Mobilisations populaires, éducation mobilisante

De
Publié par

Publié le : lundi 1 janvier 0001
Lecture(s) : 320
EAN13 : 9782296292109
Nombre de pages : 184
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

MOBILISATIONS POPULAIRES ÉDUCATION MOBILISANTE

@ L'Harmattan, 1983 ISBN: 2-85802-267-4

Michel Séguier

MOBILISATIONS POPULAIRES ÉDUCATION MOBILISANTE

Document de travail Inodep/ 7

Éditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Introduction

Ce document de travail est le fruit de la réflexion de groupes s'interrogeant sur leur action pour mobiliser autour d'un projet politique, dans un travail d'éducation populaire. Depuis plus de dix ans nous avons eu l'occasion de travailler en Amérique latine avec ces groupes, et les textes présentés sont le produit d'une systématisation faite par les organisations avec lesquelles nous avons collaboré d'une manière plus ou moins longue et plus ou moins directe. Les exceptions sont des textes élaborés au Québec ou en France à l'INODEP-International, mais tous sont le fruit d'un travail commun entre les anciens stagiaires, les groupes militants et l'INODEP. Une décennie en Amérique latine a vu se dérouler de nombreuses et longues luttes populaires contre les dictatures nationales et contre l'impérialisme international. Cela représente un énorme travail militant, avec quelques réussites, mais aussi beaucoup d'échecs, et il importe que ces expériences puissent enrichir d'autres groupes. Il nous faut« apprendre d'eux», comme Régis Debray intitulait une postface
à Nous les Tupamaros. L'Amérique latine n'a pas l'exclusivité de ces luttes, et dans les pays africains ou asiatiques où l'INODEP a travaillé, il serait intéressant de réaliser une telle étude pour pouvoir confronter des stratégies et des tactiques différentes.

-5

Mais nous pensons que ce n'est pas un hasard si la conscientisation et la pédagogie des opprimés ont été élaborées en Amérique latine, parce qu'elles pouvaient ouvrir de nouveaux espaces pour une libéra... tion à des peuples affirmant un réel potentiel de lutte. Chaque force politique doit inventer ses axes de mobilisation, ses formes d'organisation et ses programmes de formation, et cela en fonction du rapport de force historique et de la conjoncture. Il n'est donc pas question de théorie à généraliser, ni de recettes à appliquer, mais d'une interrogation à notre propre action à travers les expérien... ces d'autres groupes. Les textes sont pour la plupart des productions de groupes, c'est pourquoi nous donnons le plus souvent une référence sur le pays et la date qui permettent de mieux comprendre le contexte de production du texte. Le premier chapitre sur les mobilisations populaires propose quelques idées fondamentales que l'expérience accumulée présente comme des évidences: - une mobilisation doit toucher à la fois les dimensions économiques, politiques et idéologiques; - une certaine manière de répondre aux besoins des populations peut tuer toute possibilité de mobilisation; - dans la psychologie collective de l'opprimé on doit rechercher, au-delà des cassures apparentes, les capacités de révolte et d'action collectives non annihilées; - conscience religieuse et conscienc~ politique ne sont pas nécessairement toujours contradictoires; - les intérêts de classe doivent être les vrais moteurs de la mobilisation. Le deuxième chapitre sur les organisations mobilisantes précise quelques conditions pour que l'organisation soit réellement un moyen au service d'un projet politique populaire: - le travail social ne débouche pas toujours sur un travail politique et peut même gêner sa mise en œuvre; - la finalité des organisations populaires est la prise de pouvoir, et d'un pouvoir populaire; - chaque organisation doit être capable de redéfinir sa stratégie et de revoir sa tactique en fonction de la conjoncture; - pour ne pas perdre sa capacité de mobilisation, une organisation 6-

doit être vigilante par rapport à des tendances ou déviations qui apparaissent fréquemment: opportunisme, bureaucratisme...

Le troisième chapitre sur l'éducation mobilisante amène à clarifier quelques problématiques: - comment les groupes définissent leur action culturelle? - que peut signifier une éducation politique, et quelle est la relation entre pratique politique et pratique éducative? - comment atteindre à la fois des objectifs de mobilisation, d'organisation et de formation? - quelle stratégie et quelles méthodes éducatives peuvent véritablement renforcer le pouvoir des secteurs populaires? Tout cela représente plus de questions que de réponses, et les réponses elles-mêmes sont limitées, parce qu'elles sont le fruit d'un travail concret réalisé par une organisation située. Mais ces expériences peuvent nous interpeller. C'est pourquoi nous avons présenté, en guise de conclusion, les questions que doivent se poser ceux qui sont engagés dans des projets de mobilisation, d'organisation ou d'éducation populaires.

