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Politiques locales de jeunesse

De
320 pages
A douze ans d'intervalle (1993-2005), il s'agit de faire le point sur la territorialisation des politiques de jeunesse et le développement des politiques locales de jeunesse. Nous assistons à un repositionnement de l'Etat et à une redéfinition des rôles des différents acteurs des politiques publiques de jeunesse.
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AGORA débats/jeunesse N° 43 ER 1 TRIMESTRE 2007

SOMMAIRE

AGORA N° 43 – 1ER TRIMESTRE 2007
POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE
Dossier coordonné par Jean-Claude Richez, avec la collaboration de Chantal de Linares et Francis Lebon
ÉDITORIAL – TERRITORIALISATION DES POLITIQUES DE JEUNESSE Jean-Claude Richez

DÉBATS
ÉVOLUTIONS DES POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE Patricia Loncle

POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE ET TERRITORIALISATION DE L’ACTION PUBLIQUE Francine Labadie POLITIQUES TERRITORIALES DE JEUNESSE ET TRANSVERSALITÉ Jean-Pierre Halter POLITIQUES DE JEUNESSE : UNIVERSALITÉ, CIBLAGE OU « DISCRIMINATION POSITIVE » ? Cyprien Avenel PARIER SUR L’HABILETÉ SOCIALE DES JEUNES Noëlle Diebold

POUR EN SAVOIR PLUS 78 Bibliographie Politiques publiques de jeunesse : territorialisation, politiques locales

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POINTS DE VUE
L’ENGAGEMENT SYNDICAL DES JEUNES EMPLOYÉS Vincent Chabault LE RECOURS À L’ASSISTANCE : UN RISQUE ? Léa Lima

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ACTUALITÉ LIVRES
Comptes rendus de lecture Parutions

AGENDA VEILLE INFORMATIVE

Recherche / Études / Formations Rapports officiels Sur le web

V. O. 145 English : 146 • Español : 148 • Deutsch : 152


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TERRITORIALISATION DES POLITIQUES DE JEUNESSE

ÉDITORIAL

u point de départ de ce numéro d’Agora, les Rencontres de Marly organisées par l’INJEP, les 7, 8 et 9 décembre 2005, autour du thème « Douze ans de politiques territoriales de jeunesse 1993-2005 ». Il s’agissait alors de faire le point sur la territorialisation des politiques de jeunesse et le développement des politiques locales de jeunesse douze ans après une première manifestation organisée également à Marly-le-Roi, autour des mêmes thèmes, en mai 19931. LA DÉCOUVERTE DU LOCAL Revenir douze ans après sur cette manifestation nous semblait important. C’est seulement en réinscrivant dans la durée l’analyse des politiques publiques que celles-ci deviennent intelligibles. Les processus de territorialisation relèvent à l’évidence de l’analyse du changement et comme le soulignent Joseph Fontaine et Patrick Hassenteufel : « Dans le cadre des analyses du changement, les échelles temporelles sont rarement spécifiées alors que son appréciation dépend à titre essentiel de cellesci : le changement s’appréhende-t-il à l’échelle de quelques mois, d’une année, de cinq ans, de dix ans, de vingt-cinq ans2… ? » Nous sommes partis d’une base arbitraire d’une douzaine d’années, entre 1993 et 2005 et reprenons ici les principales interventions faites dans le cadre des rencontres de 2005.
1 INJEP, Politiques locales jeunesse : journées d’études 1993, INJEP, Marly-le-Roi, 1994. 2 FONTAINE J., HASSENTEUFEL P., « Quelle sociologie du changement dans l’action publique ? Retour au terrain et “refroidissement” théorique », in FONTAINE J., HASSENTEUFEL P. (dir.), To change or not to change : les changements de l’action publique à l’épreuve du terrain, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », Rennes, 2002, pp. 9-29.

A

Les journées d’études de mai 1993 avaient été organisées avec le concours d’une quinzaine de villes3. Cette manifestation marquait la prise de conscience par les acteurs des politiques publiques de jeunesse d’une mutation dans les modalités de mise en œuvre de ces politiques. En témoignent la mobilisation des villes dans la préparation de ces rencontres comme les commentaires de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, dans sa préface à la publication des « actes ». Dans ce texte de 1994, elle posait comme première réflexion la nécessité de prendre en compte « la nouvelle géographie des pouvoirs et des responsabilités entre les différents acteurs des politiques concernant les jeunes » et de commenter : « Longtemps, en effet, les dispositifs, les programmes les concernant ont été conçus pour l’essentiel au niveau national, sans tenir compte suffisamment des réalités locales. Les lois de décentralisation ont ouvert la voie à l’intervention des collectivités territoriales – et singulièrement des communes – pour répondre aux attentes des jeunes4. » De cette « découverte » témoignent amplement ces « actes » profondément marqués du sceau d’une sorte « d’invention du local », invention qui comme pour tout objet nouveau nécessite qu’on en observe les effets, ce qui explique l’importance accordée, au cours de ces trois journées, aux « observatoires » comme outil privilégié de la connaissance et du pilotage des politiques publiques de jeunesse5. DES ÉVOLUTIONS À ANALYSER Notre ambition était, douze ans après, de mesurer le chemin parcouru,de réinterroger les constats établis alors, de les reformuler aussi à la lumière des avancées théoriques faites dans le domaine de l’analyse des politiques publiques et, notamment, tout ce qui touche à la territorialisation. Ce processus fait l’objet aujourd’hui d’une littérature abondante parce qu’il touche l’ensemble des politiques publiques mais peu de travaux l’ont analysé spécifiquement dans le domaine des politiques de jeunesse. Il s’agit donc dans un contexte profondément renouvelé de faire un état des lieux, de présenter des enjeux, de produire des connaissances en rapport avec ces transformations.
Auxerre, Bordeaux, Champs-sur-Marne, Épinal, Grenoble, Lorient, Marbach, Nantes, Saint-Brieuc, Saint-Égrève, Saint-Priest, Strasbourg, Toulouse, Villeurbanne. Elles avaient réuni près de deux cents participants et une cinquantaine de villes. Quatre grands principes avaient alors été dégagés : – L’élaboration des politiques de jeunesse ne peut se faire en dehors des jeunes eux-mêmes, de tous les jeunes (principe de participation). – Une politique de jeunesse ne peut s’inscrire que dans la durée et la continuité des actions et des dispositifs mis en œuvre (principe de continuité). – Toute politique de jeunesse doit pouvoir répondre aux questions : qui fait quoi ? avec qui ? et pourquoi ? (principe de visibilité). – Visibilité et lisibilité des politiques requièrent des moyens adéquats, qui eux-mêmes traduisent des volontés politiques fortes (principe de réalité). 4 Politiques locales jeunesse : journées d’études 1993, op. cit., p. 7. 5 Les « observatoires » étaient alors à la mode. À l’occasion de ces trois jours furent présentés : l’observatoire régional de santé et d’action sociale de Lorraine, l’observatoire de la demande sociale des jeunes en Région Bourgogne, l’Observatoire de l’action sociale décentralisée, l’observatoire social de Gironde, l’Observatoire du monde de la jeunesse à Turin, voir pp. 149 à 219 dans Politiques locales jeunesse : journées d’études 1993, op. cit.
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Le contexte politico-administratif a connu une profonde recomposition, une nouvelle législation s’est mise en place avec notamment la loi Joxe de 1992 sur le développement de l’intercommunalité et qui apparaît sous la rubrique nouvelle d’« administration territoriale de la République », la loi Pasqua de 1994 dont les attendus évoquent « le développement territorial », acte II de la décentralisation (2004) ; de nouvelles entités sont apparues : communautés de communes, d’agglomérations, pays ; une deuxième vague de décentralisation a entraîné des transferts de compétences. Et, dans cet environnement renouvelé, nous avons assisté à la montée en puissance dans la prise en charge des questions de jeunesse des collectivités territoriales, en même temps que de l’Union européenne et d’autres organismes tels que les caisses d’allocations familiales ou la Mutualité sociale agricole. Des politiques territorialisées, mises en œuvre par l’État, semblent céder la place à des politiques territoriales, mises en œuvre par des collectivités. Ainsi, nous assistons actuellement à un repositionnement de l’État sur cette question et à une redéfinition des rôles des différents acteurs des politiques publiques de jeunesse, laquelle entraîne d’autres recompositions. Les associations d’éducation populaire sont amenées à revoir leurs relations avec l’ensemble des partenaires institutionnels. Elles revendiquent d’être associées à l’élaboration, au pilotage et à l’évaluation des politiques éducatives plutôt que d’être réduites au rôle de simple opérateur. Dans cet esprit, leur positionnement spécifique, au contact des bénéficiaires des politiques de jeunesse, leur apporterait une sorte de reconnaissance. À ces évolutions du territoire d’action, des modes de relations (État, services déconcentrés, collectivités territoriales, associations), des échelons de décision, il faut ajouter la dimension européenne qui modifie l’organisation des sphères de décision et la définition des priorités d’action, avec, certainement, un impact généralement sous-évalué. Cette recomposition est à interroger dans ses mécanismes et dans les nouvelles dynamiques qu’elle engendre. Les cinq contributions des rencontres de Marly-le-Roi de 2005 répondaient, chacune à leur manière, et à partir de positions très différentes par rapport au champ (chercheurs, experts, consultants), à ces différentes questions. LOCAL ET TERRITORIALISATION Patricia Loncle replace la question de la territorialisation dans l’histoire d’un temps long et rappelle que depuis le début de la IIIe République, les collectivités locales ont, contrairement à une idée très largement reçue, une place prépondérante dans les politiques de jeunesse et que les communes sont les véritables « creusets de l’intervention publique en matière de jeunesse ». Si l’on suit jusqu’au bout Patricia Loncle, c’est à la mise en évidence du poids déterminant des politiques locales, à une meilleure prise en compte de leur réalité et de l’importance du « local », ainsi qu’à une formalisation des politiques de jeunesse que l’on a affaire plutôt qu’à un processus de territorialisation proprement dit. Ce mouvement de formalisation s’amorce à la fin des années 1970, il est mis en forme à travers de nouveaux instruments

