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Politiques et mouvements de jeunesse en Afrique noire francophone

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135 pages
Que savons-nous de la jeunesse africaine? Pas grand-chose, à vrai dire... Si, quelques images toutes faites qui mélangent l'initiation dans les sociétés traditionnelles avec le taux d'analphabétisme et le chômage des diplômés. Cet ouvrage concourt à écrire une histoire de la jeunesse africaine et à se poser les questions de son avenir.
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2003.

Badara Alou Traoré

Politiques et mouvements de jeunesse en Afrique noire francophone
Le cas du Mali

L'Harmattan

@

L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04066-3 EAN : 9782296040663

PRÉFACE

Que savons-nous de la jeunesse africaine? Pas grandchose, à vrai dire... Si, quelques images toutes faites qui mélangent l'initiation dans les sociétés traditionnelles avec le taux d'analphabétisme et le chômage des diplômés. Autrement dit, quelques clichés qui servent de passepartout à un non-savoir. Le travail dont vous allez prendre connaissance par cet ouvrage a donc d'emblée son utilité et sa pertinence. Malien, Badara Alou Traoré se risque sur un terrain de recherches à défricher. Et on ne peut que lui en être reconnaissant. Bien entendu, une telle « audace» ne peut être suffisante pour justifier cette démarche. L'auteur est-il qualifié pour le faire? En premier lieu, son parcours professionnel est déjà un atout. Il a occupé différents postes au sein du ministère chargé de la Jeunesse et des Sports du Mali et il a contribué aux travaux de différents groupes d'experts internationaux sur ces questions. On peut donc considérer qu'il connaît les dossiers de l'intérieur. Il a pu, en même temps, étudier la manière dont la question de la jeunesse se posait dans les autres pays d'Afrique de l'Ouest. Mais il est aussi en relation étroite avec les préoccupations et les actions de la direction de la Jeunesse en France. Ce qui lui donne un point de décentration pertinent et intéressant qu'il continue à mobiliser dans les cours qu'il donne à l'Institut national de la jeunesse et des sports (cycle supérieur) à Bamako (Mali).

7

En second lieu, son parcours de chercheur a déjà acquis une crédibilité puisqu'il a soutenu en 1997 un diplôme d'études approfondies en sciences de l'éducation à l'université de Rouen sur des questions liées précisément à la jeunesse en Afrique de l'Ouest. Ce nouveau travail se présente ainsi d'emblée comme le témoignage de la poursuite d'un effort de recherches. Encore fallait-il trouver un angle spécifique qui justifie et limite la volonté d'étudier les questions de la jeunesse en Afrique de l'Ouest. Faute de quoi le propos serait resté général et inadéquat. Il ne suffit pas d'être généreux pour s'affirmer comme chercheur. La générosité (<<il n'y a qu'à... on devrait... il faut... ») est même souvent un obstacle à la recherche. Autant que la soumission à l'institution. M. Traoré, tout en fréquentant les institutions chargées de la jeunesse, ne leur est nullement inféodé. Il sait distinguer charges institutionnelles et liberté de la recherche. Il a donc choisi de s'intéresser à la jeunesse africaine à travers les politiques de la jeunesse, ce qui est un angle original et adéquat. Original puisqu'on ne dispose que de peu d'éléments pertinents sur la question. Adéquat puisqu'on peut ainsi à la fois trouver une cohérence de vision et une diversité historique. On peut comprendre facilement que les politiques de la jeunesse ne devraient pas être un luxe, puisque les jeunes Africains sont majoritaires. Majoritaires en nombre, que représentent-ils en fait? Quelle est la place qui leur est reconnue dans les politiques mises en œuvre? Prenant acte de cette majorité, voyant bien l'étendue des questions posées par la jeunesse aujourd'hui et des questionnements issus des réalités de leur éventuelle prise en compte, M. Traoré remet en perspective la situation actuelle en reprenant l'évolution de la société malienne et de ses politiques successives à l'égard des jeunes. Après 8