("

~

o

A

~

Â

---~~

'-_.

"
o

t't\

» z


~

r

-0

A\ ~

~'.~"" \k'i

*

"
.

",\

.
* L'oc~li S_ c. téés c doc
~

CHAPITRE PREMIER

Mobilisations

populaires

I - Les trois dimensions nécessaires

1. Liens entre les luttes économiques, politiques, idéologiques (Mobilisation - organisation de paysans producteurs de café).
Le terme « organisation paysanne» recouvre d'innombrables actions, ayant des objectifs et des orientations hétérogènes, soit au niveau du processus de production à l'une de ses étapes, soit en ce qui concerne la participation d'un groupe social donné à la prise de décisions, etc., sans compter les organisations d'ordre culturel, civique, religieux, etc. En général, l'objectif des producteurs agricoles quand ils s'organisent est d'arriver à mieux employer leurs maigres ressources, pour augmenter la productivité et donc la production. Les programmes des organismes officiels tendant à organiser les producteurs sont conçus en ces termes et en partant de ces bases. Nous trouvons dans ce cadre les programmes de collectivisation des ejidos,
. Eléments pour l'analyse de l'organisation des paysans producteurs de café. Etude de cas: Des communautés indigènes au sud du Mexique, 1979. Il

de formation technique et administrative des paysans, etc. La production ainsi obtenue concourt au développement de l'économie dans son ensemble. D'autres programmes s'y rapportant octroi de crédits, assistance technique, travaux d'irrigation, politique des prix, etc. ont les mêmes buts. Quant à l'organisation proprement dite, dans cette optique il peut y avoir diverses façons de l'envisager, les unes donnant la priorité aux aspects techniques et de gestion, les autres mettant l'accent sur les formes que peut prendre une organisation de producteurs. Cependant, quand les initiatives sortent du cadre décrit et des lignes tracées d'avance, même si elles tendent aussi, entre autres buts, à augmenter la production, elles sont isolées et trouvent toutes sortes de difficultés, voire une répression ouverte, sous prétdxte de sédition paysanne. Quand une organisation paysanne sort du cadre décrit, c'est parce que ses objectifs ne se bornent pas à augmenter la productivité et le volume de production: elle se pose aussi le problème de l'augmenter pour que tous les participants puissent en bénéficier. Cette démarche implique nécessairement la compréhension des mécanismes qui relient le producteur au reste de la société et la possibilité d'agir sur eux: lois du marché, mécanismes qui permettent d'extorquer au paysan l'excédent économique, fonctions du paysan en tant que producteur dans le développement capitaliste et enfin, élément très important, le rôle des paysans en tant que force politique. Il est impossible de produire et de reproduire une unité ainsi conçue sans dépasser le cadre purement économique de la croissance: rentabilité, potentiel de travail, emploi équilibré des facteurs de production en fonction de l'élément clé qu'est le travail; des structures politiques et des orientations idéologiques sont nécessaires pour permettre la reproduction autonome de l'unité dans la mesure où elle lutte contre les mécanismes d'exploitation et de domination autant à l'extérieur que dans son sein même. La participation majoritaire est une condition sine qua non de son existence: la prise de décisions démocratique ne suffit pas ; il faut la participation au fonctionnement des organes créés selon la pratique de r organisation. Des circonstances diverses - par exemple le besoin de terres tÏ'un groupe de paysans, la nécessité pour les petits producteurs de faire face à des formes aiguës d'exploitation, le refus du rôle imposé par l'Etat, qui veut mobiliser les paysans pour soutenir un programme donné peuvent donner lieu à un développement progressif aboutissant à une