comme les « territoires » et les « contrats » mis en place par l’État. Au même moment, il y a un glissement des référentiels de ces politiques, de l’animation socioculturelle au social, à travers la prise en compte des questions d’emploi, de culture et de développement d’une part, et avec l’apparition de nouveaux référentiels tels que participation, répression, santé d’autre part. La poursuite du mouvement de décentralisation aurait renforcé la tendance et ré-ouvert, pour Patricia Loncle, la question des inégalités territoriales et de leur régulation, révélant ainsi les limites de ces politiques territoriales. Francine Labadie sur la base des travaux qu’elle a pu mener, ou auxquels elle a été associée dans le cadre du Commissariat général du plan, revient d’abord sur la catégorie « politique de jeunesse » pour lui préférer celle « d’action publique en direction des jeunes adultes ». Elle souligne le paradoxe d’une société vieillissante qui n’a jamais autant investi dans la jeunesse… et où en même temps les jeunes « n’ont jamais été aussi peu reconnus comme une ressource d’avenir ». Pour Francine Labadie, l’enjeu de l’action publique en direction de la jeunesse n’est pas seulement de changer les référentiels d’intervention tels que les a posés Patricia Loncle, mais aussi de changer les représentations de la jeunesse et des temporalités : passer d’une gestion à court terme à des politiques investissant dans l’avenir. Mutation qui ne peut passer que par une transformation profonde de la façon de concevoir la territorialisation à travers le passage d’une approche des territoires comme « espaces de gestion des problèmes » à une approche des territoires comme « espaces de développement ». Les modalités actuelles de territorialisation resteraient de ce point de vue ambivalentes, tout resterait ouvert. Sur ce dernier point, elle rejoint en partie Patricia Loncle et souligne, comme elle, la place qui s’ouvre objectivement pour les Régions dans ce contexte de recomposition. TRANSVERSALITÉ ET UNIVERSALITÉ Jean-Pierre Halter, de sa place de consultant, rouvre le dossier de la transversalité des politiques de jeunesse, déjà largement évoqué en 1993. Il la replace dans le double contexte du glissement de ces politiques, du national au local, et du repositionnement problématique des associations, en soulignant qu’au-delà des apparences, les politiques locales restent fortement conditionnées par les dispositifs nationaux mis en œuvre, soit directement par les différents départements ministériels de l’État, soit par la Caisse nationale d’allocation familiale. Dans ce contexte renouvelé, les collectivités locales se sont en général imposées comme pilotes des politiques de jeunesse, ce qui s’est traduit par la désignation d’élus à la jeunesse, la création ou l’autonomisation de services jeunesses, et la professionnalisation du secteur. Cette recomposition a largement contribué, pour Jean-Pierre Halter, à la fragilisation des associations qui interviennent dans le secteur, ce qui n’est pas sans poser problème. Au-delà, il n’est pas sûr que celle-ci ait joué dans le sens d’une approche plus générationnelle et transversale des questions de jeunesse. Cyprien Avenel revient quant à lui sur la question de l’universalité des politiques de jeunesse qui avait déjà préoccupé les participants aux

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rencontres de 1993. Il rappelle d’abord que depuis le milieu des années 1970, aux approches universelles se sont peu à peu substituées, en tous cas au niveau national, des politiques ciblant des publics selon un triple impératif : nécessité de limiter les dépenses publiques, montée en puissance du principe d’équité et des politiques de discrimination positive. Cyprien Avenel met en évidence les limites de telles approches tout en en reconnaissant les acquis et plaide pour une inscription plus conséquente des politiques ciblées dans des dispositifs de droit commun. Cela ne serait possible qu’à condition de rompre avec une représentation, purement négative, des jeunes comme difficulté et comme catégorie à risque, et avec les logiques d’intervention qui en découlent, curatives ou assistancielles, à condition aussi de prendre en compte les jeunes comme ressource, rejoignant en cela l’une des conclusions de Francine Labadie. LA JEUNESSE COMME RESSOURCE Noëlle Diebold, de son côté, aborde cette conception de la jeunesse comme ressource, dans le prolongement du travail qu’elle avait réalisé pour la Délégation interministérielle à la ville consacré à la place des jeunes dans les projets éducatifs locaux et les contrats de ville, et les enjeux d’une « politique de valorisation des compétences sociales des jeunes » pour reprendre le titre de son rapport de 2004. Une telle politique passe d’abord pour Noëlle Diebold par la mise en œuvre d’une façon autre de construire les projets. Il s’agit de « restituer la dimension locale de l’environnement des jeunes, exposer en quoi les actions conduites par les acteurs organisés apportent aux jeunes des opportunités de s’exprimer, préciser la réalité des savoir-faire, savoir être, aptitudes des jeunes euxmêmes ». Le projet doit être construit autour des compétences sociales des jeunes qui ne sauraient se développer qu’à travers la capacité à multiplier les opportunités d’implication des jeunes. Le slogan de toute intervention en direction des jeunes pourrait être : « Utile pour soi, être utile pour les autres, être soi pour les autres. » Par là, Noëlle Diebold replace les problématiques « politiques de jeunesse » dans les termes plus généraux des « politiques de reconnaissance » en référence aux travaux de Paul Ricœur6. TERRITORIALISATION ET COMPLEXITÉ De l’ensemble de ces contributions nous retiendrons la poursuite et la confirmation des mutations déjà relevées en 1993 et des problèmes nouveaux qu’elles font émerger. S’il y a bien montée en puissance des collectivités territoriales depuis la fin des années 1970, le processus est d’une grande complexité. Il ne peut être ramené comme cela était fait en 1993 aux seuls termes d’une montée en puissance de ces collectivités dans le champ de la jeunesse. Dès 1992, Pierre Grémion mettait pourtant en garde contre ce type d’approche et écrivait déjà : « Durant une décen6

Idée développée et discutée dans l’article de Bernard Bier : « La “politique de la reconnaissance” comme catégorie d’analyse de l’action publique en direction des jeunes », Pensée plurielle, no 14, 2007.

nie, les recherches et les débats vont essentiellement porter sur les collectivités territoriales comme si elles étaient à elles seules toute l’administration territoriale7. » Si cette action publique apparaît comme complexe, fragmentée, éclatée, désordonnée, si elle produit un effet de kaléidoscope pour reprendre la formule de Richard Balme8, n’est-ce pas aussi, comme le pointe Francine Labadie, parce que l’on continue à penser l’action publique en termes de « hiérarchie », de « chef de file » renvoyant à une « spécialisation fonctionnelle des territoires » procédant d’une logique « empruntée au taylorisme et partant de la logique d’emboîtement des compétences des collectivités » ? Et de s’interroger : « Ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir autrement à la complémentarité de leurs interventions ? Comment les interventions publiques pourraient-elles mieux s’articuler au bénéfice des jeunes générations et du bien commun9 ? » Le processus de territorialisation révèle à la fois des données plus anciennes et l’importance de longue date du local dans la mise en œuvre de politiques de jeunesse, jusque-là peu prises en compte dans les analyses, c’est l’une des thèses de Patricia Loncle, et permet de mobiliser des moyens nouveaux et des marges nouvelles ouvertes par le processus à la fois de déconcentration et de décentralisation. L’État maintient une forte emprise et, même si cela se fait sous des formes différentes, il est bien maître du jeu en dernière instance. L’examen du champ des politiques de jeunesse ne peut que confirmer ce qu’écrit François d’Arcy : « Les lois de décentralisation n’ont pas mis fin à la dualité de l’administration territoriale française, fondée sur une interrelation forte entre les collectivités territoriales et les administrations déconcentrées de l’État, elles en ont seulement modifié les équilibres10. » Par ailleurs les processus de territorialisation et de contractualisation, s’ils ont favorisé le développement de politiques de jeunesse mieux intégrées et plus lisibles, n’ont pas bouleversé radicalement la donne. Si le rôle croissant des enjeux territoriaux conduit à une meilleure prise en compte de ces enjeux, notamment par les services jeunesse, ceux-ci se heurtent encore à d’importantes résistances des organisations sectorielles. Si la transversalité, à l’épreuve de la territorialité, a émergé comme question, voire comme volonté, elle n’est pas encore réalité partagée. Il en va de même avec le passage d’un référentiel de l’animation socioculturelle à un référentiel d’action sociale au spectre beaucoup plus large.
GRÉMION P., « Que reste-t-il des administrations déconcentrées ? », in MULLER P. (dir.) L’administration française est-elle en crise ?, L’Harmattan, Paris, 1992, p. 210. 8 BALME R., « Le kaléidoscope des politiques locales et les transformations de l’action publique », in BALME R., FAURE A., MALIBEAU A. (dir.), Politiques locales et transformation de l’action publique en Europe, CERAT, Grenoble, 1998, pp. 13-18. 9 LABADIE F., « La jeunesse comme enjeu départemental : essai de réflexion prospective », in BIER B., RICHEZ J.-C. (coord.), Les conseils généraux, acteurs des politiques de jeunesse, INJEP, coll. « Jeunesse/Éducation/Territoires : cahiers de l’action », no 8, Marly-le-Roi, 2006, pp. 11-17, p. 17. 10 D’ARCY F., ROUBAN L. (dir.), « L’administration territoriale de la République ou le maintien de la spécificité française », De la Ve République à l’Europe : hommage à Jean-Louis Quermonne, Presses de Sciences-Po, Paris, 1996, p. 204.
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En effet, on n’a pas seulement changé de référentiel, on les a multipliés, comme le pointe Patricia Loncle11. Les politiques de jeunesse restent très éclatées entre approches sectorielles thématiques et échelonnements territoriaux multiples et mal maîtrisés. Elles sont aussi en tension entre approche en termes de publics ciblés, de « discrimination positive », et approche universaliste, faute d’être capables de savoir prendre en compte en même temps approche individualisée et droit commun. Il faut ajouter que le repositionnement de l’État met en évidence la question du traitement des inégalités territoriales, de leur régulation. Cette question risque de se poser avec d’autant plus d’acuité qu’on assiste au passage d’un « gouvernement négocié des territoires » à travers projet et contrat, à un « gouvernement à distance » avec notamment le développement d’une nouvelle « gouvernementalité12 ». La mise en place d’agences comme l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances et les nouveaux modes de traitement des territoires qu’elles déterminent en seraient la préfiguration si l’on suit les analyses de Renaud Epstein13. Chacune de ces contributions est amenée d’une façon ou d’une autre à poser la nécessité d’un changement de regard sur la jeunesse14 comme condition d’efficience des politiques de jeunesse mises en œuvre, c’està-dire, d’une certaine manière, à poser la question de la façon dont est pensé le pacte entre générations par les décideurs politiques et la société. Jean-Claude Richez
Un dossier coordonné par : Jean-Claude Richez, responsable de l’Unité de la recherche, des études et de la formation de l'INJEP avec la collaboration de : Chantal de Linares,