un rappel rapide de la manière dont la société traditionnelle considérait les jeunes, il s'attache à décrire et situer les mouvements de jeunesse dans la société coloniale, à l'indépendance, pendant la période militaire, pour déboucher sur la période démocratique contemporaine. A quoi et à qui sert la jeunesse, pourrait-on s'interroger à l'issue d'un tel parcours? Comment intègret-on la jeunesse et comment cherche-t-on à l'intégrer? Pour en faire quoi? On peut ainsi se demander dans quelle mesure les politiques servent la jeunesse, mais on peut d'emblée répondre que la jeunesse, très souvent, est considérée d'abord comme devant servir les politiques. Les politiques de la jeunesse se révèlent ainsi, dans bien des cas, non pas comme un service rendu à la jeunesse, mais avant tout comme un service que la jeunesse doit rendre aux politiques. En même temps, on voit bien que la façon dont les sociétés démocratiques sont confrontées à la jeunesse déplace la question. Dès lors qu'il est plus ouvert, l'encadrement devient moins assuré. Ne serait-ce que parce que le «pour quoi» encadrer la jeunesse n'est plus évident et défini préalablement. L'ordre des finalités ne peut plus tenir lieu de politiques astreignantes, générant des réponses figées en termes de moyens et de mouvements de jeunesse. C'est à juste titre que M. Traoré insiste sur cette nouvelle étape marquée par le pluralisme démocratique et la décentralisation. Une société démocratique est en quelque sorte plus démunie face à une jeunesse qui, elle, ne peut être que plus exigeante. Comment gérer ce grand écart? Quels sont les moyens dont disposent les politiques, en particulier quand les financements disponibles sont plus que limités? Quelles sont les politiques de la jeunesse pensées et mises en œuvre aujourd'hui en Afrique de l'Ouest? 9

M. Traoré n'a pas voulu faire un ouvrage géographiquement comparatif, qui consisterait à examiner les politiques actuelles de la jeunesse en Afrique de l'Ouest ou au-delà. Il propose un ouvrage historiquement comparatif: différents systèmes politiques successifs produisent différentes politiques de la jeunesse. Ce qui implique de se centrer sur un seul pays, le Mali. Ce qui est d'ailleurs une chance, puisque ce pays est passé par différents régimes pour déboucher sur une société démocratique (ce qui n'est pas un cas très répandu dans la région examinée). Dans le même temps, cet ouvrage ne fait pas preuve d'angélisme. Les problèmes sont majeurs et urgents. Les politiques mises en œuvre ne sont pas satisfaisantes, loin de là. Nous sommes plutôt face à un échec, non seulement des politiques de la jeunesse, mais plus profondément de l'action politique face à la jeunesse. D'une certaine manière, jeunes et politiques sont de plus en plus face à face, sans que l'on sache très bien ce qui peut en sortir. Quoi qu'il en soit, voici un ouvrage qui concourt à écrire une histoire de la jeunesse africaine et à se poser la question de son avenir. Ce n'est déjà pas si mal. Au moins le chercheur, lui, aura rempli sa mission. Professeur Jean Houssaye Sciences de l'éducation - CIVIIC Université de Rouen

INTRODUCTION

Les transformations et mutations socioéconomiques ont engendré une diversité de problèmes et de phénomènes nouveaux qui, faut-il le reconnaître, sont de plus en plus complexes. Un ensemble qui affecte non seulement le milieu urbain mais aussi le milieu rural. Dans le domaine de la promotion des jeunes, les thérapeutiques proposées semblent avoir montré leur limite malgré la coexistence de deux logiques de l'Etat sur le terrainl : - une logique où la politique de jeunesse serait prise à sa charge par un ministère spécifique dont ce serait la vocation; - une logique où la politique de jeunesse renverrait à des préoccupations transversales à plusieurs administrations qui l'aborderaient chacune sous l'angle qui lui est propre (social, éducatif, culturel, santé etc..) Une coexistence ayant le plus souvent engendré des situations enchevêtrées. Au nombre des nouvelles approches, une 3e logique: la politique de la décentralisation. Si auparavant l'Etat s'était donné une responsabilité totale et sans partage, actuellement il a selon les domaines partiellement ou totalement cédé sa responsabilité aux collectivités par un transfert de compétences.

