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LE PHÉNOMÈNE PENTECÔTISTE EN AFRIQUE NOIRE

De
478 pages
Nous assistons, dans les pays francophones riverains du Golfe de Guinée, avec quelques années de retard sur les pays anglophones, à une étonnante prolifération de nouvelles Eglises dont une bonne moitié se rattache au courant pentecôtiste. Réparties en communautés paroissiales vivantes qui constituent de nouveaux lieux de socialisation, elle remédient en maints domaines aux carences de l'Etat et font souvent office de groupes intermédiaires entre celui-ci et la population.
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LE PHÉNOMÈNE

PENTECÔTISTE NOIRE

EN AFRIQUE

Du même auteur

- La géomancie et le culte d'Afa chez les Evhé du littoral, Paris, Publications Orientalistes de France, 1981, (443 pages)
divination par les huit cordelettes chez les Mwaba-Gurma (NordTogo) Tome 1: «Esquisse de leurs croyances religieuses», Paris, L'Harmattan, 1983, (324 pages) Tome 2 : « L'initiation du devin et la pratique divinatoire », Paris, L'Harmattan, 1987, (320 pages)

- La

- Le système
- De

religieux des Evhé, Paris, L'harmattan,
d'une forme africaine

1988, (334 pages)
Paris, Editions

l'universalité

de sacrifice,

du C.N.R.S., 1988, (280 pages) - Nature et fonction des fétiches en Afrique noire - Le cas du SudTogo, Paris, L'Harmattan, 1994, (446 pages) - La voie des fétiches - Essai sur le fondement théorique et la perspective mystique des pratiques des féticheurs, Paris, L'Harmattan, 1995, (441 pages) et Albert de Surgy, éditeur:

- « Fétiches, objets enchantés, mots réalisés », Systèmes de pensée en Afrique noire, n° 8, 1987, (303 pages)
- «Fétiches, puissance des objets, charmes des mots », Systèmes de pensée en Afrique noire, n° 12, 1993, (223 pages) - Religion et pratiques de puissance, Paris, L'Harmattan, pages) 1997, (362

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1082-4

Albert de SURGY

LE PHÉNOMÈNE PENTECÔTISTE EN AFRIQUE NOIRE Le cas béninois

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Cet ouvrage est le fruit d'une série de mISSIons d'étude des nouveaux mouvements religieux, effectuées en République du Bénin, de février 1994 à décembre 1999, dans la région de Cotonou et PortoNovo. Ces missions étaient intégrées au programme de l'Unité de Recherches C.N.R.S. - E.P.H.E. "Systèmes de pensée en Afrique noire", ainsi qu'à celui de l'équipe O.R.S.T.O.M. - C.N.R.S. "Citadins et religions en Afrique noire".

Ayant traité ailleurs, à travers l'exemple du Christianisme Céleste, des Églises africaines prophétiques qui aiment les fastes liturgiques et autorisent en leur sein des consultations de visionnaires aboutissant à des prescriptions de prières efficaces, je vais traiter ici des Églises, missions ou institutions religieuses qui proscrivent de telles pratiques mais jugent essentiel pour tout chrétien d'être rempli du Saint-Esprit et encouragent leurs adeptes à rechercher et à exercer les 'dons' qui en résultent: principalement ceux de prophétie, de guérison et d'exorCIsme. De telles Églises se rattachent aux mouvements pentecôtiste, néopentecôtiste et charismatique. Fortement africanisées, elles se qualifient plus volontiers, localement, d'évangéliques, alors même qu'un bon nombre d'Églises évangéliques s'abstiennent de promouvoir les manifestations spirituelles qu'elles affectionnent. Les groupes du Renouveau charismatique catholique, dont j'évoquerai à l'occasion les méthodes de provocation de miracles, présentent par ailleurs beaucoup de ressemblance avec elles. Il me paraît donc préférable d'en traiter sous l'intitulé plus vague d'Églises de caractère pentecôtiste. Je me réserve d'aborder dans un ouvrage suivant le cas d'Églises qui ne se laissent ranger ni parmi les Églises précédentes, ni parmi les Églises prophétiques mentionnées plus haut. La plupart d'entre elles mélangent, en un curieux syncrétisme chrétien, les caractères, pourtant déclarés incompatibles, des unes et des autres, mais certaines, opposées à toute exubérance liturgique ou spirituelle, entendent se distinguer radicalement aussi bien des unes que des autres.

Mon premier souci étant d'apporter au public une information qui lui manque pour apprécier sans préjugé le phénomène religieux contemporain en Afrique noire, j'ai jugé bon d'insérer dans le texte un grand nombre d'extraits de prières, de prédications, d'articles de presse ou de brochures. Ils y figurent entre guillemets (<< ») et le ... début de chacun d'eux est repérable par un tiret (-). Afin d'en rendre la lecture plus facile, je les ai sommairement aménagés: expurgés de redites, de fautes d'expression, de bafouillages, etc., tout en évitant soigneusement d'en modifier le sens. J'y ai inclus, entre parenthèses, des mots vernaculaires et des explications. J'y ai inclus, entre crochets, des répliques de l'assistance ou des indications du comportement de l'assistance. Mention de l'Église en cause, ou de l'auteur des propos, a éventuellement été ajoutée. J'ai également inséré dans le texte des schémas de cultes et de séances de prières, ainsi que des fragments de notes ou d'enregistrements d'interviews. Contrairement aux extraits précédents, ils ne figurent pas entre guillemets. Il en résulte un allongement considérable de l'ouvrage, mais cet inconvénient me paraît largement compensé par la possibilité offerte à d'autres chercheurs de retravailler les matériaux qui lui sont ainsi livrés. Un lecteur pressé pourra passer outre, quitte à s'y reporter plus tard s'il le juge utile. Pour une meilleure connaissance de l'ambiance qui règne dans certaines des Églises considérées, j'invite le lecteur à se reporter à mon film Ceux qui ne laissent aucun repos à l'Eternel - Une jeune communauté pentecôtiste en République du Bénin (C.N.R.S.-Audiovisuel, 1996, Collection "Carnets de recherche", 53 mn.)

8

INTRODUCTION

Le foisonnement des Églises, confréries et associations religieuses

Les premières Églises qui osèrent s'ajouter, au Bénin, à l'Église catholique et à l'Église méthodiste furent deux Églises africaines indépendantes issues de cette dernière: la Première Mission Africaine Boda Owa (1901), rattachée à l'United Native African Church créée dix ans plus tôt au Nigéria, et l'Église Méthodiste Eledja (1930), rattaché à l'Église du même nom, fondée en 1917 à Lagos. Elles furent rejointes en 1933 par une première Église prophétique fondée au Nigéria : l'Ordre Sacré Eternel des Chérubins et Séraphins. Contournant la difficulté de faire reconnaître par le gouvernement de l'époque des confessions originaires de la colonie anglaise voisine, fut fondée cinq ans plus tard, à Porto-Novo, une Église christique Primitive, théoriquement rattachée à une Église parisienne du même nom, mais en fait très africanisée. Elle élabora une liturgie apparentée à celle des Chérubins et Séraphins qui fut bientôt reprise, pour l' essentiel, par l'Église du Christianisme Céleste. Les nouvelles Églises ne prirent vraiment leur essor qu'à l'issue de la seconde guerre mondiale. Tandis que l'Église des Chérubins et Séraphins (interdite jusqu'en 1962) ne se développa qu'avec difficulté, l'Église du Christianisme Céleste, fondée à Porto-Novo en 1947 par un ancien méthodiste passé à l'Église Christique Primitive puis à celle des Chérubins et Séraphins, rencontra un très vif succès et s'exporta dans plusieurs autres pays.

Introduction A partir de cette dernière, qui rassemble aujourd'hui au Bénin près

de 150.000 fidèles, quelques autres Églises prophétiques 1 allaient être
ultérieurement fondées par sécession (Église de Pénie1 Christ en 1983, Église de Bethléhem en 1984, Église Céleste de Jérusalem en 1985, Église Sainte d'Israël en 1986), par imitation de ses pratiques (Église des Apôtres du Christ en 1984), ou par mélange de ses caractéristiques avec celles d'autres Églises (Église Orthodoxe du Bénin en 1975 et Église Œcuménique Chrétienne Sang de Jésus en 1995 2). Tandis que, par ailleurs, les Témoins de Jéhovah parvenaient à s'implanter à Porto-Novo dès 1948 3, les Églises évangéliques ou pentecôtistes dont nous allons traiter dans ce volume, commencèrent à leur tour à s'imposer et ne tardèrent pas à se multiplier.
,

Le pentecôtisme afro-chrétien élaboré au Nigéria fut le premier à

faire son apparition. Il fut rejoint, à partir des années 50, par un pentecôtisme introduit au Ghana par des missionnaires anglais de l'Église Apostolique. Certaines Églises pentecôtistes blanches, originaires des EtatsUnis, parvinrent aussi à s'établir dans le pays, mais n'y prirent de véritable essor qu'à compter des années 60. Elles en tardèrent pas, dès lors, à être rejointes par d'autres Églises ou missions américaines non pentecôtistes. De toutes ces Églises, une pluralité d'Églises locales se séparèrent peu à peu. Une mention particulière doit être faite de la Soudan Interior Mission (S.LM.) qui, implantée dans le Nord du pays dès 1946 (à l'invitation de l'Église méthodiste), ne se rendit présente dans le Sud, à Cotonou, qu'en 1970. La soixantaine d'Églises fondées par elle, sous la dénomination française de Société Internationale Missionnaire (même sigle S.LM.), devaient être regroupées en 1975 dans l'Union des Églises Evangéliques du Bénin (U.E.E.B.). L'implantation d'Églises nouvelles et leur expansion furent très sérieusement freinées durant un moment par le régime révolutionnaire

1

Je rappelle que je qualifie ainsi des Églises, instituées par des prophètes afri-

cains, qui, à l'imitation de celle des Chérubins et Séraphins, entretiennent en leur sein des visionnaires pouvant être consultés par toute personne en difficulté.
2 3

Nous traiterons de ces deux Églises originales dans un volume ultérieur. Nous en dirons également quelques mots dans le volume ultérieur.

10

Le foisonnement des Églises, confréries et associations religieuses marxiste-léniniste instauré en 1974. Cependant, après que la constitution du pays ait fini par reconnaître, en 1977, le droit de chacun à pratiquer la religion de son choix, elles reprirent de plus belle à partir de 1980. En effet 8 à 12 Églises nouvelles, dont certaines n'eurent qu'une existence éphémère, furent dès lors inventées ou introduites chaque année dans le pays. Outre une croissance des grandes Églises, il en résulta une multiplication des petites Églises, réduites parfois à une poignée de fidèles, ainsi que des missions ou des ministères évangéliques. Le marché du religieux arrivant à saturation, on assista ici et là, à partir de 1990, à une sorte de surenchère dans la production attractive de 'miracles' et de manifestations du Saint-Esprit. Cependant, en réaction à la multipication des assemblées' chaudes' ou 'vivantes', apparut ailleurs, pour satisfaire d'autres goûts, une valorisation de la réflexion lucide, de la tempérance mystique et de l'intériorité. De 9 Églises dénombrées en 1955, on était passé à 36 Églises en exercice en 1980 (une création par an environ), puis à un minimun de 81 en 1986 (huit créations par an environ) et de 96 en 1994 (les créations, demeurées aussi importantes, ayant été compensées par des disparitions). Un décompte plus rigoureux effectué par Jean-Claude Barbier (sociologue à l'ORSTOM) à la fin de 1997 faisait état de 163 Églises distinctes complétées par 37 missions, ministères ou associations. Parallèlement à ce foisonnement d'Églises ou de dénominations on assistait: - d'une part à la création dès 1978, puis à une très forte expansion

à partir de 1980, du Renouveau Charismatique Catholique

4

grâce

auquel le catholicisme parvint à éviter l'évasion de ses adeptes vers des Églises nouvelles leur proposant une expérience enivrante de l'Esprit Saint et un soutien constant par des prières efficaces. - d'autre part à une multiplication des associations et groupes de prière catholiques: associations caritatives, groupes de dévotion à tel ou tel saint ou à une Vierge Marie, groupes d'action catholique, grou4

En 1997, selon son journal Buisson Ardent (nO 14), le mouvement comprenait

28.041 membres (nombre qui correspond à 2,34 % des catholiques déclarés), dont 15.882 dans le diocèse de Cotonou et 5.192 dans le diocèse de Porto-Novo.