rédactrice en chef d’Agora débats/jeunesse
Francis Lebon, rédacteur en chef adjoint d’Agora débats/jeunesse

Voir aussi RICHEZ J.-C., « Six façons bien différentes de voir la jeunesse », in « Politiques locales de la jeunesse : les jeunes comme ressource », Territoires, février 2007, no 475, pp. 24-25. 12 « Nouvelle gouvernementalité » et non gouvernance. Renaud Epstein reprend la notion de Foucault « qui la définissait comme l’ensemble des pratiques par lesquelles on peut constituer, définir, organiser, instrumentaliser des stratégies que les individus, dans leur liberté, peuvent avoir les uns à l’égard des autres », in « Gouverner à distance : quand l’État se retire des territoires », Esprit, novembre 2005, p. 111. 13 Renaud Epstein, op. cit., pp. 96-111. 14 Sur cette question, voir le dossier de la revue Territoires, op. cit., plus particulièrement la mise au point d’Alain Vulbeau sur cette question : « La jeunesse, ressource des politiques locales ? », pp. 20-24. Toujours sur cette dimension, rappelons le travail pionnier d’Alain Vulbeau : La jeunesse comme ressource : expérimentations et expériences dans l’espace public, Érès, Ramonville, 2001.
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AGORA débats/jeunesse APPEL À CONTRIBUTION – CONSIGNES AUX AUTEURS
La revue AGORA débats/jeunesse lance un appel à contribution aux acteurs impliqués et concernés par le champs de la jeunesse (chercheurs en sciences sociales, experts, éducateurs, responsables enfance et jeunesse, animateurs, travailleurs sociaux, enseignants…). Le comité de rédaction et le comité de lecture de la revue s’engagent à donner leur accord pour la publication des textes, en fonction d’une appréciation commune sur le fond et la forme et peuvent être amenés à effectuer des corrections, afin d’harmoniser au mieux les thèmes de réflexions débattus pour les prochains numéros (le contenu des articles n’engage que les auteurs). Chaque proposition de contribution sera accompagnée d’une présentation de l’auteur, de ses coordonnées précises et d’une note d’intention d’une page ou d’une première rédaction de l’article pour avis. Voici les principes de mise en forme que vous devez connaître : L’article : la longueur de l’article est arrêtée à 25 000 signes environ (espaces compris), soit huit pages de revue. Notes de bas de page : les références bibliographiques complètes sont données en bas de page en respectant la norme indiquée par les exemples suivants : Pour les livres : BRACHET P., Le partenariat de service public avec usagers, élus et professionnels, L’Harmattan, Paris, 1994. Pour les revues : DUBET F., « L’étudiant en université de masse », Revue française de sociologie, no XXXV-4, octobre-décembre 1994, pp. 511-532. Toutes les notes sont ramenées en bas de page et numérotées sur l’ensemble de l’article. Elles ne doivent comporter ni tableau, ni graphique et être le plus succinctes possible et ne pas dépasser 4 lignes. Les citations et expressions sont à mettre entre guillemets français sans italiques, qui sont réservés aux livres, revues et mots latins ou étrangers ; d’autre part l’usage du gras est proscrit. Les tableaux et graphiques sont respectivement regroupés en fin d’article, numérotés séquentiellement en chiffres décimaux et appelés dans le texte à l’endroit où ils doivent être insérés. La légende des graphiques et les titres des tableaux doivent être clairement indiqués à l’aide de motifs distinctifs (hachures, points,etc.). Expliciter les sigles, donner les citations en français dans le corps de l’article avec renvoi du texte en langue d’origine en note de bas de page, fournir les sources des données utilisées. Le titre : il devra faire environ 30 signes. Le résumé : les articles doivent être accompagnés d’un résumé de 600 signes. Publié, il viendra en texte introductif à votre article et en fin d’article traduit en anglais, espagnol et allemand (la rédaction se charge de la traduction). La présentation de l’auteur : l’auteur joindra à son article, avec ses coordonnées complètes, une courte bibliographie orientée (entre 5 et 10 références) et une notice biographique (profession, domaines de recherches et d’actions, travaux en cours, etc.) qui permettra à la revue de rédiger une courte présentation. Consignes relatives à l’envoi postal ou courriel : 1 - L’envoi postal comprendra : une disquette contenant votre article, votre résumé, vos coordonnées et votre présentation ainsi que deux sorties papier de l’ensemble de ces éléments. Adresse : INJEP, Parc du Val Flory, 78160 Marly-le-Roi. 2 - Si vous disposez d’un courriel, il n’est pas nécessaire de passer par l’envoi postal, adressez vos textes en documents annexés à : agora@injep.fr.
Contacts : Chantal de Linares, rédactrice en chef – tél. : 01 39 17 25 97 Francis Lebon, rédacteur en chef adjoint – tél. : 01 39 17 27 58 Apolline de Lassus, secrétaire de rédaction – tél. : 01 39 17 27 42 Fax : 01 39 17 27 65 – courriel : agora@injep.fr – site : www.injep.fr

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ÉVOLUTIONS DES POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE 14 Patricia Loncle, enseignante-chercheuse à l’ENSP, département Politiss et Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires Le présent article a pour objectif de proposer une synthèse des évolutions qui affectent les politiques locales de jeunesse depuis une décennie. Pour ce faire, il s’intéresse aux changements qui concernent, d’une part, les problèmes publics définis par les politiques locales et, d’autre part, les niveaux d’intervention desdites politiques. Les politiques de jeunesse sont envisagées comme faisant partie d’un processus de complexification, de transversalisation de l’action publique, sur fond de désengagement de l’État. En procédant de la sorte, nous tentons de revenir sur l’hypothèse générale qui structure ce numéro : est-ce que les évolutions en matière de politiques locales de jeunesse vont dans le sens d’un développement des politiques territoriales ?

POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE ET TERRITORIALISATION DE L’ACTION PUBLIQUE 30 Francine Labadie, chargée de mission à la Délégation au développement et aux affaires internationales, ministère de la Culture et de la Communication, ancien rapporteur de la commission « Jeunes et politiques publiques » au Commissariat général du Plan L’auteur part des travaux réalisés par le Commissariat général du Plan pour analyser, à partir des dynamiques locales, l’action publique en direction des jeunes adultes à l’occasion de leur entrée dans les responsabilités économiques, sociales et politiques. Sont tour à tour examinées, dans une perspective cognitiviste, les représentations de la jeunesse convoquées à travers ces politiques, les conceptions des territoires mises en œuvre ainsi que leur imbrication. L’analyse mène à une interrogation sur la territorialisation en cours, laquelle risque d’aboutir à une exacerbation de la concurrence entre les différents niveaux d’intervention publique. Un repositionnement de chacun devient nécessaire, au sein duquel la Région pourrait être un échelon pertinent de médiation politique.

POLITIQUES TERRITORIALES DE JEUNESSE ET TRANSVERSALITÉ 44 Jean-Pierre Halter, sociologue, directeur de l’association Méthodes et sciences humaines, chargé de recherche, d’études et de formation associé à l’INJEP Impulsées par l’État, la contractualisation et la territorialisation de l’action publique en direction des jeunes ont eu un impact sur l’élaboration des politiques de jeunesse et suscité l’émergence de nouveaux acteurs institutionnels, professionnels et politiques. La transversalité de l’action publique se trouve ainsi au cœur d’une recomposition qui dessine une nouvelle répartition des pouvoirs entre l’État et ses représentants, les élus locaux et leurs techniciens, la sphère associative, ses militants et ses professionnels.