-

12 -

organisation de ce genre. Souvent, dans ces circonstances, les paysans réussissent à abandonner leur attitude de « solliciteurs» vis-à-vis des organismes officiels, en attente d'une solution improbable qui viendrait « d'en haut» ; ils constituent un groupe de pression qui prend en main ses revendications et tend à se suffire à lui-même. Cependant, malgré la diversité des origines, chaque organisation portera ou non en germe cet « élargissement» selon l'orientation prise et les obstacles rencontrés, d'une part l'opposition de la structure de pouvoir, les caciques, les commerçants ou les organismes officiels, et d'autre part les limites mêmes imposées par le type de production, les connaissances et l'idéologie dominante chez les paysans, sans excepter les organisations syndicales et politiques qui soutiennent le groupe. Ces circonstances -la liste n'est pas exhaustive - peuvent décider du succès ou de l'échec d'une expérience organisationnelle, bien que le besoin et le désir de s'organiser pour la lutte demeurent latents chez les paysans. Nos conceptions mêmes de l'organisation ont évolué avec le développement des expériences que nous décrivons. Au début, la participation politique était conçue comme un travail social auprès des Indiens; l'organisation étant le mécanisme qui permettrait de coordonner les efforts des paysans et de surmonter leurs carences. La technique constituait le fondement mê.me des programmes, l'innovation essentielle; elle était censée entraîner, ou tout au moins favoriser, le développement idéologique et politique. Le travail organisationnel s'est donc borné à la constitution de comités paysans, responsables des programmes créés. Les paysans, cependant, n'ont pas assumé de rôle dans cette démarche qui leur restél.itétrangère; cette circonstance a permis à ceux qui détenaient et le savoir et le pouvoir économique, de tirer profit des améliorations apportées. Les programmes de « développement de la communauté» n'arrivaient pas à mobiliser les paysans, mais la production les touchait au premier degré; l'améliorer était donc un premier pas pour surmonter les difficultés des villages. L'organisation s'est donc adressée aux paysans en leur qualité de producteurs. Le travail d'organisation s'est élargi au niveau de la région, pour sauter quelques maillons de la chaîne des intermédiaires et réduire la dépendance paysanne vis-à-vis du capital commercial, déjà usuraire. A ce moment-là, les programmes officiels tendaient à moderniser les zones rurales; cette circonstance a développé le travail dans la région; néanmoins, le conflit ouvert avec l'Etat et la répression qui s'ensuivit ont permis de changer la nature et les objectifs de l'organisation créée. L'alliance avec l'Etat avait souligné 13

le manque de stratégie dans un projet d'organisation régionale qui se voulait indépendante; la rupture a donné lieu à une meilleure défmition des objectifs de la lutte et de la mobilisation paysanne. L'organisation, qui était devenue une fin en soi, était arrivée à limiter le potentiel de lutte paysanne, enfermé dans une structure donnée et d'ailleurs venue de l'extérieur; il fallait absolument qu'elle reprenne son rôle de moyen, d'instrument de lutte des producteurs. Les objectifs immédiats - vente collective, demande de crédits, accroissement des revenus, etc. - permettaient de la classer parmi les organisations à but économique, mais l'on prévoyait un développement de son caractère politique. Tous les producteurs du village y avaient accès. A ce stade de développement, d'autres éléments sont intervenus, qui étaient imprévus et n'ont pu être canalisés. Il s'agissait de l'hétérogénéité de la composition du groupe - paysans moyens et pauvres -, de la divergence d'intérêts qui en découlait et aussi de la force de certaines traditions - mécanismes de prise de décisions, force déterminante des r~pports de parenté, qui prenaient le pas sur les intérêts de classe. Le problème se posait donc de savoir à qui l'on s'adressait, et quel secteur de paysans était organisé. L'organisation économique en tant qu'instrument de lutte paysanne n'en gardait pas moins sa valeur, mais à condition que les participants aient les mêmes intérêts. Ajoutons à ceci les problèmes propres à toute entreprise commerciale - gestion, contrôle comptable, analyse des coûts, etc. - qui avaient permis aux notables (commerçants et gros producteurs y compris) de prendre le contrôle de l'organisation et de
ses bénéfices.

L'organisation économique devait en même temps être replacée dans un contexte plus large, tenant compte de la force politique d'un groupe paysan et prévoyant une progression idéologique de ses membres. Les buts de la lutte économique ne différaient pas de ceux d'une organisation hétérogène mais, dans une étape ultérieure, ils s'inséraient dans un projet plus vaste qui pourrait aboutir à des modifications des institutions économiques, sociales et politiques de la communauté indienne. La formation des cadres était indispensable à la continuation et au progrès de la lutte et de l'organisation. En effet, on avait pensé que le développement et la lutte dépendraient de leur perception des problèmes et de la façon dont ils arriveraient à faire participer la base. Or, la dimension et le-déroulement accéléré des actions entreprises ont rendu cette tâche difficile. Les cadres n'ont pas pu assumer les fonctions qu'on leur confiait, mais ils sont toutefois devenus une élite. Ils 14 -