Il

Introduction pes réunissant des personnes de même catégorie socio-professionnelle, etc. L'aumônier Pierre Legendre, qui en recensa cinquante-huit en 1993, estimait que leur nombre devait avoisiner les soixante-dix. Une même tendance pouvait être observée en milieu musulman où apparurent deux nouvelles confréries mystiques (les Tariqah Al Alawiya et Ne'matollahi s'ajoutant à la Tidjaniya et à la Qadiriya) et où plus d'une trentaine d'associations furent fondées, réunies au sein de la Conférence des Associations Islamiques du Bénin (CONAIB). Enfin, aux côtés des Églises et associations chrétiennes ou musulmanes, d'autres mouvements religieux, spiritualistes ou ésotériques, firent également leur apparition ou connurent un regain d'expansion. Prétendant détenir des connaissances réservées à une élite et offrir à leurs adhérents les moyens d'épanouir pleinement leurs facultés, leur donnant accès, par ailleurs, à d'intéressants réseaux de relations internationales, ils attirèrent à eux des citadins d'un niveau social et culturel relativement élevé. La Franc-Maçonnerie, présente au Bénin depuis le début du siècle, y fut fortement structurée en 1966 par la création d'une Loge Nationale appelée le Grand Bénin. La Grande Loge Nationale de France lui suscita néanmoins en 1994 un mouvement concurrent. La Rose-Croix (AMORC) y fut introduite dès 1949. Elle fut rejointe en 1982 par l'Association Rosicrucienne Max Heindel, puis, en 1989, par la Rose-Croix d'Or (Lectorium Rosicrucianum) se prétendant la plus élevée. Dans le même genre, on vit apparaître l'Ordre des Templiers, la Fraternité Blanche Universelle (en 1985), et se créer localement le Sentier Sacré de l'Horeb (en 1984) et la Société Béninoise de la Croix Bleue. La Foi Baha'ie s'implanta en 1967. Eckankar, mouvement américain d'inspiration indienne, se fit connaître à partir de 1981. L'Elan Vital, mouvement indien d'inspiration New Age, s'y implanta en 1984. Sukyo Mahikari, mouvement japonais, installa un dôjô à Cotonou en 1986. La Sôka Gakkai, mouvement bouddhiste japonais, tenta de s'implanter à partir de 1992.

12

Le foisonnement des Églises, confréries et associations religieuses Le mouvement raëlien effectua de son côté une tentative en 1995. En matière d'appartenance religieuse, le recensement effectué en 1992 (résultats définitifs, volume 1, 1993) nous fournit les résultats suivants pour l'ensemble des personnes âgées de plus de trois ans (4.421.094 personnes sur une population totale de 4.915.555 habitants, dont près de la moitié âgés de moins de quinze ans, caractérisée par un taux de fécondité moyen de 6,1 enfant par femme) :

Appartenance religieuse des Béninois en 1992 Religion traditionnelle Catholiques "Protestants" (Méthodistes) Autres chrétiens Musulmans Autres religions Religion non déclarée Sans religion Total

Ensemble du pays

Département de Département de l' Ouémé l'Atlantique (chef-lieu Porto(chef-lieu Novo) Cotonou) 251.264 460.964 34.109 76.545 65.772 24.796 4.999 50.150 968.599 174.997 264.020 58.60 1 101.672 109.266 26.403 4.208 50.902 790.069

1.556.910 1.156.398 5 156.897 261.113 904.897 81.600 25.369 277.910 4.421.094

5

D'après le Père Trichet, de la Société des Missions Africaines de Lyon à

Cotonou, le nombre de catholiques au Bénin ne s'élévait en 1997 qu'à 1.197.542. D'après le recensement effectué par les prêtres, il était de 421.623 dans le diocèse de Cotonou (351.032 seulement en 1993, soit nettement moins que ne l'indiquait le recensement officiel), et de 270.000 dans le diocèse de Porto-Novo. 13

Introduction Ces résultats font apparaître que les chrétiens sont plus de deux fois plus nombreux que les vodouisants dans les départements ayant pour chef-lieu Cotonou et Porto-Novo. Le nombre de méthodistes avoisine à l'époque, 85.000 6, et celui des fidèles des Églises prophétiques (chérubins et séraphins, chrétiens célestes et apparentés) 140.000 7. Sur un total de 1.574.408 chrétiens (dont 418.010 non catholiques), il existait donc environ 193.000 chrétiens autres que catholiques, méthodistes et membres d'Églises prophétiques. Parmi eux, le nombre de non pentecôtistes (membres des Églises rattachées à l'Union des Églises Evangéliques du Bénin, des Églises baptistes, adventistes, etc., ainsi que de plusieurs Églises africaines non charismatiques) avoisinait probablement les 55.000 8. Il restait donc un effectif d'environ 138.000 pentecôtistes. Dans l'attente de statistiques plus précises, il semble donc exister au Bénin à peu près autant de pentecôtistes que de membres d'Églises prophétiques9. Ils y représentent environ 8,77 % du nombre total de

chrétiens 10et 3,12 % de la population du pays

Il.

6 Le journal méthodiste Mission, de juillet-août 1992, page 8, note 3 , se basant sur des chiffres antérieurs, estimait à 70.000 le nombre de méthodistes au Bénin. En 1996, d'après les données recueillies par J. CI. Barbier, l'Église Protestante Méthodiste comprenait 95.827 fidèles.

Un recensement (légèrement incomplet), effectué par la direction de leur Église, faisait état, en 1997, de 116.000 chrétiens célestes (compte tenu de l'évolution démographique, leur nombre total, en 1992, peut être ramené à 110.000). Selon les données recueillies par J.-Cl. Barbier, il existe à peu près cinq fois moins de paroisses chérubines et séraphines que de paroisses chrétiennes célestes (donc à peu près 22.000 chérubins et séraphins). Il faut tenir compte, par ailleurs, de l'existence de plusieurs autres petites Églises prophétiques, 8 Selon les données collectées par J.-Cl. Barbier, il y aurait eu, en 1994, 15.000 chrétiens rattachés à l'Union des Églises Evangéliques du Bénin et 4.318 baptistes. Pour ma part j'exclus en outre des pentecôtistes les membres de deux Églises africaines aussi importantes que l'Église Evangélique Universelle (dans les 15.000 fidèles répartis en une centaine de paroisses) et l'Église de Dieu J.J.C. (35 paroisses au Bénin). 9 Les Églises prophétiques se distinguent radicalement des Églises pentecôtistes par le fait qu'elles n'adhèrent pas à l'idée d'un baptême du Saint-Esprit et n'ont aucune estime pour les glossolalies (quasiment inexistantes en leur sein). Une 14

7

Le foisonnement des Églises, confréries et associations religieuses Un peu plus de la moitié d'entre eux appartiennent à des Églises, certes très rigoureuses, mais relativement modérées dans leur liturgie et leurs activités (Assemblées de Dieu, Église de la Foi Apostolique, la plupart des Églises dont la dénomination inclut le mot Pentecôte, et l'Union et Renaissance des Hommes en Christ) 12.Ces Églises mettent surtout l'accent sur l'enseignement et l'intériorité de la foi, comme sur la préparation à la fin des temps. Elles ne développent pas ostensiblement d'activités charismatiques et ne se lancent pas dans de tapageuses campagnes d'évangélisation. Les autres appartiennent à des Églises plus affairées, soucieuses d'efficacité et enclines à l'ostentation, se rattachant au courant pentecôtiste afro-chrétien le plus ancien comme à l'activisme évangélique récent. Enracinées dans le mouvement charismatique ou profondément renouvelées par lui, elles sont plus soucieuses que les précédentes de l'unité des chrétiens et plus ouvertes qu'elles sur le monde. Elles se targuent d'être 'vivantes', 'chaudes' et combattantes. Elles mettent l'accent sur les manifestations spirituelles et les 'miracles'. Elles multiplient les ministères de guérison ou de délivrance, ainsi que (mues par l'Esprit de Pentecôte) les grandes 'croisades' d'évangélisation 13.
partie seulement de leurs fidèles, qui n'ont pas accès aux fonctions de direction, entrent couramment en rapport avec le Saint-Esprit pour exercer un ministère de voyance et, à l'occasion, de prophétie. Ces fidèles ont à peu près le même rapport à la hiérarchie de leur Église que les épouses mystiques d'un vodou aux responsables de leur groupe de culte.
10

Mais rappelons que le nombre des adhérents du Renouveau charismatique Etant donné que le Bénin est un pays très christianisé et que l'islam prévaut

catholique peut être estimé à 1/5ème e celui des pentecôtistes proprements dits. d
11

largement sur le christianisme dans les pays du Sahel, le chiffre avancé de plus de 10 % de pentecôtistes en Afrique noire est donc considérablement exagéré en ce qui concerne l'Afrique noire occidentale.
12

A l'époque du recensementil y aurait eu dans les 25.000 membres de l'Église

des Assemblées de Dieu, à peu près autant de membres d'Églises de Pentecôte modérées, et à peine moins de membres de l'Union et Renaissance des Hommes en Christ.
13

C'est une telle différence d'attitude (rigueur et modération s'opposant à

penchant pour l'enthousiasme et l' ouverture œcuménique) qui explique largement la création de deux fédérations rivales au sein de la mouvance protestante, 15

Introduction Sans délaisser pour autant la première, c'est à cette seconde catégorie d'Églises que nous nous allons surtout nous intéresser. Précisons cependant qu'aucune frontière nette ne les sépare et que les unes comme les autres se reconnaissent moins comme 'pentecôtistes' que comme' évangéliques' . Le choix de cette étiquette nous indique que leurs adeptes accordent peu d'importance à ce qui les distingue des chrétiens évangéliques non pentecôtistes. Ils se définissent en effet avant tout comme des croyants n'acceptant de se soumettre à aucune autre autorité qu'à celle celle du Christ, se référant exclusivement à la Bible, s'interdisant d'en compléter les paroles sacrées par les acquis d'une tradition, récusant la nécessité d'une médiation cléricale entre Dieu et ses adorateurs, mettant l'accent sur la justification par la foi et considérant comme fondamentale l'expérience de la conversion, par aceptation sans réserve de la seigneurie de Jésus-Christ, faisant aussitôt du sujet en un homme nouveau.

