Les jeunes Vietnamiens de la deuxième génération

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296405677
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MIGRA nONS

ET CHANGEMENTS Perotti

Collection dirigée par Antonio

MIGRATIONS

ET CHANGEMENTS

Collection dirigée par Antonio Perotti

L'histoire de l'immigration en France est une histoire ancienne qui touche un phénomène très complexe. Ancienne, car elle a pris des proportions remarquables depuis plus d'un siècle. Le recensement de 1851 dénombrait déjà 381 000 étrangers. De 1921 à 1930, la France se plaçait au second rang des pays d'immigration dans le monde après les Etats-Unis. Histoire complexe surtout. On peut même se demander si, pendant une période aussi prolongée - durant laquelle les
données démographiques, économiques, politiques, culturelles et psychologiques ont subi des transformations profondes, aussi bien sur le plan national qu'international - le phénomène migratoire n'a pas changé de nature. . Comment affirmer qu'il s'agit du même phénomène alors qu'il ne résulte pas des mêmes causes, ne se réalise pas dans le même cadre institutionnel national et international, ne touche pas les mêmes populations étrangères ni les mêmes générations, ne revêt pas les mêmes formes? Cette nouvelle collection consacrée aux migrations et aux changements qu'elles comportent ou qu'elles provoquent vise à privilégier les travaux portant sur: - les mutations internes des populations immigrées à travers les générations successives, avec un accent particulier sur le profil socio-culturel des nouvelles générations issues de l'immigration; culturelle

-

les mutations introduites dans la vie sociale, économique et
des pays d'origine et du pays de résidence;
du fait migratoire les approches comparatives dans ses

paramètres historiques, géographiques, économiques, politiques. Ceux qui pensent que leur recherche pourrait s'insérer dans cette collection peuvent contacter: Antonio Perotti, c/o L'Harmattan 7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Ouvrage

£olleftif coor~onné LE HU'U KHOA

par

LES JEUNES VIETNAMIENS DE LA DEUXIÈME GÉNÉRATION:
La semi-rupture au quotidien
Préface de : TR1NH VÀN THÀO Avec les témoignages de :

L Y TH6NG LY CÙ'O'NG MAi PATAPON HÉLÈNE LANGLET-QUÂCH THANH TÂM TA THU THÙY

C.I.E.M.I. 46, rue de Montreuil 75011 Paris

EDITIONS L'HARMATTAN 5-7, rue de L'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Dans la même collection

1. Maria LLAUMETI,Les jeunes d'origine étrangère. De la marginalisation à la participation. 1984, 152 pages. 2. Mohamed Hamadi BEKOUCHI,Du Bled à la Z. U.P. et/ou La couleur de l'avenir. 1984. 160 pages. 3. Hervé-Frédéric MÉCHÉRI, Les jeunes immigrés maghrébins de la deuxième génération et/ou La quête de l'identité. 1984, 120 pages. 4. François LEFORT, Monique NÉRY, Emigrés dans mon pays. Des jeunes, enfants de migrants, racontent leurs expériences de retour en Algérie. 1985, 192 pages. 5. Raimundo DINELLO,Adolescents entre deux cultures. Séminaire de transculturation de Carcassonne, avril-novembre 1982. 1985, 128 pages. 6. Riva KASTORYANO, Etre turc en France. Réflexions sur familles et communauté. 1986. 7. Michelle GUlLLON et Isabelle TABOADA-LEONETI1, triangle de Le Choisy: un quartier chinois à Paris. 1986, 216 pages. 8. Adil JAZOULI,L'action collective des jeunes Maghrébins de France. 1986, 217 pages. 9. Véronique de RUDDER, en collaboration avec Michelle GUlLLON, Chronique des Quinze-Vingts. De la cohabitation pluri-ethnique en quartier populaire parisien. 1987. 10. Mario ZAMBETI1,L'été à Cap Djinet. Rencontres méditerranéennes. 1987. 11. Abdel AÏsSQu, Les Beurs, l'école et la France. 1987, 215 pages. 12. Smaïn LAACHER,Questions de nationalité, Histoire et enjeux d'un code. 1987, 254 pages.

@ C.I.E.M.I. et L'Harmattan,
ISBN: 2-85802-880- X ISSN : 0762-0721

1987

SOMMAIRE

Préface de Trinh Van Thao . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

7 11

Introduction.

..................................
PREMIÈRE PARTIE

SITUATIONS-TYPES

1. «Il était une fois une grand-mère vietnamienne France... » Ta Thu Thùy ......................

en

2. «Pourrie en voyage... », Hélène Patapon ........ 3. «Ce que l'on a fait depuis la décolonisation », Ly Cùbng Mai. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4. «Double espace », Ly Thông ..................
DEUXIÈME PARTIE

17 23 33 49

VERS QUELLE

IDENTITÉ?

1. Vietnamiens de la deuxième génération. Qui êtes-vous? Langlet-Quach Thanh Tâm . . . . . . . . . . 2. Les concessions et la semi-rupture, Lê Hwu Kh6a. Bibliographie. .................................

61 75 91

5

Préface

En définissant l'adaptation d'une centaine de familles de rapatriés d'Indochine en France - non comme la recherche plus ou moins consciente d'une uniformisation impossible ou d'une assimilation souhaitable (pour qui ?), mais comme l'engagement dans le procès de participation active, voire critique à la vie nationale du pays d'accueil et, peut-être, comme volonté de réconciliation avec le pays d'origine j'avais esquissé alors un double constat d'échec, dix ans après la fin de la première guerre d'Indochine (1954/ 55-1965).
« (.. .). On doit constater que le processus de rapatriement a abouti à un échec. Echec objectif étant donné l'absence d'intégration à la communauté nationale en admettant que ce soit là la finalité de tout processus d'adaptation. Echec subjectif puisque dix ans après, le rapatrié conserve encore le sentiment de sa marginalité sociale. D'où vient la cause profonde de ce double échec?