POLITIQUES DE JEUNESSE : UNIVERSALITÉ, CIBLAGE OU « DISCRIMINATION POSITIVE » ? 56 Cyprien Avenel, sociologue, chargé de mission à la CNAF, enseignant à l’IEP de Paris L’auteur analyse la montée des dispositifs de ciblage, notamment en direction des jeunes, destinés à compenser les insuffisances des politiques de droit commun. En se référant à des exemples précis qui montrent l’incertitude des objectifs, des moyens et des résultats de ces dispositifs, l’auteur plaide pour leur inscription beaucoup plus conséquente au sein des politiques de droit commun. Une réelle discrimination positive devrait permettre aux usagers de s’approprier les politiques de droit commun, d’en être les acteurs et d’être considérés comme une ressource locale plutôt que comme une population déficitaire.

PARIER SUR L’HABILETÉ SOCIALE DES JEUNES 68 Noëlle Diebold, psychologue clinicienne, socio-analyste, chargée de cours aux universités de Bourgogne, Paris-V et Paris-XII Parier sur l’habileté sociale des jeunes, c’est se donner les chancese, simultanément, du développement social et du développement de l’identité individuelle des jeunes. Cela nécessite, pour le monde des adultes, de s’attacher à connaître et reconnaître les compétences sociales des jeunes pour les mettre en œuvre dans les projets qu’ils construisent. Les jeunes mettent en œuvre naturellement ces compétences dans trois domaines, celui des proches, celui de l’organisation sociale instituée et celui de l’environnement social proche. Ce pari suppose aussi d’abandonner la logique actuelle de construction des projets centrée sur le manque pour développer une méthodologie adaptée aboutissant à la mise en œuvre de ces compétences sociales lors de la construction de projets sur un territoire donné.

POUR EN SAVOIR PLUS Bibliographie – Politiques publiques de jeunesse : territorialisation, politiques locales

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ÉVOLUTIONS DES POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE
Le présent article a pour objectif de proposer une synthèse des évolutions qui affectent les politiques locales de jeunesse depuis une décennie. Pour ce faire, il s’intéresse aux changements qui concernent, d’une part, les problèmes publics définis par les politiques locales et, d’autre part, les niveaux d’intervention desdites politiques. Les politiques de jeunesse sont envisagées comme faisant partie d’un processus de complexification, de transversalisation de l’action publique, sur fond de désengagement de l’État. En procédant de la sorte, nous tentons de revenir sur l’hypothèse générale qui structure ce numéro : est-ce que les évolutions en matière de politiques locales de jeunesse vont dans le sens d’un développement des politiques territoriales ?
Patricia Loncle Enseignante-chercheuse à l’École nationale de la santé publique (ENSP), département Politiss et Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires ENSP Avenue du Professeur Léon Bernard 35043 Rennes Cedex Courriel : Patricia.Loncle@ensp.fr

L’histoire des politiques de jeunesse, depuis le début de la IIIe République, permet de mettre en évidence la primauté de leur dimension territoriale1. En effet, si, pendant cette période, l’État réglemente quelque peu son intervention en instaurant des corps d’inspecteurs de l’hygiène, en créant les bureaux de bienfaisance et les bureaux d’hygiène, celle-ci reste bien souvent plus incitative que contraignante2. De plus, s’agissant spécifiquement de la jeunesse, les politiques publiques étatiques présentent des logiques plus transversales que sectorielles. Même lorsque l’État développe largement son administration au sortir de la Seconde Guerre mondiale et surtout à partir de la Ve République, il attribue peu de compétences au ministère chargé de la jeunesse, ce qui conduit l’administration centrale à une intersectorialité assez systématique3. Les communes, quant à elles, ont déployé tout au long de cette période une intervention plus ou moins directe en direction de la jeunesse, soit en soutenant les actions de ce que l’on appelle pour un temps encore les « œuvres » et bientôt les « associations », soit en créant leurs propres structures de type colonies de vacances, équipements sportifs ou autres « sous des écoles ». Elles présentent la particularité, en outre, d’avoir développé des logiques d’intervention adaptées à leur territoire, aux « besoins » de leur population, et ce dans une acception parfois complètement transversale, à partir des bureaux de bienfaisance par exemple, et dans une volonté de soutien aux initiatives des œuvres de jeunesse. De ce point de vue, les communes apparaissent assez largement comme le creuset de l’intervention publique en matière de jeunesse. Quand l’État organise plus fortement son intervention publique à partir du début des années 1960, la marge de manœuvre des municipalités reste forte. Elles développent ainsi des politiques locales dans les « interstices4 » des politiques étatiques : en entrant, par exemple, en négociation avec les associations sur l’attribution des équipements socioculturels financés par l’État, en dotant lesdites associations d’espaces de discussion sur la politique communale de la jeunesse. Les œuvres puis les associations de jeunesse sont caractérisées, quant à elles, par un rôle central du milieu du XIXe siècle jusqu’au début des années 1960. En effet, elles incarnent les lieux dans lesquels se joue la formulation des problèmes publics en direction de la jeunesse (on pense par exemple aux patronages de jeunes apprentis ou de jeunes sortant de prison, aux patronages plus généralistes implantés dans les villes) ; ce sont elles qui pendant toute cette période administrent l’action publique, quand elle existe, ou bien organisent les campagnes de collecte de fonds nécessaires à l’action. Bien avant les autorités publiques, les associations définissent les valeurs dominantes, les logiques cognitives propres à ce secteur. À partir des années 1960, leur influence décline mais elles gardent une fonction très importante de mise en œuvre : si elles sont réduites parfois à la fonction de prestataires de services, elles exercent encore dans nombre de municipalités une fonction d’aiguillon considérable.
Pour plus de détails sur ces dimensions, voir notamment : Loncle, 2003. La seule exception est sans doute constituée par l’Éducation nationale dont les lois fondatrices de 1882 et celles qui suivent établissent un quadrillage territorial d’importance. Sur ces questions, voir les travaux de Dumons et Pollet, 2001. 3 De ce point de vue, la période du Haut Commissariat à la jeunesse et aux sports avec ses pratiques de cogestion apparaît assez emblématique. Sur ce point, voir : Tétard, 1998. 4 Grémion, 1976.
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Les interrelations entre ces trois types d’acteurs façonnent durablement ce que l’on peut désigner comme de véritables « traditions d’intervention territoriale » en direction de ce public. Ces traditions sont caractérisées par des sensibilités plus ou moins grandes à la protection de la jeunesse (cas par exemple de la municipalité lilloise), à la dynamique socioculturelle (cas par exemple de la municipalité rennaise) ou bien encore à l’organisation de la préservation de la paix sociale (cas par exemple de la municipalité messine). Elles permettent de comprendre comment s’organise le changement dans un domaine d’intervention marqué depuis toujours par son aspect territorial et transversal. C’est pourquoi, afin de mettre en évidence les évolutions récentes des politiques locales de jeunesse, nous avons fait le choix pour le présent article de nous focaliser sur deux de leurs dimensions : les domaines d’intervention et les échelons de décision et de mise en œuvre.

ÉVOLUTIONS RÉCENTES DES DOMAINES D’INTERVENTION
Une analyse sur une longue période des politiques de jeunesse montre qu’un triple tournant a été amorcé à partir des années 1980 : prise de conscience des difficultés multiformes d’intégration des jeunes, réforme de l’action publique au bénéfice de la territorialisation et d’une transversalité systématique, et enfin décentralisation des compétences en faveur des collectivités locales. De ce fait, l’intervention publique en matière de jeunesse s’est profondément transformée, d’abord dominée depuis les années 1960 par les références à l’animation socioculturelle, elle a ensuite accordé une place centrale aux réflexions en matière sociale5, d’intégration par l’emploi6, par la culture7. De plus, si les formes d’intervention publique étaient déjà largement déterminées par les dimensions territoriales, les nouveaux instruments que sont le « territoire » ou le « contrat » ont systématisé cette approche avec des politiques qui concernent en premier lieu les jeunes (politiques de la ville, missions locales pour l’emploi des jeunes, zones d’éducation prioritaire, contrats enfance jeunesse, ville vie vacances, etc.). Ces constats sont toujours d’actualité ; cependant quelques éléments peuvent être soulignés à propos de la dernière décennie. Nous reviendrons d’abord sur le caractère établi du champ socioculturel, puis sur la place centrale prise par les questions sociales. Enfin nous ferons un tour d’horizon sur les thématiques émergentes ou réémergentes en matière de politiques locales de jeunesse.