évangélique et pentecôtiste: la Fédération des Églises et Missions Évangéliques du Bénin (FEMEB) et le Conseil des Églises Protestantes et Évangéliques du Bénin (CEPEB). 16

L'IMPLANTATION PENTECÔTISTES

DES ÉGLISES ET ÉVANGÉLIQUES

1 - Les premières Églises pentecôtistes afro-chrétiennes
Les Églises prophétiques africaines ont été précédées, au Nigéria, non seulement par les premières Églises indépendantes s'étant séparées de missions méthodistes ou anglicanes, mais encore par l'ancêtre de toute une série d'Églises évangéliques. La Diamond Society fut fondée en juillet 1920, en marge de la Church Mission Society (C.M.S., d'obédience anglicane) par les membres d'un groupe de prière qui se trouvèrent freinés par leurs autorités religieuses dans l'ardeur qu'ils déployaient pour lutter spirituellement contre l'épidémie de grippe espagnole. En raison des attaques dont ils ne cessaient de faire l' obj et, ils jugèrent bon de s'affilier, en décembre 1923, à une secte fondamentaliste américaine de Philadelphie: la Faith Tabernacle Congregation, que connaissait depuis 1917 l'un de ses nouveaux adhérents. Cette secte, très rigoureuse, enseignait l'efficacité de la prière et écartait en faveur de celle-ci tout recours à la médecine, en particulier aux médicaments et aux vaccinations. Elle était hostile au pentecôtisme naissant

L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

et condamnait toute forme de complaisance dans l'émotion religieuse et les phénomènes spirituels. Sous la dénomination prolongée de Diamond Society of Faith Tabernacle, le nouveau mouvement nigérian poursuivit, en conséquence, ses activités en dehors du pentecôtisme. Celui-ci, né au début du siècle aux Etats-Unis, n'en était pas moins connu à Lagos. En effet l'homme qui mit en rapport la Diamond Society avec la Faith Tabernacle avait dès 1922 cherché à obtenir des informations à son sujet et n'avait décidé de s'en écarter qu'en raison d'avis très défavorables le lui ayant rendu suspect de satanisme par sa pratique du 'parler en langues' . A l'occasion du grand réveil spirituel des années 30, animé par l'évangéliste nigérian Joseph Babalola, les leaders de la Diamond Society of Faith Tabernacle eurent l'occasion de rencontrer sur place, en septembre 1931, trois prédicateurs de l'Église Apostolique. Cette Église avait été fondée en 1916 au Royaume Uni, à la suite du 'réveil' du pays de Galles (1904-1905), pour renouer avec les principes et les pratiques de l'Église chrétienne primitive. Séduits par les discours de ses représentants, ils décidèrent de s'y affilier et, tout en conservant l'essentiel de la doctrine de la Faith Tabernacle, y ajoutèrent une orientation pentecôtiste encourageant à rechercher le 'baptême du Saint Esprit' et les charismes qui l'accompagnent. Ce fut l'occasion d'une première synthèse africaine entre une tendance évangélique fondamentaliste et une tendance mystique
pentecôtiste.
1

L'Apostolic Church ainsi créée allait être à l'origine de toute une famille d'Églises locales qui ne furent concurrencées que plus tard par les missions évangéliques et pentecôtistes en majorité originaires des Etats- Unis. A la suite d'une nouvelle série de 'visions' reçues par Joseph Babalola et son entourage en 1938 et 1939, mettant en relief la dépravation des hommes et incitant à une foi plus stricte, devait être fondée

Sur cette histoire, on se reportera à J.D.Y. Peel, Aladura...,1968, p. 61-65, à The Apostolic Church of Nigeria, Constitution and Guiding Principles, The Universal Printing Press, Lagos, 1984, p. 11-13, et à Pastor S.G. Adegboyega, Short History of the Apostolic Church in Nigeria, Ibadan, Industrial Press (s.d.). 18

1

Les premières Églises pentecôtistes afro-chrétiennes en 1940, par séparation d'avec l' Apostolic Church, la Christ Apostolic Church qui, tout en conservant une orientation pentecôtiste, revint à l'idéal exigeant de la Faith Tabernacle en prêchant à nouveau le rejet des médicaments au profit exclusif de l'eau bénite et de la prière. Cette Christ Apostolic Church parvint à s'implanter dans l'Est du Bénin, à Sakété, à partir de 1950. En dépit du zèle qu'elle déploya, elle ne connut qu'un modeste succès local. Une petite paroisse ne fut fondée dans la banlieue de Porto-Novo (à Akonaboe) qu'en 1995, et une autre à Cotonou en 1998. La propagation de l' Apostolic Church au Bénin fut, au contraire, remarquable. La première de ses paroisses fut créée à Sakété en 1944. Une seconde paroisse fut créée indépendamment à Porto-Novo en 1956 seulement, bien après l'implantation dans la même ville des Chérubins et Séraphins (1935) et la fondation du Christianisme Céleste (1947), à partir de laquelle furent fondées rapidement deux paroisses annexes à Pobé et à Cotonou. Cependant l'Apostolic Church du Royaume Uni avait parallèlement fondé une mission au Ghana, à partir de laquelle un missionnaire local (Samuel Atiayao) était venu en 1952 implanter une paroisse dans l'Ouest du pays, à Dévé (département du Mono). Les trois paroisses de Sakété, Porto-Novo et Dévé furent regroupées en 1957, sous l'autorité de l' Apostolic Church du Nigéria, pour constituer le noyau d'une Église qui, en 1962, fut reconnue par l'État béninois sous le nom d'Église Apostolique. Cette importante Église, dont le siège national est à Porto-Novo, prétend rassembler aujourd'hui dans les 40.000 fidèles, répartis en 140 paroisses. Elle est présente dans sept régions, subdivisées en districts, administrées chacune par un surintendant: celles de Pobé, de PortoNovo, de Cotonou, et, dans le département du Mono, celles de Dévé, Azove, Dogbo et Kplekàme. A partir de 1978 se produisit chez les élites béninoises de l'Église un mouvement de rébellion contre la tutelle nigériane. «Les fils du pays, écrivirent-ils, revendiquent leur droit inaliénable d'être à la direction de l'Église au Bénin ». Tandis que la branche nigériane de l'Apostolic Church obtenait au même moment son autonomie, ce mouvement aboutit en 1983, « après trente et un ans d'oppression et

19

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques de domination au Bénin », à la formation d'un Bureau directeur national. Cette solution ne suffit pourtant pas à calmer les deux principaux protagonistes du mouvement, les pasteurs Abul et Assani, qui créèrent en 1989 l'Église de la Nouvelle Alliance des Apôtres du Christ rattachée distinctement à la branche francophone de l'Église Apostolique dont le siège se trouve à Bruxelles. En 1994 le pasteur Assani se sépara du Pasteur Abul pour créer son propre Ministère de la Compassion du Christ dont seulement deux petites paroisses existent à ce jour. Quant au pasteur Abul, sensible aux arguments des Témoins de Jéhovah, il cessa de croire en la Sainte Trinité comme au fait que Jésus serait mort sur une croix, et, cherchant à se rapprocher du mouvement pentecôtiste favorable à l'idée de l'unicité divine, transforma en 1996 sa propre petite Église en Église de la Nouvelle Alliance pour un Monde Nouveau. Par ailleurs un autre ancien pasteur de l'Église Apostolique créa de son côté, en 1993, la Mission Evangélique d'Onction qui comprenait, en 1995, trois petites paroisses. 2 La Redeemed Christian Church of God (au Bénin Église Chrétienne des Rachetés de Dieu) fut fondée au Nigéria, à partir de 1944, par le défunt pasteur J.O. Akindayomi (remplacé aujourd'hui par le pasteur E.A. Adeboye). Elle prend visiblement modèle sur l' Apostolic Church dont elle se borne à reprendre les principaux points de doctrine en insistant plus particulièrement sur la guérison divine et la confiance en la Providence pour la satisfaction, dans la mesure où Dieu le juge bon, de tous les besoins des croyants.

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D'après Michel Alokpo, "L'histoire des Églises et missions évangéliques au Bénin", dans Nos racines racontées - Récits historiques sur l'Église en Afrique de l'Ouest, sous la direction du pasteur James R. Krabill, Presses Bibliques Africaines, Côte d'Ivoire, 1996, p. 37-108. EITplus des informations que j'ai recueillies personnellement auprès des Églises et du Service des Cultes du Ministère de l'Intérieur, je m'appuierai pareillement çà et là, ci-dessous, sur les indications (précieuses, mais inégales et incomplètes) contenues dans cet ouvrage. 20

Les premières Églises pentecôtistes afro-chrétiennes En 1994 elle comptait au Nigéria, où elle avait son siège à Lagos, 41 pasteurs et 7 assistants pasteurs. Elle ne fut introduite au Bénin qu'en 1990, à Quando, dans la banlieue nord-nord-ouest de Porto-Novo, par un ancien catholique qui, étant parti travailler au Nigéria, s'y laissa convaincre de ne savoir ni prier, ni lire correctement la Bible et se conformer à ses instructions. Converti en 1981, il reçut bientôt une formation de pasteur et fut, avec quelques autres, envoyé fonder plusieurs paroisses au Bénin. En 1995, huit paroisses avaient de la sorte été créées. Celle de Quando, était fréquentée par environ 150 adeptes (un nouveau bâtiment était en construction pour remplacer la chapelle initiale devenue trop petite). Une autre existait, non loin de là, à Méridionou (à une dizaine de kilomètres de Porto-Novo), une autre à Ketou, une autre à Cotonou, et quatre autres à Allada. Elles n'étaient encore coiffées par aucune direction nationale. La Mission Évangélique de la Foi (M.E.F.) a été fondée à Ibadan, au Nigéria, par le pasteur Georges Rubin qui, dès 1955, avait rompu avec la Christ Apostolic Church où il était alors responsable de la jeunesse. Il avait jugé que les dirigeants de cette Église n'étaient pas assez fidèles à la Bible, mais surtout n'avait pu admettre qu'ils continuent de s'opposer à l'usage des médicaments tout en n'hésitant pas à en absorber secrètement eux-mêmes en cas de problème. Après n'avoir fondé qu'une mission et mis ses talents de prédicateur au service de plusieurs autres Églises, il se décida à recruter pour lui-même et fonda sa propre Église en 1963. Douze ans plus tard, en 1975, elle était devenue une Église très importante. Un chrétien béninois, converti à l'Église Apostolique en 1965, convaincu d'être poussé par Dieu à devenir pasteur, se rendit tenter sa chance au Nigéria en 1975. Econduit par l'Apostolic Church, il travailla quelques mois avec la Christ Apostolic Church, puis rencontra Georges Rubin avec lequel il s'associa jusqu'en 1980. C'est alors qu'il revint en mission au Bénin pour le compte de l'Église dirigée par celui-ci et, en deux ans, rassembla autour de lui, en les réunissant dans sa maison, un premier noyau d'une cinquantaine de fidèles. Douze années plus tard, en 1994, il était parvenu, grâce à une série de campagnes d'évangélisation ayant débuté en 1983, à fonder au Bénin 29 paroisses: 16 dans le département de l' Atlantique (dont Il 21

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques dans l'agglomération de Cotonou), 5 dans le le département du Mono, 3 dans celui de l'Ouémé, 2 dans celui du Zou, 2 dans celui du Borgou et 1 dans celui de l'Atakora. On en dénombrerait à présent une quarantaine. Des paroisses avaient également été implantées par ses soins au Togo et au Sénégal.

2 Églises issues du pentecôtisme d'origine anglaise

-

missionnaire

Le pentecôtisme missionnaire fit son apparition au Ghana en 1937 par l'intermédiaire du pasteur anglais James Mackeown qui y implanta une paroisse de l'Église Apostolique. Un conflit interne à cette mission aboutit bientôt à la fondation d'une Église indépendante se nommant Église de Pentecôte Apostoliq ue. Un apôtre ghanéen de cette dernière (C.K. Diabah) l'introduisit en 1952 au Togo et dans l'ouest du Bénin, à Dogbo-Dévé (en même temps qu'y fut aussi introduite, par le missionnaire Samuel Atiayao, l'Église Apostolique), puis en supervisa, trois ans plus tard, l'implantation à Cotonou. Toute une famille d'Églises pentecôtistes devait ultérieurement en sortir par une série de scissions. En mars 1973 de récents adhérents, qui avaient jugé bon de fusionner leur propre toute jeune Église avec celle de Pentecôte Apostolique, s'en séparèrent en adoptant la dénomination d'Église Évangélique de Pentecôte. Ressentant le besoin d'un appui extérieur, cette Église Évangélique de Pentecôte s'intégra un moment à l'Église de Pentecôte Unie Internationale introduite au Bénin en 1985 par le missionnaire William Harper. Cependant, n'y trouvant pas non plus satisfaction, elle reprit peu après son indépendance sous le nom d'Église Évangélique de Pentecôte Internationale d'où sortit, en 1991, le Ministère de l'Espérance. Pendant ce temps une Église de Pentecôte du Réveil se détacha également de l'Église de Pentecôte Apostolique.

