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Le Centrafrique

De
241 pages
Le Centrafrique, pays inconnu, pays méconnu, dont l'histoire remonte cependant très loin dans le passé; pays maltraité par les hommes, bouleversé par les guerres, la traite des esclaves, la colonisation. Cela explique sans doute bien des aspects de la situation socio-économique actuelle. Cet ouvrage s'attache à donner un apercu sur la géographie physique et humaine, la société, l'histoire, l'économie, les religions de ce pays.
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Pierre SAULNIER

LE CENTRAFRIQUE ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Dans les citations nous avons gardé l'orthographe que chaque auteur a adoptée pour les noms d'ethnie et de personne. Par contre pour notre propre texte, nous avons adopté.. une seule orthographe: ainsi toujours "manja", alors que l'on trouve aussi "manza ", "mandja"... Quand ces noms d'ethnie désignent des personnes, la première lettre est une majuscule, et nous ne mettons pas la marque française du pluriel (par ex. les Gbaya), sauf pour les noms connus comme les Pygmées, les Haoussas. Si le terme est employé comme adjectif, nous l'écrivons avec une minuscule.

1997 ISBN : 2~7384-6498-X

@ L'Harmattan,

Zo kûê zo : Tout hOl1une est un hOlnme. (proverbe attribué à Barthélénzy Boganda)

INTRODUCTION LECENTRAfRIQUE, C'EST OU ?

Faire situer le Centrafrique, et sa capitale Bangui, sur la planète Terre, et dans le continent africain, relève souvent de la gageure. Si votre interlocuteur insiste, l'évocation d'un personnage qui défraya la chronique de la politique africaine peu avant 1980, lui rappellera, peut-être, quelques souvenirs. Le Centrafrique était encore il y a tout juste un siècle un territoire inconnu, défini comme "terra incognita" sur les cartes, une tache blanche au centre de l'Afrique. En 1885, peu d'étrangers l'avaient touché, et les relations de voyage dans cette région restaient confidentielles. A défaut de connaissance, les esprits s'enflammaient et les imaginations fabulaient, au point d'inventer une humanité possédant un appendice caudal dont on réussit à produire croquis et photos! JeanDominique Pénel en rend compte dans sa thèse, Homo caudatus. Les hommes à queue d'Afrique Centrale, un avatar de l'imaginaire occidental, que Pierre Vidal présente comme un grand texte sur une incongruité idéologique exemplaire au 19ème siècle. Maintenant encore ce pays, son histoire, sa géographie, restent mal connus pour certains. Il y a peu d'années, à la sortie du parking de l'aéroport de Bangui-Mpoko, un immense panneau publicitaire invitait le voyageur à séjourner à l'hôtel X., "situé au bord de l'Oubangui-Chari". Le mot "Chari" avait été plus ou moins bien gratté par la suite, il n'empêche! Peutêtre gardait-on le souvenir nostalgique d'un temps où le pays s'appelait" Oubangui-Chari", avant de prendre le nom de République Centrafricaine. On a dit et écrit qu'il ne fut peuplé qu'au début du 19ème siècle. Les ouvrages récents n'apportent pas toujours les recti-

Introduction

fications nécessaires à la suite des dernières découvertes. Les cartes physiques mentionnent toujours un certain massif des Bongo au nord-est du pays à 150 kms au sud de Birao, massif dont la principale qualité est de ne pas exister! Qui donc l'a inventé ou créé de toutes pièces? Pourquoi et comment une telle erreur se perpétue-t-elle ? A défaut de bien connaître ces populations et leur langue, on n'a pas hésité à inventer des orthographes différentes suivant les écoles ou l'origine des découvreurs, pour transcrire noms de lieux, de fleuves, de personnes. Nous en donnons
.