Interventions classiques et champ socioculturel
Lorsque l’on interroge les élus et les professionnels aujourd’hui sur ce qu’ils pensent des grandes évolutions de la prise en charge de la jeunesse, ils affirment couramment que les interventions classiques par le biais du domaine socioculturel sont désormais bien établies8. La plupart des communes, y compris les plus petites, disposent de leur centre de loisirs et même de leur club de jeunes.
Estèbe, 2004. Nicole-Drancourt, Roulleau-Berger, 2003. 7 Faure, Garcia, 2005. 8 Sur cette question, voir par exemple : Loncle, « Paroles d’élus et politiques de jeunesse : échelons communaux et intercommunaux à Rennes Métropole », 2006.
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Pourtant, l’existence de ces structures ne semble que rarement suffisante pour couvrir les besoins des jeunes des communes. Ainsi, les élus et les professionnels pointent généralement deux choses. D’une part, les jeunes de plus de 12 ans fréquentent assez peu les structures collectives et, même quand ils les fréquentent, ils ont un mode de relation assez consommateur et ils ne s’investissent pas pour autant dans la vie de leur quartier ou de leur commune. D’autre part, les responsables, dans les communes rurales ou rurbaines, se révèlent assez démunis et ressentent un certain désarroi lorsqu’il s’agit de répondre à des demandes plus larges que celles du loisir ou du L’appel à la participation des jeunes est sport, comme quand les jeunes ont besoin d’un logement, de conseils devenu un phénomène important dans les pour leur insertion professionnelle politiques locales en France et en Europe. ou bien encore quand ils ont des difficultés de transport. Pour cet ensemble de raisons, les élus et les professionnels estiment que la politique de jeunesse qu’ils considèrent comme « classique » par le biais du socioculturel est à présent à la fois suffisamment implantée et insuffisante. Ce qui pourrait pourtant être discuté, c’est le caractère « classique » de ce domaine. En effet, il n’apparaît pas si ancien si on le compare à l’ensemble des actions menées dans notre pays en direction des jeunes (notamment en vue de la protection de la maind’œuvre, du maintien de la paix sociale, de la défense du pays, du développement de l’éducation et de l’apprentissage). Ce domaine d’intervention a été organisé progressivement à partir de l’entre-deux-guerres par les organisations et les mouvements de jeunesse, dans un premier temps, puis avec un soutien des pouvoirs publics à partir du sous-secrétariat aux Loisirs et aux Sports de Léo Lagrange en 1936, dans un second temps. Pourtant, on peut dire que sa systématisation est surtout le fait des années 1960 et qu’elle va de pair avec une décroissance des organisations et des mouvements de jeunesse. De plus, il ne semble pas que le domaine socioculturel soit la réponse à la formulation d’un problème public spécifique. En effet, l’émergence des politiques de jeunesse résulte, presque à tous les coups, des questions sociales, d’éducation, de santé et de lutte contre la délinquance. Ainsi les œuvres de jeunesse s’organisent-elles à la fin du XIXe siècle pour lutter contre la mise en danger de la moralité des jeunes d’origine populaire. Elles se liguent pour améliorer le niveau d’instruction de cette population, elles développent des perspectives très hygiénistes – on pense notamment aux colonies de vacances – et tentent de canaliser les énergies des classes dangereuses. De ce point de vue, les actions socioculturelles apparaissent souvent comme une réponse connexe à des questions plus centrales que celle de l’occupation des jeunes. Même pendant la période des années 1960 où le champ socioculturel devient plus fort, son organisation répond à des besoins plus « impérieux » : ce sont, par exemple, les nécessités de modernisation du pays, ou encore l’organisation de la « jeunesse inorganisée » pour la mettre à l’abri de l’influence des blousons noirs9.

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Bantigny, 2003 ; Tétard F., « Le phénomène des blousons noirs comme rupture des représentations de la jeunesse », colloque national de la Société d’ethnologie française, Le Creusot, mai 1985.

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Du fait de ces éléments, on constate aujourd’hui un déplacement des préoccupations des élus et des professionnels en ce qui concerne les politiques locales de jeunesse, celles-ci ne semblant plus pouvoir se résumer, même dans les petites communes, à la mise en œuvre d’actions socioculturelles.

Évolution des préoccupations sociales
La question de la place centrale qu’occupent les préoccupations sociales dans les politiques de jeunesse semble plus difficile à analyser. Pourtant après une décennie et demie de forte mobilisation, son importance tend à diminuer ; d’abord parce que les engagements de l’État se sont déplacés, ensuite parce qu’il y a eu un traitement plus individualisé des populations, enfin parce qu’on observe un mouvement progressif de « sanitarisation » des questions sociales. L’État, à partir des premières lois de décentralisation jusqu’à l’acte II de 2004, a opéré un retrait progressif des questions sociales. Si le domaine de l’insertion sociale est encore considéré comme faisant partie de ses attributions après 19821983, s’il garde donc une influence majeure sur la décentralisation, l’emploi et la lutte contre l’exclusion des jeunes, par exemple, la deuxième vague de la décentralisation montre un désengagement presque total. L’État n’a plus du tout les mêmes pouvoirs d’intervention à l’égard de la jeunesse… Il ne lui reste guère que la justice et la police. De nombreuses analyses mettent en évidence le mouvement d’individualisation des questions sociales à partir du milieu des années 199010. Dans son ouvrage consacré aux lieux d’écoute, Didier Fassin11 montre comment, dans un mouvement généralisé de mise en œuvre de réponses individuelles aux difficultés sociales, les jeunes sont l’une des principales cibles. On leur propose des dispositifs faits de conseils et d’accompagnement, sans doute parfaitement adaptés à leur souffrance psychique et à leurs difficultés d’intégration par l’emploi (programme TRACE ou points d’accueil et d’écoute jeunes et autres maisons de l’adolescence), mais on néglige les aspects sociaux des mêmes difficultés (pauvreté des familles, quartiers difficiles, établissements scolaires sous-dotés, isolement géographique, etc.). Cette tendance s’ancre d’ailleurs dans un mouvement global, néolibéral et européen, qui marque l’évolution de la prise en charge sociale12. Enfin, le glissement vers un traitement plus sanitaire des questions sociales apparaît, lui aussi, comme la conséquence de plusieurs éléments : une prise de conscience plus grande des inégalités sociales de santé ; un renforcement des pratiques de programmation en santé publique ; un rôle plus marqué de l’État dans ce domaine, notamment depuis la loi du 9 août 2004. Dans cette évolution, les jeunes ne sont pas en reste. En effet, ils bénéficient largement des actions mises en œuvre, par exemple, dans le cadre des programmes régionaux d’accès à la prévention et aux soins, certains programmes régionaux de santé des jeunes leur sont même dédiés et la loi du 9 août fait de la lutte contre les conduites addictives et la violence l’un de ses principaux objectifs.

Voir par exemple : Ballain, 2005 ; Smith, 2005 ; Murard, 2003. Fassin, 2004. 12 Jobert, 1994.
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Participation, répression, santé
Ces différents mouvements, en affaiblissant la portée des référentiels socioculturels et sociaux, conduisent à la reformulation des principaux problèmes publics en matière de jeunesse. Au moins trois thématiques ont pris ou repris de l’ampleur au cours des dernières années : la participation, la répression, la santé. L’appel à la participation des jeunes est devenu un phénomène important dans les politiques locales en France et en Europe. Les prémices de ce mouvement peuvent être recherchées certes Les nouvelles dispositions en direction dans la période des années 1960 où de la jeunesse ne font pas disparaître les initiatives sont plutôt le fait des jeunes eux-mêmes13, mais la croisle fait que ces politiques sont toujours sance de cette « nouvelle vague » davantage caractérisées par des de participation est liée à un triple déclarations d’intention que par constat. À l’instar des autres génédes mises en œuvre d’envergure. rations, mais sous une forme accentuée, les jeunes votent peu et se défient de la classe politique14. S’ils se mobilisent encore largement dans le champ associatif, ils le font selon des modalités nouvelles qui remettent en cause l’organisation longtemps fédérale du secteur : les associations locales, à fonctionnement horizontal et plus informel, ont la préférence des jeunes15. Or, si les jeunes restent en dehors du système politique traditionnel, l’avenir de la démocratie semble plus ou moins menacé. Pour cet ensemble de raisons, les municipalités, de même que l’État ou que les instances européennes ont multiplié les expériences d’appel à la participation des jeunes. Pourtant, malgré de nombreuses initiatives, presque toujours très formelles, celles-ci demeurent plutôt insatisfaisantes : faible représentativité des jeunes, budgets exsangues, thématiques de consultation étroites, statut uniquement consultatif, prise en compte insuffisante des recommandations des jeunes dans le processus de décision16… C’est pourquoi, de nombreux travaux plaident pour accentuer le soutien aux initiatives plus informelles, pour renforcer les capacités des jeunes et systématiser un meilleur apprentissage de la participation17. Les réflexions et les actions en matière de répression de la délinquance des jeunes sont en forte augmentation depuis la dernière décennie18. Les pratiques de répression et de surveillance des jeunes constituent certes un phénomène ancien, daté par les historiens du début de l’urbanisation à la fin du XIXe siècle19, pourtant, ce phénomène prend aujourd’hui une ampleur considérable, et sans doute inédite