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Églises issues du pentecôtisme missionnaire d'origine anglaise La revendication d'un Béninois à prendre la direction de cette dernière y suscita, peu après, un conflit qui s'envenima à ce point, au cours des années 1983-1985, qu'elle fut amenée à interrompre ses activités. Ses fidèles furent contraints de se regrouper pour prier dans les maisons de certains d'entre eux. Il en résulta, en 1986, une Église de Pentecôte tout court (qui deviendra l'Église de Pentecôte au Bénin), demeurée fidèle au siège ghanéen, et une Église de Pentecôte de la Foi, plus fréquentée, entièrement nationale. Elles comprendraient, l'une comme l'autre, une centaine de paroisses. Un conflit au sein de l'Église de Pentecôte du Réveil amèna par ailleurs une fraction des fidèles de celle-ci à se rallier en 1987, par l'intermédiaire d'un diplomate de l'ambassade du Zaïre (M'buyi Mukishi) à une Église fondée une quinzaine d'années plus tôt à Kinshasa, avec l'appui d'un missionnaire américain, appelée Fédération des Églises de Pentecôte en Afrique (F .E.P .A.). Peu après, cette Église béninoise autonome, ne comptant toujours qu'une demi-douzaine de paroisses, transforma localement son nom en Fraternité Évangélique de Pentecôte en Afrique. Hormis l'Église de Pentecôte du Réveil, et surtout la F .E.P .A., ces Églises pentecôtistes doivent à leur origine missionnaire un caractère relativement modéré. On y sollicite bien entendu l'effusion et les dons du Saint-Esprit. On y admet les prophéties et les visions, mais sans tolérer à cette occasion le moindre désordre. Personne ne crie, personne ne tombe en transe, personne ne se roule par terre. Les manifestations spirituelles spectaculaires y sont soigneusement évitées. Même les délivrances de mauvais esprits y sont obtenues discrètement et, de ce fait, sont estimées plus profondes. L'accent y est mis avant tout sur l'enseignement.

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-Les anciennes
et leurs dérivées

Églises pentecôtistes

américaines

On s'accorde à faire remonter l'essor du pentecôtisme à l'impulsion qui lui fut donnée au début du vingtième siècle par le prédicateur noir William Joseph Seymour. Né de parents qui avaient adhéré au mouvement de la sainteté, ayant fréquenté divers prédicateurs du Renouveau (Revival), puis 23

L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

ayant été témoin d'un 'parler en langues' tel qu'il s'en produisait à partir de 1901 parmi les disciples du pasteur Charles Fox Parham, il fonda en 1906, à Los Angeles, un Mouvement Pacifique de la Foi Apostolique qui se transforma peu après en une Mission de la Foi Apostolique, où Blancs et Noirs, ivres du même esprit divin, fraternisaient et tombaient en pleurant dans les bras les uns des autres. Charles Fox Parham, scandalisé par de tels comportements, tenta bientôt de faire obstacle à la frénésie religieuse propagée par ce mouvement, à dominante nègre, en lui opposant un mouvement rival. En 1908, deux femmes blanches qui désapprouvaient le mariage contracté par William Seymour avec sa collaboratrice noire, emportèrent avec elles la liste des abonnés au journal publié par celui-ci et se retirèrent à Portland (Orégon) où elles ne tardèrent pas à fonder l'Apostolic Faith Mission qui se transforma bientôt en Église de la Foi Apostolique. En 1911, l'un des premiers fidèles de Parham, William H. Durham, engagea une polémique contre Seymour et rencontra un écho favorable auprès de personnes ayant fréquenté antérieurement des Églises blanches presbytériennes et baptistes. Fort de ce succès, il s'associa à elles, à partir de 1914, pour fonder, l'Église des Assemblées de Dieu dans laquelle il fut exclu que des ministres blancs soient placés sous l'autorité d'un Noir. En juin 1922, une Canadienne de l'Ontario, Aimée Semple MacPherson, ancienne actrice célèbre par ses sermons dont elle faisait de véritables spectacles, adepte de William Durham, reçut une vision au cours d'un office de 'réveil' tenu à Oakland, en Californie. Cette vision lui fit découvrir, en relation avec celle d'Ezéchiel relative aux quatre faces (d'homme, de lion, de bœuf et d'aigle) du Tout-Puissant, les quatre aspects fondamentaux du Christ: comme sauveur, comme celui qui procure le baptême du Saint-Esprit, comme guérisseur et comme roi devant revenir enlever son Epouse. Elle se fit en conséquence messagère d'un Plein Évangile dont elle compara l'unité des quatre révélations essentielles à celle d'un carré. Son Angelus Temple Foursquare fut inauguré à Los Angeles dès 1923. Les Églises ayant été fondées par les diplômés de son Lighthouse International Foursquare Evangelism Bible College furent rassemblées, dès décembre 1927, dans l'International Church of Foursquare Gospel. 24

Les anciennes Églises pentecôtistes américaines et leurs dérivées (l'Église Évangélique Internationale Foursquare) William Seymour, avec lequel elle n'avait pas manqué d'entrer en rapport, l'invita en 1936 à participer aux cérémonies de célébration du trentième anniversaire de son Église. Touchée à cette occasion par l'Esprit, elle se mit pour la première fois à parler en langues et trouva dès lors la force de communiquer une nouvelle impulsion à son mouvement. 3 Parmi la quarantaine d'Églises pentecôtistes blanches, noires ou mixtes, que comptaient les Etats-Unis dans les années trente (Église de Dieu, Église de Dieu dans le Christ, Église du Saint Tabernacle, etc.), il est remarquable que ce furent les trois Églises blanches précédentes (Assemblées de Dieu, Foi Apostolique et Foursquare) qui, disposant de moyens convenables, allèrent fonder des missions en Afrique noire occidentale et y introduisirent une nouvelle forme de pentecôtisme modéré entrant en concurrence avec le pentecôtisme afro-chrétien plus ardent qui s'y était développé à partir de l'Apostolic Church du Nigéria. L'Église de la Foi Apostolique fut la première à être implantée à Cotonou, dès 1948, par un Togolais qui s'y était converti au Nigéria (où elle avait été introduite depuis un moment, à partir du Ghana). En raison de son caractère singulier, elle ne connut néanmoins qu'un développement modéré, à compter des années 70. Elle ne comporte aujourd'hui qu'une quinzaine de paroisses, dont une paroisse moyenne à Porto-Novo, cinq autres dans le département de l'Ouémé, et une très grande paroisse au quartier Jéricho de Cotonou, pourvue d'un orchestre de vingt-cinq musiciens, fréquentée par une bourgeoisie urbaine fascinée par l'apparente rigueur de son enseignement. L'Église Évangélique des Assemblées de Dieu se manifesta au nord du Bénin, depuis le Burkina Faso (Haute-Volta), dès la seconde
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Sur cette histoire des Églises pentecôtistes,on pourra se référer au Dictionary of

Pentecostal and Charismatic Movements de S.M. Burgess et G.B. MacGee, Zondervan Publishing House, Michigan, (1988) 1996 et à la traduction d'un ouvrage de Harvey Cox (1994) : Retour de Dieu - Voyage en pays pentecôtiste, Paris, Desclée de Brouwer, 1995. 25

L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

guerre mondiale. Elle fonda un Institut Biblique à Natitingou en 1949 mais ne se rendit présente à Cotonou qu'en 1962-63 et ne commença à évangéliser la région de Porto-Novo qu'en 1964. Quatre premiers pasteurs locaux se trouvèrent formés en 1969 et furent aussitôt envoyé sur le terrain. L'essor de l'Église dans le Sud du pays ne débuta véritablement aussi qu'à partir de 1970, mais fut considérable. En 1995 l'Église des Assemblées de Dieu comprenait environ 25.000 fidèles répartis en 200 paroisses desservies par 119 pasteurs. Treize paroisses étaient implantées dans la grande agglomération de Cotonou et sept autres dans la région de Porto-Novo. Cette ancienne Église pentecôtiste et une des moins friande de manifestations spirituelles. L'atmosphère de ses cultes diffère peu de celle qui règne dans les Églises méthodistes. Le 'parler en langues', signe du baptême du Saint-Esprit, y est devenu rare. Il ne s'observe guère qu'à l'occasion de veillées ou de semaines de 'réveil'. Elle pense bien davantage à la promotion sociale de ses adhérents, s'implique résolument dans des activités de développement telles que le forage de puits, la plantation de vergers, la création de fermes modèles, etc. Elle convient particulièrement de ce fait aux moyennes élites villageoises et urbaines désireuses de s'instruire, se former et évoluer. La Mission Évangélique des Gagneurs d'Âmes (M.E.G.A.) fut fondée à Ikpinlé (village peuplé de Holi et de Yorouba), à une cinquantaine de kilomètres de Porto-Novo, par le Révérend Adjassa Kpoviessi Basile. Né dans une famille qui vénérait le vodu Tron (Alafia), cet homme avait travaillé avec le Rev. T. L. Osborn, rencontré lors de son passage au Bénin, et fait ses études à l'école de théologie des Assemblées de Dieu. A la suite de certaines expériences spirituelles, il décida de créer son propre mouvement et l'implanta à Porto-Novo dès 1970. Dans le département de l'Ouémé, cette Église. comptait en 1994 quatre grandes paroisses: celle d'Ikpinlé, entourée d'une vingtaine de petites paroisses, celle d'Atsakpa, entourée de six petites paroisses, celle de Porto- Novo, entourée de quatre petites paroisses, et celle de Misérété, entourée de deux petites paroisses. Tous ses pasteurs et ses diacres avaient reçu leur formation à Ikpinlé, auprès du fondateur. 26

Les anciennes Églises pentecôtistes américaines et leurs dérivées L'Église Évangélique Internationale Foursquare (en abrégé Église Foursquare) fut implantée au Nigéria en 1955 par un couple de missionnaires. Elle y a établi son siège pour l'Afrique de l'Ouest à Yaba, dans l'État de Lagos. En décembre 1969, elle fut exportée au Bénin, à Pobé, par le Révérend Simon A. Odeleye. Elle gagna le quartier Davié-Gbezounkpa de Porto-Novo en 1981. Ce n'est qu'en janvier 1986 qu'elle atteignit enfin Cotonou où elle jugea bon d'établir son siège national (au carré 861/862 du quartier Sike Fignon). Elle compte aujourd'hui 33 paroisses au Bénin, dont 4 à Cotonou, 1 à Abomey-Calavi, 2 à Porto-Novo (à Davié et Ouando) et 1 à Sémé. Une vingtaine d'autres se trouvent dispersées, à partir de Pobé, dans l'intérieur du département de l'Ouémé. Seul le département du Borgou n'en compte aucune. Ces paroisses sont desservies par 29 pasteurs, pour la plupart formés au Collège Biblique de l'Église à Ikorodu (Nigéria). Il faut y ajouter quatre centres de prédication. 4 En 1973, un professeur de mathématiques à l'Université de Lagos, W.F. Kumuyi, né dans une famille anglicane, puis ayant fréquenté l'Église de la Foi Apostolique jusqu'à se trouver en désaccord avec elle sur certains points, estima que la plupart des Églises chrétiennes n'enseignaient pas la doctrine intégrale de la Bible, de peur de déplaire à leurs adhérents, et constitua avec quelques camarades un groupe indépendant d'étude biblique. Ce groupe, limité à l'origine à une quinzaine de personnes qui réfléchissaient en commun sur le sens et la portée de tel ou tel passage du texte sacré, attira bientôt à lui un grand nombre d'étudiants. Sous le nom de Ministère de la Vie Chrétienne Profonde (Deeper Christian Life Ministry), le mouvement déborda vite l'Université. Dès 1976 il se trouva représenté à Ilesha et Osogbo (Oyo State) et à Omoku (Rivers State). Il se répandit très vite dans tout le Sud du pays et même plus haut. A Lagos, les réunions d'études bibliques se tinrent bientôt dans les locaux de la Redeemed Christian Church of God. Une école de for4