quelques exemples. Ainsi, le fleuve Oubangui, orthographe
officielle actuelle, s' écrivit Oubanghi, ou Ubangi à la manière belge. Phonétiquement cette dernière est la meilleure, les autres fOllt sans doute plus riche! De même, au lieu de Sanga (rivière à l'ouest du territoire), on écrit encore Sangha. La ville d'Ippy, s'écrit avec deux p et un y, alors que l'on prononce ipi, et que le nom traditionnel est pipi ou ipi. Il fut d'usage aussi de mettre une apostrophe entre deux consonnes qui se suivent; ainsi entre le n et le d de N' dele (la ville), alors que non seulement cela ne se justifie aucunement car nd se prononce d'une seule émission de voix, mais trompe l'étranger qui prononcera successivement et distinctement un n et un d, en insistant d'ailleurs sur le n. Pays méconnu enfin. Certes, il souffre comme nous le verrons, de graves handicaps, géographique par son enclavement, humain par son sous-peuplement, pour ne citer que ces deux-là. Certes aussi, des responsables politiques n'ont sans doute pas fait tout leur possible pour lui donner un rayonnement positif. Mais au lieu de s'appesantir sur ces difficultés, ne pourrait-on essayer de se pencher d'abord sur ses multiples possibilités, les mettre en valeur pour le plus grand profit de sa population, et ne pas en faire un peuple condamné à une assistance à perpétuité? Notre but est de donner ici un aperçu sur ce pays, sympathique à sa manière, et le faire sortir de l'ombre. Nous ne prétendons pas en révolutionner la connaissance; ce que nous écrivons, nous l'avons puisé pour une bonne part dans les travaux déjà parus et dont la plupart, assez récents, sont facilement accessibles; nous les citerons soit dans notre texte, soit 10

In troduction

dans la bibliographie. Depuis une cinquantaine d'années surtout, les documents de qualité, mis à la disposition du grand public, se sont multipliés. Comme il n'était pas possible d'entrer dans les détails, nous avons insisté davantage sur les faits, les personnes, les événements, les situations qui nous ont paru les plus marquants. Nous espérons que ce tour d'horizon rendra service et plaira à ceux qui, centrafricains ou étrangers, s'intéressent à ce pays et veulent le mieux connaître.

Il

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CARTE D'IDENTITÉ CENTRAFRIQUE

DU

Naissance le 1er Décembre 1958. indépendant le 13 Août 1960. Situation géographique situé entre le 2° et le 11° de latitude nord et le 14° et le 28° de longitude est. Superficie 622 436 km2. Population 3 000 000 d'habitants (estimation). 5 h / km2.

Capitale Bangui - 600 000 habitants (estimation). Monnaie le franc ŒA.l F ŒA = 0, OIFF. -1 US $ = 530F. ŒA (1994). Produit National Brut I, 2 milliards de US $, soit 660 milliards de F CFA (1994). Revenu annuel par habitant
415 US $ = 220 000 F CFA = 2 200 F F (1994). Dette extérieure 900 millions de US $ (estimation Langue-s officielles français, sango. 1991).

Langues maternelles (les plus importantes) banda, gbaya, sara, ngbaka...

Carte

d'identité

du Centreafrique

Chef de l'Etat Ange-Félix Patassé, né en 1937, élu en sept. 1993 pour 6 ans. Nature du régime présidentiel, avec un parlement de 85 députés, élus pour cinq ans. 34 de ces membres sont du MLPC (Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain). Les fêtes nationales sont celles de la proclamation de la République, le 1er décembre 1958 ; de l'anniversaire de la disparition du président Barthélémy Boganda, jour de deuil, le 29 mars 1959 ; de l'indépendance, le 13 août 1960. N.B. Ce travail ayant été commencé avant la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, la correspondance entre la monnaie française et la monnaie CFA y est faite, sauf indication contraire, suivant l'ancien taux, soit 100 F CFA pour 2 FF.

LE DRAPEAU

Le drapeau a été présenté à l'assemblée législative le 1er décembre 1958 par le président Barthélémy Boganda. De haut en bas, il est formé de quatre bandes horizontales d'égale largeur : la première de couleur bleue symbolise la grandeur et la liberté; la seconde blanche, la pureté et la franchise; la troisième verte, l'espérance; la quatrième jaune, l'hospitalité. Une bande rouge perpendiculaire qui les coupe en leur milieu évoque le sang des héros et des martyrs. Il est frappé d'une étoile à cinq branches de couleur jaune dans l'angle supérieur gauche.

HYMNE NATIONAL (EXTRAITS)

o Centrafrique, ô berceau des Bantous Reprends ton droit au respect, à la vie; Longtemps soumis, longtemps brimé par tous; Mais de ce jour brisant la tyrannie, 14

Carte

dl iden ti té du Cen tre afrique

Dans le travail, l'ordre et la dignité, Tu reconquiers ton droit, ton unité... Et pour franchir cette étape nouvelle, De nos ancêtres la voix nous appelle...

REFRAIN Au travail dans l'ordre et la dignité, Dans le respect du droit, dans l'unité; Brisant la misère et la tyrannie, Brandissant l'étendard de la patrie...

