditions militaires de Gléglé. Dès la fin de 1887, celui-ci fit savoir qu'il ne reconnaissait plus le traité de 1878 et réclamait l'évacuation de PortoNovo. En 1889, les troupes dahoméennes passèrent l'Ouémé et dévastèrent le pays. Une mission française, dirigée par Bayol, lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, séjourna à Abomey, en novembre et décembre 1889, sans parvenir à faire revenir Gléglé sur ses décisions. En décembre 1889 Gléglé meurt et est remplacé par son fils Béhanzin. Les troupes françaises renforcées occupèrent Cotonou et livrèrent, avec l'aide de quelques bateaux, divers combats à l'armée dahoméenne. Celle-ci échoua dans son offensive pour prendre Porto-Novo. L'amiral de Cuverville reçut mission de régler les incidents par voie de transaction. Le 3 octobre 1890, les représentants de Béhanzin signent avec le commandant de Montesquiou-Fezensac et le capitaine Decoeur, un nouveau traité reconnaissant le protectorat français sur Porto-Novo et l'occupation de Cotonou contre paiement d'une indemnité de 20 000 F (450 000 F actuels). Le traité ne fut pas longtemps respecté. En mars 1892, Béhanzin, qui avait pu acheter des armes avec l'argent du traité, recommence à razzier le territoire de Porto-Novo; les Dahoméens attaquent la canonnière de l'Ouémé et menacent Ouidah. A une demande d'explications, Béhanzin répondit par une lettre du 29 mars 1892 qu'il n'entendait pas changer de méthodes.

Les relations entre la France et le Dahomey

Il

Le 30 avril, le Gouvernement français décide l'envoi du colonel Dodds et d'un renfort de troupes. Ceux-ci débarquent fin mai à Cotonou. La colonne se met en marche en août 1892 et livre de très difficiles combats, causant des pertes importantes. Elle prend Dogba, Poguessa, Akpa, Koto, Vacon, puis, le 12 novembre, Cana, ville sainte du Dahomey. Enfin, le 17 novembre, elle occupe Abomey malgré des offres de soumission de Béhanzin. Celui-ci s'enfuit vers le nord. Le 3 décembre 1892, Dodds, promu général, proclame à Porto-Novo la déchéance de Béhanzin, le protectorat de la France sur le royaume du Dahomey et l'annexion de divers territoires sur la côte allant de Porto-Novo à Ouidah. Un décret du 10 mars 1893 constitue la colonie du Bénin. La campagne de 1893-1894 achève la pacification. Dodds, revenu en août 1893, forme des colonnes volantes qui poursuivent Béhanzin et les restes de l'armée dahoméenne qui subsistaient dans le Nord. Le royaume du Dahomey est divisé en deux, celui d'Abomey (supprimé en 1900) et celui d'Allada. Le 26 janvier 1894, Dodds reçoit la soumission de Béhanzin qui est déporté à la Martinique puis, quelques années plus tard, en Algérie où il meurt en 1906. Le 22 juin 1894 Ballot est nommé gouverneur de la Colonie du Dahomey et dépendances.

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Campagne du Dahomey

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Le 10 juillet 1893 Mon cher Joseph 1, Dans la salle à manger du bord, je t'envoie un adieu à toi et à mère. Je pars content et sans la moindre émotion. Il est vrai que nous sommes à bord de La France qui fait le service de Bordeaux à Pauillac où nous attend la Ville de Maranhao. Là, ça changera peut-être un peu. Je vous l'écrirai dans ma prochaine lettre, c'est-à-dire à Ténériffe. Tout va bien. Bien reçu à Bordeaux. Pauillac. Merci de ta lettre. On arrive à

Je t'envoie les cent francs et quelques notes au crayon. Une longue embrassade à tous deux. François Michel Aide-commissaire à Cotonou - Dahomey Note jointe à la lettre du 10 juillet 1893 Mon cher Joseph, En pleine Gironde, appuyé sur une malle à l'arrière du petit navire qui nous conduit de Bordeaux à Pauillac je cherche à trouver sur les rives du fleuve quelques points de vue intéressants, quelques châteaux historiques comme ceux que l'on rencontre sur les bords plus accidentés du Rhône. Rien d'intéressant. Une petite bande de terre recouverte de verdure, représentant aux yeux une hauteur de quelques mè1Joseph est le frère aîné de François Michel.