Le pasteur national du Bénin avait fondé deux paroisses au Togo, à Lomé, mais,
survenus dans ce pays, avait dû les abandonner.

en raison des troubles politiques

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L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

mation au travail d'évangélisation, destinée aux personnes désireuses de travailler à l'extension du mouvement, commença par ailleurs à fonctionner, le jeudi soir, dans des bâtiments de la Pentecostal Assembly (l'une des deux principales organisations pentecôtistes contestant l'idée de Trinité divine). En 1980, W.F. Kumuyi fonda à Ayobo, près de Lagos, un Centre International d'Etudes Bibliques accueillant des fidèles en provenance d'Églises diverses souhaitant approfondir leur connaissance des Saintes Ecritures. En 1982, tandis que le groupe d'études bibliques et l'école d'évangélisation continuaient à fonctionner comme par le passé, fut créée la Deeper Life Bible Church qui assura un culte du Dimanche et des assemblées de prières. Quant à l'école d'évangélisation du jeudi, elle se métamorphosa en 1984 en "Thursday Miracle Revival Hour" où se produisirent des guérisons miraculeuses. Alliant une approche intellectualiste et fondamentaliste de la Bible à un pentecôtisme charismatique avide d'effusion du Saint-Esprit et producteur de nombreux miracles, cette Église connut un essor fulgurant tant au Nigéria qu'à l'étranger. On estime aujourd'hui le nombre de ses adhérents à plus de 200.000 pour l'ensemble du Nigéria, dont 60.000 environ à Lagos. Elle est ainsi devenue la première Église évangélique en Afrique noire. 5 C'est en 1986 que cette Église fut importée à Cotonou, sous le nom d'Église Biblique de la Vie Profonde (E.B.V.P.), par un missionnaire nigérian, Michel Aruleba, qui se mit à évangéliser de porte en porte avec l'assistance d'un interprète. En 1987 un premier noyau d'une trentaine de personnes avait été constitué. Il se réunissait à Cotonou, en face du Stade de l'Amitié, dans une maison en location. Dès 1988 un bâtiment, celui de l'Église principale de la ville, fut construit dans le secteur de la paroisse Saint Jean (non loin du carrefour de l'Etoile Rouge). En 1989 furent instituées, à l'imitation de l'Église coréenne du Plein Évangile de y onggi Chô, les premières "cellules de maison" ne comprenant que de 10 à 15 personnes, destinées à développer les relations de fraternité et
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Se reporter à son sujet à l'ouvrage de Alan Isaacson, Deeper Life - the extraordinary growth of the Deeper Life Bible Church, Hodder and Stoughton, London, Sydney, Auckland, Toronto, 1990. 28

Les anciennes Églises pentecôtistes américaines et leurs dérivées de solidarité entre les fidèles et à les aider à appliquer les principes chrétiens dans la vie de tous les jours. Leurs activités furent coordonnées à trois niveaux: celui du quartier, de la zone et du district. Sept ans plus tard, en 1994, trente-cinq paroisses avaient été fondées au Bénin: - 10 dans le département de l'Atlantique, dont cinq à Cotonou (regroupant 94 "cellules de maison"), une à Calavi, une à Allada et une à Kplahou. - Il dans le département de l'Ouémé, fondées à partir de celle implantée en 1990 à Ouando, dans la banlieue de Porto-Novo. (Seules celles de Ouando et d'Ikolo avaient à leur tête un pasteur, les autres étaient dirigées par des diacres.). - 8 dans le département du Mono, - 4 dans le département du Zou (dont une à Abomey), - 2 dans le département du Borgou (dont une à Parakou). En l'an 2000, treize ans après son implantation, l'Église comprenait quatre-vingt-neuf paroisses: 23 dans l'Atlantique, 20 dans l'Ouémé, 21 dans le Mono, 10 dans le Zou, 10 dans le Borgou et 5 dans l' Atakora. L'Église de l'Ascension du Christ (Christ Ascension Church) fut fondée en 1984 au Nigéria, à Aba, en territoire Ibo, par un pasteur provenant de la Christ Apostolic Church. Cependant, tout en se présentant comme plus pentecôtiste et moins intellectualiste que l'Église Biblique de la Vie Profonde, sa profession de foi (publiée dans l'opuscule "Constitution, practices and guiding principles") reprend, mot pour mot, les vingt-deux points de doctrine de cette dernière, références bibliques comprises. Ayant établi son siège dans la ville d'Enugu, elle n'a connu au Nigéria qu'un succès assez modeste. Elle est actuellement représentée au Ghana, en Côte d'Ivoire, au Togo et au Bénin où, reconnue en 1994, elle ne compte que trois paroisses: la première (créée en 1987) au quartier Hindé de Jéricho, dans laquelle on ne parle guère que l'ibo et l'anglais, la seconde (créée en 1989) à lfàgni, encore plus anglophone, et la troisième (créée en 1999) à Bohicon. Le baptême d'eau y est pratiqué par immersion en une seule fois. Les enfants n'y sont pas baptisés avant l'âge de raison. 29

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques La communion est distribuée une fois par mois. Le baptême du Saint-Esprit est sollicité au temple chaque vendredi soir. Il confère à certaines personnes le don de prophétie, de vision et de rêves prémonitoires. Pour éviter l'immixtion de mauvais esprits dans l'exercice de ce don, on le soumet au contrôle de personnes douées du don de 'discernement des esprits' . La confession des péchés est recommandée. Elle peut être faite publiquement, en assemblée ou en famille, ou secrètement devant Dieu seul, ou en privé à des ministres du culte ou aux personnes ayant été offensées par le sujet. Les prières doivent venir du fond du cœur. Aucune formule n'est utilisée. Elles ne sont appuyées par rien d'autre que le nom de JésusChrist. Tout usage d'encens, tout allumage de bougies, toute incantation, toute énonciation de noms spéciaux d'anges est prohibé. Avant d'en dire pour un malade, on exige de lui qu'il confesse ses péchés et s'en repente. Par ailleurs il est prescrit d'écarter de l'assemblée une personne fortement agitée par un mauvais esprit au cours d'une prière de délivrance. Le jeûne est recommandé en cas de difficulté. Une prohibition rigoureuse frappe les réunions dansantes, les tenues extravagantes ou immorales, et la consommation d'alcool et de tabac. Des campagnes de "réveil" sont organisées de temps à autre pour sortir les fidèles de leur léthargie spirituelle. L'Esprit y manifeste sa puissance non seulement par un raffermissement de la foi et des volontés, mais encore par des guérisons spectaculaires de malades.

4 - Églises fondées par des chrétiens convertis aux thèses des Églises évangéliques
L'Église de Dieu J.J.C. (à Jéhovah par Jésus-Christ) a été fondée en 1951 au Nigéria, dans l'Etat de Badagry, par Hounsa Kolawolé, un ancien prédicateur de l'Église méthodiste qui s'était laissé convaincre par les discours des chrétiens évangéliques que son Église ne mettait pas correctement en pratique la parole de Dieu. Faute de n'avoir pas rencontré autour de lui une communauté suffisamment proche de ses 30

Églises fondées par des chrétiens convertis aux thèses évangéliques nouvelles convictions, il se mit à les propager lui-même en parlant aux enfants, en prêchant, en évangélisant, et finit par réunir autour de lui un groupe de disciples avec lesquels il constitua sa propre Église. Il vint introduire celle-ci au Bénin dès 1966, et c'est là qu'elle se développa le plus, au point d'y compter trente-cinq paroisses en 1995 contre une douzaine seulement au Nigéria. En tant que bel exemple d'Église afro-chrétienne très stricte sur les plans moral et doctrinal, opposée à toute ostentation de charisme, nous en traiterons dans le volume suivant. L'Église d'Évangélisation de la Parole du Christ au Monde a été fondée en 1969, dans la banlieue de Porto-Novo, par Paul Sonounameto, un menuisier béninois né à Abomey vers 1940. Constatant l'inefficacité des fétiches qu'il avait utilisés pour éviter la mort de son premier enfant, il devint en 1963 un adepte du Christianisme Céleste. Bien qu'alors illettré, il acheta une Bible en goun et entreprit d'apprendre à la lire, inspiré par Dieu. Peu après, sa femme, devenue visionnaire chrétienne céleste, commença à l'injurier et à le frapper publiquement, eut des relations sexuelles avec plusieurs autres personnes et se mit finalement en ménage avec un collègue visionnaire. Cela lui prouva "que c'est le diable qui donne les miracles et les visions dans cette Église, puisque celui qui est animé par l'Esprit de Dieu ne peut plus... prendre la femme d'autrui". Très critiqué et moqué pour cela, mais se refusant à céder à la haine que le Diable voulait lui inspirer, il continua à rendre visite à cette femme et à son nouveau mari pour leur prêcher la parole de Dieu. A partir de 1968, fort du soutien de quelques sympathisants de ses idées, il se mit à critiquer ouvertement les pratiques du Christianisme Céleste, l'accusant d'orienter ses adeptes vers les choses de ce monde et non vers le paradis, si bien que les. responsables de cette Église se virent contraints de lui interdire l'accès de leurs lieux de culte. Lorsqu'à la plage de Sémé, le 25 décembre 1969, il osa déclarer publiquement que les cérémonies qui s'y déroulaient étaient l'œuvre du diable, il se fit insulter, gifler et chasser. "C'est comme cela que les juifs avaient fait à Notre Seigneur Jésus-Christ" pensa-t-il. En 1970, la rupture étant consommée, il transforma en Église dite de l'Évangélisation de la Parole du Christ au Monde le groupe de disciples qui se réunissaient autour de lui depuis déjà 1967. 31

L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

Des rivalités de personnes et des accusations calomnieuses d'impudicité, d'adultère et de méchanceté, portées contre lui, firent cependant surgir rapidement des dissensions au sein de cette Église. En 1973 un premier groupe, ayant à sa tête d'anciens convertis du Christianisme Céleste, entraîna avec lui la grande majorité de ses adeptes pour constituer l'Union et Renaissance des Hommes en Christ. Cinq personnes seulement, avec lesquelles il entreprit aussitôt de redresser sa propre Église, lui demeurèrent fidèles. Un second groupe le quitta un peu plus tard en 1979. Ses membres se dispersèrent dans d'autres Églises ou revinrent au 'paganisme'. Cette adversité ne fit cependant que l'encourager en l'amenant à s'identifier encore plus à Jésus persécuté. Grâce à sa menuiserie, qu'il transforma bientôt en école d'apprentissage annexée à son Église, il put relever de nouveau celle-ci. En 1985, l'Église l'Évangélisation de la Parole du Christ au Monde comprenait déjà douze paroisses au Bénin et avait fondé une mission en Côte d'Ivoire, près de Grand-Bassam. En 1994, outre son siège à Fifadji (Cotonou), on y dénombrait trente paroisses: 2 dans le département de l'Ouémé (dont une à PortoNovo), 3 dans le département de l'Atlantique (dont une à AbomeyCalavi), 7 dans le département du Mono, 16 dans le département du Zou d'où était originaire son fondateur (parmi elles une à Bohicon et une à Abomey-Doguemey), 1 à Kandi, dans le Borgou, et 1 à Natitingou, dans l' Atakora. Opposée aux pratiques visionnaires du christianisme céleste, cette Église ne s'est pas réfugiée dans le pentecôtisme. Transes prophétiques et glossolalies en sont exclues. Elle n'encourage aucune recherche de phénomènes spirituels. On n'y tient compte, le cas échéant, que de rêves éprouvés par certaines personnes. L'accent y est mis sur l'étude biblique et les œuvres sociales. Interdiction y est faite aux nouveaux convertis ayant déjà épousé plusieurs femmes de ne conserver avec eux que la première d'entre elles, en répudiant les autres. "La femme qu'on avait avant de venir en Christ, si on la répudie, c'est un acte diabolique car Dieu sait que c'était dans l'ignorance qu'on l'avait épousée". On y enseigne aux parents à corriger leurs enfants, et aux femmes à se soumettre à leurs maris. "Comme Sara qui obéissait à Abraham, les femmes qui sont aujourd'hui la postérité de Sara en Jésus-Christ et en 32