15

Chapitre 1
LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
l'enclavement au centre de l'Afrique

Le nom de Centrafrique donné à ce pays n'a certes rien de poétique, ni d'original, à l'inverse d'autres voisins, comme le Soudan, l'ex-Zaïre, ou le Tchad. Mais il reflète bien la réalité: ce pays est vraiment au centre, au cœur géographique de l'Afrique.

LOCALISATION

Bangui, la capitale, se trouve ainsi à vol d'oiseau, à 1 000 km de Douala au Cameroun sur le golfe de Guinée à l'ouest, à 1 500 km de Pointe-Noire au Congo au sud-ouest. Nous citons ces deux ports de l'Océan Atlantique parce que c'est par eux que transite une grande partie des marchandises pondéreuses. Vers l'est, Bangui est à 2 700 km de la Mer Rouge; vers le nord, à 2 700 km également de la Mer Méditerranée, tandis qu'il faut compter 4 700 km pour rejoindre la ville du Cap à l'extrémité méridionale du continent. Le Centrafrique est entouré par le Tchad au nord, le Cameroun à l'ouest, le Congo au sud-ouest, la République Démocratique du Congo au sud, le Soudan à l'est. N'ayant ainsi aucune façade maritime, pour accéder à la mer, il faut donc traverser d'autres pays, de quelque côté que l'on se tourne. A l'intérieur même du pays, certaines régions souffrent également d'enclavement, que l'on peut qualifier alors d'interne. Nous pensons à la région de Birao au nord-est, à la frontière du Tchad et du Soudan, inaccessible par la route

La géographie

physique

pendant la saison des pluies; et à la région de Zémio et Obo à l'est de Bangassou, où il faut compter les déplacements non en kilomètres, mais en heures ou journées de route: de Bangassou à Rafaï, soit 156 km, il faut ainsi 8 heures, de Bangassou à Zemio, 300 km, 2 jours, et jusqu'à Obo, 512 km, 3 jours. Nous pensons aussi à la liaison entre Bria et Birao où la vitesse moyenne d'un véhicule tous terrains doit être de 1520 km à l'heure... quand on peut passer. L'avion est alors souvent le moyen de liaison le plus économique et le plus sûr, même en saison sèche. Ces régions déjà peu peuplées, voient naturellement la densité de leur population baisser encore. La République Centrafricaine est comprise entre le 2ème et le 11èn1e degré de latitude nord, et entre le 14ème et le 28ème degré de longitude est. Elle a une superficie d' environ 623 000 km2. A titre de comparaison, la France est légèrement moins éte11due (avec 551 000 km2). Le pays se présente sous la forme d'un trapèze, qui à l'est se relève vers le nord, trapèze dont les dimensions moyennes sont de 600 km en largeur et de 1350 km en longueur. RELIEF Le relief se caractérise par ce qu'on appelle communément la Dorsale centrafricaine, avec un massif montagneux à chacune de ses extrémités, celui du Dar Challa ou Dar Fertit au nord-est au sud de Birao, celui du Yade ou du Bakore au nord de Bouar au nord-ouest; ces massifs dépassent les 1 000 m, dont le mont Ngaoui comme point culminant du pays à 1 410 m à l'ouest, à la frontière camerounaise. Entre les deux, cette dorsale centrafricaine, d'une hauteur de 6 à 700 m, se présente comme un vaste bombement formé de vallonnements, de collines parfois plus ou moins abruptes, localement appelés "kaga", d'escarpements rocheux. L'érosion, inégale selon les terrains, y a donné naissance à de nombreuses et spectaculaires chutes d'eau sur les rivières. Cette dorsale sépare les 2 bassins de l'Oubangui-Congo et de l'Aouk-ChariLogone, et leur sert de château d'eau : la ligne de partage des eaux entre ces deux bassins la traverse d'est en ouest. Puis le relief descend doucement vers l'Oubangui au sud, beaucoup 18

La géographie

physique

plus rapidement vers l'Aouk au nord, et les altitudes tombent aux environs de 400 m.

FItONTIERES Relief, rivières et frontières sont ici souvent associés. A l'est avec le Soudan, c'est la ligne de partage des eaux entre le bassin du Nil et celui du Congo - par ceux de l'Oubangui et du Mbomou - qui sert de frontière. Au Sud, le Mbomou et l'Oubangui séparent le Centrafrique de la République Démocratique du Congo. En allant vers l'ouest, le nord du bassin de la Lobaye, affluent de l'Oubangui, puis celui de la Sangha, font la frontière avec le Congo. A l'ouest, avec le Cameroun, nous retrouvons toujours le bassin de la Sangha. Avec le Tchad, la frontière suit le plus souvent le cours d'affluents du Chari, le Bahr Aouk, l'Aoukalé, le Bahr Nzili, lequel Chari va se jeter dans la mer intérieure qu'était le lac Tchad.