assumaient de plus en plus le rôle de caudillos et se substituaient ainsi à la base, freinant le développement de l'organisation, au sein de laquelle les problèmes secondaires de la gestion et de l'organisation économique étaient passés au premier plan. A posteriori, certaines réflexions s'imposent. Le travail organisationnel auprès des paysans comprend certes des aspects économiques (accroissement de la production, problèmes de marché et de gestion, . lutte contre l'extorsion de la plus-value), des aspects organisationnels (structures organiques, mécanismes de participation, assemblées, etc.) et des aspects éducatifs (formation des cadres et de la base, définition des positions, etc.) mais se passer de sa dimension politique et de la lutte idéologique équivaut à étourner et à médiatiser la lutte économique. Il ne suffit pas de proposer la lutte économique, en tant que lutte secondaire; la lutte politique ne découle pas nécessairement de ses victoires et de ses échecs. Il ne s'agit pas de processus successifs: les trois luttes - avec la lutte idéologique - sont des volets différents d'une unité. Les revendications ne sont pas purement économiques, et si l'on néglige l'aspect politique et le progrès idéologique nécessaire, la lutte perd sa dimension véritable et finit par se désagréger. Réciproquement, la lutte idéologique isolée, qui ne part pas de revendications concrètes, épuise et affaiblit l'organisation.

2. Étude des conditions d'existence des masses populaires.
Le présent schéma voudrait vous aider à mieux connaître votre pays. Pas seulement pour mieux comprendre votre milieu d'insertion,
internationale, INODEP, 1979/80. * Schéma préparatoire à la Rencontre-Formation Le schéma est construit sur une conception classique marxiste des classes sociales. Ces dernières ne se définissant pas seulement sur la base économique, à savoir la place occupée par les catégories socioprofessionnelles dans le procès (capitaliste et précapitaliste) de production et d'échange, donc par rapport à la plus-value. Les cl~sses se défmissent aussi aux niveaux politiques et idéologico-culturel. En ne considérant que la base économique, on repère des classes potentielles. En ajoutant les critères de définition politique et idéologique, on repère les classes actives dans les contradictions et les conflits du système capitaliste. Seules les classes actives sont vraiment des classes. Et comme elles ne deviennent

-

15

mais surtout pour y avoir une action de développement - libération plus efficace parce que plus complète. Pour des militants à la base, ce qu'il y a de plus important à connaître dans un pays, ce sont les conditions d'existence des masses populaires. Conditions d'existence économico-sociales, politiques et idéologico-culturelles (y compris les religions). A chacun de ces trois niveaux, nous allons d'abord définir les « masses populaires» puis préciser quelles sont concrètement leurs conditions d'existence.

2.1. NIVEAU

ÉCONOMICO-SOCIAL

A -Première définition des masses populaires
Au niveau économico-social, les masses populaires sont composées de catégories socio-professionnelles qui, elles-mêmes, doivent être regroupées en classes sociales (qui, nous le verrons plus tard, se définissent selon qu'elles participent ou pas à la plus-value que certaines produisent directement ou indirectement). En commençant « par le bas» la première catégorie socio-professionnelle des masses populaires sont les chômeurs. On les repère plus facilement en ville qu'à la campagne où évidemment personne ne reste toute la journée à ne rien faire. A la campagne, mais aussi en ville, le chômage est déguisé, masqué: bien des gens qui n'ont pas de travail à proprement parler font des tas de petites tâches de temps en temps dès qu'il s'en présente. On les appelle « sous-employés», « demi-chômeurs», etc. Ils entrent dans la première catégorie. Ils forment la classe sociale du lumpen proletariat. Ensuite viennent les gens qui, pour vivre, n'ont pas d'autre moyen que de vendre leur force de travail contre un salaire. A la campagne: ouvriers agricoles, qui exploitent des terres qu'ils ne possèdent pas. Fermiers et métayers dans certains pays qui, au lieu de recevoir un salaire en argent disposent d'une partie de la récolte et doivent donner l'autre partie au propriétaire. Dans les villes, ce sont les ouvriers salariés de différentes sortes d'entreprises, industrielles, alimentaires,
actives et ne se développent que dialectiquement et dans la durée, on obtient un concept de classe plus dynamique qu'avec les seuls critères économiques. A l'œil nu, on voit des catégories socioprofessionnelles en conflits ascensionnels dans un système (sociologie politique anglo-saxonne, issue des observations de Max Weber). Seule l'analyse fait ressortir dans ces observations les classes et leurs luttes en train de se constituer, et les classes populaires orienter leurs luttes contre le système.