Églises fondées par des chrétiens convertis aux thèses évangéliques Dieu doivent être soumises à leurs maris en toutes choses". Les agents de l'État: "gendarmes, policiers, militaires, douaniers, tiquetiers, forestiers, etc.", qui sont assez mal vus dans les rangs de certaines autres Églises, y sont très volontiers accueillis: "Chers autorités et agents de l'État, n'ayez aucune crainte, à cause de votre travail, pour suivre Dieu, car c'est Dieu lui-même qui a établi votre profession... Certaines fausses doctrines enseignent que les agents de l'État... ne pourront être enfants de Dieu que s'ils renoncent à leurs fonctions; ceci est l'un des faux enseignements que le Diable propage dans le monde pour faire croire aux uns qu'ils seront perdus obligatoirement". L'Union et Renaissance des Hommes en Christ (U.R.H.C.) a été fondée en 1973 par un Fan vivant à Cotonou, Pierre Loukouya. D'origine catholique, il adhéra au Christianisme Céleste puis le quitta en estimant que les consultations de visionnaires qui y ont cours et l'exécution des prescriptions qui s'ensuivent, avec manipulation d'objets et allumage de bougies, mettaient en jeu des forces diaboliques. Il rejoignit dès lors l'Église d'Evangélisation de la Parole du Christ au Monde mais y entra bientôt en dissidence en accusant son fondateur d'avoir et de favoriser à l'égard des femmes un comportement contraire à l'enseignement de la Bible. Ayant réussi à rallier à son opinion la plus grande partie des membres de cette Église, il les regroupa au sein d'un nouveau mouvement: l'Union et Renaissance des Hommes en Christ qui se fit très rapidement enregistrer au Ministère de l'Intérieur. L'U.R.H.C. est très active en matière d'évangélisation, utilisant à cet effet des projections sur écran. Elle recrute dans toutes les classes sociales, des paysans aux cadres supérieurs, et peut s'enorgueillir aujourd'hui d'une centaine de paroisses au Bénin, dont une vingtaine dans l'agglomération de Cotonou, les autres étant réparties dans tous les départements. Elle compte également deux ou trois paroisses au Nigéria, deux au Gabon, deux ou trois en Côte d'Ivoire et une au Togo. De caractère strictement évangélique, elle n'admet dans ses bâtiments de culte aucun objet de piété, pas même de simples croix de bois. Tout en s'affirmant pentecôtiste, dans la mesure où elle invite à 33

L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

rechercher le baptême et les dons du Saint-Esprit, elle n'entretient dans ses temples aucune effervescence émotionnelle et y décourage toute manifestation spirituelle spectaculaire. Comme vers bien d'autres, on y est principalement attiré néanmoins par l'efficacité de ses prières, qu'il s'agisse d'être guéri, délivré d'un mauvais esprit, ou gratifié d'un heureux événement. Son fondateur, ayant le titre de président, y est entouré de deux vice-présidents dont l'un (Raphaël Kossoko), basé à Cotonou, assume la direction des paroisses de la moitié sud du pays tandis que l'autre, basé à Parakou, assume la direction des paroisses de la moitié nord du pays, et d'un Révérend Pasteur (Justin Kossoko, demi-frère du précédent), chargé de la direction des études bibliques. Son siège national est situé à la résidence du fondateur, au quartier Fifadji de Cotonou. En raison d'une série de crises l'ayant affecté dès 1985, mais surtout en 1991 et 1992 6, à propos des agissements et des orientations spirituelles de son pasteur, qui exhortait ses fidèles à recevoir "l'Esprit de repentance" jusqu'à en devenir quasiment possédé, plusieurs autres Églises en sortirent: - Tout d'abord la Mission pour l'Unité des Enfants Régénérés en Christ (M.U.E.R.C.), fondée en 1990 au quartier Sénadé de Cotonou par Marcel Bonard. Elle ne compte que deux petites paroisses au Bénin mais en a établi une au Togo et une autre au Gabon. - Puis ensuite, en série, l'Église Évangélique de la Délivrance et du Salut en Christ, dont les fondateurs s'associèrent un moment à l'Église Foursquare, l'Association des Disciples du Christ, l'Église de Dieu des sanctifiés dans le Christ, l'Église Évangélique de la source d'eau vive, l'Église Évangélique de la Foi en Jésus (1993), l'Église Évangélique du Troupeau de Dieu Vivant (créée à Ouando en 1994) et l'Église Évangélique Vie Nouvelle (autorisée en 1995). En 1999, l'U.R.H.C. se trouvait pratiquement scindée en deux camps: celui de son pasteur et celui de son président. Ce dernier condamnait l'activité outrancière des' exhortants' (à la repentance) formés par le premier, leur reprochant notamment de reprendre à leur

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En conséquence ses activités furent un moment suspendues en 1993 par arrêté du

Ministère de l'Intérieur.

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Églises fondées par des chrétiens convertis aux thèses évangéliques compte la notion traditionnelle du conjoint de l'au-delà, à rejoindre après la mort, et d'inciter dangereusement les fidèles à s'en rechercher une image dans une personne non épousable de l'autre sexe. L'Église Africaine du Réveil En 1966, après avoir été écouter un évangéliste nigérian appelé Yanda et l'avoir vu guérir des malades (dont des estropiés et des aveugles), trois jeunes hommes de Cotonou: Justin Gnonloutoun, Peter Ojo Awo et Salomon Sotodonou, prirent l'initiative de se réunir pour prier. Ils demandèrent à l'Esprit-Saint de les aider à mieux comprendre la parole divine. Bientôt l'Esprit se manifesta en eux. Il ordonna notamment à Salomon Sotodonou d'entraîner ses camarades répandre partout la Bonne Nouvelle, car il y avait trop de fétichisme dans le pays. En ce temps-là les autres Églises n'allaient pas prêcher de maison en maison. A l'imitation du prédicateur qui les avait 'réveillés', ils se rendirent prêcher dans les villages et furent vite rejoints par de nombreux adeptes, parmi lesquels le groupe des futurs fondateurs de l'Église Évangélique Universelle avec lesquels ils instituèrent en 1970 l'Association for Native Evangelism 7 qui se renomma un an plus tard Association Évangélique Universelle. De celle-ci Salomon Sotodonou se sépara bientôt pour fonder en 1973, avec quelques partisans, l'Église Africaine du Réveil qui sera reconnue par l'État dès 1975. Cette Église est de caractère évangélique et pentecôtiste. Elle incite à rechercher le baptême du Saint-Esprit, mais le 'parler en langues' n'y est pas encouragé dans la mesure où, ne pouvant être interprété, il n'est d'aucune utilité pour les membres de l'assemblée. Les consultations de visionnaires, caractéristiques des Églises prophétiques, y sont interdites. Cependant il n'est pas rare qu'au cours d'un culte certaines femmes, ayant reçu du Saint-Esprit un don de prophétie ou de vision, se mettent à trembler et à hocher rapidement la tête d'avant en arrière (dans un style propre à leur Église) en émettant distinctement, d'une voix aiguë, des messages soigneusement écoutés ou enregistrés. Des conseils ou des directives peuvent ainsi être formulés. Des
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Associationconstituéepar T.L. Osborn en 1953 pour aider à la propagation de

l'Évangile dans les divers pays du monde, par l'intermédiaire d'autochtones convenablement formés. 35

L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

alliances avec les sorciers, des actes de magie noire et des comportements immoraux sont parfois aussi dénoncés. Cependant ce sont surtout des menaces de malheur ou d'agression par de mauvais esprits, ou l'existence de risques à se déplacer ici ou là ou a fréquenter telle personne, que l'on entend alors révéler. Il ne s'ensuit toutefois aucune prescription de prière spécialisée pour y remédier, car il est admis que seule la foi guérit. Conformément à sa vocation initiale, l'Église fournit de gros efforts d'évangélisation. Elle dispose, à cet effet, de moyens audiovisuels et de camionnettes. Il n'est pas rare que le culte normal du dimanche y soit remplacé par une tournée d'évangélisation. En plus de la Bible elle diffuse à cette occasion de petits ouvrages tels que Le triomphe par la repentance et la croix et Ce que vous devez savoir. Des guérisons miraculeuses attirent en outre, éventuellement, sur elle l'attention des 'païens' et des incrédules Elle est par ailleurs engagée dans des œuvres sociales. Elle a fondé trois fermes modèles et, à Cotonou et Porto-Novo, deux écoles menant aux premières années d'études secondaires. Elle envisage de créer en outre un centre de santé. Ancienne membre du Conseil Interconfessionnel des Églises Protestantes du Bénin, elle n'a pas renouvelé son adhésion et n'a pas non plus jugé utile d'adhérer à l'Association des Églises Évangéliques de l'Ouémé, préférant travailler activement pour le Seigneur que de perdre son temps en réunions. Elle comprenait, en 1995, vingt-sept paroisses dans le département de l'Ouémé, et en comprend aujourd'hui plus d'une trentaine dans celui de l'Atlantique. Elle en a également implanté quelques unes dans le Nord du pays. Tous ses évangélistes exercent une activité professionnelle et ne travaillent pour elle que bénévolement. Une réunion des évangélistes et des pasteurs a lieu le premier samedi de chaque trimestre à l'Église de Fifadji (Cotonou), près de la résidence de son pasteur principal (Salomon Sotodonou). Une assemblée générale de toutes les paroisses, appelée convention, a lieu chaque année, près de Porto-Novo, dans les bâtiments de sa grande paroisse de Malé. 8
8 En 1999, elle eut lieu, en semaine, du 27 au 30 décembre. 36

Églises fondées par des chrétiens convertis aux thèses évangéliques En 1985 douze membres de l'Église Africaine du Réveil s'en séparèrent pour fonder l'Église Messianique Universelle qui ne prit son essor, à partir de Cotonou, qu'en 1988 et ne comptait, huit ans plus tard, que 7 paroisses. L'Église Évangélique Universelle (E.E.U.) fut fondée par d'anciens chrétiens célestes en recherche spirituelle qui, ayant formé un groupe de prière, se laissèrent séduire par l'évangéliste Peter Ojo Awo. Ils constituèrent avec celui -ci et ses deux plus proches collaborateurs (cités plus haut) l'Association Évangélique Universelle, dont se sépara bientôt, comme nous l'avons vu, le fondateur de l'Église Africaine du Réveil. Après le départ de ce dernier ils abandonnèrent totalement l'orientation pentecôtiste à la T. L. Osborn. L'idée ne leur vint de se transformer en Église qu'à compter de 1980. Cette Église connut une croissance remarquable, au point de comporter en 1997 une centaine de paroisses. Etant donné son caractère non charismatique, nous en reportons l'examen au volume suivant. L'Église Africaine Apostolique (African Apostolic Church), fondée au Nigéria à partir de 1942 par un ancien anglican devenu chérubin et séraphin, puis entré durant trois ans au service de la Christ Apostolic Church, ne fit son apparition au Bénin qu'en 1962. Elle n'y comptait en 1994 que neuf petites paroisses seulement. Etant donné le mélange qui s'y produit entre les caractères des Églises prophétiques et celui des Églises évangéliques, nous en reportons aussi l'examen au volume suivant L'Église "Crois au Seigneur Jésus et tu Seras Sauvé" a été fondée en 1987, sur injonction divine, par le prophète rigoriste T. Barthélémy Houssa, faisant dissidence d'avec l'Église prophétique voisine des Apôtres du Christ. Elle obtint la reconnaissance de l'Etat en 1990, mais, six ans plus tard, ne comptait toujours qu'une seule paroisse. Etant donné qu'elle combine le fondamentalisme évangélique avec la pratique de 'travaux spirituels' assez voisins de ceux des Églises prophétiques, nous en reportons également l'examen au volume suivant. 37