FLEUVES RIvmRES ET Les deux réseaux hydrographiques principaux, sont donc ceux de l'Oubangui, affluent du Congo, et du Chari-Logone. Le premier est formé du Mbomou, et de l'Uélé (Ouéllé : orthographe française) qui vient de la République Démocratique du Congo. En allant d'est en ouest, les principaux affluents de l'Oubangui et du Mbomou sont la Ouara, le Chinko, la Kotto, la Ouaka, la Tomi, la Mpoko, la Lobaye, enfin la Sangha qui, elle, traverse le territoire du Congo avant de se jeter dans le fleuve du même nom aux environs de Ouesso. Le Mbomou et l'Oubangui se dirigent vers l'ouest; leurs affluents, eux, viennent du nord. Par contre, le réseau des affluents du Chari et du Logone se dirige vers le nord. A l'est, le Chari est formé du Bahr Aouk, de l'Akouale, du Bangoran, du Bamingui, du Gribingui, de l'Ouham, avec tous les nombreux affluents du Bahr Kameur : la Vakaga, la Ouandjia, la Gounda... A l'ouest, les deux Logone rejoignent le Chari sur le territoire du Tchad: le Logone oriental avec 19

La géographie physique

comme affluent principal, la Pende, et le Logone occidental, avec la Mbere dans les massifs du nord-ouest. Ces réseaux sont relativement serrés. Ils drainent des quantités d'eau importantes, variables suivant les saisons; le débit de l'Oubangui à Bangui passe de 1 000 m3 / seconde au début de la saison des pluies au mois d'avril à plus de 9 000 au mois d'octobre. Celui de la Kotto à Kembé varie de 200 m3 / seconde à 1 000 aux mêmes époques. Il en va de même pour la Sangha à Salo: de 500 m3 / seconde à 1 800. Au nord, l'Ouham à Bossangoa passe de 50 m3 / seconde en avril à 700 en septembre. Certaines de ces rivières ont la particularité de changer de nom. Alors qu'ordinairement on définit un fleuve par le cours le plus long de celui de ses affluents qui le composent, et ceci de sa source à son embouchure dans une mer ou un lac, ici des cours d'eau se voient attribuer plusieurs noms successifs. L'Oubangui, affluent du Congo, n'existe comme tel qu'à partir du confluent du Mbomou, de la Bili et de l'Uélé. Au nord, le fleuve Chari ne prend ce nom qu'à la frontière tchadienne au confluent de la Grande Sido-Bamingui et du Bangoran. Peu après ce confluent, le Chari reçoit comme affluent le Bahr Aouk, qui auparavant s'est appelé l'Akoualé et le Bahr Nzili !" La Sangha ne se nomme ainsi qu'à partir de Nola, au point de rencontre de la Kadéi et de la Mambéré. A proprement parler, l'Oubangui n'est pas un fleuve, mais une rivière (ou même un bout de rivière) en tant qu'affluent du Congo; mais quand en Centrafrique et surtout à Bangui les riverains parlent du Fleuve, il faut entendre l'Oubangui. Ces rivières, surtout celles du sud, doivent franchir des seuils rocheux qui donnent alors des rapides ou des chutes. Sur l'Oubangui, de l'aval vers l'amont, celui de Zinga a été éliminé pour faciliter la navigation, puis les Rapides de Bangui, ceux de l'Eléphant, les chutes de Gozobangui sur le Mbomou. Sur la Kotto, les chutes de Ngolo, puis celles de Kembe à la sortie de cette ville. Les plus spectaculaires sont celles de Boali sur la Mbali à une centaine de kilomètres de Bangui.