16 -

extractives, du bâtiment, etc., mais à la ville comme à la campagne, tous les travailleurs salariés ne produisent pas des richesses économiques. Certains en échange de leur salaire rendent des services, comme les domestiques et les personnels d'entretien, les conducteurs de taxis, de camions, de trains, les employés de la poste, des services de santé, et les vendeurs dans les magasins, etc. Ces employés des services font aussi partie des masses populaires, à condition qu'ils ne fassent pas que commander à d'autres. Cette condition vaut aussi dans la catégorie des salariés producteurs (ceux qui commandent ou supervisent le travail des autres sont des cadres et ne font pas partie des masses populaires). L'ensemble de ces catégories socio-professionnelles constituent la classe prolétarienne. Enfm, il y a ceux qui possèdent leur instrument de production mais qui n'employent pas de personnels salariés. Par exemple les artisans, les paysans qui cultivent en famille leurs propres lopins de terre, les petits commerçants propriétaires de leur échoppe et qui vendent euxmêmes les produits à la clientèle, etc. Ainsi, on peut défmir au niveau économique' les masses populaires comme un ensemble composé essentiellement de trois classes: les chômeurs, les salariés non cadres (travailleurs productifs et employés de service) et les artisans, petits paysans et petits commerçants. Ils forment la grande majorité de la population dans tous les pays. Ils n'oppriment pas économiquement les autres travailleurs car ils n'exploitent pas leur travail. Au contraire, ils sont exploités par la minorité constituée des classes auxiliaires et des classes dominantes. Essayons maintenant de voir plus concrètement comment se présentent les masses populaires dans votre pays. Dans ce but, on peut poser les questions principales suivantes :
a) Dans la population en âge de travailler, quelle est la proportion des chômeurs en pourcentage? On met ensemble les chômeurs totaux (rares) et les sous-employés ou demi-chômeurs, bref toutes les catégories du lumpen proletariat. Quelle en est la proportion à la campagne? Et dans les villes et centres industriels? b) A la campagne, travailler représentent quelle proportion de la population les catégories suivantes: en âge de

-

salariés agricoles sans terre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . fermiers et métayers. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . petits paysans propriétaires qui n'embauchent pas de salariés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . artisans. .....................................

% % % % 17

% - employés de services non cadres. . . . . . . . . . . . . . . . . . % - petits commerçants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . % - autres catégories (dites lesquelles). . . . . . . . . . . . . . . . . . c) Pour les trois premières catégories, quelles sont, pour l'ensemble du pays, et par ordre d'importance, les principales productions agricoles qu'elles produisent? d) En ville et dans les centres industriels, quelle proportion de la population en âge de travailler représente les catégories suivantes ? travailleurs salariés productifs non cadres. . . . . . . . . . . employés des services non cadres. . . . . . . . . . . . . . . . . . artisans. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . petits commerçants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . autres catégories des masses populaires (dites lesquelles) % % % % %

-

e) Pour la première catégorie, quels sont, pour l'ensemble du pays, et par ordre d'importance, les principaux secteurs de production? B

-

Conditions d'existence au niveau économique

Dans tous les pays, les masses populaires ont des conditions d'existence économiques difficiles. Dans les pays de ce qu'on appelle le « Tiers-Monde», ces conditions sont la pauvreté et même le plus souvent la misère. Ne nous attardons pas à décrire cette misère. Recherchons-en les causes. Les causes de la misère économique des masses populaires du « Tiers-Monde» sont anciennes, multiples et complexes. Parmi ces causes, une doit retenir particulièrement notre attention car elle compte parmi les plus anciennes et importantes, c'est l'exploitation. Dans tous les pays capitalistes, même dans les pays développés du « centre», les masses populaires sont économiquement exploitées (c'est-à-dire volées de la « plus-value» qu'elles produisent directement ou indirectement) par les classes dominantes du pays avec la collaboration des classes auxiliaires. Mais dans les pays capitalistes sous-développés de la « périphérie», les masses populaires sont exploiteés économiquement deux fois: une première fois par les classes dominantes des pays du « centre» qui, par le jeu de l'impérialisme international, exploitent les richesses des pays de la « périphérie» ; une deuxième fois par les classes dominantes du pays sous-développé lui-même, qui exploitent le travail des masses populaires. Ces masses ont donc deux 18 -

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.