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques

5 Autres implantations missionnaires
a) En provenance des États-Unis Nous avons déjà évoqué en introduction le cas de la Soudan Interior Mission (Société Internationale Missionnaire), présente au Nord du pays dès l'issue de la seconde guerre mondiale, mais ne s'étant manifestée au Sud qu'à partir de 1970 Les Églises fondées par elle ont été regroupées en 1975 dans l'Union des Églises Évangéliques du Bénin. Les Adventistes du Septième Jour s'implantèrent au Bénin, à partir des années 1960, sous l'autorité de leur pasteur résidant à Accra. Leur Église fut enregistrée par l'État béninois en 1971. Cependant un pasteur résidant ne s'installa à Cotonou qu'en 1980. Une première mission baptiste, en provenance du Niger, se manifesta au Nord du Bénin dès 1965-66 avant de s'implanter dans le Sud. Les Églises fondées par elle se trouvent rassemblées dans l'Association des Églises Évangéliques Baptistes du Bénin qui compte notamment trois paroisses dans l'agglomération de Cotonou. La Mission Baptiste Méridionale, après avoir établi un premier contact avec le Bénin en 1970, fonda de son côté une première Église à Cotonou en 1972, puis s'implanta à Porto-Novo en 1975. Les Églises fondées par elle (dont sept dans le département de l'üuémé) se trouvent rassemblées dans l'Union des Églises Protestantes Baptistes du Bénin dont le siège est à Cotonou. Le Mennonite Board of Mission (dont le siège est à Elkart, Indiana, U.S.A.) est présent à Cotonou, depuis le début des années 1970, sous la forme d'un Service Mennonite au Bénin. S'interdisant d'y accroître la pléthore d'Églises par l'implantation d'une Église mennonite, il se propose uniquement de servir la cause du Christ en aidant les Églises africaines locales à aller de l'avant sur les plans social et spirituel. Il contribue à la formation théologique des membres de ces Églises et apporte son soutien à la création de dispensaires ou de centres d'information sanitaire, comme à certaines projets d'assainissement des quartiers urbains ou de développement agricole. 38

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Autres implantations missionnaires L'Église Néoapostolique est une sorte de secte qui a pris naissance en Angleterre, en 1828, lorsque des membres d'un groupe de prière de l'Église Anglicane, insatisfaits des pratiques de leur Église, furent visités par l'Esprit Saint. Son siège international se trouve au Canada (à Waterloo, dans l'Ontario). Elle s'est implantée en 1980 à Porto-Nova, au quartier Houinmé, où elle a conservé jusqu'à présent son siège national. Elle s'est depuis lors systématiquement répandue dans le pays en y fondant près de 160 "communautés", ou groupes assez restreints de personnes se rassemblant régulièrement: 80 environ dans le département de l'Ouémé (dont 2 à Porto-Nova) 60 environ dans le département du Mono, 6 à Cotonou, 2 à Allada, 2 à Bohicon, et 10 à Parakou. Une douzaine de ces communautés seulement se sont dotées de bâtiments réservés aux cultes. Ce n'est pas le cas à Porto-Nova où un service divin (de 1 h.30 environ) du dimanche matin et une séance (de 45 mn.) de prière et de méditation du mercredi soir ont lieu au domicile du responsable de l'Église. Elle n'entretient en son sein aucun visionnaire et n'organise pas de séances de guérison spirituelle. Elle se fixe avant tout pour objectif le développement de relations d'amour entre ses membres. Ses activités principales consistent en campagnes d'évangélisation, en œuvres sociales (création de centres de soins, distributions de vêtements aux nécessiteux, etc.) et en l'animation d'une association de femmes ayant en vue leur promotion personnelle et sociale. Placée sous l'autorité d'un Apôtre-patriarche, qui est assisté par 47 apôtres dans le monde entier, elle admet le baptême par aspersion et celui des petits enfants. Elle distribue la communion chaque dimanche et croit en la présence réelle du Christ dans I'hostie. Elle considère la réception de l'Esprit Saint, au moyen de la prière et de l'imposition des mains par un apôtre, comme le troisième de ses sacrements appelé "le Saint-Scellé". Elle organise des services pour les défunts. Elle se refuse à pratiquer la quête et ne vit que d'offrandes bénévoles. Ses "frères de ministère", ne devant agir que par amour, ne sont pas salariés et sont invités à gagner leur vie en exerçant une profession. Elle propage comme bien d'autres des idées millénaristes: enlèvement des élus (ceux qui auront reçu l'effusion du Saint-Esprit) au Ciel pour y rencontrer le Seigneur dans un corps de résurrection, 39

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques période de 3,5 ans de destruction s'abattant sur la Terre, suivie de mille années de paix durant lesquelles des rois et prêtres surgis de l'Église Néo-Apostolique règneront avec le Christ, dernier assaut de Satan relâché, jugement dernier et nouvelle création. L'Église de Dieu de la Prophétie, fondée à Cleveland (Tennessee) en 1903 a fait son apparition en 1985 dans la banlieue de Cotonou (à Fidjrossé), puis s'est implantée dans le département du Mono en 1990 et, de là, a gagné le département du Zou. Elle comprenait en 1995 treize paroisses. L'Église de Pentecôte Unie Internationale, fondée en 1945 par la réunion des deux principales Églises pentecôtistes professant (contre la doctrine de la Trinité) l'unicité de la nature divine, fut introduite au Bénin en 1989. Après avoir été quittée par les membres de l'Église Évangélique de Pentecôte qui s'y étaient ralliés, elle ne parvint à retrouver un nouveau souffle qu'à compter de 1989, sous l'impulsion du missionnaire Paul. E. Suber. Elle compte actuellement une douzaine de paroisses: 5 dans le département du Mono, 3 dans le département du Zou, 2 dans le département de l'Ouémé (dont une dans la banlieue de Porto-Novo, à Ouando, depuis 1997), 1 à Cotonou et 1 à Parakou. L'Église Universelle de Dieu ("Le monde à venir") est une Église fondamentaliste qui a été instituée à partir de 1927 aux Etats-Unis, par fédération de petits groupes semblables, à l'initiative d'un Américain décédé en 1986. Son siège international se situe à Pasadena (U.S.A.) Elle a une représentation en France, en Belgique, en Suisse, aux Antilles françaises et au Québec.. Elle publie en français un petit journal intitulé La pure vérité. Elle était présente au Bénin, à Cotonou, depuis 1990, mais n'y avait encore construit aucune Église. Ses adeptes et sympathisants se réunissaient en 1994 dans une salle de location. Leur réunion du dimanche consistait moins en un culte qu'en une étude biblique. Les membres d'un second groupe en cours de constitution à Porto-Novo venait à cette occasion les rejoindre. Fin mars 1994, un de ses responsables américain vint donner à Cotonou, puis à Porto-Novo, une conférence intitulée "La Pâque et non 40

Autres implantations missionnaires les pâques" où il défendit la conception d'une fête de Pâques strictement conforme aux prescriptions bibliques. L'Église du Christ, fondée par un Anglais installé aux Etats-Unis, a été implantée au Bénin en 1992. Elle y comptait en 1995 sept petites parOIsses. L'A/rican Mission (Mission pour l'Afrique), dont le siège est à Dallas (Texas) est arrivée au Nigéria en 1985, puis a été importée de là à Porto-Novo en 1993 par un jeune Béninois. De caractère évangélique et pentecôtiste, elle s'est spécialisée dans l'évangélisation des villages lacustres édifiés le long des rives des lagunes. En 1995 elle ne comptait qu'une seule paroisse au village de Louho, près de Djassin (banlieue de Porto-Novo, commune de Ouando ). b) En provenance de pays d'Afrique voisins L'Association Évangélique du Dernier Temps a été introduite au Bénin en 1977 par un missionnaire nigérian ayant réussi à rassembler autour de lui un groupe de fidèles ayant quitté l'Église d'Évangélisation de la Parole du Christ au Monde. Elle comptait en 1995 sept petites paroisses. L'Église du Témoignage de l'Évangile du Christ (E.T.E.C.) a été introduite au Bénin, dans le département de l'Ouémé, en 1981, par des missionnaires venus d'Abéokuta, en réponse à la demande d'un Béninois qui estimait que son fils avait été miraculeusement guéri par les prières dites pour lui dans cette Église. Elle comprenait en 1995 vingt-deux petites paroisses. L'Église de la Révélation des Apôtres, fondée au Ghana en 1939 par un prophète évhé, fut importée à Porto-Novo en 1980, mais n'y prit un modeste essor qu'à compter de 1987. Du fait que le caractère des Églises prophétiques s'y mélange avec celui des Églises évangéliques fondamentalistes, nous en dirons quelques mots dans le volume suivant. L'Église Évangélique Nouvelle Vie en Christ a été introduite au 41

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques Bénin en 1988 par un Porto-Novien ayant été converti au Nigéria par New Life for AlI Nations, puis ayant collaboré temporairement avec la Mission Évangélique des Frères au Bénin et avec la Mission Évangélique des Gagneurs d'Ames. Elle comptait en 1995 six petites parOIsses. La Fraternité de la Croix et de l'Etoile (Brotherhood of the Cross and Star), dont le siège est à Calabar, est parvenue, mais sans grand succès, à s'implanter au Bénin en 1990. L'Église Biblique de la Foi (Faith Bible Church) est parvenue, du Nigéria, à s'implanter en 1991 à Avrankou, au nord de Porto-Novo. L'United Believer in Christ Church, fondée en 1990 au Nigéria, fut implantée au Bénin en 1992 sous le nom d'Église de l'Unité des Croyants en Christ. Un conflit en son sein fut à l'origine de la fondation, en 1994, de l'Église de la Sagesse de Dieu en Christ dont, en raison de ses pratiques singulières, nous traiterons dans le volume suivant. Il en sortit parallèlement, peu après, une Église Évangélique du Sang de Jésus. Enfin une Église de la Puissance du Christ se sépara à son tour, dès 1995, de l'Église de la Sagesse de Dieu en Christ. L'Église des Saints de Dieu, fondée au Togo en 1983, s'implanta au Bénin dix ans plus tard. Etant donné son caractère assez singulier, nous nous réservons d'en parler dans le volume suivant. La Mission Évangélique du Réveil et de la Sainteté a été introduite au Bénin en 1994 par un pasteur ayant été formé au Nigéria par la New Creature Bible Study, puis étant revenu travailler au Bénin avec la New Creature Evangelical Church.