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Koebel, 1997. Pour davantage d’éléments sur les attitudes des jeunes vis-à-vis de la politique, voir notamment : Muxel, 2002 ; Muxel, 2001 ; Galland, Roudet, 2005. 15 Becquet, de Linares, 2005 ; Barthélemy, 2000, p. 217 et suivantes. 16 Loncle, Rouyer, 2004, pp. 133-154 ; Loncle, « Les jeunes à Rennes et à Metz : une participation peut en cacher une autre », 2002, pp. 131-151. 17 Voir les préconisations du premier rapport de synthèse du groupe sur la participation sur le site www.up2youth.org ; Forbrig, 2005. 18 Beaud, Pialoux, 2003. 19 Perrot, 1986.
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pour la période qui suit la suppression des pratiques de relégation en 197020 (mises à l’écart à la suite de décisions de justice). Cette répression s’exerce par le biais de l’État qui renforce ses dispositifs de surveillance et de sanction. Cependant, les collectivités locales organisent aussi, largement, la surveillance du comportement des jeunes21. Cette dimension répressive est d’ailleurs très amplifiée aujourd’hui par l’actualité législative avec l’examen du projet de loi sur le traitement de la délinquance qui entend faire du maire le pivot de cette politique22. Les jeunes sont concernés au premier chef, et notamment les jeunes issus de l’immigration, par ce mouvement de sévérité accrue de l’action publique23. Cette stigmatisation est accentuée, d’une part, par des amalgames très simplistes qui consistent à montrer une homogénéité artificielle de l’ensemble des jeunes des cités24, d’autre part, par des raccourcis erronés consistant à rejeter la faute de tel ou tel phénomène de délinquance sur ces mêmes jeunes25. Les émeutes urbaines de l’an passé ont au moins permis de relancer le débat sur le traitement médiatique et politique des jeunes dans la société française26. Ce traitement plus répressif est dû pour partie au traitement individualisé des problèmes sociaux27, il est aussi une réponse devenue assez systématique aux peurs d’une société vieillissante et encline à se protéger28. Enfin, le traitement des questions de jeunes sous l’angle de la santé apparaît comme une réémergence. Les aspects hygiénistes avaient été l’occasion d’une mobilisation d’envergure à partir de la fin du XIXe siècle, or les réflexions sur la santé des jeunes semblent se développer à nouveau. Il faut rappeler que 85 % des jeunes sont en bonne santé29, et pourtant ces derniers font l’objet des feux nourris de politiques de prévention et de prise en charge, notamment au niveau local. Les explications de cette tendance ne relèvent pas seulement d’une surexposition des jeunes à un certain nombre de risques (comme le sida ou le suicide) mais également du caractère particulièrement légitime de l’intervention des décideurs locaux en leur direction, d’une part, et du fait qu’ils se trouvent très souvent captifs des messages de prévention (dans les structures scolaires notamment30), d’autre part. Dans de nombreuses municipalités se mettent en place des maisons de l’adolescence, des réseaux locaux de prévention et de promotion de la santé, des points d’accueil et d’écoute jeunes, des lieux de sensibilisation aux conduites de consommation à risque, etc. Tout se passe comme si les jeunes, part à la fois

Communication de J.-C. Vimont, « La jeunesse des relégués », séminaire « Jeunes et jeunesse(s), objets d’histoire », groupe de travail animé par L. Bantigny, séance du 30 novembre 2006. 21 Volery, 2006. 22 Voir le texte no 433 de Nicolas Sarkozy, ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, déposé au Sénat le 28 juin 2006, www.senat.fr/leg/pjl05-433.html. 23 Wacquant, 2004. 24 Marlière, 2005. 25 Mucchielli, 2005. 26 Lagrange, Oberti, 2006. 27 Fassin, 2004. 28 Fédida, 2006. 29 Pommier, Bec, Deschamps, à paraître en 2007. 30 Loncle, « Jeunesse et action publique : du secteur à la catégorie », 2002.
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précieuse et dangereuse de la population, nécessitaient une attention très systématique pour qu’ils se conforment aux normes sociales dominantes, et préservent leur « capital » santé pour intégrer le système de production. Ces évolutions en faveur de la participation, de la répression et de la santé des jeunes présentent la particularité de trouver, aujourd’hui, des mises en œuvre diverses à de multiples échelons de l’action publique.

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LES ANCIENS ET LES MODERNES DANS LES POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE
Depuis environ une décennie, on assiste à une recomposition des rôles des acteurs publics et associatifs mais également à l’apparition de nouveaux protagonistes dans la définition et l’implantation des politiques de jeunesse. Ces évolutions sont à attribuer à de multiples facteurs. Le premier d’entre eux est sans doute la légitimité croissante des questions de jeunesse31. En effet, à une période où l’on met de plus en plus en avant la pénurie financière, les élus locaux opèrent indéniablement des choix dans la valorisation de telle ou telle mise à l’agenda. À partir de l’exemple de la lutte contre le sida, nous avons pu montrer qu’il était beaucoup plus facile pour un maire ou pour un président de conseil général de s’investir en faveur de la santé des jeunes plutôt qu’en faveur de celle des toxicomanes ou des populations étrangères32. Ensuite, la jeunesse, en permettant de développer des raccourcis entre dynamisme d’une population et avenir d’une collectivité locale, peut utilement apparaître comme un outil de construction territoriale33. De plus, il est plus aisé de faire figurer les questions de jeunesse comme une catégorie d’intervention à part entière lorsque l’action publique a évolué pour devenir plus transversale, plus territoriale et plus contractuelle34. En effet, alors que l’une des difficultés de la mise en œuvre des politiques de jeunesse tenait au fait que celles-ci n’étaient que peu adossées à une administration spécialisée, dotée d’effectifs de fonctionnaires importants, la situation évolue au niveau local où les administrations de mission deviennent pratique courante. De ce point de vue, la multiplication des services et des missions jeunesse dans les municipalités, voire les conseils généraux, s’inscrit dans ce mouvement. En outre, la reformulation du rôle de l’État, qui se retire progressivement des questions sociales, contraint ou encourage les collectivités locales à se mobiliser en direction de cette population. Enfin, le renforcement de l’échelon régional ainsi que l’émergence de nouveaux territoires dits de projet, comme les communautés de communes ou les pays, favorisent la constitution de nouveaux espaces de décision qui se positionnent peu à peu en matière de politique locale de jeunesse. Cet ensemble de raisons fait que la population jeune attire une attention plus soutenue de la part de l’ensemble des niveaux territoriaux de décision. Cependant, ces nouvelles dispositions en direction de la jeunesse ne font pas disparaître le fait que ces politiques sont toujours davantage caractérisées par des déclarations d’intention que par des

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Vulbeau, 2001 ; Loncle, « Les jeunes à Rennes et à Metz : une participation peut en cacher une autre », 2002 ; Cicchelli, Pugeault-Cicchelli, 2006, pp. 101-120. 32 Loncle, « Les jeunes à Rennes et à Metz : une participation peut en cacher une autre », 2002. 33 Loncle, « Quels gains symboliques les municipalités attendent-elles de la jeunesse ? », 2004 ; Le Bart, Lefèvre, 2005. 34 Fontaine, Hassenteufel, 2002.
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mises en œuvre d’envergure. Examinons plus précisément comment s’opèrent les évolutions du côté des « anciens » protagonistes des politiques locales de jeunesse, puis du côté des « nouveaux ».

Du côté des anciens : évolutions récentes dans les communes et dans les départements
Si l’on réfléchit à qui sont les anciens en matière de politiques locales de jeunesse, on peut citer, tout d’abord, les municipalités pour leur antériorité dans ce domaine. Dans une certaine mesure, les départements ne sont pas en reste dans ce mouvement et constituent les lieux d’implantation des corps de On peut souligner l’importance fonctionnaires chargés de la mise grandissante de l’expertise des en œuvre des politiques de l’État35. collectivités locales en matière de Si l’avènement de l’État-providence jeunesse, qu’il s’agisse de personnels à partir de 1945 avait retiré, pour partie, à ces échelons la possibilité qualifiés, formés aux questions de de développer des politiques autojeunesse, ou d’outils d’observation nomes d’envergure, une nouvelle des caractéristiques des jeunes opportunité est offerte avec les lois sur un territoire donné. de décentralisation de 1982 et les suivantes. Pourtant, les évolutions de la dernière décennie ont fait changer assez profondément la nature de l’intervention de ces deux échelons. Indéniablement, certaines évolutions semblent favorables à l’énoncé des politiques de jeunesse. En créant des services spécialisés, souvent rattachés à la politique de la ville, la plupart des moyennes et grandes municipalités se sont dotées de moyens pour développer une prise en charge globale de la jeunesse dans leur territoire. De même, les conseils généraux, dans un certain nombre de départements, ont adopté une politique de jeunesse permettant une déclinaison cohérente des différentes missions sectorielles qui leur sont dévolues par l’État. Dans le même temps, à partir des élections municipales de 1995, on a vu se multiplier les mandats d’élus spécifiquement dédiés à la jeunesse. De ce fait, on peut souligner l’importance grandissante de l’expertise des collectivités locales en matière de jeunesse, qu’il s’agisse de personnels qualifiés, formés aux questions de jeunesse, ou d’outils d’observation des caractéristiques des jeunes sur un territoire donné. Le fait d’avoir, en outre, un élu référent bien identifié permet aux services et aux missions jeunesse d’être relayés, entendus au conseil municipal. Cela a conduit à un meilleur affichage de l’intervention en matière de jeunesse. Dans le prolongement de cette observation, un important travail en réseau s’est développé entre les élus et les techniciens des villes mobilisées en faveur de la jeunesse. Cela permet l’échange de savoirs, d’expertises, éventuellement de « bonnes pratiques » et donne du poids aux initiatives de chacun dans son territoire. Ce travail est formalisé par des réunions périodiques entre élus et techniciens mais il est également le fait de rencontres informelles, à l’occasion, par exemple, des formations continues organisées sur le thème de la jeunesse (à

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Paquy, 2003.