20

Carte Hydrographique 21

La géographie CLIMAT

physique

Sur le territoire centrafricain, on distingue cinq zones climatiques. En premier lieu, au sud d'une ligne allant de Berbérati à l'ouest jusqu'à Dba à l'est en passant par Alindao, on trouve une zone guinéenne forestière où la hauteur des précipitations atteint et dépasse souvent 1 500 mm par an sur neuf mois de saison des pluies; c'est le domaine de la forêt dense. Puis en remontant vers le nord, une zone soudanooubanguienne entre Bouar et Berbérati, qui se resserre vers Bossembele, englobe Bambari, Bria et Yalinga; il Y pleut pendant sept mois de l'année, avec des précipitations comprises entre 1 400 et 1 500 mm. Les forêts y sont moins denses que dans la zone précédente. Plus au nord encore, une zone soudana-guinéenne, avec six mois de saison sèche et une nette diminution des précipitations. C'est la région de la savane dense. Dans la région qui touche la frontière nord, une zone soudano-sahélienne avec cinq mois seulement de saison de pluies et moins de 1 200 mm de précipitations. C'est la région de la savane arborée où l'on trouve les grands parcs nationaux. Enfin dans la région de Birao à l'extrême nord-est, une zone sahélienne avec quatre mois de saison des pluies et environ 700 mm d'eau; c'est une région de steppes, et parfois de savane claire.

PLlMoMÉTRIE Le climat du pays centrafricain dépend de deux anticyclones, celui de Lybie situé au nord-ouest de l'Afrique, et celui de Sainte-Hélène, situé dans l'Océan Atlantique au sudouest de l'Afrique. Pendant l'hiver boréal, les hautes pressions de l'anticyclone de Lybie dirigent des masses d'air sec vers le sud sur l'Afrique centrale, avec un vent frais du nordest, l'harmattan, tandis que les basses pressions descendent vers le sud; c'est alors l'époque de la saison sèche. Puis pendant l'hiver austral, le mouvement s'inverse: les hautes pressions de Sainte-Hélène remontent vers le nord poussant les basses pressions d'air humide; c'est la mousson ou saison des pluies sur l'Afrique centrale au nord de l'équateur. A cause 22

La géographie physique

du mouvement de rotation de la terre, les pluies ne viennent ordinairement pas de l'ouest, mais de l'est. Il s'agit le plus souvent de pluies orageuses accompagnées de vent. Le français parlé localement les appelle des tornades, bien que ces vents n'aient pas d'habitude la violence qui caractérise un vent tourbillonnant. Se situant entre l'Equateur et le tropique du Cancer, le climat du Centrafrique se caractérise par l'alternance dans un cycle annuel, de deux saisons, une saison sèche et une saison pluvieuse. La saison des pluies s'allonge au fur et à mesure que l'on approche de l'équateur: à Bangui elle dure de la fin du mois de mars au mois de novembre, soit huit mois; cette durée diminue quand on remonte vers le nord; il en va de même pour la hauteur des précipitations et du nombre des jours de pluie. Voici un tableau donnant quelques moyennes pour trois villes:
Ville latitude
Pré cipitations

Jours de pluie nombre 130 100

Période

hauteur en mm. Bangui Ndele Birao 40 nord 80 nord 100 nord

1 500
1 200 800

mars à novembre

avrilà octobre
mai à septembre

80

L'année n'est donc pas ponctuée par la succession de quatre saisons comme en Europe, mais par l'alternance de ces deux saisons, de longueur inégale suivant la latitude. Pour certaines régions, on parle parfois de quatre saisons, incluant une petite saison sèche en juillet-août, suivie d'une petite saison des pluies en septembre-octobre. La hauteur des précipitations, 1 500 mm à Bangui, soit le double de la Beauce en France, permet à la végétation de rester verte pendant toute la saison sèche et même au plus fort d'une sécheresse comme celle de 1983, qui, de Décembre 1982 à Février 1983, ne reçut que 8 mm d'eau alors que la moyenne est de 80 mm, avec une température largement supérieure à la normale. La saison sèche n'est pas cependant synonyme d'absence totale de pluies. Toujours à Bangui, les relevés de l'Orstom donnent 84 mm en janvier 1972, 68 mm en janvier 23