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-Ministères

évangéliques

transformés

en Églises

Au lieu de résulter d'une invention, d'une scission ou d'une implantation missionnaire, il est assez fréquent que de nouvelles Églises soient fondées par les responsables d'un ministère d'évangélisation 42

Ministères évangéliques transformés en Églises décidant bientôt de recruter à leur profit plutôt qu'à celui d'Églises locales plus ou moins rivales ou jalouses de leur succès. Tel a été le cas, nous l'avons vu, pour l'Église Évangélique Universelle, fondée par d'anciens chrétiens célestes. Toutefois ce sont généralement des chrétiens évangéliques eux-mêmes qui, se sentant élus par Dieu, mettent d'abord à l'épreuve leurs capacités et leur motivation à le servir en s'engageant dans une œuvre qu'ils jugent utile, avant d'oser organiser, sous une dénomination distincte, leurs propres assemblées de culte. Donnons-en plus longuement trois exemples avant de citer quelques autres cas du même genre. Tout en étant le fils de parents méthodistes, le pasteur Kwasi Ebah Paul Zinsou, fondateur de la Mission Chrétienne pour l'Évangélisation et le Réveil (M.C.E.R.), s'intéressait fort peu dans sa jeunesse à la religion. Après avoir reçu une formation de secrétaire sténodactylographe, il prit la succession de son père comme menuisier. Cependant, en 1963, s'étant laissé convaincre par un prédicateur togolais entendu dans une maison voisine, il décida de se donner à Jésus-Christ et se mit à fréquenter les Assemblées de Dieu. Dès 1967 il fut envoyé étudier à Natitingou à l'Institut Biblique de cette Église.. Après ses trois ans d'études, trois ans de stage, puis trois ans de service à Porto-Novo, il fut ordonné pasteur en mars 1976, mais jugea que sa mission était plutôt d'évangéliser et demanda à être libéré comme évangéliste. Ayant obtenu en 1980 son certificat d'évangéliste indépendant, il s'installa au quartier Sainte-Rita (Missekplé) de Cotonou. Son but initial n'était pas de fonder une Église, mais il comprit vite qu'il lui fallait le soutien d'un groupe pour pouvoir mener à bien ses activités de 'réveil'. Aidé par d'autres Églises, il fonda donc bientôt la M.C.E.R., d'un caractère pentecôtiste assez chaud, qui ne démarra vraiment qu'en 1984 par des rassemblements dans sa propre cour et ne fut reconnue par le Ministère de l'Intérieur qu'en 1989. En 1995 la construction de son temple de Missekplé fut achevée et il avait mis en service un autre lieu de culte au quartier Fidjrossé. Il ne disposait que d'un collaborateur à plein temps, mais pouvait compter sur l'assistance d'un adjoint (un sociologue ayant le titre de vice-président), d'un technicien et d'un comptable.

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L'implantation

des Églises pentecôtistes et évangéliques

Son objectif était de prêcher l'Évangile par tous les moyens mais aussi de faire du bien en aidant les nécessiteux. Il ambitionnait de construire des instituts bibliques, des écoles, des centres d'apprentissage, des centres médicaux, des centres d'agriculture, des centres d'aide sociale, de promouvoir une culture et une production artistique chrétienne (théâtre biblique, chants, conférences, séminaires), etc. Il se montrait très ferme contre le 'modernisme' (les excès et l'immoralité du monde contemporain), l'agnosticisme, la nouvelle théologie, tout ce qui tendait à "saper la foi basée sur Jésus de Nazareth". Il condamnait toute extravagance et tout fanatisme. Le Révérend Pasteur A. Jérémie Sognigbé, fondateur du Groupement Biblique Universel (G.B.U.) naquit dans une famille méthodiste béninoise mais fut éduqué au Nigéria. Devenu photographe puis fonctionnaire, il séjourna ensuite sept ans au Niger où il entra en contact avec des musulmans. Il ne reconnut vraiment Jésus-Christ comme seul Seigneur et Sauveur, c'est-à-dire se convertit au christianisme évangélique, qu'à compter de 1978. Revenu au Nigéria, il y rejoignit la Mission Évangélique de la Foi et y assuma quelques responsabilités. A compter de 1980 il fut envoyé suivre, durant trois ans, les cours de l'école de théologie de cette Église (le Gospel Bible Collège), puis fut affecté au Bénin. En 1986 une série de révélations et de visions (dans lesquelles il se vit par exemple organiser de grandes campagnes d'évangélisation) l'incitèrent à fonder un mouvement évangélique se proposant de former des missionnaires de toute 'dénomination' et d'en accueillir dans le pays. Comme ses supérieurs ne voulurent pas le libérer de ses obligations, il continua néanmoins de travailler à la M.E.F., sous leur autorité, jusqu'au 24 mars 1991. En l'espace de cinq ans, de 1986 à 1991, il avait créé neuf nouvelles paroisses de la M.E.F. : à Aklaké, Ouidah et Segbohoe (dans le Mono), à Atchakame (dans 1' Atlantique), à Sakété (dans l'Ouémé), au quartier Saint-Pierre et Saint-Paul de Porto-Novo, à Tokpota (banlieue de Porto-Novo) et à Malanwi (haute banlieue de Porto-Novo). Lorsqu'il abandonna brusquement le service de cette Église pour s'engager sur la voie que Dieu lui avait indiquée, plusieurs fidèles de la M.E.F. le suivirent pour former avec lui une Église qui se nomma Groupement Biblique Universel. Cependant il ne tarda pas à mettre un

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Ministères évangéliques transformés en Églises terme à cette expérience qui ne correspondait pas à la mission que Dieu lui avait confiée 9. Dès août 1992, une partie de ses fidèles retournèrent à la M.E.F. et certains autres rejoignirent l'Église Foursquare. D'août 1992 à avril 1993, il fut invité durant trois mois au Cameroun par l'Église évangélique Global Frontier, puis fut invité quelque temps en Côte d'Ivoire, à Port-Bouët, par l'Église de Béthel (une autre Église évangélique). C'est à son retour au Bénin, en avril 1993, qu'il lança réellement le mouvement qui correspondait aux visions reçues sept ans plus tôt. Il fonda au quartier Itagogo de Porto-Novo, avant de le déplacer plus au nord en 1996, le Centre des Missionnaires Volontaires auquel il assigna les cinq objectifs suivants: 1) Créer des' cellules de prière' dans les quartiers pour y rassembler, fortifier et achever de 'délivrer' des personnes n'ayant mené jusqu'alors qu'une vie chrétienne trop tiède. Au printemps 1995, neuf cellules de cette nature avaient été créées dans l'Ouémé et cinq dans l'Atlantique. Elles étaient animées, à tour de rôle, par le responsables du mouvement. Des réunions générales ou 'séminaires' les regroupaient parfois dans une salle de location. 2) Accueillir des missionnaires en leur assurant le logement et la nourriture, en finançant leurs voyages et en organisant leurs activités. 3) Mettre à la disposition des chrétiens une bibliothèque et un centre d'accueil et de réception de personnes en difficulté, désireuses de bénéficier d'une prière ou de recevoir un conseil spirituel Cette bibliothèque évangélique demeura peu fournie et peu fréquentée. Aucune permanence régulière n'y fut assurée pour accueillir les visiteurs. 4) Constituer une équipe se chargeant d'évangéliser les divers quartiers de la ville et de visiter régulièrement les prisonniers, les malades de l'hôpital, les orphelins, les handicapés, etc., pour leur apporter un soutien moral, religieux et matériel. Au printemps 1995 cette équipe rassemblait 6 évangélistes à plein temps, assistés de fidèles bénévoles. Elle se rendait chaque jeudi à la prison civile et chaque samedi à 1'hôpital. Elle revendiquait plusieurs conversions de personnes qu'elle avait dirigées vers des Églises

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Très probablement sa première tentative d'émancipation tourna à l'échec. 45

L'implantation des Églises pentecôtistes et évangéliques évangéliques proches de chez elles ou vers les cellules de prière du mouvement. 5) Instituer une école de formation d'évangélistes. Au printemps 1995, six étudiants y suivaient quelques cours répartis sur une année. Le prospectus du mouvement, très prétentieux dans ses ambitions, faisait également état d'agriculture et d'élevage, d'alphabétisation, d'écoles maternelles, de dispensaires, etc., d'émissions de radio et de télévision, de chaîne de prière internationale, etc. Estimant que certaines Églises ne prenaient pas correctement soin des nouveaux croyants qu'ils leur adressaient, les responsables du Centre des Missionnaires Volontaires jugèrent préférable, dès le mois d'août 1994, de rassembler eux-mêmes, le dimanche soir, pour une sorte de culte, les fidèles des environs qu'ils avaient 'gagnés' à Dieu. Ils me dirent réunir ainsi dans les 95 participants (chiffre à coup sûr surévalué). Quelque temps plus tard ils se résolurent à constituer avec eux l'Église Évangélique des Missionnaires Une autre raison, et non des moindres, de cette retransformation du mouvement en Église fut qu'ils éprouvaient des difficultés à se faire céder par les autres Églises, auxquelles pourtant ils avaient adressé de nouvelles recrues, assez de personnes pour les aider à assumer leur propre ministère. Après avoir vainement cherché à rattacher leurs groupes de prière à une autre Église qui aurait accepté, en compensation, de mettre assez fréquemment certains de ses membres au service de leurs activités missionnaires, il leur apparut que conserver auprès d'eux les néophytes qu'ils avaient eux-mêmes convertis était le seul moyen de pouvoir aisément disposer, en puisant dans leurs rangs, des collaborateurs bénévoles dont ils avaient besoin. Le fondateur de Monde pour Christ - Action Faithique (Entire World for Christ - Faits's Action), un Camerounais dénommé Ngoa Atangana Caleb, se rendit au Bénin en 1989 pour y mener, jusqu'au nord du pays, une campagne d'évangélisation. Il se fixa à Porto-Novo en 1990 et y travailla en collaboration avec les Églises évangéliques locales (notamment celle des Assemblées de Dieu). Le mouvement qu'il avait créé n'était pas à l'origine une Église, mais un centre d'évangélisation à vocation internationale, se proposant d'organiser conférences, séminaires, campagnes d'évangélisation, 46

Ministères évangéliques transformés en Églises camps d'évangélisation, sessions d'étude biblique, etc. Il se présentait comme "un mouvement interconfessionnel qui manifeste son attachement à toutes les Églises évangéliques au premier chef et à toutes les associations ecclésiastiques nationales ou internationales poursuivant les mêmes buts" : non seulement proclamer l'Evangile, mais encore participer au développement économique, social et culturel des régions par la création d'orphelinats, de dispensaires, d'écoles, de centres agricoles, de foyers de jeunes, etc. Cependant, au milieu de l'année 1991 le fondateur eut une 'vision' lui enjoignant de fonder aussi une Église en répartissant ses activités en trois ministères distincts réunis sous l'appellation de Ngoa Atangana Ministries: - un ministère interconfessionnel d'évangélisation et de réveil, - un ministère ecclésiastique remplissant auprès des convertis ralliés au mouvement toutes les fonctions pastorales normales: culte du dimanche, prières de combat et d'intercession, etc. La nouvelle Église ainsi instituée reçut le nom de Faith's Action Church, traduit en français par Église de la Foi Active. - enfin un ministère d'action sociale. Faute de moyen, le ministère d'action sociale ne fut pas développé. Les deux premiers se fondirent, sous le titre global de Monde pour Christ (M.P.C.), en une Église pentecôtiste à vocation évangélique prononcée, caractérisée par un style de prière très particulier et une grande ambition de sainteté. Le fondateur repartit au Cameroun en janvier 1984 et confia la direction de sa paroisse de Porto-Novo à un Béninois, Paul Agué, ancien membre de l'Église Africaine du Réveil, qui l'avait rejoint en 1991 après avoir été guéri par la prière, lors d'un de ses 'séminaires', d'une maladie des yeux. Assisté par un camarade de l'Église Africaine du Réveil qui l'avait suivi à Monde Pour Christ après avoir été émerveillé par le miracle dont il avait bénéficié, il organisa de petites campagnes d'évangélisation à Porto-Novo et aux alentours, fit aussi du porte-à-porte et créa plusieurs' cellules de prière' ou 'Églises de maison' dont deux seulement subsistaient en 1995. Certains désaccords avec ses deux assistants successifs, qui finirent par aller rejoindre d'autres Églises, ainsi que ses exigences et sa grande sévérité, entravèrent la création d'autres paroisses. En 1999, la paroisse 47