Si l'on considère le rapatrié, à cause de sa double appartenance sociale comme un être à part, une sorte de révolté perpétuel, force sera de reconnaître que la mutation de l'adaptation n'a pas eu lieu, que la rupture n'est complète avec le pays d'origine ni l'attachement profond avec le pays d'accueil. Est-ce revenir en fin de compte, oh paradoxe! au mythe de la double appartenance et au fatalisme de la condition eurasienne qui lui est sous-jacente? Il faut, pour cela, faire abstraction de tous les «manques» dans le 7

processus de rapatriement, toute la part des choses, toute l'impasse qu'offre la société à ces «sous-prolétaires ».* Les événements se sont chargés de démontrer la justesse et les limites d'une approche délibérément, et si inconsciemment, volontariste. Si la guerre «américaine» au Vietnam et la condamnation vigoureuse de celle-ci par le général de Gaulle (le discours de Phnom Penh de 1965) avaient offert à certains d'entre eux (lire les récits de Ly CifO'ng, Ly Thông, Infra) la chance historique de se réconcilier avec le pays et les populations qui les avaient naguère «rejetés », de se retrouver du même côté de la barrière culturelle et politique que les Vietnamiens en guerre - ,eux dont personne ne s'est soucié du sort durant l'autre guerre et ses lendemains -, les conditions de la victoire de 1975 sont loin de correspondre aux espérances investies. L'afflux de milliers de nouveaux exilés à travers le monde, depuis lors, a brisé à jamais un rêve devenu impossible. En effet, chaque année voit arriver sur cette terre d'asile, la France, de nouvelles vagues de réfugiés décomposant et recomposant sans cesse une communauté devenue insaisissable, diversifiant les trajectoires sociales, géographiques, culturelles, idéologiques, ... drainant avec elles des expériences et traumatismes inédits, ébranlant les schémas théoriques les plus solides. Que valent nos théories les plus séduisantes devant ces fragments d'entretiens recueillis parmi tant d'autres par Lê Hii'u Kh6a, parmi les Vietnamiens de la deuxième génération - celle dont les parents m'avaient permis l'apprentissage sociologique il y a vingt ans, en me recevant à bras ouverts chez eux - sinon une sorte de reproche d'avoir bien souvent manqué le coche! Comme la plupart des travaux datés de cette époque (1960), ma démarche restait prisonnière d'une logique situationiste (surévaluant les effets synchroniques du moment et des «masses» au détriment de l'histoire et des hommes) et péchait par excès d'abstraction sociologisante. J'avais négligé, peut-être, faute de recul nécessaire, le mécanisme de transition - j'utilisais ce terme à défaut de
mieux

sociologiques - ces formes de socialité chères à G. Simmel

-

intervenue

au sein

des institutions

micro-

* «Essai sur une sociologie du rapatriement sociologie, mars 1973, pp. 1-93.

», in Revue éthno-

8

- et qui se révèlent être de remarquables laboratoires

d'observation et d'expérimentation en Sciences Sociales. Certes, chacun de ces fragments de vie montre qu'aucun destin n'est réductible à un autre, loin s'en faut. JI n'empêche qu'il s'y dégage une sorte de quête commune: comment vivre et réussir la fusion entre deux cultures, instaurer le dialogue à double clé et à double sens autour de soi (et en soi). Prenons, à titre d'exemple, le fameux «conflit de générations» qui semble régir le rapport entre parents et enfants, entre la première et la deuxième génération de Vietnamiens en France. Combien de jeunes Vietnamiens, et surtout de Vietnamiennes, de cette génération n'ont-ils pas ressenti de manière négative les effets d'une éducation dogmatique, plus « confucéenne» que nature (Qùelle envie de paraphraser ici Mme

Roland: « oh Confucius! combiende crimesont étécommis en ton Nom... ») - c'est-à-diresubsumée sous les effets de
l'isolement (volontaire ou forcé) et du nationalisme; combien parmi cesfilles gardiennes-de-la-tradition-familiale n'éprouvent-elles pas le même sentiment de culpabilité et de «trahison» vis-à-vis des parents chaque fois qu'elles s'ouvrent vers l'autre culture, celle dans laquelle elles croient découvrir davantage d'autonomie et de libertés individuelles. S'acculturer, disent-elles, c'est accepter d'avance les épreuves épuisantes d'un combat d'autant plus difficile qu'il se révèle insaisissable, feutré, étouffé, parsemé de silences lourds de sens - de contresens (et de non sens),. combat inégal car chaque épreuve met l'individu seul face à la tradition d'un peuple sublimé par l'imaginaire collectif, à la bonne conscience d'une classe sûre de soi (éthos confucéen légué par les lettrés conservateurs) et du chauvinisme vietnamocentrique ambiant. Et on verra, l'instant fugace d'une' demi-confidence, le prix payé par ces jeunes filles à l'ombre de la paix maternelle: la solitude culpabilisante d'une (quasi) désertion, la naissance et l'innocence d'une petite fille, le hasard d'un abandon, et on comprendra aussi les difficultés quotidiennes d'une acculturation rentrée, à peine esquissée au travers d'un monologue intérieur. Prenant le contre-pied d'une tradition sociologique bien ancrée qui consiste à tout ramener au niveau des institutions - et à travers celles-ci, des préoccupations essentiellement gouvernementales du moment - ces textes nous replongent dans la trame quotidienne et nous rappellent que l'enracinement pour un 9

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