l’École nationale d’administration des collectivités territoriales d’Angers notamment ou à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire [INJEP] à Marly-le-Roi, ou encore lors des Rencontres nationales des professionnels de jeunesse [NEUJPRO] organisées par le conseil général de l’Allier depuis 2002, et lors de leur prolongement). De plus, les initiatives ainsi développées s’inscrivent souvent dans une logique de territorialisation très aboutie. Ainsi, pour les municipalités, la politique de jeunesse est souvent liée à la politique de la ville. Or, dans la plupart des villes, comme elles prennent appui sur les territoires de cette politique, on peut constater une déclinaison de la politique de jeunesse par quartier, ce qui permet, en outre, une interconnexion plus aisée entre les thématiques et les équipes (maîtrise d’œuvre urbaine et sociale, animateurs, éducateurs, police et justice, notamment). De même, quand les conseils généraux développent une politique de jeunesse, ils le font dans un souci de proximité et d’adaptation aux besoins des jeunes (en se fondant, notamment sur des indicateurs comme l’éloignement par rapport à la ville-centre, et intègrent leurs actions à un échelon plus fin comme l’arrondissement ou l’unité territoriale. Néanmoins, un certain nombre d’autres éléments peuvent poser question quant à l’avenir de la prise en charge de la jeunesse. Ainsi, les transformations dues à la loi du 13 août 2004 conduisent à une nouvelle répartition des compétences en matière sociale. Bon nombre de domaines sont transférés totalement, ou presque, aux collectivités locales alors qu’ils faisaient l’objet d’une cogestion État/collectivités ; il en est ainsi de l’apprentissage, pour le niveau régional, du fonds d’aide aux jeunes et du fonds de solidarité logement, pour le niveau départemental, etc. Dans cette nouvelle configuration, les collectivités locales deviennent les institutions organisatrices de la prise en charge des jeunes. Si cette évolution permet une bonne adéquation entre la situation des jeunes et les réponses publiques, elle peut également se révéler préoccupante, au moins à deux égards. Tout d’abord, devant les transferts de charge très importants qui ont été effectués en direction des départements notamment, ne peut-on pas craindre une certaine baisse de la capacité d’initiative de ces territoires ? Ces derniers sont en effet confrontés à des compétences quasi abyssales et non entièrement compensées par l’État36 dans le domaine du handicap et des personnes âgées, n’y a-til pas là un risque que les amorces de politiques de jeunesse se désagrègent et que les jeunes soient seulement bénéficiaires a minima des compétences obligatoires comme le fonds d’aide aux jeunes ? De plus, ce retrait de l’État qui n’est plus garant de l’égalité de l’accès aux droits dans bon nombre de domaines sociaux pose problème. En effet, si l’État compense une partie des dépenses générées par les dispositifs, il n’a plus à sa disposition que des données partielles pour effectuer un suivi de leur utilisation. Or la qualité de la prise en charge locale de la jeunesse est soumise à de nombreux facteurs qui font toute sa richesse mais également sa fragilité. Dans un contexte où l’État se retire presque totalement de la mise en œuvre, les inflexions territoriales risquent de prendre encore davantage d’importance. Si certaines

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Loncle, La décentralisation du RMI dans le département du Nord, 2006.

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collectivités locales apparaissent comme particulièrement « vertueuses », déployant de longue date une politique globale de jeunesse, d’autres demeurent singulièrement en reste. Comment dès lors lutter contre les inégalités territoriales dans le traitement des jeunes ? Si ces inégalités concernaient jusqu’à présent le « socioculturel », que penser d’une situation où elles risquent de devenir cruciales pour l’insertion et les problématiques sociales ?

Du côté des modernes : la jeunesse saisie par les territoires émergents
Afin de prolonger le propos et peut être de le modérer, soulignons le fait que les politiques locales de jeunesse font, depuis les toutes dernières années, l’objet de nouvelles mobilisations par les « territoires émergents ». Sont concernés, notamment, les conseils régionaux, qui continuent de façonner progressivement leurs périmètres d’intervention, mais également des territoires dits de projets comme les pays ou les communautés de communes. On peut supposer que l’intérêt que portent les décideurs de ces nouveaux territoires aux questions de jeunesse tient à leur légitimité vis-à-vis de la population. Les exemples qui suivent sont tous issus de la Bretagne, nous ne prétendons donc pas à l’exhaustivité. Cependant, les évolutions évoquées permettent de pointer quelques inflexions importantes. S’agissant du conseil régional de Bretagne depuis les dernières élections, de nombreux changements ont été introduits. Sur le versant jeunesse, on peut souligner un intérêt soutenu pour les questions de formation et d’apprentissage. Ces questions font bien sûr partie des compétences obligatoires des conseils régionaux, mais la lecture des différents documents officiels produits par cette institution ainsi que la présentation de son site Internet permettent de mettre en évidence l’importance accordée à ces sujets. Cet accent a été renforcé, notamment par la création en mars 2005 d’un conseil régional des jeunes. Composé de jeunes lycéens et d’apprentis du territoire, il a, de manière classique, pour objectif de formuler des recommandations et de soumettre des projets dans les champs de la formation et de l’apprentissage. Cette nouvelle attention portée à la jeunesse par le conseil régional semble révélatrice de la volonté de marquer un tournant avec la politique antérieure mais également de montrer le dynamisme de la nouvelle équipe. Notons, toujours à propos du conseil régional, la mise en œuvre depuis 2003 d’une politique de promotion de la santé dans sept des vingt et un pays bretons mais cette fois grâce à l’apport des financements croisés de l’État régional (direction régionale des affaires sanitaires et sociales), de l’Assurance maladie et des pays37. Or cette politique, sous l’impulsion des indicateurs de l’observatoire régional de la santé et des résultats des diagnostics territoriaux partagés, cible en tout premier lieu les jeunes comme destinataires des actions à mettre en œuvre. Avec une belle régularité, chacun des animateurs des sept pays a formulé des objectifs en faveur de la lutte contre les consommations et les comportements à risque (alcool, cannabis, suicide et sécurité routière notamment), contre la souffrance psychique et
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Loncle, Bilan d’étape du dispositif régional d’animation territoriale en Bretagne, 2005 ; Loncle, « Entre régionalisation et recentralisation : les incertitudes de positionnement de l’État en santé publique », 2005.

l’isolement des jeunes. Dans des territoires où les implications sont plutôt attendues en direction des politiques d’aménagement, de transport et de nettoiement, l’implication des pays apparaît tout à fait intéressante. La focalisation sur les jeunes est révélatrice selon nous de la légitimité accordée à cette population mais également de la mobilisation plus forte des professionnels de la jeunesse ou du socioculturel que celle des professionnels des soins autour des nécessités de l’animation territoriale en santé. Si l’on examine ce que disent les élus des pays à propos de cette politique, les arguments utilisés illustrent une volonté de ne pas se cantonner à une réalité de territoire de projets mais La qualité de la prise en charge de développer une identité de pays. Dans cette perspective, le dynalocale de la jeunesse est soumise à de misme et la modernité attachée à la nombreux facteurs qui font toute sa jeunesse justifient aisément que l’on richesse mais également sa fragilité. s’intéresse en premier lieu à cette population. De manière plus explicite encore, faisons référence aux actions jeunesse formulées dans le cadre de l’Agenda 21 de l’agglomération rennaise depuis 200438. Là encore, il faut souligner la nouveauté de la démarche, les communautés de communes n’étant guère mobilisées en direction des politiques sociales. Au nombre des groupes de travail ainsi constitués figure un groupe jeunesse composé d’élus « jeunesse » des communes de la métropole, des professionnels et des chercheurs du champ jeunesse. Ce groupe fait, en outre, appel à des associations de jeunes lorsqu’il définit un certain nombre de problématiques. Ce qui est particulièrement intéressant dans cette action, c’est la méthode adoptée : il ne s’agit pas à proprement parler de définir une politique de jeunesse mais de demander à chacun des services qui composent l’administration métropolitaine de s’interroger, chaque fois qu’il met en œuvre une nouvelle action, sur son adéquation avec les besoins des jeunes. Ainsi, le groupe jeunesse a-t-il interpellé le service des transports pour qu’il introduise de nouvelles lignes de bus le week-end, en soirée, entre les différentes communes de la métropole pour éviter aux jeunes de conduire en état d’ivresse. Cette méthode, inspirée du mainstreaming et de la méthode ouverte de coordination [MOC] soutenus par l’Union européenne, s’éloigne des pratiques classiques en matière de politiques locales de jeunesse. Sans que des crédits spécifiques ou une mise à l’agenda particulière soient affectés à la jeunesse, elle conduit les services techniques à penser la question des jeunes dans le domaine des transports, de l’insertion, de la lutte contre la pauvreté, etc. De ce fait, cette esquisse de politique en émergence permet de pallier partiellement les défauts de compétences d’une partie des communes.

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CONCLUSION
Pour conclure, nous souhaitons revenir sur l’une des hypothèses de départ de ce numéro d’Agora selon laquelle il y aurait une tendance, dans les politiques de jeunesse, à un développement des politiques territoriales et à une diminution des politiques territorialisées. Les différents éléments présentés ici ne permettent pas
38 Loncle, « Paroles d’élus politiques de jeunesse : échelons communaux et intercommunaux à Rennes Métropole », 2006.

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en effet de confirmer complètement cette hypothèse. Ainsi, le retrait de l’État et les transferts de compétences, en direction notamment des conseils généraux, donnent lieu à des politiques qui correspondent davantage à de la déconcentration déguisée qu’à de la décentralisation. Si nous prenons l’exemple du fonds d’aide aux jeunes, on peut souligner à quel point les départements pour lesquels l’urgence est manifestement ailleurs s’approprient peu le transfert de ce dispositif. En outre, la multiplication des politiques contractuelles laisse penser qu’une bonne partie des dispositifs présentent aujourd’hui des caractères hybrides entre politiques territoriales et politiques territorialisées. Enfin, l’introduction de nouvelles méthodes comme le mainstreaming ou la MOC, sous l’influence d’espaces internationaux comme l’Union européenne, conduit à observer la mise en œuvre de politiques multiniveaux typiques de l’intégration européenne, ce qui brouille encore plus la distinction entre politiques territorialisées et politiques territoriales.