La géographie physique

1985, 82 mm en février 1980. De même, la moyenne des précipitations dépasse les 80 mm au cours des mois de novembre des années 1970 à 1990 ; en décembre 1972, il est tombé 126 mm d'eau, 81 mm l'année suivante et 73 mm en 1990. A l'inverse, la saison des pluies ne veut pas dire non plus qu'il pleuve tous les jours. Le tableau ci-dessus indique 130 jours de pluie pour Bangui en un an. Pour l'année 1988, qui fut une bonne année puisqu'il est tombé près de 1 700 mm d'eau, les mois les plus pluvieux furent octobre avec 21 jours de pluie, suivi de juillet et septembre avec 16 jours, puis mai et août avec 15, soit pour ces cinq mois, un jour sur deux. Les précipitations sont cependant souvent violentes, c'està-dire qu'il tombe alors une hauteur d'eau importante, plus ~e 50 mm en un temps réduit de deux à quatre heures. Ainsi cette même année 1988 compte cinq jours où les précipitations ont dépassé les 50 mm, précisément 67,5, 76,S, 53,3, 68,8, 63,6. Le 2 Juillet 1990, il est tombé 128, 6 mm ; le 26 août 1991, 106,3 mm, et quelques jours plus tard le 3 septembre, 113,6 mm. Tombant donc dans un temps relativement court, on comprend pourquoi les bas quartiers de la ville de Bangui où l'écoulement des eaux laisse à désirer sont facilement inondés. Ceci explique également l'érosion rapide des terrains dénudés, surtout quand la couche d'humus ou de bonne terre est mince, sur un terrain un tant soit peu en pente. Si l'on descend vers le sud-ouest en direction de Mbaïki, la hauteur des précipitations augmente, avec une moyenne annuelle de 1 760 mm à la station agronomique de Boukoko. La saison sèche de 2-3 mois a tendance à diminuer, tandis que la saison des pluies s'allonge pour culminer entre juillet et octobre et cesser brusquement en Novembre. Les Pygmées vivant en forêt, ne parlent eux, de saison des pluies que quand elles sont bien installées en Juin. La température moyenne est alors de 25°. Les diagrammes présentent d'ordinaire les hauteurs des précipitations mois par mois et montrent alors une évolution en dents de scie, d'ailleurs variable d'année en année. Par contre si ces diagrammes donnent les moyennes de deux mois en deux mois, les pointes sont gommées, et ils prennent alors l'aspect d'une courbe. Sur la période allant de 1971 à 1989, 24

La géographie

physique

cette courbe monte régulièrement à partir des mois de marsavril pour culminer en septembre-octobre, et retomber brusquement en novembre-décembre (Diagramme page suivante). Comme nous sommes près de l'équateur, la durée de l'éclairement solaire est de douze heures, durée qui varie peu suivant les époques de l'année; et dès que le soleil est couché, la nuit tombe très vite. On parle beaucoup de la désertification du Sahel, de l'avancée du désert vers le sud, de la diminution des pluies, auxquelles serait liée la déforestation. Le sud du pays est loin du Sahel, mais il est certain que la grande forêt qui recouvrait, il y a un siècle, les environs de Bangui a reculé sous la pression démographique, avec les besoins en terrains à bâtir, en terres nouvelles à cultiver et en bois pour la cuisine, sans politique organisée de reboisement. Nous ne sommes plus au temps où il fallait se prémunir à Bangui-même, contre de mauvaises rencontres de bêtes sauvages, qui trouvaient refuge dans la forêt proche. En ce qui concerne la pluviométrie, la station de l'Orstom à Bangui, qui recueille des données depuis 1931, note une baisse sensible et régulière des moyennes des hauteurs des précipitations de 10 en 10 ans. Si dans la décennie 1931-1940, la moyenne annuelle est de 1620 mm / an, elle est descendue graduellement à 1550 mm / an pour la décennie 1971-1980, et pour la suivante et dernière de 1981 à 1990, à 1467 mm / an, avec un maximum de 1848 mm en 1983 et un minimum de 1190 mm. en 1989. Nous ne pouvons épiloguer sur les liens entre précipitations et déforestation, nous constatons seulement ces faits. On peut cependant se poser le problème de l'avenir de certaines cultures comme celle du café, où il doit pleuvoir en janvier, en pleine saison sèche, pour permettre la floraison et la formation des grains; ceci ne se produisit pas en 1983 à cause de la sécheresse et la récolte 1983-1984 fut infime.
TEMPÉRATURE

Les températures moyennes varient à Bangui entre un maximum de 32° et un minimum de 20°. En montant vers le nord, les écarts ont tendance à augmenter surtout en saison 25

La géographie

physique

PLUVIa-1ETRIE A BANGUI-OR5'JU.1 MOyennes b~estrielles de 1971 à 1989

Janv.-Févr.
Mars.-Avril

Mai.- Juin

Juil.-Août = Sept.Oct. = Nov.- Déc. =
Tbtal

= = =

48,8mm 230,2mm 32S,Smm

407,7mm
413,Snm 11S,Onm 1.S40,7nm

=

450nm 40Onm, 3SOnm 300nm 2SOnm 200nm lSOnm lOOnm 50nm

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