1 Direction nationale de la vie associative (mars 1995), les politiques locales de la jeunesse: Evaluation des projets locaux d'animation jeunesse, rapport de synthèse, Paris, p.12. Il

Cette nouvelle donne est intervenue à un moment où : - le Mali, les autres pays du Sud et leurs partenaires s'interrogent encore sur le parcours du parti unique, ses legs et avatars et continuent d'expérimenter le pluralisme démocratique à travers de nouveaux dispositifs qui s'inspirent largement de l'idéal républicain des pays du Nord où, faut-il le souligner, la liberté d'association et d'expression est une réalité, tout comme les subventions que les pouvoirs publics, les collectivités et les municipalités accordent pour l'organisation des activités socioéducatives et récréatives; - le Mali et bien d'autres pays du Sud ont bouclé la seconde décennie de l'ajustement structurel; - le Mali s'apprête à franchir un cap décisif de sa démocratie à travers l'organisation des élections générales en 2007, gage de l'ancrage du pluralisme démocratique; - le Mali et bien d'autres pays du Sud doivent relever les défis de la mondialisation et de la globalisation. Autrement dit, la mise en œuvre de cette 3e logique intervient à un moment où les uns et les autres sont encore soumis à un nouvel exercice, qu'ils soient pouvoirs publics, élus, professionnels, acteurs, partenaires ou autres adjuvants, car tout le monde, a-t-on dit, voudrait tourner le dos à l'empirisme et à l'improvisation. Dans cette perspective, cet accompagnement pourrait aider à réinterroger les modèles, les politiques des institutions, les outils et les points de vue d'experts à partir d'une réflexion sur les expériences, les réalités, les initiatives, les pratiques des acteurs.2 Autant de données qui pourraient concourir à alimenter et à mûrir cette modeste contribution qui, nous
2

LYON -RHONE ALPES (2005), plaquette d'information du Forum
une mondialisation

international économique et social: pour responsable, du 25-28 octobre 2006 à Lyon. 12

l'espérons, permettra à chacun comme l'enseigne le Professeur HOUSSAYE, de trouver des éléments de connaissance, de compréhension et d'interrogation.3 Cependant, il pourrait y avoir certainement des "ombres au tableau" car, d'une manière générale la recherche sur la jeunesse est un domaine peu développé au Mali. L'université de Bamako a ouvert ses portes seulement en novembre 1996.L'Institut national de la jeunesse et des sports du Mali date de 2002. La partie bibliographique des recherches au Mali s'effectue presque toujours en France. Le système d'archivage, s'il n'est pas absent, est épars. Le fonds documentaire qu'on peut consulter à l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire à Marly-le-Roi est presque méconnu au Mali. Autant de raisons qui motivent cet exercice qui, nous l'espérons, pourrait susciter d'autres ouvrages qui pourront éclairer certains aspects qui ne sont pas suffisamment développés ou explicités. Ces difficultés et insuffisances avaient amené COUTROT cité par TETARD, à dire qu'il semble « que tout reste à faire »4. Autrement dit, comme TETARD le note: il reste encore des zones d'ombre à explorers.

3

HOUSSAYE. J (1989), Histoire et évolution des centres de

vacances,éd.~anice,p.9. 4 TETARD. F (1998), les ~ouvements de jeunesse furent-ils des mouvements de jeunes? in Des jeunes et des associations, Paris, L'Harmattan, p.145
5 TETARD. F. op. cit., p.146.

CHAPITRE 1 L'explosion du mouvement associatif "jeune": opportunité ou handicap?

1. L'explosion du mouvement associatif ''jeune'' De l'avènement de la colonisation à ce jour, la définition ou l'approche de cette population cible a très souvent fait l'objet de controverses, a fait couler beaucoup d'encre car la notion de jeunesse ne recouvre pas la même réalité en Afrique et en Europe. Une situation que les indépendances semblent avoir exacerbé. Si en Occident, la notion de jeunesse recouvre plutôt les enfants et les adolescents, en Afrique, comme TOPOR le souligne, il en est autrement: «Notons toutefois ici, que dès le départ, se heurtent et dans une certaine mesure, se contredisent deux notions (au moins !) de la jeunesse. »6 En fait, dira-t-elle, les catégories d'âge visées par le terme "jeune" sont rarement précisées et varient selon la nature des associations. Pour les mouvements d'inspiration européenne, elles sont généralement codifiées, pour les autres, elles sont moins tranchées et peuvent même englober des adultes d'une trentaine d'années.? La complexité du sujet amènera TOPOR à écrire que le terme
TOPOR (H) Mme d'Almeïda, COQUERY. V. C. GOERG. 0 GUITAF. F (1992), Les jeunes en Afrique, évolution et rôle (XIX et ;rxe siècles) tome 1, L'Harmattan, p.6. 7 TOPOR (1989), Le mouvement associatif des jeunes en Afrique noire francophone au XXe siècle, l'Harmattan, op. cit., p.5. 15
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