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APPEL À PROPOSITIONS

Agora débats/jeunesse no 48 : « Les carrières dans l’animation »

Les données de l’enquête Emploi (INSEE) sur le groupe professionnel des animateurs socioculturels montrent une moyenne d’âge relativement faible. En effet, depuis 1982, la moyenne d’âge oscille entre 32 et 34 ans, ce qui témoigne d’une sortie précoce du métier. Cela signifie-t-il que l’on ne peut pas faire carrière dans l’animation ? Et si c’est le cas, pourquoi ? Ces questions nous amènent à rassembler dans un même numéro des contributions qui s’orienteront selon 4 axes de recherche : L’analyse longitudinale. La construction de typologies de trajectoires socioprofessionnelles dans l’animation : ces trajectoires donneront à voir la mobilité verticale (donc la carrière) et horizontale (entre différents champs d’activités), en montrant comment la trajectoire personnelle et professionnelle s’inscrit dans les opportunités offertes. Les cadres. Si les travaux sur les animateurs de terrain sont relativement abondants, on trouve plus difficilement des études sur l’encadrement intermédiaire et supérieur : les directeurs d’équipements ou de « structures », les directeurs de service jeunesse dans les collectivités territoriales, les CEPJ (conseillers d’éducation populaire et de jeunesse), etc. Ce sont là des populations qui demeurent dans l’ombre et dont la connaissance permettrait de mieux comprendre l’organisation de l’ensemble de la carrière. L’usure au travail. Si l’on s’interroge sur les causes d’une sortie précoce du champ, il faut bien entendu se pencher sur le phénomène d’usure au travail dans sa dimension à la fois objective (conditions de travail et qualité de l’emploi) et subjective (la souffrance au travail des animateurs). Le cadre institutionnel. Enfin, les carrières sont déterminées institutionnellement et nous manquons d’éléments d’analyse sur cette structuration institutionnelle : comparaison des conventions collectives nationales qui couvrent les animateurs, analyse des filières de l’animation, etc. Les propositions d’articles préciseront les données empiriques mobilisées et la méthodologie employée. CALENDRIER Remise des propositions d’articles (2 pages) avant le 1er septembre 2007. Sélection des propositions d’articles et réponse aux auteurs : 30 septembre 2007. Remise des articles : 15 janvier 2008. Sortie du numéro : juin 2008. Contacts : Francis Lebon (lebon@injep.fr) et Léa Lima (lima@injep.fr) Les coordonnateurs du numéro Francis Lebon, Léa Lima

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POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE ET TERRITORIALISATION DE L’ACTION PUBLIQUE
L’auteur part des travaux réalisés par le Commissariat général du Plan pour analyser, à partir des dynamiques locales, l’action publique en direction des jeunes adultes à l’occasion de leur entrée dans les responsabilités économiques, sociales et politiques. Sont tour à tour examinées, dans une perspective cognitiviste, les représentations de la jeunesse convoquées à travers ces politiques, les conceptions des territoires mises en œuvre ainsi que leur imbrication. L’analyse mène à une interrogation sur la territorialisation en cours, laquelle risque d’aboutir à une exacerbation de la concurrence entre les différents niveaux d’intervention publique. Un repositionnement de chacun devient nécessaire, au sein duquel la Région pourrait être un échelon pertinent de médiation politique.
Francine Labadie Chargée de mission à la Délégation au développement et aux affaires internationales, ministère de la Culture et de la Communication, ancien rapporteur de la commission « Jeunes et politiques publiques » au Commissariat général du Plan Ministère de la Culture et de la Communication 182, rue Saint-Honoré 75001 Paris Courriel : francine.labadie@culture.gouv.fr

Tenter de réfléchir sur l’évolution des politiques de jeunesse au plan local n’est pas chose aisée. La notion de politique de jeunesse apparaît pour le moins très vague. Elle désigne encore souvent dans la réalité des actions relatives au seul temps libre des enfants et, de manière plus générale, des interventions publiques en direction de jeunes mineurs. Toutefois, on a vu se développer depuis les années 1980 des politiques s’adressant à des jeunes adultes et à leur situation économique et sociale1. Par ailleurs, la jeunesse est fréquemment appréhendée par l’action publique comme un groupe social homogène alors que l’on a affaire à des populations caractérisées par de fortes différences sociales. Il serait plus juste de parler des jeunesses. Derrière cette approche unifiante se cache en réalité une définition de la jeunesse comme un âge ayant une fonction particulière au cours du cycle de vie, qui est apparue avec l’État-providence : la jeunesse, c’est la période de la formation. À l’évidence, le recours à l’âge comme régulateur de la distribution des individus dans l’ordre social, comme outil de standardisation des trajectoires, en résumé comme instrument de « police des âges » pour reprendre les termes d’Annick Percheron et de René Rémond2, perd de sa pertinence à l’heure où l’on évoque la formation tout au long de la vie et où l’on constate une individualisation ainsi qu’une complexification croissante des calendriers biographiques3. Il n’est guère plus facile de définir clairement la notion de politiques locales. La définition minimale considérant qu’il s’agit des « actions entreprises par les autorités locales pour agir sur leur environnement social ou politique4 » est insuffisante ; elle masque en effet la complexité de la réalité politique contemporaine. Les politiques locales sont élaborées et mises en œuvre aux niveaux communal, intercommunal, départemental, interdépartemental dans le cas de certains pays, régional et le plus souvent en interdépendance avec les politiques de l’État, mais aussi avec des politiques européennes. L’imbrication entre les différents niveaux de l’action publique est très grande dans le système politique polyarchique contemporain. Par ailleurs, à cette complexité institutionnelle et à la concurrence normative qui en découle s’ajoute le fait que la territorialisation de l’action publique ne peut être lue comme une alternative à la logique sectorielle de production de l’action publique : une pluralité de conceptions du territoire se sont succédé au fil du temps et, de fait, différentes définitions se cumulent souvent à l’intérieur d’une politique locale. Enfin, les politiques locales se développent dans des contextes économiques, sociaux, culturels d’une grande diversité qui ne facilitent pas la construction de connaissances. Il existe bien une multiplicité d’études, à caractère monographique le plus souvent, thématique parfois, mais qui sont difficilement « capitalisables ». Certes il apparaît que les interventions publiques locales sont déterminées par un certain nombre de facteurs : des facteurs socio-économiques comme la taille et la

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Labadie, 2006. Percheron, 1991. 3 Labadie, « L’évolution de la catégorie jeune dans l’action publique depuis 25 ans », 2001. 4 Balme, Faure, Mabileau, 1999.
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richesse de la commune, le contexte sociodémographique, les caractéristiques urbanistiques, les enjeux économiques et sociaux ; des facteurs culturels et politiques comme les représentations de la jeunesse, les traditions religieuse, associative, l’existence ou non de valeurs communautaires, l’appartenance politique de la municipalité, la configuration des acteurs locaux5. Toutefois, une approche comparée des études locales reste largement à conforter et le défi méthodologique est d’importance. Nous avons choisi, dans le cadre de cet article, d’analyser l’action publique en direction des jeunes adultes. Pour apporter quelques clés de lecture de la dynamique des politiques locales en direction des jeunes ainsi définis, nous avons donc décidé de mettre l’accent sur les systèmes cognitifs en présence : quelles sont les représentations de la jeunesse mobilisées dans les politiques publiques ? Quelles sont les conceptions du territoire à l’œuvre dans les politiques locales ? Comment s’imbriquent ces deux types de représentations ? Les travaux réalisés par le Commissariat général du Plan, de 1999 à 2001 dans le cadre de la commission « Jeunes et politiques publiques6 » et en 2002 dans le cadre de la Commission nationale pour l’autonomie des jeunes, fournissent des analyses très éclairantes en la matière. Celles-ci permettent de mieux comprendre les enjeux des politiques en direction des jeunes et le sens de leur inscription territoriale.

L’INTÉGRATION DE LA JEUNE GÉNÉRATION DANS LA SOCIÉTÉ : L’ENJEU MAJEUR DES POLITIQUES DE JEUNESSE
Les conditions et les modes de vie des jeunes se sont profondément transformés depuis la fin des années 1970. En France, la situation des jeunes se caractérise de manière générale par l’allongement et la massification de la scolarisation, un retard de l’accès à l’emploi et à un revenu d’activité ; partant, la dépendance des jeunes vis-à-vis de leur famille mais aussi des institutions est plus forte ; pour autant la plupart d’entre eux se trouvent dans des conditions sociales et psychologiques telles qu’ils peuvent disposer d’une relative autonomie. En d’autres termes, dans la période actuelle, la situation des jeunes est marquée par une dissociation forte entre l’autonomie (la capacité à définir ses propres lois, valeurs, règles) et l’indépendance matérielle (qui suppose l’existence de ressources personnelles permettant de réduire la dépendance vis-à-vis de ses proches ou de l’État). Toutes ces évolutions font apparaître des inégalités croissantes entre jeunes et moins jeunes et entre les jeunes eux-mêmes, et même un phénomène de pauvreté juvénile jusqu’alors inédit. Cette situation des jeunes n’est pas naturelle, elle est inscrite dans un contexte historique donné. Plus encore, elle est un construit social ; elle résulte de manière importante des choix collectifs – implicites et explicites – et des décisions publiques (y compris des « non-décisions »), qui viennent structurer les stratégies, les choix, les pratiques individuelles.

Olivier Borraz propose une grille d’analyse de l’action publique locale qui distingue la dynamique des problèmes, la dynamique des territoires et la dynamique des organisations. Voir Balme, Faure, Mabileau, 1998. 6 Commissariat général du Plan, 2001 et 2002.
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